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Après les visites successives d’Hillary Clinton et d’Obama à Beijing (en novembre 2009), pour convenir avec le président Hu Jintao d’une nouvelle ère de paix et de collaboration stratégique entre les deux premières puissances mondiales, les É-U changent de vitesse.
Faites vos jeux, rien ne va plus !
On vient d’apprendre que le gouvernement étasunien va livrer à Taïwan pour 6,4 milliards de dollars d’armes de guerre, composées de missiles de différentes sortes, et d’hélicoptères. Rappelons à ce sujet que Bush, en novembre 2008 avait approuvé des contrats militaires portant sur la même somme, avec Taïwan. Il s’agit donc probablement des mêmes contrats, mis provisoirement entre parenthèses. Beijing avait en effet riposté en reportant une rencontre qui avait été antérieurement prévue avec le Pentagone. Ensuite cette affaire disparut des écrans. Et ne voilà-t-il pas qu’elle reparait, tel un serpent de mer (ou peut-être tel un dragon !)
Pourtant, jusqu’ici, il avait semblé que Washington admettait que Taïwan fasse désormais partie de la sphère chinoise. Les Étasuniens n’en parlaient d’ailleurs plus. Mais ils viennent d’affirmer, en guise de justification de cette livraison, que Taïwan avait besoin d’armes “pour avoir du poids dans ses négociations avec la Chine“. Ah ! Les braves gens ! Je ne pensais pas que les É-U avaient de l’humour à ce point. À moins qu’ils ne prennent l’ensemble des habitants de la planète pour des imbéciles. Au vu de leur dialectique habituelle, cela n’a rien d’improbable.
Ma Ying-jeou, le président de Taïwan, m’a beaucoup fait rire, en affirmant de son côté dans le discours qu’il vient de prononcer à propos de cette livraison, que celle-ci faciliterait son rapprochement avec le gouvernement de Beijing. Il faut cependant rappeler ses variations dans le passé pour apprécier le personnage :
Il s’est opposé au référendum de 2004, qui n’a d’ailleurs pas eu lieu, en se prononçant pour la réunification de Taïwan avec la Chine et contre l’indépendance de Taïwan.
Cependant, le 17 mars 2008, au cours de la campagne électorale pour les élections présidentielles, Ma décrivit Taïwan comme étant un “État souverain“. Par contre, suite à son élection, le 22 mars 2008, il affirma qu’il améliorerait les relations avec la Chine continentale, notamment en permettant des vols directs vers la Chine, en autorisant la venue d’un plus grand nombre de touristes chinois, et en aidant les industries taïwanaises à s’implanter sur le continent. Il ajouta qu’il prônait le statu quo en termes politiques : ni indépendance de Taïwan, ni réunification. Mais il tint parole pour le reste. Une grande partie de l’industrie taïwanaise est passée sur le continent, ce qui semble constituer cependant un affaiblissement de sa position dans “ses négociations avec la Chine“.
Comprenne qui pourra !
Ensuite, évènement passé inaperçu lors du soixantième anniversaire de la création de la République Populaire de Chine, la délégation taïwanaise défila à Beijing le 1er octobre 2009, en tant que province chinoise, et non en tant qu’État invité. Personne ne semble avoir remarqué cette particularité étonnante, pourtant tout à fait significative. Chinoiserie peut-être ?
Tout cela devient obscur, n’est-ce pas ? Il y a anguille sous roche, sans aucun doute !
Laissons donc pour le moment de côté les réactions de la Chine, qui suspend la coopération militaire offerte par Obama il y a très peu de temps, et menace les É-U de sanctions économiques. On en reparlera lorsqu’on verra plus clair dans cet embrouillamini.
Contentons-nous de faire quelques hypothèses.
***
Visiblement, il s’est passé quelque chose qui a tout changé dans les intentions d’Obama, et ceci depuis très peu de temps, car la Chine a apparemment été stupéfaite de ce retournement de situation. D’ailleurs, une visite officielle du président Hu Jintao à Washington était prévue pour le courant de 2010. On verra bien si elle a lieu.
Pour ma part, je ne vois qu’une seule chose qui ait pu changer la stratégie de Washington.
