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Nous sommes sans doute à la veille d’évènements économiques considérables.

Le changement brutal de la politique de change monétaire de la Chine le laisse présager. En effet, jusqu’ici le gouvernement chinois refusait énergiquement de modifier sa politique de change qui, depuis 2008, consistait à maintenir une stricte constance du taux de conversion entre le renminbi (ou yuan) et le dollar. Il estimait que ce taux correspondait à une valeur correcte des deux monnaies, l’une par rappport à l’autre.

Personne, économiste ou institution, n’a d’ailleurs pu prouver le contraire. Je pense en effet que cela est strictement impossible d’un point de vue économique, et le déficit commercial abyssal que présentent les É-U à l’égard de la Chine ne constitue pas une preuve en soi de ce déséquilibre. On pourrait tout aussi bien prétendre que ce déficit résulte de la politique d’un dollar fort, entretenu artificiellement fort par les autorités étasuniennes, et que sa valeur ne reflète plus le poids réel de l’économie du pays, très largement exagérée par une opinion un peu trop traditionnelle.

Je me contenterai d’observer que les cambistes étasuniens ont la main haute sur la fixation des taux de change monétaires, et qu’ils sont fortement inspirés par les instances monétaires du pays. Ce phénomène emphatique est d’ailleurs analogue à celui des agences de notation, exclusivement étasuniennes, dont on a remarqué l’influence abusive tout au long de la récente crise financière grecque.

Mais avant de supputer les résultats de ce nouvel affrontement monétaire, considérons d’abord les stratégies de sortie de crise des deux blocs occidentaux, celle des É-U puis celle de l’UE. Elles sont diamétralement opposées.

***

La stratégie étasunienne

dollar-symboleLes É-U ont opté pour un retour forcé à la situation économique prévalant avant la crise, c’est-à-dire pour une accélération de la consommation appuyée sur des taux d’intérêt pratiquement nuls, et une injection continue de liquidité dans le système bancaire, ces deux éléments devant, dans leur esprit, inciter les consommateurs étasuniens à revenir à l’endettement “as usual”. Tous les économistes soulignent l’ampleur du risque que présente cette stratégie, notamment en terme d’inflation.

Cette politique aurait des chances de réussite si elle pouvait effectivement susciter  un dynamisme consommateur au sein de la population. Mais ce raisonnement est erroné.

Comme l’a montré avec aisance J. K. Galbraith dans son petit ouvrage sur “ Les mensonges de l’économie ” publié en 2004 chez Grasset, il n’y a pas de relation directe entre les variations du taux d’intérêt et celle de la consommation, contrairement à une théorie convaincante, mais sans réalité rationnelle. Elle n’est en fait qu’une croyance simpliste. Lorsqu’une entreprise emprunte, c’est parce qu’elle juge que l’argent emprunté va lui permettre de gagner de l’argent, et non parce que les taux d’intérêt sont bas. Il en est bien sûr de même pour les particuliers, lesquels peuvent aussi bien emprunter parce qu’ils craignent que les taux vont monter, que s’en abstenir parce qu’ils pensent que les taux vont encore baisser.

Ce type d’erreur est courant en économie, car cette discipline s’est muée depuis quelques dizaines d’années en une discipline mathématisée et rationalisée, alors que la matière économique est beaucoup plus riche d’éléments psychologiques et sociologiques que d’éléments rationnels. Depuis cette stupide évolution, l’économie a perdu sa fiabilité.

La politique de  ” retour à la case départ ” a donc toutes les chances d’échouer. D’ailleurs les dernières informations du terrain nous indique la proximité imminente de l’échec. Dans les derniers mois de 2007, les consommateurs dépensaient en moyenne 2,5% de plus que leur revenu. Dès 2008, ils ont commencé à épargner pour payer leurs dettes, totalement paniqués à la pensée de connaître le sort des acheteurs de maisons à subprimes : saisies et expulsions.

