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À un moment clé de la crise économique internationale, où la survie du dollar étasunien en tant que devise de référence du commerce international est en question, il est bon de rappeler les avantages extravagants que cette position exceptionnelle a rapporté aux USA au cours des 65 dernières années [soit depuis le traité de Bretton Wood en 1944].
Ces privilèges n’ont pas été pour rien dans l’extraordinaire essor de ce pays, qui en a profité au maximum pour atteindre sa position hégémonique actuelle. La contestation de ces privilèges, même si on n’en parle peu, s’ajoute au reproches d’instabilité sur laquelle l’ensemble de la planète s’appuie actuellement pour chercher à remplacer le dollar le plus rapidement possible, par une nouvelle devise mondiale indépendante de tout pays en particulier.
C’est pourquoi nous publions aujourd’hui le texte suivant, extrait d’un livre édité par l’institut Aspen de France en 2008, aux éditions “ Autrement ”, de la page 152 à la page 156.
Présenté par :
© André Serra
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MULTIPOLAIRES
Wang Xiangsui
Le dollar procure aux États-Unis d’énormes bénéfices en tant que monnaie principale de règlement et de réserve dans le système monétaire international. Alors que presque tous les pays du monde doivent proportionner leurs dépenses à leurs recettes, les États-Unis n’y sont pas tenus. Ils demeurent le plus grand pays consommateur en dépit d’un double déficit commercial et budgétaire.
Bien sûr, l’économie mondiale n’est pas un jeu à somme nulle où les gains de l’un entraînent les pertes de l’autre. Le système économique dominé par le dollar, tout en bénéficiant aux États-Unis, rend possible le maintien de la prospérité et de la stabilité dans beaucoup d’autres pays, y compris ceux de l’Europe et le Japon. Il convient d’ailleurs d’ajouter la Chine et l’Inde à la liste des bénéficiaires au cours des vingt dernières années.
Ce fait ne peut néanmoins dissimuler l’injustice du système: tout fonctionne en effet autour des intérêts d’un seul pays. Si l’économie américaine connaissait un problème, les États-Unis pourraient transmettre la crise aux autres économies par des moyens financiers. Ainsi de l’accord du Plazza, signé par le Japon dans les années 1980 à l’incitation et sous la contrainte des États-Unis, qui englua l’économie japonaise dans dix ans de stagnation. En outre, des spéculateurs financiers américains amassent des profits en attaquant le marché par des outils dérivés financiers de leur conception, ce qui conduit nombre de pays à la crise économique. Clairement, le système monétaire du dollar, chaise à un pied, n’est pas en mesure de maintenir à long terme l’équilibre nécessaire à un développement stable du monde.
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Au centre d’un maelström d’informations économiques souvent contradictoires, je ne suis pas certain que beaucoup de monde s’y retrouve. Pourtant, la crise continue, superbement indifférente à ce qu’on dit d’elle. On dit qu’elle est terminée. On dit qu’elle ne cessera que lorsque l’économie recommencera à embaucher. On dit, on dit, on dit !!!
Mais en tous les cas, il est certain que cette foutue crise est toujours là et que, en dépit d’une inflation, bien réelle celle-là, des discours, des réunions, des forums ici ou là, des G2, 8, 20, une seule chose est démontrée tous les jours : les politiciens comme les économistes sont plantés. Leur salive coule abondamment mais leurs neurones sont plats.
Il y a cependant bien des choses contradictoires dans toute cette affaire. Prenez le secteur financier aux É-U. On a accusé leur gouvernement d’avoir renfloué les institutions financières au lieu de refinancer les malheureux emprunteurs de subprimes que l’on continue de jeter à la rue par milliers. A-t-on bien compris pourquoi ? On s’est généralement contenté de dire que l’on privilégiait ainsi les riches. Bien sûr ! Bien sûr !
Mais pas seulement. On nous l’a pourtant expliqué sans arrêt depuis plus d’un an : on avait voulu donner de l’argent aux banques, passablement ruinées, les moyens de prêter à nouveau aux gens pour qu’ils recommencent à consommer en s’endettant, et fassent ainsi repartir la locomotive de la croissance.
Fort bien ! Mais le gouvernement des É-U avait-t-il oublié que la principale cause de la crise avait précisément été l’endettement des particuliers, si élevé que ceux-ci ne pouvaient plus faire face à leurs échéances. En effet, on a toujours parlé des emprunteurs de subprimes, mais on ignora royalement les autres consommateurs, endettés souvent par de multiples cartes de crédit à des taux de 18 à 24%, et dont les difficultés de paiement émergèrent dans le même temps où la Fed commença à ré augmenter ses taux, provoquant ainsi l’éclosion de la crise des subprimes.
En somme, en faisant en sorte que les consommateurs puissent à nouveau emprunter et consommer, le gouvernement des É-U agit de telle sorte que la crise reparte à ses débuts, sans doute avec une force et des dégâts bien plus considérables.
Cependant, en supposant que les consommateurs tombent à nouveau dans le panneau, qu’achèteraient-ils ? Sans doute en grande partie des produits importés, alors qu’avant la crise, c’est la croissance des importations qui avait mené à l’alourdissement progressif du déficit commercial du pays, lequel conduisit ainsi à son tour le dollar au déclin continu de sa valeur.
Mais heureusement pour le pays, les Étasuniens ont arrêté leur consommation échevelée. Depuis l’éclatement de la crise, ils épargnent et se sont mis à rembourser leurs dettes. En décembre 2007, ils dépensaient encore 3% de plus que le montant de leurs revenus. En juillet 2009, ils étaient parvenus à épargner 7% sur leurs revenus.
Des preuves ? En juillet 2009, le crédit à la consommation a diminué d’un montant record de 21,6 milliards de dollars (source : la Fed). D’autre part, l’encours de crédit à la consommation a reculé ce même mois de 10,4% en rythme annuel. En juin, la chute du crédit avait été annoncée à 10,3 milliards, mais elle vient d’être réévaluée à 15,5 milliards !
Sur un an, le crédit à la consommation a diminué de 11,7 % !
***
On peut donc dire, d’ores et déjà, que le gouvernement des É-U a manqué sa cible deux fois. D’un côté, il a dépensé plusieurs milliards de dollars pour rien, puisque la consommation n’est pas repartie. De l’autre, par un affolant endettement de l’État, il a créé les prémisses d’une crise monétaire sans précédent, qui débouchera sans doute à terme sur la perte de l’hégémonie du dollar.
On sait que la devise étasunienne fait déjà l’objet d’attaques incessantes de nombreux États dans le monde : le BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine), les pays d’Amérique latine qui projettent de créer une devise commune, les Monarchies pétrolières qui vont en faire autant en 2010, etc.
Mais depuis peu, un rapport émanant cette fois de l’ONU (Les Affaires - 19 sept. 2009), propose de réduire l’influence du dollar étasunien en confiant à l’ONU la mission de créer une monnaie supranationale, c’est-à-dire indépendante des États souverains.
Le FMI jouerait le rôle de Banque Centrale Internationale pour cette monnaie, qui serait basée sur un panier de monnaies nationales, celles-ci ne disparaissant pas, mais ne jouant plus de rôle dans le commerce international.
Cette conjonction parait beaucoup trop générale et suffisamment puissante pour ne pas être écartée du revers de la main par les Étasuniens. Encore faudrait-il que ceux-ci ne suscitent pas une résurgence de la crise en cours par des actions mal évaluées.
C’est pourtant ce qu’ils semblent faire…
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Cet article répond aux règles de la nouvelle orthographe
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(Montréal, le 18-09-2009) Les banques centrales et les gouvernements sont inféodés au dollar car ils ont peur de ce qui se passerait s’il disparaissait. Ils ne l’ont jamais envisagé, et pour eux, ce serait le trou noir. Tout serait à réinventer. En somme, pour eux, c’est comme si le dollar avait toujours existé.
Mais heureusement, les entreprises sont plus puissantes à elles toutes que les institutions politiques et financières, et n’éprouvent pas cette même peur.
Celles qui exportent, elles, craignent par dessus tout les variations de change qui mettent leurs tarifs en péril ainsi que leur trésorerie, et finalement leurs résultats, surtout lorsqu’elles contractent des commandes à long terme. C’est aussi vrai pour celles qui vendent que pour celles qui achètent. Et il en existe même de nombreuses qui contractent des emprunts en devises étrangères pour se couvrir des effets de change à la date des règlements. Elles sont généralement obligées de conclure des contrats d’approvisionnement à long terme pour stabiliser leurs coûts. C’est notamment le cas des compagnies d’aviation pour leurs approvisionnements en carburant, mais aussi celui des fabricants d’avions dont les programmes de fabrication peuvent s’étendre sur plusieurs années.
Or, il est tellement facile de s’entendre avec son client ou son fournisseur pour transiger dans une devise stable plutôt que de le faire, par habitude, en dollars. L’un come l’autre peut y trouver avantage. Mais cela ne suffit pas toujours, car la stabilité des autres devises dépend aussi des fantaisies du dollar dans une certaine mesure, car les États eux-mêmes souffrent des variations de la politique monétaire des É-U. Le dollar étant la devise nationale des É-U, il est géré en fonction de leurs seuls intérêts en toute impunité.
Adopter une devise différente dans les transactions entre entreprises ne constitue donc pas une solution totalement satisfaisante. Néanmoins, de plus en plus d’entreprises l’appliquent cependant déjà, et je crois que, de bouche à oreille, elle va progressivement se généraliser, en l’absence de l’adoption d’un nouveau système monétaire à l’échelle de la planète. Je connais en effet quelques entreprises chinoises et européennes qui s’en sont parlé et l’appliquent. C’est beaucoup plus facile qu’entre deux gouvernements, car elles n’ont pas besoin de palabrer très longtemps ensemble pour en décider.
