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Posts Tagged “dollar”

Nous sommes sans doute à la veille d’évènements économiques considérables.

Le changement brutal de la politique de change monétaire de la Chine le laisse présager. En effet, jusqu’ici le gouvernement chinois refusait énergiquement de modifier sa politique de change qui, depuis 2008, consistait à maintenir une stricte constance du taux de conversion entre le renminbi (ou yuan) et le dollar. Il estimait que ce taux correspondait à une valeur correcte des deux monnaies, l’une par rappport à l’autre.

Personne, économiste ou institution, n’a d’ailleurs pu prouver le contraire. Je pense en effet que cela est strictement impossible d’un point de vue économique, et le déficit commercial abyssal que présentent les É-U à l’égard de la Chine ne constitue pas une preuve en soi de ce déséquilibre. On pourrait tout aussi bien prétendre que ce déficit résulte de la politique d’un dollar fort, entretenu artificiellement fort par les autorités étasuniennes, et que sa valeur ne reflète plus le poids réel de l’économie du pays, très largement exagérée par une opinion un peu trop traditionnelle.

Je me contenterai d’observer que les cambistes étasuniens ont la main haute sur la fixation des taux de change monétaires, et qu’ils sont fortement inspirés par les instances monétaires du pays. Ce phénomène emphatique est d’ailleurs analogue à celui des agences de notation, exclusivement étasuniennes, dont on a remarqué l’influence abusive tout au long de la récente crise financière grecque.

Mais avant de supputer les résultats de ce nouvel affrontement monétaire, considérons d’abord les stratégies de sortie de crise des deux blocs occidentaux, celle des É-U puis celle de l’UE. Elles sont diamétralement opposées.

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La stratégie étasunienne

dollar-symboleLes É-U ont opté pour un retour forcé à la situation économique prévalant avant la crise, c’est-à-dire pour une accélération de la consommation appuyée sur des taux d’intérêt pratiquement nuls, et une injection continue de liquidité dans le système bancaire, ces deux éléments devant, dans leur esprit, inciter les consommateurs étasuniens à revenir à l’endettement “as usual”. Tous les économistes soulignent l’ampleur du risque que présente cette stratégie, notamment en terme d’inflation.

Cette politique aurait des chances de réussite si elle pouvait effectivement susciter  un dynamisme consommateur au sein de la population. Mais ce raisonnement est erroné.

Comme l’a montré avec aisance J. K. Galbraith dans son petit ouvrage sur “ Les mensonges de l’économie ” publié en 2004 chez Grasset, il n’y a pas de relation directe entre les variations du taux d’intérêt et celle de la consommation, contrairement à une théorie convaincante, mais sans réalité rationnelle. Elle n’est en fait qu’une croyance simpliste. Lorsqu’une entreprise emprunte, c’est parce qu’elle juge que l’argent emprunté va lui permettre de gagner de l’argent, et non parce que les taux d’intérêt sont bas. Il en est bien sûr de même pour les particuliers, lesquels peuvent aussi bien emprunter parce qu’ils craignent que les taux vont monter, que s’en abstenir parce qu’ils pensent que les taux vont encore baisser.

Ce type d’erreur est courant en économie, car cette discipline s’est muée depuis quelques dizaines d’années en une discipline mathématisée et rationalisée, alors que la matière économique est beaucoup plus riche d’éléments psychologiques et sociologiques que d’éléments rationnels. Depuis cette stupide évolution, l’économie a perdu sa fiabilité.

La politique de  ” retour à la case départ ” a donc toutes les chances d’échouer. D’ailleurs les dernières informations du terrain nous indique la proximité imminente de l’échec. Dans les derniers mois de 2007, les consommateurs dépensaient en moyenne 2,5% de plus que leur revenu. Dès 2008, ils ont commencé à épargner pour payer leurs dettes, totalement paniqués à la pensée de connaître le sort des acheteurs de maisons à subprimes : saisies et expulsions.

Depuis un an, les consommateurs étasuniens se sont mis à épargner en moyenne 6 à 7% de leur revenu, bien que celui-ci se soit rétréci au fil des mois. Et pourtant les taux d’intérêt ne peuvent descendre davantage.

Cette politique d’abondance de liquidités ne va donc pas permettre aux É-U de sortir de la crise. Il va leur falloir trouver autre chose. “ On ne peut faire boire un âne qui n’a pas soif ”. C’est bien connu.

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Dans le fatras d’indicateurs que nous a amené la fin de la semaine passée, il en est un qui ne semble pas avoir retenu l’attention des économistes, et qui pourrait pourtant éclairer la suite des évènements de manière plus précise encore que les indicateurs sur l’emploi, la consommation, la construction immobilière et la balance commerciale des É-U.

Il s’agit de la hausse des investissements. Au second trimestre 2010, L’investissement des entreprises étasuniennes dans les biens d’équipements a augmenté de 21,9%, un record de 14 ans.

Or la consommation est en baisse aux É-U, et la production stagnante. Il est donc difficile de croire que les entreprises anticipent une augmentation future de leur production par des investissements productifs. Alors ?

Alors, ces investissements massifs ne peuvent se justifier que par le désir d’accroitre, non la production, mais la productivité. En effet, lorsque la consommation et donc la production décroit, le marché voit ses dimensions se réduire et attise une concurrence qui s’applique notamment sur les prix. Et qui dit baisse de prix dit également baisse de coût, et notamment baisse des frais de personnel, soit par une baisse des salaires, soit par une baisse des effectifs.

Déjà les entreprises ont, depuis deux ans, obtenu des sacrifices notables de la part de leur personnel. Mais mon sentiment est que ces investissements cachent une stratégie des entreprises dirigée vers des diminutions encore plus importantes de leurs effectifs dans les quelques mois qui viennent, le temps de mettre en place les matériels acquis. Disons à partir de septembre.

Nous allons sans doute assister à une nouvelle grande vague de licenciements d’ici la fin de l’année, suite à la mise en place d’une robotisation importante. Si mon pronostic se matérialise, nous allonc donc assister à la reprise de la progression du chômage. Si c’est le cas, on peut s’attendre à une nouvelle plongée de la consommation et un retour de la récession.

Nous sommes donc assez loin d’une sortie de crise par la consommation.

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La stratégie européenne

euro-symbolePendant ce temps-là, les pays européens testent une autre solution pour sortir de la crise.

Moins dynamiquement, mais sans doute plut pragmatiquement, les pays de l’Union européenne ont entrepris sagement de payer leurs dettes. Pour le moment, ils réduisent drastiquement leurs dépenses budgétaires, derrière la Grèce, qui a bien failli trépasser sous un dette monstrueuse.

Suivant en cela la détermination allemande, mais fort loin des illusions cultivées de l’autre côté de l’Atlantique, l’Europe choisit donc de mordre sur sa chique plutôt que de poursuivre une politique d’expansion monétaire qui la conduirait tout droit vers une situation financière analogue à celle de l’Allemagne de Weimar en 1923.

C’est une politique fort courageuse, mais elle entrainera mécaniquement beaucoup de sacrifices dans la population. Les revenus diminuant, la consommation diminuera également, car des restrictions de crédit interviendront. Il en résultera des pertes d’emplois dans les entreprises, s’ajoutant à la réduction des emplois de fonctionnaires.

Si cette situation n’est pas contrôlée avec rigueur, il est possible que la chute de l’économie européenne dans une dangereuse déflation, en réaction à la diminution du pouvoir d’achat des familles, pourrait se produire et perdurer longtemps. Le comportement de la population jouera un très grand rôle. Si dans son ensemble elle se résout à l’effort, tout devrait bien se passer. Si c’est le contraire, l’éclatement d’importantes crises sociales est vraisemblable dans certains pays.

Il est en effet à craindre qu’une telle conjoncture puisse dériver vers une sévère crise de l’emploi. Or, il faudrait à tout prix pouvoir sauvegarder ce dernier afin de préserver la possibilité de retrouver la croissance, après la période qui s’écoulera nécessairement avant qu’une situation financière saine puisse être rétablie.

Cet effort devant  être soutenu par la plupart des pays composant l’Union européenne, il risque de déboucher sur des difficultés de cohésion des actions. Le renforcement des pouvoirs et de l’autorité du président de l’Union ( Van Rompuy ) ainsi que de la BCE devrait être envisagé.

Ce qui me fait craindre des difficultés sur ce dernier point est la réaction négative de Londres, Paris et Berlin, à la récente proposition du Commissaire européen au Budget, le Polonais Janusz Lewandowski, d’envisager la création d’un impôt européen. Le produit de cet impôt ( à prélever sur des produits à définir, essence,  transactions financières, etc… ) serait à déduire des contributions nationales directes au budget de la Commission de Bruxelles, et n’augmenterait donc pas les prélèvements fiscaux globaux. Ce premier impôt européen s’appliquerait à l’ensemble de la communauté sous l’autorité de l’Assemblée européenne de Strasbourg, pour financer le budget de la Commission de Bruxelles.

Le rejet de ce projet par les trois principales capitales de l’Union s’explique par leur refus de transférer à L’UE la moindre parcelle de la souveraineté des États composant l’Union. On est donc fort loin du consensus nécessaire pour sortir de la crise.

Au moment de la crise grecque, on avait d’ailleurs déjà pu percevoir la mauvaise volonté des membres de l’Union à pratiquer une politique de solidarité.

Le “ chacun pour soi ” va-t-il encore prévaloir cette fois-ci ?

On dirait qu’on est fort loin d’une véritable Europe, puissante et solidaire. Quel lamentable manque de discernement !

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La problématique du yuan

yuan-symboleLes autorités chinoises, après plusieurs journées de pression de la part des É-U et d’autres pays occidentaux pour que leur gouvernement relève le taux de change yuan / dollar, annoncèrent le 21 juin 2010 que ce taux serait progressivement assoupli, en fonction cependant de l’évolution de l’économie chinoise. Cette annonce a été faite à la veille du G20, de telle sorte que les membres de cette réunion se gardèrent bien de soulever la question.

Or, entre le 21 juin et le 16 août, soit près de deux mois après cd100817-le-dollar-en-5-semainesette annonce, le $ n’avait perdu que 0,05% par rapport au YUAN, soit une revalorisation parfaitement négligeable. Cette perte était montée au maximum à 0,63$ le 9 août, à peine plus que le 16. Le tableau ci-contre montre cependant une diminution sensible de la valeur du dollar par rapport aux autres principales devises.

Pour juin, de mauvais indicateurs du commerce extérieur des É-U annoncèrent un déficit commercial de 49,90 milliards de $ contre 41,98 en mai, soit une augmentation de 18,9% d’un mois sur l’autre. Le problème du taux de change du yuan en $ va donc inévitablement se reposer, mais en des termes quelque peu différents qu’à fin juin.

En effet, le surplus de la balance des paiements courants de la Chine est passé de 11% du PIB en 2007 à 6,1% en 2009, en raison notamment de fortes réévaluations des salaires  au cours des dernières années,  augmentant ainsi régulièrement les coûts des produits qu’elle exporte. Il en résulte que si le yuan pouvait sembler faible il y a encore quelques années, c’est de moins en moins le cas. Et, comme il est dans l’intention du gouvernement de continuer à relever progressivement les salaires chinois compte tenu de l’augmentation spectaculaire de ses exportations, il devient de moins en moins nécessaire pour lui de modifier le taux de change de sa devise.

En effet, l’excédent commercial chinois de juillet a été le plus élevé depuis 18 mois. C’est dire que la Chine a dépassé la crise depuis longtemps, la croissance de son PIB semblant parti pour retrouver cette année son taux de 12 à 13 % d’avant la crise. Ses exportations ont progressé de 38,1% par rapport à 2009, avec une forte augmentation vers les É-U et l’UE.

Par contre ses importations ont ralenti à une croissance de 22,7% en juillet, contre 34,1% en juin. C’est déjà très beau ! Il faut rappeler que des mesures bancaires ont été prises au cours de ces derniers mois pour éviter le surstockage, étant donné un emballement injustifié des prix. Cette diminution correspond donc sans doute à un début de déstockage. Pendant les trois mois de crise traversés par la Chine, les achats de matières premières s’étaient en effet accélérés pour profiter du fléchissement des prix intervenu pendant cette période.