Depuis un an, les consommateurs étasuniens se sont mis à épargner en moyenne 6 à 7% de leur revenu, bien que celui-ci se soit rétréci au fil des mois. Et pourtant les taux d’intérêt ne peuvent descendre davantage.

Cette politique d’abondance de liquidités ne va donc pas permettre aux É-U de sortir de la crise. Il va leur falloir trouver autre chose. “ On ne peut faire boire un âne qui n’a pas soif ”. C’est bien connu.

***

Dans le fatras d’indicateurs que nous a amené la fin de la semaine passée, il en est un qui ne semble pas avoir retenu l’attention des économistes, et qui pourrait pourtant éclairer la suite des évènements de manière plus précise encore que les indicateurs sur l’emploi, la consommation, la construction immobilière et la balance commerciale des É-U.

Il s’agit de la hausse des investissements. Au second trimestre 2010, L’investissement des entreprises étasuniennes dans les biens d’équipements a augmenté de 21,9%, un record de 14 ans.

Or la consommation est en baisse aux É-U, et la production stagnante. Il est donc difficile de croire que les entreprises anticipent une augmentation future de leur production par des investissements productifs. Alors ?

Alors, ces investissements massifs ne peuvent se justifier que par le désir d’accroitre, non la production, mais la productivité. En effet, lorsque la consommation et donc la production décroit, le marché voit ses dimensions se réduire et attise une concurrence qui s’applique notamment sur les prix. Et qui dit baisse de prix dit également baisse de coût, et notamment baisse des frais de personnel, soit par une baisse des salaires, soit par une baisse des effectifs.

Déjà les entreprises ont, depuis deux ans, obtenu des sacrifices notables de la part de leur personnel. Mais mon sentiment est que ces investissements cachent une stratégie des entreprises dirigée vers des diminutions encore plus importantes de leurs effectifs dans les quelques mois qui viennent, le temps de mettre en place les matériels acquis. Disons à partir de septembre.

Nous allons sans doute assister à une nouvelle grande vague de licenciements d’ici la fin de l’année, suite à la mise en place d’une robotisation importante. Si mon pronostic se matérialise, nous allonc donc assister à la reprise de la progression du chômage. Si c’est le cas, on peut s’attendre à une nouvelle plongée de la consommation et un retour de la récession.

Nous sommes donc assez loin d’une sortie de crise par la consommation.

***

La stratégie européenne

euro-symbolePendant ce temps-là, les pays européens testent une autre solution pour sortir de la crise.

Moins dynamiquement, mais sans doute plut pragmatiquement, les pays de l’Union européenne ont entrepris sagement de payer leurs dettes. Pour le moment, ils réduisent drastiquement leurs dépenses budgétaires, derrière la Grèce, qui a bien failli trépasser sous un dette monstrueuse.

Suivant en cela la détermination allemande, mais fort loin des illusions cultivées de l’autre côté de l’Atlantique, l’Europe choisit donc de mordre sur sa chique plutôt que de poursuivre une politique d’expansion monétaire qui la conduirait tout droit vers une situation financière analogue à celle de l’Allemagne de Weimar en 1923.

C’est une politique fort courageuse, mais elle entrainera mécaniquement beaucoup de sacrifices dans la population. Les revenus diminuant, la consommation diminuera également, car des restrictions de crédit interviendront. Il en résultera des pertes d’emplois dans les entreprises, s’ajoutant à la réduction des emplois de fonctionnaires.

Si cette situation n’est pas contrôlée avec rigueur, il est possible que la chute de l’économie européenne dans une dangereuse déflation, en réaction à la diminution du pouvoir d’achat des familles, pourrait se produire et perdurer longtemps. Le comportement de la population jouera un très grand rôle. Si dans son ensemble elle se résout à l’effort, tout devrait bien se passer. Si c’est le contraire, l’éclatement d’importantes crises sociales est vraisemblable dans certains pays.

