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Publié par André Serra dans Etats-Unis, Géopolitique, Politique, Réflexion, chine, Économie, tags: Ajouter un tag, chine, devise, dollar, Etats-Unis, monnaie, yuan
Voici ce que vient de déclarer à Reuters un chercheur de l’Académie des sciences militaires de Chine, Luo Yuan, à propos de la livraison d’armes à Taïwan par les É-U d’un montant de 6,4 Mds de dollars :
“Nos représailles ne devraient pas se cantonner à de simples questions militaires, et nous devrions adopter une stratégie de réparties qui couvriraient les affaires politiques, militaires, diplomatiques et économiques pour traiter à la fois les symptômes et la cause profonde de la maladie… Par exemple, nous devrions sanctionner les É-U en utilisant des moyens économiques, comme nous débarrasser d’un certain nombre de bons du Trésor US”.
La Chine s’est donc exprimée sur le mode militaire, c’est parfaitement clair, mais avec la pédale douce.
Connaissant la Chine, et s’agissant d’un chercheur probablement obscur, il ne fait aucun doute que cette déclaration a été téléguidée par Beijing. Le gouvernement a utilisé un fonctionnaire de grade subalterne (tout de même militaire) pour s’adresser, non à la presse chinoise mais à l’une des plus grandes agences de presse internationale, Reuters, pour délivrer un avertissement sans frais au monde entier, sous titré les ” Avis aux États Unis d’Amérique “.
Il s’agit donc cette fois de toute autre chose que les vitupérations précédentes du gouvernement chinois après l’annonce de cette indigeste commande.
Cette fois-ci, la réaction est étudiée, réfléchie, planifiée… et par conséquent sérieuse. Barak Obama ne devrait pas s’y tromper. Les sanctions chinoises vont commencer. Par quoi et comment ? La balle aux rouges.
Le talon d’Achille de l’Amérique est clairement le dollar. Ce sera donc probablement la cible préférée des Chinois. Mais comment Hu Jintao, qui ne s’est pas encore personnellement exprimé sur cette affaire, se tenant sans doute en réserve, a-t-il conçu et défini les contours de la véritable réplique de la Chine ? Ce qui s’est dit jusqu’ici sur le sujet ne se composait guère que de simples réactions épidermiques manifestées par des fonctionnaires de moyen calibre. À présent, le temps se couvre, et après la reconnaissance du Dalaï Lama par Obama, des nuages noirs vont commencer à se pointer à l’horizon.
Les analystes et commentateurs de la relation ambiguë qu’entretiennent ensemble les deux adversaires depuis plus d’une décennie, proclament tous haut et fort qu’ils sont irrémédiablement collés ensemble, l’un travaillant et fournissant des biens à l’autre, et n’en recevant en paiement que de petits carrés de papier appelés dollars, dont la valeur réelle fond régulièrement depuis qu’ils sont accotés. L’autre consommant les biens produits par le premier et recevant au surplus les petits carrés de papier qu’il lui a remis en paiement qu’il remplace par ce que l’on nomme fort improprement “Bons du Trésor”, qui ne rapportent plus tripette au premier depuis longtemps.
Dans le raisonnement que tout ce beau monde tenait encore il y a peu, figurait la conviction que la Chine ne pouvait arrêter de produire pour les É-U sans perdre immédiatement 30 à 40% de son PIB, et qu’elle était donc condamnée à travailler pour pas grand chose pour l’éternité. La Chine elle-même se posait la même question : comment pourrait-elle donc se dégager de ces nouveaux travaux d’Hercule sans y laisser sa peau ? De leur côté, les États-Unis se sentaient très bien dans cette situation de rentiers qui permettait à leur peuple de consommer comme des Crésus, simplement en quémandant auprès des banques depuis des décennies ces mêmes fameux petits carrés de papier, à défaut de posséder les revenus suffisants pour acheter ce qu’ils consommaient et dont ils n’avaient généralement pas besoin.
Tous ces analystes se demandaient donc avec quelque appréhension, à quel moment ces deux lutteurs allaient bien pouvoir se décoller l’un de l’autre sans que cela entraine de conséquences regrettables pour tout le monde.
Eh bien ! À première vue, avec ce message apparemment innocent de Luo Yuan, il semble bien que ce moment-là soit finalement arrivé.
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Le dispositif nécessaire pour cela, les Chinois y pensent sans doute depuis de fort nombreuses années. On peut imaginer qu’il s’inspirera de la même pensée à l’origine du plan qu’ils ont appliqué dès le début de la crise actuelle avec une rapidité et une efficacité étonnante. Nul doute qu’ils vont encore nous surprendre.
De son côté, Obama a dit à plusieurs reprises que les Chinois commençaient à impatienter sa grandeur, et à cette occasion leva son menton césarien un peu plus haut que d’habitude. Il est temps de se montrer fort… aux républicains, qui l’attendent l’arme au pied au tournant de novembre. Selon le dicton confucéen : ” Il faut tuer le poulet pour faire peur au singe ! “.
Au cours de son discours sur l’état de l’Union du 27 janvier, il a même martelé fortement qu’il ne laisserait pas la Grande Amérique redescendre à la seconde place dans le monde. Tout le Congrès a longuement applaudi ( Bon ! peut-être deux sénateurs de plus en novembre… ). Mais personne ne lui a demandé comment il allait s’y prendre pour ça ! Ce n’est certes pas le moment de mettre le Président en difficulté.
Il convient toutefois de souligner que, le mois précédent, Hu Jintao lui avait lancé une première patate chaude, subrepticement. En effet, à fin décembre 2009, la Chine ne détenait plus que 755,4 milliards de dollars en bonds du Trésor de Bernanke, soit 4,3% de moins qu’en novembre, la plus forte baisse depuis août 2000 ! Il est vrai qu’elle possédait encore 2400 milliards de dollars dans sa besace au premier janvier 2010. Rappelons-nous tout de même que la Chine a cessé depuis environ six mois, d’acheter des bons du Trésor à long terme, et se contente à présent de bons d’une maturité beaucoup plus courte, lui procurant une porte de sortie plus rapide, au cas où. C’était là un premier pas de dégagement de côté. Ça n’a pas dû échapper à Geithner, le secrétaire au trésor, et les premières démangeaisons ont dû commencer leur œuvre du côté de la maison Blanche. Mais on n’en a rien su. C’était là, sans nul doute, les prémisses du décollage appelé de ses vœux par Luo Yuan dans sa récente déclaration à l’agence Reuters.
