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Publié par André Serra dans Etats-Unis, Europe, Géopolitique, chine, Économie, tags: chine, crise, dette, dollar, euro, monnaie, rigueur, Sarkozy, yuan
Nous sommes sans doute à la veille d’évènements économiques considérables.
Le changement brutal de la politique de change monétaire de la Chine le laisse présager. En effet, jusqu’ici le gouvernement chinois refusait énergiquement de modifier sa politique de change qui, depuis 2008, consistait à maintenir une stricte constance du taux de conversion entre le renminbi (ou yuan) et le dollar. Il estimait que ce taux correspondait à une valeur correcte des deux monnaies, l’une par rappport à l’autre.
Personne, économiste ou institution, n’a d’ailleurs pu prouver le contraire. Je pense en effet que cela est strictement impossible d’un point de vue économique, et le déficit commercial abyssal que présentent les É-U à l’égard de la Chine ne constitue pas une preuve en soi de ce déséquilibre. On pourrait tout aussi bien prétendre que ce déficit résulte de la politique d’un dollar fort, entretenu artificiellement fort par les autorités étasuniennes, et que sa valeur ne reflète plus le poids réel de l’économie du pays, très largement exagérée par une opinion un peu trop traditionnelle.
Je me contenterai d’observer que les cambistes étasuniens ont la main haute sur la fixation des taux de change monétaires, et qu’ils sont fortement inspirés par les instances monétaires du pays. Ce phénomène emphatique est d’ailleurs analogue à celui des agences de notation, exclusivement étasuniennes, dont on a remarqué l’influence abusive tout au long de la récente crise financière grecque.
Mais avant de supputer les résultats de ce nouvel affrontement monétaire, considérons d’abord les stratégies de sortie de crise des deux blocs occidentaux, celle des É-U puis celle de l’UE. Elles sont diamétralement opposées.
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La stratégie étasunienne
Les É-U ont opté pour un retour forcé à la situation économique prévalant avant la crise, c’est-à-dire pour une accélération de la consommation appuyée sur des taux d’intérêt pratiquement nuls, et une injection continue de liquidité dans le système bancaire, ces deux éléments devant, dans leur esprit, inciter les consommateurs étasuniens à revenir à l’endettement “as usual”. Tous les économistes soulignent l’ampleur du risque que présente cette stratégie, notamment en terme d’inflation.
Cette politique aurait des chances de réussite si elle pouvait effectivement susciter un dynamisme consommateur au sein de la population. Mais ce raisonnement est erroné.
Comme l’a montré avec aisance J. K. Galbraith dans son petit ouvrage sur “ Les mensonges de l’économie ” publié en 2004 chez Grasset, il n’y a pas de relation directe entre les variations du taux d’intérêt et celle de la consommation, contrairement à une théorie convaincante, mais sans réalité rationnelle. Elle n’est en fait qu’une croyance simpliste. Lorsqu’une entreprise emprunte, c’est parce qu’elle juge que l’argent emprunté va lui permettre de gagner de l’argent, et non parce que les taux d’intérêt sont bas. Il en est bien sûr de même pour les particuliers, lesquels peuvent aussi bien emprunter parce qu’ils craignent que les taux vont monter, que s’en abstenir parce qu’ils pensent que les taux vont encore baisser.
Ce type d’erreur est courant en économie, car cette discipline s’est muée depuis quelques dizaines d’années en une discipline mathématisée et rationalisée, alors que la matière économique est beaucoup plus riche d’éléments psychologiques et sociologiques que d’éléments rationnels. Depuis cette stupide évolution, l’économie a perdu sa fiabilité.
La politique de ” retour à la case départ ” a donc toutes les chances d’échouer. D’ailleurs les dernières informations du terrain nous indique la proximité imminente de l’échec. Dans les derniers mois de 2007, les consommateurs dépensaient en moyenne 2,5% de plus que leur revenu. Dès 2008, ils ont commencé à épargner pour payer leurs dettes, totalement paniqués à la pensée de connaître le sort des acheteurs de maisons à subprimes : saisies et expulsions.
Depuis un an, les consommateurs étasuniens se sont mis à épargner en moyenne 6 à 7% de leur revenu, bien que celui-ci se soit rétréci au fil des mois. Et pourtant les taux d’intérêt ne peuvent descendre davantage.
Cette politique d’abondance de liquidités ne va donc pas permettre aux É-U de sortir de la crise. Il va leur falloir trouver autre chose. “ On ne peut faire boire un âne qui n’a pas soif ”. C’est bien connu.
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Dans le fatras d’indicateurs que nous a amené la fin de la semaine passée, il en est un qui ne semble pas avoir retenu l’attention des économistes, et qui pourrait pourtant éclairer la suite des évènements de manière plus précise encore que les indicateurs sur l’emploi, la consommation, la construction immobilière et la balance commerciale des É-U.
Il s’agit de la hausse des investissements. Au second trimestre 2010, L’investissement des entreprises étasuniennes dans les biens d’équipements a augmenté de 21,9%, un record de 14 ans.
Or la consommation est en baisse aux É-U, et la production stagnante. Il est donc difficile de croire que les entreprises anticipent une augmentation future de leur production par des investissements productifs. Alors ?
Alors, ces investissements massifs ne peuvent se justifier que par le désir d’accroitre, non la production, mais la productivité. En effet, lorsque la consommation et donc la production décroit, le marché voit ses dimensions se réduire et attise une concurrence qui s’applique notamment sur les prix. Et qui dit baisse de prix dit également baisse de coût, et notamment baisse des frais de personnel, soit par une baisse des salaires, soit par une baisse des effectifs.
Déjà les entreprises ont, depuis deux ans, obtenu des sacrifices notables de la part de leur personnel. Mais mon sentiment est que ces investissements cachent une stratégie des entreprises dirigée vers des diminutions encore plus importantes de leurs effectifs dans les quelques mois qui viennent, le temps de mettre en place les matériels acquis. Disons à partir de septembre.
Nous allons sans doute assister à une nouvelle grande vague de licenciements d’ici la fin de l’année, suite à la mise en place d’une robotisation importante. Si mon pronostic se matérialise, nous allonc donc assister à la reprise de la progression du chômage. Si c’est le cas, on peut s’attendre à une nouvelle plongée de la consommation et un retour de la récession.
Nous sommes donc assez loin d’une sortie de crise par la consommation.
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La stratégie européenne
Pendant ce temps-là, les pays européens testent une autre solution pour sortir de la crise.
Moins dynamiquement, mais sans doute plut pragmatiquement, les pays de l’Union européenne ont entrepris sagement de payer leurs dettes. Pour le moment, ils réduisent drastiquement leurs dépenses budgétaires, derrière la Grèce, qui a bien failli trépasser sous un dette monstrueuse.
Suivant en cela la détermination allemande, mais fort loin des illusions cultivées de l’autre côté de l’Atlantique, l’Europe choisit donc de mordre sur sa chique plutôt que de poursuivre une politique d’expansion monétaire qui la conduirait tout droit vers une situation financière analogue à celle de l’Allemagne de Weimar en 1923.
C’est une politique fort courageuse, mais elle entrainera mécaniquement beaucoup de sacrifices dans la population. Les revenus diminuant, la consommation diminuera également, car des restrictions de crédit interviendront. Il en résultera des pertes d’emplois dans les entreprises, s’ajoutant à la réduction des emplois de fonctionnaires.
Si cette situation n’est pas contrôlée avec rigueur, il est possible que la chute de l’économie européenne dans une dangereuse déflation, en réaction à la diminution du pouvoir d’achat des familles, pourrait se produire et perdurer longtemps. Le comportement de la population jouera un très grand rôle. Si dans son ensemble elle se résout à l’effort, tout devrait bien se passer. Si c’est le contraire, l’éclatement d’importantes crises sociales est vraisemblable dans certains pays.
Il est en effet à craindre qu’une telle conjoncture puisse dériver vers une sévère crise de l’emploi. Or, il faudrait à tout prix pouvoir sauvegarder ce dernier afin de préserver la possibilité de retrouver la croissance, après la période qui s’écoulera nécessairement avant qu’une situation financière saine puisse être rétablie.
Cet effort devant être soutenu par la plupart des pays composant l’Union européenne, il risque de déboucher sur des difficultés de cohésion des actions. Le renforcement des pouvoirs et de l’autorité du président de l’Union ( Van Rompuy ) ainsi que de la BCE devrait être envisagé.
Ce qui me fait craindre des difficultés sur ce dernier point est la réaction négative de Londres, Paris et Berlin, à la récente proposition du Commissaire européen au Budget, le Polonais Janusz Lewandowski, d’envisager la création d’un impôt européen. Le produit de cet impôt ( à prélever sur des produits à définir, essence, transactions financières, etc… ) serait à déduire des contributions nationales directes au budget de la Commission de Bruxelles, et n’augmenterait donc pas les prélèvements fiscaux globaux. Ce premier impôt européen s’appliquerait à l’ensemble de la communauté sous l’autorité de l’Assemblée européenne de Strasbourg, pour financer le budget de la Commission de Bruxelles.
Le rejet de ce projet par les trois principales capitales de l’Union s’explique par leur refus de transférer à L’UE la moindre parcelle de la souveraineté des États composant l’Union. On est donc fort loin du consensus nécessaire pour sortir de la crise.
Au moment de la crise grecque, on avait d’ailleurs déjà pu percevoir la mauvaise volonté des membres de l’Union à pratiquer une politique de solidarité.
Le “ chacun pour soi ” va-t-il encore prévaloir cette fois-ci ?
On dirait qu’on est fort loin d’une véritable Europe, puissante et solidaire. Quel lamentable manque de discernement !
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La problématique du yuan
Les autorités chinoises, après plusieurs journées de pression de la part des É-U et d’autres pays occidentaux pour que leur gouvernement relève le taux de change yuan / dollar, annoncèrent le 21 juin 2010 que ce taux serait progressivement assoupli, en fonction cependant de l’évolution de l’économie chinoise. Cette annonce a été faite à la veille du G20, de telle sorte que les membres de cette réunion se gardèrent bien de soulever la question.
Or, entre le 21 juin et le 16 août, soit près de deux mois après c ette annonce, le $ n’avait perdu que 0,05% par rapport au YUAN, soit une revalorisation parfaitement négligeable. Cette perte était montée au maximum à 0,63$ le 9 août, à peine plus que le 16. Le tableau ci-contre montre cependant une diminution sensible de la valeur du dollar par rapport aux autres principales devises.
