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Posts Tagged “subprime”

Inutile sans doute de raconter dans les moindres détails la triste histoire de ces deux sociétés jumelles, qui possèdent officiellement 5000 Mds de $ d’actifs [un tiers du PIB des É-U]. Freddie vient cependant de déclarer un quatrième trimestre consécutif de pertes, soit 821 millions de dollars pour le seul deuxième trimestre 2008, après avoir doublé ses provisions pour créances douteuses. De son côté, Fannie avoue une perte de 2,3 Mds pour la même période. Dans ces conditions, on peut légitimement se demander ce qui restera des actifs de ces sociétés lorsqu’elles auront totalement digéré la crise des subprimes. On sait parfaitement que, pendant les périodes de difficultés, les entreprises n’hésitent pas à différer dans une certaine mesure le provisionnement de leurs mauvaises créances pour ne pas trop entamer leur crédibilité.
Résumons simplement l’essentiel.
Freddie Mac et Fannie Mae sont deux entreprises financières qui occupent le dernier étage de la pyramide du marché immobilier des É-U. Créées respectivement en 1933 et 1954 à l’initiative du gouvernement, elles sont cependant des entreprises privées, avec actionnaires et cotations en bourse.
Leur mission consiste à refinancer les banques et établissements financiers qui proposent des emprunts hypothécaires pour l’achat de maisons ou d’appartements. Lorsque ces prêteurs de premier niveau ont épuisé leurs fonds, ils peuvent s’en procurer de nouveaux auprès de Freddie Mac et Fannie Mae en leur cédant une partie des hypothèques qu’ils détiennent, de manière à poursuivre leur activité. C’est ce qu’on appelle « se refinancer ». Les deux entreprises jumelles, prêteuses de dernier ressort, se financent de leur côté en émettant de nouvelles actions en bourse, ou en vendant des obligations à travers le réseau des banques commerciales. Elles jouissent de la garantie implicite de l’État, ce qui leur permet de bénéficier de taux d’intérêt très bas , mais elles n’ont pas accès au guichet d’escompte de la FED comme les banques commerciales et certains établissements financiers sélectionnés, recevant des dépôts du public.
On comprend donc que si Freddie Mac et Fannie Mae voient leur trésorerie s’épuiser en raison de la défaillance des emprunteurs, sans pouvoir se refinancer, le marché de la construction se trouve paralysé. Sans finance, pas de construction, et sans construction, on provoque le ralentissement ou l’arrêt de toutes les autres activités liées de près ou de loin à celle-ci, comme la construction électrique, l’ameublement, la peinture et ainsi de proche en proche celui de l’ensemble de l’économie. Le fragile équilibre économique actuel des États-Unis repose donc presque entièrement sur celui de ces deux sociétés majeures.
Aussi, lorsque Lehman Brothers émit des doutes (8 juillet) sur l’équilibre financier de Freddie Mac et de Fannie Mae, en annonçant qu’elles devaient se recapitaliser de 75 milliards de dollars pour faire face à la crise des subprimes, le choc de la nouvelle sur le marché boursier a été terrible. On comprend ça ! 75 milliards de dollars, ça ne se trouve pas sous les sabots d’un cheval ! Tout cela au moment même où Bridgewater déclarait dans un mémo confidentiel que les pertes dues à la crise des « subprimes » pourraient s’élever à 1600 milliards de dollars (9 juillet), soit près de quatre fois l’évaluation qu’en avait faite le FMI peu de temps auparavant !
Repassons donc le film de ce qui s’est passé à partir de ce moment-là.
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Freddie et Fanny n’avaient pas attendu l’information de Lehman Brothers pour agir, et s’étaient déjà mis en quête de capitaux. Mais les deux jumelles avaient vite compris qu’elles n’en trouveraient pas en les recherchant en bourse, après avoir évoqué l’intention de lever 10 Mds de $ (18 juillet). Les émissions d’actions peinent en effet à se placer en ce moment, car les investisseurs, souvent désargentés par la crise, ont développé une méfiance maladive depuis quelque temps. On les comprend !
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Elles ne pouvaient pas non plus espérer une aide du côté des fonds souverains, pourtant riches de 3000 milliards de dollars, comme avaient pu en bénéficier peu avant Merrill Lynch et Citigroup, car il était évident que l’État n’accepterait pas aussi aisément que des acteurs étrangers mettent leur nez dans des entreprises aussi stratégiques pour l’économie du pays. D’ailleurs, Henry Paulson, le secrétaire au Trésor, avait affirmé qu’il n’était pas question que le statut particulier de ces entreprises soit modifié, et qu’elles devaient pouvoir fonctionner comme auparavant.
Il ne restait donc plus que l’État lui-même qui puisse sauver ces malheureuses entreprises. Or, après le sauvetage de Bear Stearns réalisé par l’intermédiation de la FED sous la forme de son absorption par JP Morgan, de nombreuses voix s’étaient élevées contre les interventions de l’État dans la crise, et ceci pour deux raisons. D’abord pour des raisons idéologiques, le marché étant réputé pouvoir se soigner tout seul et venir à bout de toutes les difficultés par son seul fonctionnement libéré des entraves de l’État. Ensuite pour des raisons éthiques, car la manière indécente, voire malhonnête, dont le secteur financier avait agi, ne portait pas l’opinion publique à accepter qu’on aide les établissements financiers en difficulté avec les impôts des citoyens, qui n’étaient pour rien dans cette crise.
On ne devait donc, sous aucun prétexte, pratiquer une nationalisation des deux compagnies, directement ou indirectement, ainsi que le gouvernement britannique l’avait fait précédemment, pour solubiliser rapidement la faillite de Northern Rock. Néolibéralisme oblige !