Le fait de ne pas recevoir sa cotisation habituelle à temps dût déplaire à Obama, qui vit sans doute jaune, lui qui avait tenté en novembre de balayer la poussière devant les pieds de Hu Jintao en signe de fraternité ! Obama a donc effacé son sourire de rêve américain et a alors ressorti précipitamment le contrat d’armes de Taïwan que son prédécesseur avait laissé tomber plus d’un an auparavant. Obama deviendrait-il soudain plus vindicatif que Bush ? Je crois que c’est possible. Mais ce n’est sans doute pas comme cela qu’il va pouvoir éviter le fiasco du dollar. Bien au contraire.
Comme si cela ne suffisait pas, une dernière avanie vient d’arriver au dollar, sans avis préalable. Depuis le 11 février, le cours du dollar semble obstinément rivé à 6,8334 yuan. Au bout de huit jours, on peut penser que ce taux est devenu définitif. En d’autres termes, le yuan devrait suivre le dollar comme un petit chien, qu’il monte ou qu’il descende. Comment peut-on interpréter ce geste spectaculaire ?
La première chose est sans doute que la Chine rejette définitivement les appels occidentaux à une hausse du yuan. Inutile donc qu’ils dépensent davantage de salive, la Chine ne les écoutera plus. Ensuite, il me semble que c’est un dernier avis pour que l’on sorte le dollar de son statut hégémonique, et que l’on crée dès maintenant une ” vraie ” monnaie internationale, sinon la Chine en prendra elle-même l’initiative. Et enfin, cela peut également vouloir dire, de manière très indirecte, que la Chine va progressivement cesser, sinon arrêter, de souscrire aux bons du Trésor de la FED (voir mon récent article sur : “Le Yuan et le dollar, deux fre?res ennemis !).
Je suis impatient de connaître la façon dont les É-U vont prendre ça.
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On peut penser que les Chinois pourraient jeter rapidement, à l’américaine, des quantités de dollars sur le marché pour déstabiliser l’économie étasunienne. Les analystes, surtout étasuniens, se sont toujours imaginés que les exportations chinoises représentant 40% du PIB de la Chine, dont une bonne part aux É-U, celle-ci était comme menottée à eux ad vitam æternam. Ce serait en effet très sot de la part des Chinois que de risquer de perdre ce pactole en le bradant, car son économie chuterait en même temps. Ce serait un suicide collectif. Du moins le pensaient-ils.
Mais ces analystes, s’ils ne se trompaient pas sur ce point, n’avaient pas vu venir la crise. Les Chinois, si. Et ils avaient déjà planifié leur sortie de crise bien longtemps à l’avance, comme je l’avais annoncé dans un article déjà ancien. C’est en tout les cas la seule explication rationnelle à leur fantastique rebondissement du début 2008, alors que le monde entier pataugeait encore dans le marasme des subprimes.
Connaissez-vous ce qu’on appelle les supplices chinois ? Lentement le supplicié perd ses forces, et au bout d’un temps indéfini que les bourreaux étendent le plus possible, il respire de moins en moins jusqu’au moment où …
C’est à quelque chose comme cela à quoi je m’attends en ce qui concerne les É-U, suppliciés désignés d’avance par l‘histoire. Je crois plutôt à une lutte longue ; les Chinois chercheront à fatiguer leurs adversaires plutôt qu’à les vaincre sur le terrain. Je ne distingue pas de feux de guerre sur les collines, ni n’entends le son d’un tam-tam guerrier dans le lointain. Les Chinois ont d’autres chats à châtier. Quant aux É-U, ils se contentent de l’Afghanistan et de l’Iran pour s’occuper en ce moment, et surtout de la protection de leur devise, leur seule bouée de sauvetage pour réussir le rétablissement de leur économie, ce qui n’est nullement acquis en dépit de leurs efforts de propagande appliqués à grande échelle, pour tenter de démontrer qu’ils sont sortis de la crise.
Voici donc comment les choses pourraient se passer. Pures hypothèses et jeux d’esprit entre nous !
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La Chine procèdera donc sans doute avec la même préparation qui a préludé à sa sortie de crise. En effet, l’une des raisons pour lesquelles ce pays l’a réussie avec une maestria remarquable, est que les décisions nécessaires étaient prêtes, et les actions planifiées. Le personnel était préparé à tous les niveaux de la hiérarchie et a pu agir avec une rapidité et une précision étonnante. Le monde entier en fut médusé, alors que la plupart des économistes avaient prévu qu’en cas de crise, la Chine s’aplatirait comme une crêpe, et les Étasuniens, en premier, se réjouirent à l’avance de la disparition de leur compétiteur.
Or, rien ne s’est passé pour la Chine selon les prédictions des politiciens et des économistes, à l’exception d’une poignée, dont je fus. Mais ce qui fut le plus curieux, c’est qu’encore plus rares furent les gens qui comprirent que la rapidité du rétablissement de la Chine était le fruit d’une intense préparation en prévision de la catastrophe. Pourtant cette crise était annoncée depuis longtemps, au moins depuis la seconde présidence de Bush. Mais l’occident resta béat, confiant en la toute puissance de Big Brother. “Too big to fail” disait-on déjà, avant qu’on applique ce ridicule algorithme aux grandes banques américaines. On a pu voir quelle était sa véritable portée quelques temps après.
Cette fois encore, n’en doutez pas, les plans chinois sont prêts, et leurs acteurs préparés.
La Chine commencera vraisemblablement par acheter tout ce qui lui passera sous le nez d’attrayant en termes d’actifs, mines, terrains, immeubles, usines, entreprises, brevets, matières premières, et peut-être même quelques politiciens au passage. Des lobbies (cabinets d’Étasuniens s’il vous plaît) ont fait leur apparition à Washington pour vendre la Chine aux congressistes des É-U. D’ici que les chinois mettent leurs dollars au service de quelques politiciens qui parleraient en bien de la Chine, il n’y a pas loin, et il se pourrait même que cette nouvelle influence puisse déjà peser quelque peu sur les élections de novembre. La réciproque me semble difficile à imaginer…
Les Chinois se débarrasseront ainsi de la plus grande partie de leurs réserves de dollars afin de perdre le moins possible de leur richesse à mesure que la devise américaine perdra progressivement, elle, sa propre valeur. Les dollars Chinois ratisseront ainsi la planète le plus rapidement possible. À dire vrai, cela fait déjà plusieurs années que la Chine collectionne les actifs de toutes sortes, car ce plan a démarré depuis longtemps, et un inventaire détaillé de ce qu’il leur faut acheter a dû être établi, sur la base d’un quadrillage très complet de l’économie de la planète, chiffré, avec l’indication des personnes clés. Ce sera l’affaire de bataillons d’économistes et de diplomates formés à ce travail. Rien ne sera improvisé.