Pour juin, de mauvais indicateurs du commerce extérieur des É-U annoncèrent un déficit commercial de 49,90 milliards de $ contre 41,98 en mai, soit une augmentation de 18,9% d’un mois sur l’autre. Le problème du taux de change du yuan en $ va donc inévitablement se reposer, mais en des termes quelque peu différents qu’à fin juin.
En effet, le surplus de la balance des paiements courants de la Chine est passé de 11% du PIB en 2007 à 6,1% en 2009, en raison notamment de fortes réévaluations des salaires au cours des dernières années, augmentant ainsi régulièrement les coûts des produits qu’elle exporte. Il en résulte que si le yuan pouvait sembler faible il y a encore quelques années, c’est de moins en moins le cas. Et, comme il est dans l’intention du gouvernement de continuer à relever progressivement les salaires chinois compte tenu de l’augmentation spectaculaire de ses exportations, il devient de moins en moins nécessaire pour lui de modifier le taux de change de sa devise.
En effet, l’excédent commercial chinois de juillet a été le plus élevé depuis 18 mois. C’est dire que la Chine a dépassé la crise depuis longtemps, la croissance de son PIB semblant parti pour retrouver cette année son taux de 12 à 13 % d’avant la crise. Ses exportations ont progressé de 38,1% par rapport à 2009, avec une forte augmentation vers les É-U et l’UE.
Par contre ses importations ont ralenti à une croissance de 22,7% en juillet, contre 34,1% en juin. C’est déjà très beau ! Il faut rappeler que des mesures bancaires ont été prises au cours de ces derniers mois pour éviter le surstockage, étant donné un emballement injustifié des prix. Cette diminution correspond donc sans doute à un début de déstockage. Pendant les trois mois de crise traversés par la Chine, les achats de matières premières s’étaient en effet accélérés pour profiter du fléchissement des prix intervenu pendant cette période.
De tout cela il résulte que l’opinion des économistes occidentaux et notamment de ceux du département du Commmerce des É-U devraient évoluer vers des prétentions moins excessives qu’au mois de juin.
Il semble maintenant que la balle soit dans le camp des É-U, en ce sens que s’ils désirent que les prix chinois augmentent, la solution ne se trouve plus dans la hausse du yuan par rapport au dollar, mais dans la baisse du dollar par rapport au yuan, ainsi d’ailleurs qu’à toutes les autres devises occidentales, car l’abondance des liquidités “ fabriquées ” par la FED depuis 18 mois, sans contrepartie d’une véritable richesse économique, ne justifie plus les taux actuels du dollar. Même si cela échappe encore à beaucoup d’observateurs, il n’est plus désormais possible de considérer le dollar comme une valeur-refuge.
Cette opinion est d’autant plus réaliste que les récents indicateurs économiques des É-U, très préoccupants, poussent la FED et le gouvernement à poursuivre les aides à la relance par l’injection de nouvelles liquidités. On attend d’ailleurs toujours que la FED présente un plan d’épongement de ces excès applicable après la sortie de la crise, dont le terme échappe encore à notre vision aujourd’hui.
© André Serra
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À douze années de distance, la quasi-faillite de la Grèce est venue confirmer mon opinion défavorable à la création de l’euro. Deux arguments fondaient la position que j’avais en 1997, cinq années avant le lancement de l’euro. J’avais même créé un dossier pour entasser les notes manuscrites que j’écrivais, dans des brasseries, chez moi, à mon bureau, et que j’ai conservées, tant ce sujet m’obsédait à cette époque.
Mon premier argument reposait sur le principe que, comme l’activité militaire, l’activité économique est une discipline qu’il est risqué de laisser à elle-même.
Or les fondateurs de l’Union Européenne, plus théoriciens en chambre que véritables hommes de gouvernement et de terrain, qu’à l’époque on appelait Eurocrates par dérision, se baladant de Bruxelles à Rome, à Maastricht, à Lisbonne et autres lieux, ont cru possible de fonder une économie européenne sans établir de structure politique pour un ensemble européen monétairement unifié, qui l’aurait encadré et contrôlé.
Pour éviter l’unité politique qui leur paraissait prématurée, sinon même inutile puisque l’idéologie du marché qui se régule lui-même faisait déjà partie de la doxa économique de l’époque, le système monétaire qui gérait l’euro, avec la Banque Centrale Européenne à sa tête, avait donc été bâti de manière étroite, avec des règles de fonctionnement enchâssées dans un traité définitif, rendant ainsi toute modification impossible sans la signature d’un nouveau traité. À partir de ce moment-là, la zone de l’euro devenait incapable de faire face à tout événement économique inattendu, pour lequel une grande souplesse et une grande rapidité d’action et d’adaptation auraient pu être requises. Selon ses créateurs, le système devait pouvoir fonctionner comme une montre ! Sans horloger !
Pour cette seule raison déjà, ils couraient à l’échec en cas de crise économique ayant une origine extérieure à l’UE. Ils se croyaient sur une ile ! Pourtant, une économie véritable sans autorité politique qui la coiffe, est comme un cheval fou sans cavalier. C’est ce que l’on vient de vivre avec la crise grecque, et ce n’est peut-être pas fini !
La raison pour laquelle les Eurocrates ont évité cette indispensable première étape politique était que l’unité européenne n’était pas encore faite dans leurs propres esprits, les hommes politiques étant loin d’être prêts à abandonner leurs pouvoirs nationaux à une unité politique centrale. Ils ont remplacé ce qui aurait été un vrai gouvernement, par une Commission européenne à tête de Minotaure, indépendante de tout gouvernement, qui animait une série de comités plus ou moins spécialisés où les décisions devaient nécessairement être consensuelles, entraînant de multiples renvois d’ascenseurs vers les pouvoirs centraux des différents pays membres. Décisions nécessairement tronquées, marchandées, exigeant des délais incroyables avant d’entrer en application.
L’UE était un cirque eurocratique à plusieurs pistes.
Les Eurocrates avaient éliminé d’emblée toute perspective de fédéralisme à terme. Ils préférèrent l’élargissement de l’Union à sa concentration, c’est-à-dire à son enracinement dans les peuples de l’Europe. Déjà le néolibéralisme avait fait son œuvre, la liberté tous azimuts n’avait pas besoin d’État, et l’ère des Nations était dépassée, refoulée dans une histoire à écrire. LE MARCHÉ se régulait tout seul. Ils ne savaient pas encore qu’ils n’étaient que des idéologues abstraits.
Ils créèrent une monnaie qu’ils confièrent à la Banque Centrale Européenne, mais en lui rognant préalablement les ailes. Par exemple, ils ne lui donnèrent comme mission que la défense contre l’inflation, alors que toute banque centrale reçoit également celle de lutter contre le chômage, et quelques autres caractéristiques utiles. Point majeur, il fut interdit à la BCE de venir au secours d’un membre de l’UE qui se trouverait en difficulté, dont on a constaté la marque pendant la crise grecque. On ne s’explique pas un tel aveuglement. Sinon par une solide incompétence technocratique.
Ce n’était d’ailleurs pas seulement une erreur, mais une horreur ! Lorsqu’on a assisté, depuis 2008, au rôle fondamental joué par Bernanke et la Federal Reserve (Fed) dans la crise des É-U, émettant des volumes de dollars considérables pour sauver le secteur financier du pays, et qu’en face, pendant la crise grecque, en retrait derrière les hommes politiques qui gigotaient dans tous les sens sans bien savoir comment réagir à la crise, Jean-Claude Trichet ne pouvait que prodiguer des conseils, on ne peut qu’en être frappé de stupeur.
Mais cette attitude n’était pas voulue par Jean-Claude Trichet. Il n’avait tout simplement pas le pouvoir d’entreprendre quoi que ce soit, car selon les traités qui définissaient ses pouvoirs, il n’avait pas celui d’agir dans un cas comme celui-là. Lorsqu’il fut question de l’intervention du FMI, il protesta cependant, estimant que le recours à une institution internationale manquait de dignité, et soulignait la faiblesse de l’Europe. Il est probable que c’était là une allusion indirecte au rôle que la BCE aurait pu jouer, à l’instar de la Fed aux É-U, si le Conseil européen (sommet des Chefs d’État et de Gouvernement des pays membres) lui avait demandé de faire intervenir la BCE, en tant que banque de réserve et de dernier recours.
Mais le Conseil ne pouvait pas non plus lui donner une telle instruction, puisque d’après les traités fondant la BCE, celle-ci avait été rendue totalement indépendante de tout pouvoir politique, et que son statut comme ses pouvoirs ne peut être modifié que par un autre traité, c’est-à-dire par au moins cinq ans de “salamalecs“, et peut-être quelques référendums pour les gouvernements qui préfèrent ne pas prendre leurs responsabilités.
Quel gâchis ! Aux É-U, si Obama a besoin d’argent, il lui suffit de siffler Bernanke pour qu’il lui escompte les bons du Trésor nécessaires !
La fameuse “Union européenne” s’était mise en cage elle-même avec une minutie extrême. Or, ces conditions statutaires étant largement ignorées de l’opinion mondiale, les errements des politiciens européens sont apparus pour le monde entier comme des désarrois, des incompétences, des incapacités, et ont augmenté la panique sur les marchés, plus encore que les décisions erratiques des Agences de notation. Celles-ci n’auraient sans doute pas céder d’elles-mêmes à la panique, mais l’agitation européenne n’a pu que les convaincre qu’une issue catastrophique était en vue. Comment pouvaient-elles comprendre qu’il fallait plusieurs semaines pour conforter la situation de la Grèce, au sein d’une “Union” !
Tout ce qui précède avait pour but de décrire le lamentable état institutionnel de l’Union européenne à la veille de la crise grecque, actuellement dotée d’un demi président, Van Rompuy, lui-même flanqué d’une demie portion de ministre des Affaires étrangères, l’un et l’autre ayant tout au plus le droit de convoquer les Conseils et Comités dont ils sont les présidents, et d’en rédiger les ordres du jour.
Voilà pourquoi je n’approuvais pas le lancement de l’euro. Pas tellement sur le fond, car c’était une initiative formidable, mais sur la forme, c’est-à-dire l’absence d’un exécutif politique fort pour le maîtriser. Lorsqu’on entame une évolution de cette envergure, ou on la réalise complètement ou on s’en abstient !
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Mon second argument pour craindre la création de l’euro reposait sur la disparité des économies destinées à évoluer sous l’empire d’une même monnaie.