Ce n’est un mystère pour personne que depuis des années les milieux politiques étasuniens tiennent la Chine pour une ennemie, la première menace contre leur hégémonie.
Depuis quinze ans, ils n’eurent de cesse d’affirmer que la Chine ne pouvait se développer à l’allure que Deng Xiao Ping lui avait insufflée. Tantôt ils prétendaient que son système bancaire était inexistant, tantôt qu’il était endetté de manière effrayante. À d’autres moments, ils disaient que la Chine vivait dans des émanations meurtrières, ou que les paysans allaient finir par se révolter, ou que la moindre crise les jetterait par terre, ou bien encore que si eux, les É-U, cessaient de leur acheter, leur économie s’effondrerait, etc. Bref, inutile de faire l’inventaire de ces insinuations sans fondements. La Chine est toujours là et leur fait un pied de nez.
La Chine a surmonté la crise d’une manière étonnante, notamment en retournant une partie importante de ses exportations vers son marché intérieur. J’ai expliqué il y a longtemps, la possibilité d’un tel retournement, dans un article où j’expliquais que la justification du fait que la Chine maintienne sa paysannerie dans une pauvreté que toute la planète lui reprochait, pouvait être qu’elle le faisait en prévision d’une perte totale ou partielle de son commerce avec les É-U. Son marché intérieur, inexistant jusqu’ici, a en effet merveilleusement rempli sa fonction selon mon interprétation, ce qu’apparemment Washington n’avait pas vu venir. J’avoue être très fier du raisonnement que j’avais tenu à cette époque.
Alors les É-U ont finalement compris que leur pronostic d’une Chine défaillante devant une crise mondiale, presque organisée à dessein par le secteur financier des É-U n’avait été qu’une simple vue de l’esprit. [ qu'on ne vienne pas nous dire en effet que les autorités étasuniennes ne savaient pas que la crise allait éclater. Des gens comme Roubini, membre de plusieurs institutions paragouvernementales les en avaient avertis depuis longtemps ]
Mais ils n’en ont été absolument certains que depuis très peu de jours, lorsque la Chine a confirmé définitivement que son taux de croissance pour 2009 se montait à 8,7% par rapport à une année 2008 relativement peu affectée par la crise, et que sa prévision pour 2010 était de 9,5%.
Et quelques jours plus tard, le département du commerce des É-U annonçait de son côté une diminution du PIB pour 2009 de 2,4%, malgré 5,7% de croissance pour le quatrième trimestre, immédiatement corrigé par le biais positif du surstockage des entreprises, ce qui, tout compte fait, ramenait l’annonce à un timide 2,2% pour les ventes finales, et abaissant ainsi le taux de l’année aux alentours d’une diminution de -2,7% du PIB par rapport à 2008, c’est-à-dire un écart de taux de 11,4 avec la Chine (8,7 + 2,7). On ne connaitra d’ailleurs son taux définitif de croissance ( ou plutôt de décroissance ) qu’à la fin du mois de mars 2010.
Quelle désillusion catastrophique pour les É-U ! Une crise pour rien ! Avoir sacrifié l’économie du pays, et s’apercevoir que le but stratégique désespérément espéré n’avait pas été atteint ! L’ennemi visé resplendissait au contraire plus brillant que jamais après la crise, terminée pour lui, devenu le premier constructeur mondial d’automobiles, le second exportateur mondial avant l’Allemagne ! Les Étasuniens comprirent brutalement que leur avenir s’était brusquement assombri, après avoir cru s’être débarrassé de leur “challenger“.
Non seulement la Chine n’avait pas failli, mais elle avait trouvé le moyen en novembre 2009 de conclure avec les pays de l’ASEAN, l’Australie et le Japon [ après que celui-ci ait élu un nouveau Premier ministre "presque antiaméricain" ] une zone de libre-échange à laquelle on n’avait pas convié “la première puissance du monde“, malgré sa demande pressante.
