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Posts Tagged “yuan”

Voici ce que vient de déclarer à Reuters un chercheur de l’Académie des sciences militaires de Chine, Luo Yuan, à propos de la livraison d’armes à Taïwan par les É-U d’un montant de 6,4 Mds de dollars :

“Nos représailles ne devraient pas se cantonner à de simples questions militaires, et nous devrions adopter une stratégie de réparties qui couvriraient les affaires politiques, militaires, diplomatiques et économiques pour traiter à la fois les symptômes et la cause profonde de la maladie… Par exemple, nous devrions sanctionner les É-U en utilisant des moyens économiques, comme nous débarrasser d’un certain nombre de bons du Trésor US”.

La Chine s’est donc exprimée sur le mode militaire, c’est parfaitement clair, mais avec la pédale douce.

Connaissant la Chine, et s’agissant d’un chercheur probablement obscur, il ne fait aucun doute que cette déclaration a été téléguidée par Beijing. Le gouvernement a utilisé un fonctionnaire de grade  subalterne (tout de même militaire) pour s’adresser, non à la presse chinoise mais à l’une des plus grandes agences de presse internationale, Reuters, pour délivrer un avertissement sans frais au monde entier, sous titré les “ Avis aux États Unis d’Amérique “.

Il s’agit donc cette fois de toute autre chose que les vitupérations précédentes du gouvernement chinois après l’annonce de cette indigeste commande.

Cette fois-ci, la réaction est étudiée, réfléchie, planifiée… et par conséquent sérieuse. Barak Obama ne devrait pas s’y tromper. Les sanctions chinoises vont commencer. Par quoi et comment ? La balle aux rouges.

Le talon d’Achille de l’Amérique est clairement le dollar. Ce sera donc probablement la cible préférée des Chinois. Mais comment Hu Jintao, qui ne s’est pas encore personnellement exprimé sur cette affaire, se tenant sans doute en réserve, a-t-il conçu et défini les contours de la véritable réplique de la Chine ? Ce qui s’est dit jusqu’ici sur le sujet ne se composait guère que de simples réactions épidermiques manifestées par des fonctionnaires de moyen calibre. À présent, le temps se couvre, et après la reconnaissance du Dalaï Lama par Obama, des nuages noirs vont commencer à se pointer à l’horizon.

Les analystes et commentateurs de la relation ambiguë qu’entretiennent ensemble les deux adversaires depuis plus d’une décennie, proclament tous haut et fort qu’ils sont irrémédiablement collés ensemble, l’un travaillant et fournissant des biens à l’autre, et n’en recevant en paiement que de petits carrés de papier appelés dollars, dont la valeur réelle fond régulièrement depuis qu’ils sont accotés. L’autre consommant les biens produits par le premier et recevant au surplus  les petits carrés de papier qu’il lui a remis en paiement qu’il remplace par ce que l’on nomme fort improprement “Bons du Trésor”, qui ne rapportent plus tripette au premier depuis longtemps.

Dans le raisonnement que tout ce beau monde tenait encore il y a peu, figurait la conviction que la Chine ne pouvait arrêter de produire pour les É-U sans perdre immédiatement 30 à 40% de son PIB, et qu’elle était donc condamnée à travailler pour pas grand chose pour l’éternité. La Chine elle-même se posait la même question : comment pourrait-elle donc se dégager de ces nouveaux travaux d’Hercule sans y laisser sa peau ? De leur côté, les États-Unis se sentaient très bien dans cette situation de rentiers qui permettait à leur peuple de consommer comme des Crésus, simplement en quémandant auprès des banques depuis des décennies ces mêmes fameux petits carrés de papier, à défaut de posséder les revenus suffisants pour acheter ce qu’ils consommaient et dont ils n’avaient généralement pas besoin.

Tous ces analystes se demandaient donc avec quelque appréhension, à quel moment ces deux lutteurs allaient bien pouvoir se décoller l’un de l’autre sans que cela entraine de conséquences regrettables pour tout le monde.

Eh bien ! À première vue, avec ce message apparemment innocent de Luo Yuan, il semble bien que ce moment-là soit finalement arrivé.