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Mais d’autres défis, collatéraux et imbriqués, confrontaient dans le même temps les pouvoirs publics des É-U, tous aussi importants les uns que les autres :
- une inflation frisant les 6%,
- un équilibre social sur lequel pèse le désarroi des expulsés de la crise immobilière [2 millions fin juin, inclues les procédures en cours]. Au seul second trimestre, 739714 logements ont fait l’objet d’une nouvelle notification de l’une des étapes de la procédure de saisie,
- des procédures de saisie de logements en hausse de 14% au second trimestre par rapport au premier, et de 121% sur un an, soit plus du double, avec la perspective de les voir se poursuivre jusqu’à la fin de 2009,
- effondrement de nombreuses banques régionales : Indymac (13 juillet), plus grande faillite bancaire depuis 1984 (32 Mds d’actifs, licenciement de 53% des effectifs), est placée sous la tutelle de la FDIC (Agence fédérale d’assurance des dépôts bancaires) - absorption à rabais de Countrywide Financial par la Bank of America pour éviter sa faillite. Plus récemment, la First Heritage Bank de Californie et la First National Bank of Nevada, le 26 juillet. Depuis le début de 2008, sept banques ont fait faillite. Mais on commence à parler de National City, Sun Trust Bank, M & T Bank Corp, First Horizon National, Carlyle comme d’éventuels candidats au dépôt de bilan.
En outre, selon des estimations d’origine étasunienne, 100 à 150 banques du pays, notamment régionales, pourraient disparaître d’ici la fin de 2009.
- augmentation du déficit budgétaire de l’État pour 2009 [exercice s'étendant de septembre 2008 à août 2009], dont le montant prévu s’élève maintenant à 482 Mds de $ [3,3% du PIB], interdisant de ce fait toute nouvelle intervention financière directe de l’État, comme celle de la distribution d’un retour d’impôt de 150 millions de $ aux particuliers au cours des mois de mai et juin.
En février, la première prévision du déficit pour 2009 portait sur 410 milliards de $. La dernière version sera-t-elle la bonne ? Rien n’est moins sûr !
- chute continue du dollar depuis deux ans sur le marché des changes, et fuite progressive des entreprises devant les contrats libellés en dollar, ainsi que de la part des banques centrales étrangères pour la composition de leurs réserves de change.
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Ces multiples défis dépendant assez largement les uns des autres, il était devenu progressivement impensable, aux yeux du gouvernement, de trouver des solutions séparées pour chacun d’entre eux.
C’est sans doute la raison pour laquelle le président Bush confia à son secrétaire au Trésor, Henry Paulson, la mission de mettre sur pied un plan d’ensemble susceptible de répondre globalement à la crise, en étroite coopération avec le Congrès, car les solutions entrevues impliqueraient légalement sa participation et son accord massifs.
La rapidité exemplaire avec laquelle la loi établissant ce plan fut voté par 72 voix contre 13 au Sénat le 26 juillet, un samedi, jour de la semaine au cours duquel n’ont généralement lieu, ni débat, ni scrutin, montre bien le degré d’urgence attaché par le gouvernement des É-U à la mise en œuvre de ce plan.
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En quoi consiste le plan voté par le Congrès le 26 juillet 2008 ?
- 300 milliards de dollars d’emprunts immobiliers vont être garantis par l’État,
- 3,9 milliards seront versés aux collectivités locales pour racheter et réhabiliter une partie des maisons saisies, de manière à favoriser leur revente,
- un nouvel organisme de contrôle coiffera Freddie Mac et Fannie Mae, et sera doté de pouvoirs d’intervention importants,
- la FED est autorisée à acheter en bourse les actions des deux entreprises, ce qui lui permettra d’en régulariser le cours,
- Freddie Mac et Fannie Mae auront désormais accès au guichet d’escompte de la FED au même titre que les banques de dépôts. Le plafond de cette facilité est fixé provisoirement à 300 Mds de $. Et le plus important, à ce guichet, la Fed pourra escompter les titres structurés comportant des contrats à subprimes.
À mon sens c’est ce dernier point qui pourrait permettre de régulariser l’économie bien au-delà des problèmes du secteur financier. En effet, en donnant aux deux entreprises la possibilité d’avoir directement accès aux capitaux de la FED [par pure création de monnaie, comprenons-le bien !], elles pourront en irriguer tout le réseau bancaire en réescomptant plus largement que jamais leurs actifs immobilisés [et notamment les titres structurés adossés partiellement à des contrats subprimes, causes de la crise]. Par voie de conséquence, les banques pourront recommencer à distribuer en aval tous les crédits dont l’économie a besoin, et pas seulement ceux qui concernent la construction.
Les particuliers pourront alors reprendre le cours de leur ahurissante consommation, stoppant momentanément la stagflation dans laquelle le pays est entré depuis le début de l’année. Ainsi seront donc provisoirement colmatées toutes les avenues menant actuellement à la paralysie de l’économie étasunienne. On est maintenant très loin de l’alternative que je présentais en mai dans un autre article intitulé : Entre le ba?ton et la vaseline, les E?-U he?sitent.
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Par-delà ces futurs évènements, il est essentiel de souligner le fait que les crises qui se sont succédé aux États-Unis depuis quelques années ont toutes été causées par des interventions ou des abstentions étatiques. La bulle technologique de 2001 a été causée par un refus de l’État d’intervenir dans le contrôle des opérations de bourse. Les titres de compagnies venant à peine d’être créées ont fait l’objet d’un volume de transactions délirantes, alors même qu’aucun document financier renseignant les futurs actionnaires n’avait pu être encore établi. Pure spéculation sur un futur imprévisible.