La Chine se permettait aussi de faire simultanément de l’Afrique une zone interdite aux Occidentaux, en utilisant les précieux dollars de ses réserves, ravis de main de maître à l’économie étasunienne pour, enfin, équiper une Afrique laissée pour compte par eux, de conclure avec l’Amérique du Sud des accords commerciaux qui les marginalisaient, de soutenir l’Iran contre leurs menaces de sanctions, et enfin, de contester l’hégémonie du dollar, alors qu’ils ne parviennent pas à obtenir de la Chine qu’elle réévalue sa propre monnaie !
***
Alors, il fallait faire quelque chose, et vite, car la catastrophe n’allait pas s’arrêter là.
Tout le monde sur le pont ! Et alors, le gouvernement eut une idée lumineuse.
N’avaient-ils pas réussi à vaincre leur précédent ennemi, pourtant très puissant lui aussi, l’U.R.S.S. ? Et de manière magistrale s’il vous plait. Pourquoi ne pas se servir de la même méthode contre la Chine, puisqu’elle avait fait ses preuves ? D’ailleurs, ils n’avaient pas le temps de trouver autre chose qui soit aussi efficace. Pour faire plier l’U.R.S.S., la tactique avait consisté à la ruiner, en la poussant à la faute. Ce fut “la guerre des étoiles” de Reagan.
On allait investir massivement dans l’armement et dans l’armée pour faire croire aux dirigeants de l’U.R.S.S. que les É-U préparaient contre eux une action militaire de grande envergure. Immédiatement, Moscou se mit à en faire autant pour se mettre en mesure de contrer cette menace. Las, les finances de l’U.R.S.S. n’étaient pas celles de “l’Amérique” de l’époque. Le budget de l’U.R.S.S. grimpa jusqu’à 40% des recettes de l’État, provoquant la faillite du pays et aboutissant en 1989 à la dissolution pure et simple de l’Union soviétique, qui avait pourtant réussi à effrayer la planète pendant des décennies.
D’où, à mon avis et par hypothèse [ on ne tardera pas à savoir si cette hypothèse tient la route ou pas, ou si une autre se présente ], ce fameux contrat d’armement de 6,4 milliards de dollars avec Taïwan, pourrait être destiné à faire croire aux Chinois qu’une sérieuse menace pèse sur eux. Fichtre ! 60 hélicoptères HawkUH-60M, 114 missiles antimissiles Patriot dans une nouvelle version sophistiquée. Le Pentagone susurre même qu’il pourrait s’ajouter à ce bric-à-brac quelques chasseurs de mines et des missiles Harpoon. Mazette !
Tout ça pour améliorer les relations avec la Chine ! Et quand on connaît les “Américains”, ça pourrait n’être qu’un début ! Oh que j’ai peur pour les Chinois !
Mais voilà, la Chine n’est pas l’U.R.S.S. et les É-U ont tellement l’habitude d’effrayer le monde avec leur ferraille, qu’ils ne doutent pas un seul instant de l’effet de cette armada sur les Chinois.
Mais ce n’est qu’un pari ! Et si les Chinois, déjà copieusement armés, ne bougeaient pas, c’est-à-dire ne mettaient pas un yuan de plus dans leur propre outillage de guerre ?
Par contre, ils possèdent une arme de défense bien plus dangereuse que tout ça : le dollar.
Eh ! Oui ! S’il leur prenait l’envie d’approfondir l’abysse économique dans lequel les É-U se sont laissés lourdement tomber ? Par exemple en leur suscitant quelques millions de chômeurs supplémentaires, voire une dizaine de millions ?
Comment ? En laissant glisser un nombre suffisant de dollars de leurs abondantes réserves sur le marché, histoire de voir s’ils trouvent preneurs. Je ne vous dis pas la suite.
Autre erreur des Étasuniens ! Eux ne penseraient pas à faire cela s’ils se trouvaient à la place des Chinois, ce n’est pas dans leurs mœurs, or ils croient toujours que les autres doivent penser comme eux. Ils ne semblent pas avoir encore compris que les Chinois n’étaient pas des “Américains”. Comme d’ailleurs dans le cas des Irakiens, des Iraniens ou des Afghans et de beaucoup d’autres.
Si mon hypothèse tient la route, alors ce sera un jeu de quitte ou double, à moins que Washington ne plie avant que la Chine n’entre en action, comme les Étasuniens ont fait pour la Géorgie, devant Poutine, ou pour le Vietnam, devant Ho Chi Minh, ou pour les missiles de Pologne, devant Medvedev.
