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Posts Tagged “Etats-Unis”

Le dollar est sans doute entré dans une transition qui, du statut de devise internationale toute puissante le ramènera à celui d’une devise nationale ordinaire. Il n’y aura rien eu là de déshonorant, mais simplement le résultat d’une transition économique logique construite par des politiques impériales insoutenables à long terme.
La série de crises économiques initiée en 1999 par le krach des valeurs techno¬logiques a été le résultat d’une fuite en avant continue des É-U pour dépasser ses déséquilibres internes au moyen d’un endettement croissant de tous les étages de leur économie : particuliers, entreprises, États fédéraux, État fédéral. Les deux dernières images sympto¬matiques de cette longue transition sont celles des faillites de la Général Motors dans l’industrie et de la Californie en politique. Celles des particuliers sont devenues endémiques et celle de l’État fédéral elle-même approche chaque jour à grande allure.
La propagande politique et médiatique des É-U exercée pour faire croire à une sortie de crise prochaine, reprise d’une façon assez lamentable par les médias des pays de l’OTAN n’est que poudre aux yeux. Nous approchons en ce moment du krach monétaire final. Son symptôme principal est le fait que, des plans de relance définis par l’administration Obama, très peu de dollars ont été réellement distribués dans l’économie, sans doute retenus par l’évidence que l’impression de billets sans valeur déclencherait ce krach à coup sur.
Les pays qui possèdent d’importantes réserves monétaires libellées en dollars étasuniens, sont donc amenés à craindre l’effondrement d’une devise dont la valeur ne tient plus que par la mythification qui en a été faite depuis 1944, mais dont les É-U sont devenus incapables de maintenir la stabilité.
Ces pays-là ne sont nullement dupes, comme les Européens semblent l’être encore, d’une soi-disant valeur refuge du dollar, car eux n’ont jamais fondé leurs avenirs de développement sur une quelconque mythification de « l’Amérique », dans laquelle les Européens sont tombés depuis la victoire des É-U sur l’Allemagne nazie, lesquels en ont fait ensuite des États supplétifs de leur propre puissance.
Après un temps d’observation après l’arrivée d’Obama à la tête des É-U dans une aura de rédemption étasunienne qui reste à venir, les faits ont déterminé l’action de ces pays riches en dollars à engager des opérations visant l’éviction du dollar comme monnaie du monde, avant que celui-ci ait réussi à ruiner totalement la planète pour sauver les É-U du désastre.
Cette action est maintenant engagée. La Russie a tiré les premiers boulets, et la Chine a suivi rapidement. Toutes les personnalités chinoises appellent l’une après l’autre les pays émergents à se joindre à une alliance tactique qui ne dit pas son nom. Elle est composée des pays de l’OCS [Russie, Chine, Kazakhstan, Kirghizistan, Tadjikistan et Ouzbékistan] et de ses quatre pays observateurs, l’Inde, l’Iran, la Mongolie et le Pakistan.
[ Il est à noter au passage que les récents événements politiques d'Iran pourraient trouver une explication dans des considérations géopolitiques, le candidat Moussavi étant suspecté de vouloir rejoindre l'OTAN une fois élu - on y reviendra ]
S’ajoutent à l’OCS le Brésil, amenant avec lui les pays du Mercosur, et l’Afrique, tirée par la Chine, mais aussi les États pétroliers du Moyen-Orient. Six des monarchies pétrolières groupées dans « Le Conseil de Coopération du Golfe (CCG) = Arabie saoudite, Bahreïn, Koweït, Oman, Qatar » ont décidé de créer une « devise du Golfe » au sein d’une union monétaire destinée à leurs transactions pétrolières, jusqu’ici traitées en dollars étasuniens, afin de protéger leurs revenus et leurs réserves. Cette nouvelle monnaie devrait naître le 1er janvier 2010, sa banque centrale installant son siège à Ryad.
Toutefois Oman s’est rapidement retiré du projet monétaire et plus récemment, le Koweït en a fait autant, en choisissant de baser sa monnaie sur un panier de devises étrangères, ce qu’envisage pourtant le CCG pour les débuts de sa devise dans le monde financier. Tout n’est cependant pas encore joué. Il reste du temps d’ici le 1er janvier 2010, et d’ici là les autres initiatives monétaires dans le monde feront probablement évoluer les choses.
Il est en effet vraisemblable que ce groupement d’États du Moyen-Orient rejoindrait une initiative plus globale si elle débouchait assez vite, car le temps presse. Les pays qui disposent de réserves importantes en dollars ont en effet besoin d’une solution rapide pour les protéger de la chute de la monnaie étasunienne, inévitable dans un avenir proche.
Malgré les déplacements successifs en Chine d’Hillary Clinton (21-02-09), Secrétaire d’État, de Timothy Geithner (01-06-09), Secrétaire au trésor et de Lawrence Summers, chef des conseillers économiques de la Maison Blanche, pour tenter de convaincre ce pays que la gestion du dollar rentrerait dans l’ordre une fois la crise passée, il est clair, à la lumière des récentes déclarations de plusieurs autorités chinoises exigeant la création d’une unité monétaire réellement internationale, que le blabla étasunien n’a pas rencontré un niveau de réponse dépassant la simple courtoisie de la part des Chinois, et a suscité au contraire beaucoup de scepticisme lorsque ces ministres promirent de réduire le déficit de leur pays et de payer ses dettes.
Les É-U ont tort de prendre les autres pour des imbéciles. Le temps n’est plus où le monde entier marquait une grande déférence envers ce pays. Qu’il prenne bien garde au coup de pied de l’âne ! Il pourrait payer très cher la suffisance qu’il affichait au temps de son hégémonie passée.
Seuls les Européens s’entêtent encore à rester aux côtés des Étasuniens. L’euro aurait pu constituer un candidat valable pour remplacer le dollar comme devise de référence mondiale, et j’ai pensé longtemps moi-même que c’était la stratégie de Jean-Claude Trichet que de lustrer l’euro afin de le rendre présentable. Mais il faut bien se rendre à l’évidence. Après les dernières élections à l’assemblée européenne de Strasbourg, qui ont affiché un score d’abstentionnisme de 60%, il est devenu tristement apparent que l’Europe politique n’existerait pas avant longtemps. Or, il est impossible que l’euro puisse se présenter comme un candidat possible à devenir une monnaie de référence internationale, s’il n’est pas soutenu par un ensemble politique uni et stable. Ce n’est pas le cas. Les Européens n’ont pas le sens de la géopolitique et ne l’auront pas avant longtemps. Finalement, ils sont aussi conservateurs que les Étasuniens. Ils attendent le déclin.
Demain 8 juillet, le G8 se réunit en Italie. On n’en attend pas grand chose, comme d’habitude. Toutefois, un point majeur pourrait y être atteint sur le plan monétaire : la Chine a demandé que le G8 débatte de sa proposition de créer une nouvelle monnaie de réserve mondiale lors de cette réunion (Reuters).
Enfin, précisons qu’en même temps que le G8 se tiendra le G5, composé du Brésil, de l’Inde, de la Chine, du Mexique et de l’Afrique du sud, le tout complété par l’Égypte, soit un G14 au total, et le 9 juillet devrait être publié un communiqué commun du G14 pour la première fois.
Si le communiqué final de ce G14 ne fait pas état de la proposition de la Chine, ou si ce qui en sera dit va dans le sens de son évitement, il sera clair que la guerre monétaire mondiale aura commencé, car trop d’états dans le monde attendent la fin de l’hégémonie monétaire des É U, qui a fait tant de mal dans le monde depuis un demi-siècle.
Par là, les camps seront également désignés. Autour du dollar, les É-U bien sûr, et tous les États occidentaux de l’OTAN. Autour de l’idée d’une éviction du dollar, tous ou presque tous les pays émergents, essentiellement les pays de l’OCS et leurs associés, le Brésil et les pays du Mercosur, qui ont d’ailleurs aussi un projet d’union monétaire sur leurs tablettes, les pays composant le BRIC et probablement la CCG ainsi que la plupart des monarchies pétrolières, après qu’ils aient pu observer les premières escarmouches, et vérifier de quel côté tombaient le plus grand nombre d’obus efficaces. Il est trop tôt pour faire des pronostics, mais cette bataille sera passionnante.
Toutefois, quelques informations pour terminer cet article permettront une première approche des forces en présence?:
- la Chine accentuera le bloc du yuan en Asie, et mettra en difficulté le Japon sur ce point, maintenant qu’elle est devenue le premier acheteur de ce dernier.
- en second lieu la Chine diminuera probablement le montant de ses achats de bons du trésor des É-U. Elle a d’ailleurs commencé à restructurer ses réserves en remplaçant progressivement ses bons à long terme par des bons à très court terme, moins rémunérateurs mais plus liquides que les autres, lui procurant ainsi un champ de manœuvre financier plus fluide. Et elle en a également réduit le volume, en achetant de fortes quantités de matières premières, et en consacrant une partie de ses réserves à acquérir des actifs industriels à l’étranger, bradés bon marché du fait de la récession. La perte d’exportations vers ce pays qui pourrait résulter de la fonte des bons du trésor des É U sera beaucoup moins problématique que l’ont cru jusqu’ici beaucoup d’analystes, et ceci pour deux raisons :
- D’abord, une grande part des produits exportés le seront encore, car les moyens de les fabriquer n’existent tout simplement plus aux É-U, en raison de la politique de délocalisation qu’ils mènent depuis bientôt trente ans, et il faudra beaucoup de temps à ce pays pour reconstituer une base industrielle concurrentielle crédible. Ils ne disposent plus, ni des machines, ni des techniciens nécessaires, pour fabriquer ces produits.
- Ensuite, les Chinois ont mis à profit la première année de crise pour retourner le marché des produits les plus fragiles à l’export, vers leur propre marché intérieur, par la mise en place de nombreuses dispositions de tous ordres, afin que leur marché soit en mesure de les absorber, notamment par les 800.000 paysans au niveau de vie très faible.
Un exemple de ces mesures fut la hausse du prix des produits agricoles, dégageant ainsi immédiatement d’importants revenus supplémentaires. Je suis persuadé qu’un tel plan avait été préparé bien avant le déclenchement de la crise, et que les prix agricoles avaient été maintenus fort bas en vue de ce plan. J’ai d’ailleurs évoqué ce point dans un article de 2008, ce que personne n’avait perçu, les analystes se contentant de critiquer la misère dans laquelle les paysans étaient maintenus, sans voir plus loin que le bout de leur nez.
La Chine est donc prête au combat, et se trouve désormais en position de force.
- il se pourrait que la Russie adopte le yuan, car cela a été suggéré en juin par le ministre des finances russe, Alexeï Koudrine. Il est peu probable qu’il ait fait cette déclaration de sa propre initiative.
- Comme la Chine, le Japon, la Russie et le Brésil ont restructuré le volume de leurs réserves. Toutes ces opérations se sont déroules dans le plus grand silence médiatique,
- Joseph Stiglitz, prix Nobel d’économie et ancien vice-président de la Banque mondiale a déclaré en marge d’une conférence des Nations Unis sur la crise financière : « Je pense que ce que la Chine fait constitue une déclaration claire concernant le fait que le dollar ne sera plus la seule base de la monnaie de réserve (…) Le monde se débarrasse du système de réserve en dollars (…) Et ce dont nous avons besoin dans une économie mondiale est un système de réserve mondial. Se débarrasser donc du dollar en constitue la première étape. »
- Au dernier sommet de l’OCS à Iekaterinbourg à laquelle l’Inde et le Brésil ont assisté, on a déclaré qu’il n’y avait pas d’autre choix que de rechercher une alternative au dollar. Cette déclaration montre l’étroite connexion actuelle entre la Russie, la Chine, l’Inde et le Brésil, donc avec l’Amérique du sud et la région indo-pacifique. Observation importante : les É-U avaient demandé à assister en tant qu’observateur à ce sommet. Cela leur a été refusé.
- Une tribune publiée le 14 octobre 2008 en première page du Quotidien du peuple, journal officiel du gouvernement chinois, affirmait déjà que les É-U pillait la richesse mondiale en utilisant la position dominante du dollar, et Pour corriger cette situation inacceptable, l’auteur appelait les pays d’Asie et d’Europe à bannir le dollar de leur relations commerciales directes, en utilisant uniquement leurs propres monnaies. L’auteur poursuivait en disant que cette action ne serait qu’un simple point de départ pour renverser la domination du dollar.
- La Chine a passé des accords bilatéraux avec l’Argentine et le Brésil en avril 2009 pour effectuer leurs échanges commerciaux en renminbi (yuan).
- les six pays de l’OCS et les pays du BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine) ont l’intention de commercer dans leurs propres monnaies, de manière à profiter eux-mêmes du crédit que les É-U mobilisaient jusqu’ici à leur profit grâce à l’usage du dollar.

