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Posts Tagged “consommation”

Bien sûr, mon titre est abrupt. Je l’ai choisi pour prendre le contre-pied de formules du type “ la crise est derrière nous ” ou “ la reprise s’accélère ” ou bien encore “ le chômage baisse “, qui ne correspondent en aucune manière à la réalité.

Deux informations de ces derniers jours m’ont poussé à écrire cet article, dont le sujet tournait déjà dans ma tête depuis trois mois, depuis que ces formules ont commencé à troubler notre conscience des choses réelles, et à user ma propre patience.

La première de ces informations est la chute de 11,2% des ventes de maisons neuves aux États-Unis en janvier, chiffre le plus bas de cette statistique depuis son début en 1965, et sa troisième baisse mensuelle consécutive. La seconde est la faillite de l’agence de voyage en ligne Go Travel South pour raisons économiques, dont tous les départs du Canada ont été annulés.

Réfléchissons !

La reprise, ça serait du travail en plus, donc des emplois et des revenus en plus, et de la consommation en plus, peut-être…, à moins que les travailleurs veuillent simplement et rationnellement rembourser leurs dettes. Et pour qu’il y ait des revenus, il faudrait qu’il y ait de la consommation, et donc de la production, et donc de l’emploi. À condition toutefois que la consommation ne se porte sur l’importation que d’une manière mesurée, directement ou indirectement.

S’il se vend brusquement moins de maisons, même s’il en existe le besoin, et moins de voyages de plaisance, même s’il en existe le désir, c’est qu’il y a moins de revenus pour les acheter, soit que les salaires baissent parce que les entreprises sont en difficulté, ou qu’il y ait moins d’emploi parce qu’il y aurait moins de production à exécuter, parce qu’il y aurait moins de consommation, parce qu’il y a moins de revenus, parce qu’il y a moins de… et puis zut, je pense que c’est clair, non ? Je veux dire qu’apparemment rien ne va plus. En fait de reprise, je crois bien que nous allons rester encore un certain temps avec des trous à nos chaussettes… et au fond de nos poches.

Alors qu’est-ce qu’on fait ?

Les entreprises savent que le principal poste de leurs frais est maintenant celui des salaires et des charges sociales. Celui des matières premières a fondu, et quant à celui des investissements, il se finance habituellement par des emprunts, et s’amortit sur plusieurs années par déduction des impôts. Or on sait que les budgets d’investissement sont en ce moment comme une peau de chagrin et ne coûtent plus grand chose.

Les investissements n’ont donc pas repris après les énormes licenciements de 2008 et  de 2009. Il n’y a d’ailleurs pas de raisons pour ça, sauf, et c’est important, les investissements destinés à robotiser encore plus les opérations de marketing, production, gestion et manipulation des objets fabriqués ou des services rendus.

Le souci des entreprises est donc actuellement d’éviter d’avoir à réembaucher même si, et seulement si, il y avait réellement reprise. Il faut ajouter à cela les effectifs perdus en raison des délocalisations, qui ne se sont guère arrêtées depuis deux ans… et qui continuent, bon temps, mauvais temps, dès qu’un concurrent commence à le faire.

***

Mais je viens de prendre connaissance à deux jours d’intervalle de deux autres nouvelles qui vont vous mettre le baume au cœur :

La première tient en deux pages complètes de l’hebdomadaire “ Les Affaires ” du Québec.

Enfin on va pouvoir faire nos opérations bancaires sans nous rendre à notre banque, ni rester chez nous pour nous y rendre par internet. Maintenant on va pouvoir les faire de notre cellulaire en déambulant, et de n’importe où.

Houa ! La CIBC, grosse banque du Québec, vient de créer pour ses clients une application pour le iPhone qui va faire ça pour vous, chômeurs compris. À l’exception des dépôts, bien sûr.

Mais il y a plus fort !

Dans le même hebdomadaire, on apprend qu’une banque, aux États-Unis cette fois, la USAA, a conçu une application sur iPhone ( les photos sont dans l’hebdo ) qui permet de photographier les chèques que l’on reçoit, et de les déposer ainsi à son compte. Encore une fois en marchant… si on est pressé. Elle est disponible depuis juillet 2009, et accessible par 60% de la clientèle de la banque, sur acceptation de la demande.