De tout cela il résulte que l’opinion des économistes occidentaux et notamment de ceux du département du Commmerce des É-U devraient évoluer vers des prétentions moins excessives qu’au mois de juin.

Il semble maintenant que la balle soit dans le camp des É-U, en ce sens que s’ils désirent que les prix chinois augmentent, la solution ne se trouve plus dans la hausse du yuan par rapport au dollar, mais dans la baisse du dollar par rapport au yuan, ainsi d’ailleurs qu’à toutes les autres devises occidentales, car l’abondance des liquidités “ fabriquées ” par la FED depuis 18 mois, sans contrepartie d’une véritable richesse économique, ne justifie plus les taux actuels du dollar. Même si cela échappe encore à beaucoup d’observateurs, il n’est plus désormais possible de considérer le dollar comme une valeur-refuge.

Cette opinion est d’autant plus réaliste que les récents indicateurs économiques des É-U, très préoccupants, poussent la FED et le gouvernement à poursuivre les aides à la relance par l’injection de nouvelles liquidités. On attend d’ailleurs toujours que la FED présente un plan d’épongement de ces excès applicable après la sortie de la crise, dont le terme échappe encore à notre vision aujourd’hui.

© André Serra

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On a voulu jouer au plus malin en consommant par avance les revenus de l’avenir. Et ceci, pendant trop longtemps.

Difficile de comprendre que des générations de politiciens aient pu considérer cette trouvaille économique comme un trait de génie des économistes libéraux et mondia­lisateurs.

Les États-Unis, et dernièrement l’Europe, ont décidé d’imprimer des billets de banque pour payer leurs dettes, immenses.

C’était assurément de la fausse monnaie, donc une action stupide qu’ils devront payer un jour ou l’autre par une inflation qui dépréciera toutes les monnaies, et ruinera beaucoup de monde. Mais ce sera demain, ou bien après. L’Homme a pris l’habitude de jouir en avance et de payer plus tard. À force d’inciter leurs citoyens à payer plus tard, les gouvernements ont fini par adopter cette manière de faire. Donc maintenant tout le monde est endetté et personne ne peut plus payer.

Mais la vraie question est : pourquoi crie-t-on à présent ” Harro sur le baudet ” contre l’Europe, et qu’on ne l’a pas fait contre les États?Unis depuis deux ans, alors qu’ils ont fait exactement la même chose ?

La réponse, que l’on serine pourtant fermement depuis des lustres partout autour du monde, est pourtant tout simplement que le dollar étant “LA monnaie mondiale de réserve” depuis un demi-siècle, ce pays peut impunément imprimer des billets verts, en étant absolument certain que la planète entière entassera sans mot dire dans leurs réserves ces billets qui ne servent à rien d’autre qu’aux États-Unis, à payer des biens et des services étrangers qu’ils n’ont pas les moyens de payer avec de vrais revenus.

Cela s’appelle du “pillage“, et tout le monde paraît content d’être pillé !

Le jour où les autres États de la planète décideront enfin de ne plus être des victimes de cette traite des blancs, je ne donnerai pas cher de la peau des Étasuniens.

Le FMI tout de même, par la voix de Dominique Strauss-Kahn son directeur, ne s’est pas gêné pour conseiller à ces pays-moutons fraîchement tondus, de réduire leur dépendance au dollar :

Un certain nombre de mesures peuvent être prises pour renforcer les systèmes monétaires internationaux, notamment une meilleure surveillance des flux de capitaux, des filets de sécurité financière plus importants et une plus grande utilisation des droits de tirages spéciaux ” a-t-il déclaré, en ajoutant que ces mesures pourraient inclure notamment ” un usage plus large d’actifs alternatifs de réserve, par exemple en euro ou yen ou yuan “, pouvant produire l’effet ” d’une soupape de sécurité “.

Il semble pourtant bien que ses recommandations soient tombées dans des oreilles sourdes, puisqu’on assiste depuis plus d’une semaine à la hausse continue du cours du dollar.

Il me plaît d’être battue ! ” fait répondre Molière par Martine à monsieur Robert dans ” Le médecin malgré lui “. Bernanke et Trichet ont dû lire Molière, assurément.

Non seulement les propos de Dominique Strauss-Kahn mettaient ainsi en garde les banquiers centraux réunis à Zurich contre un emploi exclusif d’une seule monnaie de réserve, mais il suggérait d’une manière on ne peut plus nette que le dollar n’était plus une valeur très sure. Mais, il n’est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre. Il n’est même pas certain que ces propos aient été rapportés à Barack Obama.

Le dollar pas sûr ? Ben voyons, je dis n’importe quoi ! Eh bien, on est au moins deux à le penser.

Vous pouvez toujours lire sur le site suivant, l’article complet de l’Agence France Presse (AFP) qui rapporte les propos de Dominique Strauss-Kahn :

http://www.google.com/hostednews/afp/article/ALeqM5hIPa43i90jIftp6EDrMz6yslpSJQ

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Il y a incontestablement une “guerre des monnaies” dans le monde depuis le début de la crise, je qualifierais ce qui s’est passé jusqu’ici de premier round pendant lequel des initiatives ont été lancées par différents pays pour démontrer, sous plusieurs motifs, la nécessité de remplacer le dollar dans son rôle actuel de monnaie internationale de paiement et de réserve, par une monnaie planétaire nouvelle qui serait, celle-ci, indépendante de tout État national particulier.

Après un rappel de ces initiatives en cours, je décrirai le second round, qui vient à peine de commencer.

1er round : Le lundi 19 novembre 2007, à Singapour, le premier ministre chinois Wen Jiabao, a montré qu’il était de plus en plus difficile de gérer les 1 430 milliards de dollars (970 milliards d’euros) de réserves de change de la Chine, à cause de la devise américaine ( réserve se montant à 2600 milliards de dollars en avril 2010 ). ” Nous n’avons jamais connu une pression aussi forte “, a-t-il déclaré, selon l’agence Reuters. ” Nous sommes inquiets sur la manière de préserver la valeur de nos réserves “, a-t-il ajouté. La devise étasunienne avait perdu 5% contre le yuan depuis janvier 2007, et malgré toutes les promesses de Washington, il continuait, jour après jour, à perdre des plumes. C’était alors le tout début de la crise des subprimes, qui devait exploser quelques mois plus tard.

Dès cette époque, la Chine se mit à plaider dans chaque forum qu’il était grand temps de remplacer le $ comme monnaie de paiement et de réserve. Rapidement, cette information fit le tour du monde et tous les ministres des Finances de la planète commencèrent à plancher sur le sujet.

Au début, l’Amérique du Sud commença à étudier la création d’une monnaie unique entre les pays du Mercosur.

Puis, les pays du Golfe, voyant leurs revenus baisser sous l’effondrement des prix du pétrole, perte à laquelle s’ajoutait celle provenant de la chute continue du $, commençaient à leur tour à trembler, et se réunirent pour envisager la création d’une monnaie unique du Golfe. Le 9 avril 2008, les États membres du CCG (Conseil de Coopération du Golfe) décidèrent à Doha que le lancement de la monnaie du Golfe aurait lieu le premier janvier 2010. Cette date a été respectée, et la banque est en démarrage depuis le 1er janvier 2010. Au départ du projet, les participants étaient l’Arabie séoudite, Bahreïn, les Émirats arabes unis, le Koweït, Qatar et Oman. Depuis, Oman s’est retiré et le Koweït a lié sa monnaie à un panier de devises pour combattre son inflation.

Le Secrétaire général du CCG, Abdelrahmane al-Attiyah, décida que les gouverneurs des banques centrales calculeraient le taux de réévaluation des monnaies indexées jusque-là sur le dollar. La plupart des pays du Golfe ont été contraints de réduire leurs taux d’intérêt dans la foulée des baisses décidées par la Réserve fédérale américaine, pour lutter contre la spéculation sur leurs devises, bien que des hausses de taux soient jugées nécessaires pour juguler l’inflation.

Il est probable que d’autres États pétroliers viendront se joindre à cette nouvelle monnaie dans les années qui viennent, à mesure qu’elle prendra pied sur le marché international. Ses parrains disposent de revenus tellement importants qu’il est peu probable qu’elle échoue. Les clients des états du Golfe devront très rapidement transiger avec cette nouvelle monnaie pour leurs approvisionnements venant du Golfe Persique, éliminant ainsi le dollar pour ce type d’activité, mais les pays fondateurs de la nouvelle banque le conserveront sans doute encore comme monnaie de réserve, compte tenu de leurs importants placements dans la zone dollar.

Un autre projet de zone monétaire pointe à l’horizon à la suite de la création d’une zone de libre échange en novembre 2009 entre les 10 pays membres de l’ASEAN, la Chine, la Corée, le Japon, les Philippines, et l’Australie. Au cours de la réunion plénière, le Premier ministre de l’Australie, Kevin Ruud (photo ci-contre) proposa que la zone de libre échange ainsi créée soit transformée en zone monétaire. Les participants trouvèrent l’idée intéressante, mais que l’adopter immédiatement risquerait de doubler les difficultés de réalisation du projet initial, et qu’il serait préférable de reprendre ce second projet lorsque le fonctionnement de la zone de libre échange aura été complètement mis en place. Il reste que cette initiative de l’Australie montre à quel point les esprits sont actuellement prêts à de profondes modifications des structures économiques du monde.

À mesure qu’autour du $ surgissaient des initiatives ayant pour but de lui ôter son statut de monnaie de réserve, les États-Unis comprirent que la menace de la Chine n’était pas vaine. Avant la réunion fondatrice des quinze pays du Pacifique Est de fin 2009, ils avaient traité ces initiatives par le mépris, argüant du fait que le $ était irremplaçable, et persuadés que leur hégémonie ne pouvait vaciller sur sa base.

Mais peu à peu la place du dollar comme monnaie de transaction et de réserve internationales s’effritait, car en parallèle, devant l’instabilité du cours du dollar, certaines entreprises se mirent à s’entendre entre clients d’un pays et fournisseurs d’un autre, pour commercer dans une monnaie plus stable, euro, livre, franc suisse, etc. Et alors qu’en 2002, le dollar entrait encore dans les paiements internationaux à hauteur de 72%, il ne dépassait déjà plus le taux de 64% en septembre 2007. La perte était déjà considérable, mais elle montre surtout une tendance de fond qui ne demande qu’à s’étendre, et qui le fera très certainement à petits pas. De nouvelles habitudes de paiement international s’installent peu à peu dans le monde en ce moment, au détriment du $.

Or, la place hégémonique du $ dans le monde était et est toujours essentielle pour l’économie des É?U depuis le traité de 1944 signé à Bretton Woods, car plus de la moitié de son encours en billets est en fait détenu hors de son pays d’origine, outre le fait qu’en servant de monnaie internationale et de monnaie de référence, il procure au moins trois avantages déterminants aux É?U, par rapport à toutes les autres monnaies, c’est-à-dire en fait à tous les autres États de la planète, qui subissent durement cette hégémonie.

Le premier de ces avantages est la possibilité d’émettre autant de monnaie qu’ils le décident, en cas de besoin, sans craindre d’effets de rétorsion de l’extérieur, tout excès d’émission étant tôt ou tard absorbé par les réserves de tous les autres pays du monde.

Le second est de pouvoir jouir de taux d’intérêt inférieurs pour leur économie en raison de ce privilège d’émission, sans craindre des effets à la baisse du cours du $ puisqu’il est la monnaie de référence. Il leur est donc possible de prêter à leur économie autant que de besoin ( c’est ce qu’ils n’ont pas arrêté de faire, à taux pratiquement nul, depuis le début de la crise ).

Le troisième est que l’ensemble des réserves en dollars détenues par toutes les banques centrales sont des dollars gelés, correspondant aux variations de la croissance inter­nationale. La crainte des É­?U est forte que ces réserves ne se mettent à fondre progressivement si la crise amenait ces banques centrales à les vendre, pour racheter leur propre monnaie par exemple. Cela ferait sur les É?U le même effet que la fonte de la banquise sur le climat de la planète.

C’est la raison pour laquelle ils tentent éperdument de relancer chez eux la croissance par tous les moyens, alors que c’est précisément cette croissance excessive qui a précipité la planète dans la crise. Mais ils n’en ont cure, car ils pensent que, par ce procédé, ils sortiront plus vite de la crise que les Européens et sauveront ainsi leur devise. On peut craindre qu’ils ne perdent alors, et la reprise, et leur monnaie, en raison du fait que leurs citoyens préfèrent continuer pour le moment à se désendetter plutôt qu’à consommer.

