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Posts Tagged “finance”

L’économie mondiale est atteinte de thrombose monétaire !

En termes financiers, cela signifie que le monde croule sous les liquidités issues des plans de relance de tous les pays atteints par la crise des subprimes.

Faisons une parabole de ce qui est en train de se passer : plantez une plante dans une plaque de béton, si vous pouvez. Ensuite arrosez la abondamment jusqu’à ce qu’elle se mette à pousser. Si elle pousse, vous avez de la chance, sinon votre plante va mourir. Manifestement, la méthode employée n’était pas la bonne.

Pourtant, il ne se passe pas autre chose dans les économies occidentales atteintes par la crise et qui n’en sont pas encore sorties, malgré la propagande qui prétend que la crise est derrière elles. Or, on ne pourra dire que la crise est passée que :

- lorsque le taux de croissance aura dépassé 1,5%, après que les aides directes, telles que primes à la casse et au logement auront été supprimées depuis au moins trois mois,

- lorsqu’une hausse légère du taux d’intérêt pourra être supporté par l’économie sans que la crise reprenne.

Avant cela, nous serons toujours en crise. Les États-Unis et l’Europe sont donc toujours en panne quelque soient les petits indices d’amélioration qui se manifestent ça et là, mais qui ne sont pas stables dans le temps. La Chine, ses amis du BRIC [Brésil, Russie, Inde, Chine] et quelques autres ont d’ores et déjà dépassé ce test. C’est ainsi que l’Australie a pu augmenter à deux reprises son taux d’intérêt en le portant à 3,75%. Mais il est vrai que c’était surtout pour calmer l’emballement de son économie, essentiellement basée sur le commerce des matières premières.

Voyons comment ça se passe aux É-U par une autre parabole :

Si vous versez du café à côté de la tasse destinée à le recevoir, celle-ci ne se remplira pas, mais la nappe qui la supporte en sera largement imbibée : le café, ce sont les dollars, la tasse est l’économie et la nappe, le secteur financier de l’économie. On en est là ! Après son sauvetage le secteur financier put emprunter à la Fed des sommes considérables à 0% ou presque, et les plaça dans des actifs extérieurs au pays, parce qu’ils y sont plus rentables qu’aux É-U. Mais surtout, ses opérateurs recommencèrent les activités de “carry trade” qu’ils avaient dû abandonner au début de la crise faute de capitaux. Pendant ce temps le reste de l’économie fut privé de crédit, à l’exception notable du secteur de l’automobile.

D’un autre côté, les classes les plus riches du pays n’ont jamais été aussi riches et continuent de s’enrichir, en particulier parce que depuis l’époque Bush leurs impôts ont été considérablement réduits, et que de ce fait, leur épargne est devenue colossale. Elles disposent donc de liquidités démesurées. Qu’en faire ?

Contrairement au secteur financier, ces classes n’ont pas besoin d’argent. Elles croulent sous leurs ors, mais ce n’est pas une raison pour les laisser dormir. Elles les utilisent pour acheter des actifs négociables. D’abord en bourse, actions et matières premières, mais aussi dans l’immobilier de luxe. Elles ont donc ainsi puissamment aidé à ce que la bourse se rétablisse, même si la plupart des valeurs y sont surévaluées. Mais elles ne peuvent guère aller plus loin. Compte tenu de la situation économique, cela commencerait à être dangereux. Par contre, l’immobilier de luxe est intéressant. Son marché est plus étroit et bien contrôlé. Il ne s’agit d’ailleurs pas pour eux de construire. C’est beaucoup trop long avant de rapporter. Elles préfèrent guetter les occasions, et les revendre rapidement. Il n’en manque pas et il suffit de bien choisir.

En résumé, malgré les sollicitations pressantes du gouvernement, les banques ne prêtent pas aux entreprises, et encore moins aux particuliers, tellement elles ont peur de courir des risques. Et puis elles gagnent tellement plus en échangeant des dollars presque gratuits contre des devises étrangères qui rapportent. Tant pis si elles fossilisent leur pays !

***

Quant aux particuliers, la plupart de ceux qui ne sont pas encore chômeurs sont endettés jusqu’à l’os. Alors ils ont revu leur budget, et remboursent leurs dettes autant qu’ils le peuvent. C’est pour cela que leur taux d’épargne, négatif à -3% en décembre 2007, est passé à près de +7% en octobre 2009. Donc, pas question pour ceux-là de s’endetter à nouveau. Bien sûr ce taux est un taux moyen, d’autres épargnent beaucoup plus, mais bien plus encore ne sont même pas capables de faire face à leurs propres échéances. Sans parler de ceux qui doivent abandonner leur maison aux mains de leur banquier, car le rythme des saisies ne dérougit toujours pas. Il y a encore beaucoup de contrats “subprimes” à venir, ceux que les propriétaires ont réussi à honorer jusqu’ici, mais qu’ils doivent à présent abandonner parce qu’ils sont arrivés aux limites de leurs moyens.