Parallèlement, les actions internationales déjà entreprises pour faire perdre au dollar son statut de devise internationale seront poursuivies et étendues. La Chine ne se fait certainement aucune illusion quant à ses chances de substituer le yuan à son rival, et je ne crois pas qu’elle en ait vraiment envie. En revanche, elle aidera de toute son influence à ce qu’une solution se mette en place le plus rapidement possible, et se ralliera à celle qui lui paraitra la plus réalisable et la plus solide. Elle va donc continuer ses consultations dans le cadre des initiatives existantes : la devise des pays du golfe persique créée le 1er janvier 2010, la devise que le Mercosur aimerait créer en Amérique du sud, peut être la zone de libre-échange qu’elle-même a créée en novembre 2008 avec les pays de l’ASEAN, le Japon et l’Australie.
Je crois assez à la solution arabe du Golfe Persique, qui a été lancée le 1er janvier 2010, en raison des importantes réserves monétaires et de pétrole de ses membres, mais aussi parce que je crois beaucoup au rapprochement possible de ces pays avec la Turquie et l’Iran, d’abord, et qui pourraient aussi être assez rapidement rejoints par les autres pays de l’OCS (Russie, Chine, Iran, pays ex soviétiques d’Asie…), puis un peu plus tard par les composantes du marché de libre échange constitué autour de l’ASEAN, ceux du Mercosur, sans oublier l’Afrique, de plus en plus proche de la Chine; cela ferait beaucoup de monde et le reste de la planète sera assez vite obligé de suivre, y compris les É-U. La Chine étant devenue le second exportateur du monde, entre les É-U et la RFA, possède des relations importantes avec la plupart des pays du monde, et sera, pour cette raison, un rassembleur extrêmement convaincant pour réaliser cette opération majeure.
Elle combattra par contre, sans aucun doute, les initiatives venant du FMI (DTS) et de la Banque mondiale, trop proches des É-U. L’europe sera pratiquement hors-jeu faute de l’existence d’une véritable structure politique, dont la création semble encore très lointaine. L’attachement incompréhensible des Européens à l’OTAN les perdra.
Ayant ainsi perdu l’hégémonie de sa devise, les É-U devront faire face à une dette étrangère accrue d’une ampleur considérable à laquelle ils ne pourront faire face sans voir diminuer assez vite le niveau de vie de leur population, confrontée à un chômage de fond récurrent de l’ordre de 15%, ainsi qu’à une chute continue de ses revenus, du fait de la hausse des impôts nécessaire pour faire face au déficit de l’État fédéral. La situation actuelle plus que critique de la Californie et de l’Ohio se sera en effet étendue progressivement à l’ensemble des États-Unis.
Sans doute est-il inutile d’ajouter que les interventions musclées des É-U à l’étranger devront prendre fin assez vite, pour économiser toutes les ressources possibles. Ce sera, pour eux, le retour à la doctrine du président Monroe du 2 décembre 1823, en attendant de meilleurs jours.
Pour la suite, tout restera à rebâtir dans le monde …
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Le Yuan et le dollar, deux frères ennemis !
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3 commentaires »
Depuis l’ère Bush, les gouvernements étasuniens ne cessent de titiller le gouvernement chinois au sujet du rapport de valeur entre leurs devises, prétextant le plus souvent que les autorités de Beijing manipulent leur propre monnaie. Les Étasuniens fondent leur demande sur le fait que les prix d’exportation chinois lèsent leur propre économie en tuant l’emploi aux É-U.
Ils mettent tellement de poids sur cette question, qu’à la lo ngue on finit par croire qu’ils ont la raison de leur côté.
J’ai fini par m’impatienter, et j’ai cherché comment il était possible d’affirmer qu’une monnaie est sous-estimée ou surestimée. J’ai trouvé quelques travaux qui proposent des méthodes, toutes aussi contestables les unes que les autres, et débouchant sur des résultats trop différents pour qu’on puisse les prendre en considération. J’ai fini par conclure que ce calcul était en fait impossible, car selon les paramètres économiques pris en considération pour réaliser cette estimation, on peut passer de la conclusion d’une sous-estimation à celle d’une surestimation pour une monnaie donnée par rapport à une autre.
En second lieu, ces paramètres entretenant entre eux des relations tellement différentes d’un pays à l’autre, je pense que toute comparaison est impossible entre deux monnaies, à moins que ces pays n’aient strictement le même système économique, et ce, dans les moindres détails. Ce n’est pas le cas ici, de toute évidence. On peut tout au plus considérer que les prix sont plus chers ou moins chers dans un pays que dans un autre, selon les produits comparés.
Voici un exemple très simple. Lorsque je suis venu m’installer au Québec, j’ai observé que les fromages étaient beaucoup plus chers ici qu’en France, mais qu’en revanche, c’était le contraire pour la viande. Aurais-je dû supprimer ma consommation de fromage et la remplacer par une consommation de viande ? Et depuis j’ai fait des constatations analogues pour de nombreux autres produits.
Bien sûr, on sait que la Chine n’a pas mis sa devise sur le marché des changes comme tous les pays occidentaux l’ont fait depuis plusieurs décennies sous la pression étasunienne. Ils ont préféré articuler leur devise sur la base d’un panier de monnaie dont ils modifient la composition selon l’évolution de la conjoncture. C’est une méthode bien plus pragmatique que celle d’une bourse qui fait varier les cotations comme une adjudication de tableaux de maîtres. Depuis deux à trois ans cependant, les Chinois maintiennent un taux presque constant du yuan par rapport au dollar. En fait depuis que les Étasuniens ont commencé à leur chercher des poux dans la tête. Je pense que c’était pour leur montrer qu’ils n’appréciaient pas les critiques malencontreuses. C’était sans doute une forme de sanction…
D’ailleurs, les Occidentaux ont-ils eu raison de créer des bourses de change, et de considérer ainsi les monnaies comme des marchandises ordinaires. Je n’en suis pas du tout sûr. Et même, je suis plutôt sûr du contraire, car marchandiser les monnaies, c’est ipso facto ouvrir un marché supplémentaire de spéculation au sein du secteur financier de l’économie. Or, spéculer sur les monnaies me parait être la plus mauvaise action économique qui soit pour conserver une stabilité financière mondiale.
