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Posts Tagged “obama”

Il y a incontestablement une “guerre des monnaies” dans le monde depuis le début de la crise, je qualifierais ce qui s’est passé jusqu’ici de premier round pendant lequel des initiatives ont été lancées par différents pays pour démontrer, sous plusieurs motifs, la nécessité de remplacer le dollar dans son rôle actuel de monnaie internationale de paiement et de réserve, par une monnaie planétaire nouvelle qui serait, celle-ci, indépendante de tout État national particulier.

Après un rappel de ces initiatives en cours, je décrirai le second round, qui vient à peine de commencer.

1er round : Le lundi 19 novembre 2007, à Singapour, le premier ministre chinois Wen Jiabao, a montré qu’il était de plus en plus difficile de gérer les 1 430 milliards de dollars (970 milliards d’euros) de réserves de change de la Chine, à cause de la devise américaine ( réserve se montant à 2600 milliards de dollars en avril 2010 ). ” Nous n’avons jamais connu une pression aussi forte “, a-t-il déclaré, selon l’agence Reuters. ” Nous sommes inquiets sur la manière de préserver la valeur de nos réserves “, a-t-il ajouté. La devise étasunienne avait perdu 5% contre le yuan depuis janvier 2007, et malgré toutes les promesses de Washington, il continuait, jour après jour, à perdre des plumes. C’était alors le tout début de la crise des subprimes, qui devait exploser quelques mois plus tard.

Dès cette époque, la Chine se mit à plaider dans chaque forum qu’il était grand temps de remplacer le $ comme monnaie de paiement et de réserve. Rapidement, cette information fit le tour du monde et tous les ministres des Finances de la planète commencèrent à plancher sur le sujet.

Au début, l’Amérique du Sud commença à étudier la création d’une monnaie unique entre les pays du Mercosur.

Puis, les pays du Golfe, voyant leurs revenus baisser sous l’effondrement des prix du pétrole, perte à laquelle s’ajoutait celle provenant de la chute continue du $, commençaient à leur tour à trembler, et se réunirent pour envisager la création d’une monnaie unique du Golfe. Le 9 avril 2008, les États membres du CCG (Conseil de Coopération du Golfe) décidèrent à Doha que le lancement de la monnaie du Golfe aurait lieu le premier janvier 2010. Cette date a été respectée, et la banque est en démarrage depuis le 1er janvier 2010. Au départ du projet, les participants étaient l’Arabie séoudite, Bahreïn, les Émirats arabes unis, le Koweït, Qatar et Oman. Depuis, Oman s’est retiré et le Koweït a lié sa monnaie à un panier de devises pour combattre son inflation.

Le Secrétaire général du CCG, Abdelrahmane al-Attiyah, décida que les gouverneurs des banques centrales calculeraient le taux de réévaluation des monnaies indexées jusque-là sur le dollar. La plupart des pays du Golfe ont été contraints de réduire leurs taux d’intérêt dans la foulée des baisses décidées par la Réserve fédérale américaine, pour lutter contre la spéculation sur leurs devises, bien que des hausses de taux soient jugées nécessaires pour juguler l’inflation.

Il est probable que d’autres États pétroliers viendront se joindre à cette nouvelle monnaie dans les années qui viennent, à mesure qu’elle prendra pied sur le marché international. Ses parrains disposent de revenus tellement importants qu’il est peu probable qu’elle échoue. Les clients des états du Golfe devront très rapidement transiger avec cette nouvelle monnaie pour leurs approvisionnements venant du Golfe Persique, éliminant ainsi le dollar pour ce type d’activité, mais les pays fondateurs de la nouvelle banque le conserveront sans doute encore comme monnaie de réserve, compte tenu de leurs importants placements dans la zone dollar.

Un autre projet de zone monétaire pointe à l’horizon à la suite de la création d’une zone de libre échange en novembre 2009 entre les 10 pays membres de l’ASEAN, la Chine, la Corée, le Japon, les Philippines, et l’Australie. Au cours de la réunion plénière, le Premier ministre de l’Australie, Kevin Ruud (photo ci-contre) proposa que la zone de libre échange ainsi créée soit transformée en zone monétaire. Les participants trouvèrent l’idée intéressante, mais que l’adopter immédiatement risquerait de doubler les difficultés de réalisation du projet initial, et qu’il serait préférable de reprendre ce second projet lorsque le fonctionnement de la zone de libre échange aura été complètement mis en place. Il reste que cette initiative de l’Australie montre à quel point les esprits sont actuellement prêts à de profondes modifications des structures économiques du monde.

À mesure qu’autour du $ surgissaient des initiatives ayant pour but de lui ôter son statut de monnaie de réserve, les États-Unis comprirent que la menace de la Chine n’était pas vaine. Avant la réunion fondatrice des quinze pays du Pacifique Est de fin 2009, ils avaient traité ces initiatives par le mépris, argüant du fait que le $ était irremplaçable, et persuadés que leur hégémonie ne pouvait vaciller sur sa base.

Mais peu à peu la place du dollar comme monnaie de transaction et de réserve internationales s’effritait, car en parallèle, devant l’instabilité du cours du dollar, certaines entreprises se mirent à s’entendre entre clients d’un pays et fournisseurs d’un autre, pour commercer dans une monnaie plus stable, euro, livre, franc suisse, etc. Et alors qu’en 2002, le dollar entrait encore dans les paiements internationaux à hauteur de 72%, il ne dépassait déjà plus le taux de 64% en septembre 2007. La perte était déjà considérable, mais elle montre surtout une tendance de fond qui ne demande qu’à s’étendre, et qui le fera très certainement à petits pas. De nouvelles habitudes de paiement international s’installent peu à peu dans le monde en ce moment, au détriment du $.

Or, la place hégémonique du $ dans le monde était et est toujours essentielle pour l’économie des É?U depuis le traité de 1944 signé à Bretton Woods, car plus de la moitié de son encours en billets est en fait détenu hors de son pays d’origine, outre le fait qu’en servant de monnaie internationale et de monnaie de référence, il procure au moins trois avantages déterminants aux É?U, par rapport à toutes les autres monnaies, c’est-à-dire en fait à tous les autres États de la planète, qui subissent durement cette hégémonie.

Le premier de ces avantages est la possibilité d’émettre autant de monnaie qu’ils le décident, en cas de besoin, sans craindre d’effets de rétorsion de l’extérieur, tout excès d’émission étant tôt ou tard absorbé par les réserves de tous les autres pays du monde.

Le second est de pouvoir jouir de taux d’intérêt inférieurs pour leur économie en raison de ce privilège d’émission, sans craindre des effets à la baisse du cours du $ puisqu’il est la monnaie de référence. Il leur est donc possible de prêter à leur économie autant que de besoin ( c’est ce qu’ils n’ont pas arrêté de faire, à taux pratiquement nul, depuis le début de la crise ).

Le troisième est que l’ensemble des réserves en dollars détenues par toutes les banques centrales sont des dollars gelés, correspondant aux variations de la croissance inter­nationale. La crainte des É­?U est forte que ces réserves ne se mettent à fondre progressivement si la crise amenait ces banques centrales à les vendre, pour racheter leur propre monnaie par exemple. Cela ferait sur les É?U le même effet que la fonte de la banquise sur le climat de la planète.