Je ne parle évidemment pas des chômeurs. Leur taux dans la population est passé de 10,2 à 10,1% en un mois. Quelle victoire pour le gouvernement ! Mais celui-ci se garde bien de publier le nombre de ceux qui sont sortis de leur droit à être indemnisés, ni de ceux qui ont abandonné toute recherche d’emploi, ou qui travaillent seulement quelques heures par ci, par là. En les compilant, on arrive à un taux de sous emploi très proche de 20%.

***

Pendant ce temps-là, les dollars généreusement imprimés par la Fed se répandent sur la planète grâce à l’astuce du “carry trade”. C’est autant de dollars qui sortent du circuit monétaire officiel. Ils vont gonfler les poches de tous ceux, États et particuliers, qui croient en la résurrection du dollar et de son économie. “Trop gros pour faillir“, dit la rumeur publique. Comme le WTC probablement.

Les É-U ont donc ainsi marchandisé leur monnaie. Celle-ci perd peu à peu son rôle de vecteur d’échange pour devenir simple objet de commerce. Mais qu’à cela ne tienne, c’est facile à fabriquer.

Cependant, à imprimer tant et tant de coupures du fameux dollar, celui-ci perdra nécessairement sa valeur à long terme. C’est une autre façon de créer de l’inflation sans que les prix augmentent. Malin n’est-ce pas ! On craignait que toutes ces vaines dépenses allaient créer de l’inflation ! Que nenni ! On file des dollars qui ne valent plus grand chose aux étrangers contre la meilleure monnaie de ceux-ci, lesquels viennent ensuite les échanger à leur tour sur les bourses de New York et de Chicago, faisant ainsi monter les cours des actions et de certaines matières premières. Vous voyez bien que les É-U sont sortis de la crise puisque le cours des actions monte, apportant ainsi un peu de gras au dollar. Malin, non, cette stratégie-là ?

Pas exactement. Déjà la bourse retombe, mais le dollar grimpe contre l’euro, affecté par les difficultés financières de la Grèce, de l’Espagne et du Portugal. Nous en sommes cependant sans doute à la dernière étape, avant qu’une véritable crise monétaire n’éclate au détriment du dollar.

Nouvelle du jour : Une mise en garde est à faire, pour terminer, en ce qui concerne la croissance du 4ème trimestre 2009 des É-U, annoncée provisoirement à +5,7% en rythme annuel par le département du commerce, ce vendredi.

L’analyse de sa structure montre que 3,39 de ce taux est dû à un surstockage des entreprises, qui sera très probablement corrigé à la baisse dans le résultat définitif publié fin mars.

En effet, si on se limite aux ventes finales, celles-ci ne progressent que de 2,2%, soit au même taux qu’au troisième trimestre, toujours en rythme annuel. La majorité des économistes et la banque centrale s’accordent cependant pour prévoir une croissance lente en 2010.

Ce serait déjà ça !

André Serra

http://andreserra.blogauteurs.net/blog/

http://cybercanard.com

Cet article répond aux règles de la nouvelle orthographe

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En pleine crise financière, le président Sarkozy proposa le mercredi 15 octobre au 27 membres de l’Union Européenne réunis à Bruxelles, de créer « un nouveau Bretton woods » et pour cela, de réunir « un sommet international avant la fin de l’année, à New York, là ou tout a commencé », après avoir déclaré : « L’Europe ne laissera pas cette crise sans conséquence » .
Au nom de l’UE, accompagné de M. Barroso, Président de la Commission européenne, soutenu par la chancelière allemande Angela Merkel et le Premier ministre britannique Gordon Brown, et au nom des 27 chefs d’État de l’Union, le président Sarkozy rencontre demain 18 octobre le président Bush pour le convaincre d’accepter un sommet mondial réunissant les membres du G20, comprenant, outre ceux du G7, les principaux pays émergents, l’UE, l’Argentine, l’Australie, le Brésil, la Chine, l’Inde, l’Indonésie, le Mexique, la Russie, l’Arabie Saoudite, l’Afrique du Sud, la Corée du Sud et la Turquie, ainsi que le nouveau Président des É-U, fraîchement élu. Cette rencontre aura lieu le 15 novembre à Washington.

L’objet de ce sommet est de dégager un consensus mondial sur une nouvelle organisation du monde financier, destinée à remplacer celle des accords de Bretton woods de 1944, car son obsolescence est devenue manifeste dès l’origine de l’énorme crise dans laquelle nous ont plongés l’impéritie des marchés financiers étasuniens et les tribulations du dollar.