***

Le dispositif nécessaire pour cela, les Chinois y pensent sans doute depuis de fort nombreuses années. On peut imaginer qu’il s’inspirera de la même pensée à l’origine du plan qu’ils ont appliqué dès le début de la crise actuelle avec une rapidité et une efficacité étonnante. Nul doute qu’ils vont encore nous surprendre.

De son côté, Obama a dit à plusieurs reprises que les Chinois commençaient à impatienter sa grandeur, et à cette occasion leva son menton césarien un peu plus haut que d’habitude. Il est temps de se montrer fort… aux républicains, qui l’attendent l’arme au pied au tournant de novembre. Selon le dicton confucéen : “ Il faut tuer le poulet pour faire peur au singe ! ”.

Au cours de son discours sur l’état de l’Union du 27 janvier, il a même martelé fortement qu’il ne laisserait pas la Grande Amérique redescendre à la seconde place dans le monde. Tout le Congrès a longuement applaudi ( Bon ! peut-être deux sénateurs de plus en novembre… ). Mais personne ne lui a demandé comment il allait s’y prendre pour ça ! Ce n’est certes pas le moment de mettre le Président en difficulté.

Il convient toutefois de souligner que, le mois précédent, Hu Jintao lui avait lancé une première patate chaude, subrepticement. En effet, à fin décembre 2009, la Chine ne détenait plus que 755,4 milliards de dollars en bonds du Trésor de Bernanke, soit 4,3% de moins qu’en novembre, la plus forte baisse depuis août 2000 ! Il est vrai qu’elle possédait encore 2400 milliards de dollars dans sa besace au premier janvier 2010. Rappelons-nous tout de même que la Chine a cessé depuis environ six mois, d’acheter des bons du Trésor à long terme, et se contente à présent de bons d’une maturité beaucoup plus courte, lui procurant une porte de sortie plus rapide, au cas où. C’était là un premier pas de dégagement de côté. Ça n’a pas dû échapper à Geithner, le secrétaire au trésor, et les premières démangeaisons ont dû commencer leur œuvre du côté de la maison Blanche. Mais on n’en a rien su. C’était là, sans nul doute, les prémisses du décollage appelé de ses vœux par Luo Yuan dans sa récente déclaration à l’agence Reuters.

Le fait de ne pas recevoir sa cotisation habituelle à temps dût déplaire à Obama, qui vit sans doute jaune, lui qui avait tenté en novembre de balayer la poussière devant les pieds de Hu Jintao en signe de fraternité ! Obama a donc effacé son sourire de rêve américain et a alors ressorti précipitamment le contrat d’armes de Taïwan que son prédécesseur avait laissé tomber plus d’un an auparavant. Obama deviendrait-il soudain plus vindicatif que Bush ? Je crois que c’est possible. Mais ce n’est sans doute pas comme cela qu’il va pouvoir éviter le fiasco du dollar. Bien au contraire.

Comme si cela ne suffisait pas, une dernière avanie vient d’arriver au dollar, sans avis préalable.  Depuis le 11 février, le cours du dollar semble obstinément rivé à 6,8334 yuan. Au bout de huit jours, on peut penser que ce taux est devenu définitif. En d’autres termes, le yuan devrait suivre le dollar comme un petit chien, qu’il monte ou qu’il descende. Comment peut-on interpréter ce geste spectaculaire ?

La première chose est sans doute que la Chine rejette définitivement les appels occidentaux à une hausse du yuan. Inutile donc qu’ils dépensent davantage de salive, la Chine ne les écoutera plus. Ensuite, il me semble que c’est un dernier avis pour que l’on sorte le dollar de son statut hégémonique, et que l’on crée dès maintenant une “ vraie ” monnaie internationale, sinon la Chine en prendra elle-même l’initiative. Et enfin, cela peut également vouloir dire, de manière très indirecte, que la Chine va progressivement cesser, sinon arrêter, de souscrire aux bons du Trésor de la FED (voir mon récent article sur : “Le Yuan et le dollar, deux fre?res ennemis !).

Je suis impatient de connaître la façon dont les É-U vont prendre ça.