Au niveau des gouvernements et des banques centrales, il faut également souligner la composante politique de leur inaction. Le dollar va rester encore longtemps la devise de l’occident étasunien. Il est en quelque sorte un peu la devise de l’OTAN, et tant que l’on fera subsister ce parapluie parsemé de trous qui ne sert qu’à conforter la domination militaire des É-U, les pays de l’OTAN le garderont et les É-U s’y sentiront en sécurité.
Cependant la terre tourne, et l’occident rétrécit de plus en plus vite par rapport au reste du monde.
Les pays du BRIC (Brésil, Inde, Chine et Russie) occupent à présent une place croissante dans le commerce international, et l’émergence d’une devise nouvelle dépend de plus en plus largement de l’ampleur relative des échanges internationaux de ces pays. Il est par conséquent tout à fait concevable qu’en leur sein une initiative émerge.
La bourse de Shanghai
Parmi ces pays émergents, la Chine est en train de se révéler un bon entraineur. Elle a déjà groupé autour d’elle une bonne partie des États du sud-ouest asiatique, et commerce avec eux en yuan, sa propre devise, qu’elle maintient, pour le moment du moins, à parité avec le dollar.
La Chine vient de faire un nouveau pas en direction d’un yuan dominant. Elle vient d’autoriser la bourse de Shanghai à ouvrir ses portes aux sociétés étrangères à partir du début de 2010. Bien qu’il faudra du temps avant que Shanghai ne devienne une bourse de classe mondiale, c’est la stratégie déterminée du gouvernement chinois que d’y parvenir.
Ce dernier sait que certaines conditions devront être remplies avant que cette bourse puisse tenter les gros canons de la planète : une monnaie librement convertible, ce qui n’est pas encore le cas, une libre circulation des capitaux et un système juridique qui protège la propriété efficacement. Mais tout cela est en route. D’importants progrès ont déjà été faits en ce sens depuis 10 ans et témoignent de la rapidité avec laquelle le gouvernement va probablement œuvrer dans ce sens. L’ouverture de la bourse de Shanghai marquera probablement le début d’un nouveau grand pas de cet immense pays vers une économie plus moderne encore.
La Chine possède beaucoup de capitaux, et par conséquent de nombreuses entreprises de taille moyenne dont le potentiel de production se trouve essentiellement en Chine, pourraient être tentées d’adhérer à cette bourse, dans l’intention d’émettre des actions leur permettant une expansion rapide, sur place et dans ce quartier du monde futur.
C’est en Asie que se trouve la possibilité d’étendre le marché mondial. On le constatera de plus en plus au cours des années qui viennent. La sortie de crise remarquée de la Chine en est le gage. Toutes les prévisions pessimistes que les économistes nous ont prodiguées depuis des années au sujet de l’improbabilité de la pérennité de sa croissance ont été déjouées jusqu’ici par la réalité. Je suis à peu près sûr que ça va continuer encore longtemps.
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(ce texte est rédigé en nouvelle orthographe française)
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- Timothy Geithner
La crise mondiale se décompose en de nombreuses menaces distinctes, dont l’ensemble est extrêmement difficile à gérer. Il faut quelquefois choisir de se concentrer d’abord sur celles qui menacent directement le fondement même de l’économie.
Et de toutes ces menaces sectorielles, celle qui est la plus importante pour les É-U est, sans contestation possible, la pérennité du dollar, en tant que devise de référence mondiale de l’économie. La raison en est que ce statut privilégié leur permet de financer leur propre économie avec les taux les plus bas, qu’ils fixent eux-mêmes en fonction de leurs propres besoins, sans égard aux autres économies de la planète. Il leur a également permis d’ériger un véritable pôle pour les capitaux qui circulent à travers le système économique mondial. Le dollar constitue donc leur toute première priorité, avant la déflation qui les talonne et malgré le chômage grandissant. Mais ils se gardent bien de le proclamer haut et fort.
Or les programmes de relance des É-U ont compromis la stabilité de leur devise. Déjà de nombreux pays proclament la nécessité de remplacer le dollar, ou en tous les cas de lui adjoindre un partenaire plus solide. Aussi les É-U ont-ils choisi de sortir de la crise par le haut.
Depuis bientôt deux ans, les É-U s’enfoncent irrémédiablement dans la crise, bien qu’ils aient sauvé leur système financier moribond en l’arrosant de milliers de milliards de dollars qu’ils ne possédaient pas. Leur débâcle n’en finit pas de s’aggraver.
De plus, leur chômage se poursuit chaque jour, à mesure que leur système industriel se décompose peu à peu sous leurs yeux. Les Étasuniens diminuent leurs dépenses pour rembourser leurs dettes, et échapper ainsi au sort des millions de pauvres gens jetés à la rue parce qu’ils ne peuvent honorer leurs créances hypothécaires. Ils empêchent ainsi la consommation du pays de revenir à son niveau antérieur, et par conséquent de sortir de la crise.
L’administration a parfaitement compris que le surendettement de la population était la clé de la crise. Elle sait que celle-ci ne s’arrêtera que lorsque les craintes pour l’avenir seront jugulées, et qu’une nouvelle confiance conduira peut-être à nouveau les consommateurs vers des dépenses échevelées. C’est pourtant bien à celles-ci que les É-U avaient dû leur croissance continue pendant les dix dernières années !
Mais comment faire sans imprimer à nouveau des milliers de milliards de dollars qu’ils ne possèdent toujours pas, et les précipiter sur leur population repliée sur elle-même, depuis l’hélicoptère abstrait de Ben Bernanke ?
Eh bien ! Ils ont tout de même fini par trouver le stratagème idéal pour éviter à tout prix l’écrasement du dollar, tout en permettant une sortie de crise rapide. Du mois le pensaient-ils. Le voici.
***
C’est à la puissance de leur devise que les É-U devaient leur croissance presque discontinue depuis la fin de la seconde guerre mondiale, ainsi que leur hégémonie sur le monde. S’ils ne parvenaient pas à contrarier sa chute, elle deviendrait rapidement irréversible. En continuant à augmenter sans cesse le volume de leur monnaie par le biais de l’imprimerie, s’en serait fini de leur puissance. C’était une évidence. Ils ne pouvaient donc accepter de sacrifier leur devise sur l’autel de la relance, et perdre du même coup leur principal outil d’enrichissement sans effort, ainsi que leur domination sur le monde.
Barack Obama tenta d’abord la voie de l’emprunt. Seule dans le monde, la Chine aurait pu se permettre d’acheter encore quelques bons du trésor des É-U, comme elle l’avait fait si longtemps par le passé. Le nouveau président envoya donc sa Secrétaire d’État, madame Hillary Clinton, sonder la bourse des Chinois, qui disposaient toujours d’un bon millier de milliards de dollars, fruit de leur laborieuse activité de fourmis au cours des dix dernières années.
Mais, outre leurs propres difficultés, amères conséquences des turpitudes financières étasuniennes, les Chinois avaient mieux à faire avec leur magot. En effet, tant que le dollar possède encore quelque valeur, ils ont entrepris de l’utiliser pour racheter à bon compte de par le monde les entreprises en déshérence du fait de la crise. Notamment celles qui produisent des matières premières, par exemple en Australie (mais pas seulement). Leur premier ministre, Wen Jiabao, fit donc élégamment savoir à l’Américaine, par la voix de sa ministre des finances, que tant que le dollar ne serait pas remis de ses souffrances, son pays devrait se passer de ses obligations du Trésor.
Pourquoi en effet conserver autant de dollars à ne rien faire, alors qu’il leur sera si facile de fabriquer eux-mêmes leurs propres yuans le moment venu.
***
La tentative de taper les copains s’arrêta là. Il fallait trouver autre chose pour attirer les picaillons des moins grands de ce monde. Il ne fallait plus rien leur de
mander. C’était inutile. Il valait mieux les piéger en amenant les investisseurs étrangers, ceux qui étaient restés encore très riches, à venir apporter leur trèfle à la bourse de New York.
Dans l’état de la bourse étasunienne en février 2009, pas évident du tout ! Il fallait donc commencer par la retaper. Difficile ? Certainement pour qui ne possède pas l’agile imagination des financiers américains. Qui d’autres dans le monde aurait pu avoir l’idée d’inventer les contrats à subprimes ?… Leur nouvelle idée finira d’ailleurs probablement de la même façon.
Les États-Unis possèdent une espèces de rapaces qu’ils sont les seuls à abriter : « les investisseurs américains », cette sous-espèce particulière au bec crochu et aux griffes acérées que l’on ne rencontre que chez eux. En ce moment, ils sont sur leur faim car leur dernier gibier a déjà été plumé, Bernard Madoff l’ayant fait durablement disparaître. Mais ce diable de pays possède la particularité d’ignorer les états d’âme et de savoir capitaliser ses échecs. Du moins jusqu’ici. Ça pourrait changer.
À l’évidence, le gouvernement ne pouvait compter que sur ses « investisseurs américains » pour revitaliser la bourse. Il suffisait de leur prêter l’oseille qu’ils avaient perdue au cours de la crise, et ils sauraient très vite quoi en faire.
Sitôt pensé, sitôt fait.
Il se trouvait donc que la seule planche de salut de l’économie étasunienne résidait dans celle de la monnaie. Mais après la furie des plans successifs de relance, il y avait gros à parier qu’une nouvelle giclée de dollars poussée par un gros Caterpillar pourrait avoir raison de la célèbre devise. Il ne fallait donc pas laisser rouler comme ça de gros sacs de billets fraîchement imprimés sous les pieds des consommateurs en voie d’assagissement, mais d’en faire un moteur bien plus puissant (les américains adorent les effets de levier).
Il ne pouvait plus s’agir de relance par la consommation, mais par la bourse. Vous allez voir comment.
***
À ce moment-là, courant février 2009, le Secrétaire au Trésor devait régler le problème des subprimes, ces contrats hypothécaires à risque élevé. L’idée circulait
de faire lessiver plus blanc que blanc par des banques ces actifs vérolés. Timothy Geithner, après nombre de réunions chaudes décida le plan suivant.