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© André Serra
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Cet article répond aux règles de la nouvelle orthographe
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Publié par André Serra dans Géopolitique, Opinion, Politique, Religion, Réflexion, tags: guerre, Histoire, islamisme, moyen-orient, résistance, violence
[dernière partie d'un article qui en comprend trois ]
Une parabole ou la réalité ?
Alors, si l’on tient compte de ces conditions historiques, peut-on persister à affirmer que ces comportements violents sont ceux de terroristes, ou au contraire les attribuer plus logiquement à des résistants combattant une opiniâtre oppression séculaire ?
Je vais répondre à cette question de manière indirecte, mais analogique.
Pendant la guerre, de 1940 à 1945, je vivais en France avec mes parents. Après la défaite de 1940, et jusqu’à notre libération, nous avons donc vécu sous l’occupation de l’armée allemande. Bien qu’encore très jeune, de 10 à 15 ans, j’ai pu observer deux phénomènes. D’abord un retour de la population dans les églises, pourtant fort désertées avant la guerre. Sous la frustration que constituait l’occupation militaire, même si elle ne se manifestait que rarement de façon violente, une solidarité nationale s’était resserrée autour de ce qui nous restait d’identité : la religion. Même beaucoup de ceux qui bouffaient du curé avant la guerre, ne rataient plus la messe du dimanche. Et je me souviens de messes de minuit, à Noël, qui remplissaient les églises à craquer, malgré un froid intense et un chauffage absent faute de combustible. Pourtant, après que la France se soit vidée des troupes allemandes en 1945, les églises se vidèrent également, et retrouvèrent leur faible clientèle d’avant la guerre.
Le second phénomène, ce fut la formation de groupes de résistants, ça et là, qui se mirent à harceler l’ennemi de toutes les manières possibles. Ils faisaient sauter les voies ferrées, les trains, les ponts. Ils minaient aussi les routes, coupaient les poteaux électriques et les lignes qui desservaient les casernes et les installations allemandes.
Savez-vous comment les Allemands appelaient ces résistants français ? Et bien ils les appelaient des terroristes, et les fusillaient lorsqu’ils mettaient la main dessus.
Ce n’est pas là une parabole. C’est la stricte vérité. Mais beaucoup l’ont oublié… ou sont morts !
Ce que j’en conclus ? Et bien que les Arabes que l’on appelle terroristes sont tout simplement des résistants, et que, si on foutait définitivement la paix à ces nations-là, en les considérant comme on considère n’importe quelle autre nation sur la planète, et en en faisant surtout partir troupes et proconsuls, il n’y aurait probablement plus, très rapidement, de terroristes islamistes. Et l’Islam lui-même perdrait progressivement dans le même temps ses clients les plus intégristes, comme c’est arrivé à la chrétienté au cours du siècle dernier.
Finalement, quand on apprend l’histoire et qu’on sait en tirer des leçons, on devient plus sage et moins con.
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Publié par André Serra dans Géopolitique, Opinion, Politique, Religion, Réflexion, tags: guerre, Histoire, islamisme, moyen-orient, résistance, violence
[seconde partie d'un article qui en comprend trois ]
Petite histoire des oppressions de l’Islam :
Le monde musulman, qui s’étend du Maroc à l’Indonésie a été, et est toujours, l’objet d’agressions de toute nature de la part de l’Occident chrétien. En voici quelques phases exemplaires :
— Croisades entreprises par la papauté catholique et les monarques chrétiens en terre d’Islam du XIe au XIIIe siècles pour libérer Jérusalem, ravie il est vrai par les Turcs en 1078 aux Arabes Fatimides. Un royaume chrétien y fut même implanté pendant quelque temps.
— La Reconquista progressive de l’Espagne sur les Arabes. Il est vrai aussi que ceux-ci avaient eux-mêmes conquis la majeure partie de la péninsule Ibérique en 711, conquise antérieurement par des peuples Wisigoths venus d’Europe. La Reconquista, commencée en 718 s’acheva en 1492 avec la conquête de l’Andalousie par les rois catholiques. Bien que ce reflux puisse être considéré comme légitime, il n’en est pas moins considéré par les Arabes comme l’annexion d’un territoire leur ayant appartenu. Ils s’en souviennent encore.