Sans entrer dans le détail de théories monétaires, je me contenterai de mettre en évidence qu’un système monétaire ne se limite pas seulement à fabriquer et distribuer des billets de banque. La partie essentielle du système est bien évidemment la gestion de la distribution de la monnaie en fonction des besoins de l’économie. Cela s’appelle faire de la “politique” monétaire, soit gouverner les différents taux d’intérêt qu’il convient d’appliquer aux activités des “acteurs du marché“, banques et établissements financiers, entreprises et particuliers, en fonction de leurs besoins propres, mais aussi de l’équilibre économique global du pays, à travers temps d’inflation ou de déflation, de crise ou de surchauffe.
On sait combien il est difficile pour une banque centrale de régler les curseurs de taux d’intérêt pour une économie complexe. Les besoins et les nécessités financières d’une entreprise agricole, manufacturière ou de services sont parfaitement contradictoires, en volume, taux et durée. C’est donc pour elle une activité acrobatique de tous les instants la conduisant sans arrêt à faire des choix et des arbitrages difficiles.
C’est pourquoi d’un pays à un autre, d’une banque centrale à une autre, et au même instant, les décisions des banques centrales peuvent être totalement différentes, voire opposées. Sachant cela, projeter de remplacer 27 monnaies européennes par une seule d’un seul coup (par chance, seuls 16 pays ont pour le moment intégré la zone euro) est tout simplement une ineptie.
En effet, la BCE ayant pour tâche de mener une politique monétaire équilibrée de l’euro, elle doit satisfaire 16 fois plus de structures (ou variétés) d’activité qu’une banque centrale ordinaire. C’est un travail herculéen. En période de stabilité économique, cette difficulté est peu lisible, les outils habituels de la régulation monétaire pouvant suffire à maintenir plus ou moins cette stabilité, mais en période de tempête, une banque centrale comme la BCE peut être jetée sur la côte. On vient d’en voir un exemple avec la Grèce. Elle ne peut tout simplement pas gérer financièrement dans le même temps une telle gamme de besoins et d’intérêts contradictoires. Elle ne peut que mécontenter tout le monde en essayant de pratiquer une politique monétaire médiane.
Alors doit-on supprimer l’euro et liquider sa zone ? Certainement pas. L’euro était, et reste, une initiative superbe, mais il fallait simplement raisonner et agir autrement qu’on ne l’a fait.
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Lorsqu’en 1997, j’analysais le Traité de Maastricht, je me demandais comment on pouvait faire évoluer le projet en permettant à l’euro ( étant sous-entendu que lorsque l’on parle de l’euro, on parle en fait du système monétaire européen basé sur l’euro, avec ses multiples fonctions de régulation et de politique monétaire ) de répondre à la fois aux intérêts collectifs de la zone, et aux exigences nationales individuelles.
Pour être clair, ses objectifs mondiaux se ramènent à procurer à l’ensemble des pays membres une puissance globale susceptible de rivaliser avec des systèmes de sa taille, par exemple la zone dollar, celle du yen, celle de la livre sterling. Par exigences nationales, il faut entendre la diversité des spécificités nationales de chacun des pays membres de la zone euro, l’Union européenne ne constituant pas un État.
Assez vite, ces deux objectifs m’ont semblé incompatibles, et leur atteinte simultanée comme un problème analogue à celui de la quadrature du cercle. La recherche d’une solution à la crise financière grecque est venue à propos pour démontrer cette incompatibilité de façon tangible.
On a vu en effet que pour arriver à sa résolution, il avait fallu recourir à des “partenaires individuels“, les membres de la zone euro, et non aux institutions de la zone euro elle-même (le parlement européen n’a pas été impliqué dans la solution, non plus que la Commission européenne et la Banque Centrale Européenne), ainsi qu’à un “partenaire international“, le FMI, dont l’action efficace a davantage tenu à la nationalité de son directeur, qu’à son rôle de dirigeant d’une institution internationale. Cela n’aura échappé à personne.
Puisque le système monétaire recherché devait, par analogie, être affecté de strabisme, le système à mettre en place devait lui aussi être décomposé en deux sous-systèmes connectés entre eux par la BCE : l’un d’eux face au monde, l’autre face aux pays constituant la zone.
En d’autres termes, l’euro aurait dû être la monnaie “relationnelle”, de la zone, assurant les entrées et sorties de la zone prise dans son ensemble, et les anciennes monnaies restées en place dans leurs pays respectifs assurant l’intendance monétaire correspondant aux besoins internes des économies nationales, et constituant le sous-système intérieur de la zone.
Ces deux sous-systèmes auraient bien entendu été placés sous la suzeraineté de la BCE, pour assurer la cohérence de l’ensemble monétaire de la zone euro.
Sommairement, les points de détail de cette mise en place auraient pu être les suivants :
- L’euro flotterait, comme aujourd’hui, en compagnie des autres monnaies mondiales, bien que, personnellement, je sois plus favorable à la fixité des monnaies, dont j’ai donné les raisons dans un précédent article (Guerre des monnaies - Dollar contre Yuan - deuxième round).
- L’euro serait la seule devise de transaction internationale pour la zone, en même temps que monnaie de réserve de l’ensemble de cette zone.
- Les monnaies dites “nationales” seraient reliées uniquement à l’euro par des cours fixes, définis par les banques centrales nationales et la BCE, en fonction des besoins du pays, et dévaluées ou réévaluées, également selon les besoins. On pourrait prévoir des dates fixes pour effectuer les mises à niveau nécessaires.
- Les monnaies nationales n’auraient un cours forcé qu’à l’intérieur des frontières du pays considéré.
- La BCE serait l’institution de contrôle des banques centrales nationales.
- Les pays pourraient, en fonction de leur équilibre interne, choisir de conserver leur monnaie nationale tant qu’ils ne se sentiraient pas assez forts pour adopter eux-mêmes l’euro à l’intérieur de leurs frontières, ou adopter l’euro dans le cas contraire. Réciproquement, si ayant adopté l’euro comme monnaie nationale, ils traversaient des circonstances économiques les rendant provisoirement trop affaiblis pour supporter sa force, ils pourraient revenir à leur monnaie antérieure, sous des conditions transitoires à établir en accord avec la BCE (cas qui aurait pu être celui de la Grèce).
- Les citoyens des “nationalités” pourraient bien entendu posséder des euros par conversion de leur propre monnaie, de façon gratuite, pour leurs voyages ou autres achats à l’extérieur de la zone.
Il est évident que ces dispositions ne constituent qu’une ébauche des règles de fonctionnement qui devraient être étudiées et complétées pour que ce nouveau système ne bute pas sur des impasses auxquelles on n’aurait pas pensé. La complexité apparente du système que je propose pourrait être aisément maîtrisée par les techniques informatiques actuelles.
Dans mon esprit, si un tel système avait préexisté à la crise grecque, la Grèce aurait pu dévaluer sa monnaie nationale, la drachme, de manière à rétablir son équilibre économique sans nuire à celui de l’ensemble de la zone, sous réserve, évidemment, que sa dette ait été libellée en drachmes, ce qui n’était probablement pas le cas. Mais à cet égard, il faut souligner le grand danger que constitue le recours à des financements extérieurs à sa zone monétaire.
Cette dévaluation aurait évité les importantes mesures d’abaissement du niveau de vie de la population grecque, qui aurait eu lieu malgré tout, mais avec moins de brutalité, car cette baisse serait intervenue à mesure que son endettement s’accroissait, par dévaluations successives. La Grèce a trop longtemps bénéficié d’un euro trop fort pour son économie, ce qui a certainement suscité les fraudes statistiques des gouvernements précédents. C’est là sans doute une explication de ces déviations, mais absolument pas une justification acceptable.
Au fil des mois qui viennent, nous verrons bien si cette analyse vient à l’esprit de nos dirigeants. En tous les cas, l’union politique dont il est question au début de cet article, serait une condition essentielle préalable à l’application de la formule présentée.
Il est en effet toujours possible de faire évoluer l’Union européenne vers la solution que je propose. Cela nécessiterait un plan d’ensemble qu’un homme comme Jean-Claude Trichet serait tout à fait capable de mettre en place à partir du système monétaire actuel.
À Montréal, le 7 mai 2010,
© André Serra
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On a voulu jouer au plus malin en consommant par avance les revenus de l’avenir. Et ceci, pendant trop longtemps.
Difficile de comprendre que des générations de politiciens aient pu considérer cette trouvaille économique comme un trait de génie des économistes libéraux et mondialisateurs.
Les États-Unis, et dernièrement l’Europe, ont décidé d’imprimer des billets de banque pour payer leurs dettes, immenses.
C’était assurément de la fausse monnaie, donc une action stupide qu’ils devront payer un jour ou l’autre par une inflation qui dépréciera toutes les monnaies, et ruinera beaucoup de monde. Mais ce sera demain, ou bien après. L’Homme a pris l’habitude de jouir en avance et de payer plus tard. À force d’inciter leurs citoyens à payer plus tard, les gouvernements ont fini par adopter cette manière de faire. Donc maintenant tout le monde est endetté et personne ne peut plus payer.
Mais la vraie question est : pourquoi crie-t-on à présent ” Harro sur le baudet ” contre l’Europe, et qu’on ne l’a pas fait contre les États?Unis depuis deux ans, alors qu’ils ont fait exactement la même chose ?
La réponse, que l’on serine pourtant fermement depuis des lustres partout autour du monde, est pourtant tout simplement que le dollar étant “LA monnaie mondiale de réserve” depuis un demi-siècle, ce pays peut impunément imprimer des billets verts, en étant absolument certain que la planète entière entassera sans mot dire dans leurs réserves ces billets qui ne servent à rien d’autre qu’aux États-Unis, à payer des biens et des services étrangers qu’ils n’ont pas les moyens de payer avec de vrais revenus.
Cela s’appelle du “pillage“, et tout le monde paraît content d’être pillé !
Le jour où les autres États de la planète décideront enfin de ne plus être des victimes de cette traite des blancs, je ne donnerai pas cher de la peau des Étasuniens.
Le FMI tout de même, par la voix de Dominique Strauss-Kahn son directeur, ne s’est pas gêné pour conseiller à ces pays-moutons fraîchement tondus, de réduire leur dépendance au dollar :
” Un certain nombre de mesures peuvent être prises pour renforcer les systèmes monétaires internationaux, notamment une meilleure surveillance des flux de capitaux, des filets de sécurité financière plus importants et une plus grande utilisation des droits de tirages spéciaux ” a-t-il déclaré, en ajoutant que ces mesures pourraient inclure notamment ” un usage plus large d’actifs alternatifs de réserve, par exemple en euro ou yen ou yuan “, pouvant produire l’effet ” d’une soupape de sécurité “.