Lorsque toute ces mesures seront entrées en application, il est vraisemblable que les É-U feront une triste mine, et ils n’ont plus guère de pouvoir pour s’y opposer, autre que la propagande et les médias.
À suivre.

© André Serra http://andreserra.blogauteurs.net/blog/

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Depuis le milieu de l’année 2008, les économistes patentés passent une partie de leur temps à se demander si la crise actuelle ressemble ou non à celle de 1929. En restant sur le terrain strictement financier, ils ne risquent pas de trouver la bonne réponse. Depuis l’explosion des subprimes, toute analyse s’exprime en dollars, et d’une manière générale en monnaie, comme si toute chose se mesurait nécessairement avec cette unité parfaitement artificielle.
Les économistes restent donc sur la touche, car la société se mesure avec bien d’autres unités que celle-là, dont la valeur change à tout instant selon la spéculation du moment.
Deux aspects particuliers de ces deux époques, parmi beaucoup d’autres, suffisent cependant à montrer leurs différences, et à montrer que leur comparaison exclusivement financière ne peut mener à aucune prospective intelligente, et surtout ne peut servir à concevoir une stratégie permettant de mettre fin au maelström économique que la planète traverse actuellement.
- En premier lieu, la composition de la population de 1929 était foncièrement différente de celle de 2008. Plus de la moitié des populations vivait de l’agriculture dans de petites communautés rurales ou de villes de faible importance, et se trouvait ainsi moins affectée par la crise. Or de nos jours, cette population rurale ne constitue plus guère que 3 à 5% de la population totale, suffisant à produire la plus grande partie des produits alimentaires nécessaires à la population totale.
Le chômage ne pouvait donc toucher en 1929 qu’une fraction de la population totale. S’il a entrainé une grande misère, ce n’est pas tant que le nombre des sans emplois était considérable, que parce qu’il n’existait pas de protection sociale à l’époque, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui.
En revanche, de nos jours la part de la population exposée au chômage est beaucoup plus importante, non parce que les effectifs salariés sont plus importants, mais parce que l’imbrication des activités industrielles et de service a transformé l’économie en un immense puzzle où tout se tient, et qu’ainsi la fermeture de la moindre entreprise peut provoquer un effet domino considérable de chômage susceptible de toucher la totalité d’un grand pays à travers un immense réseau d’entreprises qui dépendent les unes des autres.
En 1929, cette imbrication étant moins avancée, seules certaines régions industriellement très concentrées subirent la crise. À l’inverse, la crise actuelle se répand sans limite géographique.
- En second lieu, la structure des revenus de 1929, et par conséquent des dépenses, n’avait rien à voir avec celle qui est la nôtre en 2009. En 1929, entre 70 et 90% des revenus étaient consacrés à l’alimentation, au logement et à l’épargne, soit des dépenses incontournables.
Aujourd’hui, l’alimentation et le logement prennent moins de 50% des revenus totaux, auxquels il convient d’ajouter l’endettement, la plus grande partie du reste étant constituée de dépenses évitables ou reportables : renouvellement de la voiture, vacances et loisirs, voyages, remboursement des dettes, etc. Toutes choses dont il est possible de se passer ou d’en différer la dépense. Par exemple, les Étasuniens avaient pris l’habitude de remplacer leur véhicule tous les deux ou trois ans. Or, quoi de plus facile que de porter ce délai à 5 ou 6 ans, lorsque l’on sait que son emploi peut être à tout moment supprimé.
C’est ce qui explique que l’épargne moyenne des citoyens des É-U soit passée de -3% en décembre 2007 à +6,9% en mai 2009, comme par miracle. Ce n’aurait pas été possible en 1929. Quelle a été la contrepartie de ces 9,9% (3+6,9) de revenus économisés ? Et bien l’augmentation du chômage par la baisse de la consommation, tout simplement, et la baisse des importations.
Je n’ai pas pris la peine de fournir dans cet article une grande quantité de statistiques précises. L’ordre de grandeur des données utilisées me semble suffisant pour comprendre que les deux crises que nos économistes veulent obstinément comparer, n’ont rien à voir l’une avec l’autre, et que, tant que l’endettement des Étasuniens ne sera pas revenu à un niveau où ils considèreront que tout risque est écarté pour eux, cette crise perdurera et conduira le pays à sa perte. C’est être très naïf que de croire proche la sortie de crise, alors que cette annonce n’est que pure propagande politique.
Or, si j’ai bien compris ce que le gouvernement des É-U a trouvé comme solution à la crise, c’est de pousser les consommateurs à s’endetter de nouveau, en fournissant aux banques des monceaux de billets de dollars fraîchement imprimés, en attendant la crise suivante qui ne manquera pas de se produire pour les mêmes raisons, mais avec un dollar qui aura entre-temps perdu son pouvoir hégémonique.
Les politiciens et les consommateurs étasuniens ne parlent sans doute plus la même langue.

© André Serra http://andreserra.blogauteurs.net/blog/

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Depuis près d’une semaine, le $ grignote progressivement l’€ . En revanche, il est lui-même grignoté par le yen et le yuan. Quelques analystes en ont profité pour expliquer qu’une tendance à considérer le $ comme une valeur de refuge serait de retour en ce temps de détraquage de l’économie mondiale.
Ces analystes me semblent quelque peu perturbés par la valse étourdissante des commentaires et des nouvelles économiques qui parcourent les ondes hertziennes dans tous les sens en ce moment.
Comment le $ pourrait-il encore être considéré comme une valeur de refuge aujourd’hui, alors que la dette des É-U est actuellement de 10.000 milliards de dollars ? Leur déficit budgétaire représente actuellement 5% de leur PIB, sans y inclure les 700 milliards du plan de sauvetage des banques, dont l’existence matérielle est problématique. La quasi faillite de l’industrie automobile vient d’être annoncée, après la montée du chômage à 6.5%, suite à la perte de 320.000 emplois au cours des deux derniers mois ! Les Étasuniens croiraient-ils au père Noël ?
Il semble que la vraie raison de cette apparente bonne tenue du $ puisse être trouvée dans le retour au bercail d’importants avoirs étrangers d’entreprises et de citoyens étasuniens soucieux de régler des dettes aux échéances impératives. Mais cet effet est difficile à chiffrer, car une part importante de ces retours peut avoir suivi des circuits non officiels.
Voir : Il est grand temps que le $ cesse d’être la monnaie du monde.
***
En revanche, alors que les conditions difficiles que traversent actuellement les monnaies mondiales justifieraient une envolée de l’or, les cours du métal précieux restent collés depuis une dizaine de jours à l’intérieur d’une fourchette allant de 720 à 740$.
Deux explications sont possibles :
- d’une part, les institutions financières et les particuliers se départissent de quantités importantes d’or pour satisfaire leurs besoins de liquidités, la grande soif actuelle de l’économie,
- d’autre part, le FMI, détenteur de 4.000 tonnes d’or, a annoncé en début d’année son intention de se défaire d’une partie de ce stock pour couvrir ses frais d’opération. En effet, les ressources de cette institution internationale sont à peu près inexistantes aujourd’hui, en raison du fait qu’elle ne prête pratiquement plus rien depuis plusieurs années. Sa réputation de mettre à genoux les pays emprunteurs en raison des conditions draconiennes qu’elle leur imposait, a suscité des initiatives locales pour se passer de ses services, telles qu’on les observe en Amérique du Sud.
Rappelons-nous les émeutes de la fin du mois de décembre 2001 en Argentine, qui ont chassé le Président de la République, Fernando De la Rúa et le ministre des finances, Domingo Cavallo. Entre autres conditions, on avait imposé à l’Argentine de lier le peso au dollar par une parité fixe !!!
Les recettes du FMI ont donc progressivement disparu.
Or, le FMI a reçu au cours du mois dernier de nouvelles demandes de prêts pour répondre à la crise financière. Il a donc accepté de prêter un montant total de 30 milliards de dollars à l’Islande, l’Ukraine et la Hongrie. Une somme dont il n’a pas le premier sou. Il lui faut donc bien trouver rapidement des liquidités importantes pour pouvoir honorer ce nouvel engagement, qui n’est peut-être qu’un début. C’est donc là une bonne raison pour lui d’accélérer la vente de son stock d’or.
Nul doute cependant que d’ici quelques mois, peut-être avant, lorsque ces conditions particulières auront peu à peu disparu, la valeur de l’or remontera rapidement au delà des 800, 900 et sans doute 1000 $ l’once, et qu’en sens inverse le $ reprendra sa propension à chuter. C’est sans doute le moment d’en acheter, car il pourrait ne pas descendre plus bas que son cours actuel.
Selon les résultats de la réunion du G20 à Washington, le 15 novembre, cette inversion de conjoncture pourrait déjà commencer à apparaître.
@ André Serra http://andreserra.blogauteurs.net/blog/
Autre article à consulter : Dollar et Euro - quand le second remplacera-t-il le premier ?

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En pleine crise financière, le président Sarkozy proposa le mercredi 15 octobre au 27 membres de l’Union Européenne réunis à Bruxelles, de créer « un nouveau Bretton woods » et pour cela, de réunir « un sommet international avant la fin de l’année, à New York, là ou tout a commencé », après avoir déclaré : « L’Europe ne laissera pas cette crise sans conséquence » .
Au nom de l’UE, accompagné de M. Barroso, Président de la Commission européenne, soutenu par la chancelière allemande Angela Merkel et le Premier ministre britannique Gordon Brown, et au nom des 27 chefs d’État de l’Union, le président Sarkozy rencontre demain 18 octobre le président Bush pour le convaincre d’accepter un sommet mondial réunissant les membres du G20, comprenant, outre ceux du G7, les principaux pays émergents, l’UE, l’Argentine, l’Australie, le Brésil, la Chine, l’Inde, l’Indonésie, le Mexique, la Russie, l’Arabie Saoudite, l’Afrique du Sud, la Corée du Sud et la Turquie, ainsi que le nouveau Président des É-U, fraîchement élu. Cette rencontre aura lieu le 15 novembre à Washington.

L’objet de ce sommet est de dégager un consensus mondial sur une nouvelle organisation du monde financier, destinée à remplacer celle des accords de Bretton woods de 1944, car son obsolescence est devenue manifeste dès l’origine de l’énorme crise dans laquelle nous ont plongés l’impéritie des marchés financiers étasuniens et les tribulations du dollar.