Il y a tout lieu de penser que ce type d’innovations va croître et prospérer, dans une foule d’applications, un peu partout dans l’économie.

Les clients vont apprécier. Plus de visites à son agence bancaire. Que de temps gagné ! Les banques aussi vont apprécier. Plus de guichetier, ou en tous les cas beaucoup moins ! C’est épatant ! Mais ce n’est pas tout. Si les guichetiers disparaissent, plus besoin d’autant d’agences, donc moins de sous-chefs, de chefs, de directeurs d’agences, donc moins de frais  de salaires et d’immobilier. Par contre les banques pourront en vendre les locaux, ce qui les enrichira… davantage. Ce sera toujours ça de gagné. Juste un peu plus de frais informatiques. Et on trouvera bien un jour le moyen de se passer de monnaie visible, le seul ver qui reste dans le fruit bancaire. Mais évidemment, ça fera aussi moins de consommateurs et plus de chômeurs, à moins qu’on ne trouve des bricoles à leur faire faire. De l’informatique par exemple…

En somme, le fin du fin de l’économie c’est d’avoir trouvé le moyen pour que le consommateur tue le consommateur, car qu’est-ce qu’un chômeur si ce n’est aussi un consommateur ? C’est parfaitement clair. Mais que se passera-t-il donc quand les consommateurs se seront tous entre-ruinés les uns les autres ? Je vous le demande, car moi, je n’en sais bougrement rien. Quoique, il me vient tout de même une petite idée : trouver un moyen pour que le chômeur tue à son tour le chômeur. Ça se fait déjà beaucoup par les guerres, surtout mondiales. Un uniforme, un casque, et hop, ” mort au champ d’honneur “ ! …

Si vous avez une meilleure idée, écrivez-moi !

Mais avant de me l’envoyer, lisez ou relisez donc ce bouquin que Jeremy Rifkin nous a écrit en 1997, à propos de cette fâcheuse tendance de l‘économie à éradiquer le travail des hommes et des femmes. Il est plein d’enseignements, et ça vous économisera peut-être un timbre !

© André Serra

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Ces quatre mots désignent les facettes clés de l’économe étasunienne en 2010. Comment s’articulent-elles entre elles en ce début d’année ?

CHÔMAGE

La croissance du chômage indemnisé décroit aux É-U. C’est bien, mais le nombre réel des sans emplois augmente malgré tout du fait de gros bataillons de chômeurs qui perdent tous les mois leur droit à des indemnités, car identifier la décroissance des licenciements mensuels comme une décroissance du chômage constitue une pure et simple manipulation de vocabulaire. Le chômage augmente donc moins vite, mais le nombre cumulé des chômeurs réels continue d’augmenter sans arrêt. Il n’y a donc pas encore de sortie de crise aux É-U, comme on n’a pas arrêté de nous le seriner depuis trois mois.

De cette importante “nuance” résulte le fait que lorsque l’on ajoute au chômage “officiel” les salariés à temps très partiel et les chômeurs non indemnisés, le réel chômage économique est passé de 17,2% en novembre à 17,3% en décembre, pendant que le chômage “officiel” descendait de 10,2% à 10%. Voilà comment le gouvernement parvient à faire chuter  le taux de chômage lorsque le nombre de chômeurs augmente. De la pure magie ! Les pertes d’emplois “officielles” depuis le début de la crise sont passées de leur côté de 3,1 millions en 2008 à 4,2 millions en 2009, pour un total de 7,3 millions.

En effet, seul est officiel le nombre des chômeurs indemnisés, et le gouvernement hésite à augmenter la durée de l’indemnisation légale, car cela aurait pour effet de gonfler immédiatement la statistique du chômage “officiel”, avec un impact certain sur la confiance des citoyens, et par conséquent sur la consommation. Toutefois le gouvernement risque d’y être bientôt contraint s’il veut éviter que des manifestations publiques de mécontentement ne se déclenchent dans les prochains mois, d’autant que le nombre mensuel de saisies immobilières continue de jeter beaucoup de monde dans la rue. Il reste encore beaucoup de victimes des subprimes, même si on a tendance à les oublier. Le gouvernement tentera probablement de maintenir le statu quo jusqu’aux élections de mi-mandat, en novembre 2010. Mais cela lui sera certainement de plus en plus difficile d’éviter des déraillements après avoir beaucoup rassuré, car de nouveaux raisins de la colère sont en train de mûrir. Socialement, les É-U vont de plus en plus mal. L’espoir obamaniaque a perdu son effet magique.