Et leur stratégie risque de tourner court, car ce pouvoir n’a aucune prise sur les États qui n’ont pas eu besoin de soutien en dollars des É-U ni du FMI au cours de cette crise. Et ça, c’est ce que l’on pourra sans doute appeler le bout du rouleau pour le dollar : que l’on puisse se passer de lui.

Il est donc crucial pour les É-U de freiner l’économie chinoise, qui a surfé sur la crise avec une rapidité et une efficacité auxquelles ils ne s’attendaient pas du tout. Ils ont alors pensé qu’ils y parviendraient en utilisant une stratégie monétaire, puisque c’est un axe qu’ils ont toujours utilisé lorsqu’ils avaient décidé d’amener un état à passer par ses exigences, politiques ou autres.

Mais les temps ont changé. Ce qui était n’est plus, et je crains pour les É-U qu’ils n’aient à passer cette fois par les fourches caudines d’autres pays.

***

C’est alors que les États?Unis ont lancé le deuxième round :

Il a vraiment commencé en février 2010, lorsque le président Obama, délivrant son discours sur l’État de l’Union devant le Congrès des États-Unis, lui a lancé d’une voix forte qu’il n’accepterait jamais que les États-Unis perdent la première position dans le monde.

C’était en fait une déclaration de guerre à la Chine, sans tambour ni trompette. Quelles que soient les mesures que le gouvernement chinois prendra à l’égard du cours du Yuan, que celui-ci décide ou non de le hausser par rapport au dollar, il ne sera pas confié au marché. C’est une certitude, car il est exclu pour la Chine d’ouvrir l’accès à leur devise aux spéculateurs occidentaux. Et il aura raison, comme je l’explique à la fin de cet article.

Mais de toutes les manières, il est tout aussi certain que l’administration étasunienne va utiliser tous les moyens possibles pour freiner l’ascension de la Chine. Devant sa très rapide sortie de la récession, et l’allure actuelle de sa croissance que les prévisionnistes voient à 13% en 2010, les Étasuniens ne peuvent plus penser que ce pays est en voie de s’écraser à court terme, comme ils l’imaginaient ou le prévoyaient jusqu’ici.

Plus question de penser que son système bancaire n’est pas solide, car on en a fait la prévision depuis deux décennies, et il ne s’est rien passé. On avait dit que les Chinois se contentaient de copier les produits occidentaux, mais ils ont créé des designers en très grand nombre, qui, un jour prochain, dicteront la mode à la planète. On les croyait très loin de rivaliser avec les Étasuniens dans les différents domaines de la recherche, mais en 15 ans, le nombre de leurs chercheurs a rejoint celui des É-U. Parmi eux d’assez nombreux chercheurs chinois qui s’étaient expatriés aux É-U sont revenus dans leur pays après 15 ou 20 ans passés en Amérique.

Les Chinois ont pénétré des secteurs où ils ne se trouvaient pas encore il y a quelques années. Dans son numéro 1014 du 14 avril sur la Chine ( Un monde chinois ), Le Courrier International indique la liste suivante de ces domaines : composites, céramiques, polymères, cristallographie, ingénierie métallurgique, recherche agronomique, biologie moléculaire, génétique. L’article du Courrier souligne le fait que la Chine est en train de passer d’une économie industrielle à une économie du savoir, fondée sur les travaux de ses propres instituts de recherche.

On va donc certainement assister à une course poursuite intense de la part de l’administration d’Obama pour rester en tête, mais avec un taux de croissance entre 1 et 2% en 2010 si tout va bien, et 13% prévus pour la Chine, cela sera très difficile pour Washington. Les coups seront sans doute très durs de part et d’autre, dans tous les domaines.

Je ne crois cependant pas à une confrontation militaire, car les É-U y dépenseraient leurs dernières forces. C’est sur les terrains économiques et diplomatiques que cela se passera. Les deux camps ne vont pas tarder à compter leurs alliés et leurs forces.

***

À partir de son discours sur l’État de l’Union de février, Barak Obama n’eut de cesse d’accuser la Chine de manipuler sa monnaie, de telle sorte que les variations du yuan aillent toujours dans le même sens que le dollar. La méthode était extrêmement simple. Il suffisait que le yuan ait toujours, par rapport au $, un cours autour de 6,826 yuan pour un dollar. Et c’est le cas depuis environ deux ans. C’est en effet troublant !

L’homme de la rue, pas forcément versé dans les machinations des politiciens, pense immédiatement que le yuan est manipulé pour augmenter les exportations du pays, et évidemment tous les politiciens affirment haut et fort qu’il en est bien ainsi, sans jamais avancer le moindre raisonnement réellement économique pour le prouver. Cette fixité du yuan par rapport au $ prouve seulement qu’elle est incontestablement voulue par les autorités chinoises, mais ne prouve en rien que le Yuan est sous-évalué.

Bien entendu, ce n’est pas la bonne réponse, et ceci pour une raison évidente. Les Chinois, qui seraient bien plus subtils que ceux qu’on appelle « les Américains » parce que ça leur fait plaisir, avaient évidemment une tout autre idée derrière la tête quand ils ont décidé d’appliquer désormais un rapport fixe entre le yuan et le $, car si ça avait été le cas, à l’évidence ils auraient doté leur devise d’un ascenseur fou allant dans tous les sens, avec des cycles de hausse, d’autres de baisse, de manière à donner le tournis aux “hurleurs” de Wall street.

Or, pratiquer un cours fixe, ça ne peut être rien d’autre qu’une provocation délibérée à l’égard de Washington, portant un sens du genre, “viens par ici qu’on s’explique dans la ruelle“. Et je ne doute pas une seule seconde que les Washingtoniens aient compris la même chose que moi. Ou alors, ils sont plus épais que je ne le pensais.

Mais c’est un peu court ! Le message n’est tout de même pas suffisant pour savoir comment y répondre. Il faut pouvoir lire entre les lignes ! Mais les Étasuniens ont sans doute pensé que l’occasion était trop belle, et qu’il fallait en profiter pour “planter” les Chinois et reprendre la main, sur le terrain même où ils les ont attaqués, le “$”. Il leur a peut?être semblé que les Chinois avaient fait là une sacrée bourde. Des bourdes, les Chinois ? Allons donc !

Les États-Unis, Président en tête, se sont alors mis à exploser de rage en s’exclamant dans tous les coins de la planète que la Chine manipulait sa devise à la baisse pour propager plus facilement sa “came de merde” chez eux, et qu’évidemment c’était pour ça qu’il y avait du chômage dans leur pays, qu’ils n’arrivaient plus à vendre leurs maisons, que leurs banques avaient fait faillite, et tout ça. Quoi que les Chinois aient réellement pensé, au moins ça permettait au gouvernement étasunien de soutenir que la crise, ça n’était de la faute de personne au pays, ni des banques, ni de la Fed, ni des traders, ni des Républicains, ni des Démocrates, ni de Bernanke, même pas de Greenspan, ni de Geithnert, et bien sûr, pas non plus celle du Président. C’était à l’évidence de la faute des Chinois, puisqu’ils venaient eux-mêmes imprudemment de dévoiler leur machination.

Donc, “haro sur le baudet” comme l’écrivit le bon La Fontaine, il importe que les Chinois malsains réévaluent leur yuan de m…., le plus rapidement possible.

Et comme si la planète occidentale était devenue une sorte de caverne de Platon, la même antienne se répercuta sur les parois virtuelles de cette grotte, en de multiples échos sortis de la bouche des meilleurs politiciens de la planète. “Réévaluez, manipulateurs !

Comme chacun le sait, les gouvernants chinois se répandirent à leur tour en dénégations multiples, affirmant également haut et fort, que c’était à eux qu’il appartenait de fixer le taux de change de leur monnaie, et qu’ils ne cèderaient à aucune pression.

Le Président Obama demanda alors à la commission ad hoc du Congrès, de faire un rapport dont l’objet serait d’établir les preuves de la manipulation du yuan par le fauteur de troubles. Ce rapport devait être présenté à la Maison Blanche le 15 avril.

( entre nous, ça ressemble un peu à la demande de Bush à la CIA de lui fournir un rapport prouvant que Saddam Hussein possédait des armes de dissuasion massive - c’est une pratique habituelle de l’Oncle Sam )

Le Congrès devait remettre ce rapport le 15 avril. Mais finalement, quelques jours avant l’échéance, le Trésor américain ajournait sa remise, car le Président devait recevoir son homologue chinois, Hu Jintao, dans le courant du mois d’avril, et que… il valait mieux le lui envoyer après son retour pour que leurs entretiens restent civilisés. Ça, c’est l’explication officielle. Mais comme je me méfie toujours un peu de ce qui parait normal, j’ai une autre explication : il n’y a peut-être rien dans le dossier du Congrès… qui permette d’affirmer que les Chinois manipulent leur monnaie !

J’ai fait une observation qui me mène à cette conclusion, et lui donne du sens. Tout le monde aura pu la faire aussi. Voilà. J’ai relevé les taux de sous-évaluation vraisemblables avancés par une quinzaine d’économistes, politiciens, journalistes (économiques) et autres fauves médiatiques. Les chiffres que j’ai relevés vont de 15% à 40%, en passant par 25% et 30%. J’ai même trouvé un économiste, dont j’ai perdu le nom, qui a conclu de ses calculs qu’en réalité le yuan était surévalué de 1% ! Et juste avant d’écrire le présent texte, je suis tombé sur un article du Monde du 17 avril citant Michel Aglietta, qui n’est certes pas le moindre des économistes français : « Le yuan est certes sous-évalué en termes réels, mais corrigé du niveau de vie, cette sous-évaluation est bien plus faible qu’on veut bien le dire, de l’ordre de 10%. » Comme quoi il n’y avait pas là de quoi fouetter un chat, même chinois !

Devant ces résultats disparates, Martin Wolf, le chroniqueur économique régulier du Monde, avait écrit le 13 avril dans le quotidien français, que si “les estimations de l’étendue de la sous-évaluation varient énormément : … Cela résulte en partie du recours à des méthodologies différentes“.

Admirez ! Voilà qu’en économie, si vous changez de méthode vous changez le résultat, et cela jusqu’à des différences de 30% ! Le Monde est dans de beaux draps avec Martin Wolf. Heureusement qu’il est britannique. Ça l’excuse. Soyons tolérants. C’est l’époque.

Il y a une autre manière de savoir si l’accusation de sous-évaluation du yuan est fondée. C’est en quittant le domaine des chiffres, toujours contestables, et en se fondant sur le seul bon sens. Sous-évaluer sa monnaie signifie dans une certaine mesure vendre au-dessous de son prix de revient, et par conséquent subir une perte ( en faisant du dumping ). Or, dans ce même article, Martin Wolf nous dit : “Après juillet 2008, date à laquelle l’appréciation progressive ( entamée trois ans plus tôt ) du yuan par rapport au dollar fut stoppée, les réserves chinoises se sont accrues de 600 milliards de dollars”. C’est pas mal, un bénéfice de 600 milliards de dollars en 20 mois pour un pays qui fait du dumping en sous-évaluant sa monnaie. Mais Martin Wolf surfe sur cette information, qu’il nous fournit pourtant lui-même, et poursuit : Cela dit, la Chine manipule-t-elle la monnaie ? Oui. Pékin est intervenu à une échelle gigantesque pour maintenir son taux de change à un niveau faible. ( en fait, dans son article cette citation précède de quelques lignes ma citation précédente, mais ça ne change rien à l’affaire ).

Pour ma part, j’ai une autre interprétation du problème soulevé. Je pense tout simplement qu’il est impossible de calculer le résultat de ce concept (sous ou surévaluation), et que si on ne le peut pas, c’est tout simplement parce que ce concept ne repose lui-même sur rien de tangible économiquement parlant. Pourquoi ? Parce que le cours d’une monnaie dépend des données d’équilibre interne d’une économie donnée, et que c’est même la mission de la monnaie d’y veiller, en ayant un cours qui protège, établisse ou rétablisse l’équilibre interne du pays. Bien sûr, elle doit le faire en tenant compte de l’environnement monétaire international, mais sous cette réserve, elle n’a nullement à se préoccuper des autres monnaies du monde.