Il est en effet à craindre qu’une telle conjoncture puisse dériver vers une sévère crise de l’emploi. Or, il faudrait à tout prix pouvoir sauvegarder ce dernier afin de préserver la possibilité de retrouver la croissance, après la période qui s’écoulera nécessairement avant qu’une situation financière saine puisse être rétablie.

Cet effort devant  être soutenu par la plupart des pays composant l’Union européenne, il risque de déboucher sur des difficultés de cohésion des actions. Le renforcement des pouvoirs et de l’autorité du président de l’Union ( Van Rompuy ) ainsi que de la BCE devrait être envisagé.

Ce qui me fait craindre des difficultés sur ce dernier point est la réaction négative de Londres, Paris et Berlin, à la récente proposition du Commissaire européen au Budget, le Polonais Janusz Lewandowski, d’envisager la création d’un impôt européen. Le produit de cet impôt ( à prélever sur des produits à définir, essence,  transactions financières, etc… ) serait à déduire des contributions nationales directes au budget de la Commission de Bruxelles, et n’augmenterait donc pas les prélèvements fiscaux globaux. Ce premier impôt européen s’appliquerait à l’ensemble de la communauté sous l’autorité de l’Assemblée européenne de Strasbourg, pour financer le budget de la Commission de Bruxelles.

Le rejet de ce projet par les trois principales capitales de l’Union s’explique par leur refus de transférer à L’UE la moindre parcelle de la souveraineté des États composant l’Union. On est donc fort loin du consensus nécessaire pour sortir de la crise.

Au moment de la crise grecque, on avait d’ailleurs déjà pu percevoir la mauvaise volonté des membres de l’Union à pratiquer une politique de solidarité.

Le “ chacun pour soi ” va-t-il encore prévaloir cette fois-ci ?

On dirait qu’on est fort loin d’une véritable Europe, puissante et solidaire. Quel lamentable manque de discernement !

***

La problématique du yuan

yuan-symboleLes autorités chinoises, après plusieurs journées de pression de la part des É-U et d’autres pays occidentaux pour que leur gouvernement relève le taux de change yuan / dollar, annoncèrent le 21 juin 2010 que ce taux serait progressivement assoupli, en fonction cependant de l’évolution de l’économie chinoise. Cette annonce a été faite à la veille du G20, de telle sorte que les membres de cette réunion se gardèrent bien de soulever la question.

Or, entre le 21 juin et le 16 août, soit près de deux mois après cd100817-le-dollar-en-5-semainesette annonce, le $ n’avait perdu que 0,05% par rapport au YUAN, soit une revalorisation parfaitement négligeable. Cette perte était montée au maximum à 0,63$ le 9 août, à peine plus que le 16. Le tableau ci-contre montre cependant une diminution sensible de la valeur du dollar par rapport aux autres principales devises.

Pour juin, de mauvais indicateurs du commerce extérieur des É-U annoncèrent un déficit commercial de 49,90 milliards de $ contre 41,98 en mai, soit une augmentation de 18,9% d’un mois sur l’autre. Le problème du taux de change du yuan en $ va donc inévitablement se reposer, mais en des termes quelque peu différents qu’à fin juin.

En effet, le surplus de la balance des paiements courants de la Chine est passé de 11% du PIB en 2007 à 6,1% en 2009, en raison notamment de fortes réévaluations des salaires  au cours des dernières années,  augmentant ainsi régulièrement les coûts des produits qu’elle exporte. Il en résulte que si le yuan pouvait sembler faible il y a encore quelques années, c’est de moins en moins le cas. Et, comme il est dans l’intention du gouvernement de continuer à relever progressivement les salaires chinois compte tenu de l’augmentation spectaculaire de ses exportations, il devient de moins en moins nécessaire pour lui de modifier le taux de change de sa devise.