— De 1830 à 1871, conquête progressive de l’Algérie par la France, jalonnée de massacres qui auraient fait environ un million de morts, en grande partie civils. En 1945, massacres de Sétif et de Guelma , à la suite d’émeutes nationalistes. D’après le gouvernement algérien, cette répression aurait fait 45.000 victimes.
— Tout le long du XIXème siècle, la Grande Bretagne, la France, l’Allemagne, le Portugal, l’Espagne et l’Italie se sont disputés et partagés l’ensemble de l’Afrique, assez largement musulmane avant leurs conquêtes successives. Les nations libres qui en sont issues après la seconde guerre mondiale sont aujourd’hui encore largement dépendantes de l’occident.
— À partir de la conclusion du traité du Bardo, le 12 mai 1881, la France établit progressivement un protectorat sur la Tunisie.
— Les Britanniques ont été les maîtres de l’Égypte depuis 1882. Pour contrer l’Empire ottoman, dans le cadre de la Première Guerre mondiale, ils imposent leur protectorat au pays le 19 décembre 1914. Ce ne sera qu’à la suite du coup d’état des officiers libres du 23 juillet 1952, que la République pourra être proclamée en 1953. Nasser en sera le second président, mais depuis, les Étasuniens dominent indirectement la politique du pays à travers une république de type dictatorial.
— En 1912, par le traité de Fez la France obtient du sultan un protectorat sur le Maroc.
— À l’issue de la première guerre mondiale [1914-1918], dépeçage de l’empire Ottoman. La Syrie, le Koweit et l’Irak sont placés sous protectorat britannique, le Liban sous protectorat français, et des monarques favorables aux occidentaux sont imposés à la tête des autres pays confisqués à l’ex-empire [Jordanie et Arabie séoudite].
— De 1945 à 1948, invasion terroriste de la Palestine par les juifs [Haganah, Irgoun et groupe Stern], suivie par l’annexion d’une partie importante d’un pays habité depuis des siècles par une population arabe, annexion suivie à son tour par l’expulsion pure et simple de 800.000 de ses habitants. Tout cela avec l’approbation tacite et dans l’indifférence totale des pays occidentaux. Problème non réglé depuis 60 ans, et donnant lieu à des hostilités endémiques.
— Depuis 1947, date de la partition de l’Inde et de la création du Pakistan, celui-ci a recueilli une forte proportion de la population musulmane habitant la partie du sous-continent restée indienne. Pendant le transfert de cette population, de nombreux massacres de musulmans ont été perpétrés par les Indiens sur leur passage. Or l’Inde, ancienne possession britannique, a toujours été considérée par l’Islam comme favorable à l’occident, et hostile à l’Islam.
— En 1951, le Premier ministre d’Iran, Mossadegh , nationalise l’Anglo-Iranian Oil Company. Le Royaume-Uni et les Etats-Unis le renversent alors au moyen de l’opération secrète Ajax, exécutée par la CIA, pour mettre un terme à sa politique nationaliste, consolider le pouvoir du Chah Mohammed Reza Pahlavi, et préserver les intérêts occidentaux dans l’exploitation des gisements pétrolifères iraniens.
La destitution de Mossadegh permit ainsi l’arrivée des Américains dans le grand jeu pétrolier du pays. Ainsi, en 1954, un consortium international composé de compagnies française, hollandaise, britannique et américaine est créé pour gérer la production pétrolière de l’Iran.
En 2000, Madeleine Albright, secrétaire d’état des É-U, reconnut l’implication de son pays dans l’opération Ajax, confirmant ainsi cette nouvelle intrusion violente de l’occident dans le monde islamique.