En effet, bien que le 8 janvier 1976, les Accords de Kingston (Jamaïque) aient officiellement confirmé l’abandon du rôle légal international de l’or, la position hégémonique du dollar a perduré par habitude, ce dernier restant la référence obligée des transactions internationales et des statistiques mondiales. Il n’y avait pourtant plus de système monétaire international organisé depuis cette date. Aucun accord international n’exige donc plus depuis longtemps que le dollar soit utilisé à tout bout de champs. On peut parfaitement s’en passer. C’est d’ailleurs ce que font des entreprises de plus en plus nombreuses, en convenant entre elles de commercer sur la base de telle ou telle autre devise, ce qui présente l’avantage d’échapper à l’instabilité constante du dollar.
Dans un éblouissant discours prononcé la veille, le vendredi 17, à la tribune de l’Assemblée Nationale du Québec, dans la capitale de cette province francophone du Canada, Nicolas Sarkozy a énoncé avec force et conviction la volonté de l’Europe de changer les choses, et de réformer la structure financière de la planète, pour que plus jamais celle-ci ne soit confrontée au tsunami qui la balaie depuis plusieurs semaines.
En l’écoutant, on pouvait aisément se faire une idée de la force avec laquelle il affirmera la conviction de l’Europe devant le président sortant des É-U. En choisissant de proposer un tel sommet peu de temps avant le départ de Bush, et peu de temps après l’élection de son successeur, il place à l’avance ses futurs interlocuteurs dans une position de faiblesse, dans la mesure où ils ne pourraient qu’entrer en contradiction l’un avec l’autre, ou alors, pour éviter une telle situation, se neutraliser l’un l’autre.
Avant d’examiner les grandes lignes de ce qui pourrait résulter de ce sommet mondial, je crois intéressant de présenter un court extrait d’un article que j’ai publié le 5 décembre 2007, qui rappelait ce qu’étaient les accords de Bretton Woods, et les conséquences géopolitiques qui en étaient résulté, et préfiguraient déjà l’issue à laquelle la conjoncture de l’époque conduirait :
« …, depuis les accords de Bretton woods signés en juillet 1944 au lendemain de la seconde guerre mondiale, par 44 États réunis dans le cadre de la conférence monétaire et financière des Nations Unies, pour résoudre les problèmes monétaires stagnant depuis 1929, mais considérablement aggravés par les destructions de la guerre, le dollar a régné continûment pendant les 63 années qui se sont écoulées depuis lors, sur les paiements internationaux. »
« Cette solution se justifiait pleinement en 1944, étant donné le complet dénuement économique des belligérants, à l’exception des États-Unis. Mais ces accords n’avaient pas été prévus pour une période aussi longue et aucune clause de révision n’y avait été insérée. »
« Le dollar était ainsi devenu la monnaie du monde, puisque toutes les autres reçurent une valeur en référence exclusive à lui, et que les ajustements entre elles et le dollar se firent alors par des dévalorisations et des revalorisations par rapport à lui également, et non plus par rapport à l’or comme c’était le cas avant la guerre. Par contre, de son côté, le dollar tenait sa propre valeur de l’or, puisque l’once de celui-ci avait reçu la valeur fixe de 35 $. »
« À partir de là, les États-Unis pouvaient émettre autant de dollars qu’il leur plaisait, sans en éprouver aucune gène économique. Leurs déficits pouvaient alors être comblés librement, sans pour autant recourir à l’impôt, ce qui était cependant la seule méthode pour tous les autres pays. On peut dire que le monde a donc été mis en coupe réglée par les États-Unis pendant toute cette longue période. Incroyable exploitation ! »
« Le statut de ce grand pays et la reconnaissance que l’Europe lui portait pour la libération du fascisme hitlérien qu’il avait réussi, lui autorisait des débordements que personne n’osait pointer du doigt. À l’exception cependant notable du général de Gaulle, qui décida de se faire rembourser systématiquement en or les dollars gagnés par la France, ce que permettaient les accords de Bretton Woods. »
« Mais si les abus financiers des É-U étaient passivement subis par le monde entier, ils finirent par avoir des conséquences néga¬tives sur leur propre pays. Dotés de poches aux dimensions indéfinies, ils se lancèrent dans toutes sortes de programmes sociaux, scientifiques et militaires, comme «aller dans la Lune» ou «guerroyer au Vietnam», l’un sans autre intérêt immédiat que celui de se pavaner sur les écrans de télévision, et l’autre en croyant qu’une armée de bourgeois bien nourris pourrait avoir raison d’un peuple qui se contentait d’une boule de riz par jour. Ce qui ne les a d’ailleurs pas empêchés de chercher à se faire botter le train une seconde fois en Irak. »
« Toujours est-il que le dollar s’usait sous ces épreuves. Les banques centrales du reste du monde commençaient à troquer leurs dollars contre l’or de Fort Knox, et la valeur réelle de cette malheureuse monnaie correspondait de moins en moins à une once d’or pour 35 $. Peu à peu Fort Knox se vidait, et, pour éviter une banqueroute, Nixon libéra le dollar de son assujettissement à l’or en août 1971, et lui permit de flotter sur les marchés des changes comme une vulgaire matière première. »
« Le dollar avait perdu sa référence hégémonique, mais la force de l’habitude prise par les autres nations de le considérer comme l’arbitre de l’économie mondiale, fit qu’il continua d’être considéré comme la référence monétaire pour toutes les transactions inter¬nationales, et notamment pour les matières premières et bien sûr pour le pétrole, et que l’endettement des É-U continua de prospérer sans retenue. »
« Mais, tant va la cruche à l’eau qu’à la longue elle se casse. Et c’est ce qui est en train de se passer. Jamais plus le dollar ne remon¬tera à sa valeur passée, et continuera au contraire à chuter d’année en année. Son chemin est en effet bordé de deux insondables précipices, et c’est son taux d’intérêt qui va précipiter sa chute dans l’un ou dans l’autre. Si la FED [Federal reserve : banque centrale des É-U] baisse son taux d’intérêt, le pays entrera dans une période d’inflation galopante qui lui garantira une crise sociale peut-être supérieure à celle de 1929, et s’il l’augmente, c’est dans une période de déflation qu’il entrera, associée à un tout autre type de crise sociale, à base de chômage généralisé.
»
http://andreserra.blogauteurs.net/blog/2007/12/05/dollar-et-euro-quand-le-second-remplacera-t-il-le-premier/
***
Ce sommet ne pourra, me semble-t-il, que faire apparaître en pleine lumière l’absolue nécessité d’enlever au dollar, c’est-à-dire aux États-Unis, le rôle de référence unique dans le traitement des échanges internationaux, comme d’ailleurs dans l’établissement des statistiques mondiales, les uns et les autres étant rendus erratiques par les fluctuations de cette devise, devenue incontrôlable.
Ce qui pouvait sembler relativement pragmatique à l’issue de la seconde guerre mondiale, puis difficilement acceptable une fois rétablies les économies des anciens belligérants, hors de propos à partir de 1972 quand le président Nixon détacha le dollar de l’or, et enfin irrationnel lorsque l’économie des É-U se mit à tanguer de façon aléatoire, notamment à partir de la crise de 1987, est devenu complètement incohérent et particulièrement dangereux dès lors que l’on mit en place une mondialisation des échanges, avec l’établissement de l’OMC en remplacement du GATT, le 1er janvier 1995. Ce qui vient de se passer dans le monde financier planétaire était donc prévisible dès cette date, mais personne n’a eu le courage de dire que le roi dollar était brusquement devenu impuissant (ou nu).
Faut-il utiliser une devise existante pour remplacer le dollar ? On parle souvent de l’euro, et j’ai moi-même pensé pendant un moment (et je l’ai même écrit), que la stratégie suivie par Jean-Claude Trichet pourrait trahir une ambition de cette sorte. Mais il m’est vite apparu depuis, qu’aucune devise rattachée à un État particulier ne pourrait jouer le rôle dans lequel le dollar a échoué, pour des raisons évidentes, car comme lui, elle conduirait un jour ou l’autre aux mêmes difficultés planétaires.
Dans ces conditions, seule une devise artificielle, déterminée selon une formule associant un nombre significatif de devises réelles et des paramètres liés au volume et à la structure du commerce international, serait susceptible de faire l’affaire. La gestion d’une telle devise ne pourrait qu’être assumée par une Banque Centrale Mondiale, contrôlée par un Conseil aussi représentatif que possible des intérêts de l’ensemble des Nations composant la planète.
Mais cela, c’est une autre histoire …
En guise de conclusion, je me contenterai de rappeler celle qui terminait mon texte prémonitoire du 5 décembre 2007 :
« Alors, mon avis est que l’idée va bientôt naître de revenir à Bretton Woods pour une nouvelle «conférence monétaire et financière des Nations Unies», où les É-U se présenteront cette fois la queue entre les jambes. Mais, en dépit du titre que j’ai donné à mon article, je ne pense pas qu’une autre devise remplacera le dollar. Je crois plutôt que, pour un monde devenu multipolaire, on créera une devise neutre, sous la forme d’un panier des principales devises du monde que l’on réajustera, disons tous les quatre ans. »

@ André Serra http://andreserra.blogauteurs.net/blog/

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Lorsqu’une maison brûle, l’arroser d’essence n’est pas une bonne méthode pour éteindre l’incendie. Aussi, dans l’affaire du Caucase, faut-il y aller avec une bonne dose de rationalité si on veut bien comprendre les événements et les comportements des acteurs, en s’interdisant bien sûr les préjugés, les émotions et les affirmations expéditives, et en lisant le moins possible les médias.
Dressons d’abord un état des lieux sommaire.
Après l’effondrement de l’Union Soviétique, les anciennes Républiques Autonomes ont choisi d’être indépendantes de la Russie. Tout au plus ont-elles souvent accepté d’adhérer à la CEI (Communauté des États Indépendants), structure politique assez lâche qui constitue une sorte de structure de concertation.
Cela se passe plutôt bien avec les cinq républiques situées entre Chine et Caspienne : Kazakhstan, Kirghizstan, Ouzbékistan, Tadjikistan, Turkménistan.
*1*
Rappelons par contre le conflit qui a opposé l’Arménie et l’Azerbaïdjan entre 1988 et 1994, en raison de l’existence, à l’intérieur de l’Azerbaïdjan, d’une zone montagneuse, le Haut-Karabagh, essentiellement peuplée d’Arméniens. La population de cette enclave choisit à son tour de prendre son indépendance, et, après un référendum positif, proclama la République du Haut-Karabagh.
L’Azerbaïdjan protesta et voulut alors récupérer ce territoire qui lui avait été dévolu par la grâce de Staline aux alentours de 1920, malgré les protestations de ses habitants - est-ce que ça vous rappelle quelque chose de récent ? - une guerre s’ensuivit, et l’Arménie s’en mêla pour assister sa population sœur de l’enclave.
Un cessez-le-feu intervint en 1994. Le Haut-Karabagh se rattacha logiquement à l’Arménie, mais la communauté internationale ne reconnut pas l’indépendance du Haut-Karabagh et considère toujours aujourd’hui qu’il fait partie de l’Azerbaïdjan - est-ce que ça ne vous rappelle pas aussi quelque chose ? - mais heureusement, l’Arménie et l’Azerbaïdjan étaient peuplés de gens plus sages que ceux qui régissent aujourd’hui la «communauté internationale», et les choses s’arrêtèrent là.
Pour résoudre ce conflit, on s’appuya donc sur le principe selon lequel la terre appartient à celui qui l’habite, ce qui semble fort raisonnable, car par le jeu des migrations et de la démographie, il est tout à fait évident que les frontières démographiques évoluent et finissent par ne plus coïncider avec les frontières politiques, dont le tracé est surtout fonction des lignes de puissance qui fracturent le monde. Il semble donc normal que des réajustements de frontières doivent finir par s’imposer d’une façon ou d’une autre en fonction du désir des populations concernées, en tenant compte du fait que des populations ayant une unité culturelle forte [langue, religion, ethnie] trouvent très naturel de vivre ensemble sur un même territoire.
C’est d’ailleurs en raison de ces considérations que l’indépendance du Kosovo a été admise récemment par la «communauté internationale», en violation des principes de la charte des Nations Unies qui font de la fixité des frontières un précepte absolu.
*2*
La même chose vient de se produire un peu plus à l’ouest du Caucase entre la Géorgie et deux de ses enclaves, l’Abkhazie et l’Ossétie du sud, qui lui avaient été dévolues en 1922, à nouveau par Staline.
Mais cette fois, la «communauté internationale» glapit contre la Russie, qui avait agi de la même manière dans le conflit arménien, 14 ans auparavant, à la satisfaction de tous. Surprenant ! Pourquoi ?
J’ai eu beau chercher, je n’ai trouvé aucune raison objective à cette attitude. Finalement, je me suis rabattu sur une idée qui ne me satisfait guère : c’est que la Géorgie était devenue un satellite de l’orbite étasunienne, avec un président étasunien, des armes étasuniennes, et même deux mille « conseillers militaires étasuniens » qui ont dû se carapater très vite à travers la Turquie pour ne pas être capturés par l’armée russe et être montrés sur tous les écrans du monde comme preuves du complot de Bush.
Au passage, j’ai remarqué que la seule timide preuve de la non forfaiture des Étasuniens dans cette affaire tient à deux déclarations de l’ambassadeur des É-U à Tbilissi, et de la secrétaire d’État Rice, indiquant que les États-Unis avaient conseillé Saakachvili de ne pas entreprendre d’opération militaire contre les enclaves. Personne n’a réagi à la suite de ces déclarations. Elles sont pourtant lourdes de sens.
D’abord elles ont été faites huit à dix jours après le premier engagement, ce qui laisse à penser que les É-U voulaient attendre de savoir comment le vent allait tourner avant de se défausser. Curieux ! Mais surtout, elles constituent l’aveu que les É-U étaient au courant des intentions de Saakachvili, et qu’ils n’ont rien fait pour l’en dissuader, le fait de seulement le mettre en garde n’étant pas acceptable, puisque l’armée géorgienne a été constituée par les fameux « conseillers militaires étasuniens », entièrement équipée de matériel étasunien et entrainée par eux. Ils avaient donc le pouvoir d’imposer à Saakachvili de rester tranquille.
*3*
Autre chose curieuse : la plupart des gens ont parfaitement compris que la Géorgie était l’agresseur de premier niveau. Mais alors s’est déclenché une nouvelle guerre, médiatique cette fois, et l’assourdissant caquetage des associés de l’OTAN a réussi à faire croire aux médias que, tout bien pesé, c’était la Russie l’agresseur. Pourquoi ?
La seule explication que j’ai trouvée peut paraître un peu simpliste, mais je la donne quand même : l’armée géorgienne est une création des États-Unis. Bien qu’équipée de pied en cape par les États-Unis et entraînée par les redoutables « conseillers militaires étasuniens », elle n’a pas tenu 24 heures devant les Russes. Où était donc le problème ? Je pense que les Étasuniens en étaient restés au souvenir de la lourde et inefficace armée soviétique, alors qu’ils se sont heurtés à une armée moderne, parfaitement organisée et commandée. On est loin de la guerre de Tchétchénie où les Russes se battaient contre des bandes terroristes.
Il fallait donc impérativement masquer ce nouvel échec des États-Unis par un vacarme médiatique tonitruant et passer pour la victime plutôt que pour l’agresseur. Pure hypocrisie ! Pour cela, un bouc émissaire était nécessaire, et… comme l’écrivait notre bon La Fontaine :

