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Publié par André Serra dans Etats-Unis, Europe, Géopolitique, chine, Économie, tags: chine, crise, dette, dollar, euro, monnaie, rigueur, Sarkozy, yuan
Nous sommes sans doute à la veille d’évènements économiques considérables.
Le changement brutal de la politique de change monétaire de la Chine le laisse présager. En effet, jusqu’ici le gouvernement chinois refusait énergiquement de modifier sa politique de change qui, depuis 2008, consistait à maintenir une stricte constance du taux de conversion entre le renminbi (ou yuan) et le dollar. Il estimait que ce taux correspondait à une valeur correcte des deux monnaies, l’une par rappport à l’autre.
Personne, économiste ou institution, n’a d’ailleurs pu prouver le contraire. Je pense en effet que cela est strictement impossible d’un point de vue économique, et le déficit commercial abyssal que présentent les É-U à l’égard de la Chine ne constitue pas une preuve en soi de ce déséquilibre. On pourrait tout aussi bien prétendre que ce déficit résulte de la politique d’un dollar fort, entretenu artificiellement fort par les autorités étasuniennes, et que sa valeur ne reflète plus le poids réel de l’économie du pays, très largement exagérée par une opinion un peu trop traditionnelle.
Je me contenterai d’observer que les cambistes étasuniens ont la main haute sur la fixation des taux de change monétaires, et qu’ils sont fortement inspirés par les instances monétaires du pays. Ce phénomène emphatique est d’ailleurs analogue à celui des agences de notation, exclusivement étasuniennes, dont on a remarqué l’influence abusive tout au long de la récente crise financière grecque.
Mais avant de supputer les résultats de ce nouvel affrontement monétaire, considérons d’abord les stratégies de sortie de crise des deux blocs occidentaux, celle des É-U puis celle de l’UE. Elles sont diamétralement opposées.
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La stratégie étasunienne
Les É-U ont opté pour un retour forcé à la situation économique prévalant avant la crise, c’est-à-dire pour une accélération de la consommation appuyée sur des taux d’intérêt pratiquement nuls, et une injection continue de liquidité dans le système bancaire, ces deux éléments devant, dans leur esprit, inciter les consommateurs étasuniens à revenir à l’endettement “as usual”. Tous les économistes soulignent l’ampleur du risque que présente cette stratégie, notamment en terme d’inflation.
Cette politique aurait des chances de réussite si elle pouvait effectivement susciter un dynamisme consommateur au sein de la population. Mais ce raisonnement est erroné.
Comme l’a montré avec aisance J. K. Galbraith dans son petit ouvrage sur “ Les mensonges de l’économie ” publié en 2004 chez Grasset, il n’y a pas de relation directe entre les variations du taux d’intérêt et celle de la consommation, contrairement à une théorie convaincante, mais sans réalité rationnelle. Elle n’est en fait qu’une croyance simpliste. Lorsqu’une entreprise emprunte, c’est parce qu’elle juge que l’argent emprunté va lui permettre de gagner de l’argent, et non parce que les taux d’intérêt sont bas. Il en est bien sûr de même pour les particuliers, lesquels peuvent aussi bien emprunter parce qu’ils craignent que les taux vont monter, que s’en abstenir parce qu’ils pensent que les taux vont encore baisser.
Ce type d’erreur est courant en économie, car cette discipline s’est muée depuis quelques dizaines d’années en une discipline mathématisée et rationalisée, alors que la matière économique est beaucoup plus riche d’éléments psychologiques et sociologiques que d’éléments rationnels. Depuis cette stupide évolution, l’économie a perdu sa fiabilité.
La politique de ” retour à la case départ ” a donc toutes les chances d’échouer. D’ailleurs les dernières informations du terrain nous indique la proximité imminente de l’échec. Dans les derniers mois de 2007, les consommateurs dépensaient en moyenne 2,5% de plus que leur revenu. Dès 2008, ils ont commencé à épargner pour payer leurs dettes, totalement paniqués à la pensée de connaître le sort des acheteurs de maisons à subprimes : saisies et expulsions.
Depuis un an, les consommateurs étasuniens se sont mis à épargner en moyenne 6 à 7% de leur revenu, bien que celui-ci se soit rétréci au fil des mois. Et pourtant les taux d’intérêt ne peuvent descendre davantage.
Cette politique d’abondance de liquidités ne va donc pas permettre aux É-U de sortir de la crise. Il va leur falloir trouver autre chose. “ On ne peut faire boire un âne qui n’a pas soif ”. C’est bien connu.
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Dans le fatras d’indicateurs que nous a amené la fin de la semaine passée, il en est un qui ne semble pas avoir retenu l’attention des économistes, et qui pourrait pourtant éclairer la suite des évènements de manière plus précise encore que les indicateurs sur l’emploi, la consommation, la construction immobilière et la balance commerciale des É-U.
Il s’agit de la hausse des investissements. Au second trimestre 2010, L’investissement des entreprises étasuniennes dans les biens d’équipements a augmenté de 21,9%, un record de 14 ans.
Or la consommation est en baisse aux É-U, et la production stagnante. Il est donc difficile de croire que les entreprises anticipent une augmentation future de leur production par des investissements productifs. Alors ?
Alors, ces investissements massifs ne peuvent se justifier que par le désir d’accroitre, non la production, mais la productivité. En effet, lorsque la consommation et donc la production décroit, le marché voit ses dimensions se réduire et attise une concurrence qui s’applique notamment sur les prix. Et qui dit baisse de prix dit également baisse de coût, et notamment baisse des frais de personnel, soit par une baisse des salaires, soit par une baisse des effectifs.
Déjà les entreprises ont, depuis deux ans, obtenu des sacrifices notables de la part de leur personnel. Mais mon sentiment est que ces investissements cachent une stratégie des entreprises dirigée vers des diminutions encore plus importantes de leurs effectifs dans les quelques mois qui viennent, le temps de mettre en place les matériels acquis. Disons à partir de septembre.
Nous allons sans doute assister à une nouvelle grande vague de licenciements d’ici la fin de l’année, suite à la mise en place d’une robotisation importante. Si mon pronostic se matérialise, nous allonc donc assister à la reprise de la progression du chômage. Si c’est le cas, on peut s’attendre à une nouvelle plongée de la consommation et un retour de la récession.
Nous sommes donc assez loin d’une sortie de crise par la consommation.
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La stratégie européenne
Pendant ce temps-là, les pays européens testent une autre solution pour sortir de la crise.
Moins dynamiquement, mais sans doute plut pragmatiquement, les pays de l’Union européenne ont entrepris sagement de payer leurs dettes. Pour le moment, ils réduisent drastiquement leurs dépenses budgétaires, derrière la Grèce, qui a bien failli trépasser sous un dette monstrueuse.
Suivant en cela la détermination allemande, mais fort loin des illusions cultivées de l’autre côté de l’Atlantique, l’Europe choisit donc de mordre sur sa chique plutôt que de poursuivre une politique d’expansion monétaire qui la conduirait tout droit vers une situation financière analogue à celle de l’Allemagne de Weimar en 1923.
C’est une politique fort courageuse, mais elle entrainera mécaniquement beaucoup de sacrifices dans la population. Les revenus diminuant, la consommation diminuera également, car des restrictions de crédit interviendront. Il en résultera des pertes d’emplois dans les entreprises, s’ajoutant à la réduction des emplois de fonctionnaires.
Si cette situation n’est pas contrôlée avec rigueur, il est possible que la chute de l’économie européenne dans une dangereuse déflation, en réaction à la diminution du pouvoir d’achat des familles, pourrait se produire et perdurer longtemps. Le comportement de la population jouera un très grand rôle. Si dans son ensemble elle se résout à l’effort, tout devrait bien se passer. Si c’est le contraire, l’éclatement d’importantes crises sociales est vraisemblable dans certains pays.
Il est en effet à craindre qu’une telle conjoncture puisse dériver vers une sévère crise de l’emploi. Or, il faudrait à tout prix pouvoir sauvegarder ce dernier afin de préserver la possibilité de retrouver la croissance, après la période qui s’écoulera nécessairement avant qu’une situation financière saine puisse être rétablie.
Cet effort devant être soutenu par la plupart des pays composant l’Union européenne, il risque de déboucher sur des difficultés de cohésion des actions. Le renforcement des pouvoirs et de l’autorité du président de l’Union ( Van Rompuy ) ainsi que de la BCE devrait être envisagé.
Ce qui me fait craindre des difficultés sur ce dernier point est la réaction négative de Londres, Paris et Berlin, à la récente proposition du Commissaire européen au Budget, le Polonais Janusz Lewandowski, d’envisager la création d’un impôt européen. Le produit de cet impôt ( à prélever sur des produits à définir, essence, transactions financières, etc… ) serait à déduire des contributions nationales directes au budget de la Commission de Bruxelles, et n’augmenterait donc pas les prélèvements fiscaux globaux. Ce premier impôt européen s’appliquerait à l’ensemble de la communauté sous l’autorité de l’Assemblée européenne de Strasbourg, pour financer le budget de la Commission de Bruxelles.
Le rejet de ce projet par les trois principales capitales de l’Union s’explique par leur refus de transférer à L’UE la moindre parcelle de la souveraineté des États composant l’Union. On est donc fort loin du consensus nécessaire pour sortir de la crise.
Au moment de la crise grecque, on avait d’ailleurs déjà pu percevoir la mauvaise volonté des membres de l’Union à pratiquer une politique de solidarité.