“Cinq banques seraient sélectionnées par le département du Trésor pour réaliser cette opération, dans les deux mois qui suivraient selon des critères à établir. Elles auraient accès à des fonds de la FED pour acheter et gérer les actifs malsains. Elles pourraient également utiliser ces fonds pour acheter des actifs sains en bourse si elles le désirent. Enfin, leurs pertes éventuelles seraient assurées par le Trésor.”
À partir de ce texte assez ambivalent, l’affaire des subprimes fut considérée comme réglée et plus personne n’en parla plus. Je ne me souviens pas avoir vu de commentaires sur ce plan à sa parution, et je n’ai pas vu passer non plus la liste des banques sélectionnées. Mais après tout, j’ai peut-être tout simplement manqué les uns et l’autre.
Mais j’avais déjà formulé une interprétation personnelle de ce plan :
***
Je commencerai par la fin. Pourquoi autoriser cinq institutions financières sélectionnées par le Trésor américain à utiliser le crédit de la FED, c’est-à-dire des citoyens, pour acheter des actifs sains en bourse, alors que leur mission est normalement limitée à la “virginisation” des contrats de type “subprimes” sous garantie de la FED ?
À moins qu’il ne s’agisse purement et simplement d’un cadeau - ce que je ne crois pas - la raison en était nécessairement opérationnelle, dans l’axe de la mission présentée comme principale. Mon interprétation est la suivante :
On a vu au début de cet article que de toutes les menaces sectorielles, celle qui était la plus importante pour les É-U était sans contestation possible la pérennité du dollar. Or si le dollar dépend de multiples facteurs, le principal d’entre eux est certainement la confiance et l’état psychologique des investisseurs. Et quel est l’élément économique qui soutend ces deux paramètres ? La hausse de la bourse, considérée par l’opinion publique, à tort à mon avis, comme le baromètre de l’économie. À tort, car le niveau de la bourse n’a qu’indirectement à voir avec la situation économique mais plutôt avec les spéculations, plus ou moins justifiées, des investisseurs.
Il fallait donc, coûte que coûte, retoiletter la bourse. D’où l’idée, subtile, de procurer des fonds à des intervenants de confiance, qui achètent des volumes d’actions importants, selon un rythme et sur une liste calculée de valeurs pouvant jouer le rôle de “bélier” afin d’entraîner le reste du troupeau, qui suivrait la hausse ainsi créée, précisément comme des moutons bêlant. C’est pourquoi il fallait limiter l’action à un petit groupe complice, discret et discipliné capable de jouer un tel jeu, ce qui répond au second volet de la question : Pourquoi seulement cinq institutions, et pourquoi les sélectionner ?
L’opération a bel et bien réussi, et de belle manière, dès le 6 mars, sans tambours ni trompettes, à la grande surprise de la totalité du monde de la bou
rse, car à l’époque, l’économie étasunienne se trouvait encore dans un blackout total : licenciements, faillites et saisies constituaient en effet le lot habituel du quotidien.
La bourse se mit cependant à monter régulièrement sans que les volumes croissent significativement. Mais on n’avait aucune idée de l’origine des achats, car pour des volumes importants, le règlement de la bourse n’autorise pas l’identification des intervenants. La Chronique Agora, habituellement très bien informée, avouait son ignorance de l’identité de ceux-ci, ce qui l’intriguait beaucoup.
Le reste va de soi. Assez vite, les boursicoteurs habituels revinrent à une position d’achat. Dans l’absence de causes évidentes à ce mouvement, elles
pensèrent que des investisseurs, sans doute argentés, et surtout bien informés, étaient à son origine, et ne voulurent point manquer ce nouveau train inattendu de hausse. Tant pis s’ils ne comprenaient rien à l’affaire. Il fallait bêler avec les moutons.
Ce n’était cependant là que le premier objectif du Secrétaire au Trésor. Le second, mais tout aussi important, consistait à appâter les investisseurs étrangers pour qu’ils se portent à nouveau aussi à l’achat, car leurs bourses s’étaient mises à suivre le mouvement de la bourse de New York. L’idée consistait à capter les devises étrangères, de manière à ce qu’elles se transforment en dollars, permettant ainsi à l’État étasunien d’alléger l’endettement de ses plans de relance, l’étranger y contribuant lui-même sans le savoir.
Fin juillet, Geithner avait donc atteint ses deux buts : augmenter le taux de confiance de la population étasunienne pour l’inciter à consommer à nouveau, et faire financer partiellement la relance du pays par l’apport de ressources extérieures.
Bien joué ! Reste à voir si cela sera suffisant pour assurer le décollage des É-U.
Personnellement, j’en doute, mais ceci est une autre histoire.
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Publié par André Serra dans Géopolitique, Politique, Économie, tags: brésil, bric, chine, devise, dollar, Etats-Unis, Europe, moyen-orient, pétrole, Russie
Le dollar est sans doute entré dans une transition qui, du statut de devise internationale toute puissante le ramènera à celui d’une devise nationale ordinaire. Il n’y aura rien eu là de déshonorant, mais simplement le résultat d’une transition économique logique construite par des politiques impériales insoutenables à long terme.
La série de crises économiques initiée en 1999 par le krach des valeurs techno¬logiques a été le résultat d’une fuite en avant continue des É-U pour dépasser ses déséquilibres internes au moyen d’un endettement croissant de tous les étages de leur économie : particuliers, entreprises, États fédéraux, État fédéral. Les deux dernières images sympto¬matiques de cette longue transition sont celles des faillites de la Général Motors dans l’industrie et de la Californie en politique. Celles des particuliers sont devenues endémiques et celle de l’État fédéral elle-même approche chaque jour à grande allure.
La propagande politique et médiatique des É-U exercée pour faire croire à une sortie de crise prochaine, reprise d’une façon assez lamentable par les médias des pays de l’OTAN n’est que poudre aux yeux. Nous approchons en ce moment du krach monétaire final. Son symptôme principal est le fait que, des plans de relance définis par l’administration Obama, très peu de dollars ont été réellement distribués dans l’économie, sans doute retenus par l’évidence que l’impression de billets sans valeur déclencherait ce krach à coup sur.
Les pays qui possèdent d’importantes réserves monétaires libellées en dollars étasuniens, sont donc amenés à craindre l’effondrement d’une devise dont la valeur ne tient plus que par la mythification qui en a été faite depuis 1944, mais dont les É-U sont devenus incapables de maintenir la stabilité.
Ces pays-là ne sont nullement dupes, comme les Européens semblent l’être encore, d’une soi-disant valeur refuge du dollar, car eux n’ont jamais fondé leurs avenirs de développement sur une quelconque mythification de « l’Amérique », dans laquelle les Européens sont tombés depuis la victoire des É-U sur l’Allemagne nazie, lesquels en ont fait ensuite des États supplétifs de leur propre puissance.
Après un temps d’observation après l’arrivée d’Obama à la tête des É-U dans une aura de rédemption étasunienne qui reste à venir, les faits ont déterminé l’action de ces pays riches en dollars à engager des opérations visant l’éviction du dollar comme monnaie du monde, avant que celui-ci ait réussi à ruiner totalement la planète pour sauver les É-U du désastre.
Cette action est maintenant engagée. La Russie a tiré les premiers boulets, et la Chine a suivi rapidement. Toutes les personnalités chinoises appellent l’une après l’autre les pays émergents à se joindre à une alliance tactique qui ne dit pas son nom. Elle est composée des pays de l’OCS [Russie, Chine, Kazakhstan, Kirghizistan, Tadjikistan et Ouzbékistan] et de ses quatre pays observateurs, l’Inde, l’Iran, la Mongolie et le Pakistan.
[ Il est à noter au passage que les récents événements politiques d'Iran pourraient trouver une explication dans des considérations géopolitiques, le candidat Moussavi étant suspecté de vouloir rejoindre l'OTAN une fois élu - on y reviendra ]
S’ajoutent à l’OCS le Brésil, amenant avec lui les pays du Mercosur, et l’Afrique, tirée par la Chine, mais aussi les États pétroliers du Moyen-Orient. Six des monarchies pétrolières groupées dans « Le Conseil de Coopération du Golfe (CCG) = Arabie saoudite, Bahreïn, Koweït, Oman, Qatar » ont décidé de créer une « devise du Golfe » au sein d’une union monétaire destinée à leurs transactions pétrolières, jusqu’ici traitées en dollars étasuniens, afin de protéger leurs revenus et leurs réserves. Cette nouvelle monnaie devrait naître le 1er janvier 2010, sa banque centrale installant son siège à Ryad.
Toutefois Oman s’est rapidement retiré du projet monétaire et plus récemment, le Koweït en a fait autant, en choisissant de baser sa monnaie sur un panier de devises étrangères, ce qu’envisage pourtant le CCG pour les débuts de sa devise dans le monde financier. Tout n’est cependant pas encore joué. Il reste du temps d’ici le 1er janvier 2010, et d’ici là les autres initiatives monétaires dans le monde feront probablement évoluer les choses.
Il est en effet vraisemblable que ce groupement d’États du Moyen-Orient rejoindrait une initiative plus globale si elle débouchait assez vite, car le temps presse. Les pays qui disposent de réserves importantes en dollars ont en effet besoin d’une solution rapide pour les protéger de la chute de la monnaie étasunienne, inévitable dans un avenir proche.
Malgré les déplacements successifs en Chine d’Hillary Clinton (21-02-09), Secrétaire d’État, de Timothy Geithner (01-06-09), Secrétaire au trésor et de Lawrence Summers, chef des conseillers économiques de la Maison Blanche, pour tenter de convaincre ce pays que la gestion du dollar rentrerait dans l’ordre une fois la crise passée, il est clair, à la lumière des récentes déclarations de plusieurs autorités chinoises exigeant la création d’une unité monétaire réellement internationale, que le blabla étasunien n’a pas rencontré un niveau de réponse dépassant la simple courtoisie de la part des Chinois, et a suscité au contraire beaucoup de scepticisme lorsque ces ministres promirent de réduire le déficit de leur pays et de payer ses dettes.