Il semble pourtant bien que ses recommandations soient tombées dans des oreilles sourdes, puisqu’on assiste depuis plus d’une semaine à la hausse continue du cours du dollar.
” Il me plaît d’être battue ! ” fait répondre Molière par Martine à monsieur Robert dans ” Le médecin malgré lui “. Bernanke et Trichet ont dû lire Molière, assurément.
Non seulement les propos de Dominique Strauss-Kahn mettaient ainsi en garde les banquiers centraux réunis à Zurich contre un emploi exclusif d’une seule monnaie de réserve, mais il suggérait d’une manière on ne peut plus nette que le dollar n’était plus une valeur très sure. Mais, il n’est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre. Il n’est même pas certain que ces propos aient été rapportés à Barack Obama.
Le dollar pas sûr ? Ben voyons, je dis n’importe quoi ! Eh bien, on est au moins deux à le penser.
Vous pouvez toujours lire sur le site suivant, l’article complet de l’Agence France Presse (AFP) qui rapporte les propos de Dominique Strauss-Kahn :
http://www.google.com/hostednews/afp/article/ALeqM5hIPa43i90jIftp6EDrMz6yslpSJQ
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Le yuan est sous-évalué ! Tout le monde le dit, donc tout le monde doit le croire, c’est sûr. C’est comme la pub, on finit par la connaitre par cœur à force de l’entendre, n’est-ce pas ?
Tous les journaux l’écrivent, toutes les radios le disent, toutes les chaines de télé le répètent, à tel point que l’on peut supposer qu’une grosse agence de pub a dû passer par là. Gros budget sans doute ! Alors, ça doit être faux ! Comme la pub.
Malheureusement, cette agence de pub n’a pas pensé à faire suivre cette annonce terrifiante d’une démonstration crédible, qui aurait pu lui donner du sens. Mais dans le fond, si c’est de la pub, ce n’est pas utile. Il suffit de répéter la phrase sacramentelle plus souvent. Et puis, la pub, moins elle dit de mots, plus ceux-ci pénètrent dans le cerveau. Il n’y a que le résultat qui compte. Tout le monde sait ça.
Je dois être un peu dur de la feuille, parce que j’ai poussé l’impertinence jusqu’à chercher à savoir comment on avait bien pu faire pour trouver cette vérité qui a l’air de ne surprendre personne. Avant de croire, je préfère personnellement comprendre, par prudence. Je suis en quelque sorte une émule de Saint Thomas. En toute modestie, croyez-le bien.
Alors, une devise sous-évaluée, c’est quoi ? C’est forcément le rapport de cette monnaie à quelque chose, et en l’espèce on peut penser que ça doit être par rapport à une autre monnaie, non ?
Mais laquelle ? Évidemment, tout le monde pense au dollar, tiens ! Mais par rapport aux autres monnaies, comment le yuan se place-t-il ? Si l’écart est de 25% avec le dollar, est-il le même par rapport aux autres devises ? Bien sûr que non ! Ce n’est pas possible. Alors est-ce 20 avec l’euro, 15 avec le rouble, 5 avec la roupie ? Et pourquoi pas -7 ou -12 avec d’autres.
J’ai donc voulu découvrir qui répétait cette pub sans la soutenir de la moindre explication, et je me suis rendu compte qu’il n’y avait que les pays occidentaux, notamment européens, qui entonnaient cette rengaine en compagnie des É-U. C’est simple, tous ceux qui font partie du club de l’OTAN. Ils ont dû toucher de sacrés dessous de table !
Par contre, j’ai assez peu entendu les pays émergents siffloter ces cinq mots : le yuan est sous-évalué. Peut-être ne s’en sont-t-ils pas encore aperçus ! Ou que ça ne les gêne pas.
***
Bien évidemment, curieux comme je le suis, vous vous doutez bien que cette variété d’attitudes ne me satisfaisait pas. Ça ne faisait pas très scientifique. Alors, j’ai continué à réfléchir. Je me suis demandé :
Voyons donc ! D’abord, une devise sous-évaluée, à quoi ça sert vraiment ?
Pour faire simple, on peut penser que c’est une devise qui permet de faire du dumping, ici du dumping monétaire, consistant à vendre des produits à des prix suffisamment bas pour battre tous les concurrents existants, et les éliminer ainsi du marché. Mais alors, cela veut dire aussi vendre en dessous de son prix de revient, si du moins on a le même que celui de ses concurrents. Or le yuan a la valeur qu’il a depuis trente ans, au moins, et ce n’est pas possible de vendre en dessous de son prix de revient pendant trente ans. On serait mort avant.
Donc, il n’y a pas de dumping de la part de la Chine. C’est déjà un bon point d’acquis. On sait maintenant que les prix de vente chinois ne peuvent être inférieurs à leur prix de revient.
Dans ce cas, la Chine a donc vendu jusqu’ici avec un certain profit. Qu’en a-t-elle fait ? En grattant des informations par-ci par-là, on parvient à apprendre qu’elle possèdera à la fin du mois de mars 2010, environ 2600 milliards de dollars, dont une bonne partie est reprêtée aux É-U sous forme de bons du Trésor. De quoi se plaignent donc les É-U ? Peut-être désirent-ils que les Chinois leur vendent leurs produits plus chers de manière à ce qu’ils puissent leur prêter davantage. Mais à la réflexion, j’ai pensé que cette solution ne tenait pas la route.
Peut-être pensaient-ils naïvement alors, qu’en poussant les Chinois à leur vendre plus cher, les Étasuniens achèteraient davantage de produits étasuniens, s’ils se révélaient moins onéreux. Mais finalement, ça ne collait pas non plus, puisque les produits que leur vend la Chine ne sont en général plus fabriqués aux É-U, étant donné que les usines étasuniennes qui les fabriquaient auparavant ont été précisément délocalisées depuis un bon bout de temps, et assez souvent d’ailleurs, en Chine. Les citoyens des É-U seront donc bien obligés de les acheter dans les pays qui les fabriquent aujourd’hui, et notamment à la Chine. On retourne alors au cas précédent, c’est-à-dire en rond. Arrêtons ça !
J’en perdais le peu de latin qui me restait.
Mais ne voulant pas lâcher le morceau, je poussais mes investigations un peu plus loin. J’appris ainsi qu’avec d’autres pays, comme ceux qui font partie de l’ASEAN, le Brésil et même l’Australie, la Chine contribue beaucoup à rechercher une solution pour créer une monnaie mondiale indépendante de tout pays particulier, de manière à remplacer le dollar étasunien, dont la crise actuelle a révélé la faiblesse et l’insuffisance. J’en déduisis que la Chine est tout à fait disposée à abandonner elle-même sa propre monnaie pour réussir ce projet si nécessaire. Dans ces conditions, comment s’imaginer que ce pays puisse manier quelqu’hypocrisie que ce soit dans le sens qu’on lui reproche maintenant, précisément en matière monétaire ? De quel côté se trouve donc l’hypocrisie ?
Restait tout de même à trouver par rapport à quoi une monnaie peut être considérée comme sous-évaluée ou non. Finalement, je me suis contenté d’une solution qui m’est apparue évidente. Si le yuan chinois doit être considéré comme étant dans un bon ou un mauvais rapport avec une autre valeur, cette valeur ne peut être que celle de la propre économie du pays, et non une monnaie étrangère. On est donc amené à se demander si le yuan, outil d’échange comme toutes les autres monnaies, constitue un bon outil pour servir l’économie chinoise ou non ? À bien considérer l’essor de la Chine depuis Deng Xiao Ping, il semble bien que oui ! Alors, pourquoi aller chercher ailleurs cette source d’inquiétude des Étasuniens et de leurs comparses, sinon chez eux.
C’est pourquoi, si les Étasuniens et ceux qui se disent du même avis trouvent que leur é conomie est mal à l’aise avec le cours du yuan en dollars, c’est chez eux qu’ils doivent en trouver la source, et non chez les Chinois.
Personnellement, je pense donc qu’il faudrait que le président Obama recherche la vraie racine de ce problème du côté d’une certaine surévaluation du dollar ( l’inverse d’une sous-évaluation en somme ), qui proviendrait vraisemblablement d’une émission de dollars beaucoup trop importante pour les besoins réels de son pays, ce qui dessert leur économie, contrairement à ce qu’apporte le yuan à l’économie chinoise.
La façon différente que le président des É-U a de considérer le problème porte par conséquent à penser qu’il aimerait bien reporter sur la Chine la responsabilité de la crise encore en cours, alors que ce pays a plutôt contribué jusqu’ici à l’amenuiser en maintenant un certain niveau de croissance dans le monde. Si s’était ça la vérité, poursuivre une telle manipulation de l’opinion à propos du yuan correspondrait alors au désir de faire oublier le fait que c’est bien son pays, et aucun autre, qui a déclenché le tsunami économique que nous sommes encore en train de subir, et d’en payer les conséquences.
Peut-être serait-il bon de le lui rappeler de temps en temps, car les Étasuniens ont souvent la mémoire courte quand ça les arrange.
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Publié par André Serra dans Etats-Unis, Géopolitique, Politique, Réflexion, chine, Économie, tags: Ajouter un tag, chine, devise, dollar, Etats-Unis, monnaie, yuan
Voici ce que vient de déclarer à Reuters un chercheur de l’Académie des sciences militaires de Chine, Luo Yuan, à propos de la livraison d’armes à Taïwan par les É-U d’un montant de 6,4 Mds de dollars :
“Nos représailles ne devraient pas se cantonner à de simples questions militaires, et nous devrions adopter une stratégie de réparties qui couvriraient les affaires politiques, militaires, diplomatiques et économiques pour traiter à la fois les symptômes et la cause profonde de la maladie… Par exemple, nous devrions sanctionner les É-U en utilisant des moyens économiques, comme nous débarrasser d’un certain nombre de bons du Trésor US”.
La Chine s’est donc exprimée sur le mode militaire, c’est parfaitement clair, mais avec la pédale douce.
Connaissant la Chine, et s’agissant d’un chercheur probablement obscur, il ne fait aucun doute que cette déclaration a été téléguidée par Beijing. Le gouvernement a utilisé un fonctionnaire de grade subalterne (tout de même militaire) pour s’adresser, non à la presse chinoise mais à l’une des plus grandes agences de presse internationale, Reuters, pour délivrer un avertissement sans frais au monde entier, sous titré les ” Avis aux États Unis d’Amérique “.