Si l’euro n’avait pas été côté en bourse, le problème de la Grèce, du Portugal et de l’Espagne ne se serait pas posé. On aurait simplement dévalué l’euro, et puis c’est tout. L’affaire aurait été classée en une soirée de financiers européens, et tous les exportateurs européens de quelque pays qu’ils soient se seraient frotté les mains.
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Le problème du yuan n’est donc pas un problème économique, mais un problème politique. Pour les É-U, en faire un problème est une façon de faire semblant de ne pas entendre que la planète entière veut éliminer le dollar de sa position abusive de monnaie mondiale. Ils ne réussiront certainement pas de cette manière à sauver le statut de leur devise. Il est trop tard, mister Obama !
En fait, si les É-U ont des problèmes économiques, ils en sont les seuls responsables. Avec leur obsession de la mondialisation, destinée à leur assurer des prix d’importation favorables en délocalisant leurs usines à fort coefficient de main d’œuvre, ils se sont piégés eux-mêmes par pure prétention. Ayant été un moment en pointe dans l’avancée technologique de la planète, ils ont cru que cela ne tenait qu’à une plus grande intelligence de leur part, que celle des autres pays, et que ce serait un jeu d’enfant pour eux que de maintenir cette avance.
L’histoire récente a démontré le contraire, et ils se retrouvent aujourd’hui avec une industrie ayant perdu environ 40% de potentiel par délocalisation pure et simple. À partir de cette manne inattendue, les pays émergents ont parfaitement su développer leurs propres technologies sur le terreau d’usines toutes faites, et devenir plus inventifs encore que leur compétiteur. Les Étasuniens en ont profité pendant une dizaine d’années, par des importations bien moins chères que leurs propres productions antérieures, mais suscitant par là même de nouvelles délocalisations, nécessaires celles-ci, en raison de la concurrence étrangère qu’ils se sont créée à eux-mêmes, se jugeant forts d’une culture économique à toute épreuve. C’est souvent ce qui peut se passer lorsqu’on se croit plus malin que les autres.
Si les É-U veulent contrarier cette évolution, la seule solution serait qu’ils recommencent à construire des usines produisant les produits importés qu’ils trouvent actuellement ” trop bon marché “. Mais c’est un peu tard aujourd’hui. Il leur faudrait commencer par réduire très largement leur niveau de vie actuel, c’est-à-dire leurs salaires, pour que leurs prix puissent être abaissés au niveau de ceux des produits qu’ils importent aujourd’hui.
Difficile ! Certain ! Impossible ! Sûrement !
Les Étasuniens sont tout simplement en retard d’un coup dans la compétition internationale, et les Chinois en avance d’un coup. Avoir l’expérience du jeu de go est plus profitable pour l’esprit que celle du jeu d’échec. Les É-U n’ont peut-être pas compris, ou ont peut-être oublié, que ce qui avait fait leur réussite, spectaculaire il faut bien le reconnaître, avait été leur foudroyante immigration.
Ils importèrent en effet de la main-d’œuvre pas chère pendant deux siècles, dont les esclaves achetés en Afrique, ce qui leur permit de constituer de décennie en décennie, un marché de 300 millions de consommateurs, source d’un enrichissement rapide à partir d’un continent presque désert.
Deng Xiao Ping reprendra ce même modèle pour la Chine, mais sans immigration autre que les seules migrations internes, les paysans du sud envahissant la zone côtière du pays.
Mais aujourd’hui, c’est la Chine qui possède un marché de 1400 millions de consommateurs, presque cinq fois plus important que le leur, et elle s’empresse, grâce à la crise, de le remplir à toute allure de produits “made in China“. Personne n’est aujourd’hui en mesure de l’arrêter. Il reste à espérer qu’elle sache utiliser ses atouts pour un meilleur équilibre de la planète. J’ai bon espoir que l’avenir se construise dans ce sens-là, si j’en crois la sagesse de sa pensée plurimillénaire
À moins qu’un jour, les Chinois ne deviennent à leur tour aussi prétentieux…
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À un moment clé de la crise économique internationale, où la survie du dollar étasunien en tant que devise de référence du commerce international est en question, il est bon de rappeler les avantages extravagants que cette position exceptionnelle a rapporté aux USA au cours des 65 dernières années [soit depuis le traité de Bretton Wood en 1944].
Ces privilèges n’ont pas été pour rien dans l’extraordinaire essor de ce pays, qui en a profité au maximum pour atteindre sa position hégémonique actuelle. La contestation de ces privilèges, même si on n’en parle peu, s’ajoute au reproches d’instabilité sur laquelle l’ensemble de la planète s’appuie actuellement pour chercher à remplacer le dollar le plus rapidement possible, par une nouvelle devise mondiale indépendante de tout pays en particulier.
C’est pourquoi nous publions aujourd’hui le texte suivant, extrait d’un livre édité par l’institut Aspen de France en 2008, aux éditions “ Autrement ”, de la page 152 à la page 156.
Présenté par :
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MULTIPOLAIRES
Wang Xiangsui
Le dollar procure aux États-Unis d’énormes bénéfices en tant que monnaie principale de règlement et de réserve dans le système monétaire international. Alors que presque tous les pays du monde doivent proportionner leurs dépenses à leurs recettes, les États-Unis n’y sont pas tenus. Ils demeurent le plus grand pays consommateur en dépit d’un double déficit commercial et budgétaire.
Bien sûr, l’économie mondiale n’est pas un jeu à somme nulle où les gains de l’un entraînent les pertes de l’autre. Le système économique dominé par le dollar, tout en bénéficiant aux États-Unis, rend possible le maintien de la prospérité et de la stabilité dans beaucoup d’autres pays, y compris ceux de l’Europe et le Japon. Il convient d’ailleurs d’ajouter la Chine et l’Inde à la liste des bénéficiaires au cours des vingt dernières années.