***

On peut penser que les Chinois pourraient jeter rapidement, à l’américaine, des quantités de dollars sur le marché pour déstabiliser l’économie étasunienne. Les analystes, surtout étasuniens, se sont toujours imaginés que les exportations chinoises représentant 40% du PIB de la Chine, dont une bonne part aux É-U, celle-ci était comme menottée à eux ad vitam æternam. Ce serait en effet très sot de la part des Chinois que de risquer de perdre ce pactole en le bradant, car son économie chuterait en même temps. Ce serait un suicide collectif. Du moins le pensaient-ils.

Mais ces analystes, s’ils ne se trompaient pas sur ce point, n’avaient pas vu venir la crise. Les Chinois, si. Et ils avaient déjà planifié leur sortie de crise bien longtemps à l’avance, comme je l’avais annoncé dans  un article déjà ancien. C’est en tout les cas la seule explication rationnelle à leur fantastique rebondissement du début 2008, alors que le monde entier pataugeait encore dans le marasme des subprimes.

Connaissez-vous ce qu’on appelle les supplices chinois ? Lentement le supplicié perd ses forces, et au bout d’un temps indéfini que les bourreaux étendent le plus possible, il respire de moins en moins jusqu’au moment où …

C’est à quelque chose comme cela à quoi je m’attends en ce qui concerne les É-U, suppliciés désignés d’avance par l‘histoire. Je crois plutôt à une lutte longue ; les Chinois chercheront à fatiguer leurs adversaires plutôt qu’à les vaincre sur le terrain. Je ne distingue pas de feux de guerre sur les collines, ni n’entends le son d’un tam-tam guerrier dans le lointain. Les Chinois ont d’autres chats à châtier. Quant aux É-U, ils se contentent de l’Afghanistan et de l’Iran pour s’occuper en ce moment, et surtout de la protection de leur devise, leur seule bouée de sauvetage pour réussir le rétablissement de leur économie, ce qui n’est nullement acquis en dépit de leurs efforts de propagande appliqués à grande échelle, pour tenter de démontrer qu’ils sont sortis de la crise.

Voici donc comment les choses pourraient se passer. Pures hypothèses et jeux d’esprit entre nous !

***

La Chine procèdera donc sans doute avec la même préparation qui a préludé à sa sortie de crise. En effet, l’une des raisons pour lesquelles ce pays l’a réussie avec une maestria remarquable, est que les décisions nécessaires étaient prêtes, et les actions planifiées. Le personnel était préparé à tous les niveaux de la hiérarchie et a pu agir avec une rapidité et une précision étonnante. Le monde entier en fut médusé, alors que la plupart des économistes avaient prévu qu’en cas de crise, la Chine s’aplatirait comme une crêpe, et les Étasuniens, en premier, se réjouirent à l’avance de la disparition de leur compétiteur.

Or, rien ne s’est passé pour la Chine selon les prédictions des politiciens et des économistes, à l’exception d’une poignée, dont je fus. Mais ce qui fut le plus curieux, c’est qu’encore plus rares furent les gens qui comprirent que la rapidité du rétablissement de la Chine était le fruit d’une intense préparation en prévision de la catastrophe. Pourtant cette crise était annoncée depuis longtemps, au moins depuis la seconde présidence de Bush. Mais l’occident resta béat, confiant en la toute puissance de Big Brother. “Too big to fail” disait-on déjà, avant qu’on applique ce ridicule algorithme aux grandes banques américaines. On a pu voir quelle était sa véritable portée quelques temps après.

Cette fois encore, n’en doutez pas, les plans chinois sont prêts, et leurs acteurs préparés.