Il s’agit donc cette fois de toute autre chose que les vitupérations précédentes du gouvernement chinois après l’annonce de cette indigeste commande.
Cette fois-ci, la réaction est étudiée, réfléchie, planifiée… et par conséquent sérieuse. Barak Obama ne devrait pas s’y tromper. Les sanctions chinoises vont commencer. Par quoi et comment ? La balle aux rouges.
Le talon d’Achille de l’Amérique est clairement le dollar. Ce sera donc probablement la cible préférée des Chinois. Mais comment Hu Jintao, qui ne s’est pas encore personnellement exprimé sur cette affaire, se tenant sans doute en réserve, a-t-il conçu et défini les contours de la véritable réplique de la Chine ? Ce qui s’est dit jusqu’ici sur le sujet ne se composait guère que de simples réactions épidermiques manifestées par des fonctionnaires de moyen calibre. À présent, le temps se couvre, et après la reconnaissance du Dalaï Lama par Obama, des nuages noirs vont commencer à se pointer à l’horizon.
Les analystes et commentateurs de la relation ambiguë qu’entretiennent ensemble les deux adversaires depuis plus d’une décennie, proclament tous haut et fort qu’ils sont irrémédiablement collés ensemble, l’un travaillant et fournissant des biens à l’autre, et n’en recevant en paiement que de petits carrés de papier appelés dollars, dont la valeur réelle fond régulièrement depuis qu’ils sont accotés. L’autre consommant les biens produits par le premier et recevant au surplus les petits carrés de papier qu’il lui a remis en paiement qu’il remplace par ce que l’on nomme fort improprement “Bons du Trésor”, qui ne rapportent plus tripette au premier depuis longtemps.
Dans le raisonnement que tout ce beau monde tenait encore il y a peu, figurait la conviction que la Chine ne pouvait arrêter de produire pour les É-U sans perdre immédiatement 30 à 40% de son PIB, et qu’elle était donc condamnée à travailler pour pas grand chose pour l’éternité. La Chine elle-même se posait la même question : comment pourrait-elle donc se dégager de ces nouveaux travaux d’Hercule sans y laisser sa peau ? De leur côté, les États-Unis se sentaient très bien dans cette situation de rentiers qui permettait à leur peuple de consommer comme des Crésus, simplement en quémandant auprès des banques depuis des décennies ces mêmes fameux petits carrés de papier, à défaut de posséder les revenus suffisants pour acheter ce qu’ils consommaient et dont ils n’avaient généralement pas besoin.
Tous ces analystes se demandaient donc avec quelque appréhension, à quel moment ces deux lutteurs allaient bien pouvoir se décoller l’un de l’autre sans que cela entraine de conséquences regrettables pour tout le monde.
Eh bien ! À première vue, avec ce message apparemment innocent de Luo Yuan, il semble bien que ce moment-là soit finalement arrivé.
***
Le dispositif nécessaire pour cela, les Chinois y pensent sans doute depuis de fort nombreuses années. On peut imaginer qu’il s’inspirera de la même pensée à l’origine du plan qu’ils ont appliqué dès le début de la crise actuelle avec une rapidité et une efficacité étonnante. Nul doute qu’ils vont encore nous surprendre.
De son côté, Obama a dit à plusieurs reprises que les Chinois commençaient à impatienter sa grandeur, et à cette occasion leva son menton césarien un peu plus haut que d’habitude. Il est temps de se montrer fort… aux républicains, qui l’attendent l’arme au pied au tournant de novembre. Selon le dicton confucéen : ” Il faut tuer le poulet pour faire peur au singe ! “.
Au cours de son discours sur l’état de l’Union du 27 janvier, il a même martelé fortement qu’il ne laisserait pas la Grande Amérique redescendre à la seconde place dans le monde. Tout le Congrès a longuement applaudi ( Bon ! peut-être deux sénateurs de plus en novembre… ). Mais personne ne lui a demandé comment il allait s’y prendre pour ça ! Ce n’est certes pas le moment de mettre le Président en difficulté.
Il convient toutefois de souligner que, le mois précédent, Hu Jintao lui avait lancé une première patate chaude, subrepticement. En effet, à fin décembre 2009, la Chine ne détenait plus que 755,4 milliards de dollars en bonds du Trésor de Bernanke, soit 4,3% de moins qu’en novembre, la plus forte baisse depuis août 2000 ! Il est vrai qu’elle possédait encore 2400 milliards de dollars dans sa besace au premier janvier 2010. Rappelons-nous tout de même que la Chine a cessé depuis environ six mois, d’acheter des bons du Trésor à long terme, et se contente à présent de bons d’une maturité beaucoup plus courte, lui procurant une porte de sortie plus rapide, au cas où. C’était là un premier pas de dégagement de côté. Ça n’a pas dû échapper à Geithner, le secrétaire au trésor, et les premières démangeaisons ont dû commencer leur œuvre du côté de la maison Blanche. Mais on n’en a rien su. C’était là, sans nul doute, les prémisses du décollage appelé de ses vœux par Luo Yuan dans sa récente déclaration à l’agence Reuters.
Le fait de ne pas recevoir sa cotisation habituelle à temps dût déplaire à Obama, qui vit sans doute jaune, lui qui avait tenté en novembre de balayer la poussière devant les pieds de Hu Jintao en signe de fraternité ! Obama a donc effacé son sourire de rêve américain et a alors ressorti précipitamment le contrat d’armes de Taïwan que son prédécesseur avait laissé tomber plus d’un an auparavant. Obama deviendrait-il soudain plus vindicatif que Bush ? Je crois que c’est possible. Mais ce n’est sans doute pas comme cela qu’il va pouvoir éviter le fiasco du dollar. Bien au contraire.
Comme si cela ne suffisait pas, une dernière avanie vient d’arriver au dollar, sans avis préalable. Depuis le 11 février, le cours du dollar semble obstinément rivé à 6,8334 yuan. Au bout de huit jours, on peut penser que ce taux est devenu définitif. En d’autres termes, le yuan devrait suivre le dollar comme un petit chien, qu’il monte ou qu’il descende. Comment peut-on interpréter ce geste spectaculaire ?
La première chose est sans doute que la Chine rejette définitivement les appels occidentaux à une hausse du yuan. Inutile donc qu’ils dépensent davantage de salive, la Chine ne les écoutera plus. Ensuite, il me semble que c’est un dernier avis pour que l’on sorte le dollar de son statut hégémonique, et que l’on crée dès maintenant une ” vraie ” monnaie internationale, sinon la Chine en prendra elle-même l’initiative. Et enfin, cela peut également vouloir dire, de manière très indirecte, que la Chine va progressivement cesser, sinon arrêter, de souscrire aux bons du Trésor de la FED (voir mon récent article sur : “Le Yuan et le dollar, deux fre?res ennemis !).
Je suis impatient de connaître la façon dont les É-U vont prendre ça.
***
On peut penser que les Chinois pourraient jeter rapidement, à l’américaine, des quantités de dollars sur le marché pour déstabiliser l’économie étasunienne. Les analystes, surtout étasuniens, se sont toujours imaginés que les exportations chinoises représentant 40% du PIB de la Chine, dont une bonne part aux É-U, celle-ci était comme menottée à eux ad vitam æternam. Ce serait en effet très sot de la part des Chinois que de risquer de perdre ce pactole en le bradant, car son économie chuterait en même temps. Ce serait un suicide collectif. Du moins le pensaient-ils.
Mais ces analystes, s’ils ne se trompaient pas sur ce point, n’avaient pas vu venir la crise. Les Chinois, si. Et ils avaient déjà planifié leur sortie de crise bien longtemps à l’avance, comme je l’avais annoncé dans un article déjà ancien. C’est en tout les cas la seule explication rationnelle à leur fantastique rebondissement du début 2008, alors que le monde entier pataugeait encore dans le marasme des subprimes.
Connaissez-vous ce qu’on appelle les supplices chinois ? Lentement le supplicié perd ses forces, et au bout d’un temps indéfini que les bourreaux étendent le plus possible, il respire de moins en moins jusqu’au moment où …
C’est à quelque chose comme cela à quoi je m’attends en ce qui concerne les É-U, suppliciés désignés d’avance par l‘histoire. Je crois plutôt à une lutte longue ; les Chinois chercheront à fatiguer leurs adversaires plutôt qu’à les vaincre sur le terrain. Je ne distingue pas de feux de guerre sur les collines, ni n’entends le son d’un tam-tam guerrier dans le lointain. Les Chinois ont d’autres chats à châtier. Quant aux É-U, ils se contentent de l’Afghanistan et de l’Iran pour s’occuper en ce moment, et surtout de la protection de leur devise, leur seule bouée de sauvetage pour réussir le rétablissement de leur économie, ce qui n’est nullement acquis en dépit de leurs efforts de propagande appliqués à grande échelle, pour tenter de démontrer qu’ils sont sortis de la crise.
Voici donc comment les choses pourraient se passer. Pures hypothèses et jeux d’esprit entre nous !
***
La Chine procèdera donc sans doute avec la même préparation qui a préludé à sa sortie de crise. En effet, l’une des raisons pour lesquelles ce pays l’a réussie avec une maestria remarquable, est que les décisions nécessaires étaient prêtes, et les actions planifiées. Le personnel était préparé à tous les niveaux de la hiérarchie et a pu agir avec une rapidité et une précision étonnante. Le monde entier en fut médusé, alors que la plupart des économistes avaient prévu qu’en cas de crise, la Chine s’aplatirait comme une crêpe, et les Étasuniens, en premier, se réjouirent à l’avance de la disparition de leur compétiteur.
Or, rien ne s’est passé pour la Chine selon les prédictions des politiciens et des économistes, à l’exception d’une poignée, dont je fus. Mais ce qui fut le plus curieux, c’est qu’encore plus rares furent les gens qui comprirent que la rapidité du rétablissement de la Chine était le fruit d’une intense préparation en prévision de la catastrophe. Pourtant cette crise était annoncée depuis longtemps, au moins depuis la seconde présidence de Bush. Mais l’occident resta béat, confiant en la toute puissance de Big Brother. “Too big to fail” disait-on déjà, avant qu’on applique ce ridicule algorithme aux grandes banques américaines. On a pu voir quelle était sa véritable portée quelques temps après.
Cette fois encore, n’en doutez pas, les plans chinois sont prêts, et leurs acteurs préparés.