En effet, bien que le 8 janvier 1976, les Accords de Kingston (Jamaïque) aient officiellement confirmé l’abandon du rôle légal international de l’or, la position hégémonique du dollar a perduré par habitude, ce dernier restant la référence obligée des transactions internationales et des statistiques mondiales. Il n’y avait pourtant plus de système monétaire international organisé depuis cette date. Aucun accord international n’exige donc plus depuis longtemps que le dollar soit utilisé à tout bout de champs. On peut parfaitement s’en passer. C’est d’ailleurs ce que font des entreprises de plus en plus nombreuses, en convenant entre elles de commercer sur la base de telle ou telle autre devise, ce qui présente l’avantage d’échapper à l’instabilité constante du dollar.
Dans un éblouissant discours prononcé la veille, le vendredi 17, à la tribune de l’Assemblée Nationale du Québec, dans la capitale de cette province francophone du Canada, Nicolas Sarkozy a énoncé avec force et conviction la volonté de l’Europe de changer les choses, et de réformer la structure financière de la planète, pour que plus jamais celle-ci ne soit confrontée au tsunami qui la balaie depuis plusieurs semaines.
En l’écoutant, on pouvait aisément se faire une idée de la force avec laquelle il affirmera la conviction de l’Europe devant le président sortant des É-U. En choisissant de proposer un tel sommet peu de temps avant le départ de Bush, et peu de temps après l’élection de son successeur, il place à l’avance ses futurs interlocuteurs dans une position de faiblesse, dans la mesure où ils ne pourraient qu’entrer en contradiction l’un avec l’autre, ou alors, pour éviter une telle situation, se neutraliser l’un l’autre.
Avant d’examiner les grandes lignes de ce qui pourrait résulter de ce sommet mondial, je crois intéressant de présenter un court extrait d’un article que j’ai publié le 5 décembre 2007, qui rappelait ce qu’étaient les accords de Bretton Woods, et les conséquences géopolitiques qui en étaient résulté, et préfiguraient déjà l’issue à laquelle la conjoncture de l’époque conduirait :
« …, depuis les accords de Bretton woods signés en juillet 1944 au lendemain de la seconde guerre mondiale, par 44 États réunis dans le cadre de la conférence monétaire et financière des Nations Unies, pour résoudre les problèmes monétaires stagnant depuis 1929, mais considérablement aggravés par les destructions de la guerre, le dollar a régné continûment pendant les 63 années qui se sont écoulées depuis lors, sur les paiements internationaux. »
« Cette solution se justifiait pleinement en 1944, étant donné le complet dénuement économique des belligérants, à l’exception des États-Unis. Mais ces accords n’avaient pas été prévus pour une période aussi longue et aucune clause de révision n’y avait été insérée. »
« Le dollar était ainsi devenu la monnaie du monde, puisque toutes les autres reçurent une valeur en référence exclusive à lui, et que les ajustements entre elles et le dollar se firent alors par des dévalorisations et des revalorisations par rapport à lui également, et non plus par rapport à l’or comme c’était le cas avant la guerre. Par contre, de son côté, le dollar tenait sa propre valeur de l’or, puisque l’once de celui-ci avait reçu la valeur fixe de 35 $. »
« À partir de là, les États-Unis pouvaient émettre autant de dollars qu’il leur plaisait, sans en éprouver aucune gène économique. Leurs déficits pouvaient alors être comblés librement, sans pour autant recourir à l’impôt, ce qui était cependant la seule méthode pour tous les autres pays. On peut dire que le monde a donc été mis en coupe réglée par les États-Unis pendant toute cette longue période. Incroyable exploitation ! »
« Le statut de ce grand pays et la reconnaissance que l’Europe lui portait pour la libération du fascisme hitlérien qu’il avait réussi, lui autorisait des débordements que personne n’osait pointer du doigt. À l’exception cependant notable du général de Gaulle, qui décida de se faire rembourser systématiquement en or les dollars gagnés par la France, ce que permettaient les accords de Bretton Woods. »
« Mais si les abus financiers des É-U étaient passivement subis par le monde entier, ils finirent par avoir des conséquences néga¬tives sur leur propre pays. Dotés de poches aux dimensions indéfinies, ils se lancèrent dans toutes sortes de programmes sociaux, scientifiques et militaires, comme «aller dans la Lune» ou «guerroyer au Vietnam», l’un sans autre intérêt immédiat que celui de se pavaner sur les écrans de télévision, et l’autre en croyant qu’une armée de bourgeois bien nourris pourrait avoir raison d’un peuple qui se contentait d’une boule de riz par jour. Ce qui ne les a d’ailleurs pas empêchés de chercher à se faire botter le train une seconde fois en Irak. »