Un loup quelque peu clerc prouva par sa harangue
Qu’il fallait dévouer ce maudit animal,
Ce pelé, ce galeux, d’où venait tout leur mal.
Sa peccadille fut jugée un cas pendable.
Manger l’herbe d’autrui ! Quel crime abominable !
Rien que la mort n’était capable
D’expier son forfait : on le lui fit bien voir.
Selon que vous serez puissant ou misérable,
Les jugements de Cour vous rendront blanc ou noir.

D’où, l’ostracisme dont la Russie est maintenant l’objet.
On voulait bien qu’elle soit intervenue pour protéger les Ossètes, mais envahir le chérubin étasunien, quel épouvantable crime ! Elle l’aurait fait, paraît-il, d’une manière excessive. Avons-nous déjà vu qu’une guerre ne soit pas violente ? Une guerre pacifique en somme, dont des exemples seraient peut-être celles d’Afghanistan et d’Irak.
Si les troupes russes restent un peu plus longtemps que prévu, quelle en est l’importance ? On peut comprendre que la Russie finisse de nettoyer ce qui reste de l’armée « américaine » de Saakachvili, pour qu’il ne soit pas tenté de recommencer. Logique aussi que les troupes russes repartent avec une prime de risque sous la forme du matériel offert par la Graaande Amérique et dont les secrets, s’il y en a, peuvent être très précieux à découvrir, dans les drones, le matériel de communication et bien d’autres objet militaires sophistiqués. Une telle récolte ne se fait pas du jour au lendemain. Mais, visiblement, cela met mal à l’aise l’oncle Sam, qui préfèrerait garder ses petits secrets.
Le journal « Le Monde » est même allé jusqu’à soupçonner la Russie de vouloir annexer la Géorgie. Quelle stupidité ! Il s’agissait simplement de neutraliser ce pays dont Saakachvili voulait faire le levier qui ferait tomber l’ours Russe. Trop petit, le mercenaire étasunien !
On n’en est pas resté là. Faute d’avoir réussi à faire trébucher l’ours russe, on allait donc le bannir de l’OTAN, du G8, de l’OMC, bref de toutes les précieuses innovations étasuniennes fabriquées pour domestiquer le monde et promener en laisse ses courtisans. Jusqu’ici, ça avait parfaitement marché. Mais à présent ?
L’OTAN ne comprend à peu près que l’armée des É-U, et vogue d’échec en échec. À part les É-U, les autres font tapisserie et ne savent qu’offrir leur territoire pour le truffer de bases militaires étasuniennes. Qu’y ferait la Russie ? Ça ne peut plus guère l’intéresser.
Le G8 est un club qui s’occupe des affaires du monde. Ah bon ! Et bien dans quel foutu état serait le monde si le G8 ne s’en occupait pas ! À part demander à la Chine à chaque réunion de réévaluer le yuan - ce qu’elle ne fait pas, ou peu - que fait-il ? S’ajouter la Russie ne ferait qu’admettre un bavard de plus, et Poutine a vraiment autre chose à faire que de se balader pour prendre l’apéritif avec les grands de ce monde.
L’OMC contrôle le commerce mondial. Ah oui ! La belle affaire ! Le monde n’a pas attendu l’OMC pour commercer sur toute la planète depuis des temps immémoriaux. Lorsqu’une plainte est déposée sur le bureau de l’OMC pour violation des accords, il faut un minimum de deux ans pour instruire l’affaire. S’y ajoutent deux autres années pour l’appel qu’interjette nécessairement le pays délinquant. Il faut ensuite à peu près doubler ce temps, car il est possible de faire traîner éternellement les procédures sous prétexte d’études d’expert et de contre étude d’experts de la partie adverse. Je dois en oublier. Consultez les dossiers de plaintes non traitées, comme celles du Canada contre les É-U par exemple. Vous serez surpris
L’OMC ne sert donc à rien. À preuve le récent échec du cycle de Doha au sujet des produits agricoles. Franchement, qu’irait faire dans cette galère la Russie, alors qu’il est si rapide et si efficace de revenir à la pratique des anciens accords bilatéraux, dont la mise en place était facile et qui donnaient satisfaction à tout le monde. La Russie n’a jamais souffert de ne pas appartenir à ce nouveau club étasunien.
Donc, toutes ces menaces envers la Russie ne servent à rien, sinon à souligner l’impuissance dans laquelle se trouvent ceux qui les profèrent.
Il est pourtant facile d’imaginer ce que devraient faire tous ces gorgés d’importance pour que la Russie sortent plus rapidement de la Géorgie.
Il faudrait tout simplement qu’ils cessent de japper en tournant autour d’elle comme des caniches autour d’un chien danois. Ce qui doit prodigieusement amuser Poutine et Medvedev.
@ André Serra http://andreserra.blogauteurs.net/blog/

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Croire que l’histoire du monde va reprendre son cours après cette crise comme si de rien n’était, serait faire preuve d’une grande naïveté. La Russie a montré de belle manière qu’elle existe et que la période pendant laquelle on pouvait lui faire impunément des pieds de nez est bel et bien révolue. Après avoir consciencieusement aboyé comme à leur accoutumée, les É-U aux pieds nickelés vont rentrer sagement dans leur niche et chercher un autre moyen pour faire élire McCain en novembre. Après on verra.
La crise géorgienne va se terminer par l’indépendance de l’Abkhazie et celle de l’Ossétie du sud, laquelle fusionnera avec sa sœur du nord, dont Staline l’avait séparée en 1922. L’opposition géorgienne va sans doute éliminer l’américain Saakachvili d’une manière ou d’une autre (sa famille se trouve d’ailleurs déjà en Ukraine sous la protection du président Viktor Iouchtchenko, son allié), et retrouver une relation amicale avec la Russie. Enfin l’OTAN verra sa popularité baisser fortement après avoir révélé son incapacité à résoudre les problèmes du monde [une fois de plus], et par suite son inutilité, sinon sa nocivité.
Après cette crise, les quatre plaques tectoniques majeures de la planète, Europe, Russie, Chine et É-U pourraient évoluer de la manière suivante :

L’EUROPE [Union Européenne]
En suscitant des déclarations contradictoires de la part des Chefs des États qui composent l’Union Européenne, la crise a mis en évidence le profond défaut d’unité de cette dernière. L’absence de consensus que tous ont pu constater semble procéder de deux groupes de facteurs :

- l’hétérogénéité du passé historique des membres de l’Union
Il existe une hostilité résiduelle contre la Russie de la part des anciens satellites de l’U.R.S.S. Leurs populations n’ont pas encore réussi à tourner la page. Il leur faudra encore une génération pour y parvenir. À leur ostracisme envers la Russie correspond une mythification de l’ « Amérique », qu’ils ont créée et entretenue pendant les 45 ans de leur sujétion. Ils n’ont pas encore découvert et accepté la réalité objective de l’impérialisme égocentrique des États-Unis. Ce sont là deux aspects inséparables l’un de l’autre.
À l’inverse, les membres fondateurs de l’Union, et plus particulièrement leurs opinions publiques, sont parfaitement conscients de la malfaisance des É-U pour le monde. Leurs élites politiques ont cependant conservé une mentalité « atlantique » qui les empêche de rompre nettement leurs attaches avec Washington, par manque de confiance en leurs propres forces. Ce manque de confiance résulte lui-même du défaut d’unité et donc de solidité de l’ensemble politique qu’ils ont voulu construire, et pour l’édification duquel il faut reconnaître que des progrès considérables ont été accomplis.
Au contraire, les opinions publiques ont parfaitement intégré cette réalité et désapprouve le suivisme de leurs gouvernements vis-à-vis des États-Unis. Pour s’en convaincre, il suffit de lire les articles des bloggeurs et les commentaires de leurs lecteurs. Et ceci est aussi vrai des lecteurs de droite que des lecteurs de gauche. Voir sur ce point mon précédent article.

- les objectifs secondaires de l’Union
La construction de l’Union a essentiellement visé la normalisation du fonctionnement administratif des États de l’Union, en délaissant les fondements autrement plus solides que sont les Affaires étrangères et la Défense. La raison en est précisément aussi le manque d’unité historique, lequel a entrainé l’absence d’une unité de destin. C’est parce qu’instinctivement les politiciens comprenaient les difficultés de cette problématique qu’ils ont sciemment évité les vraies fondations de l’Union pour se consacrer à ses seuls aspects administratifs.
C’est pourquoi une analyse plus approfondie de leur part devrait pouvoir leur faire reconnaître l’erreur qu’a constituée la trop grande rapidité de l’extension de l’aire géographique de l’Union, notamment celle qui fut dirigée vers les anciens satellites soviétiques, sous la pression des Étasuniens pour des raisons multiples. C’est notamment pour cette raison qu’elle cale sur l’intégration de la Turquie [que les Étasuniens soutiennent aussi], car elle a maintenant conscience de cette erreur.
En ce sens, on peut supposer que les pressions étasuniennes avaient pour motif d’affaiblir l’Europe et d’empêcher son rapprochement de la Russie, conscients qu’ils étaient sans doute du fait que les États de l’est européen feraient tout pour s’opposer à un tel rapprochement.
Comment faire maintenant pour sortir de cette ornière?