Cette crise aurait dû entraîner naturellement une remise en ordre sévère de l’économie, mais l’État voulait empêcher un ralentissement de la croissance, aussi, pour pallier les conséquences naturelles de ce gros incident boursier, la FED baissa les taux d’intérêt de manière radicale pour relancer la machine par l’endettement des particuliers. Le taux interbancaire descendit donc jusqu’à 1% aux alentours de 2002/2003, soit en dessous du taux d’inflation réel, de l’ordre de 3%. Le résultat conduisait donc la FED à accepter de perdre de l’argent par rapport à la valeur réelle du dollar.
Il était évident que les consommateurs allaient s’en donner à cœur joie, d’où une extraordinaire demande de nouvelles constructions entraînant une inflation des prix de l’immobilier de même importance. L’habitude de consommer à crédit se développa parallèlement. Le développement immobilier s’amortissant de lui-même par l’épuisement de la demande solvable, il fallut donc trouver un moyen de prolonger cette prospérité artificielle à laquelle on s’était habitué. Ce moyen fut la mise au point de crédits particuliers pour les foyers n’ayant pas les moyens de faire face à des échéances mensuelles importantes. Ce furent les contrats de subprimes.
On ne se trouvait plus alors dans la bulle créée par l’action de l’État entre 2002 et 2005, mais dans son extension volontaire par des moyens irrationnels sur lesquels l’État ferma pudiquement les yeux. Puis survint la hausse du taux d’intérêt décidé par la FED en raison du fait que celui de 1% devenait insoutenable, et début immédiat des défauts de paiement par les titulaires de ce type de contrat. Je passe évidemment sur les détails.
Et enfin aujourd’hui, l’État, toujours lui, intervenant directement sur le cours naturel de l’économie, et plus particulièrement sur celui de la monnaie, vient de mettre en place tous les éléments d’une nouvelle bulle, celle du dollar, croyant ainsi résoudre les problèmes entraînés par la précédente.
MAIS ! Mais il y aura un prix à payer. Ce prix sera une accélération de l’affaiblissement du dollar. Derrière la bulle immobilière, apaisée, une nouvelle bulle se formera en effet assez vite, celle de la monnaie des États-Unis cette fois, qui résultera de l’abondance des liquidités fabriquées par la FED, aspirées et distribuées par le canal de Freddie Mac et Fannie Mae, regonflés à bloc, qui acheminera en sens inverse dans les oubliettes de la FED toutes les mauvaises créances qu’elles pourront désormais accepter de racheter au réseau financier. Les chiffres avancés dans cet article permettent de se faire une idée des dimensions hollywoodiennes de cette nouvelle bulle. La crise actuelle n’aura en effet été résolue que par la création continue d’une fausse monnaie ne reposant sur aucune vraie création de richesse. L’assainissement du secteur financier aura donc comme contrepartie la noyade du dollar. Cette façon de procéder aura l’avantage d’éviter la publication de statistiques, puisque les transactions seront assimilées à des transactions commerciales ordinaires.
Personne ne pourra donc plus faire de différence entre un bon dollar et un dollar frelaté. Mais il me semble qu’au plan international, le dollar sera désormais regardé avec davantage encore de suspicion qu’il ne l’est aujourd’hui, accélérant ainsi la fuite déjà commencée devant lui.
En dépit des apparences et des discours, les États-Unis seront donc devenus résolument interventionnistes en quelques années, leur gouvernement conduisant de crise en crise le pays à toute une série d’impasses cumulées atteignant progressivement toutes les structures économiques du pays.
Le néolibéralisme aura donc abouti à éliminer le libéralisme, pourtant célébré sur toutes les tribunes, faute d’avoir accepté de laisser chacune des crises traversées aller jusqu’à leur terme naturel, nettoyant au passage toutes les entreprises qui n’ont survécu jusque-là que dans l’ombre de l’État.
Les États-Unis vont donc être amenés bientôt à revenir aux pratiques de l’ère rooseveltienne, dont les effets négatifs n’ont été évités de justesse que par l’entrée en guerre du pays, en décembre 1941, après Pearl Harbor. Ils devront alors faire face à un inextricable destin.
@ André Serra http://andreserra.blogauteurs.net/blog/

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Le point tournant
Les premières années du nouveau siècle ont montré une lente érosion de la valeur du dollar, accompagnée de la progression rapide de l’endettement extérieur de ce grand pays. Simultanément, une diminution assez rapide de son industrialisation se poursuivait au profit de pays étrangers, qui lui procurent à présent tous les biens qu’ils produisaient auparavant sur leur sol. Leurs prix, bien meilleur marché, leur permettent de ne pas augmenter les salaires de leur population. Sa croissance économique faisait jusqu’ici l’admiration du monde entier, mais elle était essentiellement assise sur un extraordinaire boum immobilier généré par des taux d’intérêt inférieurs au taux de détérioration de la monnaie, et s‘accompagnait de la disparition à peu près totale de l’épargne nationale. Tout cela sur fond d’aventurisme guerrier coûteux et sans grand intérêt.
À partir de 2004, des signes d’essoufflement de cette croissance apparurent. Toutes les familles ayant les moyens de posséder une maison neuve l’avaient faite construire, et l’immense capacité financière qui en avaient assumé la réalisation se trouva sans emploi, et commença à être rongée par l’inflation. Les établissements financiers du pays allaient commencer à perdre de l’argent, ce qui constitue un péché majeur au pays de l’oncle Sam.
Ils songèrent alors à toutes ces familles insolvables selon les normes bancaires, qui n’avaient pu accéder à la propriété, faute de crédit, et pensèrent qu’il y avait sans doute là une nouvelle poche de croissance sur laquelle ils pourraient poser leurs derricks financiers.