La Chine commencera vraisemblablement par acheter tout ce qui lui passera sous le nez d’attrayant en termes d’actifs, mines, terrains, immeubles, usines, entreprises, brevets, matières premières, et peut-être même quelques politiciens au passage. Des lobbies (cabinets d’Étasuniens s’il vous plaît) ont fait leur apparition à Washington pour vendre la Chine aux congressistes des É-U. D’ici que les chinois mettent leurs dollars au service de quelques politiciens qui parleraient en bien de la Chine, il n’y a pas loin, et il se pourrait même que cette nouvelle influence puisse déjà peser quelque peu sur les élections de novembre. La réciproque me semble difficile à imaginer…

Les Chinois se débarrasseront ainsi de la plus grande partie de leurs réserves de dollars afin de perdre le moins possible de leur richesse à mesure que la devise américaine perdra progressivement, elle, sa  propre valeur. Les dollars Chinois ratisseront ainsi la planète le plus rapidement possible. À dire vrai, cela fait déjà plusieurs années que la Chine collectionne les actifs de toutes sortes, car ce plan a démarré depuis longtemps, et un inventaire détaillé de ce qu’il leur faut acheter a dû être établi, sur la base d’un quadrillage très complet de l’économie de la planète, chiffré, avec l’indication des personnes clés. Ce sera l’affaire de bataillons d’économistes et de diplomates formés à ce travail. Rien ne sera improvisé.

Parallèlement, les actions internationales déjà entreprises pour faire perdre au dollar son statut de devise internationale seront poursuivies et étendues. La Chine ne se fait certainement aucune illusion quant à ses chances de substituer le yuan à son rival, et je ne crois pas qu’elle en ait vraiment envie. En revanche, elle aidera de toute son influence à ce qu’une solution se mette en place le plus rapidement possible, et se ralliera à celle qui lui paraitra la plus réalisable et la plus solide. Elle va donc continuer ses consultations dans le cadre des initiatives existantes : la devise des pays du golfe persique créée le 1er janvier 2010, la devise que le Mercosur aimerait créer en Amérique du sud, peut être la zone de libre-échange qu’elle-même a créée en novembre 2008 avec les pays de l’ASEAN, le Japon et l’Australie.

Je crois assez à la solution arabe du Golfe Persique, qui a été lancée le 1er janvier 2010, en raison des importantes réserves monétaires et de pétrole de ses membres, mais aussi parce que je crois beaucoup au rapprochement possible de ces pays avec la Turquie et l’Iran, d’abord, et qui pourraient aussi être assez rapidement rejoints par les autres pays de l’OCS (Russie, Chine, Iran, pays ex soviétiques d’Asie…), puis un peu plus tard par les composantes du marché de libre échange constitué autour de l’ASEAN, ceux du Mercosur, sans oublier l’Afrique, de plus en plus proche de la Chine; cela ferait beaucoup de monde et le reste de la planète sera assez vite obligé de suivre, y compris les É-U. La Chine étant devenue le second exportateur du monde, entre les É-U et la RFA, possède des relations importantes avec la plupart des pays du monde, et sera, pour cette raison, un rassembleur extrêmement convaincant pour réaliser cette opération majeure.

Elle combattra par contre, sans aucun doute, les initiatives venant du FMI (DTS) et de la Banque mondiale, trop proches des É-U. L’europe sera pratiquement hors-jeu faute de l’existence d’une véritable structure politique, dont la création semble encore très lointaine. L’attachement incompréhensible des Européens à l’OTAN les perdra.

Ayant ainsi perdu l’hégémonie de sa devise, les É-U devront faire face à une dette étrangère accrue d’une ampleur considérable à laquelle ils ne pourront faire face sans voir diminuer assez vite le niveau de vie de leur population, confrontée à un chômage de fond récurrent de l’ordre de 15%, ainsi qu’à une chute continue de ses revenus, du fait de la hausse des impôts nécessaire pour faire face au déficit de l’État fédéral. La situation actuelle plus que critique de la Californie et de l’Ohio se sera en effet étendue progressivement à l’ensemble des États-Unis.

Sans doute est-il inutile d’ajouter que les interventions musclées des É-U à l’étranger devront prendre fin assez vite, pour économiser toutes les ressources possibles. Ce sera, pour eux, le retour à la doctrine du président Monroe du 2 décembre 1823, en attendant de meilleurs jours.

Pour la suite, tout restera à rebâtir dans le monde …

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Le Yuan et le dollar, deux frères ennemis !