Les É-U ont tort de prendre les autres pour des imbéciles. Le temps n’est plus où le monde entier marquait une grande déférence envers ce pays. Qu’il prenne bien garde au coup de pied de l’âne ! Il pourrait payer très cher la suffisance qu’il affichait au temps de son hégémonie passée.
Seuls les Européens s’entêtent encore à rester aux côtés des Étasuniens. L’euro aurait pu constituer un candidat valable pour remplacer le dollar comme devise de référence mondiale, et j’ai pensé longtemps moi-même que c’était la stratégie de Jean-Claude Trichet que de lustrer l’euro afin de le rendre présentable. Mais il faut bien se rendre à l’évidence. Après les dernières élections à l’assemblée européenne de Strasbourg, qui ont affiché un score d’abstentionnisme de 60%, il est devenu tristement apparent que l’Europe politique n’existerait pas avant longtemps. Or, il est impossible que l’euro puisse se présenter comme un candidat possible à devenir une monnaie de référence internationale, s’il n’est pas soutenu par un ensemble politique uni et stable. Ce n’est pas le cas. Les Européens n’ont pas le sens de la géopolitique et ne l’auront pas avant longtemps. Finalement, ils sont aussi conservateurs que les Étasuniens. Ils attendent le déclin.
Demain 8 juillet, le G8 se réunit en Italie. On n’en attend pas grand chose, comme d’habitude. Toutefois, un point majeur pourrait y être atteint sur le plan monétaire : la Chine a demandé que le G8 débatte de sa proposition de créer une nouvelle monnaie de réserve mondiale lors de cette réunion (Reuters).
Enfin, précisons qu’en même temps que le G8 se tiendra le G5, composé du Brésil, de l’Inde, de la Chine, du Mexique et de l’Afrique du sud, le tout complété par l’Égypte, soit un G14 au total, et le 9 juillet devrait être publié un communiqué commun du G14 pour la première fois.
Si le communiqué final de ce G14 ne fait pas état de la proposition de la Chine, ou si ce qui en sera dit va dans le sens de son évitement, il sera clair que la guerre monétaire mondiale aura commencé, car trop d’états dans le monde attendent la fin de l’hégémonie monétaire des É U, qui a fait tant de mal dans le monde depuis un demi-siècle.
Par là, les camps seront également désignés. Autour du dollar, les É-U bien sûr, et tous les États occidentaux de l’OTAN. Autour de l’idée d’une éviction du dollar, tous ou presque tous les pays émergents, essentiellement les pays de l’OCS et leurs associés, le Brésil et les pays du Mercosur, qui ont d’ailleurs aussi un projet d’union monétaire sur leurs tablettes, les pays composant le BRIC et probablement la CCG ainsi que la plupart des monarchies pétrolières, après qu’ils aient pu observer les premières escarmouches, et vérifier de quel côté tombaient le plus grand nombre d’obus efficaces. Il est trop tôt pour faire des pronostics, mais cette bataille sera passionnante.
Toutefois, quelques informations pour terminer cet article permettront une première approche des forces en présence?:
- la Chine accentuera le bloc du yuan en Asie, et mettra en difficulté le Japon sur ce point, maintenant qu’elle est devenue le premier acheteur de ce dernier.
- en second lieu la Chine diminuera probablement le montant de ses achats de bons du trésor des É-U. Elle a d’ailleurs commencé à restructurer ses réserves en remplaçant progressivement ses bons à long terme par des bons à très court terme, moins rémunérateurs mais plus liquides que les autres, lui procurant ainsi un champ de manœuvre financier plus fluide. Et elle en a également réduit le volume, en achetant de fortes quantités de matières premières, et en consacrant une partie de ses réserves à acquérir des actifs industriels à l’étranger, bradés bon marché du fait de la récession. La perte d’exportations vers ce pays qui pourrait résulter de la fonte des bons du trésor des É U sera beaucoup moins problématique que l’ont cru jusqu’ici beaucoup d’analystes, et ceci pour deux raisons :
- D’abord, une grande part des produits exportés le seront encore, car les moyens de les fabriquer n’existent tout simplement plus aux É-U, en raison de la politique de délocalisation qu’ils mènent depuis bientôt trente ans, et il faudra beaucoup de temps à ce pays pour reconstituer une base industrielle concurrentielle crédible. Ils ne disposent plus, ni des machines, ni des techniciens nécessaires, pour fabriquer ces produits.
- Ensuite, les Chinois ont mis à profit la première année de crise pour retourner le marché des produits les plus fragiles à l’export, vers leur propre marché intérieur, par la mise en place de nombreuses dispositions de tous ordres, afin que leur marché soit en mesure de les absorber, notamment par les 800.000 paysans au niveau de vie très faible.
Un exemple de ces mesures fut la hausse du prix des produits agricoles, dégageant ainsi immédiatement d’importants revenus supplémentaires. Je suis persuadé qu’un tel plan avait été préparé bien avant le déclenchement de la crise, et que les prix agricoles avaient été maintenus fort bas en vue de ce plan. J’ai d’ailleurs évoqué ce point dans un article de 2008, ce que personne n’avait perçu, les analystes se contentant de critiquer la misère dans laquelle les paysans étaient maintenus, sans voir plus loin que le bout de leur nez.
La Chine est donc prête au combat, et se trouve désormais en position de force.
- il se pourrait que la Russie adopte le yuan, car cela a été suggéré en juin par le ministre des finances russe, Alexeï Koudrine. Il est peu probable qu’il ait fait cette déclaration de sa propre initiative.
- Comme la Chine, le Japon, la Russie et le Brésil ont restructuré le volume de leurs réserves. Toutes ces opérations se sont déroules dans le plus grand silence médiatique,
- Joseph Stiglitz, prix Nobel d’économie et ancien vice-président de la Banque mondiale a déclaré en marge d’une conférence des Nations Unis sur la crise financière : « Je pense que ce que la Chine fait constitue une déclaration claire concernant le fait que le dollar ne sera plus la seule base de la monnaie de réserve (…) Le monde se débarrasse du système de réserve en dollars (…) Et ce dont nous avons besoin dans une économie mondiale est un système de réserve mondial. Se débarrasser donc du dollar en constitue la première étape. »
- Au dernier sommet de l’OCS à Iekaterinbourg à laquelle l’Inde et le Brésil ont assisté, on a déclaré qu’il n’y avait pas d’autre choix que de rechercher une alternative au dollar. Cette déclaration montre l’étroite connexion actuelle entre la Russie, la Chine, l’Inde et le Brésil, donc avec l’Amérique du sud et la région indo-pacifique. Observation importante : les É-U avaient demandé à assister en tant qu’observateur à ce sommet. Cela leur a été refusé.
- Une tribune publiée le 14 octobre 2008 en première page du Quotidien du peuple, journal officiel du gouvernement chinois, affirmait déjà que les É-U pillait la richesse mondiale en utilisant la position dominante du dollar, et Pour corriger cette situation inacceptable, l’auteur appelait les pays d’Asie et d’Europe à bannir le dollar de leur relations commerciales directes, en utilisant uniquement leurs propres monnaies. L’auteur poursuivait en disant que cette action ne serait qu’un simple point de départ pour renverser la domination du dollar.
- La Chine a passé des accords bilatéraux avec l’Argentine et le Brésil en avril 2009 pour effectuer leurs échanges commerciaux en renminbi (yuan).
- les six pays de l’OCS et les pays du BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine) ont l’intention de commercer dans leurs propres monnaies, de manière à profiter eux-mêmes du crédit que les É-U mobilisaient jusqu’ici à leur profit grâce à l’usage du dollar.
Lorsque toute ces mesures seront entrées en application, il est vraisemblable que les É-U feront une triste mine, et ils n’ont plus guère de pouvoir pour s’y opposer, autre que la propagande et les médias.
À suivre.
© André Serra http://andreserra.blogauteurs.net/blog/
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Depuis le milieu de l’année 2008, les économistes patentés passent une partie de leur temps à se demander si la crise actuelle ressemble ou non à celle de 1929. En restant sur le terrain strictement financier, ils ne risquent pas de trouver la bonne réponse. Depuis l’explosion des subprimes, toute analyse s’exprime en dollars, et d’une manière générale en monnaie, comme si toute chose se mesurait nécessairement avec cette unité parfaitement artificielle.
Les économistes restent donc sur la touche, car la société se mesure avec bien d’autres unités que celle-là, dont la valeur change à tout instant selon la spéculation du moment.
Deux aspects particuliers de ces deux époques, parmi beaucoup d’autres, suffisent cependant à montrer leurs différences, et à montrer que leur comparaison exclusivement financière ne peut mener à aucune prospective intelligente, et surtout ne peut servir à concevoir une stratégie permettant de mettre fin au maelström économique que la planète traverse actuellement.
- En premier lieu, la composition de la population de 1929 était foncièrement différente de celle de 2008. Plus de la moitié des populations vivait de l’agriculture dans de petites communautés rurales ou de villes de faible importance, et se trouvait ainsi moins affectée par la crise. Or de nos jours, cette population rurale ne constitue plus guère que 3 à 5% de la population totale, suffisant à produire la plus grande partie des produits alimentaires nécessaires à la population totale.
Le chômage ne pouvait donc toucher en 1929 qu’une fraction de la population totale. S’il a entrainé une grande misère, ce n’est pas tant que le nombre des sans emplois était considérable, que parce qu’il n’existait pas de protection sociale à l’époque, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui.
En revanche, de nos jours la part de la population exposée au chômage est beaucoup plus importante, non parce que les effectifs salariés sont plus importants, mais parce que l’imbrication des activités industrielles et de service a transformé l’économie en un immense puzzle où tout se tient, et qu’ainsi la fermeture de la moindre entreprise peut provoquer un effet domino considérable de chômage susceptible de toucher la totalité d’un grand pays à travers un immense réseau d’entreprises qui dépendent les unes des autres.