Leur esprit entreprenant et imaginatif conçurent alors un dispositif financier génial, et qu’ils pensaient sans risque, du moins pour eux, connu sous le non de « subprime ». Ce dispositif consistait à proposer aux familles impécunieuses deux ou trois années de prêt à faible taux, pour rendre supportables les échéances de cette première période, et de rétablir ensuite des échéances normales à taux variable, tenant compte, bien entendu, du risque supérieur encouru par le prêteur. L’argument pour conclure ces contrats était simple : la valeur des maisons croissant depuis plusieurs années à un taux annuel de l’ordre de 15%, à la fin de la période d’échéances faibles les futurs propriétaires seraient sans aucun doute en mesure, soit d’honorer les nouvelles échéances, soit encore de ré hypothéquer leur bien à partir d’une valeur bien supérieure, soit encore de le vendre avec un beau profit. Au pire, l’établissement prêteur saisirait la maison et c’est lui qui réaliserait un beau profit.
Mais pour que ce montage astucieux réussisse, il était indispensable que deux conditions soient remplies. Il fallait d’abord que la hausse du prix des maisons continue au même rythme que celui que l’on connaissait, et qu’ensuite les taux d’intérêt restent également au même niveau. Autrement dit, il fallait que le présent soit éternel.
Malheureusement, les calculs des groupes financiers lancés dans ces transactions, qui joignaient une extrême naïveté à un sens aigu de l’escroquerie, se révélèrent peu réalistes au contact de l’économie réelle. Aucune de ces conditions ne fut remplie. Le prix des maisons se stabilisa puis se mit à décroître, à mesure que les taux d’intérêt se mirent, eux, à croître. La fin de la période des échéances faibles des premières subprimes arriva, et la réalité des lois économiques réapparut sous la forme des premières échéances fortes impayées et des premières procédures de saisies. Le mouvement s’amplifia au fil des mois et…
Le marché des subprimes débouche sur une crise financière de grande ampleur
Le déclenchement de cette crise a été provoqué par la hausse rapide du taux d’intérêt de base, porté par la FED de 1% à 5,25% entre 2004 et 2006 pour lutter contre une inflation naissante, mais surtout pour protéger le dollar, de plus en plus menacé par l’alourdissement considérable des dettes extérieures du pays. Les hypothèques ayant été consenties sur la base de taux variables à partir de la deuxième ou troisième année des prêts, il est devenu brusquement impossible aux propriétaires peu argentés de faire face à cette hausse rapide de leurs échéances.
Le nombre de maisons, et donc de familles concernées, serait de l’ordre de 3 millions. Déjà, au 24 août 2007, 1.268.525 défauts de paiements avaient été constatés par un site spécialisé dans l’immobilier. Mais ces défauts de paiement ne portent encore que sur les plus anciennes hypothèques de subprimes. Si on se base sur une valeur moyenne de ces propriétés de 250.000 dollars à la date de ces contrats, c’est donc un montant de 750 milliards de dollars qui est en question, et non 400 comme les milieux officiels des É-U tentent de l’accréditer, ce qui constituerait déjà une impasse fort honorable pour les moyens de plus en plus limités de ce pays.
Pour le moment les propriétés déjà saisies par les prêteurs sont invendables à leurs prix d’achats en raison de la forte baisse des prix. Les établissements financiers en cause essaient donc de les conserver pour des jours meilleurs. Mais on sait que dans la plupart des régions du pays, un grand nombre sont maintenant squattées par des sans-abris, lesquels utilisent tout ce qu’ils trouvent de combustible dans ces maisons pour se chauffer ou faire leur cuisine. La valeur de ces maisons risque donc de baisser très rapidement en-deça des prix du marché.
Mais ce n’est pas tout. Les contrats à subprimes ont été en effet soigneusement mixés avec d’autres créances plus saines pour créer de nouveaux véhicules de placements financiers par ce qu’ont a appelé des opérations de titrisation. Mais la composition des titres ainsi créés n’étaient pas communiquée aux acheteurs, et personne n’est plus capable d’établir leur contenue avec précision aujourd’hui. Ils ont été revendus à l’ensemble des établissements du secteur financier, notamment aux banques de détail, et souvent revendus à nouveau par celles-ci à des investisseurs particuliers.
Ce n’est donc plus seulement la partie « subprime » d’un titre qui est considérée comme suspecte, puisqu’on ne connaît pas la proportion qu’elle occupe dans sa valeur, mais sa totalité, soit sur un montant qui peut être le double, le triple ou même davantage encore de la valeur de sa seule partie « subprime ». Cette considération permet de comprendre pourquoi cette crise est systémique et puisse entraîner la paralysie de l’ensemble des transactions interbancaires pratiquement interrompues, et pas seulement les mouvements typiquement « subprime ». Or, sans ces flux financiers l’économie ne peut fonctionner. Elle est paralysée et en état de choc .
L’ensemble du système financier des Etats-Unis est donc à terre, et pour longtemps. Même la valeur des saisies déjà effectuées pour non-paiement des échéances, s’est révélée inférieure à celle des crédits consentis, le prix moyen de ces maisons ayant chuté de 20 à 30% depuis les premières difficultés rencontrées, dès le début de 2007.
© André Serra [fin de la 1ère partie]

Voir la 2ème partie.