C’est la raison pour laquelle ils tentent éperdument de relancer chez eux la croissance par tous les moyens, alors que c’est précisément cette croissance excessive qui a précipité la planète dans la crise. Mais ils n’en ont cure, car ils pensent que, par ce procédé, ils sortiront plus vite de la crise que les Européens et sauveront ainsi leur devise. On peut craindre qu’ils ne perdent alors, et la reprise, et leur monnaie, en raison du fait que leurs citoyens préfèrent continuer pour le moment à se désendetter plutôt qu’à consommer.

Et leur stratégie risque de tourner court, car ce pouvoir n’a aucune prise sur les États qui n’ont pas eu besoin de soutien en dollars des É-U ni du FMI au cours de cette crise. Et ça, c’est ce que l’on pourra sans doute appeler le bout du rouleau pour le dollar : que l’on puisse se passer de lui.

Il est donc crucial pour les É-U de freiner l’économie chinoise, qui a surfé sur la crise avec une rapidité et une efficacité auxquelles ils ne s’attendaient pas du tout. Ils ont alors pensé qu’ils y parviendraient en utilisant une stratégie monétaire, puisque c’est un axe qu’ils ont toujours utilisé lorsqu’ils avaient décidé d’amener un état à passer par ses exigences, politiques ou autres.

Mais les temps ont changé. Ce qui était n’est plus, et je crains pour les É-U qu’ils n’aient à passer cette fois par les fourches caudines d’autres pays.

***

C’est alors que les États?Unis ont lancé le deuxième round :

Il a vraiment commencé en février 2010, lorsque le président Obama, délivrant son discours sur l’État de l’Union devant le Congrès des États-Unis, lui a lancé d’une voix forte qu’il n’accepterait jamais que les États-Unis perdent la première position dans le monde.

C’était en fait une déclaration de guerre à la Chine, sans tambour ni trompette. Quelles que soient les mesures que le gouvernement chinois prendra à l’égard du cours du Yuan, que celui-ci décide ou non de le hausser par rapport au dollar, il ne sera pas confié au marché. C’est une certitude, car il est exclu pour la Chine d’ouvrir l’accès à leur devise aux spéculateurs occidentaux. Et il aura raison, comme je l’explique à la fin de cet article.

Mais de toutes les manières, il est tout aussi certain que l’administration étasunienne va utiliser tous les moyens possibles pour freiner l’ascension de la Chine. Devant sa très rapide sortie de la récession, et l’allure actuelle de sa croissance que les prévisionnistes voient à 13% en 2010, les Étasuniens ne peuvent plus penser que ce pays est en voie de s’écraser à court terme, comme ils l’imaginaient ou le prévoyaient jusqu’ici.

Plus question de penser que son système bancaire n’est pas solide, car on en a fait la prévision depuis deux décennies, et il ne s’est rien passé. On avait dit que les Chinois se contentaient de copier les produits occidentaux, mais ils ont créé des designers en très grand nombre, qui, un jour prochain, dicteront la mode à la planète. On les croyait très loin de rivaliser avec les Étasuniens dans les différents domaines de la recherche, mais en 15 ans, le nombre de leurs chercheurs a rejoint celui des É-U. Parmi eux d’assez nombreux chercheurs chinois qui s’étaient expatriés aux É-U sont revenus dans leur pays après 15 ou 20 ans passés en Amérique.

Les Chinois ont pénétré des secteurs où ils ne se trouvaient pas encore il y a quelques années. Dans son numéro 1014 du 14 avril sur la Chine ( Un monde chinois ), Le Courrier International indique la liste suivante de ces domaines : composites, céramiques, polymères, cristallographie, ingénierie métallurgique, recherche agronomique, biologie moléculaire, génétique. L’article du Courrier souligne le fait que la Chine est en train de passer d’une économie industrielle à une économie du savoir, fondée sur les travaux de ses propres instituts de recherche.

On va donc certainement assister à une course poursuite intense de la part de l’administration d’Obama pour rester en tête, mais avec un taux de croissance entre 1 et 2% en 2010 si tout va bien, et 13% prévus pour la Chine, cela sera très difficile pour Washington. Les coups seront sans doute très durs de part et d’autre, dans tous les domaines.

Je ne crois cependant pas à une confrontation militaire, car les É-U y dépenseraient leurs dernières forces. C’est sur les terrains économiques et diplomatiques que cela se passera. Les deux camps ne vont pas tarder à compter leurs alliés et leurs forces.

***

À partir de son discours sur l’État de l’Union de février, Barak Obama n’eut de cesse d’accuser la Chine de manipuler sa monnaie, de telle sorte que les variations du yuan aillent toujours dans le même sens que le dollar. La méthode était extrêmement simple. Il suffisait que le yuan ait toujours, par rapport au $, un cours autour de 6,826 yuan pour un dollar. Et c’est le cas depuis environ deux ans. C’est en effet troublant !

L’homme de la rue, pas forcément versé dans les machinations des politiciens, pense immédiatement que le yuan est manipulé pour augmenter les exportations du pays, et évidemment tous les politiciens affirment haut et fort qu’il en est bien ainsi, sans jamais avancer le moindre raisonnement réellement économique pour le prouver. Cette fixité du yuan par rapport au $ prouve seulement qu’elle est incontestablement voulue par les autorités chinoises, mais ne prouve en rien que le Yuan est sous-évalué.

Bien entendu, ce n’est pas la bonne réponse, et ceci pour une raison évidente. Les Chinois, qui seraient bien plus subtils que ceux qu’on appelle « les Américains » parce que ça leur fait plaisir, avaient évidemment une tout autre idée derrière la tête quand ils ont décidé d’appliquer désormais un rapport fixe entre le yuan et le $, car si ça avait été le cas, à l’évidence ils auraient doté leur devise d’un ascenseur fou allant dans tous les sens, avec des cycles de hausse, d’autres de baisse, de manière à donner le tournis aux “hurleurs” de Wall street.

Or, pratiquer un cours fixe, ça ne peut être rien d’autre qu’une provocation délibérée à l’égard de Washington, portant un sens du genre, “viens par ici qu’on s’explique dans la ruelle“. Et je ne doute pas une seule seconde que les Washingtoniens aient compris la même chose que moi. Ou alors, ils sont plus épais que je ne le pensais.

Mais c’est un peu court ! Le message n’est tout de même pas suffisant pour savoir comment y répondre. Il faut pouvoir lire entre les lignes ! Mais les Étasuniens ont sans doute pensé que l’occasion était trop belle, et qu’il fallait en profiter pour “planter” les Chinois et reprendre la main, sur le terrain même où ils les ont attaqués, le “$”. Il leur a peut?être semblé que les Chinois avaient fait là une sacrée bourde. Des bourdes, les Chinois ? Allons donc !

Les États-Unis, Président en tête, se sont alors mis à exploser de rage en s’exclamant dans tous les coins de la planète que la Chine manipulait sa devise à la baisse pour propager plus facilement sa “came de merde” chez eux, et qu’évidemment c’était pour ça qu’il y avait du chômage dans leur pays, qu’ils n’arrivaient plus à vendre leurs maisons, que leurs banques avaient fait faillite, et tout ça. Quoi que les Chinois aient réellement pensé, au moins ça permettait au gouvernement étasunien de soutenir que la crise, ça n’était de la faute de personne au pays, ni des banques, ni de la Fed, ni des traders, ni des Républicains, ni des Démocrates, ni de Bernanke, même pas de Greenspan, ni de Geithnert, et bien sûr, pas non plus celle du Président. C’était à l’évidence de la faute des Chinois, puisqu’ils venaient eux-mêmes imprudemment de dévoiler leur machination.