Cette énumération rapide ne fait pas mention de toutes les spoliations, frustrations et violations que toutes ces populations ont subi depuis la seconde moitié du XIXème siécle jusqu’à ce jour. Si tous ces évènements se sont généralement effacés de la mémoire des occidentaux, ils conditionnent encore aujourd’hui largement le comportement, souvent violent, des populations encore soumises, directement ou indirectement, à l’occident. Et c’est précisément le cas des Afghans, des Irakiens, des Palestiniens, et, de manière solidaire d’un point de vue musulman, des Syriens, des Iraniens et des Pakistanais, même lorsque leurs gouvernements semblent apparemment dociles aux sollicitations occidentales.
Alors, ces comportements violents sont-ils l’œuvre de terroristes, ou plus simplement de résistants luttant contre une oppression pluri-séculaire ?
[fin de la seconde partie – suite et fin demain]
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Publié par André Serra dans Géopolitique, Opinion, Politique, Religion, Réflexion, tags: guerre, Histoire, islamisme, moyen-orient, résistance, violence
[article composé de trois parties ]
Dans son article du Devoir paru le 29 décembre 2007, René Girard réinterprète Clausewitz. Il écrit : « Il y a une espèce de continuité dans l’ascension vers les extrêmes », et plus loin : « Nous sommes passés des guerres nationales au terrorisme. C’est la fin de toute ritualisation de la guerre, c’est la violence généralisée ». Il établit aussi une relation entre la violence du terrorisme et celle que l’on peut constater dans l’environnement : « l’augmentation de la population mondiale, le réchauffement planétaire… Tout ce qui menace l’humanité aujourd’hui peut être vu comme une conséquence de cette montée aux extrêmes. »
À une question qui lui est posée par Le Devoir, il répond que son sentiment est qu’il existe un rapport évident entre cette montée aux extrêmes et les textes apocalyptiques de la bible. Enfin, il explique : « Or les textes apocalyptiques nous paraissaient ridicules, farfelus, insignifiants, précisément parce qu’ils mélangent souvent la nature avec les activités humaines ».
En ce qui concerne les menaces qui pèsent sur l’humanité, il me semble tout à fait visible que les activités humaines s’accroissent en puissance à mesure que les connaissances scientifiques de l’Homme s’accroissent elles-mêmes, et qu’une violence peut naturellement s’en dégager si leur utilisation n’est pas contrôlée au niveau politique de la société, et dans un cadre mondial. Il n’est donc pas nécessaire pour autant de se référer à de vieux écrits dont la véracité est du niveau de ceux de Nostradamus.
D’autre part, l’idée de séparer ontologiquement les activités humaines d’avec la nature, sous-jacente à la dernière citation de René Girard, relève d’une position religieuse dérivée de l’influence d’Aristote, et est bien difficile à soutenir aujourd’hui. En effet, comment pouvoir apporter la moindre preuve de ce que les activités humaines ne se développeraient pas avec et à l’intérieur de la nature. Notre expérience concrète de chaque jour porte plutôt à croire le contraire, et raisonner ainsi sur une base purement théologique ne peut conduire l’humanité qu’à l’obscurcissement de la réalité, pour ne pas dire, plus nettement, à un obscurantisme réactionnaire.
Les dictionnaires nous disent de l’extrémisme: « Tendance à recourir à des moyens extrêmes, violents, dans la lutte politique » (Larousse). J’ajouterais à cette définition, pour ma part, que l’extrémisme consiste à poursuivre une action, de quelque ordre elle soit, d’une manière qui semble ne conduire à rien de constructif dans la sphère politique, y compris pour celui qui entreprend cette action. Encore avons-nous vécu quelques exceptions notables, dont un exemple fut le terrorisme juif en Palestine avant la création d’Israël. Il faut cependant noter que la situation politique en cet endroit du globe n’est toujours pas normalisée au moment où l’on parle.
Mais, revenons à l’extrémisme. Il convient d’abord de s’entendre sur ce que l’on doit entendre par extrême et extrémisme. Sans ce préalable, on est conduit à parler dans le vide, ou à travers son chapeau.
Comme rien ne peut laisser supposer qu’un extrémiste soit nécessairement un être dérangé, il faut éviter d’interpréter ses actions comme des gestes de fou. Pour accéder à une compréhension utile de son comportement, il convient alors d’aller chercher une voie indirecte pour y parvenir.