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Les rustines de la FED
Les atermoiements de la FED [le Federal Reserve System] depuis les premiers mois de 2007 faisaient craindre le pire. Le statu quo monétaire était devenu impossible. La FED se mit alors à louvoyer, se sentant prisonnière d’un double risque contradictoire . D’une part, celui d’une inflation croissante provoquée par la baisse continue du dollar sous la pression de l’endettement croissant du pays, associée à la hausse persistante des matières premières. D’autre part, celui de l’inévitable chute de la croissance artificielle de l’économie, du fait de l’arrivée à son terme du traitement de perfusion de dollars administré par Greenspan depuis 2001, pour faire face à l’effondrement du marché des valeurs technologiques. En voulant éviter Charybde, les Etats-Unis étaient tombés dans Scylla !
Pour arrêter l’emballement de la planche à billets qui alimentait le marché immobilier par le biais de taux d’intérêt exagérément favorables, et celui de la baisse subséquente du dollar, il lui aurait fallu monter les taux au moins jusqu’à 6%, et peut-être au-delà. Au contraire de cela, la FED s’est arrêtée à 5.25%, avant de redescendre en catastrophe à 3% en moins de deux semaines, pour tenter d’endiguer la crise financière impulsée par les défauts de paiement des emprunteurs à subprimes :13% d’échéances impayées par les emprunteurs, 10% par les autres acquéreurs d’immeubles, et envol des défauts de paiement des cartes de crédit !
Pour empêcher la décroissance de l’économie qui aurait naturellement résultée de l’arrêt de l’immobilier, dont la fin du cycle n’avait été retardé que par le subterfuge financier des subprimes, il aurait fallu que la FED pratique une hausse de taux plus progressive, passant de 1% à 2 ou 3%, mais dans ce cas la situation économique n’aurait évité, ni une inflation galopante, ni un minimum de déflation. D’où la difficulté de choisir l’impasse la moins funeste !
Au lieu de cela, n’étant pas parvenu à choisir le gouffre d’une inflation débridée ou celui d’une sévère décroissance, les États-Unis voguent actuellement vers la stagflation, le pire des deux mondes, c’est-à-dire à la fois l’inflation et la déflation. Le tout avec, en toile de fond, la pression d’un endettement désormais impossible à résorber autrement que par un effondrement de la valeur du dollar, ce qui fait peur à tout le monde, mais semble inévitable à court terme. En somme, la même catastrophe traversée par l’Allemagne pendant la République de Weimar en 1923, mais pour des raisons différentes. Les brouettes pour transporter les dollars-papier ne sont plus très loin ! Leur fabrication pourrait fournir du travail aux futurs chômeurs du dernier empire.
Face à la crise des subprimes impayés, une seule issue : boucher les trous avec des dollars que l’on n’a pas ! Assurer coûte que coûte la liquidité des banques pour éviter la fermeture de leurs guichets, faute d’argent. Des milliers de milliards de dollars offerts aux établissements bancaires, ceux-ci refusant désormais de se faire mutuellement crédit, chacun étant suspecté de posséder ces fameuses créances irrécouvrables dont elles ont elles-mêmes inondé le marché, et dont personne n’est capable, ni d’en faire un inventaire précis, ni de les localiser exactement.
Or, la planche à billets, c’est tout simplement l’inflation qui monte à l’horizon, et le discrédit bancaire communiqué à la monnaie elle-même : le dollar.
L’ombre portée du carry trade
Tout cela est déjà fort préoccupant, mais on a jusqu’ici laissé complètement de côté un autre gouffre dont on ne parle pas encore, celui du carry trade, dont j’ai parlé dans un autre article, « Taux d’intérêt : Jean-Claude Trichet a raison » .
Ces prêts aux pauvres gens ont en effet été le plus souvent réalisés à partir de capitaux que ces mêmes établissements financiers ont eux-mêmes empruntés à des banques étrangères à des taux très bas. À celles du Japon ou de la Suisse par exemple. Ces établissements bénéficiant des taux les plus bas du marché actuellement dans le monde, la différence de taux entre ces emprunts et leur replacement sur le marché étasunien leur a permis de dégager des profits colossaux sans rien faire d’autre que des virements.
Il ne s’agit donc pas seulement pour les banques étasuniennes de renoncer aux importants profits budgétés dans leurs bilans grâce au carry trade, ce qui serait après tout assez moral. Mais surtout de faire face aux importants remboursements des emprunts faits à l’étranger, que les défections des emprunteurs finaux rendent désormais impossibles dans les temps prévus par le montage de cette monumentale opération de subprime articulée sur le carry trade, astuce qui consistait à faire de l’argent, … sans argent.
La difficulté de rembourser ces capitaux se fera jour bientôt, et ne fera qu’augmenter la pression exercée sur le statut de la monnaie des États Unis dans le monde. Ils devront alors laisser la place à un tout autre système monétaire. Peut-être sous la houlette de Nations-Unis remodelés. Dans le monde où nous vivons, il n’est plus possible d’accepter qu’une monnaie nationale domine une humanité de plus en plus globalisée.
© André Serra [fin de la 2ème partie]

Voir la 3ème partie.

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Les rustines de George Bush
Parallèlement aux migraines de la FED, la présidence du pays a le devoir d’empêcher tout développement d’une panique au sein du monde économique, dans l’ombre menaçante de 1929.
Ici encore, une seule solution :?des dollars et encore des dollars, avec le même fournisseur, la planche à billets, puisque le trou du budget de l’État frise encore cette année les 500 milliards de dollars. Pour le Président, ce n’est pas le système bancaire qu’il s’agit de sauver de la faillite, mais 1.300.000 foyers en rupture de paiement de leurs échéances immobilières, en attendant les autres, 1.700.000 sans doute, dont les échéances sont encore à taux réduits car ce sont les emprunteurs les plus récents. On les retrouvera en 2008 et 2009. En les attendant, il faut rapidement saper toute onde de panique qui pourrait naître de cette abomination de tant de monde jeté dans la rue sans ménagement.