Le “ chacun pour soi ” va-t-il encore prévaloir cette fois-ci ?
On dirait qu’on est fort loin d’une véritable Europe, puissante et solidaire. Quel lamentable manque de discernement !
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La problématique du yuan
Les autorités chinoises, après plusieurs journées de pression de la part des É-U et d’autres pays occidentaux pour que leur gouvernement relève le taux de change yuan / dollar, annoncèrent le 21 juin 2010 que ce taux serait progressivement assoupli, en fonction cependant de l’évolution de l’économie chinoise. Cette annonce a été faite à la veille du G20, de telle sorte que les membres de cette réunion se gardèrent bien de soulever la question.
Or, entre le 21 juin et le 16 août, soit près de deux mois après c ette annonce, le $ n’avait perdu que 0,05% par rapport au YUAN, soit une revalorisation parfaitement négligeable. Cette perte était montée au maximum à 0,63$ le 9 août, à peine plus que le 16. Le tableau ci-contre montre cependant une diminution sensible de la valeur du dollar par rapport aux autres principales devises.
Pour juin, de mauvais indicateurs du commerce extérieur des É-U annoncèrent un déficit commercial de 49,90 milliards de $ contre 41,98 en mai, soit une augmentation de 18,9% d’un mois sur l’autre. Le problème du taux de change du yuan en $ va donc inévitablement se reposer, mais en des termes quelque peu différents qu’à fin juin.
En effet, le surplus de la balance des paiements courants de la Chine est passé de 11% du PIB en 2007 à 6,1% en 2009, en raison notamment de fortes réévaluations des salaires au cours des dernières années, augmentant ainsi régulièrement les coûts des produits qu’elle exporte. Il en résulte que si le yuan pouvait sembler faible il y a encore quelques années, c’est de moins en moins le cas. Et, comme il est dans l’intention du gouvernement de continuer à relever progressivement les salaires chinois compte tenu de l’augmentation spectaculaire de ses exportations, il devient de moins en moins nécessaire pour lui de modifier le taux de change de sa devise.
En effet, l’excédent commercial chinois de juillet a été le plus élevé depuis 18 mois. C’est dire que la Chine a dépassé la crise depuis longtemps, la croissance de son PIB semblant parti pour retrouver cette année son taux de 12 à 13 % d’avant la crise. Ses exportations ont progressé de 38,1% par rapport à 2009, avec une forte augmentation vers les É-U et l’UE.
Par contre ses importations ont ralenti à une croissance de 22,7% en juillet, contre 34,1% en juin. C’est déjà très beau ! Il faut rappeler que des mesures bancaires ont été prises au cours de ces derniers mois pour éviter le surstockage, étant donné un emballement injustifié des prix. Cette diminution correspond donc sans doute à un début de déstockage. Pendant les trois mois de crise traversés par la Chine, les achats de matières premières s’étaient en effet accélérés pour profiter du fléchissement des prix intervenu pendant cette période.
De tout cela il résulte que l’opinion des économistes occidentaux et notamment de ceux du département du Commmerce des É-U devraient évoluer vers des prétentions moins excessives qu’au mois de juin.
Il semble maintenant que la balle soit dans le camp des É-U, en ce sens que s’ils désirent que les prix chinois augmentent, la solution ne se trouve plus dans la hausse du yuan par rapport au dollar, mais dans la baisse du dollar par rapport au yuan, ainsi d’ailleurs qu’à toutes les autres devises occidentales, car l’abondance des liquidités “ fabriquées ” par la FED depuis 18 mois, sans contrepartie d’une véritable richesse économique, ne justifie plus les taux actuels du dollar. Même si cela échappe encore à beaucoup d’observateurs, il n’est plus désormais possible de considérer le dollar comme une valeur-refuge.
Cette opinion est d’autant plus réaliste que les récents indicateurs économiques des É-U, très préoccupants, poussent la FED et le gouvernement à poursuivre les aides à la relance par l’injection de nouvelles liquidités. On attend d’ailleurs toujours que la FED présente un plan d’épongement de ces excès applicable après la sortie de la crise, dont le terme échappe encore à notre vision aujourd’hui.
© André Serra
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On a voulu jouer au plus malin en consommant par avance les revenus de l’avenir. Et ceci, pendant trop longtemps.
Difficile de comprendre que des générations de politiciens aient pu considérer cette trouvaille économique comme un trait de génie des économistes libéraux et mondialisateurs.
Les États-Unis, et dernièrement l’Europe, ont décidé d’imprimer des billets de banque pour payer leurs dettes, immenses.
C’était assurément de la fausse monnaie, donc une action stupide qu’ils devront payer un jour ou l’autre par une inflation qui dépréciera toutes les monnaies, et ruinera beaucoup de monde. Mais ce sera demain, ou bien après. L’Homme a pris l’habitude de jouir en avance et de payer plus tard. À force d’inciter leurs citoyens à payer plus tard, les gouvernements ont fini par adopter cette manière de faire. Donc maintenant tout le monde est endetté et personne ne peut plus payer.
Mais la vraie question est : pourquoi crie-t-on à présent ” Harro sur le baudet ” contre l’Europe, et qu’on ne l’a pas fait contre les États?Unis depuis deux ans, alors qu’ils ont fait exactement la même chose ?
La réponse, que l’on serine pourtant fermement depuis des lustres partout autour du monde, est pourtant tout simplement que le dollar étant “LA monnaie mondiale de réserve” depuis un demi-siècle, ce pays peut impunément imprimer des billets verts, en étant absolument certain que la planète entière entassera sans mot dire dans leurs réserves ces billets qui ne servent à rien d’autre qu’aux États-Unis, à payer des biens et des services étrangers qu’ils n’ont pas les moyens de payer avec de vrais revenus.
Cela s’appelle du “pillage“, et tout le monde paraît content d’être pillé !
Le jour où les autres États de la planète décideront enfin de ne plus être des victimes de cette traite des blancs, je ne donnerai pas cher de la peau des Étasuniens.
Le FMI tout de même, par la voix de Dominique Strauss-Kahn son directeur, ne s’est pas gêné pour conseiller à ces pays-moutons fraîchement tondus, de réduire leur dépendance au dollar :
” Un certain nombre de mesures peuvent être prises pour renforcer les systèmes monétaires internationaux, notamment une meilleure surveillance des flux de capitaux, des filets de sécurité financière plus importants et une plus grande utilisation des droits de tirages spéciaux ” a-t-il déclaré, en ajoutant que ces mesures pourraient inclure notamment ” un usage plus large d’actifs alternatifs de réserve, par exemple en euro ou yen ou yuan “, pouvant produire l’effet ” d’une soupape de sécurité “.
Il semble pourtant bien que ses recommandations soient tombées dans des oreilles sourdes, puisqu’on assiste depuis plus d’une semaine à la hausse continue du cours du dollar.
” Il me plaît d’être battue ! ” fait répondre Molière par Martine à monsieur Robert dans ” Le médecin malgré lui “. Bernanke et Trichet ont dû lire Molière, assurément.
Non seulement les propos de Dominique Strauss-Kahn mettaient ainsi en garde les banquiers centraux réunis à Zurich contre un emploi exclusif d’une seule monnaie de réserve, mais il suggérait d’une manière on ne peut plus nette que le dollar n’était plus une valeur très sure. Mais, il n’est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre. Il n’est même pas certain que ces propos aient été rapportés à Barack Obama.
Le dollar pas sûr ? Ben voyons, je dis n’importe quoi ! Eh bien, on est au moins deux à le penser.
Vous pouvez toujours lire sur le site suivant, l’article complet de l’Agence France Presse (AFP) qui rapporte les propos de Dominique Strauss-Kahn :
http://www.google.com/hostednews/afp/article/ALeqM5hIPa43i90jIftp6EDrMz6yslpSJQ
© André Serra
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Ceux des États européens qui n’ont pas voulu entrer dans la zone euro le regrettent amèrement en ces jours de crise. Ils se pressent actuellement à Bruxelles pour accélérer leur adhésion. Leurs monnaies nationales ont beaucoup souffert de la crise en cours, et ont perdu de 15 à 30% selon les pays. Le zloty hongrois en particulier. La fière Irlande qui triomphait il y a peu avec un taux de croissance insolent, se compose actuellement un profil bas. Quelques autres n’en mènent pas large non plus. Le président polonais fait moins parler de lui aujourd’hui, et la Slovaquie, euroïsée, nargue à présent la Tchéquie, son ancienne suzeraine, qui frayait il y a encore peu de temps avec les É-U à propos de leur fameux plan de bouclier antimissile, prudemment oublié depuis par Obama.
La question de l’élargissement de la zone euro se discute en ce moment même à Bruxelles. L’envie y est forte de passer par dessus les critères de Maastricht, auxquels la plupart de ces anciennes monnaies ne correspondent guère.
Ce serait là une bonne occasion pour imposer à ces postulants la signature du traité de Lisbonne en échange de ce passe-droit doré. Bizarre que personne n’en parle. Je soupçonne très fort Nicolas Sarkozy d’avoir en gestation dans son esprit une action pour emporter le morceau tout seul à la faveur de la réunion du G20 à Londres, en avril, et redorer du même coup son blason, tellement terni chez ses concitoyens. Tout au contraire, ses succès diplomatiques de 2008 lui ont donné une stature internationale et sa côte est au plus haut dans les autres États de l’Europe. Il se trouve donc en bonne position pour parler haut, d’autant que la position de son pays face à la crise est l’une des moins catastrophiques de l’Europe et du monde, en dépit des jérémiades des Français.