En effet, l’excédent commercial chinois de juillet a été le plus élevé depuis 18 mois. C’est dire que la Chine a dépassé la crise depuis longtemps, la croissance de son PIB semblant parti pour retrouver cette année son taux de 12 à 13 % d’avant la crise. Ses exportations ont progressé de 38,1% par rapport à 2009, avec une forte augmentation vers les É-U et l’UE.

Par contre ses importations ont ralenti à une croissance de 22,7% en juillet, contre 34,1% en juin. C’est déjà très beau ! Il faut rappeler que des mesures bancaires ont été prises au cours de ces derniers mois pour éviter le surstockage, étant donné un emballement injustifié des prix. Cette diminution correspond donc sans doute à un début de déstockage. Pendant les trois mois de crise traversés par la Chine, les achats de matières premières s’étaient en effet accélérés pour profiter du fléchissement des prix intervenu pendant cette période.

De tout cela il résulte que l’opinion des économistes occidentaux et notamment de ceux du département du Commmerce des É-U devraient évoluer vers des prétentions moins excessives qu’au mois de juin.

Il semble maintenant que la balle soit dans le camp des É-U, en ce sens que s’ils désirent que les prix chinois augmentent, la solution ne se trouve plus dans la hausse du yuan par rapport au dollar, mais dans la baisse du dollar par rapport au yuan, ainsi d’ailleurs qu’à toutes les autres devises occidentales, car l’abondance des liquidités “ fabriquées ” par la FED depuis 18 mois, sans contrepartie d’une véritable richesse économique, ne justifie plus les taux actuels du dollar. Même si cela échappe encore à beaucoup d’observateurs, il n’est plus désormais possible de considérer le dollar comme une valeur-refuge.

Cette opinion est d’autant plus réaliste que les récents indicateurs économiques des É-U, très préoccupants, poussent la FED et le gouvernement à poursuivre les aides à la relance par l’injection de nouvelles liquidités. On attend d’ailleurs toujours que la FED présente un plan d’épongement de ces excès applicable après la sortie de la crise, dont le terme échappe encore à notre vision aujourd’hui.

© André Serra

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On a voulu jouer au plus malin en consommant par avance les revenus de l’avenir. Et ceci, pendant trop longtemps.

Difficile de comprendre que des générations de politiciens aient pu considérer cette trouvaille économique comme un trait de génie des économistes libéraux et mondia­lisateurs.

Les États-Unis, et dernièrement l’Europe, ont décidé d’imprimer des billets de banque pour payer leurs dettes, immenses.

C’était assurément de la fausse monnaie, donc une action stupide qu’ils devront payer un jour ou l’autre par une inflation qui dépréciera toutes les monnaies, et ruinera beaucoup de monde. Mais ce sera demain, ou bien après. L’Homme a pris l’habitude de jouir en avance et de payer plus tard. À force d’inciter leurs citoyens à payer plus tard, les gouvernements ont fini par adopter cette manière de faire. Donc maintenant tout le monde est endetté et personne ne peut plus payer.

Mais la vraie question est : pourquoi crie-t-on à présent ” Harro sur le baudet ” contre l’Europe, et qu’on ne l’a pas fait contre les États?Unis depuis deux ans, alors qu’ils ont fait exactement la même chose ?

La réponse, que l’on serine pourtant fermement depuis des lustres partout autour du monde, est pourtant tout simplement que le dollar étant “LA monnaie mondiale de réserve” depuis un demi-siècle, ce pays peut impunément imprimer des billets verts, en étant absolument certain que la planète entière entassera sans mot dire dans leurs réserves ces billets qui ne servent à rien d’autre qu’aux États-Unis, à payer des biens et des services étrangers qu’ils n’ont pas les moyens de payer avec de vrais revenus.

Cela s’appelle du “pillage“, et tout le monde paraît content d’être pillé !

Le jour où les autres États de la planète décideront enfin de ne plus être des victimes de cette traite des blancs, je ne donnerai pas cher de la peau des Étasuniens.