La grande Amérique se prépare donc à se voiler à nouveau la face. Comme après Katrina…
Et là, en face de ces 750 milliards neutralisés par les subprimes, mentionnés plus haut, le plan Bush propose un maigre 168 milliards de dollars. Pas du tout, comme on pourrait le croire, pour aider les quelques dizaines de milliers de familles déjà jetées en vrac sur les trottoirs avec leurs meubles, un peu partout dans le pays, mais pour « soutenir » la consommation des particuliers, sans laquelle l’économie étasunienne s’aplatirait en quelques mois sans coup férir.
Alors, pour les expulsés, c’est aux banques prêteuses que l’on demande de surseoir aux saisies, et même de renoncer aux hausses de taux prévus dans les contrats.
Mais les choses ne s’arrêtent pas encore là. Ce n’est pas fini ! Ce merveilleux télescopage financier aboutit aussi au budget de l’État.
Les rustines du budget
Or, sur ces entrefaites, l’infatigable Bush a dévoilé le 4 mars son budget 2009. Qu’y trouve-t-on ?
3.100 milliards de dollars de dépenses, qui ne sont couvertes qu’à 86,87% par les recettes, compte tenu des nouvelles réductions d’impôt, toujours sous prétexte de relance économique. Le déficit prévu est donc de 407 milliards de dollars, soit 13,13% des dépenses et 2,9% du PIB prévu. Sensiblement égal au déficit prévu pour l’exercice 2008 en cours (410 Mds), mais le double de l’exercice 2006 (162 Mds).
L’endettement va donc continuer à un rythme accru et engendrer des tensions inflationnistes additionnelles. Associée à la baisse des taux impulsée par la FED, la baisse du dollar va donc s’accélérer au cours des deux années qui viennent. Et c’est sans compter les conséquences des baisses de taux à venir, que la FED va bien être obligée de pratiquer dans les quelques mois qui viennent, pour amortir un total aplatissement de l’économie.
De plus, un grand nombre de dépenses sociales ont été fortement réduites (celles de la santé et de l’aide sociale), laissant ces dépenses à la charge des États fédéraux, dont les impôts ou l’endettement devront augmenter symétriquement.
Mais le plus curieux, et pas tellement inattendu de la part du Président, est la hausse de 7,5% du budget du Pentagone à 515 milliards, auxquels s’ajouteront 70 milliards supplémentaires hors budget pour les opérations militaires d’Afghanistan et de l’Irak.
Le pays sera donc encore mieux défendu ! Il est vrai qu’il est entouré d’ennemis si puissants, comme chacun sait ! En fait, mon avis est qu’il convient d’examiner l’augmentation des dépenses militaires sous un autre angle. Du fait du déplacement de l’industrie étasunienne dans les pays émergents, à hauteur d’environ 40% de son ancien potentiel, le seul moyen de conserver un minimum d’activité industrielle dans le pays consiste à augmenter la fabrication de matériel militaire, même s’il ne doit servir à rien. On fabriquera donc de nouvelles armes et on mettra au rencart les plus anciennes. Heureusement qu’il est encore interdit à l’industrie de l’armement de se déplacer à l’étranger, sans quoi on pourrait se demander de quoi vivraient les Étasuniens dans les années qui viennent. Peut-être seulement des commissions perçues par les courtiers en bourse et des honoraires des avocats. Sans doute les citoyens de cet empire à la dérive croient-ils que les Chinois et autres contributeurs étrangers continueront encore longtemps à les approvisionner en biens de toutes sortes, en se contentant de recevoir en échange des vignettes vertes imprimées avec la gueule de Washington !
© André Serra

[fin de la 3ème et dernière partie]

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Taux d’intérêt : Jean-Claude Trichet a raison
Les commentaires sur le maintien du taux de base de la BCE montre une détermination du public à considérer ce malheureux taux comme une sorte d’élixir de croissance négative ou positive. Comme on va le voir, c’est loin d’être le cas.
En tous les cas, il faut cesser de vouloir emboîter le pas des Étasuniens à tout propos. La déconfiture de leurs valeurs technologiques en 2000 et la récente débandade des subprimes sont pourtant des exemples probants que leur soi-disant compétence économique et financière est à relativiser prudemment. Leur petite croissance de 2007 de 2,2% qui vient d’être annoncée en première évaluation se trouve dans un mouchoir à coté de celle de l’Union européenne, en attendant qu’elle soit discrètement revue à la baisse dans quelques semaines, comme c’est dans la pratique de la FED de le faire lorsqu’elle a un mauvais chiffre à annoncer.
Il en est ainsi du regard porté par l’opinion publique sur la décision de Jean-Claude Trichet, patron de la BCE [Banque centrale européenne], de ne pas suivre Ben Bernanke, Président de la FED [Fédérale réserve des É-U], dans son plongeon vers les abysses de son taux d’intérêt de base, de 4,50 % à 3 % en moins de deux semaines, en le présentant comme un acte héroïque devant sauver les É-U de la récession.
Je voudrais simplement énumérer ici quelques données qui montrent au contraire la grande lucidité dont a fait preuve Jean-Claude Trichet dans cette affaire.
Baisser le taux d’intérêt n’est pas toujours utile,

et peut même être quelquefois dangereux
En premier lieu, l’histoire récente montre de nombreux exemples de taux d’intérêt bas coïncidant avec une très faible croissance, et de taux d’intérêt élevés coïncidant avec des phases de croissance rapide. Depuis 1990 environ, le Japon pratique des taux d’intérêt voisins de 0% compte tenu de l’inflation, et pourtant il connaît une croissance rampante qui ne parvient pas à sortir le pays de la déflation, en dépit de son idéologie des taux d’intérêt.