© André Serra

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Cet article répond aux règles de la nouvelle orthographe

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Depuis l’ère Bush, les gouvernements étasuniens ne cessent de titiller le gouvernement chinois au sujet du rapport de valeur entre leurs devises, prétextant le plus souvent que les autorités de Beijing manipulent leur propre monnaie. Les Étasuniens fondent leur demande sur le fait que les prix d’exportation chinois lèsent leur propre économie en tuant l’emploi aux É-U.

Ils mettent tellement de poids sur cette question, qu’à la longue on finit par croire qu’ils ont la raison de leur côté.

J’ai fini par m’impatienter, et j’ai cherché comment il était possible d’affirmer qu’une monnaie est sous-estimée ou surestimée. J’ai trouvé quelques travaux qui proposent des méthodes, toutes aussi contestables les unes que les autres, et débouchant sur des résultats trop différents pour qu’on puisse les prendre en considération. J’ai fini par conclure que ce calcul était en fait impossible, car selon les paramètres économiques pris en considération pour réaliser cette estimation, on peut passer de la conclusion d’une sous-estimation à celle d’une surestimation pour une monnaie donnée par rapport à une autre.

En second lieu, ces paramètres entretenant entre eux des relations tellement différentes d’un pays à l’autre, je pense que toute comparaison est impossible entre deux monnaies, à moins que ces pays n’aient strictement le même système économique, et ce, dans les moindres détails. Ce n’est pas le cas ici, de toute évidence. On peut tout au plus considérer que les prix sont plus chers ou moins chers dans un pays que dans un autre, selon les produits comparés.

Voici un exemple très simple. Lorsque je suis venu m’installer au Québec, j’ai observé que les fromages étaient beaucoup plus chers ici qu’en France, mais qu’en revanche, c’était le contraire pour la viande. Aurais-je dû supprimer ma consommation de fromage et la remplacer par une consommation de viande ? Et depuis j’ai fait des constatations analogues pour de nombreux autres produits.

Bien sûr, on sait que la Chine n’a pas mis sa devise sur le marché des changes comme tous les pays occidentaux l’ont fait depuis plusieurs décennies sous la pression étasunienne. Ils ont préféré articuler leur devise sur la base d’un panier de monnaie dont ils modifient la composition selon l’évolution de la  conjoncture. C’est une méthode bien plus pragmatique que celle d’une bourse qui fait varier les cotations comme une adjudication de tableaux de maîtres. Depuis deux à trois ans cependant, les Chinois maintiennent un taux presque constant du yuan par rapport au dollar. En fait depuis que les Étasuniens ont commencé à leur chercher des poux dans la tête. Je pense que c’était pour leur montrer qu’ils n’appréciaient pas les critiques malencontreuses. C’était sans doute une forme de sanction…

D’ailleurs, les Occidentaux ont-ils eu raison de créer des bourses de change, et de considérer ainsi les monnaies comme des marchandises ordinaires. Je n’en suis pas du tout sûr. Et même, je suis plutôt sûr du contraire, car marchandiser les monnaies, c’est ipso facto ouvrir un marché supplémentaire de spéculation au sein du secteur financier de l’économie. Or, spéculer sur les monnaies me parait être la plus mauvaise action économique qui soit pour conserver une stabilité financière mondiale.

Si l’euro n’avait pas été côté en bourse, le problème de la Grèce, du Portugal et de l’Espagne ne se serait pas posé. On aurait simplement dévalué l’euro, et puis c’est tout. L’affaire aurait été classée en une soirée de financiers européens, et tous les exportateurs européens de quelque pays qu’ils soient se seraient frotté les mains.

***

Le problème du yuan n’est donc pas un problème économique, mais un problème politique. Pour les É-U, en faire un problème est une façon de faire semblant de ne pas entendre que la planète entière veut éliminer le dollar de sa position abusive de monnaie mondiale. Ils ne réussiront certainement pas de cette manière à sauver le statut de leur devise. Il est trop tard, mister Obama !

En fait, si les É-U ont des problèmes économiques, ils en sont les seuls responsables. Avec leur obsession de la mondialisation, destinée à leur assurer des prix d’importation favorables en délocalisant leurs usines à fort coefficient de main d’œuvre, ils se sont piégés eux-mêmes par pure prétention. Ayant été un moment en pointe dans l’avancée technologique de la planète, ils ont cru que cela ne tenait qu’à une plus grande intelligence de leur part, que celle des autres pays, et que ce serait un jeu d’enfant pour eux que de maintenir cette avance.