Pourtant, on parle beaucoup d’une possible sortie de l’euro par certains États. Pure spéculation ! L’euro a protégé les pays qui l’ont adopté, et qui lui en sont reconnaissants malgré les critiques venus généralement de leurs partis d’opposition. Les pauvres ! Ces derniers n’ont rien à proposer pour sortir leurs pays de la crise. Alors il leur faut bien cracher dans la soupe, histoire de montrer qu’ils existent !
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Un élément important qui peut être associé à cette hypothèse géopolitique est la future élection en juin de Rachida Dati au parlement européen. Écartée du poste de ministre de la justice en France en raison des positions réactionnaires des fonctionnaires du ministère et de l’ensemble des professions juridiques, mais bien loin d’être éloignée pour autant du pouvoir par le président Sarkozy, ce départ lui permet de se mettre à l’abri pour le moment, mais sans doute plus encore de rebondir politiquement au niveau européen.
Ce Sarkozy en jupon est une valeur sûre pour le président français qui, à l’évidence, vise lui aussi une carrière européenne. Les qualités de pugnacité et d’efficacité de cette femme, connues et appréciées en Europe, pourraient en faire rapidement une présidente du parlement européen.
À ce poste, telle Lucien Bonaparte, président du Conseil des Cinq-Cents, propulsant le 18 brumaire An VIII (9 novembre 1799) son frère Napoléon à la tête du Consulat et bientôt sur les premières marches du Premier Empire, elle aurait toute latitude et tout pouvoir de glisser sous les pieds de son patron le tapis menant à la première présidence des États Unis d’Europe.
Je ne doute pas que la réussite d’une telle épopée, menée tambour battant à la vitesse du déroulement de la crise mondiale, calmerait efficacement les récriminations actuelles du peuple français, subjugué.
Attendons pour voir.
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Publié par André Serra dans Géopolitique, Opinion, Politique, Économie, tags: BCE, Bernanke, dollar, euro, fed, inflation, pétrole, Trichet
Depuis mon dernier article « Ben Bernanke et Jean-Claude Trichet abattent leurs cartes », une sorte de poker menteur verbal se déroule entre Bernanke et Trichet. L’enjeu est l’augmentation des taux d’intérêt interbancaire que l’un et l’autre menacent d’augmenter pour maîtriser l’inflation qui monte de jour en jour pour diverses raisons, mais surtout en raison de l’augmentation du prix des matières premières, et plus spécifiquement du pétrole.
Pour Trichet, c’est indiscutablement la stabilité de l’euro qu’il veut défendre par un relèvement du taux d’intérêt, car cette stabilité conditionne dans une large mesure le niveau des prix intérieurs. Déjà, le taux actuel de 4 % a-t-il permis de limiter la hausse du pétrole en euro. Aux Etats-Unis, l’essence se sert actuellement à plus de 1 $ le litre contre 0,50 il y a à peine deux ans. En pourcentage il s’agit d’une augmentation bien plus considérable que celle que les Européens subissent, bien que les taxes sur l’essence soient insignifiantes aux É-U.
Depuis le 3 juin, le cirque médiatique ne cesse pas de l’autre côté de l’Atlantique. Tous les jours Bernanke se rend à une nouvelle conférence et dans un nouveau lieu pour asséner sa nouvelle doxa : « Il faut augmenter le taux d’intérêt pour sauver le dollar à tout prix ! », et il a bougrement raison. Bush en parle également à tout instant, Paulson, le Secrétaire au Trésor le fait aussi de son côté et les gouverneurs de la Fed, chacun dans son siège respectif, ne s’en privent pas non plus. Les Étasuniens sont soumis à un matraquage médiatique étonnamment soutenu. Mais pourquoi à ce point-là ?
La réponse coule de source. Il suffit de regarder les cours du dollar, de l’or et du pétrole depuis vendredi pour le comprendre, depuis que la « Parole » est lâchée. Ces trois valeurs ont repris du poil de la bête, car les Étasuniens sont persuadés que le dollar va bientôt remonter face à l’euro, que l’or va reprendre gentiment sa nature ésotérique, et que le pétrole va baisser. Ouf ! Il était temps ! ils vont pouvoir partir en vacances avec leurs 4×4 sans perdre trop d’argent ; peut-être même pouvoir partir en Europe, ce à quoi ils avaient dû renoncer jusqu’ici, et exhiber à nouveau fièrement leur dollar retapé. Finalement, pour eux, cette chute n’aura été qu’un entracte sans importance. Sacrés Américains ! Impayables !
Et prodigieux !
Alors Bernanke va-t-il tout de même hausser son taux d’intérêt ? Pas du tout ! Sa parole a soulevé des vagues d’espoir chez ses compatriotes, faisant remonter le dollar et baisser l’or et le pétrole. Tout va bien pour le moment, grâce au mystérieux pouvoir de la parole, sans même avoir eu besoin d’agir. Qui a dit que la finance était un problème mathématique ? La parole est d’or, voyons !
Alors tous les problèmes des É-U sont-ils résolus pour autant ? Pas du tout ! Bernanke a simplement gagné un mois ou deux, le temps que ce renouveau de confiance s’épuise, au retour des vacances, devant les relevés des cartes de crédit.
À la prochaine réunion du comité monétaire des gouverneurs de la FED, fin juin ou début juillet, je ne sais plus trop, Bernanke aura beau jeu de dire que les choses se sont améliorées, que les exportations frétillent, et que l’on peut attendre encore un peu, mais pas trop, avant de véritablement porter le couteau dans la plaie. Il pourra aussi lâcher 0,25 %, histoire de montrer que ça pourrait monter doucement. Le temps est tellement facile à acheter quand on sait s’y prendre !
Mais les conditions profondes de la situation économique des Etats-Unis resteront les mêmes, et le resteront encore longtemps : prodigieux endettement, déficits insondables, et j’en passe. Mais pour le moment, il s’agit simplement de tenir jusqu’aux élections, en utilisant tous les subterfuges possibles, y compris la falsification des statistiques si c’est nécessaire. Ne pas oublier que les Républicains sont en campagne ! Une chose à la fois bon sang !
En tous les cas, je ne renonce à aucun des termes de mon précédent article, dont j’ai rappelé le lien en tête de celui-ci.
© André Serra
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Publié par André Serra dans Géopolitique, Opinion, Politique, Économie, tags: BCE, Bernanke, dollar, euro, fed, inflation, pétrole, Trichet
La semaine dernière, on a assisté à un double événement qui deviendra assurément historique.
Décrivons d’abord ce double événement, et nous verrons ensuite ce qui pourrait en résulter.
Tout d’abord, le mardi 3 juin, le président de la FED, Ben Bernanke, prononçait un discours dans un forum financier rassemblant un certain nombre de grands noms de la finance internationale. Par ce discours, il reconnaissait le rôle joué par la baisse du dollar dans l’inflation des prix à l’intérieur de son pays, et annonçait indirectement ainsi que la baisse du taux d’intérêt directeur de la FED était parvenu à un plancher. Et comme il exprima ensuite son intention de mener une politique monétaire appropriée contre l’inflation, tout le monde en déduisit qu’il était disposé à remonter le taux d’intérêt de la FED, actuellement de 2%, de manière à stabiliser le dollar dans un avenir proche.
Entre le bâton et la vaseline, Ben Bernanke a donc choisi le bâton, avec toutes les conséquences qui s’y rattachent pour l’économie étasunienne.
Je ferai deux commentaires sur cette décision, avant de parler du second événement qui lui fait contrepoint.
Le premier est sur le fait qu’un président de la FED ne parle jamais de l’état de la monnaie étasunienne, mais uniquement de sa politique monétaire, laissant ainsi le Secrétaire au Trésor, en ce moment Henri Paulson, le soin de dire haut et fort partout qu’il veut un dollar fort. Entre les deux fonctions, ce partage des tâches est tacite depuis fort longtemps. Le fait que Bernanke ait transgressé cette tradition n’est donc pas innocent. C’est à mon avis le signe que les choses vont très mal pour le dollar, et que le gouvernement a jugé le président de la FED plus crédible que le secrétaire au trésor pour faire passer cette décision dans le monde de la finance, en lui donnant plus de poids.
La baisse du taux directeur à 2% intervenue il y a quelques mois était destinée à relancer la machine économique, tout comme la distribution, décidée par Bush, de 150 milliards à plusieurs millions d’Étasuniens pour la même raison.
Mais au lieu des résultats espérés, la consommation se traîne, les investissements sont en panne et l’inflation grimpe à la cadence de 6%, pendant que le taux de base de la FED reste à 2%. Tout emprunt reçoit alors, comme en 2004, un cadeau de 4% en capital. Les exportations, qu’un dollar faible devait dynamiser, ne bougent pas lorsqu’on en ramène la valeur au niveau du cours de la monnaie d’il y a un an. Les bons du trésor de l’État ne sont plus souscrits désormais qu’à hauteur de 50% des adjudications par les investisseurs étrangers, obligeant ainsi la FED à faire rougir la planche à billets pour résorber un déficit budgétaire annuel de 700 milliards de dollars. À ce déficit s’ajoute la distribution des 150 milliards « donnés » par le Président à 140 millions de contribuables, pompeusement appelée « retour d’impôt », mais en fait tout simplement imprimés puisque ce montant ne figure pas dans le budget voté par le congrès. Soit un réel déficit de 850 milliards pour l’exercice en cours.