Un nécessaire reconditionnement de l’Europe
Dans l’organisation de l’Europe actuelle existent plusieurs strates politiques, chacune associant un nombre variable de pays selon les objectifs poursuivis. Cela entraine une grande souplesse dans l’adhésion des partenaires, mais aussi une complexité de fonctionnement qui nuit à l’efficacité globale d’un tel système.
Ce que je suggère, malgré tout, est d’ajouter au-dessus de cette pyramide d’organismes disparates [qu’il faudra bien conserver pendant un certain temps], une strate plus spécifiquement politique et stratégique, dont l’unité de vue, de décision et d’action puisse lui procurer une détermination, une force, une vitesse de réaction et par suite une efficacité considérablement supérieures à celles de l’Union européenne telle qu’elle existe aujourd’hui.
Cette strate politique supplémentaire, fédéraliste et au-dessus des autres, que l’on pourrait dénommer les États Unis d’Europe (EUE) ne grouperait que les États fondateurs de la première étape de l’Europe, l’Allemagne, l’ex Benelux [Belgique, Luxembourg et Pays-Bas], la France et l’Italie. Pourraient se joindre à ce groupe quelques autres États de l’Europe de l’ouest susceptibles de partager la même volonté d’union, comme l’Espagne, le Portugal, l’Autriche, et peut-être la Hongrie, la Slovénie et la Croatie. Le critère d’entrée dans l’EUE serait l’acceptation d’abandonner leur souveraineté en matière d’Affaires étrangères, de Défense, de finances et de Commerce extérieur, à un gouvernement central sous l’autorité d’un Président élu pour quatre ou cinq ans, et contrôlé par deux assemblées : un Sénat représentant les nations et une assemblée représentant les populations.
Bien entendu, dans cette nouvelle structure il ne devrait plus y avoir ni concessions, ni exceptions, ni statuts particuliers, ce dont L’UE n’a que trop souffert jusqu’ici. Les États n’acceptant pas ces conditions seraient tout simplement priés de rester à l’extérieur du groupe, sans que celui-ci les attende pour commencer à agir. Bien entendu, les décisions du groupe seraient désormais prises à la majorité simple.
Alors l’Europe ne se trouverait plus dans un camp ou dans un autre. Elle serait enfin devenue elle-même, c’est-à-dire indépendante, car elle sortirait bien entendu de l’OTAN, qui n’a plus de sens depuis l’effondrement de l’U.R.S.S. Cette politique aurait immédiatement pour effet de supprimer la crispation récurrente de la Russie et la ramènerait progressivement dans le giron européen.
Concrètement, seraient écartés les anciens satellites de l’U.R.S.S., notamment la Pologne, empêcheur perpétuel de tourner en rond, et bien entendu la Grande Bretagne, qui s’exclurait d’elle-même car elle n’a pas encore compris que son destin a cessé d’être atlantique, à moins qu’entre temps une indépendance de l’Écosse ne la jette dans les bras de l’Europe dans un grand élan de lucidité. Au fil du temps, tôt ou tard et l’un après l’autre, je suis persuadé que tous les États laissés pour compte viendraient cogner à la porte du groupe fondateur en acceptant les règles communes.
Cependant, pour qu’une telle initiative ait des chances de succès, il serait indispensable qu’un homme suffisamment fort et décidé se lève pour l’initier et la défendre avec vigueur. Je pense qu’un homme comme Sarkozy pourrait faire l’affaire. J’ai observé son attitude pendant la crise géorgienne, et j’ai admiré sa réserve. Contrairement à Bush ou Merkel, il n’a pointé du doigt aucune responsabilité particulière. Il a su rester à l’écart et a œuvré seulement pour faire arrêter la violence. Il n’a pas aboyé pour que les troupes russes quittent la Géorgie plus vite qu’il n’était possible, en comprenant, sans le dire, que les Russes veuillent désarmer totalement le pays avant toute chose, pour éviter le retour du dictateur pro-américain qu’est Saakachvili. C’est là une qualité qui siérait parfaitement à un réel Président d’une Europe reconditionnée.

La RUSSIE
À l’égard de la Russie comme de la Chine, l’attitude européenne a toujours été calquée avec soumission sur celle des É-U, sans que les Européens se rendent bien compte qu’ils ne faisaient en cela que se mettre au service d’un « souverain » hégémonique, égocentrique et prétentieux. Sous prétention de démocratie, argument central de la propagande étasunienne que toutes les attitudes de ce pays ont successivement travestie au cours des crises passées, l’Europe s’est toujours laissé enchainer par une politique hors de tout réalisme.
Pourtant, l’action des É-U en Russie, sous les règnes de Gorbatchev et de Eltsine, a clairement conduit ce pays à la faillite et au pillage pendant plusieurs années, sous prétexte de démocratie et de libre marché. Mais l’Europe ne l’a ni vu ni compris, et a laissé faire. Si la Russie se trouvait face à un désastre économique profond au moment où Poutine l’a reçue des mains de Eltsine, c’est bien parce que les É-U avaient entrepris de la détruire économiquement et socialement pour éliminer définitivement un rival potentiel. Le seul fait que la Chine, partant des mêmes prémisses, ait réussi son émergence en quelques années sans le secours des « conseillers américains » vient prouver les faits. Pendant les 10 années, de 1989 à 1999, pendant lesquelles les É-U ont « conseillé » Eltsine, la production industrielle a été divisée par trois, le PIB par deux, et le revenu par habitant a baissé de 75% (Susbielle – Les royaumes combattants – First - 2008). Le PIB russe n’a rattrapé celui de 1990 qu’en janvier 2007 et l’économie russe croît actuellement de 7% par an. Il a fallu à Poutine 8 années pour réussir la renaissance de son pays détruit par les États-Unis. Sachant cela, devons-nous vraiment nous étonner de l’antiaméricanisme de Poutine. Il serait préférable que nous imitions sa lucidité.
Poutine avait donc recueilli une nation exsangue. Il a sans doute eu recours à des méthodes que certains ont jugé intelligent de dénoncer, mais il a réussi. S’il est devenu un héros national pour la plupart de ses concitoyens, c’est à cause de cette réussite, en dépit des critiques de l’occident et de quelques groupuscules russes, naïvement troublés par un modèle occidental en voie de décalcification continue.
En réalité, Poutine est un patriote russe, qui se serait tourné vers l’Europe si les pays de l’ouest européen, inféodés à Washington, avaient eu l’intelligence de comprendre que leurs véritables adversaires étaient les É-U et non la Russie. Ce sont les É-U que l’Europe devrait donc à présent isoler, et non la Russie. Il est d’ailleurs particulièrement intéressant de constater que ce sont les politiciens et les médias qui sont subjugués par les É-U et non l’opinion publique, beaucoup plus clairvoyante [cf. Opinion publique contre opinion du pouvoir politique].
À plus long terme, une intégration de la Russie ne serait plus alors impossible à envisager, et l’Europe pourrait s’étendre de Brest à Vladivostok comme l’avait espéré le général de Gaulle, équilibrant ainsi la puissance de la Chine, laquelle ne serait d’ailleurs pas devenue pour autant une ennemie. Entre temps, après avoir rongé leurs freins, les États-Unis seraient peut-être devenus un peu plus fréquentables.

La CHINE
Après les JO de Pékin, le Tibet sera un peu mis de côté devant la réussite de cette manifestation et la ponctualité de son déroulement, bien que les médias occidentaux n’aient eu de cesse, la veille encore de l’ouverture des jeux, de faire naître toutes sortes d’inquiétudes sur le smog, la circulation, l’alimentation, que sais-je encore ? Comme pour la Russie, on va bien être obligés de se rendre compte qu’après la vieille Europe de Rumsfeld, on va bientôt pouvoir parler de la vieille Amérique de McCain. L’Europe va-t-elle enfin arrêter de se boucher la vue avec Manhattan, dont les gratte-ciels tombent les uns après les autres dans l’escarcelle des milliardaires arabo asiatiques ?
Mais on reviendra rapidement au business, en se rendant compte que la crise financière étasunienne aura assez peu marqué l’économie chinoise. L’enrichissement de la Chine, commencé au bord de la mer, se poursuit à une vitesse rapide vers l’intérieur du continent. Les médias nous parlent sans cesse des paysans chinois, nombreux et pauvres. Mais ils ne parlent jamais « chiffres ». Lorsque Deng Xiaoping a lancé la nouvelle économie chinoise et annoncé l’ouverture des deux premières zones économiques spéciales (ZES) qui a marqué le démarrage de l’industrialisation de la Chine, il n’y avait pas plus de 100.000 Chinois dans les villes et autour de 1 million dans les zones rurales. En 2008, il y a aux alentours de 600.000 Chinois dans les villes, jouissant d’une économie moderne, et approximativement 700.000 ruraux vivant de l’agriculture. Le sens de cette répartition s’accélère d’année en année et l’économie intègre de plus en plus vite des technologies de pointe qui rivalisent à présent avec celles de l’occident.
La Chine n’a pas à craindre de réduction sévère de ses exportations, car elle possède encore un arrière-pays important qui absorbe petit à petit tous les excédents de son industrie. Le revenu de ses paysans a été multiplié par quatre en quelques années, et ce mouvement se poursuit sans obstacle. La croissance de ce grand pays continuera donc à vive allure. Si ralentissement il y avait, il est peu vraisemblable que son taux de croissance annuel tombe en dessous de 8%.