Donc, “haro sur le baudet” comme l’écrivit le bon La Fontaine, il importe que les Chinois malsains réévaluent leur yuan de m…., le plus rapidement possible.

Et comme si la planète occidentale était devenue une sorte de caverne de Platon, la même antienne se répercuta sur les parois virtuelles de cette grotte, en de multiples échos sortis de la bouche des meilleurs politiciens de la planète. “Réévaluez, manipulateurs !

Comme chacun le sait, les gouvernants chinois se répandirent à leur tour en dénégations multiples, affirmant également haut et fort, que c’était à eux qu’il appartenait de fixer le taux de change de leur monnaie, et qu’ils ne cèderaient à aucune pression.

Le Président Obama demanda alors à la commission ad hoc du Congrès, de faire un rapport dont l’objet serait d’établir les preuves de la manipulation du yuan par le fauteur de troubles. Ce rapport devait être présenté à la Maison Blanche le 15 avril.

( entre nous, ça ressemble un peu à la demande de Bush à la CIA de lui fournir un rapport prouvant que Saddam Hussein possédait des armes de dissuasion massive - c’est une pratique habituelle de l’Oncle Sam )

Le Congrès devait remettre ce rapport le 15 avril. Mais finalement, quelques jours avant l’échéance, le Trésor américain ajournait sa remise, car le Président devait recevoir son homologue chinois, Hu Jintao, dans le courant du mois d’avril, et que… il valait mieux le lui envoyer après son retour pour que leurs entretiens restent civilisés. Ça, c’est l’explication officielle. Mais comme je me méfie toujours un peu de ce qui parait normal, j’ai une autre explication : il n’y a peut-être rien dans le dossier du Congrès… qui permette d’affirmer que les Chinois manipulent leur monnaie !

J’ai fait une observation qui me mène à cette conclusion, et lui donne du sens. Tout le monde aura pu la faire aussi. Voilà. J’ai relevé les taux de sous-évaluation vraisemblables avancés par une quinzaine d’économistes, politiciens, journalistes (économiques) et autres fauves médiatiques. Les chiffres que j’ai relevés vont de 15% à 40%, en passant par 25% et 30%. J’ai même trouvé un économiste, dont j’ai perdu le nom, qui a conclu de ses calculs qu’en réalité le yuan était surévalué de 1% ! Et juste avant d’écrire le présent texte, je suis tombé sur un article du Monde du 17 avril citant Michel Aglietta, qui n’est certes pas le moindre des économistes français : « Le yuan est certes sous-évalué en termes réels, mais corrigé du niveau de vie, cette sous-évaluation est bien plus faible qu’on veut bien le dire, de l’ordre de 10%. » Comme quoi il n’y avait pas là de quoi fouetter un chat, même chinois !

Devant ces résultats disparates, Martin Wolf, le chroniqueur économique régulier du Monde, avait écrit le 13 avril dans le quotidien français, que si “les estimations de l’étendue de la sous-évaluation varient énormément : … Cela résulte en partie du recours à des méthodologies différentes“.

Admirez ! Voilà qu’en économie, si vous changez de méthode vous changez le résultat, et cela jusqu’à des différences de 30% ! Le Monde est dans de beaux draps avec Martin Wolf. Heureusement qu’il est britannique. Ça l’excuse. Soyons tolérants. C’est l’époque.

Il y a une autre manière de savoir si l’accusation de sous-évaluation du yuan est fondée. C’est en quittant le domaine des chiffres, toujours contestables, et en se fondant sur le seul bon sens. Sous-évaluer sa monnaie signifie dans une certaine mesure vendre au-dessous de son prix de revient, et par conséquent subir une perte ( en faisant du dumping ). Or, dans ce même article, Martin Wolf nous dit : “Après juillet 2008, date à laquelle l’appréciation progressive ( entamée trois ans plus tôt ) du yuan par rapport au dollar fut stoppée, les réserves chinoises se sont accrues de 600 milliards de dollars”. C’est pas mal, un bénéfice de 600 milliards de dollars en 20 mois pour un pays qui fait du dumping en sous-évaluant sa monnaie. Mais Martin Wolf surfe sur cette information, qu’il nous fournit pourtant lui-même, et poursuit : Cela dit, la Chine manipule-t-elle la monnaie ? Oui. Pékin est intervenu à une échelle gigantesque pour maintenir son taux de change à un niveau faible. ( en fait, dans son article cette citation précède de quelques lignes ma citation précédente, mais ça ne change rien à l’affaire ).

Pour ma part, j’ai une autre interprétation du problème soulevé. Je pense tout simplement qu’il est impossible de calculer le résultat de ce concept (sous ou surévaluation), et que si on ne le peut pas, c’est tout simplement parce que ce concept ne repose lui-même sur rien de tangible économiquement parlant. Pourquoi ? Parce que le cours d’une monnaie dépend des données d’équilibre interne d’une économie donnée, et que c’est même la mission de la monnaie d’y veiller, en ayant un cours qui protège, établisse ou rétablisse l’équilibre interne du pays. Bien sûr, elle doit le faire en tenant compte de l’environnement monétaire international, mais sous cette réserve, elle n’a nullement à se préoccuper des autres monnaies du monde.

Rappelons-nous la formule attribuée au secrétaire américain au Trésor, John Connally , pendant les réunions de Washington en 1971, répondant aux Européens qui contestaient les décisions monétaires des É?U : ” The dollar is our currency and your problem ” (Le dollar est notre devise et votre problème), ce qui voulait très clairement dire, ” nous gérerons notre monnaie comme nous l’entendons ; à vous de vous débrouilliez avec les conséquences qui peuvent en résulter pour vous “. Hé bien, Hu Jintao, le président de la Chine, pourrait rendre la pareille aux É?U en disant à Obama : “Le yuan est notre monnaie et votre problème“.

Par conséquent, de l’avis même de cet américain de haut vol, John Connally, c’est au pays considéré qu’il appartient de fixer les cours de sa devise, et non de la livrer à la meute des boursicoteurs et des spéculateurs sur un marché des changes, comme si la monnaie était une marchandise comme une autre, ce qui est faux, et surtout irréaliste.

C’est en effet faire une double spéculation : spéculer à la fois sur l’action que l’on désire acheter et sur la monnaie avec laquelle on va l’acheter. Absurde !

Ce sont les théoriciens de la mondialisation qui ont voulu et réussi à marchandiser les monnaies en les faisant évaluer sur des marchés des changes, faisant ainsi des devises de simples actifs qu’on peut acheter et vendre, comme n’importe quelle autre marchandise.

Avant ce nivèlement des outils économiques, il y a à peu près trente ans, les cours des devises étaient fixés par le gouvernement de chaque pays, en fonction de l’équilibre économique INTERNE du pays. Et ils restaient fixes, tant que cet équilibre restait, lui aussi, stable. Le grand avantage était que les entreprises n’avaient pas besoin, comme aujourd’hui, de se couvrir en devises lorsque les marchés conclus portaient sur des périodes assez longues.