La Chine commencera vraisemblablement par acheter tout ce qui lui passera sous le nez d’attrayant en termes d’actifs, mines, terrains, immeubles, usines, entreprises, brevets, matières premières, et peut-être même quelques politiciens au passage. Des lobbies (cabinets d’Étasuniens s’il vous plaît) ont fait leur apparition à Washington pour vendre la Chine aux congressistes des É-U. D’ici que les chinois mettent leurs dollars au service de quelques politiciens qui parleraient en bien de la Chine, il n’y a pas loin, et il se pourrait même que cette nouvelle influence puisse déjà peser quelque peu sur les élections de novembre. La réciproque me semble difficile à imaginer…
Les Chinois se débarrasseront ainsi de la plus grande partie de leurs réserves de dollars afin de perdre le moins possible de leur richesse à mesure que la devise américaine perdra progressivement, elle, sa propre valeur. Les dollars Chinois ratisseront ainsi la planète le plus rapidement possible. À dire vrai, cela fait déjà plusieurs années que la Chine collectionne les actifs de toutes sortes, car ce plan a démarré depuis longtemps, et un inventaire détaillé de ce qu’il leur faut acheter a dû être établi, sur la base d’un quadrillage très complet de l’économie de la planète, chiffré, avec l’indication des personnes clés. Ce sera l’affaire de bataillons d’économistes et de diplomates formés à ce travail. Rien ne sera improvisé.
Parallèlement, les actions internationales déjà entreprises pour faire perdre au dollar son statut de devise internationale seront poursuivies et étendues. La Chine ne se fait certainement aucune illusion quant à ses chances de substituer le yuan à son rival, et je ne crois pas qu’elle en ait vraiment envie. En revanche, elle aidera de toute son influence à ce qu’une solution se mette en place le plus rapidement possible, et se ralliera à celle qui lui paraitra la plus réalisable et la plus solide. Elle va donc continuer ses consultations dans le cadre des initiatives existantes : la devise des pays du golfe persique créée le 1er janvier 2010, la devise que le Mercosur aimerait créer en Amérique du sud, peut être la zone de libre-échange qu’elle-même a créée en novembre 2008 avec les pays de l’ASEAN, le Japon et l’Australie.
Je crois assez à la solution arabe du Golfe Persique, qui a été lancée le 1er janvier 2010, en raison des importantes réserves monétaires et de pétrole de ses membres, mais aussi parce que je crois beaucoup au rapprochement possible de ces pays avec la Turquie et l’Iran, d’abord, et qui pourraient aussi être assez rapidement rejoints par les autres pays de l’OCS (Russie, Chine, Iran, pays ex soviétiques d’Asie…), puis un peu plus tard par les composantes du marché de libre échange constitué autour de l’ASEAN, ceux du Mercosur, sans oublier l’Afrique, de plus en plus proche de la Chine; cela ferait beaucoup de monde et le reste de la planète sera assez vite obligé de suivre, y compris les É-U. La Chine étant devenue le second exportateur du monde, entre les É-U et la RFA, possède des relations importantes avec la plupart des pays du monde, et sera, pour cette raison, un rassembleur extrêmement convaincant pour réaliser cette opération majeure.
Elle combattra par contre, sans aucun doute, les initiatives venant du FMI (DTS) et de la Banque mondiale, trop proches des É-U. L’europe sera pratiquement hors-jeu faute de l’existence d’une véritable structure politique, dont la création semble encore très lointaine. L’attachement incompréhensible des Européens à l’OTAN les perdra.
Ayant ainsi perdu l’hégémonie de sa devise, les É-U devront faire face à une dette étrangère accrue d’une ampleur considérable à laquelle ils ne pourront faire face sans voir diminuer assez vite le niveau de vie de leur population, confrontée à un chômage de fond récurrent de l’ordre de 15%, ainsi qu’à une chute continue de ses revenus, du fait de la hausse des impôts nécessaire pour faire face au déficit de l’État fédéral. La situation actuelle plus que critique de la Californie et de l’Ohio se sera en effet étendue progressivement à l’ensemble des États-Unis.
Sans doute est-il inutile d’ajouter que les interventions musclées des É-U à l’étranger devront prendre fin assez vite, pour économiser toutes les ressources possibles. Ce sera, pour eux, le retour à la doctrine du président Monroe du 2 décembre 1823, en attendant de meilleurs jours.
Pour la suite, tout restera à rebâtir dans le monde …
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Depuis l’ère Bush, les gouvernements étasuniens ne cessent de titiller le gouvernement chinois au sujet du rapport de valeur entre leurs devises, prétextant le plus souvent que les autorités de Beijing manipulent leur propre monnaie. Les Étasuniens fondent leur demande sur le fait que les prix d’exportation chinois lèsent leur propre économie en tuant l’emploi aux É-U.
Ils mettent tellement de poids sur cette question, qu’à la lo ngue on finit par croire qu’ils ont la raison de leur côté.
J’ai fini par m’impatienter, et j’ai cherché comment il était possible d’affirmer qu’une monnaie est sous-estimée ou surestimée. J’ai trouvé quelques travaux qui proposent des méthodes, toutes aussi contestables les unes que les autres, et débouchant sur des résultats trop différents pour qu’on puisse les prendre en considération. J’ai fini par conclure que ce calcul était en fait impossible, car selon les paramètres économiques pris en considération pour réaliser cette estimation, on peut passer de la conclusion d’une sous-estimation à celle d’une surestimation pour une monnaie donnée par rapport à une autre.
En second lieu, ces paramètres entretenant entre eux des relations tellement différentes d’un pays à l’autre, je pense que toute comparaison est impossible entre deux monnaies, à moins que ces pays n’aient strictement le même système économique, et ce, dans les moindres détails. Ce n’est pas le cas ici, de toute évidence. On peut tout au plus considérer que les prix sont plus chers ou moins chers dans un pays que dans un autre, selon les produits comparés.
Voici un exemple très simple. Lorsque je suis venu m’installer au Québec, j’ai observé que les fromages étaient beaucoup plus chers ici qu’en France, mais qu’en revanche, c’était le contraire pour la viande. Aurais-je dû supprimer ma consommation de fromage et la remplacer par une consommation de viande ? Et depuis j’ai fait des constatations analogues pour de nombreux autres produits.
Bien sûr, on sait que la Chine n’a pas mis sa devise sur le marché des changes comme tous les pays occidentaux l’ont fait depuis plusieurs décennies sous la pression étasunienne. Ils ont préféré articuler leur devise sur la base d’un panier de monnaie dont ils modifient la composition selon l’évolution de la conjoncture. C’est une méthode bien plus pragmatique que celle d’une bourse qui fait varier les cotations comme une adjudication de tableaux de maîtres. Depuis deux à trois ans cependant, les Chinois maintiennent un taux presque constant du yuan par rapport au dollar. En fait depuis que les Étasuniens ont commencé à leur chercher des poux dans la tête. Je pense que c’était pour leur montrer qu’ils n’appréciaient pas les critiques malencontreuses. C’était sans doute une forme de sanction…
D’ailleurs, les Occidentaux ont-ils eu raison de créer des bourses de change, et de considérer ainsi les monnaies comme des marchandises ordinaires. Je n’en suis pas du tout sûr. Et même, je suis plutôt sûr du contraire, car marchandiser les monnaies, c’est ipso facto ouvrir un marché supplémentaire de spéculation au sein du secteur financier de l’économie. Or, spéculer sur les monnaies me parait être la plus mauvaise action économique qui soit pour conserver une stabilité financière mondiale.
Si l’euro n’avait pas été côté en bourse, le problème de la Grèce, du Portugal et de l’Espagne ne se serait pas posé. On aurait simplement dévalué l’euro, et puis c’est tout. L’affaire aurait été classée en une soirée de financiers européens, et tous les exportateurs européens de quelque pays qu’ils soient se seraient frotté les mains.
***
Le problème du yuan n’est donc pas un problème économique, mais un problème politique. Pour les É-U, en faire un problème est une façon de faire semblant de ne pas entendre que la planète entière veut éliminer le dollar de sa position abusive de monnaie mondiale. Ils ne réussiront certainement pas de cette manière à sauver le statut de leur devise. Il est trop tard, mister Obama !
En fait, si les É-U ont des problèmes économiques, ils en sont les seuls responsables. Avec leur obsession de la mondialisation, destinée à leur assurer des prix d’importation favorables en délocalisant leurs usines à fort coefficient de main d’œuvre, ils se sont piégés eux-mêmes par pure prétention. Ayant été un moment en pointe dans l’avancée technologique de la planète, ils ont cru que cela ne tenait qu’à une plus grande intelligence de leur part, que celle des autres pays, et que ce serait un jeu d’enfant pour eux que de maintenir cette avance.
L’histoire récente a démontré le contraire, et ils se retrouvent aujourd’hui avec une industrie ayant perdu environ 40% de potentiel par délocalisation pure et simple. À partir de cette manne inattendue, les pays émergents ont parfaitement su développer leurs propres technologies sur le terreau d’usines toutes faites, et devenir plus inventifs encore que leur compétiteur. Les Étasuniens en ont profité pendant une dizaine d’années, par des importations bien moins chères que leurs propres productions antérieures, mais suscitant par là même de nouvelles délocalisations, nécessaires celles-ci, en raison de la concurrence étrangère qu’ils se sont créée à eux-mêmes, se jugeant forts d’une culture économique à toute épreuve. C’est souvent ce qui peut se passer lorsqu’on se croit plus malin que les autres.
Si les É-U veulent contrarier cette évolution, la seule solution serait qu’ils recommencent à construire des usines produisant les produits importés qu’ils trouvent actuellement ” trop bon marché “. Mais c’est un peu tard aujourd’hui. Il leur faudrait commencer par réduire très largement leur niveau de vie actuel, c’est-à-dire leurs salaires, pour que leurs prix puissent être abaissés au niveau de ceux des produits qu’ils importent aujourd’hui.
Difficile ! Certain ! Impossible ! Sûrement !
Les Étasuniens sont tout simplement en retard d’un coup dans la compétition internationale, et les Chinois en avance d’un coup. Avoir l’expérience du jeu de go est plus profitable pour l’esprit que celle du jeu d’échec. Les É-U n’ont peut-être pas compris, ou ont peut-être oublié, que ce qui avait fait leur réussite, spectaculaire il faut bien le reconnaître, avait été leur foudroyante immigration.
Ils importèrent en effet de la main-d’œuvre pas chère pendant deux siècles, dont les esclaves achetés en Afrique, ce qui leur permit de constituer de décennie en décennie, un marché de 300 millions de consommateurs, source d’un enrichissement rapide à partir d’un continent presque désert.