Enfin, le taux de chômage vient de passer en un seul mois de 5% à 5,5%. Il est tout à fait probable que Bernanke connaissait ce chiffre lorsqu’il a prononcé son discours. Cette nouvelle désillusion sur la reprise économique attendue, ajoutée à la mauvaise nouvelle constituée par la nécessaire recapitalisation de Lehman Brothers à hauteur de 10 milliards de dollars, qui met à bas tous les espoirs de voir prochainement la crise des subprimes se terminer, a vraisemblablement précipité l’initiative de l’administration étasunienne. Une action insuffisamment mûrie.
Le second commentaire a pour objet de souligner que, si le prix du pétrole est en hausse constante, c’est parce que le dollar baisse, et ceci pour deux raisons :
La première est que le prix du pétrole étant côté en dollar, et celui-ci baissant d’une manière continue, les producteurs de pétrole augmentent tout simplement leurs prix pour conserver leurs revenus en dollars constants. C’est donc parfaitement logique.
La seconde raison, souvent invoquée parce qu’elle fait plaisir aux détracteurs du « capitalisme et des riches », est la spéculation. Mais la véritable cause de cette spéculation est par contre passée sous silence. Elle résulte du fait que, la valeur du dollar baissant inexorablement, les investisseurs ont le souci de conserver la valeur de leurs capitaux disponibles pour ne pas la voir drastiquement réduite comme une peau de chagrin sous l’effet de cette baisse continue. Un bon moyen pour cela consiste à acheter à terme [6 mois, 9 mois, un an, voire davantage] des matières premières et notamment du pétrole, à la valeur actuelle du dollar, pour les revendre beaucoup plus tard quand le dollar aura cessé de baisser. Cette spéculation consiste donc surtout en une prise d’assurance contre la détérioration de la monnaie des É-U. Si Bernanke parvenait à stabiliser celle-ci, cette spéculation conjoncturelle cesserait immédiatement. Une stabilisation est cependant assez improbable à court et moyen terme, compte tenu de l’incessante croissance du double déficit du pays [budget de l'État et balance commerciale].
Mais ce que Bernanke s’est bien gardé de dire, c’est que le monde des affaires à l’extérieur des Etats-Unis fuit à présent le dollar. Depuis plusieurs mois, sitôt gagnés les dollars sont maintenant troqués contre des devises plus stables, et notamment contre des euros. La preuve de ce mouvement est fournie par l’évolution de la structure des réserves mondiales de change des banques centrales. La part du dollar dans ces réserves est passée de 72,6 % en 2001 à 63,9 % fin 2007, soit une régression de 12 %. Pendant la même période, la part de l’euro est passée de 17 % à 26,5 %, soit une progression de 55,6 %. Le rapport de leurs parts est donc passé de 1/4,27 à 1/2,41 en sept ans. On est donc encore loin de l’égalité, mais la rapidité de cette convergence s’est accélérée depuis deux ans.
L’allusion à une prétendue lutte contre l’inflation n’est donc probablement qu’un faux-nez destiné à dissimuler la vraie stratégie de l’administration des É-U, qui est de redorer le blason du dollar aux yeux des autres banques centrales du monde, et des grandes multinationales comme les pétroliers. Pour le moment, cette rapide disparition de la position hégémonique du dollar constitue en effet une bien plus grande préoccupation que celle de l’inflation. Ce qui ne veut pas dire que celle-ci n’est pas belle et bien en train de ronger le pouvoir de consommation de la classe moyenne étasunienne.
Pour les É-U, il est devenu de la plus haute importance d’arrêter à tout prix l’hémorragie qui érode inexorablement le privilège qu’ils possèdent depuis le traité de Bretton Woods de 1944, et qui consiste à pouvoir émettre continuellement de la monnaie papier en toute impunité. C’est cette arme prodigieuse qui permit aux É-U, tout au long de la seconde moitié du XXe siècle, de mener la croissance économique qu’ils connurent, notamment en leur permettant d’offrir à leur industrie des taux d’intérêt beaucoup plus bas que tous les autres pays du monde. Là se trouve en effet l’explication du développement qui fit l’admiration du monde, et non un mythique savoir faire, aujourd’hui pris en défaut.
Toujours est-il que les conséquences du discours de Bernanke ne se sont pas fait attendre. Le dollar remontait de 0,6439 € le 2 juin à 0,6482 € le 4, l’or chutait de 880 $ le 2 juin à 863 $ le 5, et le pétrole de 127 $ le 2 juin à 122 $ le 4. L’opinion étasunienne exultait et Bernanke prenait figure de héros national, à l’égal de son génial prédécesseur, Allan Greenspan.
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Mais le second événement, survenu deux jours plus tard, le jeudi 5 juin, devait faire déchanter l’Amérique, comme un coup de tonnerre nullement attendu, dans un ciel d’azur: Jean-Claude Trichet venait de boucler le piège du dollar.
À l’issue de la réunion du Conseil des gouverneurs de la BCE qui venait de laisser intact le taux directeur de 4 %, le Président laissait négligemment entendre à la presse attentive : « Il n’est pas exclu que nous décidions de bouger sur nos taux à la prochaine réunion pour assurer l’ancrage solide des anticipations d’inflation ». Et il ajoutait, comme pour retenir son propos : « Une légère hausse de taux est possible, mais pas certaine. »
À première vue, sa position sur l’inflation semble donc identique à celle de Bernanke. Mais elle diffère d’elle cependant sur un point majeur : les É-U sont dans le trou et l’Europe ne l’est pas. L’inflation est incontestablement aux portes de l’Europe, mais cette dernière n’a qu’un endettement très faible par rapport à celui des É-U, et son activité économique est stable alors que celle des É-U vacille.
Par conséquent, remonter le taux d’intérêt de la BCE, ne serait-ce que de 0,25, soit à 4,25 %, c’est contraindre Bernanke à un effort beaucoup plus important que celui qu’il comptait faire. Pour être tout à fait méchant, les paroles de Trichet peuvent se traduire de la façon suivante, parlant à Bernanke : « Reste à 2 %, sinon je monte à 4,25 %…. en attendant mieux ». C’est en quelque sorte l’empêcher de se sortir d’affaires sans faire de sacrifices, qui ne sont pas à sa portée.
Après cette petite phrase malicieuse, le dollar tombait de 0,6482 € le 4 juin à 0,6338 € le 6, l’or remontait de 881 $ le 5 juin à 903 € le 6, et le pétrole de 122 $ le 4 juin à 138 $ le 6, dans le sillage de la baisse du dollar. Les points marqués initialement par Bernanke les 4 et 5 juin étaient ainsi reperdus, et au-delà.
L’effet de la petite phrase de Trichet avait donc été largement plus important que celui de Bernanke deux jours avant, mais de sens contraire.
Il est possible d’interpréter la position de la BCE de la façon suivante : la FED a empoisonné le marché financier de la planète depuis presque une décennie en inondant le marché monétaire de liquidités dans des proportions scandaleuses, pour pouvoir plastronner avec une économie apparemment luxuriante. Qu’elle commence donc à payer ses dettes avant de recommencer son manège ! Remonter le taux de la FED, éventuellement au niveau de la BCE en quelques mois, ce serait en effet faire à nouveau du dollar un aspirateur à capitaux pour boucher les trous du budget des É-U, et/ou continuer de rembourser des impôts aux plus riches entreprises de la planète. Ce serait un peu trop facile ! Mais la BCE vient de montrer qu’elle n’était pas dupe du stratagème de Bernanke. Actuellement, c’est en Europe que les capitaux affluent, et il convient que les choses restent ainsi pour que la planète ne soit plus menacée de faillite.
En se positionnant ainsi, comme une sorte de gendarme des marchés financiers mondiaux, la BCE protège la planète d’une future crise nettement plus importante encore que celle qu’elle est en train de traverser en raison de l’irresponsabilité égocentrique des É-U.
Comme je n’ai cessé de l’écrire depuis plusieurs mois, l’euro se trouve donc naturellement sur la voie de remplacer le dollar comme principale monnaie de réserve internationale, et Jean-Claude Trichet joue un rôle actif dans cette évolution macroéconomique mondiale. Pour le bien de l’économie de la planète.
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Toute cette information ne serait pas complète, si je ne rappelais les propos du président russe Dmitri Medvedev du samedi 7 juin au Forum économique annuel de Saint-Pétersbourg. Après avoir imputé la crise financière mondiale aux Etats-Unis : « Quelle que soit l’importance du marché américain, quelle que soit la force du système financier américain, ils ne peuvent pas se substituer au marché financier mondial ni au marché des matières premières », il ajouta :
« Je propose d’organiser une conférence internationale représentative avec les patrons des plus importantes sociétés financières et des analystes réputés (…) dès cette année. Cette tribune pourrait devenir permanente. »
C’est dire à quel point les problèmes économiques actuels se situent maintenant à l’échelle de la planète, et qu’il est urgent de mettre fin à l’hégémonie financière américaine en la remplaçant par une concertation institutionnelle planétaire.