En 1929, cette imbrication étant moins avancée, seules certaines régions industriellement très concentrées subirent la crise. À l’inverse, la crise actuelle se répand sans limite géographique.
- En second lieu, la structure des revenus de 1929, et par conséquent des dépenses, n’avait rien à voir avec celle qui est la nôtre en 2009. En 1929, entre 70 et 90% des revenus étaient consacrés à l’alimentation, au logement et à l’épargne, soit des dépenses incontournables.
Aujourd’hui, l’alimentation et le logement prennent moins de 50% des revenus totaux, auxquels il convient d’ajouter l’endettement, la plus grande partie du reste étant constituée de dépenses évitables ou reportables : renouvellement de la voiture, vacances et loisirs, voyages, remboursement des dettes, etc. Toutes choses dont il est possible de se passer ou d’en différer la dépense. Par exemple, les Étasuniens avaient pris l’habitude de remplacer leur véhicule tous les deux ou trois ans. Or, quoi de plus facile que de porter ce délai à 5 ou 6 ans, lorsque l’on sait que son emploi peut être à tout moment supprimé.
C’est ce qui explique que l’épargne moyenne des citoyens des É-U soit passée de -3% en décembre 2007 à +6,9% en mai 2009, comme par miracle. Ce n’aurait pas été possible en 1929. Quelle a été la contrepartie de ces 9,9% (3+6,9) de revenus économisés ? Et bien l’augmentation du chômage par la baisse de la consommation, tout simplement, et la baisse des importations.
Je n’ai pas pris la peine de fournir dans cet article une grande quantité de statistiques précises. L’ordre de grandeur des données utilisées me semble suffisant pour comprendre que les deux crises que nos économistes veulent obstinément comparer, n’ont rien à voir l’une avec l’autre, et que, tant que l’endettement des Étasuniens ne sera pas revenu à un niveau où ils considèreront que tout risque est écarté pour eux, cette crise perdurera et conduira le pays à sa perte. C’est être très naïf que de croire proche la sortie de crise, alors que cette annonce n’est que pure propagande politique.
Or, si j’ai bien compris ce que le gouvernement des É-U a trouvé comme solution à la crise, c’est de pousser les consommateurs à s’endetter de nouveau, en fournissant aux banques des monceaux de billets de dollars fraîchement imprimés, en attendant la crise suivante qui ne manquera pas de se produire pour les mêmes raisons, mais avec un dollar qui aura entre-temps perdu son pouvoir hégémonique.
Les politiciens et les consommateurs étasuniens ne parlent sans doute plus la même langue.
© André Serra http://andreserra.blogauteurs.net/blog/
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Depuis près d’une semaine, le $ grignote progressivement l’€ . En revanche, il est lui-même grignoté par le yen et le yuan. Quelques analystes en ont profité pour expliquer qu’une tendance à considérer le $ comme une valeur de refuge serait de retour en ce temps de détraquage de l’économie mondiale.
Ces analystes me semblent quelque peu perturbés par la valse étourdissante des commentaires et des nouvelles économiques qui parcourent les ondes hertziennes dans tous les sens en ce moment.
Comment le $ pourrait-il encore être considéré comme une valeur de refuge aujourd’hui, alors que la dette des É-U est actuellement de 10.000 milliards de dollars ? Leur déficit budgétaire représente actuellement 5% de leur PIB, sans y inclure les 700 milliards du plan de sauvetage des banques, dont l’existence matérielle est problématique. La quasi faillite de l’industrie automobile vient d’être annoncée, après la montée du chômage à 6.5%, suite à la perte de 320.000 emplois au cours des deux derniers mois ! Les Étasuniens croiraient-ils au père Noël ?
Il semble que la vraie raison de cette apparente bonne tenue du $ puisse être trouvée dans le retour au bercail d’importants avoirs étrangers d’entreprises et de citoyens étasuniens soucieux de régler des dettes aux échéances impératives. Mais cet effet est difficile à chiffrer, car une part importante de ces retours peut avoir suivi des circuits non officiels.
Voir : Il est grand temps que le $ cesse d’être la monnaie du monde.
***
En revanche, alors que les conditions difficiles que traversent actuellement les monnaies mondiales justifieraient une envolée de l’or, les cours du métal précieux restent collés depuis une dizaine de jours à l’intérieur d’une fourchette allant de 720 à 740$.
Deux explications sont possibles :
- d’une part, les institutions financières et les particuliers se départissent de quantités importantes d’or pour satisfaire leurs besoins de liquidités, la grande soif actuelle de l’économie,
- d’autre part, le FMI, détenteur de 4.000 tonnes d’or, a annoncé en début d’année son intention de se défaire d’une partie de ce stock pour couvrir ses frais d’opération. En effet, les ressources de cette institution internationale sont à peu près inexistantes aujourd’hui, en raison du fait qu’elle ne prête pratiquement plus rien depuis plusieurs années. Sa réputation de mettre à genoux les pays emprunteurs en raison des conditions draconiennes qu’elle leur imposait, a suscité des initiatives locales pour se passer de ses services, telles qu’on les observe en Amérique du Sud.
Rappelons-nous les émeutes de la fin du mois de décembre 2001 en Argentine, qui ont chassé le Président de la République, Fernando De la Rúa et le ministre des finances, Domingo Cavallo. Entre autres conditions, on avait imposé à l’Argentine de lier le peso au dollar par une parité fixe !!!
Les recettes du FMI ont donc progressivement disparu.
Or, le FMI a reçu au cours du mois dernier de nouvelles demandes de prêts pour répondre à la crise financière. Il a donc accepté de prêter un montant total de 30 milliards de dollars à l’Islande, l’Ukraine et la Hongrie. Une somme dont il n’a pas le premier sou. Il lui faut donc bien trouver rapidement des liquidités importantes pour pouvoir honorer ce nouvel engagement, qui n’est peut-être qu’un début. C’est donc là une bonne raison pour lui d’accélérer la vente de son stock d’or.
Nul doute cependant que d’ici quelques mois, peut-être avant, lorsque ces conditions particulières auront peu à peu disparu, la valeur de l’or remontera rapidement au delà des 800, 900 et sans doute 1000 $ l’once, et qu’en sens inverse le $ reprendra sa propension à chuter. C’est sans doute le moment d’en acheter, car il pourrait ne pas descendre plus bas que son cours actuel.
Selon les résultats de la réunion du G20 à Washington, le 15 novembre, cette inversion de conjoncture pourrait déjà commencer à apparaître.
@ André Serra http://andreserra.blogauteurs.net/blog/
Autre article à consulter : Dollar et Euro - quand le second remplacera-t-il le premier ?
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Publié par André Serra dans Géopolitique, Opinion, Politique, Économie, tags: Bretton, crise, dollar, Etats-Unis, finance, monnaie, Sarkozy, Union Européenne
En pleine crise financière, le président Sarkozy proposa le mercredi 15 octobre au 27 membres de l’Union Européenne réunis à Bruxelles, de créer « un nouveau Bretton woods » et pour cela, de réunir « un sommet international avant la fin de l’année, à New York, là ou tout a commencé », après avoir déclaré : « L’Europe ne laissera pas cette crise sans conséquence » .
Au nom de l’UE, accompagné de M. Barroso, Président de la Commission européenne, soutenu par la chancelière allemande Angela Merkel et le Premier ministre britannique Gordon Brown, et au nom des 27 chefs d’État de l’Union, le président Sarkozy rencontre demain 18 octobre le président Bush pour le convaincre d’accepter un sommet mondial réunissant les membres du G20, comprenant, outre ceux du G7, les principaux pays émergents, l’UE, l’Argentine, l’Australie, le Brésil, la Chine, l’Inde, l’Indonésie, le Mexique, la Russie, l’Arabie Saoudite, l’Afrique du Sud, la Corée du Sud et la Turquie, ainsi que le nouveau Président des É-U, fraîchement élu. Cette rencontre aura lieu le 15 novembre à Washington.
L’objet de ce sommet est de dégager un consensus mondial sur une nouvelle organisation du monde financier, destinée à remplacer celle des accords de Bretton woods de 1944, car son obsolescence est devenue manifeste dès l’origine de l’énorme crise dans laquelle nous ont plongés l’impéritie des marchés financiers étasuniens et les tribulations du dollar.
En effet, bien que le 8 janvier 1976, les Accords de Kingston (Jamaïque) aient officiellement confirmé l’abandon du rôle légal international de l’or, la position hégémonique du dollar a perduré par habitude, ce dernier restant la référence obligée des transactions internationales et des statistiques mondiales. Il n’y avait pourtant plus de système monétaire international organisé depuis cette date. Aucun accord international n’exige donc plus depuis longtemps que le dollar soit utilisé à tout bout de champs. On peut parfaitement s’en passer. C’est d’ailleurs ce que font des entreprises de plus en plus nombreuses, en convenant entre elles de commercer sur la base de telle ou telle autre devise, ce qui présente l’avantage d’échapper à l’instabilité constante du dollar.
Dans un éblouissant discours prononcé la veille, le vendredi 17, à la tribune de l’Assemblée Nationale du Québec, dans la capitale de cette province francophone du Canada, Nicolas Sarkozy a énoncé avec force et conviction la volonté de l’Europe de changer les choses, et de réformer la structure financière de la planète, pour que plus jamais celle-ci ne soit confrontée au tsunami qui la balaie depuis plusieurs semaines.
En l’écoutant, on pouvait aisément se faire une idée de la force avec laquelle il affirmera la conviction de l’Europe devant le président sortant des É-U. En choisissant de proposer un tel sommet peu de temps avant le départ de Bush, et peu de temps après l’élection de son successeur, il place à l’avance ses futurs interlocuteurs dans une position de faiblesse, dans la mesure où ils ne pourraient qu’entrer en contradiction l’un avec l’autre, ou alors, pour éviter une telle situation, se neutraliser l’un l’autre.