Le FMI tout de même, par la voix de Dominique Strauss-Kahn son directeur, ne s’est pas gêné pour conseiller à ces pays-moutons fraîchement tondus, de réduire leur dépendance au dollar :

Un certain nombre de mesures peuvent être prises pour renforcer les systèmes monétaires internationaux, notamment une meilleure surveillance des flux de capitaux, des filets de sécurité financière plus importants et une plus grande utilisation des droits de tirages spéciaux ” a-t-il déclaré, en ajoutant que ces mesures pourraient inclure notamment ” un usage plus large d’actifs alternatifs de réserve, par exemple en euro ou yen ou yuan “, pouvant produire l’effet ” d’une soupape de sécurité “.

Il semble pourtant bien que ses recommandations soient tombées dans des oreilles sourdes, puisqu’on assiste depuis plus d’une semaine à la hausse continue du cours du dollar.

Il me plaît d’être battue ! ” fait répondre Molière par Martine à monsieur Robert dans ” Le médecin malgré lui “. Bernanke et Trichet ont dû lire Molière, assurément.

Non seulement les propos de Dominique Strauss-Kahn mettaient ainsi en garde les banquiers centraux réunis à Zurich contre un emploi exclusif d’une seule monnaie de réserve, mais il suggérait d’une manière on ne peut plus nette que le dollar n’était plus une valeur très sure. Mais, il n’est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre. Il n’est même pas certain que ces propos aient été rapportés à Barack Obama.

Le dollar pas sûr ? Ben voyons, je dis n’importe quoi ! Eh bien, on est au moins deux à le penser.

Vous pouvez toujours lire sur le site suivant, l’article complet de l’Agence France Presse (AFP) qui rapporte les propos de Dominique Strauss-Kahn :

http://www.google.com/hostednews/afp/article/ALeqM5hIPa43i90jIftp6EDrMz6yslpSJQ

© André Serra

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L’économie mondiale est atteinte de thrombose monétaire !

En termes financiers, cela signifie que le monde croule sous les liquidités issues des plans de relance de tous les pays atteints par la crise des subprimes.

Faisons une parabole de ce qui est en train de se passer : plantez une plante dans une plaque de béton, si vous pouvez. Ensuite arrosez la abondamment jusqu’à ce qu’elle se mette à pousser. Si elle pousse, vous avez de la chance, sinon votre plante va mourir. Manifestement, la méthode employée n’était pas la bonne.

Pourtant, il ne se passe pas autre chose dans les économies occidentales atteintes par la crise et qui n’en sont pas encore sorties, malgré la propagande qui prétend que la crise est derrière elles. Or, on ne pourra dire que la crise est passée que :

- lorsque le taux de croissance aura dépassé 1,5%, après que les aides directes, telles que primes à la casse et au logement auront été supprimées depuis au moins trois mois,

- lorsqu’une hausse légère du taux d’intérêt pourra être supporté par l’économie sans que la crise reprenne.

Avant cela, nous serons toujours en crise. Les États-Unis et l’Europe sont donc toujours en panne quelque soient les petits indices d’amélioration qui se manifestent ça et là, mais qui ne sont pas stables dans le temps. La Chine, ses amis du BRIC [Brésil, Russie, Inde, Chine] et quelques autres ont d’ores et déjà dépassé ce test. C’est ainsi que l’Australie a pu augmenter à deux reprises son taux d’intérêt en le portant à 3,75%. Mais il est vrai que c’était surtout pour calmer l’emballement de son économie, essentiellement basée sur le commerce des matières premières.

Voyons comment ça se passe aux É-U par une autre parabole :

Si vous versez du café à côté de la tasse destinée à le recevoir, celle-ci ne se remplira pas, mais la nappe qui la supporte en sera largement imbibée : le café, ce sont les dollars, la tasse est l’économie et la nappe, le secteur financier de l’économie. On en est là ! Après son sauvetage le secteur financier put emprunter à la Fed des sommes considérables à 0% ou presque, et les plaça dans des actifs extérieurs au pays, parce qu’ils y sont plus rentables qu’aux É-U. Mais surtout, ses opérateurs recommencèrent les activités de “carry trade” qu’ils avaient dû abandonner au début de la crise faute de capitaux. Pendant ce temps le reste de l’économie fut privé de crédit, à l’exception notable du secteur de l’automobile.