L’histoire récente a démontré le contraire, et ils se retrouvent aujourd’hui avec une industrie ayant perdu environ 40% de potentiel par délocalisation pure et simple. À partir de cette manne inattendue, les pays émergents ont parfaitement su développer leurs propres technologies sur le terreau d’usines toutes faites, et devenir plus inventifs encore que leur compétiteur. Les Étasuniens en ont profité pendant une dizaine d’années, par des importations bien moins chères que leurs propres productions antérieures, mais suscitant par là même de nouvelles délocalisations, nécessaires celles-ci, en raison de la concurrence étrangère qu’ils se sont créée à eux-mêmes, se jugeant forts d’une culture économique à toute épreuve. C’est souvent ce qui peut se passer lorsqu’on se croit plus malin que les autres.

Si les É-U veulent contrarier cette évolution, la seule solution serait qu’ils recommencent à construire des usines produisant les produits importés qu’ils trouvent actuellement “ trop bon marché “. Mais c’est un peu tard aujourd’hui. Il leur faudrait commencer par réduire très largement leur niveau de vie actuel, c’est-à-dire leurs salaires, pour que leurs prix puissent être abaissés au niveau de ceux des produits qu’ils importent aujourd’hui.

Difficile ! Certain ! Impossible ! Sûrement !

Les Étasuniens sont tout simplement en retard d’un coup dans la compétition internationale, et les Chinois en avance d’un coup. Avoir l’expérience du jeu de go est plus profitable pour l’esprit que celle du jeu d’échec. Les É-U n’ont peut-être pas compris, ou ont peut-être oublié, que ce qui avait fait leur réussite, spectaculaire il faut bien le reconnaître, avait été leur foudroyante immigration.

Ils importèrent en effet de la main-d’œuvre pas chère pendant deux siècles, dont les esclaves achetés en Afrique, ce qui leur permit de constituer de décennie en décennie, un marché de 300 millions de consommateurs, source d’un enrichissement rapide à partir d’un continent presque désert.

Deng Xiao Ping reprendra ce même modèle pour la Chine, mais sans immigration autre que les seules migrations internes, les paysans du sud envahissant la zone côtière du pays.

Mais aujourd’hui, c’est la Chine qui possède un marché de 1400 millions de consommateurs, presque cinq fois plus important que le leur, et elle s’empresse, grâce à la crise, de le remplir à toute allure de produits “made in China“. Personne n’est aujourd’hui en mesure de l’arrêter. Il reste à espérer qu’elle sache utiliser ses atouts pour un meilleur équilibre de la planète. J’ai bon espoir que l’avenir se construise dans ce sens-là, si j’en crois la sagesse de sa pensée plurimillénaire

À moins qu’un jour, les Chinois ne deviennent à leur tour aussi prétentieux…

© André Serra

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(Montréal, le 18-09-2009) Les banques centrales et les gouvernements sont inféodés au dollar car ils ont peur de ce qui se passerait s’il disparaissait. Ils ne l’ont jamais envisagé, et pour eux, ce serait le trou noir. Tout serait à réinventer. En somme, pour eux, c’est comme si le dollar avait toujours existé.

Mais heureusement, les entreprises sont plus puissantes à elles toutes que les institutions politiques et financières, et n’éprouvent pas cette même peur.

Celles qui exportent, elles, craignent par dessus tout les variations de change qui mettent leurs tarifs en péril ainsi que leur trésorerie, et finalement leurs résultats, surtout lorsqu’elles contractent des commandes à long terme. C’est aussi vrai pour celles qui vendent que pour celles qui achètent. Et il en existe même de nombreuses qui contractent des emprunts en devises étrangères pour se couvrir des effets de change à la date des règlements. Elles sont généralement obligées de conclure des contrats d’approvisionnement à long terme pour stabiliser leurs coûts. C’est notamment le cas des compagnies d’aviation pour leurs approvisionnements en carburant, mais aussi celui des fabricants d’avions dont les programmes de fabrication peuvent s’étendre sur plusieurs années.