Ce fait ne peut néanmoins dissimuler l’injustice du système: tout fonctionne en effet autour des intérêts d’un seul pays. Si l’économie américaine connaissait un problème, les États-Unis pourraient transmettre la crise aux autres économies par des moyens financiers. Ainsi de l’accord du Plazza, signé par le Japon dans les années 1980 à l’incitation et sous la contrainte des États-Unis, qui englua l’économie japonaise dans dix ans de stagnation. En outre, des spéculateurs financiers américains amassent des profits en attaquant le marché par des outils dérivés financiers de leur conception, ce qui conduit nombre de pays à la crise économique. Clairement, le système monétaire du dollar, chaise à un pied, n’est pas en mesure de maintenir à long terme l’équilibre nécessaire à un développement stable du monde.
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Publié par André Serra dans Géopolitique, Politique, Économie, tags: brésil, bric, chine, devise, dollar, Etats-Unis, Europe, moyen-orient, pétrole, Russie
Le dollar est sans doute entré dans une transition qui, du statut de devise internationale toute puissante le ramènera à celui d’une devise nationale ordinaire. Il n’y aura rien eu là de déshonorant, mais simplement le résultat d’une transition économique logique construite par des politiques impériales insoutenables à long terme.
La série de crises économiques initiée en 1999 par le krach des valeurs techno¬logiques a été le résultat d’une fuite en avant continue des É-U pour dépasser ses déséquilibres internes au moyen d’un endettement croissant de tous les étages de leur économie : particuliers, entreprises, États fédéraux, État fédéral. Les deux dernières images sympto¬matiques de cette longue transition sont celles des faillites de la Général Motors dans l’industrie et de la Californie en politique. Celles des particuliers sont devenues endémiques et celle de l’État fédéral elle-même approche chaque jour à grande allure.
La propagande politique et médiatique des É-U exercée pour faire croire à une sortie de crise prochaine, reprise d’une façon assez lamentable par les médias des pays de l’OTAN n’est que poudre aux yeux. Nous approchons en ce moment du krach monétaire final. Son symptôme principal est le fait que, des plans de relance définis par l’administration Obama, très peu de dollars ont été réellement distribués dans l’économie, sans doute retenus par l’évidence que l’impression de billets sans valeur déclencherait ce krach à coup sur.
Les pays qui possèdent d’importantes réserves monétaires libellées en dollars étasuniens, sont donc amenés à craindre l’effondrement d’une devise dont la valeur ne tient plus que par la mythification qui en a été faite depuis 1944, mais dont les É-U sont devenus incapables de maintenir la stabilité.
Ces pays-là ne sont nullement dupes, comme les Européens semblent l’être encore, d’une soi-disant valeur refuge du dollar, car eux n’ont jamais fondé leurs avenirs de développement sur une quelconque mythification de « l’Amérique », dans laquelle les Européens sont tombés depuis la victoire des É-U sur l’Allemagne nazie, lesquels en ont fait ensuite des États supplétifs de leur propre puissance.
Après un temps d’observation après l’arrivée d’Obama à la tête des É-U dans une aura de rédemption étasunienne qui reste à venir, les faits ont déterminé l’action de ces pays riches en dollars à engager des opérations visant l’éviction du dollar comme monnaie du monde, avant que celui-ci ait réussi à ruiner totalement la planète pour sauver les É-U du désastre.
Cette action est maintenant engagée. La Russie a tiré les premiers boulets, et la Chine a suivi rapidement. Toutes les personnalités chinoises appellent l’une après l’autre les pays émergents à se joindre à une alliance tactique qui ne dit pas son nom. Elle est composée des pays de l’OCS [Russie, Chine, Kazakhstan, Kirghizistan, Tadjikistan et Ouzbékistan] et de ses quatre pays observateurs, l’Inde, l’Iran, la Mongolie et le Pakistan.
[ Il est à noter au passage que les récents événements politiques d'Iran pourraient trouver une explication dans des considérations géopolitiques, le candidat Moussavi étant suspecté de vouloir rejoindre l'OTAN une fois élu - on y reviendra ]
S’ajoutent à l’OCS le Brésil, amenant avec lui les pays du Mercosur, et l’Afrique, tirée par la Chine, mais aussi les États pétroliers du Moyen-Orient. Six des monarchies pétrolières groupées dans « Le Conseil de Coopération du Golfe (CCG) = Arabie saoudite, Bahreïn, Koweït, Oman, Qatar » ont décidé de créer une « devise du Golfe » au sein d’une union monétaire destinée à leurs transactions pétrolières, jusqu’ici traitées en dollars étasuniens, afin de protéger leurs revenus et leurs réserves. Cette nouvelle monnaie devrait naître le 1er janvier 2010, sa banque centrale installant son siège à Ryad.
Toutefois Oman s’est rapidement retiré du projet monétaire et plus récemment, le Koweït en a fait autant, en choisissant de baser sa monnaie sur un panier de devises étrangères, ce qu’envisage pourtant le CCG pour les débuts de sa devise dans le monde financier. Tout n’est cependant pas encore joué. Il reste du temps d’ici le 1er janvier 2010, et d’ici là les autres initiatives monétaires dans le monde feront probablement évoluer les choses.
Il est en effet vraisemblable que ce groupement d’États du Moyen-Orient rejoindrait une initiative plus globale si elle débouchait assez vite, car le temps presse. Les pays qui disposent de réserves importantes en dollars ont en effet besoin d’une solution rapide pour les protéger de la chute de la monnaie étasunienne, inévitable dans un avenir proche.
Malgré les déplacements successifs en Chine d’Hillary Clinton (21-02-09), Secrétaire d’État, de Timothy Geithner (01-06-09), Secrétaire au trésor et de Lawrence Summers, chef des conseillers économiques de la Maison Blanche, pour tenter de convaincre ce pays que la gestion du dollar rentrerait dans l’ordre une fois la crise passée, il est clair, à la lumière des récentes déclarations de plusieurs autorités chinoises exigeant la création d’une unité monétaire réellement internationale, que le blabla étasunien n’a pas rencontré un niveau de réponse dépassant la simple courtoisie de la part des Chinois, et a suscité au contraire beaucoup de scepticisme lorsque ces ministres promirent de réduire le déficit de leur pays et de payer ses dettes.
Les É-U ont tort de prendre les autres pour des imbéciles. Le temps n’est plus où le monde entier marquait une grande déférence envers ce pays. Qu’il prenne bien garde au coup de pied de l’âne ! Il pourrait payer très cher la suffisance qu’il affichait au temps de son hégémonie passée.