Ce qui est particulièrement dommageable est la perte continue des emplois industriels, car ce sont les seuls qui créent une réelle richesse dans le pays. Apparemment, l’augmentation des emplois dans les services  compense largement leur destruction dans l’industrie, mais leur rôle économique est bien différent. En outre, l’augmentation des services en fin d’année est constituée pour une grande part d’emplois temporaires liés à celle de l’activité commerciale de fin d’année. Elle retombera rapidement en janvier. On vient d’ailleurs d’en voir le résultat pour décembre, avec l’annonce d’une destruction de 85000 emplois, après seulement 4000 en novembre, statistique qui avait été accueillie par des cris de triomphe prématurés. Non, l’économie des É-U n’est pas sauvée et n’est pas près de l’être. On a d’ailleurs simultanément annoncé que le nombre des destructions d’emplois d’octobre avait été rectifié à 127 000 après 111 000 annoncés. On a arrêté de se frotter les mains dans les chaumières des É-U.

Tout compte fait, le chômage continue donc de prospérer dans le pays, bien que le rythme de sa progression faiblit un peu. Il ne s’arrêtera probablement complètement que lorsque la production de biens sera descendu au niveau correspondant à la réelle consommation potentielle de la population, hors nouvel endettement de celle-ci. C’est là une vérité de La Palice, mais les Étasuniens l’avait oubliée depuis quelques années.

CONSOMMATION

Dire que les Étatsuniens sont toujours très endettés est un pur truisme. D’autre part, leurs revenus ont baissé en valeur constante. Beaucoup d’entreprises ont exigé de leur personnel des baisses de salaire souvent importantes pour empêcher leur dépôt de bilan. Ce fut notamment le cas des salariés de la construction automobile et de la presse, mais pas seulement.

Les citoyens ont pris toute la mesure de leur endettement avec la crise et les risques de licenciement. Depuis un an, ils tentent de se désendetter. C’est pourquoi leur taux d’épargne qui était encore négatif à -3% en décembre 2007 s’est mis à croitre rapidement, et s’établit actuellement entre 7 et 9% selon les mois. Il est donc logique que leur niveau de consommation ait baissé d’autant, du moins en valeur.

Si donc les citoyens consomment environ 10% de moins en valeur constante qu’en 2007, il est normal que le pays ait besoin de moins importer et de moins produire, et par conséquent d’avoir moins de monde au travail. Ce qui continuera de nourrir le chômage, jusqu’à ce que le niveau de production corresponde à celui des dépenses que les consommateurs s’accordent à présent. À partir de ce nouveau niveau de chômage, le nombre de gens sans emplois restera stable, à moins que des progrès de productivité réalisés par les entreprises ne l’affectent par de nouveaux licenciements ou baisses de salaires. Ce qui n’aurait rien d’impossible, les entreprises faisant des pieds et des mains pour retrouver les bénéfices de leurs années de splendeur, au détriment de leur personnel.

CROISSANCE

Ceci étant dit, pourquoi la croissance repartirait-elle dans ces conditions ? Tout semble concourir à ce que les É-U atteignent, courant 2010, un solide niveau de stagflation, c’est-à-dire une stagnation de la production dans un environnement inflationniste, compte tenu des excès connus et continus de la machine à fabriquer des dollars fictifs, machine fermement sollicitée par le gouvernement chaque jour qui passe pour boucher les énormes trous de son budget.

CRÉDIT

Ici, nous nous trouvons devant une contradiction, car le gouvernement n’arrête pas de reprocher aux banques de trop serrer les cordons de leur bourse et de ne plus prêter assez d’argent.