« Toujours est-il que le dollar s’usait sous ces épreuves. Les banques centrales du reste du monde commençaient à troquer leurs dollars contre l’or de Fort Knox, et la valeur réelle de cette malheureuse monnaie correspondait de moins en moins à une once d’or pour 35 $. Peu à peu Fort Knox se vidait, et, pour éviter une banqueroute, Nixon libéra le dollar de son assujettissement à l’or en août 1971, et lui permit de flotter sur les marchés des changes comme une vulgaire matière première. »
« Le dollar avait perdu sa référence hégémonique, mais la force de l’habitude prise par les autres nations de le considérer comme l’arbitre de l’économie mondiale, fit qu’il continua d’être considéré comme la référence monétaire pour toutes les transactions inter¬nationales, et notamment pour les matières premières et bien sûr pour le pétrole, et que l’endettement des É-U continua de prospérer sans retenue. »
« Mais, tant va la cruche à l’eau qu’à la longue elle se casse. Et c’est ce qui est en train de se passer. Jamais plus le dollar ne remon¬tera à sa valeur passée, et continuera au contraire à chuter d’année en année. Son chemin est en effet bordé de deux insondables précipices, et c’est son taux d’intérêt qui va précipiter sa chute dans l’un ou dans l’autre. Si la FED [Federal reserve : banque centrale des É-U] baisse son taux d’intérêt, le pays entrera dans une période d’inflation galopante qui lui garantira une crise sociale peut-être supérieure à celle de 1929, et s’il l’augmente, c’est dans une période de déflation qu’il entrera, associée à un tout autre type de crise sociale, à base de chômage généralisé.
»
http://andreserra.blogauteurs.net/blog/2007/12/05/dollar-et-euro-quand-le-second-remplacera-t-il-le-premier/
***
Ce sommet ne pourra, me semble-t-il, que faire apparaître en pleine lumière l’absolue nécessité d’enlever au dollar, c’est-à-dire aux États-Unis, le rôle de référence unique dans le traitement des échanges internationaux, comme d’ailleurs dans l’établissement des statistiques mondiales, les uns et les autres étant rendus erratiques par les fluctuations de cette devise, devenue incontrôlable.
Ce qui pouvait sembler relativement pragmatique à l’issue de la seconde guerre mondiale, puis difficilement acceptable une fois rétablies les économies des anciens belligérants, hors de propos à partir de 1972 quand le président Nixon détacha le dollar de l’or, et enfin irrationnel lorsque l’économie des É-U se mit à tanguer de façon aléatoire, notamment à partir de la crise de 1987, est devenu complètement incohérent et particulièrement dangereux dès lors que l’on mit en place une mondialisation des échanges, avec l’établissement de l’OMC en remplacement du GATT, le 1er janvier 1995. Ce qui vient de se passer dans le monde financier planétaire était donc prévisible dès cette date, mais personne n’a eu le courage de dire que le roi dollar était brusquement devenu impuissant (ou nu).
Faut-il utiliser une devise existante pour remplacer le dollar ? On parle souvent de l’euro, et j’ai moi-même pensé pendant un moment (et je l’ai même écrit), que la stratégie suivie par Jean-Claude Trichet pourrait trahir une ambition de cette sorte. Mais il m’est vite apparu depuis, qu’aucune devise rattachée à un État particulier ne pourrait jouer le rôle dans lequel le dollar a échoué, pour des raisons évidentes, car comme lui, elle conduirait un jour ou l’autre aux mêmes difficultés planétaires.
Dans ces conditions, seule une devise artificielle, déterminée selon une formule associant un nombre significatif de devises réelles et des paramètres liés au volume et à la structure du commerce international, serait susceptible de faire l’affaire. La gestion d’une telle devise ne pourrait qu’être assumée par une Banque Centrale Mondiale, contrôlée par un Conseil aussi représentatif que possible des intérêts de l’ensemble des Nations composant la planète.
Mais cela, c’est une autre histoire …
En guise de conclusion, je me contenterai de rappeler celle qui terminait mon texte prémonitoire du 5 décembre 2007 :
« Alors, mon avis est que l’idée va bientôt naître de revenir à Bretton Woods pour une nouvelle «conférence monétaire et financière des Nations Unies», où les É-U se présenteront cette fois la queue entre les jambes. Mais, en dépit du titre que j’ai donné à mon article, je ne pense pas qu’une autre devise remplacera le dollar. Je crois plutôt que, pour un monde devenu multipolaire, on créera une devise neutre, sous la forme d’un panier des principales devises du monde que l’on réajustera, disons tous les quatre ans. »

@ André Serra http://andreserra.blogauteurs.net/blog/

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