Rappelons-nous la formule attribuée au secrétaire américain au Trésor, John Connally , pendant les réunions de Washington en 1971, répondant aux Européens qui contestaient les décisions monétaires des É?U : ” The dollar is our currency and your problem ” (Le dollar est notre devise et votre problème), ce qui voulait très clairement dire, ” nous gérerons notre monnaie comme nous l’entendons ; à vous de vous débrouilliez avec les conséquences qui peuvent en résulter pour vous “. Hé bien, Hu Jintao, le président de la Chine, pourrait rendre la pareille aux É?U en disant à Obama : “Le yuan est notre monnaie et votre problème“.

Par conséquent, de l’avis même de cet américain de haut vol, John Connally, c’est au pays considéré qu’il appartient de fixer les cours de sa devise, et non de la livrer à la meute des boursicoteurs et des spéculateurs sur un marché des changes, comme si la monnaie était une marchandise comme une autre, ce qui est faux, et surtout irréaliste.

C’est en effet faire une double spéculation : spéculer à la fois sur l’action que l’on désire acheter et sur la monnaie avec laquelle on va l’acheter. Absurde !

Ce sont les théoriciens de la mondialisation qui ont voulu et réussi à marchandiser les monnaies en les faisant évaluer sur des marchés des changes, faisant ainsi des devises de simples actifs qu’on peut acheter et vendre, comme n’importe quelle autre marchandise.

Avant ce nivèlement des outils économiques, il y a à peu près trente ans, les cours des devises étaient fixés par le gouvernement de chaque pays, en fonction de l’équilibre économique INTERNE du pays. Et ils restaient fixes, tant que cet équilibre restait, lui aussi, stable. Le grand avantage était que les entreprises n’avaient pas besoin, comme aujourd’hui, de se couvrir en devises lorsque les marchés conclus portaient sur des périodes assez longues.

Les modifications de cours se faisaient en général en concertation avec les présidents des autres banques centrales, soit en dévaluant, soit en réévaluant les cours de la devise. Généralement, d’autres États profitaient de l’occasion pour rectifier leurs propres devises, le même jour.

Beaucoup d’économistes d’aujourd’hui n’ont pas connu cette époque ou l’ont oubliée.

Mais, revenons à la situation actuelle.

***

La Chine fonctionne donc selon cet ancien système, très supérieur à celui que nous vivons aujourd’hui. Il est possible que son engagement à l’OMC l’oblige à laisser flotter sa monnaie. Mais je ne l’ai pas vérifié, et je n’en suis pas du tout certain. Personnellement, je pense que cette exigence serait de toutes les façons une erreur.

En effet, pour un État, laisser flotter sa monnaie ce serait la laisser aller à la dérive de la spéculation. À cet égard, je rappellerais la célèbre spéculation opérée sur la livre sterling par George Soros, que tout le monde connait bien :

Le 16 septembre 1992 (mercredi noir), George Soros vendit à découvert 10 milliards de livres sterling, pariant donc sur la baisse de la monnaie britannique. Par cette opération, il provoqua une telle pression sur la livre que la Banque d’Angleterre sortit sa devise du Système Monétaire Européen et eut bien du mal à résoudre cette situation.

Voilà ce qui peut arriver dans le système actuel, où les monnaies flottent, à la merci de tout spéculateur bien avisé. Il est intolérable qu’un simple individu puisse “escroquer” un État, grand ou petit, en ayant comme seul objectif de s’en mettre plein les poches. Ce fut d’ailleurs le cas au cours de ces dernières semaines dans la crise financière grecque. Goldman Sachs, la plus grosse banque des É?U, a joué les obligations grecques à la baisse, en supposant que l‘euro allait s’effondrer. La BCE a demandé à la Fed d’intervenir, ce qu’elle a probablement fait, car les attaques se sont arrêtées ( comme par hasard, Goldman Sachs vient d’être mis en accusation par la SEC pour une fraude de un milliard de dollars ).

Il est inadmissible qu’une opération aussi malsaine soit possible. Cela découle d’un vice profond des théories mondialistes dans le domaine économique. Personnellement, je trouve donc tout à fait acceptable la position de la Chine en la matière, c’est-à-dire ne pas laisser flotter librement sa monnaie.

Une autre anomalie, issue elle aussi des théories économiques mondialistes est à déplorer, dans un champ cousin de celui de la monnaie. Cette anomalie porte sur la protection des économies nationales.

En effet, la position de la Chine peut parfaitement altérer l’économie d’États qui transigent avec elle, dans la mesure où le protectionnisme est interdit par l’OMC, sinon en engageant des procédures interminables auprès de cet organisme. Ici encore la mondialisation, telle qu’elle a été conçue, aboutit à l’incapacité des États d’agir sur la structure économique de leur propre pays pour la protéger, sinon en rusant et de manière détournée.

En l’occurrence, les États-Unis ont violé cette règle en appliquant des droits d’entrée aux pneus et à d’autres objets en provenance de Chine. Elle n’aurait pas dû le faire avant d’en avoir reçu l’accord de l’OMC. Finalement, la position chinoise ne serait-elle pas “la réponse du Prince à la Princesse” ?

Je voudrais conclure sur une hypothèse. Admettons que pour calmer le jeu, la Chine accepte de remonter le yuan de 40%. Alors, toutes ses statistiques intérieures, calculées évidemment en yuan, se trouveraient majorées de la réévaluation du yuan lorsqu’elles seraient converties en dollars pour leur diffusion planétaire, comme c’est la mode puisque le dollar est devenu l’unité de compte des statistiques mondiales. Le PIB de la Chine exprimé en dollars serait alors réévalué lui aussi de 40%. De telle sorte que son PIB qui est équivalent aujourd’hui à la moitié de celui des É?U serait alors à peu près égal aux trois quarts de celui-ci. Je ne pense pas qu’Obama apprécierait beaucoup que la Chine se soit rapprochée aussi vite de la première place dans le monde, en matière de Produit intérieur brut.

Je vous laisse plancher sur cette hypothèse et ses conséquences.

Il reste que les raisons de ce que j’appelais “la provocation de la Chine” au début de cet article ne sont pas clarifiées pour autant. J’ai le sentiment que nous devrions en savoir davantage dans les semaines qui viennent à ce sujet. Je ne formule cependant aucune hypothèse là-dessus. Pour le moment, je suis dans le noir.

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Le yuan est sous-évalué ! Tout le monde le dit, donc tout le monde doit le croire, c’est sûr. C’est comme la pub, on finit par la connaitre par cœur à force de l’entendre, n’est-ce pas ?

Tous les journaux l’écrivent, toutes les radios le disent, toutes les chaines de télé le répètent, à tel point que l’on peut supposer qu’une grosse agence de pub a dû passer par là. Gros budget sans doute ! Alors, ça doit être faux ! Comme la pub.

Malheureusement, cette agence de pub n’a pas pensé à faire suivre cette annonce terrifiante d’une démonstration crédible, qui aurait pu lui donner du sens. Mais dans le fond, si c’est de la pub, ce n’est pas utile. Il suffit de répéter la phrase sacramentelle plus souvent. Et puis, la pub, moins elle dit de mots, plus ceux-ci pénètrent dans le cerveau. Il n’y a que le résultat qui compte. Tout le monde sait ça.

Je dois être un peu dur de la feuille, parce que j’ai poussé l’impertinence jusqu’à chercher à savoir comment on avait bien pu faire pour trouver cette vérité qui a l’air de ne surprendre personne. Avant de croire, je préfère personnellement comprendre, par prudence. Je suis en quelque sorte une émule de Saint Thomas. En toute modestie, croyez-le bien.

Alors, une devise sous-évaluée, c’est quoi ? C’est forcément le rapport de cette monnaie à quelque chose, et en l’espèce on peut penser que ça doit être par rapport à une autre monnaie, non ?

Mais laquelle ? Évidemment, tout le monde pense au dollar, tiens ! Mais par rapport aux autres monnaies, comment le yuan se place-t-il ? Si l’écart est de 25% avec le dollar, est-il le même par rapport aux autres devises ? Bien sûr que non ! Ce n’est pas possible. Alors est-ce 20 avec l’euro, 15 avec le rouble, 5 avec la roupie ? Et pourquoi pas -7 ou -12 avec d’autres.

J’ai donc voulu découvrir qui répétait cette pub sans la soutenir de la moindre explication, et je me suis rendu compte qu’il n’y avait que les pays occidentaux, notamment européens, qui entonnaient cette rengaine en compagnie des É-U. C’est simple, tous ceux qui font partie du club de l’OTAN. Ils ont dû toucher de sacrés dessous de table !

Par contre, j’ai assez peu entendu les pays émergents siffloter ces cinq mots : le yuan est sous-évalué. Peut-être ne s’en sont-t-ils pas encore aperçus ! Ou que ça ne les gêne pas.

***

Bien évidemment, curieux comme je le suis, vous vous doutez bien que cette variété d’attitudes ne me satisfaisait pas. Ça ne faisait pas très scientifique. Alors, j’ai continué à réfléchir. Je me suis demandé :

Voyons donc ! D’abord, une devise sous-évaluée, à quoi ça sert vraiment ?

Pour faire simple, on peut penser que c’est une devise qui permet de faire du dumping, ici du dumping monétaire, consistant à vendre des produits à des prix suffisamment bas pour battre tous les concurrents existants, et les éliminer ainsi du marché. Mais alors, cela veut dire aussi vendre en dessous de son prix de revient, si du moins on a le même que celui de ses concurrents. Or le yuan a la valeur qu’il a depuis trente ans, au moins, et ce n’est pas possible de vendre en dessous de son prix de revient pendant trente ans. On serait mort avant.

Donc, il n’y a pas de dumping de la part de la Chine. C’est déjà un bon point d’acquis. On sait maintenant que les prix de vente chinois ne peuvent être inférieurs à leur prix de revient.

Dans ce cas, la Chine a donc vendu jusqu’ici avec un certain profit. Qu’en a-t-elle fait ? En grattant des informations par-ci par-là, on parvient à apprendre qu’elle possèdera à la fin du mois de mars 2010, environ 2600 milliards de dollars, dont une bonne partie est reprêtée aux É-U sous forme de bons du Trésor. De quoi se plaignent donc les É-U ? Peut-être désirent-ils que les Chinois leur vendent leurs produits plus chers de manière à ce qu’ils puissent leur prêter davantage. Mais à la réflexion, j’ai pensé que cette solution ne tenait pas la route.

Peut-être pensaient-ils naïvement alors, qu’en poussant les Chinois à leur vendre plus cher, les Étasuniens achèteraient davantage de produits étasuniens, s’ils se révélaient moins onéreux. Mais finalement, ça ne collait pas non plus, puisque les produits que leur vend la Chine ne sont en général plus fabriqués aux É-U, étant donné que les usines étasuniennes qui les fabriquaient auparavant ont été précisément délocalisées depuis un bon bout de temps, et assez souvent d’ailleurs, en Chine. Les citoyens des É-U seront donc bien obligés de les acheter dans les pays qui les fabriquent aujourd’hui, et notamment à la Chine. On retourne alors au cas précédent, c’est-à-dire en rond. Arrêtons ça !

J’en perdais le peu de latin qui me restait.

Mais ne voulant pas lâcher le morceau, je poussais mes investigations un peu plus loin. J’appris ainsi qu’avec d’autres pays, comme ceux qui font partie de l’ASEAN, le Brésil et même l’Australie, la Chine contribue beaucoup à rechercher une solution pour créer une monnaie mondiale indépendante de tout pays particulier, de manière à remplacer le dollar étasunien, dont la crise actuelle a révélé la faiblesse et l’insuffisance. J’en déduisis que la Chine est tout à fait disposée à abandonner elle-même sa propre monnaie pour réussir ce projet si nécessaire. Dans ces conditions, comment s’imaginer que ce pays puisse manier quelqu’hypocrisie que ce soit dans le sens qu’on lui reproche maintenant, précisément en matière monétaire ? De quel côté se trouve donc l’hypocrisie ?