Les modifications de cours se faisaient en général en concertation avec les présidents des autres banques centrales, soit en dévaluant, soit en réévaluant les cours de la devise. Généralement, d’autres États profitaient de l’occasion pour rectifier leurs propres devises, le même jour.

Beaucoup d’économistes d’aujourd’hui n’ont pas connu cette époque ou l’ont oubliée.

Mais, revenons à la situation actuelle.

***

La Chine fonctionne donc selon cet ancien système, très supérieur à celui que nous vivons aujourd’hui. Il est possible que son engagement à l’OMC l’oblige à laisser flotter sa monnaie. Mais je ne l’ai pas vérifié, et je n’en suis pas du tout certain. Personnellement, je pense que cette exigence serait de toutes les façons une erreur.

En effet, pour un État, laisser flotter sa monnaie ce serait la laisser aller à la dérive de la spéculation. À cet égard, je rappellerais la célèbre spéculation opérée sur la livre sterling par George Soros, que tout le monde connait bien :

Le 16 septembre 1992 (mercredi noir), George Soros vendit à découvert 10 milliards de livres sterling, pariant donc sur la baisse de la monnaie britannique. Par cette opération, il provoqua une telle pression sur la livre que la Banque d’Angleterre sortit sa devise du Système Monétaire Européen et eut bien du mal à résoudre cette situation.

Voilà ce qui peut arriver dans le système actuel, où les monnaies flottent, à la merci de tout spéculateur bien avisé. Il est intolérable qu’un simple individu puisse “escroquer” un État, grand ou petit, en ayant comme seul objectif de s’en mettre plein les poches. Ce fut d’ailleurs le cas au cours de ces dernières semaines dans la crise financière grecque. Goldman Sachs, la plus grosse banque des É?U, a joué les obligations grecques à la baisse, en supposant que l‘euro allait s’effondrer. La BCE a demandé à la Fed d’intervenir, ce qu’elle a probablement fait, car les attaques se sont arrêtées ( comme par hasard, Goldman Sachs vient d’être mis en accusation par la SEC pour une fraude de un milliard de dollars ).

Il est inadmissible qu’une opération aussi malsaine soit possible. Cela découle d’un vice profond des théories mondialistes dans le domaine économique. Personnellement, je trouve donc tout à fait acceptable la position de la Chine en la matière, c’est-à-dire ne pas laisser flotter librement sa monnaie.

Une autre anomalie, issue elle aussi des théories économiques mondialistes est à déplorer, dans un champ cousin de celui de la monnaie. Cette anomalie porte sur la protection des économies nationales.

En effet, la position de la Chine peut parfaitement altérer l’économie d’États qui transigent avec elle, dans la mesure où le protectionnisme est interdit par l’OMC, sinon en engageant des procédures interminables auprès de cet organisme. Ici encore la mondialisation, telle qu’elle a été conçue, aboutit à l’incapacité des États d’agir sur la structure économique de leur propre pays pour la protéger, sinon en rusant et de manière détournée.

En l’occurrence, les États-Unis ont violé cette règle en appliquant des droits d’entrée aux pneus et à d’autres objets en provenance de Chine. Elle n’aurait pas dû le faire avant d’en avoir reçu l’accord de l’OMC. Finalement, la position chinoise ne serait-elle pas “la réponse du Prince à la Princesse” ?

Je voudrais conclure sur une hypothèse. Admettons que pour calmer le jeu, la Chine accepte de remonter le yuan de 40%. Alors, toutes ses statistiques intérieures, calculées évidemment en yuan, se trouveraient majorées de la réévaluation du yuan lorsqu’elles seraient converties en dollars pour leur diffusion planétaire, comme c’est la mode puisque le dollar est devenu l’unité de compte des statistiques mondiales. Le PIB de la Chine exprimé en dollars serait alors réévalué lui aussi de 40%. De telle sorte que son PIB qui est équivalent aujourd’hui à la moitié de celui des É?U serait alors à peu près égal aux trois quarts de celui-ci. Je ne pense pas qu’Obama apprécierait beaucoup que la Chine se soit rapprochée aussi vite de la première place dans le monde, en matière de Produit intérieur brut.

Je vous laisse plancher sur cette hypothèse et ses conséquences.

Il reste que les raisons de ce que j’appelais “la provocation de la Chine” au début de cet article ne sont pas clarifiées pour autant. J’ai le sentiment que nous devrions en savoir davantage dans les semaines qui viennent à ce sujet. Je ne formule cependant aucune hypothèse là-dessus. Pour le moment, je suis dans le noir.

© André Serra

http://andreserra.blogauteurs.net/blog/

http://cybercanard.com

Cet article répond aux règles de la nouvelle orthographe

Comments 2 commentaires »

Dans la conjoncture du Moyen-Orient, un moment décisif vient d’être atteint avec la décision d’Obama d’y propulser 40 000 soldats de plus, dont 10 000 à attendre de la part de ses alliés à-plat-ventristes de l’OTAN. L’interprétation de cette décision est délicate et complexe, car elle met en cause plusieurs questions différentes.

Elle oblige d’abord à revenir sur la question irakienne. La décision d’Obama semble mettre de côté cette question, comme si elle était définitivement réglée et classée, ce qui est fort loin d’être le cas.

En effet, si la paix semble être revenue dans le pays, peu d’incidents étant à signaler, mais si personne ne semble s’en apercevoir, c’est parce que les Étasuniens ne veulent pas avouer qu’ils ont totalement perdu la maîtrise des évènements qui s’y déroulent. Car ce n’est pas de leur fait que la paix règne à présent en Iraq. C’est en effet l’action de l’Iran qui se trouve à la source de cette pacification. Expliquons pourquoi.

Il convient de se rappeler que les chiites représentent 65% de la population irakienne, et occupent tout le sud, où se trouve l’essentiel des ressources pétrolières, le reste de la population se trouvant en zone kurde avec le reste du pétrole du pays, et en zone sunnite, pratiquement dépourvue de pétrole. La population chiite a été opprimée et persécutée par les sunnites pendant toute la durée de la dictature de Saddam Hussein. Une bonne partie de son élite, ainsi que les familles qui en avaient les moyens, ont émigré à cette époque en Iran, où les mollahs chiites les ont recueillis.

À ce propos, il est nécessaire de rappeler que sunnites et chiites irakiens sont des musulmans arabes, alors que les chiites iraniens sont des musulmans persans. Ajoutons quelques mots pour expliquer la séparation intervenue entre les sunnites et les chiites, après l‘assassinat d’Ali en 661. Ces indications sont cependant très simplifiées, car la lutte complexe entre les sunnites et les chiites s’étendit sur une longue période, et n’est pas l’objet de ce court article

Ali était le cousin et le gendre du Prophète. Peu avant sa mort, ce dernier désigna Ali comme son successeur. Une grande partie des musulmans considéraient qu’il était préférable que le successeur du fondateur de l’Islam soit choisi dans sa famille et acceptèrent cette décision. Ce furent les chiites d’Ali (ou partisans d’Ali). Mais les chefs des tribus arabes, anciens adversaires de Mahomet, appelés par la suite ” sunnites ” ( de sunna, la tradition du Prophète ) estimèrent au contraire que le successeur de Mahomet devait être choisi parmi eux, et serait nommé Calife. D’où l’institution du Califat chez les sunnites.