D’un autre côté, les classes les plus riches du pays n’ont jamais été aussi riches et continuent de s’enrichir, en particulier parce que depuis l’époque Bush leurs impôts ont été considérablement réduits, et que de ce fait, leur épargne est devenue colossale. Elles disposent donc de liquidités démesurées. Qu’en faire ?

Contrairement au secteur financier, ces classes n’ont pas besoin d’argent. Elles croulent sous leurs ors, mais ce n’est pas une raison pour les laisser dormir. Elles les utilisent pour acheter des actifs négociables. D’abord en bourse, actions et matières premières, mais aussi dans l’immobilier de luxe. Elles ont donc ainsi puissamment aidé à ce que la bourse se rétablisse, même si la plupart des valeurs y sont surévaluées. Mais elles ne peuvent guère aller plus loin. Compte tenu de la situation économique, cela commencerait à être dangereux. Par contre, l’immobilier de luxe est intéressant. Son marché est plus étroit et bien contrôlé. Il ne s’agit d’ailleurs pas pour eux de construire. C’est beaucoup trop long avant de rapporter. Elles préfèrent guetter les occasions, et les revendre rapidement. Il n’en manque pas et il suffit de bien choisir.

En résumé, malgré les sollicitations pressantes du gouvernement, les banques ne prêtent pas aux entreprises, et encore moins aux particuliers, tellement elles ont peur de courir des risques. Et puis elles gagnent tellement plus en échangeant des dollars presque gratuits contre des devises étrangères qui rapportent. Tant pis si elles fossilisent leur pays !

***

Quant aux particuliers, la plupart de ceux qui ne sont pas encore chômeurs sont endettés jusqu’à l’os. Alors ils ont revu leur budget, et remboursent leurs dettes autant qu’ils le peuvent. C’est pour cela que leur taux d’épargne, négatif à -3% en décembre 2007, est passé à près de +7% en octobre 2009. Donc, pas question pour ceux-là de s’endetter à nouveau. Bien sûr ce taux est un taux moyen, d’autres épargnent beaucoup plus, mais bien plus encore ne sont même pas capables de faire face à leurs propres échéances. Sans parler de ceux qui doivent abandonner leur maison aux mains de leur banquier, car le rythme des saisies ne dérougit toujours pas. Il y a encore beaucoup de contrats “subprimes” à venir, ceux que les propriétaires ont réussi à honorer jusqu’ici, mais qu’ils doivent à présent abandonner parce qu’ils sont arrivés aux limites de leurs moyens.

Je ne parle évidemment pas des chômeurs. Leur taux dans la population est passé de 10,2 à 10,1% en un mois. Quelle victoire pour le gouvernement ! Mais celui-ci se garde bien de publier le nombre de ceux qui sont sortis de leur droit à être indemnisés, ni de ceux qui ont abandonné toute recherche d’emploi, ou qui travaillent seulement quelques heures par ci, par là. En les compilant, on arrive à un taux de sous emploi très proche de 20%.

***

Pendant ce temps-là, les dollars généreusement imprimés par la Fed se répandent sur la planète grâce à l’astuce du “carry trade”. C’est autant de dollars qui sortent du circuit monétaire officiel. Ils vont gonfler les poches de tous ceux, États et particuliers, qui croient en la résurrection du dollar et de son économie. “Trop gros pour faillir“, dit la rumeur publique. Comme le WTC probablement.

Les É-U ont donc ainsi marchandisé leur monnaie. Celle-ci perd peu à peu son rôle de vecteur d’échange pour devenir simple objet de commerce. Mais qu’à cela ne tienne, c’est facile à fabriquer.