Avant d’examiner les grandes lignes de ce qui pourrait résulter de ce sommet mondial, je crois intéressant de présenter un court extrait d’un article que j’ai publié le 5 décembre 2007, qui rappelait ce qu’étaient les accords de Bretton Woods, et les conséquences géopolitiques qui en étaient résulté, et préfiguraient déjà l’issue à laquelle la conjoncture de l’époque conduirait :
« …, depuis les accords de Bretton woods signés en juillet 1944 au lendemain de la seconde guerre mondiale, par 44 États réunis dans le cadre de la conférence monétaire et financière des Nations Unies, pour résoudre les problèmes monétaires stagnant depuis 1929, mais considérablement aggravés par les destructions de la guerre, le dollar a régné continûment pendant les 63 années qui se sont écoulées depuis lors, sur les paiements internationaux. »
« Cette solution se justifiait pleinement en 1944, étant donné le complet dénuement économique des belligérants, à l’exception des États-Unis. Mais ces accords n’avaient pas été prévus pour une période aussi longue et aucune clause de révision n’y avait été insérée. »
« Le dollar était ainsi devenu la monnaie du monde, puisque toutes les autres reçurent une valeur en référence exclusive à lui, et que les ajustements entre elles et le dollar se firent alors par des dévalorisations et des revalorisations par rapport à lui également, et non plus par rapport à l’or comme c’était le cas avant la guerre. Par contre, de son côté, le dollar tenait sa propre valeur de l’or, puisque l’once de celui-ci avait reçu la valeur fixe de 35 $. »
« À partir de là, les États-Unis pouvaient émettre autant de dollars qu’il leur plaisait, sans en éprouver aucune gène économique. Leurs déficits pouvaient alors être comblés librement, sans pour autant recourir à l’impôt, ce qui était cependant la seule méthode pour tous les autres pays. On peut dire que le monde a donc été mis en coupe réglée par les États-Unis pendant toute cette longue période. Incroyable exploitation ! »
« Le statut de ce grand pays et la reconnaissance que l’Europe lui portait pour la libération du fascisme hitlérien qu’il avait réussi, lui autorisait des débordements que personne n’osait pointer du doigt. À l’exception cependant notable du général de Gaulle, qui décida de se faire rembourser systématiquement en or les dollars gagnés par la France, ce que permettaient les accords de Bretton Woods. »
« Mais si les abus financiers des É-U étaient passivement subis par le monde entier, ils finirent par avoir des conséquences néga¬tives sur leur propre pays. Dotés de poches aux dimensions indéfinies, ils se lancèrent dans toutes sortes de programmes sociaux, scientifiques et militaires, comme «aller dans la Lune» ou «guerroyer au Vietnam», l’un sans autre intérêt immédiat que celui de se pavaner sur les écrans de télévision, et l’autre en croyant qu’une armée de bourgeois bien nourris pourrait avoir raison d’un peuple qui se contentait d’une boule de riz par jour. Ce qui ne les a d’ailleurs pas empêchés de chercher à se faire botter le train une seconde fois en Irak. »
« Toujours est-il que le dollar s’usait sous ces épreuves. Les banques centrales du reste du monde commençaient à troquer leurs dollars contre l’or de Fort Knox, et la valeur réelle de cette malheureuse monnaie correspondait de moins en moins à une once d’or pour 35 $. Peu à peu Fort Knox se vidait, et, pour éviter une banqueroute, Nixon libéra le dollar de son assujettissement à l’or en août 1971, et lui permit de flotter sur les marchés des changes comme une vulgaire matière première. »
« Le dollar avait perdu sa référence hégémonique, mais la force de l’habitude prise par les autres nations de le considérer comme l’arbitre de l’économie mondiale, fit qu’il continua d’être considéré comme la référence monétaire pour toutes les transactions inter¬nationales, et notamment pour les matières premières et bien sûr pour le pétrole, et que l’endettement des É-U continua de prospérer sans retenue. »
« Mais, tant va la cruche à l’eau qu’à la longue elle se casse. Et c’est ce qui est en train de se passer. Jamais plus le dollar ne remon¬tera à sa valeur passée, et continuera au contraire à chuter d’année en année. Son chemin est en effet bordé de deux insondables précipices, et c’est son taux d’intérêt qui va précipiter sa chute dans l’un ou dans l’autre. Si la FED [Federal reserve : banque centrale des É-U] baisse son taux d’intérêt, le pays entrera dans une période d’inflation galopante qui lui garantira une crise sociale peut-être supérieure à celle de 1929, et s’il l’augmente, c’est dans une période de déflation qu’il entrera, associée à un tout autre type de crise sociale, à base de chômage généralisé. »
http://andreserra.blogauteurs.net/blog/2007/12/05/dollar-et-euro-quand-le-second-remplacera-t-il-le-premier/
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Ce sommet ne pourra, me semble-t-il, que faire apparaître en pleine lumière l’absolue nécessité d’enlever au dollar, c’est-à-dire aux États-Unis, le rôle de référence unique dans le traitement des échanges internationaux, comme d’ailleurs dans l’établissement des statistiques mondiales, les uns et les autres étant rendus erratiques par les fluctuations de cette devise, devenue incontrôlable.
Ce qui pouvait sembler relativement pragmatique à l’issue de la seconde guerre mondiale, puis difficilement acceptable une fois rétablies les économies des anciens belligérants, hors de propos à partir de 1972 quand le président Nixon détacha le dollar de l’or, et enfin irrationnel lorsque l’économie des É-U se mit à tanguer de façon aléatoire, notamment à partir de la crise de 1987, est devenu complètement incohérent et particulièrement dangereux dès lors que l’on mit en place une mondialisation des échanges, avec l’établissement de l’OMC en remplacement du GATT, le 1er janvier 1995. Ce qui vient de se passer dans le monde financier planétaire était donc prévisible dès cette date, mais personne n’a eu le courage de dire que le roi dollar était brusquement devenu impuissant (ou nu).
Faut-il utiliser une devise existante pour remplacer le dollar ? On parle souvent de l’euro, et j’ai moi-même pensé pendant un moment (et je l’ai même écrit), que la stratégie suivie par Jean-Claude Trichet pourrait trahir une ambition de cette sorte. Mais il m’est vite apparu depuis, qu’aucune devise rattachée à un État particulier ne pourrait jouer le rôle dans lequel le dollar a échoué, pour des raisons évidentes, car comme lui, elle conduirait un jour ou l’autre aux mêmes difficultés planétaires.
Dans ces conditions, seule une devise artificielle, déterminée selon une formule associant un nombre significatif de devises réelles et des paramètres liés au volume et à la structure du commerce international, serait susceptible de faire l’affaire. La gestion d’une telle devise ne pourrait qu’être assumée par une Banque Centrale Mondiale, contrôlée par un Conseil aussi représentatif que possible des intérêts de l’ensemble des Nations composant la planète.
Mais cela, c’est une autre histoire …
En guise de conclusion, je me contenterai de rappeler celle qui terminait mon texte prémonitoire du 5 décembre 2007 :
« Alors, mon avis est que l’idée va bientôt naître de revenir à Bretton Woods pour une nouvelle «conférence monétaire et financière des Nations Unies», où les É-U se présenteront cette fois la queue entre les jambes. Mais, en dépit du titre que j’ai donné à mon article, je ne pense pas qu’une autre devise remplacera le dollar. Je crois plutôt que, pour un monde devenu multipolaire, on créera une devise neutre, sous la forme d’un panier des principales devises du monde que l’on réajustera, disons tous les quatre ans. »
@ André Serra http://andreserra.blogauteurs.net/blog/
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Inutile sans doute de raconter dans les moindres détails la triste histoire de ces deux sociétés jumelles, qui possèdent officiellement 5000 Mds de $ d’actifs [un tiers du PIB des É-U]. Freddie vient cependant de déclarer un quatrième trimestre consécutif de pertes, soit 821 millions de dollars pour le seul deuxième trimestre 2008, après avoir doublé ses provisions pour créances douteuses. De son côté, Fannie avoue une perte de 2,3 Mds pour la même période. Dans ces conditions, on peut légitimement se demander ce qui restera des actifs de ces sociétés lorsqu’elles auront totalement digéré la crise des subprimes. On sait parfaitement que, pendant les périodes de difficultés, les entreprises n’hésitent pas à différer dans une certaine mesure le provisionnement de leurs mauvaises créances pour ne pas trop entamer leur crédibilité.
Résumons simplement l’essentiel.
Freddie Mac et Fannie Mae sont deux entreprises financières qui occupent le dernier étage de la pyramide du marché immobilier des É-U. Créées respectivement en 1933 et 1954 à l’initiative du gouvernement, elles sont cependant des entreprises privées, avec actionnaires et cotations en bourse.
Leur mission consiste à refinancer les banques et établissements financiers qui proposent des emprunts hypothécaires pour l’achat de maisons ou d’appartements. Lorsque ces prêteurs de premier niveau ont épuisé leurs fonds, ils peuvent s’en procurer de nouveaux auprès de Freddie Mac et Fannie Mae en leur cédant une partie des hypothèques qu’ils détiennent, de manière à poursuivre leur activité. C’est ce qu’on appelle « se refinancer ». Les deux entreprises jumelles, prêteuses de dernier ressort, se financent de leur côté en émettant de nouvelles actions en bourse, ou en vendant des obligations à travers le réseau des banques commerciales. Elles jouissent de la garantie implicite de l’État, ce qui leur permet de bénéficier de taux d’intérêt très bas , mais elles n’ont pas accès au guichet d’escompte de la FED comme les banques commerciales et certains établissements financiers sélectionnés, recevant des dépôts du public.