Les ÉTATS-UNIS
Comme je l’ai souligné dans quelques autres articles, les Étasuniens seront bien obligés de continuer à acheter en Chine, ou ailleurs en Asie, les produits qu’eux ne produisent plus ou qui sont moins chers que ceux produits par eux. L’inégalité qui continue de croître aux É-U conduit en effet les plus pauvres à chercher les produits les moins chers. Si les É-U mettaient en pratique leurs rêves protectionnistes, ils provoqueraient chez eux une crise sociale majeure. Il leur est donc impossible d’enrayer leur descente aux enfers du déficit commercial, qui tend à faire de leur dollar une véritable peau de chagrin.
Vont-ils comprendre que c’est leur système économique, confortablement assis sur des doctrines dépassées, qui fonde leur propension au déclin ? C’est peu probable, parce que ce sont précisément ces doctrines qui leur ont permis, jusqu’à la fin du siècle dernier, de connaître l’incontestable développement qui a été le leur. Leur esprit, sensible au dogmatisme, ne leur permet pas une remise en question rapide de leurs façons de faire actuelles. Un peuple, dont 95% des habitants croient encore à l’existence d’un ectoplasme créateur, qui privilégie le phantasme du créationnisme (intelligent design) à la poursuite des travaux scientifiques issus du darwinisme, et dont un habitant sur trois ou quatre est obèse, ne peut s’attendre à rester la lumière du monde.
Nous allons donc assister à une décroissance continue de ce pays, à travers des hauts et des bas, bien entendu, car aucune tendance n’est strictement linéaire. Le moindre signe un peu positif fait ici monter la bourse en asperge, mais par contre, les signes négatifs ne sont pris en compte qu’avec lenteur. Les Étasuniens ne peuvent imaginer qu’ils se trouvent sur une pente descendante. Pourtant, l’accumulation incessante de leurs dettes devrait les alerter. Déjà, de nombreuses entreprises étrangères et banques centrales se débarrassent peu à peu de leurs dollars. Les Étasuniens pensent que les fonds souverains les financent parce qu’ils sont riches, alors que la vraie raison est leur désir de se débarrasser le plus vite possible de leurs réserves en dollars. Mieux vaut en effet un gratte-ciel à Manhattan, même s’il peut perdre de sa valeur, qu’un tas de dollar en papier monnaie dont la valeur peut chuter de manière imprévisible et pour une durée incertaine.
Cette tendance à l’appauvrissement, vraisemblablement inéluctable tant qu’elle n’est pas clairement perçue par les intéressés, réduira donc progressivement l’énergie que ce pays consacre bien inutilement à maintenir un interventionnisme hégémonique têtu.
Mais comme je l’ai écrit, il y aura des hauts et des bas. De courtes périodes meilleures pourront faire croire à un retour en grâce de la fortune. Ce ne seront pourtant que des sursis sans suite.
Pour conclure, il est important de souligner que les É-U sont victimes d’une mythologisation de l’Amérique et du dollar, à la fois par les étrangers et par eux-mêmes. Elle a parfaitement fonctionné jusqu’ici, mais tout mythe finit par s’étioler devant la réalité des faits, et celle-ci est en train de gagner. Il suffira d’attendre pour le constater.
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Inutile sans doute de raconter dans les moindres détails la triste histoire de ces deux sociétés jumelles, qui possèdent officiellement 5000 Mds de $ d’actifs [un tiers du PIB des É-U]. Freddie vient cependant de déclarer un quatrième trimestre consécutif de pertes, soit 821 millions de dollars pour le seul deuxième trimestre 2008, après avoir doublé ses provisions pour créances douteuses. De son côté, Fannie avoue une perte de 2,3 Mds pour la même période. Dans ces conditions, on peut légitimement se demander ce qui restera des actifs de ces sociétés lorsqu’elles auront totalement digéré la crise des subprimes. On sait parfaitement que, pendant les périodes de difficultés, les entreprises n’hésitent pas à différer dans une certaine mesure le provisionnement de leurs mauvaises créances pour ne pas trop entamer leur crédibilité.
Résumons simplement l’essentiel.
Freddie Mac et Fannie Mae sont deux entreprises financières qui occupent le dernier étage de la pyramide du marché immobilier des É-U. Créées respectivement en 1933 et 1954 à l’initiative du gouvernement, elles sont cependant des entreprises privées, avec actionnaires et cotations en bourse.
Leur mission consiste à refinancer les banques et établissements financiers qui proposent des emprunts hypothécaires pour l’achat de maisons ou d’appartements. Lorsque ces prêteurs de premier niveau ont épuisé leurs fonds, ils peuvent s’en procurer de nouveaux auprès de Freddie Mac et Fannie Mae en leur cédant une partie des hypothèques qu’ils détiennent, de manière à poursuivre leur activité. C’est ce qu’on appelle « se refinancer ». Les deux entreprises jumelles, prêteuses de dernier ressort, se financent de leur côté en émettant de nouvelles actions en bourse, ou en vendant des obligations à travers le réseau des banques commerciales. Elles jouissent de la garantie implicite de l’État, ce qui leur permet de bénéficier de taux d’intérêt très bas , mais elles n’ont pas accès au guichet d’escompte de la FED comme les banques commerciales et certains établissements financiers sélectionnés, recevant des dépôts du public.
On comprend donc que si Freddie Mac et Fannie Mae voient leur trésorerie s’épuiser en raison de la défaillance des emprunteurs, sans pouvoir se refinancer, le marché de la construction se trouve paralysé. Sans finance, pas de construction, et sans construction, on provoque le ralentissement ou l’arrêt de toutes les autres activités liées de près ou de loin à celle-ci, comme la construction électrique, l’ameublement, la peinture et ainsi de proche en proche celui de l’ensemble de l’économie. Le fragile équilibre économique actuel des États-Unis repose donc presque entièrement sur celui de ces deux sociétés majeures.
Aussi, lorsque Lehman Brothers émit des doutes (8 juillet) sur l’équilibre financier de Freddie Mac et de Fannie Mae, en annonçant qu’elles devaient se recapitaliser de 75 milliards de dollars pour faire face à la crise des subprimes, le choc de la nouvelle sur le marché boursier a été terrible. On comprend ça ! 75 milliards de dollars, ça ne se trouve pas sous les sabots d’un cheval ! Tout cela au moment même où Bridgewater déclarait dans un mémo confidentiel que les pertes dues à la crise des « subprimes » pourraient s’élever à 1600 milliards de dollars (9 juillet), soit près de quatre fois l’évaluation qu’en avait faite le FMI peu de temps auparavant !
Repassons donc le film de ce qui s’est passé à partir de ce moment-là.
***
Freddie et Fanny n’avaient pas attendu l’information de Lehman Brothers pour agir, et s’étaient déjà mis en quête de capitaux. Mais les deux jumelles avaient vite compris qu’elles n’en trouveraient pas en les recherchant en bourse, après avoir évoqué l’intention de lever 10 Mds de $ (18 juillet). Les émissions d’actions peinent en effet à se placer en ce moment, car les investisseurs, souvent désargentés par la crise, ont développé une méfiance maladive depuis quelque temps. On les comprend !
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Elles ne pouvaient pas non plus espérer une aide du côté des fonds souverains, pourtant riches de 3000 milliards de dollars, comme avaient pu en bénéficier peu avant Merrill Lynch et Citigroup, car il était évident que l’État n’accepterait pas aussi aisément que des acteurs étrangers mettent leur nez dans des entreprises aussi stratégiques pour l’économie du pays. D’ailleurs, Henry Paulson, le secrétaire au Trésor, avait affirmé qu’il n’était pas question que le statut particulier de ces entreprises soit modifié, et qu’elles devaient pouvoir fonctionner comme auparavant.
Il ne restait donc plus que l’État lui-même qui puisse sauver ces malheureuses entreprises. Or, après le sauvetage de Bear Stearns réalisé par l’intermédiation de la FED sous la forme de son absorption par JP Morgan, de nombreuses voix s’étaient élevées contre les interventions de l’État dans la crise, et ceci pour deux raisons. D’abord pour des raisons idéologiques, le marché étant réputé pouvoir se soigner tout seul et venir à bout de toutes les difficultés par son seul fonctionnement libéré des entraves de l’État. Ensuite pour des raisons éthiques, car la manière indécente, voire malhonnête, dont le secteur financier avait agi, ne portait pas l’opinion publique à accepter qu’on aide les établissements financiers en difficulté avec les impôts des citoyens, qui n’étaient pour rien dans cette crise.
On ne devait donc, sous aucun prétexte, pratiquer une nationalisation des deux compagnies, directement ou indirectement, ainsi que le gouvernement britannique l’avait fait précédemment, pour solubiliser rapidement la faillite de Northern Rock. Néolibéralisme oblige !
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Mais d’autres défis, collatéraux et imbriqués, confrontaient dans le même temps les pouvoirs publics des É-U, tous aussi importants les uns que les autres :
- une inflation frisant les 6%,
- un équilibre social sur lequel pèse le désarroi des expulsés de la crise immobilière [2 millions fin juin, inclues les procédures en cours]. Au seul second trimestre, 739714 logements ont fait l’objet d’une nouvelle notification de l’une des étapes de la procédure de saisie,
- des procédures de saisie de logements en hausse de 14% au second trimestre par rapport au premier, et de 121% sur un an, soit plus du double, avec la perspective de les voir se poursuivre jusqu’à la fin de 2009,
- effondrement de nombreuses banques régionales : Indymac (13 juillet), plus grande faillite bancaire depuis 1984 (32 Mds d’actifs, licenciement de 53% des effectifs), est placée sous la tutelle de la FDIC (Agence fédérale d’assurance des dépôts bancaires) - absorption à rabais de Countrywide Financial par la Bank of America pour éviter sa faillite. Plus récemment, la First Heritage Bank de Californie et la First National Bank of Nevada, le 26 juillet. Depuis le début de 2008, sept banques ont fait faillite. Mais on commence à parler de National City, Sun Trust Bank, M & T Bank Corp, First Horizon National, Carlyle comme d’éventuels candidats au dépôt de bilan.
En outre, selon des estimations d’origine étasunienne, 100 à 150 banques du pays, notamment régionales, pourraient disparaître d’ici la fin de 2009.
- augmentation du déficit budgétaire de l’État pour 2009 [exercice s'étendant de septembre 2008 à août 2009], dont le montant prévu s’élève maintenant à 482 Mds de $ [3,3% du PIB], interdisant de ce fait toute nouvelle intervention financière directe de l’État, comme celle de la distribution d’un retour d’impôt de 150 millions de $ aux particuliers au cours des mois de mai et juin.
En février, la première prévision du déficit pour 2009 portait sur 410 milliards de $. La dernière version sera-t-elle la bonne ? Rien n’est moins sûr !
- chute continue du dollar depuis deux ans sur le marché des changes, et fuite progressive des entreprises devant les contrats libellés en dollar, ainsi que de la part des banques centrales étrangères pour la composition de leurs réserves de change.
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Ces multiples défis dépendant assez largement les uns des autres, il était devenu progressivement impensable, aux yeux du gouvernement, de trouver des solutions séparées pour chacun d’entre eux.
C’est sans doute la raison pour laquelle le président Bush confia à son secrétaire au Trésor, Henry Paulson, la mission de mettre sur pied un plan d’ensemble susceptible de répondre globalement à la crise, en étroite coopération avec le Congrès, car les solutions entrevues impliqueraient légalement sa participation et son accord massifs.
La rapidité exemplaire avec laquelle la loi établissant ce plan fut voté par 72 voix contre 13 au Sénat le 26 juillet, un samedi, jour de la semaine au cours duquel n’ont généralement lieu, ni débat, ni scrutin, montre bien le degré d’urgence attaché par le gouvernement des É-U à la mise en œuvre de ce plan.
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En quoi consiste le plan voté par le Congrès le 26 juillet 2008 ?
- 300 milliards de dollars d’emprunts immobiliers vont être garantis par l’État,
- 3,9 milliards seront versés aux collectivités locales pour racheter et réhabiliter une partie des maisons saisies, de manière à favoriser leur revente,
- un nouvel organisme de contrôle coiffera Freddie Mac et Fannie Mae, et sera doté de pouvoirs d’intervention importants,
- la FED est autorisée à acheter en bourse les actions des deux entreprises, ce qui lui permettra d’en régulariser le cours,
- Freddie Mac et Fannie Mae auront désormais accès au guichet d’escompte de la FED au même titre que les banques de dépôts. Le plafond de cette facilité est fixé provisoirement à 300 Mds de $. Et le plus important, à ce guichet, la Fed pourra escompter les titres structurés comportant des contrats à subprimes.
À mon sens c’est ce dernier point qui pourrait permettre de régulariser l’économie bien au-delà des problèmes du secteur financier. En effet, en donnant aux deux entreprises la possibilité d’avoir directement accès aux capitaux de la FED [par pure création de monnaie, comprenons-le bien !], elles pourront en irriguer tout le réseau bancaire en réescomptant plus largement que jamais leurs actifs immobilisés [et notamment les titres structurés adossés partiellement à des contrats subprimes, causes de la crise]. Par voie de conséquence, les banques pourront recommencer à distribuer en aval tous les crédits dont l’économie a besoin, et pas seulement ceux qui concernent la construction.
Les particuliers pourront alors reprendre le cours de leur ahurissante consommation, stoppant momentanément la stagflation dans laquelle le pays est entré depuis le début de l’année. Ainsi seront donc provisoirement colmatées toutes les avenues menant actuellement à la paralysie de l’économie étasunienne. On est maintenant très loin de l’alternative que je présentais en mai dans un autre article intitulé : Entre le ba?ton et la vaseline, les E?-U he?sitent.
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Par-delà ces futurs évènements, il est essentiel de souligner le fait que les crises qui se sont succédé aux États-Unis depuis quelques années ont toutes été causées par des interventions ou des abstentions étatiques. La bulle technologique de 2001 a été causée par un refus de l’État d’intervenir dans le contrôle des opérations de bourse. Les titres de compagnies venant à peine d’être créées ont fait l’objet d’un volume de transactions délirantes, alors même qu’aucun document financier renseignant les futurs actionnaires n’avait pu être encore établi. Pure spéculation sur un futur imprévisible.
Cette crise aurait dû entraîner naturellement une remise en ordre sévère de l’économie, mais l’État voulait empêcher un ralentissement de la croissance, aussi, pour pallier les conséquences naturelles de ce gros incident boursier, la FED baissa les taux d’intérêt de manière radicale pour relancer la machine par l’endettement des particuliers. Le taux interbancaire descendit donc jusqu’à 1% aux alentours de 2002/2003, soit en dessous du taux d’inflation réel, de l’ordre de 3%. Le résultat conduisait donc la FED à accepter de perdre de l’argent par rapport à la valeur réelle du dollar.
Il était évident que les consommateurs allaient s’en donner à cœur joie, d’où une extraordinaire demande de nouvelles constructions entraînant une inflation des prix de l’immobilier de même importance. L’habitude de consommer à crédit se développa parallèlement. Le développement immobilier s’amortissant de lui-même par l’épuisement de la demande solvable, il fallut donc trouver un moyen de prolonger cette prospérité artificielle à laquelle on s’était habitué. Ce moyen fut la mise au point de crédits particuliers pour les foyers n’ayant pas les moyens de faire face à des échéances mensuelles importantes. Ce furent les contrats de subprimes.
On ne se trouvait plus alors dans la bulle créée par l’action de l’État entre 2002 et 2005, mais dans son extension volontaire par des moyens irrationnels sur lesquels l’État ferma pudiquement les yeux. Puis survint la hausse du taux d’intérêt décidé par la FED en raison du fait que celui de 1% devenait insoutenable, et début immédiat des défauts de paiement par les titulaires de ce type de contrat. Je passe évidemment sur les détails.
Et enfin aujourd’hui, l’État, toujours lui, intervenant directement sur le cours naturel de l’économie, et plus particulièrement sur celui de la monnaie, vient de mettre en place tous les éléments d’une nouvelle bulle, celle du dollar, croyant ainsi résoudre les problèmes entraînés par la précédente.
MAIS ! Mais il y aura un prix à payer. Ce prix sera une accélération de l’affaiblissement du dollar. Derrière la bulle immobilière, apaisée, une nouvelle bulle se formera en effet assez vite, celle de la monnaie des États-Unis cette fois, qui résultera de l’abondance des liquidités fabriquées par la FED, aspirées et distribuées par le canal de Freddie Mac et Fannie Mae, regonflés à bloc, qui acheminera en sens inverse dans les oubliettes de la FED toutes les mauvaises créances qu’elles pourront désormais accepter de racheter au réseau financier. Les chiffres avancés dans cet article permettent de se faire une idée des dimensions hollywoodiennes de cette nouvelle bulle. La crise actuelle n’aura en effet été résolue que par la création continue d’une fausse monnaie ne reposant sur aucune vraie création de richesse. L’assainissement du secteur financier aura donc comme contrepartie la noyade du dollar. Cette façon de procéder aura l’avantage d’éviter la publication de statistiques, puisque les transactions seront assimilées à des transactions commerciales ordinaires.
Personne ne pourra donc plus faire de différence entre un bon dollar et un dollar frelaté. Mais il me semble qu’au plan international, le dollar sera désormais regardé avec davantage encore de suspicion qu’il ne l’est aujourd’hui, accélérant ainsi la fuite déjà commencée devant lui.
En dépit des apparences et des discours, les États-Unis seront donc devenus résolument interventionnistes en quelques années, leur gouvernement conduisant de crise en crise le pays à toute une série d’impasses cumulées atteignant progressivement toutes les structures économiques du pays.
Le néolibéralisme aura donc abouti à éliminer le libéralisme, pourtant célébré sur toutes les tribunes, faute d’avoir accepté de laisser chacune des crises traversées aller jusqu’à leur terme naturel, nettoyant au passage toutes les entreprises qui n’ont survécu jusque-là que dans l’ombre de l’État.
Les États-Unis vont donc être amenés bientôt à revenir aux pratiques de l’ère rooseveltienne, dont les effets négatifs n’ont été évités de justesse que par l’entrée en guerre du pays, en décembre 1941, après Pearl Harbor. Ils devront alors faire face à un inextricable destin.
@ André Serra http://andreserra.blogauteurs.net/blog/