Cependant, à imprimer tant et tant de coupures du fameux dollar, celui-ci perdra nécessairement sa valeur à long terme. C’est une autre façon de créer de l’inflation sans que les prix augmentent. Malin n’est-ce pas ! On craignait que toutes ces vaines dépenses allaient créer de l’inflation ! Que nenni ! On file des dollars qui ne valent plus grand chose aux étrangers contre la meilleure monnaie de ceux-ci, lesquels viennent ensuite les échanger à leur tour sur les bourses de New York et de Chicago, faisant ainsi monter les cours des actions et de certaines matières premières. Vous voyez bien que les É-U sont sortis de la crise puisque le cours des actions monte, apportant ainsi un peu de gras au dollar. Malin, non, cette stratégie-là ?

Pas exactement. Déjà la bourse retombe, mais le dollar grimpe contre l’euro, affecté par les difficultés financières de la Grèce, de l’Espagne et du Portugal. Nous en sommes cependant sans doute à la dernière étape, avant qu’une véritable crise monétaire n’éclate au détriment du dollar.

Nouvelle du jour : Une mise en garde est à faire, pour terminer, en ce qui concerne la croissance du 4ème trimestre 2009 des É-U, annoncée provisoirement à +5,7% en rythme annuel par le département du commerce, ce vendredi.

L’analyse de sa structure montre que 3,39 de ce taux est dû à un surstockage des entreprises, qui sera très probablement corrigé à la baisse dans le résultat définitif publié fin mars.

En effet, si on se limite aux ventes finales, celles-ci ne progressent que de 2,2%, soit au même taux qu’au troisième trimestre, toujours en rythme annuel. La majorité des économistes et la banque centrale s’accordent cependant pour prévoir une croissance lente en 2010.

Ce serait déjà ça !

André Serra

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L’économie des États-Unis prend de plus en plus la forme d’une peau de chagrin, car elle rétrécit à vue d’œil. Il devient donc impératif que le gouvernement de ce pays bouge, et qu’il trouve des solutions rapides et efficaces pour redresser la barre. Mais peut-il en trouver et les appliquer ? En existe-t-il seulement une ?
George Bush et Henry Paulson, son secrétariat au trésor, renouvellent de temps à autre leur proclamation pour un dollar fort, mais cela ne l’empêche pas de baisser continuellement. Il ne faut pas en effet se leurrer sur sa bonne tenue apparente, car elle est essentiellement due aux apports des fonds souverains aux banques étasuniennes en difficulté : quelques dizaines de milliards de dollars. Cet effet factice une fois passé, la tendance lourde du dollar à la baisse se manifestera à nouveau.
D’ailleurs Bernanke, le président de la FED, se garde bien de tout pronostic à ce sujet. Il sait en effet que des deux stratégies qui s’offrent à lui, aucune n’est satisfaisante :
— augmenter les taux d’intérêt pour juguler l’inflation qui progresse. Bernanke voit bien que le prix des matières premières ne cesse de monter, tant en raison de la croissance continue des pays émergents que de l’augmentation des coûts d’accès au pétrole. Une augmentation des taux d’intérêt serait donc la bienvenue pour modérer cette inflation, ainsi que pour rendre plus attrayants les placements en dollars de capitaux étrangers, indispensables pour boucher les trous des deux énormes déficits jumeaux du pays, ceux du budget de l’État et du commerce extérieur. Cela permettrait aussi de freiner la chute du dollar et de reprendre un peu de terrain à l’euro.
Mais augmenter les taux d’intérêt, c’est aussi freiner les investissements nécessaires pour soutenir l’emploi qui s’étiole, accroître la productivité et réduire la consommation, laquelle a tellement besoin de crédit en raison de l’endettement délirant de la population et de la baisse de ses revenus.
— mais si, au contraire, la FED baissait le coût du crédit pour relancer la production comme la consommation, alors l’afflux des capitaux étrangers se tarirait inévitablement. Le cours du dollar verrait sa baisse s’accélérer, renchérissant ainsi le coût des produits importés et notamment le précieux pétrole. Si seulement les Chinois voulaient bien augmenter leur taux de change ! Mais ils s’entêtent à ne le faire qu’au compte-goutte, ce qui renforce la tendance des entreprises étasuniennes à se délocaliser selon un flux qui ne cesse de s’enfler, vidant progressivement le pays de sa substance, c’est-à-dire le privant de sa capacité à résister à la crise.
Que le taux d’intérêt augmente ou baisse, les É-U se trouvent donc coincés dans un garrot financier dont ils ne peuvent se débarrasser. À moins que…
À moins qu’ils ne comprennent enfin que leur hégémonie leur coûte trop cher, et qu’ils ne se débarrassent d’un fatras de dépenses qui siphonnent leurs forces vives. Il leur faudrait ainsi renoncer à leur présence militaire un peu partout dans le monde en d’innombrables bases. Supprimer aussi leurs nouvelles fabrications de guerre, seul résidu notable de leur industrie en déroute, mais d’une utilité bien discutable compte tenu de leur supériorité militaire actuelle, si ce n’est pour limiter la croissance du chômage qui vient de redémarrer chez eux, faute d’autres productions plus utiles, désormais réalisées au-delà de l’océan pacifique.