De ce litige résultèrent des heurts violents entre sunnites et chiites, qui ensanglantèrent pendant longtemps les rapports entre les deux camps, un peu à la manière des catholiques et des protestants au moment de la Réforme, mais pour des raisons totalement différentes. Je passe volontairement sur les détails de moindre importance.

On remarquera donc, à propos des populations de l’Iraq et de l’Iran, que c’est la religion qui les rapproche ou les divise, et non les ethnies auxquelles elles appartiennent respectivement. Bien qu’arabe l’une et l’autre, les factions chiites et sunnites de l’Iraq sont profondément divisées, alors que les chiites arabes et les chiites persans s’entendent relativement bien entre eux. Notons qu’en Iran les chiites représentent 89% de la population, et les sunnites moins de 10%. Les chiites y sont donc largement dominants, comme d’ailleurs aussi en Irak, où les proportions sont de 64% pour les chiites et 36% pour les sunnites, mais ces derniers se partagent sensiblement à égalité entre les Arabes (et anciens partisans de Saddam Hussein) et les Kurdes. Or ceux-ci sont pratiquement autonomes depuis l’invasion, alliés des chiites à l’Assemblée nationale, et c‘est l’un des leurs qui est actuellement le président du pays, Jalal Talabani.

***

À partir de l’invasion américaine, les choses changèrent du tout au tout, quoique pas dans le sens que l’auraient désiré les conquérants. La première décision des proconsuls étasuniens fut de dissoudre l’armée irakienne, qui avait maintenu jusque-là l’ordre dans le pays, sous la dictature (sunnite) de Saddam Hussein, en dépit des dissensions sanglantes régnant entre les trois groupes qui l’habitent, sunnites arabes, sunnites kurdes et chiites arabes. Les envahisseurs étasuniens assassinèrent ensuite le dictateur sunnite pour des raisons sur lesquelles ils auraient pu tout aussi bien s’appuyer pour faire pendre leur propre chef à ses côtés, George Bush junior. [ Mais çà, c'est juste une opinion personnelle ]

Par leur ignorance de ce qu’était l’Iraq, les Étasuniens avaient ainsi libéré d’un seul trait de plume la communauté chiite iraquienne de leurs deux ennemis historiques. Après une forte résistance de l’imam chiite Sadr et de son armée du Mahdi (équivalent à ” messie “), toute résistance violente des chiites s’arrêta sous l’influence des Iraniens, qui en calmèrent énergiquement le jeu par l’intermédiaire des chiites irakiens exilés en Iran pendant la dictature de Saddam, et revenus dans leur pays après l’invasion étrangère. Ils agirent cependant de manière totalement discrète, sans jamais se prévaloir de leur influence, et sans que les Étasuniens ne se rendent compte qu’ils agissaient par dessus leurs têtes.

Bien que les Étasuniens se soient plaint à de multiples reprises de l’irruption des Iraniens dans le pays, sans toutefois en découvrir la raison ni les missions, ils ne comprirent pas que leur action avait eu pour résultat, non seulement de ramener l’ordre là où les envahisseurs avaient créé le chaos, mais aussi d’établir sur la population du pays un ascendant très important qui allait les amener à prendre progressivement possession de la totalité du pays, à la barbe des troupes étasuniennes, notamment dans le sud, où ils gèrent actuellement à leur profit, et en toute liberté, l’économie du pétrole de la zone de Basra (Bassora). Rappelons qu’actuellement l’Assemblée nationale est en majorité chiite, que le Premier ministre, Nouri al-Maliki, est un chiite favorable à l’Iran, et que les trois quarts des ministres le sont aussi.

Ce qui permit aux Iraniens d’être aussi discrets fut la tentation des militaires de s’attribuer tout le mérite d’avoir réussi la pacification du pays. Mais ce vilain défaut faisait parfaitement l’affaire de l’Iran.

L’explication du report de l’action étasunienne en Afghanistan se trouve là, dans la prise de pouvoir souterraine de l’Irak chiite par l’Iran. Voici pourquoi et comment :

***

Ici aussi nous devons faire un autre retour en arrière, cette fois dans la stratégie étasunienne. Pour à peu près tout le monde, l’invasion de l’Iraq décidée par Bush et son clan semblait sous-tendue par la volonté de s’emparer du pétrole irakien, en prétextant que Saddam Hussein possédait des armes de destruction massives illégales. Bush et son petit monde étaient très contents de cette erreur de l’opinion publique, car elle les aidait à masquer leurs véritables intentions aux yeux de ceux qu’ils voulaient réellement atteindre.

De la même manière, l’agression contre l’Afghanistan avait vraisemblablement été montée de toutes pièces à travers la destruction des tours du WTC, pour justifier leur irruption en Asie en plein milieu de l’articulation du monde chinois et du monde russe, juste en dessous des cinq anciennes possessions musulmanes de l’U.R.S.S., encore sous forte influence russe.

D’ailleurs, la première chose que le gouvernement étasunien fit, avant même d’entreprendre leur voyage vers le Moyen-Orient, fut de demander à ces cinq pays d’accepter la construction de bases militaires des É-U sur leurs territoires pour les aider, ce qu’ils consentirent sous le coup de l’émotion de l’époque, alors qu’il aurait été tellement plus normal pour les É-U d’établir directement ces bases en Afghanistan, ou plus simplement de les obtenir du Pakistan, encore plus proche de Kaboul, et accessible par mer.

Depuis, la Russie a réussi à pousser ces cinq pays à exiger la fermeture de quelques-unes de ces bases. Mais les É-U ont beaucoup renâclé avant d’en évacuer certaines, mais pas toutes. Dans certains cas, ces pays ont accepté d’accueillir des bases russes pour rétablir l’équilibre des forces. Toujours est-il que cette tentative des Étasuniens n’était évidemment pas innocente…

***

Il suffit de regarder une carte de l’Asie pour comprendre immédiatement l’idée géopolitique de “l’Empire étasunien“, qui pensait bien pouvoir s’offrir un siècle hégémonique supplémentaire. Mais voilà, s’ils ne sont pas très futés, ils ont tout de même des yeux pour voir, et si leurs naïfs alliés occidentaux les suivent aveuglément avec des manières de colonisés, eux ont très bien vu l’arrivée de Deng Xiao Ping à la tête de la Chine, celle de Poutine au Kremlin, et plus récemment de Lula à Brésilia et de Chavez à Caracas, en bordure du golfe du Mexique. Et ils ont donc parfaitement compris que ces mouvements géopolitiques ressemblaient de plus en plus à un siège, qui se resserrait progressivement autour d’eux.

L’Amérique a donc cherché à desserrer cet encerclement progressif par des actions de domination, selon leur habitude historique. Leur tentative de dominer économiquement la Chine a échoué. Ils ont bien laissé leurs usines sur le continent asiatique, mais en ont rapidement perdu la maîtrise, car les Chinois les ont vus venir. Malgré leurs autres initiatives, sous couvert de démocratie et de droits humains, ils n’ont pu empêcher Le Tibet et Taïwan de rester dans le giron de la Chine.

Évènement passé inaperçu lors du soixantième anniversaire de la création de la République Populaire de Chine, la délégation taïwanaise a défilé à Beijing le 1er octobre 2009, en tant que province chinoise, et non en tant qu’État invité. Personne ne semble avoir remarqué cette particularité étonnante, pourtant tout à fait significative.