© André Serra
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Publié par André Serra dans Géopolitique, Politique, Économie, tags: BCE, crise, dollar, Etats-Unis, euro, inflation, interet, monnaie, taux, Trichet
Depuis l’explosion de la crise des subprimes aux Etats-Unis et ailleurs dans le monde, à l’été 2007, et surtout la descente en spirale du taux d’intérêt interbancaire de la Fed de 5,25% à 2% il y a huit jours, tous les milieux financiers guettent avec obstination les réactions de la BCE, s’attendant à tout instant à une réplique parallèle de Jean-Claude Trichet et de ses collègues. En vain.
L’équipe de la BCE s’accroche à une seule stratégie apparente, la lutte contre une inflation en cours de potentialisation sous la montée des prix des matières premières et notamment du pétrole. Elle justifie son apparent désintérêt de la conjoncture difficile de l’économie européenne par le fait que la situation des entreprises est saine, et que la stabilité des prix conditionne un passage réussi de la crise financière actuellement traversée par l’économie mondiale.
Les récentes statistiques semblent confirmer la justesse de ce raisonnement. Le 15 mai, on apprenait que la croissance allemande avait atteint 1,5% au premier trimestre 2008 (soit 6% en rythme annuel) contre 0,3% au quatrième trimestre 2007, soit le double des prévisions des économistes. C’est dire à quel point les évaluations de ceux-ci doivent être considérées avec une certaine suspicion. Estimation n’est pas vérité.
Dans le même sens, l’estimation de la croissance de 2007 pour la France s’est transformée de 1,9% prévisionnel en 2,2% dans son résultat définitif. De surcroît, ce serait les investissements des entreprises qui auraient entraîné cette embellie, et non la consommation, dans un processus combien plus positif ! Parallèlement, l’endettement des particuliers européens se serait globalement réduit au cours de cette période en raison d’un moindre recours au crédit. Évolution encourageante, diamétralement opposée à celle de l’économie étasunienne.
En cherchant à accélérer la consommation intérieure des É-U au moyen de la réduction de son taux de base interbancaire, la Fed provoque en effet simultanément une augmentation des tensions inflationnistes ainsi qu’un gonflement inquiétant de la bulle d’endettement des particuliers, bulle qui éclatera à son tour dans les mois qui viennent, dans la foulée de celle des subprimes.
On peut trouver dans ces événements la confirmation de la sagesse manifestée par les autorités de la Banque Centrale Européenne, laquelle a privilégié la défense de la monnaie à l’aventure d’une création monétaire ininterrompue qu’aurait immanquablement provoquée un abaissement du taux d’intérêt dans la zone euro. En agissant ainsi, la BCE a protégé le pouvoir d’achat de la monnaie européenne à l’intérieur de la zone euro. Même si certaines augmentations de prix ont été constatées pour certains produits, celles des coûts de matières premières, dont le pétrole, ont été bien moindres pour les européens que pour les étasuniens, dotés d’une devise en forte régression du fait de la baisse du taux d’intérêt de la FED.
Pour souligner le décrochage progressif de l’économie étasunienne par rapport à l’économie européenne, un autre élément est à prendre en considération, celui des injections de liquidités par les banques centrales dans le système bancaire. En dépit des apparences, il ne s’agit pas des mêmes processus aux É-U et en Europe.
Aux É-U, ces nouvelles liquidités représentaient une création monétaire pure, au moyen de la planche à billets, car les réserves monétaires de la Fed étaient pratiquement inexistantes, sur fond d’un déficit budgétaire de l’État annoncé à 38% cette année et d’un déficit commercial récurrent, le tout ajouté à un déficit antérieur cumulé représentant plusieurs années de PNB. Dans cette aide au système bancaire du pays, il s’agissait donc d’une monnaie de singe, et son important volume ne pourra qu’affaiblir la tenue du dollar au cours des mois qui viennent, tout en renforçant les tensions inflationnistes nées de la hausse des matières premières, et en particulier de celle du pétrole.
L’Europe disposant au contraire de réserves importantes en devises, les injections de liquidités dans le système bancaire européen put au contraire se faire avec facilité, et n’entraînera que très peu d’effets inflationnistes.
Tout n’est cependant pas rose en Europe, et la vague stagflationniste qui naît actuellement aux É-U aura nécessairement des effets en Europe au cours de l’année qui vient. Cependant, grâce à l’action courageuse de la BCE et de son président, Jean-Claude Trichet, et en dépit des critiques acerbes qui leur ont été adressées par de nombreux responsables politiques, dont le président français Nicolas Sarkozy, l’Europe peut espérer passer ce prochain cap dans de meilleures conditions que les É-U ou la Grande-Bretagne.
Un aspect important de la comparaison des attitudes des deux banques centrales, BCE et FED, réside dans la différence entre les messages qu’elles ont adressés à leurs économies respectives. Un changement de taux d’intérêt de base est précisément un message en soi, adressé tant aux entreprises qu’aux particuliers [lire à ce sujet l’article de Pascal Salin publié le 14 octobre 2007 dans le Figaro].
De janvier 2001 à juin 2004, soit en 40 mois, la FED a fait varier son taux d’intérêt de base de 6,5% à 1%, adressant ainsi à l’économie les messages suivants : le taux d’intérêt de l’argent est une composante élastique de l’économie. Qu’il monte ou qu’il baisse, cela n‘a aucune importance. Si les citoyens ont besoin de consommer et n’ont pas d’argent disponible, aucun problème, la FED peut en fabriquer selon les besoins. Elle n’hésite pas à prêter aux banques au taux de 1% quand celui de l’inflation est de 2,5%, soit une véritable distribution gratuite de dollars. L’argent n’a plus vraiment de prix, seule compte la consommation, même si les produits achetés viennent de l’étranger. Les États-Unis sont tellement puissants qu’ils sont le seul pays de la planète à pouvoir fabriquer de la monnaie en toute impunité depuis les accords de Bretton Woods signés en 1944. Ces messages sont très clairs et directement responsables du montage financier des subprimes.
Et puis brusquement, de juillet 2004 à juin 2006, changement de décor, le taux d’intérêt repart à la hausse pour aboutir à 5,25% où il culmine sur l’éclatement d’une bulle astronomique jetant sur le trottoir des dizaines de milliers de familles dont on reprend la maison pour défaut de paiement. Mais les messages continuent dans la même veine : les banques étasuniennes sont proches de la faillite ? Qu’à cela ne tienne ! Tiens, voilà des liquidités, et si vous en voulez d’autres, vous n’avez qu’à demander. Quant aux sans-logis, Dieu les a punis de leur naïveté. Ils l’ont bien cherché !
Ne paniquons pas, les messages de la FED continuent ! Retour en six mois à un taux d’intérêt de 2%, en dépit d’une inflation passée à 3,6%. Consommez maintenant !
Pendant ce temps, une BCE décriée par tous maintient l’Europe sur une ligne de stabilité (relative) des prix. Début 2006, son taux directeur est de 2,25% et passe à 2,50% en mars, 2,75% en juin, 3% en août, 3,25% en octobre, 3,50% en décembre, 3,75% en mars 2007. Il est finalement porté à 4% en juin 2007, et est resté à ce taux depuis. On peut admirer ce long glissement de 1,75% en deux ans par rapport aux dents de scie désordonnées du dollar. À chaque nouvelle petite touche, le même message passe : le danger de l’inflation se maintient en s’accroissant lentement. Aucun effet de panique et le cours de l’euro s’accroît progressivement dans le même temps sans à-coup notable. Les entreprises et les particuliers en comprennent le message et agissent en conséquence, même si un certain agacement se manifeste devant cette lente progression. L’euro prouve ainsi sa stabilité, et par là, sa vocation à devenir LA monnaie internationale par excellence, car la mission d’une telle monnaie, appelée à soutenir une économie de plus en plus mondialisée, consiste précisément à maintenir fermement la valeur d’achat de son unité, pour la meilleure régularité possible des transactions internationales.
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Nous y voilà ! Comme je le soupçonnais déjà dans un précédent article intitulé “Jean-Claude Trichet a raison”, la stratégie actuelle de la BCE semble destinée à offrir au monde une monnaie stable et efficace pour le règlement des transactions internationales, en remplacement du dollar, devise actuellement en perdition, seulement soutenue par une mystique historique dont le substrat est devenu largement obsolète. Dans ce précédent article, j’énumérais un certain nombre d’initiatives prises par des entreprises, des pays et des institutions, pour utiliser l’euro de manière de plus en plus générale.
Il est certain que dans une conjoncture politique mondiale lourde de tensions stratégiques et économiques, il n’est pas possible qu’une initiative de cette taille puisse être proposée de but en blanc par une autorité politique nationale. Tout le monde y pense, mais personne n’ose en parler. La classe politique attend sagement la suite du dépérissement du dinosaure impérial, dont on craint les convulsions.
Le remplacement du dollar se fera donc très lentement, au niveau de l’économie d’entreprise, propulsée par le bouche-à-oreille. Combien de temps cela prendra-t-il pour qu’une partie significative du commerce soit traitée en euros ? Personne ne peut actuellement le dire. Mais en attendant, Jean-Claude Trichet et son équipe continueront sans doute à veiller au maintien de l’euro dans son statut d’alternative crédible au dollar : stabilité, dosage dans la conduite de la politique du crédit, concertation avec les autres banques centrales, sérieux et discipline, toutes qualités destinées à forcer le respect des grands de ce monde, et surtout des nouveaux (BRIC).
Enfin, sous-jacent à cet effort, on constatera sans doute un renforcement progressif de l’unité européenne, et l’adaptation continue de celle-ci aux profonds changements du monde.