Pire, c’est son attitude laxiste qui a permis aux sociétés financières étasuniennes d’emprunter des sommes faramineuses sur le marché japonais à des conditions de coût dérisoire, puis de les replacer sur le marché des É-U à un taux plus élevé [carry trade ]. Or, c’est cette disponibilité de capitaux très abondants et peu chers, qui a entraîné l’invention des “subprimes “. Ce mécanisme subtil consistait à arnaquer de pauvres gens, en leur faisant croire que l’augmentation indéfinie de la valeur de leur maison leur permettrait de rembourser leur emprunt à taux variables. Il était parfaitement prévisible que cette innovation se termine par une crise de la construction et la saisie d’un nombre considérable de maisons dont les acheteurs n’ont plus les moyens de supporter les hausses de taux pratiqués tardivement par la FED, pour tenter d’arrêter cette croissance pathologique. Il était beaucoup trop tard, cette croissance exponentielle fictive est en train de déboucher sur une décroissance exponentielle, celle-là bien réelle, et sans solution crédible. Je reviendrai sur ce sujet dans un autre article.
Les É-U pour leur part, ont à leur tour pratiqué des taux très bas de 2001 à 2004, jusqu’à 1,5 %, inférieur à celui de l’inflation, pour relancer la croissance des É-U après la crise des valeurs technologiques. La réussite a été totale, mais elle se prolonge actuellement dans un chaos financier mondial indescriptible. À nouveau, la FED fait actuellement descendre les taux, comme si c’était une panacée. L’opinion inculte en est ravie, mais le principal effet de cette mesure sera une chute prononcée du dollar, et par conséquent une fuite des capitaux. Belle solution en effet ! Mais effet placebo tout de même, puisque les étasuniens, naïfs comme toujours, font remonter les cours de la bourse comme si cet expédient allait leur éviter la débandade économique !
Les situations des É-U et de l’Europe sont très différentes
En second lieu, si la baisse des taux pourra favoriser quelque peu les exportateurs étasuniens, encore faudrait-il qu’ils aient quelque chose à exporter, 40 % de l’industrie du pays ayant été délocalisée un peu partout. En revanche cette baisse entraînera parallèlement la hausse du coût des importations, et notamment celui des matières premières, et défavorisera par conséquent ceux des exportateurs dont les produits sont constitués de matières premières importées.
C’est donc ce qui se passerait en Europe si Jean-Claude Trichet suivait l’initiative de Bernanke. La hausse toucherait particulièrement chez elle les produits énergétiques, et notamment le pétrole, mais pas seulement, car l’Europe est relativement pauvre en matières premières.
On voit donc que les choses ne sont pas aussi simples que les chroniqueurs superficiels peuvent se l’imaginer, car il n’est absolument pas certain que le résultat global de l’opération serait positif.
Si la baisse des taux n’entraînerait pas nécessairement la croissance, plusieurs autres paramètres seraient plus efficaces pour l’améliorer si on y avait recours. Mais voilà, ce serait beaucoup plus compliqué, contraignant et lent que de changer un simple taux d’intérêt. J’en citerais celui qui, de loin, me semble le plus important : l’augmentation de la productivité, c’est-à-dire faire plus avec moins. Lutter contre les habitudes de pensée, amincir les procédures, réanalyser tous les processus, alléger les structures. Bien sûr ce serait plus fatigant ! Une œuvre de long terme évidemment, mais plus tôt on la commencera, plus tôt on inversera le déclin économique de l’Europe.
Baisser les taux entraîne une fuite des capitaux, comme on vient de le voir, parce qu’ils sont toujours à la recherche d’une rentabilité maximale. C’est d’ailleurs probablement la raison pour laquelle la FED a descendu son taux de base de 4,25% à 3 % en un peu plus d’une semaine. Je crois que Bernanke a administré cette potion brutalement dans l’espoir que la BCE le suivrait sous la pression de l’opinion publique européenne, et pas seulement pour relancer l’économie. Il faut toujours chercher la stratégie géopolitique sous les actes politiques apparemment les plus anodins. Heureusement, Trichet a tenu bon. Baisser les taux aurait eu pour effet d’entraîner rapidement des hausses de prix à la consommation en Europe, et alors une opinion publique irresponsable se serait plainte de ces hausses sans se souvenir de ses critiques passées.
L’Euro, future monnaie internationale
Enfin, en troisième lieu, mais c‘est peut-être le point le plus important dans le tournant géopolitique actuel, il nous faut prendre conscience du fait que nous nous trouvons au début d’une phase de l’économie mondiale qui pourrait sous-tendre le plus grand bouleversement géopolitique du monde depuis la seconde guerre mondiale, mais dont l’opinion publique se désintéresse complètement. Je m’explique.
Le rôle du dollar en tant que monnaie internationale pour le règlement des transactions commerciales est sévèrement contesté par l’ensemble de la planète, du fait de son instabilité et de son imprévisibilité, car les É-U gèrent leur monnaie en fonction de leurs intérêts intérieurs et ne se préoccupent nullement des conséquences de leurs décisions sur le reste de la planète. Cette contestation est particulièrement forte chez les vendeurs de matières premières, notamment de gaz et de pétrole, car lorsque le dollar vacille, les revenus pétroliers diminuent, et lorsqu’il grimpe, ils ne savent plus quoi faire de leur argent et le prêtent aux É-U pour qu’ils puissent boucler leur budget. Actuellement ces pays réfléchissent avec beaucoup d’intensité à ce problème récurrent, et envisagent de remplacer le dollar par l’euro dans l’établissement de leurs factures. C’est notamment le cas de la Russie et de tous les pays exportateurs de pétrole.