Si les actions extrémistes sont condamnées à l’inutilité, c’est donc qu’elles ne sont pas conçues pour être directement utiles. Que peuvent-elles alors viser d’autre qu’émettre ainsi des signaux de malaise, de mal-être ? De même qu’un enfant recommence parfois à inonder son lit lorsqu’un nouveau petit frère lui est né, dans l’espoir d’attirer par ce geste l’attention de ses parents sur son désarroi, l’extrémiste signale au monde sa difficulté d’être par la violence. Et la violence physique n’en constitue qu’un cas particulier : un homme trompé qui tue sa femme par jalousie, un enfant traqué ou frustré qui tire sur ses camarades pour se venger.
L’extrémiste dissimule généralement sa violence sous une couverture idéologique à laquelle il ne croit pas vraiment, mais qui lui est nécessaire pour justifier son comportement, d’abord à lui-même, afin de rétablir en lui un équilibre socio psychologique perturbé par des causes dont la véritable réalité ne lui est pas toujours pleinement consciente.
Il s’agit donc du syndrome de ce que j’appellerais « la fuite en avant ». Pour le traiter, il faut en découvrir les causes, et cesser de lui opposer des méthodes inutilement répressives, inefficaces, voire nuisibles. Ces causes sont probablement multiples, et je ne prétendrais pas en avoir les clés. Je me contenterai donc d’explorer une seule direction d’analyse. Je crois que les causes d’une fuite en avant, qu’on l’affuble ou non du terme de terrorisme, sont principalement d’ordre émotionnel.
Une fuite en avant n’est pas seulement le fait d’individus. Des pays peuvent également en être les victimes… ou les « promoteurs », pour des raisons totalement analogues à celles que j’ai évoquées. Je citerais le cas de l’explosion du croiseur étasunien Maine dans la rade de La Havane le 15 février 1898. La presse étasunienne s’empara alors immédiatement de l’événement, entama une campagne de désinformation contre l’Espagne (Cuba en était alors une colonie), qu’elle accusa de barbarie et même d’anthropophagie. La population des Etats-Unis cria vengeance, et deux mois plus tard le président William McKinley déclarait la guerre à Madrid. Les Etats-Unis s’emparèrent alors de toutes les colonies espagnoles des Caraïbes, y ajoutant les Philippines, et raflant au passage les Iles Hawaï qui n’avaient rien à voir avec les Espagnols.
(http://www.herodote.net/histoire/evenement.php?jour=18980215)
Treize ans plus tard, en 1911, une commission d’enquête conclut que le croiseur avait coulé suite à une explosion accidentelle dans la salle des machines. Et il y a quelques années, on apprit que c’était le gouvernement étasunien qui avait organisé ce naufrage pour pouvoir entraîner le Congrès et sa population dans une guerre contre l’Espagne. Sans cette provocation, jamais le peuple des Etats-Unis en effet, n’aurait accepté d’entrer dans un tel conflit. Grâce à ce complot, les Etats-Unis avaient pu prendre la place de l’Espagne comme nation colonisatrice.
Quelle superbe fuite en avant !
L’affaire du 11 septembre 2001 serait-elle un remake de la provocation du Maine ? À en juger par l’invasion du Moyen-Orient par les Etats-Unis qui s’ensuivit, on serait porté à se poser la question. Dans quelques dizaines d’années, on sera sans doute fixé.
L’actualité récente nous a permis d’assister à la naissance d’une nouvelle sorte de fuite en avant. Celle de ceux que l’on appelle, selon les dispositions d’esprit de celui qui parle, des terroristes ou des islamistes, et qui répandent tant de violence par les temps qui courent.
Si je reste cohérent avec les prémisses des fuites en avant que j’avançais tout à l’heure, il me reste à découvrir les raisons émotionnelles de celle-ci. De quelles frustrations, terroristes ou islamistes cherchent-ils donc la compensation ?
Mon hypothèse de recherche est simple, mais me semble logique : on ne peut trouver les raisons émotionnelles de cette violence que dans l’histoire de ces gens-là. C’est pour moi une évidence. Et il n’est pas nécessaire de fouiller très loin pour les mettre à jour !
[fin de la première partie – seconde partie demain]
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