Seuls les Européens s’entêtent encore à rester aux côtés des Étasuniens. L’euro aurait pu constituer un candidat valable pour remplacer le dollar comme devise de référence mondiale, et j’ai pensé longtemps moi-même que c’était la stratégie de Jean-Claude Trichet que de lustrer l’euro afin de le rendre présentable. Mais il faut bien se rendre à l’évidence. Après les dernières élections à l’assemblée européenne de Strasbourg, qui ont affiché un score d’abstentionnisme de 60%, il est devenu tristement apparent que l’Europe politique n’existerait pas avant longtemps. Or, il est impossible que l’euro puisse se présenter comme un candidat possible à devenir une monnaie de référence internationale, s’il n’est pas soutenu par un ensemble politique uni et stable. Ce n’est pas le cas. Les Européens n’ont pas le sens de la géopolitique et ne l’auront pas avant longtemps. Finalement, ils sont aussi conservateurs que les Étasuniens. Ils attendent le déclin.
Demain 8 juillet, le G8 se réunit en Italie. On n’en attend pas grand chose, comme d’habitude. Toutefois, un point majeur pourrait y être atteint sur le plan monétaire : la Chine a demandé que le G8 débatte de sa proposition de créer une nouvelle monnaie de réserve mondiale lors de cette réunion (Reuters).
Enfin, précisons qu’en même temps que le G8 se tiendra le G5, composé du Brésil, de l’Inde, de la Chine, du Mexique et de l’Afrique du sud, le tout complété par l’Égypte, soit un G14 au total, et le 9 juillet devrait être publié un communiqué commun du G14 pour la première fois.
Si le communiqué final de ce G14 ne fait pas état de la proposition de la Chine, ou si ce qui en sera dit va dans le sens de son évitement, il sera clair que la guerre monétaire mondiale aura commencé, car trop d’états dans le monde attendent la fin de l’hégémonie monétaire des É U, qui a fait tant de mal dans le monde depuis un demi-siècle.
Par là, les camps seront également désignés. Autour du dollar, les É-U bien sûr, et tous les États occidentaux de l’OTAN. Autour de l’idée d’une éviction du dollar, tous ou presque tous les pays émergents, essentiellement les pays de l’OCS et leurs associés, le Brésil et les pays du Mercosur, qui ont d’ailleurs aussi un projet d’union monétaire sur leurs tablettes, les pays composant le BRIC et probablement la CCG ainsi que la plupart des monarchies pétrolières, après qu’ils aient pu observer les premières escarmouches, et vérifier de quel côté tombaient le plus grand nombre d’obus efficaces. Il est trop tôt pour faire des pronostics, mais cette bataille sera passionnante.
Toutefois, quelques informations pour terminer cet article permettront une première approche des forces en présence?:
- la Chine accentuera le bloc du yuan en Asie, et mettra en difficulté le Japon sur ce point, maintenant qu’elle est devenue le premier acheteur de ce dernier.
- en second lieu la Chine diminuera probablement le montant de ses achats de bons du trésor des É-U. Elle a d’ailleurs commencé à restructurer ses réserves en remplaçant progressivement ses bons à long terme par des bons à très court terme, moins rémunérateurs mais plus liquides que les autres, lui procurant ainsi un champ de manœuvre financier plus fluide. Et elle en a également réduit le volume, en achetant de fortes quantités de matières premières, et en consacrant une partie de ses réserves à acquérir des actifs industriels à l’étranger, bradés bon marché du fait de la récession. La perte d’exportations vers ce pays qui pourrait résulter de la fonte des bons du trésor des É U sera beaucoup moins problématique que l’ont cru jusqu’ici beaucoup d’analystes, et ceci pour deux raisons :
- D’abord, une grande part des produits exportés le seront encore, car les moyens de les fabriquer n’existent tout simplement plus aux É-U, en raison de la politique de délocalisation qu’ils mènent depuis bientôt trente ans, et il faudra beaucoup de temps à ce pays pour reconstituer une base industrielle concurrentielle crédible. Ils ne disposent plus, ni des machines, ni des techniciens nécessaires, pour fabriquer ces produits.
- Ensuite, les Chinois ont mis à profit la première année de crise pour retourner le marché des produits les plus fragiles à l’export, vers leur propre marché intérieur, par la mise en place de nombreuses dispositions de tous ordres, afin que leur marché soit en mesure de les absorber, notamment par les 800.000 paysans au niveau de vie très faible.
Un exemple de ces mesures fut la hausse du prix des produits agricoles, dégageant ainsi immédiatement d’importants revenus supplémentaires. Je suis persuadé qu’un tel plan avait été préparé bien avant le déclenchement de la crise, et que les prix agricoles avaient été maintenus fort bas en vue de ce plan. J’ai d’ailleurs évoqué ce point dans un article de 2008, ce que personne n’avait perçu, les analystes se contentant de critiquer la misère dans laquelle les paysans étaient maintenus, sans voir plus loin que le bout de leur nez.
La Chine est donc prête au combat, et se trouve désormais en position de force.
- il se pourrait que la Russie adopte le yuan, car cela a été suggéré en juin par le ministre des finances russe, Alexeï Koudrine. Il est peu probable qu’il ait fait cette déclaration de sa propre initiative.
- Comme la Chine, le Japon, la Russie et le Brésil ont restructuré le volume de leurs réserves. Toutes ces opérations se sont déroules dans le plus grand silence médiatique,
- Joseph Stiglitz, prix Nobel d’économie et ancien vice-président de la Banque mondiale a déclaré en marge d’une conférence des Nations Unis sur la crise financière : « Je pense que ce que la Chine fait constitue une déclaration claire concernant le fait que le dollar ne sera plus la seule base de la monnaie de réserve (…) Le monde se débarrasse du système de réserve en dollars (…) Et ce dont nous avons besoin dans une économie mondiale est un système de réserve mondial. Se débarrasser donc du dollar en constitue la première étape. »
- Au dernier sommet de l’OCS à Iekaterinbourg à laquelle l’Inde et le Brésil ont assisté, on a déclaré qu’il n’y avait pas d’autre choix que de rechercher une alternative au dollar. Cette déclaration montre l’étroite connexion actuelle entre la Russie, la Chine, l’Inde et le Brésil, donc avec l’Amérique du sud et la région indo-pacifique. Observation importante : les É-U avaient demandé à assister en tant qu’observateur à ce sommet. Cela leur a été refusé.