Mais ce serait mal connaître les Étasuniens que de les croire capables d’une telle humilité et d’un tel réalisme. Il leur est tout à fait impossible de comprendre que leur déclin est à leur porte, et plus encore d’accepter la perte de l’hégémonie dont ils jouissent depuis tant d’années.
Alors pourquoi ces extraordinaires dépenses militaires ?
Ne seront-ils pas tentés, dans une manœuvre désespérée, de reprendre leur destin en main en envahissant des zones stratégiques comme le Moyen-Orient (Syrie et Liban compris, fermant le pont Israël-Irak), mais aussi le Caucase (la Géorgie est actuellement présidée par Mikheil Saakachvili, fermement pro-américain et candidat à l’OTAN), le Pakistan, verrou possible à revers de l’Iran et de l’Afghanistan, et les cinq républiques musulmanes entre Caspienne et Chine, coin pétrolier et gazier entre Chine et Russie. Les É-U y possèdent des bases militaires depuis le 11 septembre 2000, susceptibles de constituer des têtes de pont efficaces pour l’exécution d’une telle stratégie.
Au travers du Pakistan, les É-U aimeraient bien pouvoir également contrôler le port en eau profonde que la Chine y a construit sur la mer d’Oman pour son approvisionnement en pétrole, dans le but d’éviter le détroit de Malacca, sous le contrôle actuel des escadres étasuniennes. Il y a un précédent : par ce moyen, les É-U ont bloqué l’approvisionnement en pétrole du Japon en 1941 pour stopper son expansion militaire en Asie.
On sait bien que les É-U ne possèdent pratiquement pas de troupes terrestres, mais leur état-major n’a pas encore totalement abandonné sa stratégie de destruction massive par voie aérienne, précédant une occupation légère du terrain associée à une subversion dollarisée des élites locales.
Leur visée serait ainsi stratégiquement double : étouffer la croissance exponentielle de la Chine qui rongent leur économie jusqu’à l’os, puis rétablir l’empire universel du dollar, actuellement en dégénérescence cancéreuse rapide, en l’imposant par la crainte à une Europe sans muscles, à une Russie revancharde, mais encore militairement faible, ainsi qu’à une Chine affamée par un blocus terrestre et maritime.
Ce n’est là qu’une hypothèse, un peu théâtrale, mais si elle devait voir le jour, sous cette forme ou sous une autre, ce serait le Stalingrad des É-U. Eux ne le savent pas, mais Hitler non plus ne l’avait pas prévu, et pourtant il y est allé.
Bon vent pour tous !

©André Serra

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