Restait tout de même à trouver par rapport à quoi une monnaie peut être considérée comme sous-évaluée ou non. Finalement, je me suis contenté d’une solution qui m’est apparue évidente. Si le yuan chinois doit être considéré comme étant dans un bon ou un mauvais rapport avec une autre valeur, cette valeur ne peut être que celle de la propre économie du pays, et non une monnaie étrangère. On est donc amené à se demander si le yuan, outil d’échange comme toutes les autres monnaies, constitue un bon outil pour servir l’économie chinoise ou non ? À bien considérer l’essor de la Chine depuis Deng Xiao Ping, il semble bien que oui ! Alors, pourquoi aller chercher ailleurs cette source d’inquiétude des Étasuniens et de leurs comparses, sinon chez eux.

C’est pourquoi, si les Étasuniens et ceux qui se disent du même avis trouvent que leur économie est mal à l’aise avec le cours du yuan en dollars, c’est chez eux qu’ils doivent en trouver la source, et non chez les Chinois.

Personnellement, je pense donc qu’il faudrait que le président Obama recherche la vraie racine de ce problème du côté d’une certaine surévaluation du dollar ( l’inverse d’une sous-évaluation en somme ), qui proviendrait vraisemblablement d’une émission de dollars beaucoup trop importante pour les besoins réels de son pays, ce qui dessert leur économie, contrairement à ce qu’apporte le yuan à l’économie chinoise.

La façon différente que le président des É-U a de considérer le problème porte par conséquent à penser qu’il aimerait bien reporter sur la Chine la responsabilité de la crise encore en cours, alors que ce pays a plutôt contribué jusqu’ici à l’amenuiser en maintenant un certain niveau de croissance dans le monde. Si s’était ça la vérité, poursuivre une telle manipulation de l’opinion à propos du yuan correspondrait alors au désir de faire oublier le fait que c’est bien son pays, et aucun autre, qui a déclenché le tsunami économique que nous sommes encore en train de subir, et d’en payer les conséquences.

Peut-être serait-il bon de le lui rappeler de temps en temps, car les Étasuniens ont souvent la mémoire courte quand ça les arrange.

© André Serra

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Voici ce que vient de déclarer à Reuters un chercheur de l’Académie des sciences militaires de Chine, Luo Yuan, à propos de la livraison d’armes à Taïwan par les É-U d’un montant de 6,4 Mds de dollars :

“Nos représailles ne devraient pas se cantonner à de simples questions militaires, et nous devrions adopter une stratégie de réparties qui couvriraient les affaires politiques, militaires, diplomatiques et économiques pour traiter à la fois les symptômes et la cause profonde de la maladie… Par exemple, nous devrions sanctionner les É-U en utilisant des moyens économiques, comme nous débarrasser d’un certain nombre de bons du Trésor US”.

La Chine s’est donc exprimée sur le mode militaire, c’est parfaitement clair, mais avec la pédale douce.

Connaissant la Chine, et s’agissant d’un chercheur probablement obscur, il ne fait aucun doute que cette déclaration a été téléguidée par Beijing. Le gouvernement a utilisé un fonctionnaire de grade subalterne (tout de même militaire) pour s’adresser, non à la presse chinoise mais à l’une des plus grandes agences de presse internationale, Reuters, pour délivrer un avertissement sans frais au monde entier, sous titré les ” Avis aux États Unis d’Amérique “.

Il s’agit donc cette fois de toute autre chose que les vitupérations précédentes du gouvernement chinois après l’annonce de cette indigeste commande.

Cette fois-ci, la réaction est étudiée, réfléchie, planifiée… et par conséquent sérieuse. Barak Obama ne devrait pas s’y tromper. Les sanctions chinoises vont commencer. Par quoi et comment ? La balle aux rouges.

Le talon d’Achille de l’Amérique est clairement le dollar. Ce sera donc probablement la cible préférée des Chinois. Mais comment Hu Jintao, qui ne s’est pas encore personnellement exprimé sur cette affaire, se tenant sans doute en réserve, a-t-il conçu et défini les contours de la véritable réplique de la Chine ? Ce qui s’est dit jusqu’ici sur le sujet ne se composait guère que de simples réactions épidermiques manifestées par des fonctionnaires de moyen calibre. À présent, le temps se couvre, et après la reconnaissance du Dalaï Lama par Obama, des nuages noirs vont commencer à se pointer à l’horizon.

Les analystes et commentateurs de la relation ambiguë qu’entretiennent ensemble les deux adversaires depuis plus d’une décennie, proclament tous haut et fort qu’ils sont irrémédiablement collés ensemble, l’un travaillant et fournissant des biens à l’autre, et n’en recevant en paiement que de petits carrés de papier appelés dollars, dont la valeur réelle fond régulièrement depuis qu’ils sont accotés. L’autre consommant les biens produits par le premier et recevant au surplus les petits carrés de papier qu’il lui a remis en paiement qu’il remplace par ce que l’on nomme fort improprement “Bons du Trésor”, qui ne rapportent plus tripette au premier depuis longtemps.

Dans le raisonnement que tout ce beau monde tenait encore il y a peu, figurait la conviction que la Chine ne pouvait arrêter de produire pour les É-U sans perdre immédiatement 30 à 40% de son PIB, et qu’elle était donc condamnée à travailler pour pas grand chose pour l’éternité. La Chine elle-même se posait la même question : comment pourrait-elle donc se dégager de ces nouveaux travaux d’Hercule sans y laisser sa peau ? De leur côté, les États-Unis se sentaient très bien dans cette situation de rentiers qui permettait à leur peuple de consommer comme des Crésus, simplement en quémandant auprès des banques depuis des décennies ces mêmes fameux petits carrés de papier, à défaut de posséder les revenus suffisants pour acheter ce qu’ils consommaient et dont ils n’avaient généralement pas besoin.

Tous ces analystes se demandaient donc avec quelque appréhension, à quel moment ces deux lutteurs allaient bien pouvoir se décoller l’un de l’autre sans que cela entraine de conséquences regrettables pour tout le monde.

Eh bien ! À première vue, avec ce message apparemment innocent de Luo Yuan, il semble bien que ce moment-là soit finalement arrivé.

***

Le dispositif nécessaire pour cela, les Chinois y pensent sans doute depuis de fort nombreuses années. On peut imaginer qu’il s’inspirera de la même pensée à l’origine du plan qu’ils ont appliqué dès le début de la crise actuelle avec une rapidité et une efficacité étonnante. Nul doute qu’ils vont encore nous surprendre.

De son côté, Obama a dit à plusieurs reprises que les Chinois commençaient à impatienter sa grandeur, et à cette occasion leva son menton césarien un peu plus haut que d’habitude. Il est temps de se montrer fort… aux républicains, qui l’attendent l’arme au pied au tournant de novembre. Selon le dicton confucéen : ” Il faut tuer le poulet pour faire peur au singe ! “.

Au cours de son discours sur l’état de l’Union du 27 janvier, il a même martelé fortement qu’il ne laisserait pas la Grande Amérique redescendre à la seconde place dans le monde. Tout le Congrès a longuement applaudi ( Bon ! peut-être deux sénateurs de plus en novembre… ). Mais personne ne lui a demandé comment il allait s’y prendre pour ça ! Ce n’est certes pas le moment de mettre le Président en difficulté.

Il convient toutefois de souligner que, le mois précédent, Hu Jintao lui avait lancé une première patate chaude, subrepticement. En effet, à fin décembre 2009, la Chine ne détenait plus que 755,4 milliards de dollars en bonds du Trésor de Bernanke, soit 4,3% de moins qu’en novembre, la plus forte baisse depuis août 2000 ! Il est vrai qu’elle possédait encore 2400 milliards de dollars dans sa besace au premier janvier 2010. Rappelons-nous tout de même que la Chine a cessé depuis environ six mois, d’acheter des bons du Trésor à long terme, et se contente à présent de bons d’une maturité beaucoup plus courte, lui procurant une porte de sortie plus rapide, au cas où. C’était là un premier pas de dégagement de côté. Ça n’a pas dû échapper à Geithner, le secrétaire au trésor, et les premières démangeaisons ont dû commencer leur œuvre du côté de la maison Blanche. Mais on n’en a rien su. C’était là, sans nul doute, les prémisses du décollage appelé de ses vœux par Luo Yuan dans sa récente déclaration à l’agence Reuters.

Le fait de ne pas recevoir sa cotisation habituelle à temps dût déplaire à Obama, qui vit sans doute jaune, lui qui avait tenté en novembre de balayer la poussière devant les pieds de Hu Jintao en signe de fraternité ! Obama a donc effacé son sourire de rêve américain et a alors ressorti précipitamment le contrat d’armes de Taïwan que son prédécesseur avait laissé tomber plus d’un an auparavant. Obama deviendrait-il soudain plus vindicatif que Bush ? Je crois que c’est possible. Mais ce n’est sans doute pas comme cela qu’il va pouvoir éviter le fiasco du dollar. Bien au contraire.

Comme si cela ne suffisait pas, une dernière avanie vient d’arriver au dollar, sans avis préalable. Depuis le 11 février, le cours du dollar semble obstinément rivé à 6,8334 yuan. Au bout de huit jours, on peut penser que ce taux est devenu définitif. En d’autres termes, le yuan devrait suivre le dollar comme un petit chien, qu’il monte ou qu’il descende. Comment peut-on interpréter ce geste spectaculaire ?

La première chose est sans doute que la Chine rejette définitivement les appels occidentaux à une hausse du yuan. Inutile donc qu’ils dépensent davantage de salive, la Chine ne les écoutera plus. Ensuite, il me semble que c’est un dernier avis pour que l’on sorte le dollar de son statut hégémonique, et que l’on crée dès maintenant une ” vraie ” monnaie internationale, sinon la Chine en prendra elle-même l’initiative. Et enfin, cela peut également vouloir dire, de manière très indirecte, que la Chine va progressivement cesser, sinon arrêter, de souscrire aux bons du Trésor de la FED (voir mon récent article sur : “Le Yuan et le dollar, deux fre?res ennemis !).

Je suis impatient de connaître la façon dont les É-U vont prendre ça.

***

On peut penser que les Chinois pourraient jeter rapidement, à l’américaine, des quantités de dollars sur le marché pour déstabiliser l’économie étasunienne. Les analystes, surtout étasuniens, se sont toujours imaginés que les exportations chinoises représentant 40% du PIB de la Chine, dont une bonne part aux É-U, celle-ci était comme menottée à eux ad vitam æternam. Ce serait en effet très sot de la part des Chinois que de risquer de perdre ce pactole en le bradant, car son économie chuterait en même temps. Ce serait un suicide collectif. Du moins le pensaient-ils.

Mais ces analystes, s’ils ne se trompaient pas sur ce point, n’avaient pas vu venir la crise. Les Chinois, si. Et ils avaient déjà planifié leur sortie de crise bien longtemps à l’avance, comme je l’avais annoncé dans un article déjà ancien. C’est en tout les cas la seule explication rationnelle à leur fantastique rebondissement du début 2008, alors que le monde entier pataugeait encore dans le marasme des subprimes.

Connaissez-vous ce qu’on appelle les supplices chinois ? Lentement le supplicié perd ses forces, et au bout d’un temps indéfini que les bourreaux étendent le plus possible, il respire de moins en moins jusqu’au moment où …

C’est à quelque chose comme cela à quoi je m’attends en ce qui concerne les É-U, suppliciés désignés d’avance par l‘histoire. Je crois plutôt à une lutte longue ; les Chinois chercheront à fatiguer leurs adversaires plutôt qu’à les vaincre sur le terrain. Je ne distingue pas de feux de guerre sur les collines, ni n’entends le son d’un tam-tam guerrier dans le lointain. Les Chinois ont d’autres chats à châtier. Quant aux É-U, ils se contentent de l’Afghanistan et de l’Iran pour s’occuper en ce moment, et surtout de la protection de leur devise, leur seule bouée de sauvetage pour réussir le rétablissement de leur économie, ce qui n’est nullement acquis en dépit de leurs efforts de propagande appliqués à grande échelle, pour tenter de démontrer qu’ils sont sortis de la crise.

Voici donc comment les choses pourraient se passer. Pures hypothèses et jeux d’esprit entre nous !

***

La Chine procèdera donc sans doute avec la même préparation qui a préludé à sa sortie de crise. En effet, l’une des raisons pour lesquelles ce pays l’a réussie avec une maestria remarquable, est que les décisions nécessaires étaient prêtes, et les actions planifiées. Le personnel était préparé à tous les niveaux de la hiérarchie et a pu agir avec une rapidité et une précision étonnante. Le monde entier en fut médusé, alors que la plupart des économistes avaient prévu qu’en cas de crise, la Chine s’aplatirait comme une crêpe, et les Étasuniens, en premier, se réjouirent à l’avance de la disparition de leur compétiteur.