L’Europe de l’euro tirerait de cette substitution des avantages économiques considérables, avantages que les É-U ont eux-mêmes tirés jusqu’ici de la position prééminente du dollar. Par exemple, Airbus n’aurait plus de problèmes financiers induits par les fluctuations du dollar, puisque ses commandes seraient établies en euros. Je m’étendrai plus longuement sur cet intérêt une autre fois, pour éviter un développement trop long, mais c’est un sujet d’importance.
Pour expliquer leur position anti-dollar, on souligne souvent le fait que l’Iran et le Vénézuéla sont des opposants déterminés à l’hégémonie étasunienne, mais il ne faut pas mélanger les problèmes. Les six Émirats du golfe sont également en train de se concerter sur le sujet. Ils étudient même la possibilité de créer une monnaie collective pour assurer le règlement des transactions pétrolières des États du golfe persique. De son côté, la Russie prépare un plan de remplacement du dollar par le rouble pour les paiements du gaz de Sibérie
Ce n’est donc pas au moment crucial où le dollar va encore une fois vaciller et que l’euro est en bonne position pour le remplacer, qu’il faut affaiblir sa valeur et donner ainsi du crédit aux solutions concurrentes qui sont étudiées ailleurs. L’une de ses forces majeures est précisément sa stabilité et la crédibilité politique de la BCE. Il serait irresponsable de les gâcher en suivant les errements de l’oncle Sam. Enfin, il ne faut pas perdre de vue que certains états européens ne se sont pas encore ralliés à l’euro et sont postés en observation : Grande Bretagne, Norvége, Suède, Danemark, Suisse, Lichtenstein. Si l’euro venait à prendre la place du dollar comme monnaie du monde, on peut parier sans grande chance de se tromper que tous ces pays-là voudront être de la fête, même la Grande Bretagne.
Bien entendu, Jean-Claude Trichet ne peut faire publiquement état de cet argument essentiel. Il faut le comprendre.

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On ne peut arrêter sur 10 mètres un train lancé à pleine vitesse.
C’est pourtant ce que tentent de faire Bush et ses économistes de salon. Ce qui est en jeu aux États-Unis va bien au-delà d’un débat sur la question de savoir s’ils se trouvent au début ou au milieu d’une récession, car c’est le système intellectuel du pays, lui-même (l’adjectif est un peu prétentieux), qui est en cause. C’est lui en effet qui a conduit le monde à éliminer les frontières économiques, et déterminé ainsi la fuite de l’industrie étasunienne dans les pays émergents, les baisses d’impôt de 2001, la guerre au Moyen-Orient, les baisses de taux d’intérêt de 2002 à 2005, l’endettement endémique du pays et des particuliers, finalement le stratagème financier des subprimes , et aujourd’hui ce salmigondis de mesures économiques dépourvues d’intelligence et d’efficacité.
Cette énumération n’est pas limitative, mais suffit à faire comprendre que sans un revirement politique fondamental dont, ni le parti républicain, ni le parti démocrate, n’est intellectuellement capable d’effectuer, l’évolution en cours conduira inévitablement les États-Unis vers un déclin accéléré impossible à stopper.
Que l’on songe au fait que le projet d’injecter 150 milliards de dollars dans l’économie étasunienne va essentiellement augmenter le déficit budgétaire de l’État grâce au fonctionnement de la planche à billet, et accélérer la chute du dollar sur le marché des changes sans pour autant arrêter l’hémorragie économique et sociale en cours, car les liquidités appropriées seraient plutôt de l’ordre de 500 milliards de dollars.
Que l’on songe également au fait qu’actuellement tous les porteurs de dollars, Chine, Arabie Saoudite, Émirats arabes unis, Singapour, Russie, ont le dollar dans leurs collimateurs et tremblent à l’idée de perdre la valeur de leurs réserves. Un pas de plus dans le galvaudage du dollar et tous ces riches propriétaires risqueraient de donner libre cours à leur angoisse en dépensant pêle-mêle leurs dollars dépréciés pour sauver ce qui peut l’être de leur fortune en devises des É-U.
Déjà le renflouement des sociétés financières étasuniennes, à la limite de la faillite depuis l’écrasement du marché hypothécaire, par les fonds souverains étrangers, est un pas dans ce sens. Tout le système financier étasunien ainsi que les plus grosses industries du pays risquent de passer en quelques mois entre des mains étrangères sans que l’État fédéral puisse s’y opposer. Bush a d’ailleurs préparé ce futur immobilisme en déclarant que c’était une bonne chose que les dollars des étrangers reviennent au pays.
Il n’est pas possible d’espérer, en l’État actuel des choses, que les étrangers se précipitent pour acheter des bons du Trésor américains, quel qu’en soit le taux, comme ils l’ont fait depuis cinq ans aux temps mythiques du roi dollar, car il n’est tout simplement plus possible d’accorder quelque confiance que ce soit à un État qui fait n’importe quoi. Son sort sera donc celui qu’a connu l’Argentine il y a peu, et dont elle ne se sort que fort lentement à présent.
Le relèvement des É-U n’est donc pas pour demain. La seule solution peut-être envisageable aurait été de laisser la crise se déclarer, comme une poussée de boutons, de manière à purger l’économie étasunienne. Or ce n’est visiblement pas dans cette direction que l’establishment étasunien se dirige. Son immodestie proverbiale l’en empêche. Elle le porte à croire encore qu’il lui est possible de gérer des évènements aussi profonds que ceux auquel son pays est confronté, comme s’il s’agissait d’une simple varicelle.
Ce pays est entré dans une spirale de déclin dont il ne possède aucun moyen de sortir. Il est allé beaucoup trop loin dans son impéritie, et va entraîner le monde occidental dans sa chute.

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