- Une tribune publiée le 14 octobre 2008 en première page du Quotidien du peuple, journal officiel du gouvernement chinois, affirmait déjà que les É-U pillait la richesse mondiale en utilisant la position dominante du dollar, et Pour corriger cette situation inacceptable, l’auteur appelait les pays d’Asie et d’Europe à bannir le dollar de leur relations commerciales directes, en utilisant uniquement leurs propres monnaies. L’auteur poursuivait en disant que cette action ne serait qu’un simple point de départ pour renverser la domination du dollar.
- La Chine a passé des accords bilatéraux avec l’Argentine et le Brésil en avril 2009 pour effectuer leurs échanges commerciaux en renminbi (yuan).
- les six pays de l’OCS et les pays du BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine) ont l’intention de commercer dans leurs propres monnaies, de manière à profiter eux-mêmes du crédit que les É-U mobilisaient jusqu’ici à leur profit grâce à l’usage du dollar.
Lorsque toute ces mesures seront entrées en application, il est vraisemblable que les É-U feront une triste mine, et ils n’ont plus guère de pouvoir pour s’y opposer, autre que la propagande et les médias.
À suivre.
© André Serra http://andreserra.blogauteurs.net/blog/
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Publié par André Serra dans Géopolitique, Opinion, Économie, tags: banque, bourse, chine, crise, devise, dollar, Etats-Unis, interet, or, taux
Un de mes amis lecteurs m’a demandé ce que je pensais de l’évolution des marchés boursiers d’ici l’été et les élections présidentielles des Etats-Unis. Quelle responsabilité ! Je lui ai répondu ceci, avec précaution :
Que voilà une question embarrassante, mais si excitante dans cette période incertaine !
Les marchés boursiers se trouvent au croisement de plusieurs problématiques : la campagne présidentielle, les taux d’intérêt, l’inflation, la crise des subprimes, les autres banques centrales, la psychologie et la stratégie des investisseurs, le chômage et les possibilités de crédit. Chacune de ces problématiques étant elle-même fonction de chacune des autres.
Pour arriver à formuler des pronostics sur l’étroite période de l’été, il faudrait pouvoir réaliser une sorte d’intégration mathématique, qui déboucherait probablement, non sur une ou deux solutions « raisonnables », mais sur une zone de probabilités que l’on pourrait représenter par une surface à l’intérieur de laquelle se trouveraient toutes les solutions possibles de probabilité supérieure à, disons 25%
Je me contenterai donc d’énumérer les paramètres qui me paraissent moteurs dans cette dynamique.
Tout d’abord l’impossibilité pour la FED d’augmenter son taux interbancaire, car cette augmentation aurait trop de répercussions négatives sur l’investissement et le chômage, et donc aussi sur la consommation. Je pense que Bernanke et l’administration vont donc se contenter de maintenir un discours haussier sur le dollar pour maintenir une psychologie résiliente dans la population. Si cette hypothèse se réalise, il est possible que Trichet maintienne son 4%. Mais il y aurait cependant place pour une hausse purement indicative de 0,25 portant ce taux à 4,25%, tout à fait insuffisante pour contrer une inflation qui n’est pas simplement conjoncturelle, mais surtout structurelle.
Je note au passage que la tension sur les matières premières [dont pétrole], devrait se maintenir. En effet, pour le moment la crise financière n’implique pas encore les pays du BRIC, si j’en crois les chiffres chinois, ce qui donne du poids à la théorie du découplage entre économies occidentales et économies en émergence, contrairement à l’opinion exprimée par Strauss-Kahn. La production industrielle de la Chine a en effet augmenté de 16,3% pendant les cinq premiers mois de l’année, par rapport à la même période de 2007. Cette évolution tendancielle confirme l’involution de l’économie chinoise que je pronostique depuis deux ans. J’entends par là une lente décrue de son activité exportatrice, qui serait partiellement réorientée vers des développements intérieurs d’infrastructures et d’équipements. Ce que permet la structure monodémocratique du pays.
Les importations des É-U à partir de la Chine ne devraient cependant pas décroître très vite, car le niveau de leurs coûts est toujours fort attractif pour les consommateurs étasuniens. Il est cependant à noter que les prix chinois ont augmenté de l’ordre de 8% d’une année sur l’autre, à la fois en valeur nominale et en valeur de change. Les modifications intervenues en un an dans la structure du taux de change du yuan [rappelons que le taux de change du yuan n'est pas librement négociable] au détriment du dollar, associées à la baisse continue de la valeur de ce dernier ont débouché sur une perte de 9,75% de la valeur du dollar en yuan de juin 07 à juin 08.
Pour rester dans le domaine du commerce extérieur, soyons conscients du fait que l’administration étasunienne n’a fait « mousser » la petite augmentation des exportations des É-U en mai que pour montrer l’intérêt de la baisse du dollar. Elle a cependant négligé d’évaluer son montant en valeur constante. Si elle l’avait fait, elle aurait dévoilé le fait que les exportations avaient en fait diminué d’une année sur l’autre en valeur réelle. De toute façon le commerce extérieur des É-U reste monstrueusement négatif.
Parallèlement, le flux des capitaux entrés mensuellement depuis 2007 aux É-U a décru de 50%, et ne compense plus le double déficit du pays [commerce extérieur et budget de l'État]. La FED est donc contrainte d’émettre des dollars en continu, notamment pour dégager les secours qu’elle accorde aux banques étasuniennes affaiblies par la crise des hypothèques subprimes depuis le milieu de 2007. Les récentes pertes de Lehman Brothers et Morgan Stanley constituent autant de confirmations de l’augmentation considérable des liquidités en dollars sur le marché. La baisse du dollar va donc continuer, car l’illusion de la politique d’un dollar fort va nécessairement s’écrouler rapidement devant les faits. Je ne pense pas qu’elle puisse conserver son effet jusqu’aux élections présidentielles. Le temps qui reste à courir d’ici là me paraît trop long pour que la crédulité de l’opinion publique étasunienne ne défaille pas avant.
Alors, et les marchés boursiers dans tout ça ? Pour en évaluer avec sécurité la tendance à court terme, il reste à supputer la psychologie des acteurs. Pour moi, c’est l’inconnue la plus difficile à soupeser. La raison en est que l’opinion publique n’a pas encore intégré la réalité du déclin foudroyant des Etats-Unis. Ce pays est proche de la ruine, mais c’est une vérité à laquelle très peu de gens adhèrent. Lorsque j’en parle autour de moi, pourtant avec des arguments en béton, la réaction est toujours la même : « Mais, ce n’est pas possible ! ». Cette conjoncture sociologique peut durer encore longtemps, en vertu d’un important phénomène d’hystérésis social.