Or, rien ne s’est passé pour la Chine selon les prédictions des politiciens et des économistes, à l’exception d’une poignée, dont je fus. Mais ce qui fut le plus curieux, c’est qu’encore plus rares furent les gens qui comprirent que la rapidité du rétablissement de la Chine était le fruit d’une intense préparation en prévision de la catastrophe. Pourtant cette crise était annoncée depuis longtemps, au moins depuis la seconde présidence de Bush. Mais l’occident resta béat, confiant en la toute puissance de Big Brother. “Too big to fail” disait-on déjà, avant qu’on applique ce ridicule algorithme aux grandes banques américaines. On a pu voir quelle était sa véritable portée quelques temps après.

Cette fois encore, n’en doutez pas, les plans chinois sont prêts, et leurs acteurs préparés.

La Chine commencera vraisemblablement par acheter tout ce qui lui passera sous le nez d’attrayant en termes d’actifs, mines, terrains, immeubles, usines, entreprises, brevets, matières premières, et peut-être même quelques politiciens au passage. Des lobbies (cabinets d’Étasuniens s’il vous plaît) ont fait leur apparition à Washington pour vendre la Chine aux congressistes des É-U. D’ici que les chinois mettent leurs dollars au service de quelques politiciens qui parleraient en bien de la Chine, il n’y a pas loin, et il se pourrait même que cette nouvelle influence puisse déjà peser quelque peu sur les élections de novembre. La réciproque me semble difficile à imaginer…

Les Chinois se débarrasseront ainsi de la plus grande partie de leurs réserves de dollars afin de perdre le moins possible de leur richesse à mesure que la devise américaine perdra progressivement, elle, sa propre valeur. Les dollars Chinois ratisseront ainsi la planète le plus rapidement possible. À dire vrai, cela fait déjà plusieurs années que la Chine collectionne les actifs de toutes sortes, car ce plan a démarré depuis longtemps, et un inventaire détaillé de ce qu’il leur faut acheter a dû être établi, sur la base d’un quadrillage très complet de l’économie de la planète, chiffré, avec l’indication des personnes clés. Ce sera l’affaire de bataillons d’économistes et de diplomates formés à ce travail. Rien ne sera improvisé.

Parallèlement, les actions internationales déjà entreprises pour faire perdre au dollar son statut de devise internationale seront poursuivies et étendues. La Chine ne se fait certainement aucune illusion quant à ses chances de substituer le yuan à son rival, et je ne crois pas qu’elle en ait vraiment envie. En revanche, elle aidera de toute son influence à ce qu’une solution se mette en place le plus rapidement possible, et se ralliera à celle qui lui paraitra la plus réalisable et la plus solide. Elle va donc continuer ses consultations dans le cadre des initiatives existantes : la devise des pays du golfe persique créée le 1er janvier 2010, la devise que le Mercosur aimerait créer en Amérique du sud, peut être la zone de libre-échange qu’elle-même a créée en novembre 2008 avec les pays de l’ASEAN, le Japon et l’Australie.

Je crois assez à la solution arabe du Golfe Persique, qui a été lancée le 1er janvier 2010, en raison des importantes réserves monétaires et de pétrole de ses membres, mais aussi parce que je crois beaucoup au rapprochement possible de ces pays avec la Turquie et l’Iran, d’abord, et qui pourraient aussi être assez rapidement rejoints par les autres pays de l’OCS (Russie, Chine, Iran, pays ex soviétiques d’Asie…), puis un peu plus tard par les composantes du marché de libre échange constitué autour de l’ASEAN, ceux du Mercosur, sans oublier l’Afrique, de plus en plus proche de la Chine; cela ferait beaucoup de monde et le reste de la planète sera assez vite obligé de suivre, y compris les É-U. La Chine étant devenue le second exportateur du monde, entre les É-U et la RFA, possède des relations importantes avec la plupart des pays du monde, et sera, pour cette raison, un rassembleur extrêmement convaincant pour réaliser cette opération majeure.

Elle combattra par contre, sans aucun doute, les initiatives venant du FMI (DTS) et de la Banque mondiale, trop proches des É-U. L’europe sera pratiquement hors-jeu faute de l’existence d’une véritable structure politique, dont la création semble encore très lointaine. L’attachement incompréhensible des Européens à l’OTAN les perdra.

Ayant ainsi perdu l’hégémonie de sa devise, les É-U devront faire face à une dette étrangère accrue d’une ampleur considérable à laquelle ils ne pourront faire face sans voir diminuer assez vite le niveau de vie de leur population, confrontée à un chômage de fond récurrent de l’ordre de 15%, ainsi qu’à une chute continue de ses revenus, du fait de la hausse des impôts nécessaire pour faire face au déficit de l’État fédéral. La situation actuelle plus que critique de la Californie et de l’Ohio se sera en effet étendue progressivement à l’ensemble des États-Unis.

Sans doute est-il inutile d’ajouter que les interventions musclées des É-U à l’étranger devront prendre fin assez vite, pour économiser toutes les ressources possibles. Ce sera, pour eux, le retour à la doctrine du président Monroe du 2 décembre 1823, en attendant de meilleurs jours.

Pour la suite, tout restera à rebâtir dans le monde …

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Le Yuan et le dollar, deux frères ennemis !

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Depuis l’ère Bush, les gouvernements étasuniens ne cessent de titiller le gouvernement chinois au sujet du rapport de valeur entre leurs devises, prétextant le plus souvent que les autorités de Beijing manipulent leur propre monnaie. Les Étasuniens fondent leur demande sur le fait que les prix d’exportation chinois lèsent leur propre économie en tuant l’emploi aux É-U.

Ils mettent tellement de poids sur cette question, qu’à la longue on finit par croire qu’ils ont la raison de leur côté.

J’ai fini par m’impatienter, et j’ai cherché comment il était possible d’affirmer qu’une monnaie est sous-estimée ou surestimée. J’ai trouvé quelques travaux qui proposent des méthodes, toutes aussi contestables les unes que les autres, et débouchant sur des résultats trop différents pour qu’on puisse les prendre en considération. J’ai fini par conclure que ce calcul était en fait impossible, car selon les paramètres économiques pris en considération pour réaliser cette estimation, on peut passer de la conclusion d’une sous-estimation à celle d’une surestimation pour une monnaie donnée par rapport à une autre.

En second lieu, ces paramètres entretenant entre eux des relations tellement différentes d’un pays à l’autre, je pense que toute comparaison est impossible entre deux monnaies, à moins que ces pays n’aient strictement le même système économique, et ce, dans les moindres détails. Ce n’est pas le cas ici, de toute évidence. On peut tout au plus considérer que les prix sont plus chers ou moins chers dans un pays que dans un autre, selon les produits comparés.

Voici un exemple très simple. Lorsque je suis venu m’installer au Québec, j’ai observé que les fromages étaient beaucoup plus chers ici qu’en France, mais qu’en revanche, c’était le contraire pour la viande. Aurais-je dû supprimer ma consommation de fromage et la remplacer par une consommation de viande ? Et depuis j’ai fait des constatations analogues pour de nombreux autres produits.

Bien sûr, on sait que la Chine n’a pas mis sa devise sur le marché des changes comme tous les pays occidentaux l’ont fait depuis plusieurs décennies sous la pression étasunienne. Ils ont préféré articuler leur devise sur la base d’un panier de monnaie dont ils modifient la composition selon l’évolution de la conjoncture. C’est une méthode bien plus pragmatique que celle d’une bourse qui fait varier les cotations comme une adjudication de tableaux de maîtres. Depuis deux à trois ans cependant, les Chinois maintiennent un taux presque constant du yuan par rapport au dollar. En fait depuis que les Étasuniens ont commencé à leur chercher des poux dans la tête. Je pense que c’était pour leur montrer qu’ils n’appréciaient pas les critiques malencontreuses. C’était sans doute une forme de sanction…

D’ailleurs, les Occidentaux ont-ils eu raison de créer des bourses de change, et de considérer ainsi les monnaies comme des marchandises ordinaires. Je n’en suis pas du tout sûr. Et même, je suis plutôt sûr du contraire, car marchandiser les monnaies, c’est ipso facto ouvrir un marché supplémentaire de spéculation au sein du secteur financier de l’économie. Or, spéculer sur les monnaies me parait être la plus mauvaise action économique qui soit pour conserver une stabilité financière mondiale.

Si l’euro n’avait pas été côté en bourse, le problème de la Grèce, du Portugal et de l’Espagne ne se serait pas posé. On aurait simplement dévalué l’euro, et puis c’est tout. L’affaire aurait été classée en une soirée de financiers européens, et tous les exportateurs européens de quelque pays qu’ils soient se seraient frotté les mains.

***

Le problème du yuan n’est donc pas un problème économique, mais un problème politique. Pour les É-U, en faire un problème est une façon de faire semblant de ne pas entendre que la planète entière veut éliminer le dollar de sa position abusive de monnaie mondiale. Ils ne réussiront certainement pas de cette manière à sauver le statut de leur devise. Il est trop tard, mister Obama !

En fait, si les É-U ont des problèmes économiques, ils en sont les seuls responsables. Avec leur obsession de la mondialisation, destinée à leur assurer des prix d’importation favorables en délocalisant leurs usines à fort coefficient de main d’œuvre, ils se sont piégés eux-mêmes par pure prétention. Ayant été un moment en pointe dans l’avancée technologique de la planète, ils ont cru que cela ne tenait qu’à une plus grande intelligence de leur part, que celle des autres pays, et que ce serait un jeu d’enfant pour eux que de maintenir cette avance.

L’histoire récente a démontré le contraire, et ils se retrouvent aujourd’hui avec une industrie ayant perdu environ 40% de potentiel par délocalisation pure et simple. À partir de cette manne inattendue, les pays émergents ont parfaitement su développer leurs propres technologies sur le terreau d’usines toutes faites, et devenir plus inventifs encore que leur compétiteur. Les Étasuniens en ont profité pendant une dizaine d’années, par des importations bien moins chères que leurs propres productions antérieures, mais suscitant par là même de nouvelles délocalisations, nécessaires celles-ci, en raison de la concurrence étrangère qu’ils se sont créée à eux-mêmes, se jugeant forts d’une culture économique à toute épreuve. C’est souvent ce qui peut se passer lorsqu’on se croit plus malin que les autres.

Si les É-U veulent contrarier cette évolution, la seule solution serait qu’ils recommencent à construire des usines produisant les produits importés qu’ils trouvent actuellement ” trop bon marché “. Mais c’est un peu tard aujourd’hui. Il leur faudrait commencer par réduire très largement leur niveau de vie actuel, c’est-à-dire leurs salaires, pour que leurs prix puissent être abaissés au niveau de ceux des produits qu’ils importent aujourd’hui.

Difficile ! Certain ! Impossible ! Sûrement !

Les Étasuniens sont tout simplement en retard d’un coup dans la compétition internationale, et les Chinois en avance d’un coup. Avoir l’expérience du jeu de go est plus profitable pour l’esprit que celle du jeu d’échec. Les É-U n’ont peut-être pas compris, ou ont peut-être oublié, que ce qui avait fait leur réussite, spectaculaire il faut bien le reconnaître, avait été leur foudroyante immigration.

Ils importèrent en effet de la main-d’œuvre pas chère pendant deux siècles, dont les esclaves achetés en Afrique, ce qui leur permit de constituer de décennie en décennie, un marché de 300 millions de consommateurs, source d’un enrichissement rapide à partir d’un continent presque désert.

Deng Xiao Ping reprendra ce même modèle pour la Chine, mais sans immigration autre que les seules migrations internes, les paysans du sud envahissant la zone côtière du pays.