On comprend donc que si Freddie Mac et Fannie Mae voient leur trésorerie s’épuiser en raison de la défaillance des emprunteurs, sans pouvoir se refinancer, le marché de la construction se trouve paralysé. Sans finance, pas de construction, et sans construction, on provoque le ralentissement ou l’arrêt de toutes les autres activités liées de près ou de loin à celle-ci, comme la construction électrique, l’ameublement, la peinture et ainsi de proche en proche celui de l’ensemble de l’économie. Le fragile équilibre économique actuel des États-Unis repose donc presque entièrement sur celui de ces deux sociétés majeures.
Aussi, lorsque Lehman Brothers émit des doutes (8 juillet) sur l’équilibre financier de Freddie Mac et de Fannie Mae, en annonçant qu’elles devaient se recapitaliser de 75 milliards de dollars pour faire face à la crise des subprimes, le choc de la nouvelle sur le marché boursier a été terrible. On comprend ça ! 75 milliards de dollars, ça ne se trouve pas sous les sabots d’un cheval ! Tout cela au moment même où Bridgewater déclarait dans un mémo confidentiel que les pertes dues à la crise des « subprimes » pourraient s’élever à 1600 milliards de dollars (9 juillet), soit près de quatre fois l’évaluation qu’en avait faite le FMI peu de temps auparavant !
Repassons donc le film de ce qui s’est passé à partir de ce moment-là.
***
Freddie et Fanny n’avaient pas attendu l’information de Lehman Brothers pour agir, et s’étaient déjà mis en quête de capitaux. Mais les deux jumelles avaient vite compris qu’elles n’en trouveraient pas en les recherchant en bourse, après avoir évoqué l’intention de lever 10 Mds de $ (18 juillet). Les émissions d’actions peinent en effet à se placer en ce moment, car les investisseurs, souvent désargentés par la crise, ont développé une méfiance maladive depuis quelque temps. On les comprend !
***
Elles ne pouvaient pas non plus espérer une aide du côté des fonds souverains, pourtant riches de 3000 milliards de dollars, comme avaient pu en bénéficier peu avant Merrill Lynch et Citigroup, car il était évident que l’État n’accepterait pas aussi aisément que des acteurs étrangers mettent leur nez dans des entreprises aussi stratégiques pour l’économie du pays. D’ailleurs, Henry Paulson, le secrétaire au Trésor, avait affirmé qu’il n’était pas question que le statut particulier de ces entreprises soit modifié, et qu’elles devaient pouvoir fonctionner comme auparavant.
Il ne restait donc plus que l’État lui-même qui puisse sauver ces malheureuses entreprises. Or, après le sauvetage de Bear Stearns réalisé par l’intermédiation de la FED sous la forme de son absorption par JP Morgan, de nombreuses voix s’étaient élevées contre les interventions de l’État dans la crise, et ceci pour deux raisons. D’abord pour des raisons idéologiques, le marché étant réputé pouvoir se soigner tout seul et venir à bout de toutes les difficultés par son seul fonctionnement libéré des entraves de l’État. Ensuite pour des raisons éthiques, car la manière indécente, voire malhonnête, dont le secteur financier avait agi, ne portait pas l’opinion publique à accepter qu’on aide les établissements financiers en difficulté avec les impôts des citoyens, qui n’étaient pour rien dans cette crise.
On ne devait donc, sous aucun prétexte, pratiquer une nationalisation des deux compagnies, directement ou indirectement, ainsi que le gouvernement britannique l’avait fait précédemment, pour solubiliser rapidement la faillite de Northern Rock. Néolibéralisme oblige !
***
Mais d’autres défis, collatéraux et imbriqués, confrontaient dans le même temps les pouvoirs publics des É-U, tous aussi importants les uns que les autres :
- une inflation frisant les 6%,
- un équilibre social sur lequel pèse le désarroi des expulsés de la crise immobilière [2 millions fin juin, inclues les procédures en cours]. Au seul second trimestre, 739714 logements ont fait l’objet d’une nouvelle notification de l’une des étapes de la procédure de saisie,
- des procédures de saisie de logements en hausse de 14% au second trimestre par rapport au premier, et de 121% sur un an, soit plus du double, avec la perspective de les voir se poursuivre jusqu’à la fin de 2009,
- effondrement de nombreuses banques régionales : Indymac (13 juillet), plus grande faillite bancaire depuis 1984 (32 Mds d’actifs, licenciement de 53% des effectifs), est placée sous la tutelle de la FDIC (Agence fédérale d’assurance des dépôts bancaires) - absorption à rabais de Countrywide Financial par la Bank of America pour éviter sa faillite. Plus récemment, la First Heritage Bank de Californie et la First National Bank of Nevada, le 26 juillet. Depuis le début de 2008, sept banques ont fait faillite. Mais on commence à parler de National City, Sun Trust Bank, M & T Bank Corp, First Horizon National, Carlyle comme d’éventuels candidats au dépôt de bilan.
En outre, selon des estimations d’origine étasunienne, 100 à 150 banques du pays, notamment régionales, pourraient disparaître d’ici la fin de 2009.
- augmentation du déficit budgétaire de l’État pour 2009 [exercice s'étendant de septembre 2008 à août 2009], dont le montant prévu s’élève maintenant à 482 Mds de $ [3,3% du PIB], interdisant de ce fait toute nouvelle intervention financière directe de l’État, comme celle de la distribution d’un retour d’impôt de 150 millions de $ aux particuliers au cours des mois de mai et juin.
En février, la première prévision du déficit pour 2009 portait sur 410 milliards de $. La dernière version sera-t-elle la bonne ? Rien n’est moins sûr !
- chute continue du dollar depuis deux ans sur le marché des changes, et fuite progressive des entreprises devant les contrats libellés en dollar, ainsi que de la part des banques centrales étrangères pour la composition de leurs réserves de change.
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Ces multiples défis dépendant assez largement les uns des autres, il était devenu progressivement impensable, aux yeux du gouvernement, de trouver des solutions séparées pour chacun d’entre eux.
C’est sans doute la raison pour laquelle le président Bush confia à son secrétaire au Trésor, Henry Paulson, la mission de mettre sur pied un plan d’ensemble susceptible de répondre globalement à la crise, en étroite coopération avec le Congrès, car les solutions entrevues impliqueraient légalement sa participation et son accord massifs.
La rapidité exemplaire avec laquelle la loi établissant ce plan fut voté par 72 voix contre 13 au Sénat le 26 juillet, un samedi, jour de la semaine au cours duquel n’ont généralement lieu, ni débat, ni scrutin, montre bien le degré d’urgence attaché par le gouvernement des É-U à la mise en œuvre de ce plan.
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En quoi consiste le plan voté par le Congrès le 26 juillet 2008 ?
- 300 milliards de dollars d’emprunts immobiliers vont être garantis par l’État,
- 3,9 milliards seront versés aux collectivités locales pour racheter et réhabiliter une partie des maisons saisies, de manière à favoriser leur revente,
- un nouvel organisme de contrôle coiffera Freddie Mac et Fannie Mae, et sera doté de pouvoirs d’intervention importants,
- la FED est autorisée à acheter en bourse les actions des deux entreprises, ce qui lui permettra d’en régulariser le cours,
- Freddie Mac et Fannie Mae auront désormais accès au guichet d’escompte de la FED au même titre que les banques de dépôts. Le plafond de cette facilité est fixé provisoirement à 300 Mds de $. Et le plus important, à ce guichet, la Fed pourra escompter les titres structurés comportant des contrats à subprimes.
À mon sens c’est ce dernier point qui pourrait permettre de régulariser l’économie bien au-delà des problèmes du secteur financier. En effet, en donnant aux deux entreprises la possibilité d’avoir directement accès aux capitaux de la FED [par pure création de monnaie, comprenons-le bien !], elles pourront en irriguer tout le réseau bancaire en réescomptant plus largement que jamais leurs actifs immobilisés [et notamment les titres structurés adossés partiellement à des contrats subprimes, causes de la crise]. Par voie de conséquence, les banques pourront recommencer à distribuer en aval tous les crédits dont l’économie a besoin, et pas seulement ceux qui concernent la construction.
Les particuliers pourront alors reprendre le cours de leur ahurissante consommation, stoppant momentanément la stagflation dans laquelle le pays est entré depuis le début de l’année. Ainsi seront donc provisoirement colmatées toutes les avenues menant actuellement à la paralysie de l’économie étasunienne. On est maintenant très loin de l’alternative que je présentais en mai dans un autre article intitulé : Entre le ba?ton et la vaseline, les E?-U he?sitent.
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Par-delà ces futurs évènements, il est essentiel de souligner le fait que les crises qui se sont succédé aux États-Unis depuis quelques années ont toutes été causées par des interventions ou des abstentions étatiques. La bulle technologique de 2001 a été causée par un refus de l’État d’intervenir dans le contrôle des opérations de bourse. Les titres de compagnies venant à peine d’être créées ont fait l’objet d’un volume de transactions délirantes, alors même qu’aucun document financier renseignant les futurs actionnaires n’avait pu être encore établi. Pure spéculation sur un futur imprévisible.
Cette crise aurait dû entraîner naturellement une remise en ordre sévère de l’économie, mais l’État voulait empêcher un ralentissement de la croissance, aussi, pour pallier les conséquences naturelles de ce gros incident boursier, la FED baissa les taux d’intérêt de manière radicale pour relancer la machine par l’endettement des particuliers. Le taux interbancaire descendit donc jusqu’à 1% aux alentours de 2002/2003, soit en dessous du taux d’inflation réel, de l’ordre de 3%. Le résultat conduisait donc la FED à accepter de perdre de l’argent par rapport à la valeur réelle du dollar.
Il était évident que les consommateurs allaient s’en donner à cœur joie, d’où une extraordinaire demande de nouvelles constructions entraînant une inflation des prix de l’immobilier de même importance. L’habitude de consommer à crédit se développa parallèlement. Le développement immobilier s’amortissant de lui-même par l’épuisement de la demande solvable, il fallut donc trouver un moyen de prolonger cette prospérité artificielle à laquelle on s’était habitué. Ce moyen fut la mise au point de crédits particuliers pour les foyers n’ayant pas les moyens de faire face à des échéances mensuelles importantes. Ce furent les contrats de subprimes.