Or, il est tellement facile de s’entendre avec son client ou son fournisseur pour transiger dans une devise stable plutôt que de le faire, par habitude, en dollars. L’un come l’autre peut y trouver avantage. Mais cela ne suffit pas toujours, car la stabilité des autres devises dépend aussi des fantaisies du dollar dans une certaine mesure, car les États eux-mêmes souffrent des variations de la politique monétaire des É-U. Le dollar étant la devise nationale des É-U, il est géré en fonction de leurs seuls intérêts en toute impunité.

Adopter une devise différente dans les transactions entre entreprises ne constitue donc pas une solution totalement satisfaisante. Néanmoins, de plus en plus d’entreprises l’appliquent cependant déjà, et je crois que, de bouche à oreille, elle va progressivement se généraliser, en l’absence de l’adoption d’un nouveau système monétaire à l’échelle de la planète. Je connais en effet quelques entreprises chinoises et européennes qui s’en sont parlé et l’appliquent. C’est beaucoup plus facile qu’entre deux gouvernements, car elles n’ont pas besoin de palabrer très longtemps ensemble pour en décider.

Au niveau des gouvernements et des banques centrales, il faut également souligner la composante politique de leur inaction. Le dollar va rester encore longtemps la devise de l’occident étasunien. Il est en quelque sorte un peu la devise de l’OTAN, et tant que l’on fera subsister ce parapluie parsemé de trous qui ne sert qu’à conforter la domination militaire des É-U, les pays de l’OTAN le garderont et les É-U s’y sentiront en sécurité.

Cependant la terre tourne, et l’occident rétrécit de plus en plus vite par rapport au reste du monde.

Les pays du BRIC (Brésil, Inde, Chine et Russie) occupent à présent une place croissante dans le commerce international, et l’émergence d’une devise nouvelle dépend de plus en plus largement de l’ampleur relative des échanges internationaux de ces pays. Il est par conséquent tout à fait concevable qu’en leur sein une initiative émerge.

La bourse de Shanghai

Parmi ces pays émergents, la Chine est en train de se révéler un bon entraineur. Elle a déjà groupé autour d’elle une bonne partie des États du sud-ouest asiatique, et commerce avec eux en yuan, sa propre devise, qu’elle maintient, pour le moment du moins, à parité avec le dollar.

La Chine vient de faire un nouveau pas en direction d’un yuan dominant. Elle vient d’autoriser la bourse de Shanghai à ouvrir ses portes aux sociétés étrangères à partir du début de 2010. Bien qu’il faudra du temps avant que Shanghai ne devienne une bourse de classe mondiale, c’est la stratégie déterminée du gouvernement chinois que d’y parvenir.

Ce dernier sait que certaines conditions devront être remplies avant que cette bourse puisse tenter les gros canons de la planète : une monnaie librement convertible, ce qui n’est pas encore le cas, une libre circulation des capitaux et un système juridique qui protège la propriété efficacement. Mais tout cela est en route. D’importants progrès ont déjà été faits en ce sens depuis 10 ans et témoignent de la rapidité avec laquelle le gouvernement va probablement œuvrer dans ce sens. L’ouverture de la bourse de Shanghai marquera probablement le début d’un nouveau grand pas de cet immense pays vers une économie plus moderne encore.

La Chine possède beaucoup de capitaux, et par conséquent de nombreuses entreprises de taille moyenne dont le potentiel de production se trouve essentiellement en Chine, pourraient être tentées d’adhérer à cette bourse, dans l’intention d’émettre des actions leur permettant une expansion rapide, sur place et dans ce quartier du monde futur.

C’est en Asie que se trouve la possibilité d’étendre le marché mondial. On le constatera de plus en plus au cours des années qui viennent. La sortie de crise remarquée de la Chine en est le gage. Toutes les prévisions pessimistes que les économistes nous ont prodiguées depuis des années au sujet de l’improbabilité de la pérennité de sa croissance ont été déjouées jusqu’ici par la réalité. Je suis à peu près sûr que ça va continuer encore longtemps.

© André Serra

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(ce texte est rédigé en nouvelle orthographe française)

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