Mais aujourd’hui, c’est la Chine qui possède un marché de 1400 millions de consommateurs, presque cinq fois plus important que le leur, et elle s’empresse, grâce à la crise, de le remplir à toute allure de produits “made in China“. Personne n’est aujourd’hui en mesure de l’arrêter. Il reste à espérer qu’elle sache utiliser ses atouts pour un meilleur équilibre de la planète. J’ai bon espoir que l’avenir se construise dans ce sens-là, si j’en crois la sagesse de sa pensée plurimillénaire

À moins qu’un jour, les Chinois ne deviennent à leur tour aussi prétentieux…

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À un moment clé de la crise économique internationale, où la survie du dollar étasunien en tant que devise de référence du commerce international est en question, il est bon de rappeler les avantages extravagants que cette position exceptionnelle a rapporté aux USA au cours des 65 dernières années [soit depuis le traité de Bretton Wood en 1944].

Ces privilèges n’ont pas été pour rien dans l’extraordinaire essor de ce pays, qui en a profité au maximum pour atteindre sa position hégémonique actuelle. La contestation de ces privilèges, même si on n’en parle peu, s’ajoute au reproches d’instabilité sur laquelle l’ensemble de la planète s’appuie actuellement pour chercher à remplacer le dollar le plus rapidement possible, par une nouvelle devise mondiale indépendante de tout pays en particulier.

C’est pourquoi nous publions aujourd’hui le texte suivant, extrait d’un livre édité par l’institut Aspen de France en 2008, aux éditions “ Autrement ”, de la page 152 à la page 156.

Présenté par :

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MULTIPOLAIRES

Wang Xiangsui

Le dollar procure aux États-Unis d’énormes bénéfices en tant que monnaie principale de règlement et de réserve dans le système monétaire interna­tional. Alors que presque tous les pays du monde doivent proportionner leurs dépenses à leurs recettes, les États-Unis n’y sont pas tenus. Ils demeu­rent le plus grand pays consommateur en dépit d’un double déficit com­mercial et budgétaire.

Bien sûr, l’économie mondiale n’est pas un jeu à somme nulle où les gains de l’un entraînent les pertes de l’autre. Le système économique dominé par le dollar, tout en bénéficiant aux États-Unis, rend possible le maintien de la prospérité et de la stabilité dans beaucoup d’autres pays, y compris ceux de l’Europe et le Japon. Il convient d’ailleurs d’ajouter la Chine et l’Inde à la liste des bénéficiaires au cours des vingt dernières années.

Ce fait ne peut néanmoins dissimuler l’injustice du système: tout fonctionne en effet autour des intérêts d’un seul pays. Si l’économie américaine connaissait un problème, les États-Unis pourraient transmettre la crise aux autres éco­nomies par des moyens financiers. Ainsi de l’accord du Plazza, signé par le Japon dans les années 1980 à l’incitation et sous la contrainte des États-Unis, qui englua l’économie japonaise dans dix ans de stagnation. En outre, des spéculateurs financiers américains amassent des profits en attaquant le marché par des outils dérivés financiers de leur conception, ce qui conduit nombre de pays à la crise économique. Clairement, le système monétaire du dollar, chaise à un pied, n’est pas en mesure de maintenir à long terme l’équilibre nécessaire à un développement stable du monde.

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Au centre d’un maelström d’informations économiques souvent contradictoires, je ne suis pas certain que beaucoup de monde s’y retrouve. Pourtant, la crise continue, superbement indifférente à ce qu’on dit d’elle. On dit qu’elle est terminée. On dit qu’elle ne cessera que lorsque l’économie recommencera à embaucher. On dit, on dit, on dit !!!

Mais en tous les cas, il est certain que cette foutue crise est toujours là et que, en dépit d’une inflation, bien réelle celle-là, des discours, des réunions, des forums ici ou là, des G2, 8, 20, une seule chose est démontrée tous les jours : les politiciens comme les économistes sont plantés. Leur salive coule abondamment mais leurs neurones sont plats.

Il y a cependant bien des choses contradictoires dans toute cette affaire. Prenez le secteur financier aux É-U. On a accusé leur gouvernement d’avoir renfloué les institutions financières au lieu de refinancer les malheureux emprunteurs de subprimes que l’on continue de jeter à la rue par milliers. A-t-on bien compris pourquoi ? On s’est généralement contenté de dire que l’on privilégiait ainsi les riches. Bien sûr ! Bien sûr !

Mais pas seulement. On nous l’a pourtant expliqué sans arrêt depuis plus d’un an : on avait voulu donner de l’argent aux banques, passablement ruinées, les moyens de prêter à nouveau aux gens pour qu’ils recommencent à consommer en s’endettant, et fassent ainsi repartir la locomotive de la croissance.

Fort bien ! Mais le gouvernement des É-U avait-t-il oublié que la principale cause de la crise avait précisément été l’endettement des particuliers, si élevé que ceux-ci ne pouvaient plus faire face à leurs échéances. En effet, on a toujours parlé des emprunteurs de subprimes, mais on ignora royalement les autres consommateurs, endettés souvent par de multiples cartes de crédit à des taux de 18 à 24%, et dont les difficultés de paiement émergèrent dans le même temps où la Fed commença à ré augmenter ses taux, provoquant ainsi l’éclosion de la crise des subprimes.

En somme, en faisant en sorte que les consommateurs puissent à nouveau emprunter et consommer, le gouvernement des É-U agit de telle sorte que la crise reparte à ses débuts, sans doute avec une force et des dégâts bien plus considérables.

Cependant, en supposant que les consommateurs tombent à nouveau dans le panneau, qu’achèteraient-ils ? Sans doute en grande partie des produits importés, alors qu’avant la crise, c’est la croissance des importations qui avait mené à l’alourdissement progressif du déficit commercial du pays, lequel conduisit ainsi à son tour le dollar au déclin continu de sa valeur.

Mais heureusement pour le pays, les Étasuniens ont arrêté leur consommation échevelée. Depuis l’éclatement de la crise, ils épargnent et se sont mis à rembourser leurs dettes. En décembre 2007, ils dépensaient encore 3% de plus que le montant de leurs revenus. En juillet 2009, ils étaient parvenus à épargner 7% sur leurs revenus.

Des preuves ? En juillet 2009, le crédit à la consommation a diminué d’un montant record de 21,6 milliards de dollars (source : la Fed). D’autre part, l’encours de crédit à la consommation a reculé ce même mois de 10,4% en rythme annuel. En juin, la chute du crédit avait été annoncée à 10,3 milliards, mais elle vient d’être réévaluée à 15,5 milliards !

Sur un an, le crédit à la consommation a diminué de 11,7 % !

***

On peut donc dire, d’ores et déjà, que le gouvernement des É-U a manqué sa cible deux fois. D’un côté, il a dépensé plusieurs milliards de dollars pour rien, puisque la consommation n’est pas repartie. De l’autre, par un affolant endettement de l’État, il a créé les prémisses d’une crise monétaire sans précédent, qui débouchera sans doute à terme sur la perte de l’hégémonie du dollar.

On sait que la devise étasunienne fait déjà l’objet d’attaques incessantes de nombreux États dans le monde : le BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine), les pays d’Amérique latine qui projettent de créer une devise commune, les Monarchies pétrolières qui vont en faire autant en 2010, etc.

Mais depuis peu, un rapport émanant cette fois de l’ONU (Les Affaires - 19 sept. 2009), propose de réduire l’influence du dollar étasunien en confiant à l’ONU la mission de créer une monnaie supranationale, c’est-à-dire indépendante des États souverains.

Le FMI jouerait le rôle de Banque Centrale Internationale pour cette monnaie, qui serait basée sur un panier de monnaies nationales, celles-ci ne disparaissant pas, mais ne jouant plus de rôle dans le commerce international.

Cette conjonction parait beaucoup trop générale et suffisamment puissante pour ne pas être écartée du revers de la main par les Étasuniens. Encore faudrait-il que ceux-ci ne suscitent pas une résurgence de la crise en cours par des actions mal évaluées.

C’est pourtant ce qu’ils semblent faire…

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(Montréal, le 18-09-2009) Les banques centrales et les gouvernements sont inféodés au dollar car ils ont peur de ce qui se passerait s’il disparaissait. Ils ne l’ont jamais envisagé, et pour eux, ce serait le trou noir. Tout serait à réinventer. En somme, pour eux, c’est comme si le dollar avait toujours existé.

Mais heureusement, les entreprises sont plus puissantes à elles toutes que les institutions politiques et financières, et n’éprouvent pas cette même peur.

Celles qui exportent, elles, craignent par dessus tout les variations de change qui mettent leurs tarifs en péril ainsi que leur trésorerie, et finalement leurs résultats, surtout lorsqu’elles contractent des commandes à long terme. C’est aussi vrai pour celles qui vendent que pour celles qui achètent. Et il en existe même de nombreuses qui contractent des emprunts en devises étrangères pour se couvrir des effets de change à la date des règlements. Elles sont généralement obligées de conclure des contrats d’approvisionnement à long terme pour stabiliser leurs coûts. C’est notamment le cas des compagnies d’aviation pour leurs approvisionnements en carburant, mais aussi celui des fabricants d’avions dont les programmes de fabrication peuvent s’étendre sur plusieurs années.

Or, il est tellement facile de s’entendre avec son client ou son fournisseur pour transiger dans une devise stable plutôt que de le faire, par habitude, en dollars. L’un come l’autre peut y trouver avantage. Mais cela ne suffit pas toujours, car la stabilité des autres devises dépend aussi des fantaisies du dollar dans une certaine mesure, car les États eux-mêmes souffrent des variations de la politique monétaire des É-U. Le dollar étant la devise nationale des É-U, il est géré en fonction de leurs seuls intérêts en toute impunité.

Adopter une devise différente dans les transactions entre entreprises ne constitue donc pas une solution totalement satisfaisante. Néanmoins, de plus en plus d’entreprises l’appliquent cependant déjà, et je crois que, de bouche à oreille, elle va progressivement se généraliser, en l’absence de l’adoption d’un nouveau système monétaire à l’échelle de la planète. Je connais en effet quelques entreprises chinoises et européennes qui s’en sont parlé et l’appliquent. C’est beaucoup plus facile qu’entre deux gouvernements, car elles n’ont pas besoin de palabrer très longtemps ensemble pour en décider.

Au niveau des gouvernements et des banques centrales, il faut également souligner la composante politique de leur inaction. Le dollar va rester encore longtemps la devise de l’occident étasunien. Il est en quelque sorte un peu la devise de l’OTAN, et tant que l’on fera subsister ce parapluie parsemé de trous qui ne sert qu’à conforter la domination militaire des É-U, les pays de l’OTAN le garderont et les É-U s’y sentiront en sécurité.

Cependant la terre tourne, et l’occident rétrécit de plus en plus vite par rapport au reste du monde.

Les pays du BRIC (Brésil, Inde, Chine et Russie) occupent à présent une place croissante dans le commerce international, et l’émergence d’une devise nouvelle dépend de plus en plus largement de l’ampleur relative des échanges internationaux de ces pays. Il est par conséquent tout à fait concevable qu’en leur sein une initiative émerge.

La bourse de Shanghai

Parmi ces pays émergents, la Chine est en train de se révéler un bon entraineur. Elle a déjà groupé autour d’elle une bonne partie des États du sud-ouest asiatique, et commerce avec eux en yuan, sa propre devise, qu’elle maintient, pour le moment du moins, à parité avec le dollar.

La Chine vient de faire un nouveau pas en direction d’un yuan dominant. Elle vient d’autoriser la bourse de Shanghai à ouvrir ses portes aux sociétés étrangères à partir du début de 2010. Bien qu’il faudra du temps avant que Shanghai ne devienne une bourse de classe mondiale, c’est la stratégie déterminée du gouvernement chinois que d’y parvenir.

Ce dernier sait que certaines conditions devront être remplies avant que cette bourse puisse tenter les gros canons de la planète : une monnaie librement convertible, ce qui n’est pas encore le cas, une libre circulation des capitaux et un système juridique qui protège la propriété efficacement. Mais tout cela est en route. D’importants progrès ont déjà été faits en ce sens depuis 10 ans et témoignent de la rapidité avec laquelle le gouvernement va probablement œuvrer dans ce sens. L’ouverture de la bourse de Shanghai marquera probablement le début d’un nouveau grand pas de cet immense pays vers une économie plus moderne encore.

La Chine possède beaucoup de capitaux, et par conséquent de nombreuses entreprises de taille moyenne dont le potentiel de production se trouve essentiellement en Chine, pourraient être tentées d’adhérer à cette bourse, dans l’intention d’émettre des actions leur permettant une expansion rapide, sur place et dans ce quartier du monde futur.