On ne se trouvait plus alors dans la bulle créée par l’action de l’État entre 2002 et 2005, mais dans son extension volontaire par des moyens irrationnels sur lesquels l’État ferma pudiquement les yeux. Puis survint la hausse du taux d’intérêt décidé par la FED en raison du fait que celui de 1% devenait insoutenable, et début immédiat des défauts de paiement par les titulaires de ce type de contrat. Je passe évidemment sur les détails.
Et enfin aujourd’hui, l’État, toujours lui, intervenant directement sur le cours naturel de l’économie, et plus particulièrement sur celui de la monnaie, vient de mettre en place tous les éléments d’une nouvelle bulle, celle du dollar, croyant ainsi résoudre les problèmes entraînés par la précédente.
MAIS ! Mais il y aura un prix à payer. Ce prix sera une accélération de l’affaiblissement du dollar. Derrière la bulle immobilière, apaisée, une nouvelle bulle se formera en effet assez vite, celle de la monnaie des États-Unis cette fois, qui résultera de l’abondance des liquidités fabriquées par la FED, aspirées et distribuées par le canal de Freddie Mac et Fannie Mae, regonflés à bloc, qui acheminera en sens inverse dans les oubliettes de la FED toutes les mauvaises créances qu’elles pourront désormais accepter de racheter au réseau financier. Les chiffres avancés dans cet article permettent de se faire une idée des dimensions hollywoodiennes de cette nouvelle bulle. La crise actuelle n’aura en effet été résolue que par la création continue d’une fausse monnaie ne reposant sur aucune vraie création de richesse. L’assainissement du secteur financier aura donc comme contrepartie la noyade du dollar. Cette façon de procéder aura l’avantage d’éviter la publication de statistiques, puisque les transactions seront assimilées à des transactions commerciales ordinaires.
Personne ne pourra donc plus faire de différence entre un bon dollar et un dollar frelaté. Mais il me semble qu’au plan international, le dollar sera désormais regardé avec davantage encore de suspicion qu’il ne l’est aujourd’hui, accélérant ainsi la fuite déjà commencée devant lui.
En dépit des apparences et des discours, les États-Unis seront donc devenus résolument interventionnistes en quelques années, leur gouvernement conduisant de crise en crise le pays à toute une série d’impasses cumulées atteignant progressivement toutes les structures économiques du pays.
Le néolibéralisme aura donc abouti à éliminer le libéralisme, pourtant célébré sur toutes les tribunes, faute d’avoir accepté de laisser chacune des crises traversées aller jusqu’à leur terme naturel, nettoyant au passage toutes les entreprises qui n’ont survécu jusque-là que dans l’ombre de l’État.
Les États-Unis vont donc être amenés bientôt à revenir aux pratiques de l’ère rooseveltienne, dont les effets négatifs n’ont été évités de justesse que par l’entrée en guerre du pays, en décembre 1941, après Pearl Harbor. Ils devront alors faire face à un inextricable destin.
@ André Serra http://andreserra.blogauteurs.net/blog/
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Publié par André Serra dans Géopolitique, Opinion, Économie, tags: banque, bourse, chine, crise, devise, dollar, Etats-Unis, interet, or, taux
Un de mes amis lecteurs m’a demandé ce que je pensais de l’évolution des marchés boursiers d’ici l’été et les élections présidentielles des Etats-Unis. Quelle responsabilité ! Je lui ai répondu ceci, avec précaution :
Que voilà une question embarrassante, mais si excitante dans cette période incertaine !
Les marchés boursiers se trouvent au croisement de plusieurs problématiques : la campagne présidentielle, les taux d’intérêt, l’inflation, la crise des subprimes, les autres banques centrales, la psychologie et la stratégie des investisseurs, le chômage et les possibilités de crédit. Chacune de ces problématiques étant elle-même fonction de chacune des autres.
Pour arriver à formuler des pronostics sur l’étroite période de l’été, il faudrait pouvoir réaliser une sorte d’intégration mathématique, qui déboucherait probablement, non sur une ou deux solutions « raisonnables », mais sur une zone de probabilités que l’on pourrait représenter par une surface à l’intérieur de laquelle se trouveraient toutes les solutions possibles de probabilité supérieure à, disons 25%
Je me contenterai donc d’énumérer les paramètres qui me paraissent moteurs dans cette dynamique.
Tout d’abord l’impossibilité pour la FED d’augmenter son taux interbancaire, car cette augmentation aurait trop de répercussions négatives sur l’investissement et le chômage, et donc aussi sur la consommation. Je pense que Bernanke et l’administration vont donc se contenter de maintenir un discours haussier sur le dollar pour maintenir une psychologie résiliente dans la population. Si cette hypothèse se réalise, il est possible que Trichet maintienne son 4%. Mais il y aurait cependant place pour une hausse purement indicative de 0,25 portant ce taux à 4,25%, tout à fait insuffisante pour contrer une inflation qui n’est pas simplement conjoncturelle, mais surtout structurelle.
Je note au passage que la tension sur les matières premières [dont pétrole], devrait se maintenir. En effet, pour le moment la crise financière n’implique pas encore les pays du BRIC, si j’en crois les chiffres chinois, ce qui donne du poids à la théorie du découplage entre économies occidentales et économies en émergence, contrairement à l’opinion exprimée par Strauss-Kahn. La production industrielle de la Chine a en effet augmenté de 16,3% pendant les cinq premiers mois de l’année, par rapport à la même période de 2007. Cette évolution tendancielle confirme l’involution de l’économie chinoise que je pronostique depuis deux ans. J’entends par là une lente décrue de son activité exportatrice, qui serait partiellement réorientée vers des développements intérieurs d’infrastructures et d’équipements. Ce que permet la structure monodémocratique du pays.
Les importations des É-U à partir de la Chine ne devraient cependant pas décroître très vite, car le niveau de leurs coûts est toujours fort attractif pour les consommateurs étasuniens. Il est cependant à noter que les prix chinois ont augmenté de l’ordre de 8% d’une année sur l’autre, à la fois en valeur nominale et en valeur de change. Les modifications intervenues en un an dans la structure du taux de change du yuan [rappelons que le taux de change du yuan n'est pas librement négociable] au détriment du dollar, associées à la baisse continue de la valeur de ce dernier ont débouché sur une perte de 9,75% de la valeur du dollar en yuan de juin 07 à juin 08.
Pour rester dans le domaine du commerce extérieur, soyons conscients du fait que l’administration étasunienne n’a fait « mousser » la petite augmentation des exportations des É-U en mai que pour montrer l’intérêt de la baisse du dollar. Elle a cependant négligé d’évaluer son montant en valeur constante. Si elle l’avait fait, elle aurait dévoilé le fait que les exportations avaient en fait diminué d’une année sur l’autre en valeur réelle. De toute façon le commerce extérieur des É-U reste monstrueusement négatif.
Parallèlement, le flux des capitaux entrés mensuellement depuis 2007 aux É-U a décru de 50%, et ne compense plus le double déficit du pays [commerce extérieur et budget de l'État]. La FED est donc contrainte d’émettre des dollars en continu, notamment pour dégager les secours qu’elle accorde aux banques étasuniennes affaiblies par la crise des hypothèques subprimes depuis le milieu de 2007. Les récentes pertes de Lehman Brothers et Morgan Stanley constituent autant de confirmations de l’augmentation considérable des liquidités en dollars sur le marché. La baisse du dollar va donc continuer, car l’illusion de la politique d’un dollar fort va nécessairement s’écrouler rapidement devant les faits. Je ne pense pas qu’elle puisse conserver son effet jusqu’aux élections présidentielles. Le temps qui reste à courir d’ici là me paraît trop long pour que la crédulité de l’opinion publique étasunienne ne défaille pas avant.
Alors, et les marchés boursiers dans tout ça ? Pour en évaluer avec sécurité la tendance à court terme, il reste à supputer la psychologie des acteurs. Pour moi, c’est l’inconnue la plus difficile à soupeser. La raison en est que l’opinion publique n’a pas encore intégré la réalité du déclin foudroyant des Etats-Unis. Ce pays est proche de la ruine, mais c’est une vérité à laquelle très peu de gens adhèrent. Lorsque j’en parle autour de moi, pourtant avec des arguments en béton, la réaction est toujours la même : « Mais, ce n’est pas possible ! ». Cette conjoncture sociologique peut durer encore longtemps, en vertu d’un important phénomène d’hystérésis social.
Je ne suis d’ailleurs pas convaincu que les alliés des É-U, au niveau politique, se rendent eux-mêmes bien compte de ce qui est en train de se passer. Je crains qu’ils ne veuillent soutenir ce pays au-delà du possible, parce qu’ils croient que le monde a besoin d’un mentor, et qu’ils se demandent ce qui se passerait si son hégémonie disparaissait. Une intervention groupée des banques centrales occidentales n’est donc pas à écarter. Elle pourrait modifier la tendance actuellement forte de la déroute du dollar. Reste à savoir si une action de cette nature pourrait avoir un effet de longue durée. En effet, si de telles actions ont pu recueillir quelque succès dans le passé, la force de frappe des banques centrales a fortement décru depuis dix ou vingt ans, par rapport à celle que les marchés financiers ont eux-mêmes développées depuis.
En conclusion provisoire, je m’écarterais personnellement par prudence des marchés boursiers actuellement, et me porterais plutôt vers des achats d’or, en attendant de voir venir. L’or s’est mis à stagner sous les 900 $ l’once depuis quelques temps, mais c’était en raison de la liquidation progressive d’environ 400 tonnes d’or par le FMI, pour faire face à ses besoins de liquidités ( ll perd de l’argent en ce moment ). Lorsque ce paquet aura été liquidé, il est fort probable que l’or reprendra sa montée vers les 1000 $, et sans doute au-delà.
Bonne chance à tous.
André Serra http://andreserra.blogauteurs.net/blog/
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