Enfin, en aout 2008, la Russie a bloqué l’offensive géorgienne contre l’Ossétie du Sud dans le Caucase, plus ou moins tentée avec l’assentiment de Washington pour tester Poutine, Premier ministre de Russie, à ce moment précis en train d’assister aux Olympiques de Beijing. Les Étasuniens ont rapidement été fixés sur le respect que leur portaient les Russes.

Leur restent malgré tout aujourd’hui les Européens. Mais ils sont tout de même en train de s’unir, de peine et de misère, et, né il y a moins de 10 ans, l’euro leur tient la dragée haute, quelquefois même un peu trop à leur goût.

***

Débordés par une crise mondiale qu’ils ont provoquée par maladresse, et à laquelle ils n’ont su répondre que par une hausse artificielle de leurs bourses, au milieu d’un endettement insoutenable, les États-Unis cherchent désespérément une issue. S’ils vont sans doute terminer 2009 avec des indices encourageants, la pérennité de ceux-ci n’est pas assurée, et beaucoup de gens sont sceptiques quant à la poursuite de ce qu’ils présentent comme une sortie de crise. Il est vrai qu’il leur fallait bien enrober le suppositoire que constitue l’envoi d’une nouvelle armada en Afghanistan, d’un peu de nourritures terrestres ! Un long enchaînement d’épées de Damoclès s’aiguise cependant encore dans leur ciel.

Contraints d’abandonner l’Iraq, puisqu’il leur est progressivement, mais sûrement soutiré par l’Iran, Obama et ses militaires ont finalement jeté leur dévolu sur l’Afghanistan où leur armée est enlisée en compagnie des supplétifs fournis par leurs adorateurs de l’OTAN, ruine sans avenir de l’époque stalinienne.

Il tente à présent de poursuivre l’idée géopolitique de la génération Bush, c’est-à-dire essayer de reprendre les rênes de l’Occident autour d’un projet déjà largement dépassé. Mais surtout, il croit encore possible de s’infiltrer entre la Russie et la Chine, soudées dans l’OCS [ l'Organisation de Coopération de Shanghai ]. Une véritable fuite en avant ! Elle fait penser à Napoléon devant Moscou en flamme ou à Hitler grelottant sur la Volga, dans Stalingrad. La Bérézina n’est plus très loin !

Presque tous les analystes militaires et politiques, aussi bien dans le monde qu’aux États-Unis, affirment qu’il faudrait des effectifs de 300 à 500 000 hommes pour parvenir à stabiliser l’Afghanistan, et Obama espère malgré tout parvenir à n’en aligner que 140 000 d’ici 18 mois !

Il a cependant trouvé une argumentation imparable pour soutenir son antépénultième stratégie. À de jeunes officiers de West Point, qui n’apprennent plus ni l’histoire ni la géographie, il a dit, en levant très haut le menton selon son habitude :

” Si je ne pensais pas que la sécurité des États-Unis et des Américains était en jeu en Afghanistan, j’ordonnerais avec plaisir le retour de chacun de nos soldats dès demain. “

C’est incroyable ! Ainsi, le sort des États-Unis se trouvait entre les mains des Talibans, et nous ne le savions pas !

Obama a de la buée dans les yeux !

André Serra

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Lecture conseillée : Robert BAER - “Iran : l’irrésistible ascension” - folio documents N°49

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Il est sans doute temps d’ouvrir largement nos yeux vers tous les signes montrant le cuisant échec de la mondialisation à l’américaine. Ces signes ne mettent nullement en question la nécessité de faire évoluer la planète humaine vers une solidarité de plus en plus affirmée, mais réduisent par contre à néant les résultats économiques obtenus depuis vingt ans par les élucubrations de l’OMC, voulue et dominée par les É-U.

Lorsque la crise des subprimes s’est déclarée aux É-U, on pouvait encore penser que cette crise était un accident de parcours du libéralisme selon l’oncle Sam. Près de deux ans après le doute n’est plus possible, et l’échec annoncé du sommet de Copenhague prévu en décembre pour décider des mesures à prendre en matière de protection climatique, avant même qu’il ne puisse être tenu, et confirmé par la dernière réunion du forum de l’APEC tenu à Singapour, renforce la réalité de l’illusion qu’a constitué jusqu’ici la propagande étasunienne pour la mondialisation.

Depuis l’installation de Barak Obama à la Maison Blanche, les choses vont de mal en pis aux États-Unis, et les tergiversations du G20 ont débouché sur un grand vide. L’affaire des bonus a perduré, traduisant l’impuissance des États, aussi bien aux É-U qu’en Europe. Ensuite, la spéculation est repartie à grande allure, grâce au merveilleux taux d’intérêt de la FED, ramené à 0%. Une aubaine pour le carry trade.

Rappelons que cette géniale “martingale” consiste à emprunter des capitaux en dollar, à 0%, et à les faire fructifier dans un autre pays à des taux plus rémunérateurs. Par exemple en Australie où le taux de la banque centrale vient d’être porté à 3,5%. L’Australie est en effet un pays qui n’a pratiquement pas souffert de la crise et jouit d’une importante croissance, due à l’abondance de ses matières premières, et au fait que le prix de celles-ci monte actuellement en flèche.

Le carry trade, pratiqué avant la crise à partir d’un yen japonais à 0%, est devenu le garde-manger des spéculateurs étasuniens, et notamment des traders, qui ont à présent récupéré le niveau de bonus un moment ébranlé par le G20. On n’en parle plus !

La sortie de crise des É-U, annoncée au clairon, se fait maintenant très mince. L’indice d’activité industrielle de la Fed de New York vient de rechuter de 34,6 à 23,5 le mois précédent et les ventes de détail de septembre sont fortement revues à la baisse à ?2,3% contre ?1,5% estimé initialement. Le chiffre de la consommation depuis le 1er janvier a enregistré un plongeon abyssal de 8,2%.

Le G20, qui avait également bénéficié des trompettes de la Renommée, a disparu dans la brume. Les paradis fiscaux ne figurent plus sur les écrans. Ils vont pouvoir se refaire progressivement une beauté, car aucune législation particulière, dans aucun État, n’est venue contrecarrer leur renaissance. On a amusé la galerie un moment avec eux, et tout a pu rentrer dans l’ordre, ou plutôt dans le désordre.

Interviewé par la revue l’Expansion il y a quelques jours à ce sujet, Jean-Charles Rocher, professeur à l’École d’économie de Toulouse, a déclaré: « Ces derniers (les paradis fiscaux) ont été des boucs émissaires. Ils ne sont pas responsables de la crise que nous traversons aujourd’hui. C’est plus facile de pointer du doigt les Îles Caïmans ou le Luxembourg que de faire le ménage chez soi ».

En matière de régulation, grand souci du G20, les propositions ont disparu des plannings. Pour une bonne raison. Monsieur Obama n’a pas le temps de s’en occuper, l’Afghanistan, l’Iran et quelques voyages pour resserrer “les alliances” étant des problèmes plus urgents pour “l’Amérique”. Mais en fait, le secteur financier étasunien ne veut tout simplement pas de régulation. On reprendra les projets de coopération internationale plus tard. Rien ne presse, puisqu’il paraît que nous sommes sortis de la crise… ou presque !