C’est en Asie que se trouve la possibilité d’étendre le marché mondial. On le constatera de plus en plus au cours des années qui viennent. La sortie de crise remarquée de la Chine en est le gage. Toutes les prévisions pessimistes que les économistes nous ont prodiguées depuis des années au sujet de l’improbabilité de la pérennité de sa croissance ont été déjouées jusqu’ici par la réalité. Je suis à peu près sûr que ça va continuer encore longtemps.

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(ce texte est rédigé en nouvelle orthographe française)

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Timothy Geithner
Timothy Geithner

La crise mondiale se décompose en de nombreuses menaces distinctes, dont l’ensemble est extrêmement difficile à gérer. Il faut quelquefois choisir de se concentrer d’abord sur celles qui menacent directement le fondement même de l’économie.

Et de toutes ces menaces sectorielles, celle qui est la plus importante pour les É-U est, sans contestation possible, la pérennité du dollar, en tant que devise de référence mondiale de l’économie. La raison en est que ce statut privilégié leur permet de financer leur propre économie avec les taux les plus bas, qu’ils fixent eux-mêmes en fonction de leurs propres besoins, sans égard aux autres économies de la planète. Il leur a également permis d’ériger un véritable pôle pour les capitaux qui circulent à travers le système économique mondial. Le dollar constitue donc leur toute première priorité, avant la déflation qui les talonne et malgré le chômage grandissant. Mais ils se gardent bien de le proclamer haut et fort.

Or les programmes de relance des É-U ont compromis la stabilité de leur devise. Déjà de nombreux pays proclament la nécessité de remplacer le dollar, ou en tous les cas de lui adjoindre un partenaire plus solide. Aussi les É-U ont-ils choisi de sortir de la crise par le haut.

Depuis bientôt deux ans, les É-U s’enfoncent irrémédiablement dans la crise, bien qu’ils aient sauvé leur système financier moribond en l’arrosant de milliers de milliards de dollars qu’ils ne possédaient pas. Leur débâcle n’en finit pas de s’aggraver.

De plus, leur chômage se poursuit chaque jour, à mesure que leur système industriel se décompose peu à peu sous leurs yeux. Les Étasuniens diminuent leurs dépenses pour rembourser leurs dettes, et échapper ainsi au sort des millions de pauvres gens jetés à la rue parce qu’ils ne peuvent honorer leurs créances hypothécaires. Ils empêchent ainsi la consommation du pays de revenir à son niveau antérieur, et par conséquent de sortir de la crise.

L’administration a parfaitement compris que le surendettement de la population était la clé de la crise. Elle sait que celle-ci ne s’arrêtera que lorsque les craintes pour l’avenir seront jugulées, et qu’une nouvelle confiance conduira peut-être à nouveau les consommateurs vers des dépenses échevelées. C’est pourtant bien à celles-ci que les É-U avaient dû leur croissance continue pendant les dix dernières années !

Mais comment faire sans imprimer à nouveau des milliers de milliards de dollars qu’ils ne possèdent toujours pas, et les précipiter sur leur population repliée sur elle-même, depuis l’hélicoptère abstrait de Ben Bernanke ?

Eh bien ! Ils ont tout de même fini par trouver le stratagème idéal pour éviter à tout prix l’écrasement du dollar, tout en permettant une sortie de crise rapide. Du mois le pensaient-ils. Le voici.

***

C’est à la puissance de leur devise que les É-U devaient leur croissance presque discontinue depuis la fin de la seconde guerre mondiale, ainsi que leur hégémonie sur le monde. S’ils ne parvenaient pas à contrarier sa chute, elle deviendrait rapidement irréversible. En continuant à augmenter sans cesse le volume de leur monnaie par le biais de l’imprimerie, s’en serait fini de leur puissance. C’était une évidence. Ils ne pouvaient donc accepter de sacrifier leur devise sur l’autel de la relance, et perdre du même coup leur principal outil d’enrichissement sans effort, ainsi que leur domination sur le monde.

Barack Obama tenta d’abord la voie de l’emprunt. Seule dans le monde, la Chine aurait pu se permettre d’acheter encore quelques bons du trésor des É-U, comme elle l’avait fait si longtemps par le passé. Le nouveau président envoya donc sa Secrétaire d’État, madame Hillary Clinton, sonder la bourse des Chinois, qui disposaient toujours d’un bon millier de milliards de dollars, fruit de leur laborieuse activité de fourmis au cours des dix dernières années.

Mais, outre leurs propres difficultés, amères conséquences des turpitudes financières étasuniennes, les Chinois avaient mieux à faire avec leur magot. En effet, tant que le dollar possède encore quelque valeur, ils ont entrepris de l’utiliser pour racheter à bon compte de par le monde les entreprises en déshérence du fait de la crise. Notamment celles qui produisent des matières premières, par exemple en Australie (mais pas seulement). Leur premier ministre, Wen Jiabao, fit donc élégamment savoir à l’Américaine, par la voix de sa ministre des finances, que tant que le dollar ne serait pas remis de ses souffrances, son pays devrait se passer de ses obligations du Trésor.

Pourquoi en effet conserver autant de dollars à ne rien faire, alors qu’il leur sera si facile de fabriquer eux-mêmes leurs propres yuans le moment venu.

***

La tentative de taper les copains s’arrêta là. Il fallait trouver autre chose pour attirer les picaillons des moins grands de ce monde. Il ne fallait plus rien leur de

mander. C’était inutile. Il valait mieux les piéger en amenant les investisseurs étrangers, ceux qui étaient restés encore très riches, à venir apporter leur trèfle à la bourse de New York.

Dans l’état de la bourse étasunienne en février 2009, pas évident du tout ! Il fallait donc commencer par la retaper. Difficile ? Certainement pour qui ne possède pas l’agile imagination des financiers américains. Qui d’autres dans le monde aurait pu avoir l’idée d’inventer les contrats à subprimes ?… Leur nouvelle idée finira d’ailleurs probablement de la même façon.

Les États-Unis possèdent une espèces de rapaces qu’ils sont les seuls à abriter : « les investisseurs américains », cette sous-espèce particulière au bec crochu et aux griffes acérées que l’on ne rencontre que chez eux. En ce moment, ils sont sur leur faim car leur dernier gibier a déjà été plumé, Bernard Madoff l’ayant fait durablement disparaître. Mais ce diable de pays possède la particularité d’ignorer les états d’âme et de savoir capitaliser ses échecs. Du moins jusqu’ici. Ça pourrait changer.

À l’évidence, le gouvernement ne pouvait compter que sur ses « investisseurs américains » pour revitaliser la bourse. Il suffisait de leur prêter l’oseille qu’ils avaient perdue au cours de la crise, et ils sauraient très vite quoi en faire.

Sitôt pensé, sitôt fait.

Il se trouvait donc que la seule planche de salut de l’économie étasunienne résidait dans celle de la monnaie. Mais après la furie des plans successifs de relance, il y avait gros à parier qu’une nouvelle giclée de dollars poussée par un gros Caterpillar pourrait avoir raison de la célèbre devise. Il ne fallait donc pas laisser rouler comme ça de gros sacs de billets fraîchement imprimés sous les pieds des consommateurs en voie d’assagissement, mais d’en faire un moteur bien plus puissant (les américains adorent les effets de levier).

Il ne pouvait plus s’agir de relance par la consommation, mais par la bourse. Vous allez voir comment.

***

À ce moment-là, courant février 2009, le Secrétaire au Trésor devait régler le problème des subprimes, ces contrats hypothécaires à risque élevé. L’idée circulait

de faire lessiver plus blanc que blanc par des banques ces actifs vérolés. Timothy Geithner, après nombre de réunions chaudes décida le plan suivant.

“Cinq banques seraient sélectionnées par le département du Trésor pour réaliser cette opération, dans les deux mois qui suivraient selon des critères à établir. Elles auraient accès à des fonds de la FED pour acheter et gérer les actifs malsains. Elles pourraient également utiliser ces fonds pour acheter des actifs sains en bourse si elles le désirent. Enfin, leurs pertes éventuelles seraient assurées par le Trésor.”

À partir de ce texte assez ambivalent, l’affaire des subprimes fut considérée comme réglée et plus personne n’en parla plus. Je ne me souviens pas avoir vu de commentaires sur ce plan à sa parution, et je n’ai pas vu passer non plus la liste des banques sélectionnées. Mais après tout, j’ai peut-être tout simplement manqué les uns et l’autre.

Mais j’avais déjà formulé une interprétation personnelle de ce plan :

***

Je commencerai par la fin. Pourquoi autoriser cinq institutions financières sélectionnées par le Trésor américain à utiliser le crédit de la FED, c’est-à-dire des citoyens, pour acheter des actifs sains en bourse, alors que leur mission est normalement limitée à la “virginisation” des contrats de type “subprimes” sous garantie de la FED ?

À moins qu’il ne s’agisse purement et simplement d’un cadeau - ce que je ne crois pas - la raison en était nécessairement opérationnelle, dans l’axe de la mission présentée comme principale. Mon interprétation est la suivante :

On a vu au début de cet article que de toutes les menaces sectorielles, celle qui était la plus importante pour les É-U était sans contestation possible la pérennité du dollar. Or si le dollar dépend de multiples facteurs, le principal d’entre eux est certainement la confiance et l’état psychologique des investisseurs. Et quel est l’élément économique qui soutend ces deux paramètres ? La hausse de la bourse, considérée par l’opinion publique, à tort à mon avis, comme le baromètre de l’économie. À tort, car le niveau de la bourse n’a qu’indirectement à voir avec la situation économique mais plutôt avec les spéculations, plus ou moins justifiées, des investisseurs.

Il fallait donc, coûte que coûte, retoiletter la bourse. D’où l’idée, subtile, de procurer des fonds à des intervenants de confiance, qui achètent des volumes d’actions importants, selon un rythme et sur une liste calculée de valeurs pouvant jouer le rôle de “bélier” afin d’entraîner le reste du troupeau, qui suivrait la hausse ainsi créée, précisément comme des moutons bêlant. C’est pourquoi il fallait limiter l’action à un petit groupe complice, discret et discipliné capable de jouer un tel jeu, ce qui répond au second volet de la question : Pourquoi seulement cinq institutions, et pourquoi les sélectionner ?

L’opération a bel et bien réussi, et de belle manière, dès le 6 mars, sans tambours ni trompettes, à la grande surprise de la totalité du monde de la bou

rse, car à l’époque, l’économie étasunienne se trouvait encore dans un blackout total : licenciements, faillites et saisies constituaient en effet le lot habituel du quotidien.

La bourse se mit cependant à monter régulièrement sans que les volumes croissent significativement. Mais on n’avait aucune idée de l’origine des achats, car pour des volumes importants, le règlement de la bourse n’autorise pas l’identification des intervenants. La Chronique Agora, habituellement très bien informée, avouait son ignorance de l’identité de ceux-ci, ce qui l’intriguait beaucoup.

Le reste va de soi. Assez vite, les boursicoteurs habituels revinrent à une position d’achat. Dans l’absence de causes évidentes à ce mouvement, elles

pensèrent que des investisseurs, sans doute argentés, et surtout bien informés, étaient à son origine, et ne voulurent point manquer ce nouveau train inattendu de hausse. Tant pis s’ils ne comprenaient rien à l’affaire. Il fallait bêler avec les moutons.

Ce n’était cependant là que le premier objectif du Secrétaire au Trésor. Le second, mais tout aussi important, consistait à appâter les investisseurs étrangers pour qu’ils se portent à nouveau aussi à l’achat, car leurs bourses s’étaient mises à suivre le mouvement de la bourse de New York. L’idée consistait à capter les devises étrangères, de manière à ce qu’elles se transforment en dollars, permettant ainsi à l’État étasunien d’alléger l’endettement de ses plans de relance, l’étranger y contribuant lui-même sans le savoir.

Fin juillet, Geithner avait donc atteint ses deux buts : augmenter le taux de confiance de la population étasunienne pour l’inciter à consommer à nouveau, et faire financer partiellement la relance du pays par l’apport de ressources extérieures.

Bien joué ! Reste à voir si cela sera suffisant pour assurer le décollage des É-U.

Personnellement, j’en doute, mais ceci est une autre histoire.

© André Serra http://andreserra.blogauteurs.net/blog/ http://cybercanard.com

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