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Un de mes amis lecteurs m’a demandé ce que je pensais de l’évolution des marchés boursiers d’ici l’été et les élections présidentielles des Etats-Unis. Quelle responsabilité ! Je lui ai répondu ceci, avec précaution :
Que voilà une question embarrassante, mais si excitante dans cette période incertaine !
Les marchés boursiers se trouvent au croisement de plusieurs problématiques : la campagne présidentielle, les taux d’intérêt, l’inflation, la crise des subprimes, les autres banques centrales, la psychologie et la stratégie des investisseurs, le chômage et les possibilités de crédit. Chacune de ces problématiques étant elle-même fonction de chacune des autres.
Pour arriver à formuler des pronostics sur l’étroite période de l’été, il faudrait pouvoir réaliser une sorte d’intégration mathématique, qui déboucherait probablement, non sur une ou deux solutions « raisonnables », mais sur une zone de probabilités que l’on pourrait représenter par une surface à l’intérieur de laquelle se trouveraient toutes les solutions possibles de probabilité supérieure à, disons 25%
Je me contenterai donc d’énumérer les paramètres qui me paraissent moteurs dans cette dynamique.
Tout d’abord l’impossibilité pour la FED d’augmenter son taux interbancaire, car cette augmentation aurait trop de répercussions négatives sur l’investissement et le chômage, et donc aussi sur la consommation. Je pense que Bernanke et l’administration vont donc se contenter de maintenir un discours haussier sur le dollar pour maintenir une psychologie résiliente dans la population. Si cette hypothèse se réalise, il est possible que Trichet maintienne son 4%. Mais il y aurait cependant place pour une hausse purement indicative de 0,25 portant ce taux à 4,25%, tout à fait insuffisante pour contrer une inflation qui n’est pas simplement conjoncturelle, mais surtout structurelle.
Je note au passage que la tension sur les matières premières [dont pétrole], devrait se maintenir. En effet, pour le moment la crise financière n’implique pas encore les pays du BRIC, si j’en crois les chiffres chinois, ce qui donne du poids à la théorie du découplage entre économies occidentales et économies en émergence, contrairement à l’opinion exprimée par Strauss-Kahn. La production industrielle de la Chine a en effet augmenté de 16,3% pendant les cinq premiers mois de l’année, par rapport à la même période de 2007. Cette évolution tendancielle confirme l’involution de l’économie chinoise que je pronostique depuis deux ans. J’entends par là une lente décrue de son activité exportatrice, qui serait partiellement réorientée vers des développements intérieurs d’infrastructures et d’équipements. Ce que permet la structure monodémocratique du pays.
Les importations des É-U à partir de la Chine ne devraient cependant pas décroître très vite, car le niveau de leurs coûts est toujours fort attractif pour les consommateurs étasuniens. Il est cependant à noter que les prix chinois ont augmenté de l’ordre de 8% d’une année sur l’autre, à la fois en valeur nominale et en valeur de change. Les modifications intervenues en un an dans la structure du taux de change du yuan [rappelons que le taux de change du yuan n'est pas librement négociable] au détriment du dollar, associées à la baisse continue de la valeur de ce dernier ont débouché sur une perte de 9,75% de la valeur du dollar en yuan de juin 07 à juin 08.
Pour rester dans le domaine du commerce extérieur, soyons conscients du fait que l’administration étasunienne n’a fait « mousser » la petite augmentation des exportations des É-U en mai que pour montrer l’intérêt de la baisse du dollar. Elle a cependant négligé d’évaluer son montant en valeur constante. Si elle l’avait fait, elle aurait dévoilé le fait que les exportations avaient en fait diminué d’une année sur l’autre en valeur réelle. De toute façon le commerce extérieur des É-U reste monstrueusement négatif.
Parallèlement, le flux des capitaux entrés mensuellement depuis 2007 aux É-U a décru de 50%, et ne compense plus le double déficit du pays [commerce extérieur et budget de l'État]. La FED est donc contrainte d’émettre des dollars en continu, notamment pour dégager les secours qu’elle accorde aux banques étasuniennes affaiblies par la crise des hypothèques subprimes depuis le milieu de 2007. Les récentes pertes de Lehman Brothers et Morgan Stanley constituent autant de confirmations de l’augmentation considérable des liquidités en dollars sur le marché. La baisse du dollar va donc continuer, car l’illusion de la politique d’un dollar fort va nécessairement s’écrouler rapidement devant les faits. Je ne pense pas qu’elle puisse conserver son effet jusqu’aux élections présidentielles. Le temps qui reste à courir d’ici là me paraît trop long pour que la crédulité de l’opinion publique étasunienne ne défaille pas avant.
Alors, et les marchés boursiers dans tout ça ? Pour en évaluer avec sécurité la tendance à court terme, il reste à supputer la psychologie des acteurs. Pour moi, c’est l’inconnue la plus difficile à soupeser. La raison en est que l’opinion publique n’a pas encore intégré la réalité du déclin foudroyant des Etats-Unis. Ce pays est proche de la ruine, mais c’est une vérité à laquelle très peu de gens adhèrent. Lorsque j’en parle autour de moi, pourtant avec des arguments en béton, la réaction est toujours la même : « Mais, ce n’est pas possible ! ». Cette conjoncture sociologique peut durer encore longtemps, en vertu d’un important phénomène d’hystérésis social.
Je ne suis d’ailleurs pas convaincu que les alliés des É-U, au niveau politique, se rendent eux-mêmes bien compte de ce qui est en train de se passer. Je crains qu’ils ne veuillent soutenir ce pays au-delà du possible, parce qu’ils croient que le monde a besoin d’un mentor, et qu’ils se demandent ce qui se passerait si son hégémonie disparaissait. Une intervention groupée des banques centrales occidentales n’est donc pas à écarter. Elle pourrait modifier la tendance actuellement forte de la déroute du dollar. Reste à savoir si une action de cette nature pourrait avoir un effet de longue durée. En effet, si de telles actions ont pu recueillir quelque succès dans le passé, la force de frappe des banques centrales a fortement décru depuis dix ou vingt ans, par rapport à celle que les marchés financiers ont eux-mêmes développées depuis.
En conclusion provisoire, je m’écarterais personnellement par prudence des marchés boursiers actuellement, et me porterais plutôt vers des achats d’or, en attendant de voir venir. L’or s’est mis à stagner sous les 900 $ l’once depuis quelques temps, mais c’était en raison de la liquidation progressive d’environ 400 tonnes d’or par le FMI, pour faire face à ses besoins de liquidités ( ll perd de l’argent en ce moment ). Lorsque ce paquet aura été liquidé, il est fort probable que l’or reprendra sa montée vers les 1000 $, et sans doute au-delà.
Bonne chance à tous.
André Serra http://andreserra.blogauteurs.net/blog/

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Tout d’abord une remarque. L’intérêt porté à cet événement ailleurs qu’à l’endroit où il va se passer prête à croire que le Président des États-Unis est aussi celui de la planète. Pourquoi ?

À l’exception du Canada et du Mexique, les proches voisins des É-U et leurs partenaires dans l’Alena, dont les étroites relations économiques et politiques avec eux peuvent dépendre du choix du nouveau président, il semble que le reste du monde n’ait pas encore pris totalement la mesure du profond déclin dans lequel la « superpuissance » est entrée depuis une douzaine d’années. Son influence sur le cours du monde s’est considérablement affaiblie depuis.

Une seconde remarque est l’auréole dont les « non-américains » coiffent la tête du candidat Obama. Ils croient assez naïvement qu’il va changer la propension des Étasuniens à se croire comptables du sort de l’humanité et les seuls à connaitre un modèle politique indépassable.

Cette obsession obamatique porte ainsi une large portion du public international à croire que les électeurs étasuniens partagent leur opinion et leurs souhaits, rendant ainsi l’élection d’Obama certaine.

À mes yeux cette croyance est une illusion. Voici pourquoi :

Aujourd’hui, à un stade de la campagne électorale où la désignation d’Obama comme candidat officiel du parti démocrate semble à peu près acquise, on peut seulement porter un regard attentif sur la campagne finale entre Barak Obama et John McCain.

Barak Obama se présente comme un unificateur du peuple des É-U. Cela montre de bons sentiments, mais lorsqu’on connaît les profondes divisions de ce pays, religieuses, ethniques, économiques, on lui souhaite bien du plaisir [lire = Hans-Georg Betz – Etats-Unis : une nation divisée, Guerre culturelle et idéologique – Éd. Autrement (2008)]. Il n’a de toute manière confié à personne comment il procèderait, ce qui laisse à penser quil s’agit davantage d’un vœu pieux que d’une stratégie bien définie.

Il annonce qu’il retirera les grands pieds étasuniens du sol irakien. Fort bien, mais qui serait contre en dehors du complexe militaro-industriel ? Pour cette question aussi, comment s’y prendra-t-il ? S’agira-t-il d’une évacuation pure et simple ? Jamais les citoyens étasuniens n’accepteront de partir sans qu’un constat de victoire parfaitement médiatisable ne soit clairement établi. L’orgueil nationaliste des Étasuniens est insondable. Ils ont encore le Vietnam à l’esprit.
Il désire revernir la carrosserie du pays aux yeux du monde en allant causer aux Cubains et aux Iraniens. Personnellement, j’approuve. Mais que proposera-t-il à ces gens-là ? Sur ce plan aussi il reste muet.
Beaucoup d’affirmations, mais peu de programmes. Lorsque le temps viendra d’affronter McCain, même ceux qui auront été de son bord pour l’investiture démocrate lui demanderont des précisions, et ce jour-là, il ne lui suffira plus de bien parler et de mettre la main sur le cœur.
John McCain le premier le poussera dans ses retranchements et le dénoncera comme un apprenti sorcier. Il aura beau jeu de souligner son inexpérience des affaires fédérales [Barak Obama n’a jamais occupé de poste de responsabilité au niveau national - il a seulement été élu sénateur de l’État de l’Illinois en 1996, et n’est sénateur fédéral que depuis le 2 novembre 2004].