© André Serra - http://www.andreserra.blogauteurs.net/blog/
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Publié par André Serra dans Géopolitique, Politique, Réflexion, Économie, tags: dollar, Etats-Unis, euro, kennedy, monnaie, or, taux
Un gigantesque tsunami agite la sphère financière du monde en ce moment. On n’a pas encore reçu son meilleur. Sa source a pris naissance aux États-Unis dès le début de la révolution conservatrice américaine du président Reagan, à partir de janvier 1981. Elle s’est élargie progressivement ensuite sous les trois périodes de la famille Bush, malgré la parenthèse Clinton, et a été portée à son paroxysme par les actes irresponsables du gouvernement et de l’administration du dernier Bush, appuyée sur la complicité active de la banque centrale dirigée par Greenspan, depuis 2001. Ce tsunami financier vient de s’abattre sur la société étasunienne avec une violence qui ne fait que débuter, et peut prolonger son action destructrice sur l’ensemble de l’économie mondiale, si les pays les plus concernés ne prennent pas à temps les mesures qui s’imposent. Le monde entier est concerné. Il est confronté à un virage structurel décisif.
Depuis 27 ans, cette lame de fonds est alimentée par un endettement continu des Etats-Unis coupé de brefs répits. Ce comportement dévastateur n’aurait pas été possible sans les accords de Bretton Woods de 1944. Je vais donc les rappeler brièvement.
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Les accords monétaires de Bretton Woods furent signés après la seconde guerre mondiale, le 22 juillet 1944, par les 44 nations alliées. Celles-ci pensaient alors résoudre les problèmes financiers issus de la guerre et poser les bases d’un système monétaire mondial qui devrait durer longtemps, et qui permettrait de résoudre à l’avenir tous les problèmes de stabilité des changes et de crises monétaires.
Les situations des participants étaient très déséquilibrées. Les nations européennes sortaient de la guerre ruinées et très endettées. Au contraire, les É-U avaient doublé leur production industrielle pendant les cinq années de guerre et possédaient des créances importantes sur leurs alliés, auxquels ils avaient vendu à crédit des quantités faramineuses d’armes et de fournitures de toutes sortes pendant cette période, de laquelle leur pays était sorti indemne de son côté et en pleine possession de ses moyens économiques.
Le dollar apparut donc comme le pôle naturel d’une nouvelle organisation des échanges du monde libre. Il était en effet essentiel que soit assurée une grande stabilité des taux de change, pour ne pas retomber dans une ère de dévaluations compétitives et de protectionnismes douaniers exagérés, que l’on avait connue pendant l’entre-deux-guerres. On se rappelait que c’était cette instabilité et ces pratiques qui avaient entraîné la crise de 1929 d’abord, et la déflation puis le chômage ensuite, jusqu’à la seconde guerre mondiale.
[http://fr.wikipedia.org/wiki/Accords_de_Bretton_Woods]
Les principales décisions prises à Bretton Woods furent les suivantes :
— abandon de l’étalon or , en vigueur jusque-là en tant que référence monétaire commune. Jusque là, le prix de ce métal avait paru suffisamment indépendant des États pour pouvoir assurer une certaine stabilité des changes. On lui reprochait cependant son insuffisante élasticité, résultant d’une production à croissance lente, car elle maintenait la masse des liquidités monétaires entre des limites étroites qui ne permettaient pas de faire face aux périodes de récession, non plus qu’aux phases de croissance rapide. On lui attribuait d’ailleurs une part de la responsabilité de la crise de 1929.
— étant donné la place dominante qu’il occupait à cette époque dans le commerce international, le dollar devenait la référence de toutes les autres monnaies, lui-même étant rattaché à l’or , de manière à pouvoir introduire une certaine élasticité dans le système. En 1934, sa valeur avait été fixée par Roosevelt à 35$ l’once d’or. Elle pouvait cependant varier en fonction des nécessités. Mais, en 1961, Kennedy prit l’engagement solennel, tout à fait inconsidéré, de ne pas toucher à cette parité. Cette décision revenait à paralyser le nouveau système comme l’avait fait l’or lui-même, son prédécesseur, en entraînant le blocage des échanges internationaux dans le cas d’une inflation liée, par exemple, à la fluctuation naturelle du prix des matières premières. Mais au moins jusque-là, le rôle des É-U avait-il été véritablement international et leur responsabilité parfaitement assurée.
Mais, le fait d’assumer ce rôle donna aux É-U la possibilité d’émettre autant de quantité de dollars qu’ils le désiraient, puisque chaque dollar imprimé les enrichissait d’un trente-cinquième d’once d’or en toute quiétude, sans que la valeur de leur monnaie en souffre par rapport aux autres monnaies. Le rapport de celles-ci avec le dollar restait donc le même. Tant que les gouvernements des États-Unis respectèrent un minimum d’éthique à cet égard, tout allait bien, mais lorsqu’ils se mirent à outrepasser largement cette retenue, le système prit un biais dangereux qu’ils sont actuellement en train de payer.
Cette propriété du système de Bretton Woods leur permettait en effet deux choses :
- de financer leurs déficits budgétaires sans conséquences économiques internes,
- de baisser les taux d’intérêt du crédit, sans que la valeur de leur monnaie en soit affectée.
Ils comprirent très vite qu’ils avaient réussi à placer entre leurs mains une fort puissante méthode susceptible d’entraîner une croissance rapide de leur économie.
- D’une part , la possibilité de financer le budget de l’État par la création monétaire, au moins partiellement, leur permit de pratiquer une politique fiscale très légèr e , avantageant ainsi outrageusement leur industrie au détriment de celles des autres pays, qui ne bénéficiaient pas du même privilège. Les É-U jouirent donc, depuis 1944, d’une prééminence qui s’apparentait à celle d’un suzerain du Moyen Âge sur ses vassaux féodaux.
- D’autre part , la possibilité de pratiquer des taux d’intérêt très bas leur permettait des investissements industriels peu coûteux, tout en exportant indirectement dans les autres pays l’inflation qu’ils créaient ainsi chez eux sans risques. Au surplus, cette inflation avait l’avantage de dévaluer l’endettement qu’ils contractaient de façon continue tout au long de cette période avec les pays qui possédaient d’importants excédents commerciaux vis-à-vis d’eux, comme le Japon et l’Allemagne, les dépouillant ainsi du fruit de leur travail sans qu’ils n’aient rien à dire, et peut-être même sans qu’ils s’en aperçoivent.
Cette « astuce » fut cependant éventée par Jacques Rueff, le très compétent conseiller financier du général De Gaulle. Fort logiquement, ce dernier demanda alors aux É-U le paiement en or des excédents commerciaux que la France dégageait de ses échanges avec eux. La France y gagna beaucoup, car le dollar avait alors une valeur réelle considérablement plus faible [facteur de 2,2] que celle, toute théorique de 35$ l’once d’or, que Kennedy s’était imprudemment engagé à maintenir devant le Congrès contre vents et marée en 1961. Il avait été lui-même victime de l’illusion entretenue aux É-U depuis 1944, que le dollar s’identifiait à l’or, et dans ce pays où les croyances métaphysiques se créent facilement, cette illusion était devenue peu à peu l’un des facteurs de l’idéologie nationale. Leur hégémonie monétaire s’était peu à peu transformé en une réalité divine, éternelle. À cette époque déjà, les Étasuniens pensaient que leur « empire » était fait pour rester. Leur méconnaissance et leur désintérêt de l’histoire du monde allait bientôt leur jouer des tours.
On peut ainsi constater, dans ce domaine de la monnaie, l’un des nombreux effets négatifs pervers du sentiment pathologique de supériorité que le peuple étasunien entretient depuis la seconde guerre mondiale. Encore pourrait-on d’ailleurs faire remonter cette disposition d’esprit à celui des voyageurs du « Mayflower ». Rien ne se crée, tout se transforme !
Du fait de l’inflation monétaire irresponsable induite par la plupart des gouvernements des États-Unis, la situation devint vite intolérable pour eux, car elle avait entraîné une diminution considérable du stock d’or de Fort-Knox, et le 15 août 1971, le président Nixon prit une décision radicale en proclamant « Je déclare le dollar flottant » , détachant ainsi définitivement le dollar de l’or.
Alors que cet événement aurait dû remettre en question l’ensemble des dispositions arrêtées à Bretton Woods, l’habitude internationale acquise de considérer le dollar comme une valeur sûre lui permit de conserver son rôle dominant. Ayant usé et abusé jusque-là de ce rôle, le dollar était devenu progressivement de fait la monnaie des échanges internationaux, particulièrement sur le marché pétrolier et celui des matières premières. Sa domination de 27 ans avait en effet entraîné le déplacement de tous les marchés boursiers sur la terre américaine, confortant ainsi sa prééminence pour l’avenir, en dépit de tout changement qui pouvait survenir dans la nature même de sa monnaie, comme cette décision de Nixon qui la débarrassait définitivement de toute contrainte économique vis-à-vis du reste du monde .
Ce que l’on a oublié aujourd’hui, c’est que l’extraordinaire augmentation de richesse des É-U au cours du XXème siècle reposait sur une injustifiable inégalité du statut monétaire des nations, et non sur une filiation biblique dont il plaît toujours aux Étasuniens de se réclamer. Jusqu’à aujourd’hui, cette richesse était considérée comme le résultat de talents particuliers aux « Américains ». En réalité, ces « talents » relevaient d’une escroquerie financière géante, et la crise qui a débuté il y a deux mois va probablement avoir pour principal avantage de retirer aux É-U ce privilège inavouable de pouvoir produire de la richesse en imprimant du papier.