Cette attitude de sa part surprend, car si la consommation n’augmente pas en raison du fait que les consommateurs ont décidé eux-mêmes de consommer moins pour pouvoir réduire leur considérable endettement, on ne voit pas comment les banques pourraient les obliger à “bouffer” du crédit malgré eux.

D’autre part, compte tenu du chômage, et de l’importance des saisies immobilières qui perdurent sur fond de licenciement persistant, les risques que courent les banques en prêtant se sont considérablement accrus. Les reproches du gouvernement ne sont donc que de la poudre aux yeux pour culpabiliser les banques et s’éviter à lui-même les critiques de la population.

Enfin, sur le front de l’investissement la situation ne peut être meilleure pour les mêmes raisons. Si les besoins de la population ont diminué, alors les investissements de production n’ont pas lieu d’être. Seuls les investissements correspondant au lancement de nouveaux produits pour soutenir la concurrence, et ceux qui ont pour but d’améliorer productivité et coûts de production peuvent justifier de nouveaux emprunts.

Même ceux-ci ne représentent plus qu’une fraction des investissements passés, et surtout, les demandes de prêts des entreprises se heurtent à présent, comme pour les particuliers, aux réticences des banques, en raison des risques accrus courus du fait de l’affaiblissement d’une grande partie des entreprises, surtout des plus petites. De toutes les manières, les investissements de productivité ayant surtout pour but un allègement des coûts salariaux, ils exercent un biais positif sur le niveau du chômage, de telle sorte que, de quelque côté que l’on se tourne, l’économie des É-U a du mal à retrouver un équilibre durable.

***

Le système bancaire ne récoltant plus que de maigres intérêts de son activité de banque de détail, il essaye d’exploiter au mieux les facilités offertes par la FED. Pour le moment, c’est le taux nul des prêts interbancaires de celle-ci qui lui permet de survivre, et de rembourser les aides financières que l’État lui a consenties par le moyen du TARP. Les étonnants bénéfices que les banques ont annoncés récemment proviennent d’une utilisation exacerbée du “carry trade“, lequel consiste à emprunter des sommes importantes à la Fed au taux de 0% et de placer ensuite ces sommes dans des pays où les taux sont plantureux, comme ceux de l’Australie par exemple où ils sont de 3,75%, et où les risques sont encore peu importants.

C’est une “industrie” parasite qui caractérise bien une économie où le trucage et l’expédient sont devenus une règle courante. Gagner ainsi des sommes fort importantes par une activité dans laquelle l’opérateur n’engage, ni sa responsabilité, ni la sueur de son front, est totalement immorale et devrait être purement et simplement interdit. Cette pratique nuit en outre à l’économie étrangère dont elle parasite les circuits monétaires, en lui prenant des intérêts qui l’affaiblissent, et n’ajoute aucune vraie richesse dans l’économie de son propre pays.

Au moins ce système maintient-il l’église au milieu du village des É-U pour le moment, selon la circularité suivante : l’État crée immédiatement des dollars, qu’il n’a pas, pour les avancer aux banques afin de leur éviter de faire faillite. La FED leur prête de son côté des sommes illimitées à 0%. Les banques n’ayant plus de revenus normaux, puisqu’elles ne prêtent plus d’argent, utilisent celui de la FED pour spéculer selon le carry trade sur les devises des pays qui jouissent encore de taux élevés. Enfin, avec les bénéfices colossaux de ce carry trade, elles peuvent rembourser les avances de l’État, de telle manière qu’elles retrouvent l’indépendance d’action que le gouvernement avait fait semblant de vouloir leur ôter, et reprendre le cours ordinaire des opérations louches qui ont provoqué la crise, car elles n’ont rien appris de celle-ci. N’est-ce pas génial ?

CONCLUSION

La crise est passée par un creux depuis la rentrée de septembre. Mais ce creux est maintenant dépassé par la remonté du chômage et quelques autres indices désagréables. Deux directions devraient donc être suivies par l’État étasunien le plus rapidement possible.