Deng Xiao Ping reprendra ce même modèle pour la Chine, mais sans immigration autre que les seules migrations internes, les paysans du sud envahissant la zone côtière du pays.
Mais aujourd’hui, c’est la Chine qui possède un marché de 1400 millions de consommateurs, presque cinq fois plus important que le leur, et elle s’empresse, grâce à la crise, de le remplir à toute allure de produits “made in China“. Personne n’est aujourd’hui en mesure de l’arrêter. Il reste à espérer qu’elle sache utiliser ses atouts pour un meilleur équilibre de la planète. J’ai bon espoir que l’avenir se construise dans ce sens-là, si j’en crois la sagesse de sa pensée plurimillénaire
À moins qu’un jour, les Chinois ne deviennent à leur tour aussi prétentieux…
© André Serra
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L’économie mondiale est atteinte de thrombose monétaire !
En termes financiers, cela signifie que le monde croule sous les liquidités issues des plans de relance de tous les pays atteints par la crise des subprimes.
Faisons une parabole de ce qui est en train de se passer : plantez une plante dans une plaque de béton, si vous pouvez. Ensuite arrosez la abondamment jusqu’à ce qu’elle se mette à pousser. Si elle pousse, vous avez de la chance, sinon votre plante va mourir. Manifestement, la méthode employée n’était pas la bonne.
Pourtant, il ne se passe pas autre chose dans les économies occidentales atteintes par la crise et qui n’en sont pas encore sorties, malgré la propagande qui prétend que la crise est derrière elles. Or, on ne pourra dire que la crise est passée que :
- lorsque le taux de croissance aura dépassé 1,5%, après que les aides directes, telles que primes à la casse et au logement auront été supprimées depuis au moins trois mois,
- lorsqu’une hausse légère du taux d’intérêt pourra être supporté par l’économie sans que la crise reprenne.
Avant cela, nous serons toujours en crise. Les États-Unis et l’Europe sont donc toujours en panne quelque soient les petits indices d’amélioration qui se manifestent ça et là, mais qui ne sont pas stables dans le temps. La Chine, ses amis du BRIC [Brésil, Russie, Inde, Chine] et quelques autres ont d’ores et déjà dépassé ce test. C’est ainsi que l’Australie a pu augmenter à deux reprises son taux d’intérêt en le portant à 3,75%. Mais il est vrai que c’était surtout pour calmer l’emballement de son économie, essentiellement basée sur le commerce des matières premières.
Voyons comment ça se passe aux É-U par une autre parabole :
Si vous versez du café à côté de la tasse destinée à le recevoir, celle-ci ne se remplira pas, mais la nappe qui la supporte en sera largement imbibée : le café, ce sont les dollars, la tasse est l’économie et la nappe, le secteur financier de l’économie. On en est là ! Après son sauvetage le secteur financier put emprunter à la Fed des sommes considérables à 0% ou presque, et les plaça dans des actifs extérieurs au pays, parce qu’ils y sont plus rentables qu’aux É-U. Mais surtout, ses opérateurs recommencèrent les activités de “carry trade” qu’ils avaient dû abandonner au début de la crise faute de capitaux. Pendant ce temps le reste de l’économie fut privé de crédit, à l’exception notable du secteur de l’automobile.
D’un autre côté, les classes les plus riches du pays n’ont jamais été aussi riches et continuent de s’enrichir, en particulier parce que depuis l’époque Bush leurs impôts ont été considérablement réduits, et que de ce fait, leur épargne est devenue colossale. Elles disposent donc de liquidités démesurées. Qu’en faire ?
Contrairement au secteur financier, ces classes n’ont pas besoin d’argent. Elles croulent sous leurs ors, mais ce n’est pas une raison pour les laisser dormir. Elles les utilisent pour acheter des actifs négociables. D’abord en bourse, actions et matières premières, mais aussi dans l’immobilier de luxe. Elles ont donc ainsi puissamment aidé à ce que la bourse se rétablisse, même si la plupart des valeurs y sont surévaluées. Mais elles ne peuvent guère aller plus loin. Compte tenu de la situation économique, cela commencerait à être dangereux. Par contre, l’immobilier de luxe est intéressant. Son marché est plus étroit et bien contrôlé. Il ne s’agit d’ailleurs pas pour eux de construire. C’est beaucoup trop long avant de rapporter. Elles préfèrent guetter les occasions, et les revendre rapidement. Il n’en manque pas et il suffit de bien choisir.
En résumé, malgré les sollicitations pressantes du gouvernement, les banques ne prêtent pas aux entreprises, et encore moins aux particuliers, tellement elles ont peur de courir des risques. Et puis elles gagnent tellement plus en échangeant des dollars presque gratuits contre des devises étrangères qui rapportent. Tant pis si elles fossilisent leur pays !
***
Quant aux particuliers, la plupart de ceux qui ne sont pas encore chômeurs sont endettés jusqu’à l’os. Alors ils ont revu leur budget, et remboursent leurs dettes autant qu’ils le peuvent. C’est pour cela que leur taux d’épargne, négatif à -3% en décembre 2007, est passé à près de +7% en octobre 2009. Donc, pas question pour ceux-là de s’endetter à nouveau. Bien sûr ce taux est un taux moyen, d’autres épargnent beaucoup plus, mais bien plus encore ne sont même pas capables de faire face à leurs propres échéances. Sans parler de ceux qui doivent abandonner leur maison aux mains de leur banquier, car le rythme des saisies ne dérougit toujours pas. Il y a encore beaucoup de contrats “subprimes” à venir, ceux que les propriétaires ont réussi à honorer jusqu’ici, mais qu’ils doivent à présent abandonner parce qu’ils sont arrivés aux limites de leurs moyens.
Je ne parle évidemment pas des chômeurs. Leur taux dans la population est passé de 10,2 à 10,1% en un mois. Quelle victoire pour le gouvernement ! Mais celui-ci se garde bien de publier le nombre de ceux qui sont sortis de leur droit à être indemnisés, ni de ceux qui ont abandonné toute recherche d’emploi, ou qui travaillent seulement quelques heures par ci, par là. En les compilant, on arrive à un taux de sous emploi très proche de 20%.
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Pendant ce temps-là, les dollars généreusement imprimés par la Fed se répandent sur la planète grâce à l’astuce du “carry trade”. C’est autant de dollars qui sortent du circuit monétaire officiel. Ils vont gonfler les poches de tous ceux, États et particuliers, qui croient en la résurrection du dollar et de son économie. “Trop gros pour faillir“, dit la rumeur publique. Comme le WTC probablement.
Les É-U ont donc ainsi marchandisé leur monnaie. Celle-ci perd peu à peu son rôle de vecteur d’échange pour devenir simple objet de commerce. Mais qu’à cela ne tienne, c’est facile à fabriquer.
Cependant, à imprimer tant et tant de coupures du fameux dollar, celui-ci perdra nécessairement sa valeur à long terme. C’est une autre façon de créer de l’inflation sans que les prix augmentent. Malin n’est-ce pas ! On craignait que toutes ces vaines dépenses allaient créer de l’inflation ! Que nenni ! On file des dollars qui ne valent plus grand chose aux étrangers contre la meilleure monnaie de ceux-ci, lesquels viennent ensuite les échanger à leur tour sur les bourses de New York et de Chicago, faisant ainsi monter les cours des actions et de certaines matières premières. Vous voyez bien que les É-U sont sortis de la crise puisque le cours des actions monte, apportant ainsi un peu de gras au dollar. Malin, non, cette stratégie-là ?
Pas exactement. Déjà la bourse retombe, mais le dollar grimpe contre l’euro, affecté par les difficultés financières de la Grèce, de l’Espagne et du Portugal. Nous en sommes cependant sans doute à la dernière étape, avant qu’une véritable crise monétaire n’éclate au détriment du dollar.
Nouvelle du jour : Une mise en garde est à faire, pour terminer, en ce qui concerne la croissance du 4ème trimestre 2009 des É-U, annoncée provisoirement à +5,7% en rythme annuel par le département du commerce, ce vendredi.
L’analyse de sa structure montre que 3,39 de ce taux est dû à un surstockage des entreprises, qui sera très probablement corrigé à la baisse dans le résultat définitif publié fin mars.
En effet, si on se limite aux ventes finales, celles-ci ne progressent que de 2,2%, soit au même taux qu’au troisième trimestre, toujours en rythme annuel. La majorité des économistes et la banque centrale s’accordent cependant pour prévoir une croissance lente en 2010.
Ce serait déjà ça !
André Serra
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À un moment clé de la crise économique internationale, où la survie du dollar étasunien en tant que devise de référence du commerce international est en question, il est bon de rappeler les avantages extravagants que cette position exceptionnelle a rapporté aux USA au cours des 65 dernières années [soit depuis le traité de Bretton Wood en 1944].
Ces privilèges n’ont pas été pour rien dans l’extraordinaire essor de ce pays, qui en a profité au maximum pour atteindre sa position hégémonique actuelle. La contestation de ces privilèges, même si on n’en parle peu, s’ajoute au reproches d’instabilité sur laquelle l’ensemble de la planète s’appuie actuellement pour chercher à remplacer le dollar le plus rapidement possible, par une nouvelle devise mondiale indépendante de tout pays en particulier.
C’est pourquoi nous publions aujourd’hui le texte suivant, extrait d’un livre édité par l’institut Aspen de France en 2008, aux éditions “ Autrement ”, de la page 152 à la page 156.
Présenté par :
© André Serra
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MULTIPOLAIRES
Wang Xiangsui
Le dollar procure aux États-Unis d’énormes bénéfices en tant que monnaie principale de règlement et de réserve dans le système monétaire international. Alors que presque tous les pays du monde doivent proportionner leurs dépenses à leurs recettes, les États-Unis n’y sont pas tenus. Ils demeurent le plus grand pays consommateur en dépit d’un double déficit commercial et budgétaire.
Bien sûr, l’économie mondiale n’est pas un jeu à somme nulle où les gains de l’un entraînent les pertes de l’autre. Le système économique dominé par le dollar, tout en bénéficiant aux États-Unis, rend possible le maintien de la prospérité et de la stabilité dans beaucoup d’autres pays, y compris ceux de l’Europe et le Japon. Il convient d’ailleurs d’ajouter la Chine et l’Inde à la liste des bénéficiaires au cours des vingt dernières années.