Cette crise devrait assez rapidement déboucher sur la tenue d’une nouvelle conférence de Bretton Woods, où le dollar sera contraint de renoncer à tous ses pouvoirs. Que les Etats-Unis jouent dans leur cour avec leur monnaie, cela les regarde. Mais que le reste du monde en reçoive les éclats négatifs est insupportable, et ne doit plus être toléré.
Déjà, dans le monde, on s’inquiète de la détérioration du dollar, puisqu’il s’avère ne plus pouvoir jouer son rôle de valeur de réserve. On sait que le Venezuela et l’Iran se trouvent en pointe dans cette démarche, de telle sorte que l’on néglige leur opinion, car on connaît leur opposition radicale aux Etats-Unis. Mais ce dont on parle moins, et qui est pourtant beaucoup plus sérieux, ce sont les conversations entre les Émirats Arabes Unis et le Qatar à propos d’un projet de création d’une monnaie du golfe persique, de manière à protéger leurs revenus, que la faiblesse récurrente du dollar menace. C’est aussi la Russie qui cherche à vendre désormais son gaz en roubles. C’est ensuite l’Europe et la BCE, qui pensent sérieusement à remplacer le dollar par l’euro, ce qui pourrait expliquer que Jean-Claude Trichet pratique une politique de taux d’intérêt rigoureuse, comme pour bien montrer que l’euro possède les qualités nécessaires pour prendre le relais du dollar. C’est enfin la Chine, dont le yuan devient de plus en plus la devise commerciale préférée dans les transactions inter-asiatiques. Et toujours la Chine, qui, avec plus de mille milliards de réserves monétaires en dollars a commencé l’achat d’actifs bancaires aux Etats-Unis sous prétexte de leur venir en aide, mais qui cherche de cette manière à protéger la valeur de ses réserves « dollar » en les convertissant en actifs, troquant ainsi une devise en déshérence contre des biens dont la valeur est indépendante de la monnaie qui l’exprime.
Qu’on ne s’y méprenne pas ! Les Etats-Unis ne traversent pas une crise ordinaire. L’immensité de leur dette internationale, la délocalisation de près de 40% de leur industrie dans les pays en développement, une épargne nulle, un territoire de plus en plus souvent ravagé par des tornades d’une violence croissante à mesure que l’effet de serre progresse, une population dont l’alphabétisation régresse et dont 25% est obèse, ne disposent plus ce pays à rester le maître du monde. Son heure est maintenant passée.
Il lui reste cependant une puissance matérielle, et notamment militaire, dont il pourrait vouloir user pour s’accrocher à sa splendeur passée, dans la paranoïa qui le traverse depuis le 11 septembre 2001. On peut donc s’attendre à des convulsions erratiques et aventureuses, avant que l’aigle n’avoue ses ailes brisées.
J’y reviendrai.
© André Serra
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Publié par André Serra dans Géopolitique, Opinion, Politique, Réflexion, Économie, tags: crise, dollar, euro, Europe, Géopolitique, subprime, taux d’intérêt
Taux d’intérêt : Jean-Claude Trichet a raison
Les commentaires sur le maintien du taux de base de la BCE montre une détermination du public à considérer ce malheureux taux comme une sorte d’élixir de croissance négative ou positive. Comme on va le voir, c’est loin d’être le cas.
En tous les cas, il faut cesser de vouloir emboîter le pas des Étasuniens à tout propos. La déconfiture de leurs valeurs technologiques en 2000 et la récente débandade des subprimes sont pourtant des exemples probants que leur soi-disant compétence économique et financière est à relativiser prudemment. Leur petite croissance de 2007 de 2,2% qui vient d’être annoncée en première évaluation se trouve dans un mouchoir à coté de celle de l’Union européenne, en attendant qu’elle soit discrètement revue à la baisse dans quelques semaines, comme c’est dans la pratique de la FED de le faire lorsqu’elle a un mauvais chiffre à annoncer.
Il en est ainsi du regard porté par l’opinion publique sur la décision de Jean-Claude Trichet, patron de la BCE [Banque centrale européenne], de ne pas suivre Ben Bernanke, Président de la FED [Fédérale réserve des É-U], dans son plongeon vers les abysses de son taux d’intérêt de base, de 4,50 % à 3 % en moins de deux semaines, en le présentant comme un acte héroïque devant sauver les É-U de la récession.
Je voudrais simplement énumérer ici quelques données qui montrent au contraire la grande lucidité dont a fait preuve Jean-Claude Trichet dans cette affaire.
Baisser le taux d’intérêt n’est pas toujours utile,
et peut même être quelquefois dangereux
En premier lieu, l’histoire récente montre de nombreux exemples de taux d’intérêt bas coïncidant avec une très faible croissance, et de taux d’intérêt élevés coïncidant avec des phases de croissance rapide. Depuis 1990 environ, le Japon pratique des taux d’intérêt voisins de 0% compte tenu de l’inflation, et pourtant il connaît une croissance rampante qui ne parvient pas à sortir le pays de la déflation, en dépit de son idéologie des taux d’intérêt.
Pire, c’est son attitude laxiste qui a permis aux sociétés financières étasuniennes d’emprunter des sommes faramineuses sur le marché japonais à des conditions de coût dérisoire, puis de les replacer sur le marché des É-U à un taux plus élevé [carry trade ]. Or, c’est cette disponibilité de capitaux très abondants et peu chers, qui a entraîné l’invention des “subprimes “. Ce mécanisme subtil consistait à arnaquer de pauvres gens, en leur faisant croire que l’augmentation indéfinie de la valeur de leur maison leur permettrait de rembourser leur emprunt à taux variables. Il était parfaitement prévisible que cette innovation se termine par une crise de la construction et la saisie d’un nombre considérable de maisons dont les acheteurs n’ont plus les moyens de supporter les hausses de taux pratiqués tardivement par la FED, pour tenter d’arrêter cette croissance pathologique. Il était beaucoup trop tard, cette croissance exponentielle fictive est en train de déboucher sur une décroissance exponentielle, celle-là bien réelle, et sans solution crédible. Je reviendrai sur ce sujet dans un autre article.
Les É-U pour leur part, ont à leur tour pratiqué des taux très bas de 2001 à 2004, jusqu’à 1,5 %, inférieur à celui de l’inflation, pour relancer la croissance des É-U après la crise des valeurs technologiques. La réussite a été totale, mais elle se prolonge actuellement dans un chaos financier mondial indescriptible. À nouveau, la FED fait actuellement descendre les taux, comme si c’était une panacée. L’opinion inculte en est ravie, mais le principal effet de cette mesure sera une chute prononcée du dollar, et par conséquent une fuite des capitaux. Belle solution en effet ! Mais effet placebo tout de même, puisque les étasuniens, naïfs comme toujours, font remonter les cours de la bourse comme si cet expédient allait leur éviter la débandade économique !
Les situations des É-U et de l’Europe sont très différentes
En second lieu, si la baisse des taux pourra favoriser quelque peu les exportateurs étasuniens, encore faudrait-il qu’ils aient quelque chose à exporter, 40 % de l’industrie du pays ayant été délocalisée un peu partout. En revanche cette baisse entraînera parallèlement la hausse du coût des importations, et notamment celui des matières premières, et défavorisera par conséquent ceux des exportateurs dont les produits sont constitués de matières premières importées.
C’est donc ce qui se passerait en Europe si Jean-Claude Trichet suivait l’initiative de Bernanke. La hausse toucherait particulièrement chez elle les produits énergétiques, et notamment le pétrole, mais pas seulement, car l’Europe est relativement pauvre en matières premières.
On voit donc que les choses ne sont pas aussi simples que les chroniqueurs superficiels peuvent se l’imaginer, car il n’est absolument pas certain que le résultat global de l’opération serait positif.
Si la baisse des taux n’entraînerait pas nécessairement la croissance, plusieurs autres paramètres seraient plus efficaces pour l’améliorer si on y avait recours. Mais voilà, ce serait beaucoup plus compliqué, contraignant et lent que de changer un simple taux d’intérêt. J’en citerais celui qui, de loin, me semble le plus important : l’augmentation de la productivité, c’est-à-dire faire plus avec moins. Lutter contre les habitudes de pensée, amincir les procédures, réanalyser tous les processus, alléger les structures. Bien sûr ce serait plus fatigant ! Une œuvre de long terme évidemment, mais plus tôt on la commencera, plus tôt on inversera le déclin économique de l’Europe.
Baisser les taux entraîne une fuite des capitaux, comme on vient de le voir, parce qu’ils sont toujours à la recherche d’une rentabilité maximale. C’est d’ailleurs probablement la raison pour laquelle la FED a descendu son taux de base de 4,25% à 3 % en un peu plus d’une semaine. Je crois que Bernanke a administré cette potion brutalement dans l’espoir que la BCE le suivrait sous la pression de l’opinion publique européenne, et pas seulement pour relancer l’économie. Il faut toujours chercher la stratégie géopolitique sous les actes politiques apparemment les plus anodins. Heureusement, Trichet a tenu bon. Baisser les taux aurait eu pour effet d’entraîner rapidement des hausses de prix à la consommation en Europe, et alors une opinion publique irresponsable se serait plainte de ces hausses sans se souvenir de ses critiques passées.