Je ne suis d’ailleurs pas convaincu que les alliés des É-U, au niveau politique, se rendent eux-mêmes bien compte de ce qui est en train de se passer. Je crains qu’ils ne veuillent soutenir ce pays au-delà du possible, parce qu’ils croient que le monde a besoin d’un mentor, et qu’ils se demandent ce qui se passerait si son hégémonie disparaissait. Une intervention groupée des banques centrales occidentales n’est donc pas à écarter. Elle pourrait modifier la tendance actuellement forte de la déroute du dollar. Reste à savoir si une action de cette nature pourrait avoir un effet de longue durée. En effet, si de telles actions ont pu recueillir quelque succès dans le passé, la force de frappe des banques centrales a fortement décru depuis dix ou vingt ans, par rapport à celle que les marchés financiers ont eux-mêmes développées depuis.
En conclusion provisoire, je m’écarterais personnellement par prudence des marchés boursiers actuellement, et me porterais plutôt vers des achats d’or, en attendant de voir venir. L’or s’est mis à stagner sous les 900 $ l’once depuis quelques temps, mais c’était en raison de la liquidation progressive d’environ 400 tonnes d’or par le FMI, pour faire face à ses besoins de liquidités ( ll perd de l’argent en ce moment ). Lorsque ce paquet aura été liquidé, il est fort probable que l’or reprendra sa montée vers les 1000 $, et sans doute au-delà.
Bonne chance à tous.
André Serra http://andreserra.blogauteurs.net/blog/
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Publié par André Serra dans Géopolitique, Politique, Réflexion, Économie, tags: chine, devise, dollar, Etats-Unis, hégémonie, monnaie, Politique
9 novembre 2007
Il aura suffi que le vice-président de l’Assemblée populaire de Chine, Cheng Siwei suggère que son pays rééquilibre la structure de ses réserves en devises étrangères en donnant plus de poids aux monnaies fortes, pour faire trembler la planète, et notoirement les porteurs de dollars.
Sur une réserve en devises de 1.430 milliards d’équivalents dollars, 70 % sont de vrais dollars étasuniens, soit 1.000 milliards. C’est là une somme considérable qui représente six fois le déficit budgétaire des États-Unis de leur dernière année fiscale. Si la Chine devait déverser sur le marché cette masse colossale pour la transformer en euros, francs suisses et livres sterling [mieux vaut ne pas parler du yen, plombé par les spéculations de carry trade des financiers étasuniens, qui achètent du yen à 1 % d’intérêt et le replacent sur les marchés à intérêt plus confortable, comme la bourse de Londres par exemple ], elle pourrait déclencher une crise financière d’une puissance considérablement plus importante que le monde ait jamais connue.
Donc elle ne le fera pas.
Pourtant, Cheng Siwei n’a pas parlé à travers son chapeau. Il a fait cette déclaration en public, et un officiel chinois ne parle jamais en public sans y être autorisé par une autorité supérieure. Il a donc dit quelque chose d’important, mais laissé entendre que la vente de la réserve en dollars serait partielle et progressive. Si cette déclaration avait été faite par Hu Jintao en personne, ou le ministre des finances, ou même seulement par le Président de la banque centrale, cela aurait été entendu par les États-Unis comme précédant une application immédiate de cette conversion des dollars de la réserve en d’autres devises plus sûres.
Cette déclaration est à rapprocher de la création, il y a environ deux mois, de China Investment Corporate Ltd (CIC), première société chinoise d’investissements en devises étrangères. Attendue depuis longtemps, cette société d’État a reçu pour mission de mieux utiliser les énormes réserves en devises étrangères du pays. Son état-major a été nommé et est à présent opérationnel.
D’une certaine manière, la suggestion de Cheng Siwei était donc déjà entrée en vigueur lorsqu’il l’a faite. Sans doute Beijing a-t-il considéré que l’annonce de la China Investment Corporate ne semblait pas avoir été suffisamment entendue par ses débiteurs en dollars, c’est-à-dire par le Trésor américain et par la Fed.
En effet, cette société d’investissement d’État ne va pas faire simplement de la conversion de devises. Elle va faire mieux. Elle va acheter des actifs partout où cela servira les intérêts chinois. Et des actifs, ce sont essentiellement des entreprises étrangères, dont elle pourra un jour contrôler la gestion. En achetant des titres en bourse, progressivement, sans trop attirer l’attention, elle va pouvoir ainsi étendre sur le monde occidental un filet de participations qui pourront peser jusqu’aux 1?000 milliards de dollars qui constituent actuellement les réserves de la Chine en cette devise, soit, au prix moyen actuel des fusions acquisitions, de l’ordre de 25 grosses multinationales. Ce n’est là qu’un exemple pour se rendre compte du gigantisme de l’opération en cours.
Cela signifie que, plutôt que de troquer une devise peu sûre contre une devise assez sûre qui ne lui rapporterait guère davantage, la Chine cherche à troquer une devise peu sûre [tant qu’elle a encore un peu de valeur avant sa chute programmée en cours] contre du pouvoir économique, donc politique, sur les territoires qui l’intéressent dans le cadre de sa stratégie mondiale. D’autant que les devises paraissant actuellement posséder une sécurité supérieure au dollar, pourraient bien subir le même sort, si le tassement de l’économie étasunienne s’étendait par osmose aux autres économies occidentales, compte tenu de leur étroite imbrication résultant d’une mondialisation croissante.
Quant à l’annonce d’une vente partielle des dollars de la Chine, elle a probablement un autre but, celui de masquer ses exactes intentions, tout en faisant craindre aux É-U qu’elle passe aux actes, ce qui n’est nullement dans son intérêt, puisque vendre ses dollars serait faire chuter encore plus vite leur valeur, et ainsi diminuer parallèlement celle de ses réserves. Elle s’en gardera donc bien, et ira probablement même jusqu’à agir de manière à soutenir les cours de la devise étasunienne.
Et accessoirement, la Chine montrant ainsi qu’elle a le doigt sur la gâchette du dollar, l’effet de cette annonce sera en plus de nature à écarter les propos critiques de Washington sur sa gestion, la crainte rendant prudent. Et ce n’est pas la conjoncture actuelle de l’économie étasunienne qui pourrait inciter la Maison Blanche à courir des risques supplémentaires, en essayant de se mêler des affaires intérieures de la Chine.
La pensée de la Chine est décidément fort complexe. On aurait intérêt à s’en méfier davantage.
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