Quant aux intentions de donner aux pays émergents une place plus grande dans les institutions internationales, également annoncées par roulements de tambour prolongés,… oubliées. “L’Amérique est de retour” ! Qui Obama pense-t-il tromper ? Tout le monde sait parfaitement que l’” Amérique ” ne tient plus qu’à un fil. Mais on a encore un peu peur de ses rugissements. On ne sait jamais !

Aujourd’hui, monsieur Obama tente de persuader les nations asiatiques que les É-U vont fortement s’engager en Asie, et il le dit avec beaucoup de force, comme il en a l’habitude avant de s’en dédire. Avec quoi dans les mains ? Il est à craindre que les Asiatiques appréhendent quelque peu ses cadeaux empoisonnés ; des batteries de missiles pour les protéger de l’Iran nucléaire, par exemple.

Dans les faits, seize nations de l’Asie-Pacifique viennent de s’engager dans un chantier d’unification économique et… politique, qui a des chances d’être beaucoup plus sérieux et solide que la mondialisation à l’américaine. Je ferai paraître un article détaillé sur cette importante question dans quelques jours. Il s’agit d’un événement considérable pour le monde.

En particulier, le Japon est en train de filer entre les doigts des É-U, et Obama le sait. Le nouveau parti au pouvoir à Tokyo a ordonné l’analyse des traités secrets conclus depuis un demi-siècle entre l’ancien parti conservateur, éliminé, et la Maison Blanche. Les Japonais ont enclenché leur décolonisation ! Leur nouveau premier ministre, Yukio Hatoyama, a été élu pour ça, et il a commencé par la base étasunienne d’Okinawa. Obama l’a mal pris ! Et pourtant ça tombe bien pour lui, il a besoin de chair à canon pour l’Afghanistan. Avec les 40000 militaires étasuniens stationnés depuis plus d’un demi-siècle dans l’archipel, il a une solution toute trouvée. À la cadence de 1300 soldats tués par an, il pourrait tenir 30 ans de plus dans ce pays !

La mondialisation sous bannière étoilée a décidément du plomb dans l’aile !

© André Serra

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Tout d’abord une remarque. L’intérêt porté à cet événement ailleurs qu’à l’endroit où il va se passer prête à croire que le Président des États-Unis est aussi celui de la planète. Pourquoi ?

À l’exception du Canada et du Mexique, les proches voisins des É-U et leurs partenaires dans l’Alena, dont les étroites relations économiques et politiques avec eux peuvent dépendre du choix du nouveau président, il semble que le reste du monde n’ait pas encore pris totalement la mesure du profond déclin dans lequel la « superpuissance » est entrée depuis une douzaine d’années. Son influence sur le cours du monde s’est considérablement affaiblie depuis.

Une seconde remarque est l’auréole dont les « non-américains » coiffent la tête du candidat Obama. Ils croient assez naïvement qu’il va changer la propension des Étasuniens à se croire comptables du sort de l’humanité et les seuls à connaitre un modèle politique indépassable.

Cette obsession obamatique porte ainsi une large portion du public international à croire que les électeurs étasuniens partagent leur opinion et leurs souhaits, rendant ainsi l’élection d’Obama certaine.

À mes yeux cette croyance est une illusion. Voici pourquoi :

Aujourd’hui, à un stade de la campagne électorale où la désignation d’Obama comme candidat officiel du parti démocrate semble à peu près acquise, on peut seulement porter un regard attentif sur la campagne finale entre Barak Obama et John McCain.

Barak Obama se présente comme un unificateur du peuple des É-U. Cela montre de bons sentiments, mais lorsqu’on connaît les profondes divisions de ce pays, religieuses, ethniques, économiques, on lui souhaite bien du plaisir [lire = Hans-Georg Betz – Etats-Unis : une nation divisée, Guerre culturelle et idéologique – Éd. Autrement (2008)]. Il n’a de toute manière confié à personne comment il procèderait, ce qui laisse à penser quil s’agit davantage d’un vœu pieux que d’une stratégie bien définie.

Il annonce qu’il retirera les grands pieds étasuniens du sol irakien. Fort bien, mais qui serait contre en dehors du complexe militaro-industriel ? Pour cette question aussi, comment s’y prendra-t-il ? S’agira-t-il d’une évacuation pure et simple ? Jamais les citoyens étasuniens n’accepteront de partir sans qu’un constat de victoire parfaitement médiatisable ne soit clairement établi. L’orgueil nationaliste des Étasuniens est insondable. Ils ont encore le Vietnam à l’esprit.
Il désire revernir la carrosserie du pays aux yeux du monde en allant causer aux Cubains et aux Iraniens. Personnellement, j’approuve. Mais que proposera-t-il à ces gens-là ? Sur ce plan aussi il reste muet.
Beaucoup d’affirmations, mais peu de programmes. Lorsque le temps viendra d’affronter McCain, même ceux qui auront été de son bord pour l’investiture démocrate lui demanderont des précisions, et ce jour-là, il ne lui suffira plus de bien parler et de mettre la main sur le cœur.
John McCain le premier le poussera dans ses retranchements et le dénoncera comme un apprenti sorcier. Il aura beau jeu de souligner son inexpérience des affaires fédérales [Barak Obama n’a jamais occupé de poste de responsabilité au niveau national - il a seulement été élu sénateur de l’État de l’Illinois en 1996, et n’est sénateur fédéral que depuis le 2 novembre 2004].

McCain est un dur à cuire, un héros national unanimement respecté [consulter Wikipedia]. Ancien officier, son père et son grand-père étaient des amiraux de la Navy. Prisonnier des Vietnamiens, il a supporté et survécu à des sévices abominables. Aux yeux des Étasuniens, il est un vrai « Américain », de par sa famille et par son courage passé. Au niveau du sentiment national, Obama ne fera pas le poids devant lui, et c’est un point décisif pour les citoyens des É-U. Les seuls points qui seront défavorables à McCain seront son âge et son état de santé.
Déjà à ce stade-là, Obama serait battu. Mais l’arbitre du jeu restera la situation économique du pays. Pas celle d’aujourd’hui, en mai ! Celle dont on parlera en novembre.
Dans des articles antérieurs, j’ai déjà parlé de la situation économique actuelle des É-U, avant et depuis l’éclatement de la crise financière des subprimes. Elle reste préoccupante, et nombreux sont les économistes qui pensent qu’elle perdurera encore longtemps à ce niveau. De nouvelles pertes bancaires sont attendues pour le reste de l’année 2008, et même pour le début de 2009. Le dollar est vu à 0,55€ dans quelques mois, et la hausse du pétrole sera sans doute, de ce fait, encore bien présente.
L’inflation est officiellement de 3,6%, mais certains économistes pensent qu’elle a été bricolée en utilisant des coefficients saisonniers et des ajustements assez suspects [voir La Chronique Agora], et la chiffreraient volontiers entre 5 et 6%. Le gouvernement des É-U a beau se trouver des formules plus ou moins académiques pour affirmer que le pays n’est pas en récession et qu’il veut un dollar fort, ce n’est que de la poudre aux yeux. Les É-U sont bel et bien en récession et leur situation aura sans doute encore périclité d’ici novembre ! C’est sur ce fonds-là que jouera l’ultime ressort des présidentielles étasuniennes, quand tout le monde aura oublié les discours enflammés du début de campagne.
En novembre, les électeurs répéteront sans doute en chœur la fameuse antienne de Bill Clinton au cours de sa première campagne présidentielle : « The economy, stupid ! », en réponse à ceux qui lui demandaient ce qu’il fallait faire. Il faudra bien que les candidats y répondent de manière appropriée.
Si Obama n’a pas en réserve un programme économique crédible à présenter à ce moment-là, je pense que les électeurs se tourneront instinctivement vers le candidat dont ils pourront penser qu’il possède l’esprit de décision pour faire les bons choix, et la poigne nécessaire pour les faire adopter et appliquer, parce qu’il l’aura montré concrètement à travers les difficultés de sa propre existence. Je ne doute pas que ce soit alors John McCain.
© André Serra