L’Euro, future monnaie internationale
Enfin, en troisième lieu, mais c‘est peut-être le point le plus important dans le tournant géopolitique actuel, il nous faut prendre conscience du fait que nous nous trouvons au début d’une phase de l’économie mondiale qui pourrait sous-tendre le plus grand bouleversement géopolitique du monde depuis la seconde guerre mondiale, mais dont l’opinion publique se désintéresse complètement. Je m’explique.
Le rôle du dollar en tant que monnaie internationale pour le règlement des transactions commerciales est sévèrement contesté par l’ensemble de la planète, du fait de son instabilité et de son imprévisibilité, car les É-U gèrent leur monnaie en fonction de leurs intérêts intérieurs et ne se préoccupent nullement des conséquences de leurs décisions sur le reste de la planète. Cette contestation est particulièrement forte chez les vendeurs de matières premières, notamment de gaz et de pétrole, car lorsque le dollar vacille, les revenus pétroliers diminuent, et lorsqu’il grimpe, ils ne savent plus quoi faire de leur argent et le prêtent aux É-U pour qu’ils puissent boucler leur budget. Actuellement ces pays réfléchissent avec beaucoup d’intensité à ce problème récurrent, et envisagent de remplacer le dollar par l’euro dans l’établissement de leurs factures. C’est notamment le cas de la Russie et de tous les pays exportateurs de pétrole.
L’Europe de l’euro tirerait de cette substitution des avantages économiques considérables, avantages que les É-U ont eux-mêmes tirés jusqu’ici de la position prééminente du dollar. Par exemple, Airbus n’aurait plus de problèmes financiers induits par les fluctuations du dollar, puisque ses commandes seraient établies en euros. Je m’étendrai plus longuement sur cet intérêt une autre fois, pour éviter un développement trop long, mais c’est un sujet d’importance.
Pour expliquer leur position anti-dollar, on souligne souvent le fait que l’Iran et le Vénézuéla sont des opposants déterminés à l’hégémonie étasunienne, mais il ne faut pas mélanger les problèmes. Les six Émirats du golfe sont également en train de se concerter sur le sujet. Ils étudient même la possibilité de créer une monnaie collective pour assurer le règlement des transactions pétrolières des États du golfe persique. De son côté, la Russie prépare un plan de remplacement du dollar par le rouble pour les paiements du gaz de Sibérie
Ce n’est donc pas au moment crucial où le dollar va encore une fois vaciller et que l’euro est en bonne position pour le remplacer, qu’il faut affaiblir sa valeur et donner ainsi du crédit aux solutions concurrentes qui sont étudiées ailleurs. L’une de ses forces majeures est précisément sa stabilité et la crédibilité politique de la BCE. Il serait irresponsable de les gâcher en suivant les errements de l’oncle Sam. Enfin, il ne faut pas perdre de vue que certains états européens ne se sont pas encore ralliés à l’euro et sont postés en observation : Grande Bretagne, Norvége, Suède, Danemark, Suisse, Lichtenstein. Si l’euro venait à prendre la place du dollar comme monnaie du monde, on peut parier sans grande chance de se tromper que tous ces pays-là voudront être de la fête, même la Grande Bretagne.
Bien entendu, Jean-Claude Trichet ne peut faire publiquement état de cet argument essentiel. Il faut le comprendre.
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Le système monétaire est maintenant entré dans une crise que la planète mondialisée ne peut plus supporter. Plus qu’à n’importe quel autre moment dans l’histoire, le monde a besoin d’une monnaie dont la valeur soit stable, et ne varie pas en fonction des errements économiques d’une seule nation, eusse-t-elle la première armée de la planète.
Cette impérieuse nécessité résulte du fait que le monde est à présent largement décloisonné. À présent, les frontières économiques entre nations se résument à peu de chose, et de X-round en X-round, les dernières auront disparu avant la fin de la décennie.
Or, depuis les accords de Bretton woods signés en juillet 1944 au lendemain de la seconde guerre mondiale, par 44 États réunis dans le cadre de la conférence monétaire et financière des Nations Unies, pour résoudre les problèmes monétaires stagnants depuis 1929, mais considérablement aggravés par les destructions de la guerre, le dollar a régné continûment pendant les 63 années qui se sont écoulées depuis lors, sur les paiements internationaux.
Cette solution se justifiait pleinement en 1944, étant donné le complet dénuement économique des belligérants, à l’exception des États-Unis. Mais ces accords n’avaient pas été prévus pour une période aussi longue et aucune clause de révision n’y avait été insérée.
Le dollar était ainsi devenu la monnaie du monde, puisque toutes les autres reçurent une valeur en référence exclusive à lui, et que les ajustements entre elles et le dollar se firent alors par des dévalorisations et des revalorisations par rapport à lui également, et non plus par rapport à l’or comme c’était le cas avant la guerre. Par contre, de son côté le dollar tenait sa propre valeur de l’or, puisque l’once de celui-ci avait reçu la valeur fixe de 35 $.
À partir de là, les États-Unis pouvaient émettre autant de dollars en papier qu’il leur plaisait, sans en éprouver aucune gène économique. Leurs déficits pouvaient alors être comblés librement, sans pour autant recourir à l’impôt, ce qui était cependant la seule méthode pour tous les autres pays. On peut dire que le monde a donc été mis en coupe réglée par les États-Unis pendant toute cette longue période. Incroyable exploitation !
Le statut de ce grand pays et la reconnaissance que l’Europe lui portait pour la libération du fascisme hitlérien, qu’il avait réussi, lui autorisait des débordements que personne n’osait pointer du doigt. À l’exception cependant notable du général de Gaulle, qui décida de se faire rembourser systématiquement en or les dollars gagnés par la France, ce que permettaient les accords de Bretton Woods.
Mais si les abus financiers des É-U étaient passivement subis par le monde entier, ils finirent par avoir des conséquences négatives sur leur propre pays. Dotés de poches aux dimensions indéfinies, Ils se lancèrent dans toutes sortes de programmes sociaux, scientifiques et militaires, comme «aller dans la Lune » ou «guerroyer au Vietnam », l’un sans autre intérêt immédiat que celui de se pavaner sur les écrans de télévision, et l’autre en croyant qu’une armée de bourgeois bien nourris pourrait avoir raison d’un peuple qui se contentait d’une boule de riz par jour. Ce qui ne les a d’ailleurs pas empêchés de chercher à se faire botter le train une seconde fois en Irak.
Toujours est-il que le dollar s’usait sous ces épreuves. Les banques centrales du reste du monde commençaient à troquer leurs dollars contre l’or de Fort Knox, et la valeur réelle de cette malheureuse monnaie correspondait de moins en moins à une once d’or pour 35 $. Peu à peu Fort Knox se vidait, et, pour éviter une banqueroute, Nixon libéra le dollar de son assujettissement à l’or en août 1971, et lui permit de flotter sur les marchés des changes comme une vulgaire matière première.
Le dollar avait perdu sa référence hégémonique, mais la force de l’habitude prise par les autres nations de le considérer comme l’arbitre de l’économie mondiale, fit qu’il continua d’être considéré comme la référence monétaire pour toutes les transactions internationales, et notamment pour les matières premières et bien sûr pour le pétrole, et que l’endettement des É-U continua de prospérer sans retenue.
Mais, tant va la cruche à l’eau qu’à la longue elle se casse. Et c’est ce qui est en train de se passer. Jamais plus le dollar ne remontera à sa valeur passée, et continuera au contraire à chuter d’année en année. Son chemin est en effet bordé de deux insondables précipices, et c’est son taux d’intérêt qui va précipiter sa chute dans l’un ou dans l’autre. Si la FED [Federal reserve : banque centrale des É-U] baisse son taux d’intérêt, le pays entrera dans une période d’inflation galopante qui lui garantira une crise sociale peut-être supérieure à celle de 1929, et s’il l’augmente, c’est dans une période de déflation qu’il entrera, associée à un tout autre type de crise sociale, à base de chômage généralisé.
Certains analystes parlent d’une baisse de la valeur du $ de l’ordre de 90 % en deux ou trois ans. Je serais moins féroce. À dire vrai cette baisse ne peut être prévue avec précision, mais je ne serais pas étonné que la devise étasunienne perde la moitié de sa valeur en aussi peu de temps.
Les créanciers des É-U sont nombreux : les Chinois, les Japonais, les Européens et les pétroliers arabes possèdent suffisamment de dollars à eux tous pour pouvoir acheter la moitié des É-U. S’ils lâchent trop brutalement le dollar, ils savent qu’ils peuvent perdre des fortunes, mais ils savent aussi que s’ils attendent trop longtemps pour le faire, leur perte pourrait être plus importante encore. Enfin, tout le monde sait que le premier qui se lancera dans la liquidation de ses réserves en dollars, lancera également une curée générale, dont l’humanité pourrait mettre longtemps à se remettre.
Alors, mon avis est que l’idée va bientôt naître de revenir à Bretton Woods pour une nouvelle «Conférence monétaire et financière des Nations Unies », où les É-U se présenteront cette fois la queue entre les jambes. Mais, en dépit du titre que j’ai donné à mon article, je ne pense pas qu’une autre devise remplacera le dollar. Je crois plutôt que, pour un monde devenu multipolaire, on créera une devise neutre, sous la forme d’un panier des principales devises du monde que l’on réajustera, disons tous les quatre ans.
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