Ce fait ne peut néanmoins dissimuler l’injustice du système: tout fonctionne en effet autour des intérêts d’un seul pays. Si l’économie américaine connaissait un problème, les États-Unis pourraient transmettre la crise aux autres économies par des moyens financiers. Ainsi de l’accord du Plazza, signé par le Japon dans les années 1980 à l’incitation et sous la contrainte des États-Unis, qui englua l’économie japonaise dans dix ans de stagnation. En outre, des spéculateurs financiers américains amassent des profits en attaquant le marché par des outils dérivés financiers de leur conception, ce qui conduit nombre de pays à la crise économique. Clairement, le système monétaire du dollar, chaise à un pied, n’est pas en mesure de maintenir à long terme l’équilibre nécessaire à un développement stable du monde.
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Au centre d’un maelström d’informations économiques souvent contradictoires, je ne suis pas certain que beaucoup de monde s’y retrouve. Pourtant, la crise continue, superbement indifférente à ce qu’on dit d’elle. On dit qu’elle est terminée. On dit qu’elle ne cessera que lorsque l’économie recommencera à embaucher. On dit, on dit, on dit !!!
Mais en tous les cas, il est certain que cette foutue crise est toujours là et que, en dépit d’une inflation, bien réelle celle-là, des discours, des réunions, des forums ici ou là, des G2, 8, 20, une seule chose est démontrée tous les jours : les politiciens comme les économistes sont plantés. Leur salive coule abondamment mais leurs neurones sont plats.
Il y a cependant bien des choses contradictoires dans toute cette affaire. Prenez le secteur financier aux É-U. On a accusé leur gouvernement d’avoir renfloué les institutions financières au lieu de refinancer les malheureux emprunteurs de subprimes que l’on continue de jeter à la rue par milliers. A-t-on bien compris pourquoi ? On s’est généralement contenté de dire que l’on privilégiait ainsi les riches. Bien sûr ! Bien sûr !
Mais pas seulement. On nous l’a pourtant expliqué sans arrêt depuis plus d’un an : on avait voulu donner de l’argent aux banques, passablement ruinées, les moyens de prêter à nouveau aux gens pour qu’ils recommencent à consommer en s’endettant, et fassent ainsi repartir la locomotive de la croissance.
Fort bien ! Mais le gouvernement des É-U avait-t-il oublié que la principale cause de la crise avait précisément été l’endettement des particuliers, si élevé que ceux-ci ne pouvaient plus faire face à leurs échéances. En effet, on a toujours parlé des emprunteurs de subprimes, mais on ignora royalement les autres consommateurs, endettés souvent par de multiples cartes de crédit à des taux de 18 à 24%, et dont les difficultés de paiement émergèrent dans le même temps où la Fed commença à ré augmenter ses taux, provoquant ainsi l’éclosion de la crise des subprimes.
En somme, en faisant en sorte que les consommateurs puissent à nouveau emprunter et consommer, le gouvernement des É-U agit de telle sorte que la crise reparte à ses débuts, sans doute avec une force et des dégâts bien plus considérables.
Cependant, en supposant que les consommateurs tombent à nouveau dans le panneau, qu’achèteraient-ils ? Sans doute en grande partie des produits importés, alors qu’avant la crise, c’est la croissance des importations qui avait mené à l’alourdissement progressif du déficit commercial du pays, lequel conduisit ainsi à son tour le dollar au déclin continu de sa valeur.
Mais heureusement pour le pays, les Étasuniens ont arrêté leur consommation échevelée. Depuis l’éclatement de la crise, ils épargnent et se sont mis à rembourser leurs dettes. En décembre 2007, ils dépensaient encore 3% de plus que le montant de leurs revenus. En juillet 2009, ils étaient parvenus à épargner 7% sur leurs revenus.
Des preuves ? En juillet 2009, le crédit à la consommation a diminué d’un montant record de 21,6 milliards de dollars (source : la Fed). D’autre part, l’encours de crédit à la consommation a reculé ce même mois de 10,4% en rythme annuel. En juin, la chute du crédit avait été annoncée à 10,3 milliards, mais elle vient d’être réévaluée à 15,5 milliards !
Sur un an, le crédit à la consommation a diminué de 11,7 % !
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On peut donc dire, d’ores et déjà, que le gouvernement des É-U a manqué sa cible deux fois. D’un côté, il a dépensé plusieurs milliards de dollars pour rien, puisque la consommation n’est pas repartie. De l’autre, par un affolant endettement de l’État, il a créé les prémisses d’une crise monétaire sans précédent, qui débouchera sans doute à terme sur la perte de l’hégémonie du dollar.
On sait que la devise étasunienne fait déjà l’objet d’attaques incessantes de nombreux États dans le monde : le BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine), les pays d’Amérique latine qui projettent de créer une devise commune, les Monarchies pétrolières qui vont en faire autant en 2010, etc.
Mais depuis peu, un rapport émanant cette fois de l’ONU (Les Affaires - 19 sept. 2009), propose de réduire l’influence du dollar étasunien en confiant à l’ONU la mission de créer une monnaie supranationale, c’est-à-dire indépendante des États souverains.
Le FMI jouerait le rôle de Banque Centrale Internationale pour cette monnaie, qui serait basée sur un panier de monnaies nationales, celles-ci ne disparaissant pas, mais ne jouant plus de rôle dans le commerce international.
Cette conjonction parait beaucoup trop générale et suffisamment puissante pour ne pas être écartée du revers de la main par les Étasuniens. Encore faudrait-il que ceux-ci ne suscitent pas une résurgence de la crise en cours par des actions mal évaluées.
C’est pourtant ce qu’ils semblent faire…
© André Serra
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(Montréal, le 18-09-2009) Les banques centrales et les gouvernements sont inféodés au dollar car ils ont peur de ce qui se passerait s’il disparaissait. Ils ne l’ont jamais envisagé, et pour eux, ce serait le trou noir. Tout serait à réinventer. En somme, pour eux, c’est comme si le dollar avait toujours existé.
Mais heureusement, les entreprises sont plus puissantes à elles toutes que les institutions politiques et financières, et n’éprouvent pas cette même peur.
Celles qui exportent, elles, craignent par dessus tout les variations de change qui mettent leurs tarifs en péril ainsi que leur trésorerie, et finalement leurs résultats, surtout lorsqu’elles contractent des commandes à long terme. C’est aussi vrai pour celles qui vendent que pour celles qui achètent. Et il en existe même de nombreuses qui contractent des emprunts en devises étrangères pour se couvrir des effets de change à la date des règlements. Elles sont généralement obligées de conclure des contrats d’approvisionnement à long terme pour stabiliser leurs coûts. C’est notamment le cas des compagnies d’aviation pour leurs approvisionnements en carburant, mais aussi celui des fabricants d’avions dont les programmes de fabrication peuvent s’étendre sur plusieurs années.
Or, il est tellement facile de s’entendre avec son client ou son fournisseur pour transiger dans une devise stable plutôt que de le faire, par habitude, en dollars. L’un come l’autre peut y trouver avantage. Mais cela ne suffit pas toujours, car la stabilité des autres devises dépend aussi des fantaisies du dollar dans une certaine mesure, car les États eux-mêmes souffrent des variations de la politique monétaire des É-U. Le dollar étant la devise nationale des É-U, il est géré en fonction de leurs seuls intérêts en toute impunité.
Adopter une devise différente dans les transactions entre entreprises ne constitue donc pas une solution totalement satisfaisante. Néanmoins, de plus en plus d’entreprises l’appliquent cependant déjà, et je crois que, de bouche à oreille, elle va progressivement se généraliser, en l’absence de l’adoption d’un nouveau système monétaire à l’échelle de la planète. Je connais en effet quelques entreprises chinoises et européennes qui s’en sont parlé et l’appliquent. C’est beaucoup plus facile qu’entre deux gouvernements, car elles n’ont pas besoin de palabrer très longtemps ensemble pour en décider.
Au niveau des gouvernements et des banques centrales, il faut également souligner la composante politique de leur inaction. Le dollar va rester encore longtemps la devise de l’occident étasunien. Il est en quelque sorte un peu la devise de l’OTAN, et tant que l’on fera subsister ce parapluie parsemé de trous qui ne sert qu’à conforter la domination militaire des É-U, les pays de l’OTAN le garderont et les É-U s’y sentiront en sécurité.
Cependant la terre tourne, et l’occident rétrécit de plus en plus vite par rapport au reste du monde.
Les pays du BRIC (Brésil, Inde, Chine et Russie) occupent à présent une place croissante dans le commerce international, et l’émergence d’une devise nouvelle dépend de plus en plus largement de l’ampleur relative des échanges internationaux de ces pays. Il est par conséquent tout à fait concevable qu’en leur sein une initiative émerge.
La bourse de Shanghai
Parmi ces pays émergents, la Chine est en train de se révéler un bon entraineur. Elle a déjà groupé autour d’elle une bonne partie des États du sud-ouest asiatique, et commerce avec eux en yuan, sa propre devise, qu’elle maintient, pour le moment du moins, à parité avec le dollar.
La Chine vient de faire un nouveau pas en direction d’un yuan dominant. Elle vient d’autoriser la bourse de Shanghai à ouvrir ses portes aux sociétés étrangères à partir du début de 2010. Bien qu’il faudra du temps avant que Shanghai ne devienne une bourse de classe mondiale, c’est la stratégie déterminée du gouvernement chinois que d’y parvenir.
Ce dernier sait que certaines conditions devront être remplies avant que cette bourse puisse tenter les gros canons de la planète : une monnaie librement convertible, ce qui n’est pas encore le cas, une libre circulation des capitaux et un système juridique qui protège la propriété efficacement. Mais tout cela est en route. D’importants progrès ont déjà été faits en ce sens depuis 10 ans et témoignent de la rapidité avec laquelle le gouvernement va probablement œuvrer dans ce sens. L’ouverture de la bourse de Shanghai marquera probablement le début d’un nouveau grand pas de cet immense pays vers une économie plus moderne encore.
La Chine possède beaucoup de capitaux, et par conséquent de nombreuses entreprises de taille moyenne dont le potentiel de production se trouve essentiellement en Chine, pourraient être tentées d’adhérer à cette bourse, dans l’intention d’émettre des actions leur permettant une expansion rapide, sur place et dans ce quartier du monde futur.
C’est en Asie que se trouve la possibilité d’étendre le marché mondial. On le constatera de plus en plus au cours des années qui viennent. La sortie de crise remarquée de la Chine en est le gage. Toutes les prévisions pessimistes que les économistes nous ont prodiguées depuis des années au sujet de l’improbabilité de la pérennité de sa croissance ont été déjouées jusqu’ici par la réalité. Je suis à peu près sûr que ça va continuer encore longtemps.
© André Serra
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