McCain est un dur à cuire, un héros national unanimement respecté [consulter Wikipedia]. Ancien officier, son père et son grand-père étaient des amiraux de la Navy. Prisonnier des Vietnamiens, il a supporté et survécu à des sévices abominables. Aux yeux des Étasuniens, il est un vrai « Américain », de par sa famille et par son courage passé. Au niveau du sentiment national, Obama ne fera pas le poids devant lui, et c’est un point décisif pour les citoyens des É-U. Les seuls points qui seront défavorables à McCain seront son âge et son état de santé.
Déjà à ce stade-là, Obama serait battu. Mais l’arbitre du jeu restera la situation économique du pays. Pas celle d’aujourd’hui, en mai ! Celle dont on parlera en novembre.
Dans des articles antérieurs, j’ai déjà parlé de la situation économique actuelle des É-U, avant et depuis l’éclatement de la crise financière des subprimes. Elle reste préoccupante, et nombreux sont les économistes qui pensent qu’elle perdurera encore longtemps à ce niveau. De nouvelles pertes bancaires sont attendues pour le reste de l’année 2008, et même pour le début de 2009. Le dollar est vu à 0,55€ dans quelques mois, et la hausse du pétrole sera sans doute, de ce fait, encore bien présente.
L’inflation est officiellement de 3,6%, mais certains économistes pensent qu’elle a été bricolée en utilisant des coefficients saisonniers et des ajustements assez suspects [voir La Chronique Agora], et la chiffreraient volontiers entre 5 et 6%. Le gouvernement des É-U a beau se trouver des formules plus ou moins académiques pour affirmer que le pays n’est pas en récession et qu’il veut un dollar fort, ce n’est que de la poudre aux yeux. Les É-U sont bel et bien en récession et leur situation aura sans doute encore périclité d’ici novembre ! C’est sur ce fonds-là que jouera l’ultime ressort des présidentielles étasuniennes, quand tout le monde aura oublié les discours enflammés du début de campagne.
En novembre, les électeurs répéteront sans doute en chœur la fameuse antienne de Bill Clinton au cours de sa première campagne présidentielle : « The economy, stupid ! », en réponse à ceux qui lui demandaient ce qu’il fallait faire. Il faudra bien que les candidats y répondent de manière appropriée.
Si Obama n’a pas en réserve un programme économique crédible à présenter à ce moment-là, je pense que les électeurs se tourneront instinctivement vers le candidat dont ils pourront penser qu’il possède l’esprit de décision pour faire les bons choix, et la poigne nécessaire pour les faire adopter et appliquer, parce qu’il l’aura montré concrètement à travers les difficultés de sa propre existence. Je ne doute pas que ce soit alors John McCain.
© André Serra

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Depuis l’explosion de la crise des subprimes aux Etats-Unis et ailleurs dans le monde, à l’été 2007, et surtout la descente en spirale du taux d’intérêt interbancaire de la Fed de 5,25% à 2% il y a huit jours, tous les milieux financiers guettent avec obstination les réactions de la BCE, s’attendant à tout instant à une réplique parallèle de Jean-Claude Trichet et de ses collègues. En vain.
L’équipe de la BCE s’accroche à une seule stratégie apparente, la lutte contre une inflation en cours de potentialisation sous la montée des prix des matières premières et notamment du pétrole. Elle justifie son apparent désintérêt de la conjoncture difficile de l’économie européenne par le fait que la situation des entreprises est saine, et que la stabilité des prix conditionne un passage réussi de la crise financière actuellement traversée par l’économie mondiale.
Les récentes statistiques semblent confirmer la justesse de ce raisonnement. Le 15 mai, on apprenait que la croissance allemande avait atteint 1,5% au premier trimestre 2008 (soit 6% en rythme annuel) contre 0,3% au quatrième trimestre 2007, soit le double des prévisions des économistes. C’est dire à quel point les évaluations de ceux-ci doivent être considérées avec une certaine suspicion. Estimation n’est pas vérité.
Dans le même sens, l’estimation de la croissance de 2007 pour la France s’est transformée de 1,9% prévisionnel en 2,2% dans son résultat définitif. De surcroît, ce serait les investissements des entreprises qui auraient entraîné cette embellie, et non la consommation, dans un processus combien plus positif ! Parallèlement, l’endettement des particuliers européens se serait globalement réduit au cours de cette période en raison d’un moindre recours au crédit. Évolution encourageante, diamétralement opposée à celle de l’économie étasunienne.
En cherchant à accélérer la consommation intérieure des É-U au moyen de la réduction de son taux de base interbancaire, la Fed provoque en effet simultanément une augmentation des tensions inflationnistes ainsi qu’un gonflement inquiétant de la bulle d’endettement des particuliers, bulle qui éclatera à son tour dans les mois qui viennent, dans la foulée de celle des subprimes.
On peut trouver dans ces événements la confirmation de la sagesse manifestée par les autorités de la Banque Centrale Européenne, laquelle a privilégié la défense de la monnaie à l’aventure d’une création monétaire ininterrompue qu’aurait immanquablement provoquée un abaissement du taux d’intérêt dans la zone euro. En agissant ainsi, la BCE a protégé le pouvoir d’achat de la monnaie européenne à l’intérieur de la zone euro. Même si certaines augmentations de prix ont été constatées pour certains produits, celles des coûts de matières premières, dont le pétrole, ont été bien moindres pour les européens que pour les étasuniens, dotés d’une devise en forte régression du fait de la baisse du taux d’intérêt de la FED.
Pour souligner le décrochage progressif de l’économie étasunienne par rapport à l’économie européenne, un autre élément est à prendre en considération, celui des injections de liquidités par les banques centrales dans le système bancaire. En dépit des apparences, il ne s’agit pas des mêmes processus aux É-U et en Europe.
Aux É-U, ces nouvelles liquidités représentaient une création monétaire pure, au moyen de la planche à billets, car les réserves monétaires de la Fed étaient pratiquement inexistantes, sur fond d’un déficit budgétaire de l’État annoncé à 38% cette année et d’un déficit commercial récurrent, le tout ajouté à un déficit antérieur cumulé représentant plusieurs années de PNB. Dans cette aide au système bancaire du pays, il s’agissait donc d’une monnaie de singe, et son important volume ne pourra qu’affaiblir la tenue du dollar au cours des mois qui viennent, tout en renforçant les tensions inflationnistes nées de la hausse des matières premières, et en particulier de celle du pétrole.
L’Europe disposant au contraire de réserves importantes en devises, les injections de liquidités dans le système bancaire européen put au contraire se faire avec facilité, et n’entraînera que très peu d’effets inflationnistes.
Tout n’est cependant pas rose en Europe, et la vague stagflationniste qui naît actuellement aux É-U aura nécessairement des effets en Europe au cours de l’année qui vient. Cependant, grâce à l’action courageuse de la BCE et de son président, Jean-Claude Trichet, et en dépit des critiques acerbes qui leur ont été adressées par de nombreux responsables politiques, dont le président français Nicolas Sarkozy, l’Europe peut espérer passer ce prochain cap dans de meilleures conditions que les É-U ou la Grande-Bretagne.
Un aspect important de la comparaison des attitudes des deux banques centrales, BCE et FED, réside dans la différence entre les messages qu’elles ont adressés à leurs économies respectives. Un changement de taux d’intérêt de base est précisément un message en soi, adressé tant aux entreprises qu’aux particuliers [lire à ce sujet l’article de Pascal Salin publié le 14 octobre 2007 dans le Figaro].
De janvier 2001 à juin 2004, soit en 40 mois, la FED a fait varier son taux d’intérêt de base de 6,5% à 1%, adressant ainsi à l’économie les messages suivants : le taux d’intérêt de l’argent est une composante élastique de l’économie. Qu’il monte ou qu’il baisse, cela n‘a aucune importance. Si les citoyens ont besoin de consommer et n’ont pas d’argent disponible, aucun problème, la FED peut en fabriquer selon les besoins. Elle n’hésite pas à prêter aux banques au taux de 1% quand celui de l’inflation est de 2,5%, soit une véritable distribution gratuite de dollars. L’argent n’a plus vraiment de prix, seule compte la consommation, même si les produits achetés viennent de l’étranger. Les États-Unis sont tellement puissants qu’ils sont le seul pays de la planète à pouvoir fabriquer de la monnaie en toute impunité depuis les accords de Bretton Woods signés en 1944. Ces messages sont très clairs et directement responsables du montage financier des subprimes.
Et puis brusquement, de juillet 2004 à juin 2006, changement de décor, le taux d’intérêt repart à la hausse pour aboutir à 5,25% où il culmine sur l’éclatement d’une bulle astronomique jetant sur le trottoir des dizaines de milliers de familles dont on reprend la maison pour défaut de paiement. Mais les messages continuent dans la même veine : les banques étasuniennes sont proches de la faillite ? Qu’à cela ne tienne ! Tiens, voilà des liquidités, et si vous en voulez d’autres, vous n’avez qu’à demander. Quant aux sans-logis, Dieu les a punis de leur naïveté. Ils l’ont bien cherché !
Ne paniquons pas, les messages de la FED continuent ! Retour en six mois à un taux d’intérêt de 2%, en dépit d’une inflation passée à 3,6%. Consommez maintenant !
Pendant ce temps, une BCE décriée par tous maintient l’Europe sur une ligne de stabilité (relative) des prix. Début 2006, son taux directeur est de 2,25% et passe à 2,50% en mars, 2,75% en juin, 3% en août, 3,25% en octobre, 3,50% en décembre, 3,75% en mars 2007. Il est finalement porté à 4% en juin 2007, et est resté à ce taux depuis. On peut admirer ce long glissement de 1,75% en deux ans par rapport aux dents de scie désordonnées du dollar. À chaque nouvelle petite touche, le même message passe : le danger de l’inflation se maintient en s’accroissant lentement. Aucun effet de panique et le cours de l’euro s’accroît progressivement dans le même temps sans à-coup notable. Les entreprises et les particuliers en comprennent le message et agissent en conséquence, même si un certain agacement se manifeste devant cette lente progression. L’euro prouve ainsi sa stabilité, et par là, sa vocation à devenir LA monnaie internationale par excellence, car la mission d’une telle monnaie, appelée à soutenir une économie de plus en plus mondialisée, consiste précisément à maintenir fermement la valeur d’achat de son unité, pour la meilleure régularité possible des transactions internationales.
***
Nous y voilà ! Comme je le soupçonnais déjà dans un précédent article intitulé “Jean-Claude Trichet a raison”, la stratégie actuelle de la BCE semble destinée à offrir au monde une monnaie stable et efficace pour le règlement des transactions internationales, en remplacement du dollar, devise actuellement en perdition, seulement soutenue par une mystique historique dont le substrat est devenu largement obsolète. Dans ce précédent article, j’énumérais un certain nombre d’initiatives prises par des entreprises, des pays et des institutions, pour utiliser l’euro de manière de plus en plus générale.
Il est certain que dans une conjoncture politique mondiale lourde de tensions stratégiques et économiques, il n’est pas possible qu’une initiative de cette taille puisse être proposée de but en blanc par une autorité politique nationale. Tout le monde y pense, mais personne n’ose en parler. La classe politique attend sagement la suite du dépérissement du dinosaure impérial, dont on craint les convulsions.
Le remplacement du dollar se fera donc très lentement, au niveau de l’économie d’entreprise, propulsée par le bouche-à-oreille. Combien de temps cela prendra-t-il pour qu’une partie significative du commerce soit traitée en euros ? Personne ne peut actuellement le dire. Mais en attendant, Jean-Claude Trichet et son équipe continueront sans doute à veiller au maintien de l’euro dans son statut d’alternative crédible au dollar : stabilité, dosage dans la conduite de la politique du crédit, concertation avec les autres banques centrales, sérieux et discipline, toutes qualités destinées à forcer le respect des grands de ce monde, et surtout des nouveaux (BRIC).
Enfin, sous-jacent à cet effort, on constatera sans doute un renforcement progressif de l’unité européenne, et l’adaptation continue de celle-ci aux profonds changements du monde.
© André Serra - http://www.andreserra.blogauteurs.net/blog/

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