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Avant de se persuader que Barack Obama pourrait être un bon président des É-U pour le monde, il serait bon de se demander deux choses :
— pourrait-il être un bon président pour les É-U eux-mêmes ?
— aurait-il les moyens de faire quelque chose pour le monde, et quoi ?
Ce qui me fait poser ces deux questions vient de ce qu’une sorte d’Obamania semble s’être emparée de l’opinion publique dans le monde occidental, comme si ce nouveau personnage du cirque américain pouvait être fort différent de ces concitoyens, et comme si l’avenir de la planète dépendait du Président des É-U. Je pense qu’il devient urgent que les gens répondent à ces deux questions, avant d’arrêter leur opinion.

***

Concernant Obama, il est essentiel d’aller au-delà de ses propos enflammés, qui emporte l’enthousiasme des foules étasuniennes à chacune de ses sorties en public, car il n’y a vraiment aucune proposition réaliste ou réalisable dans ses discours. Juste de la fumée qui sent bon. À la veille d’une sévère déconfiture économique de son pays, on n’entend de sa part aucune proposition précise pour éviter sa ruine, pas le moindre avis sur la nature de cette crise, pas la moindre idée de ce qu’il en pense, ni même s’il en pense quelque chose. The economist observe qu’il ne fait que « répéter aux gens qu’ils méritent de gagner plus et d’entrevoir de meilleures perspectives » . Quels sont les moyens qu’il emploierait pour modifier cette situation périlleuse ?
Il n’a que le mot changement à la bouche, mais omet soigneusement de donner ses réponses personnelles au « quoi, comment, avec quel argent » auquel tout responsable économique se doit de répondre, que ce soit dans une entreprise artisanale ou à la tête d’un état. On peut en déduire, ou qu’il n’a pas de solutions, ou bien qu’il préfère les cacher. Dans les deux cas, je pense qu’il vaut mieux aller voir ailleurs.

***

Mais il y a mieux. L’opinion prend pour acquis qu’Obama, étant élu, se comporterait différemment que son insoutenable prédécesseur. Or, l’un des principaux conseillers qu’il a choisis pour l’assister dans sa campagne est Zbigniew Brzezinski , ancien conseiller à la sécurité du président Carter entre 1977 et 1981, et qui fonde en1973 la commission Trilatérale , cette institution privée qui, aussi peu démocratique que possible, possède une influence importante et secrète sur tous les gouvernements de la planète.
Il a publié plusieurs ouvrages, dont Le grand échiquier en 1993, l’échiquier dont il parle étant la planète, et Le vrai choix , révision du premier en 1994, pour tenir compte de l’affaire du 11 septembre 2001.
On pourrait considérer que la préoccupation de Brzezinski dans ces ouvrages est essentiellement géostratégique, mais il est animé d’une foi tellement inébranlable dans la toute puissance des Etats-Unis, que cela enlève beaucoup d’objectivité à ses analyses, pourtant généralement bien documentées, et en fait un idéologue plutôt qu’un expert. Sans aucunement démontrer la justesse de son opinion, il s’est persuadé que la stabilité et la paix dans le monde dépendent étroitement d’une hégémonie des É-U sur la planète, appuyée sur l’Europe comme puissance d’appoint.
Pour cibler le personnage, voici un extrait du grand échiquier , donc en 1997, il y a 10 ans : En Europe certains signes témoignent de la fin de l’élan en faveur de l’intégration et de l’expansion ; les nationalismes européens traditionnels pourraient d’ici peu se réveiller. Un fort taux de chômage persiste même dans les États européens les plus avancés, suscitant des réactions xénophobes qui pourraient très vite entraîner la France ou l’Allemagne vers l’extrémisme et le chauvinisme. Il se pourrait même qu’une véritable situation révolutionnaire soit en train de prendre forme. Le calendrier européen ne sera suivi que si les aspirations de cette région à l’unité sont encouragées avec force par les Etats-Unis [p. 251 ].
Dix ans après, le lancement de l’euro le 1er janvier 2002 et le traité de Lisbonne en 2007 ont dû le désappointer à cet égard, l’Europe ayant pu aisément se passer des conseils de Big brother . N’est-ce pas suffisant pour conclure à un véritable strabisme géopolitique chez Brzezinski : mépris condescendant pour l’Europe, qui a des problèmes mais qui avance quoiqu’il en pense, et admiration sans limite pour des États-Unis tout puissants, qui dirigent la planète du haut de leur socle biblique et n’ont pas de problèmes ?
Et c’est à ce personnage à la vue courte qu’Obama fait confiance pour le guider dans les Dardanelles de la politique mondiale ? Aux dernières nouvelles, il paraîtrait qu’il aurait décidé de s’en séparer, mais davantage sans doute pour ne pas être compromis par son idéologie impériale, que pour des différences de conviction.
Obama connaît-il les relations de son conseiller ? Certainement, car Brzezinski est présent depuis des années dans la vie politique de son pays. Un sénateur ne peut ignorer sa personnalité, ses convictions et son entourage.
Il devrait donc aussi connaître ses bonnes relations avec Huntington , auteur impayable du Choc des Civilisations [1996], ouvrage célébré pendant quelque temps en raison du choc provoqué par ses surprenantes hypothèses, puis délaissé car excessivement réducteur dans son analyse des structures de l’humanité, bien plus complexes que la seule prise en compte des civilisations. Obama partage-t-il l’analyse indécente d’Huntington sur les guerres entre les civilisations ?
Obama doit donc savoir que Brzezinski et Huntington ont écrit un livre ensemble [Political Power : USA/USSR, New York, Viking Press, 1963 ], et que leurs conceptions sont donc très proches.
Tous deux appartiennent à la même mouvance politique que l’auteur de La fin de l’histoire et le dernier Homme [1993], Fukuyama , lequel a lui aussi défrayé les chroniques du monde entier, avant de faire éclater de rire tous ceux qu’il avait émerveillé de surprise pendant un court moment d’inattention. La fin de l’Histoire ! Pensez donc !
Après la chute de ce qu’on appelait l’Empire soviétique, la fin de l’Histoire, pour lui, c’était les États-Unis et la démocratie, modèles désormais indépassables sur lesquels tous les peuples allaient devoir s’aligner tôt ou tard. Du plus pur conservatisme, descendu en ligne droite de la May Flower ! Comment Obama pourrait ne pas l’avoir lu ?
Trois dates : 1993, 1996 et 1997, une seule tranche de mythologie et d’aberration, Que pensent en ce moment ces trois évangélistes de l’américanisme, d’une Amérique en crise profonde ?

Et Obama dans tout ça ?
Eh bien ! Un vrai américain, tout simplement !

© André Serra

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