La première consisterait à suspendre ou même supprimer les aides à l’économie, telles celles des “primes à la casse” pour l’automobile, et celles dont bénéficient les nouveaux propriétaires immobiliers. L’État est en effet parvenu au bout du rouleau, et les initiatives projetées par beaucoup de pays dans le but de se passer d’un dollar essoufflé, progressent à grandes enjambées.

Les É-U ne peuvent ignorer ce mouvement, lequel, s’il devait s’accélérer, lui enlèverait la force de frappe dont il a bénéficié depuis 65 ans, et qui explique largement pourquoi ce pays a pu atteindre le niveau de croissance qui était encore le sien il y a quelques années. Il est impératif pour eux de rétablir la confiance dans le dollar, car leur hégémonie ne tient que par lui ( et non par la force armée ), et de son côté, le dollar ne tient plus que par une hégémonie désormais branlante. Leur hégémonie et le dollar marchent en effet d’un même pas. Si l’un défaille, l’autre s’efface et réciproquement.

La seconde direction est le relèvement du taux interbancaire par la FED, qui est pratiquement à “0″ depuis plus d’un an. Sans ce relèvement, le risque, actuellement nul, de voir une solide inflation s’installer très vite dans le pays, deviendrait majeur, provoquant assurément la stagflation dont je parle plus haut.

Or, c’est là que les États-Unis vont probablement frapper un mur. S’ils agissent trop vite, leur économie sera incapable de supporter une hausse significative des taux. Soyons conscients du fait que les quelques indices positifs que leur économie présente depuis quelques mois reposent entièrement sur un taux d’intérêt nul, ainsi que sur les aides à la construction automobile et à l’immobilier. Mais s’ils tardent au contraire à agir dans ce sens, s’en sera sans doute terminé à la fois pour le dollar et leur hégémonie.

Entre la perte du statut international du dollar et la ruine de leur économie, les possibilités de solutions pour le gouvernement des É-U sont à peu près inexistantes, car le temps joue actuellement contre lui. Pour le moment, il se replie sur des expédients et sur la propagande.

L’année 2010 sera très dure pour lui, son chef et sa population.

Quant à la vraisemblance d’une relance économique rapide … !

© André Serra

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Au centre d’un maelström d’informations économiques souvent contradictoires, je ne suis pas certain que beaucoup de monde s’y retrouve. Pourtant, la crise continue, superbement indifférente à ce qu’on dit d’elle. On dit qu’elle est terminée. On dit qu’elle ne cessera que lorsque l’économie recommencera à embaucher. On dit, on dit, on dit !!!

Mais en tous les cas, il est certain que cette foutue crise est toujours là et que, en dépit d’une inflation, bien réelle celle-là, des discours, des réunions, des forums ici ou là, des G2, 8, 20, une seule chose est démontrée tous les jours : les politiciens comme les économistes sont plantés. Leur salive coule abondamment mais leurs neurones sont plats.

Il y a cependant bien des choses contradictoires dans toute cette affaire. Prenez le secteur financier aux É-U. On a accusé leur gouvernement d’avoir renfloué les institutions financières au lieu de refinancer les malheureux emprunteurs de subprimes que l’on continue de jeter à la rue par milliers. A-t-on bien compris pourquoi ? On s’est généralement contenté de dire que l’on privilégiait ainsi les riches. Bien sûr ! Bien sûr !

Mais pas seulement. On nous l’a pourtant expliqué sans arrêt depuis plus d’un an : on avait voulu donner de l’argent aux banques, passablement ruinées, les moyens de prêter à nouveau aux gens pour qu’ils recommencent à consommer en s’endettant, et fassent ainsi repartir la locomotive de la croissance.

Fort bien ! Mais le gouvernement des É-U avait-t-il oublié que la principale cause de la crise avait précisément été l’endettement des particuliers, si élevé que ceux-ci ne pouvaient plus faire face à leurs échéances. En effet, on a toujours parlé des emprunteurs de subprimes, mais on ignora royalement les autres consommateurs, endettés souvent par de multiples cartes de crédit à des taux de 18 à 24%, et dont les difficultés de paiement émergèrent dans le même temps où la Fed commença à ré augmenter ses taux, provoquant ainsi l’éclosion  de la crise des subprimes.

En somme, en faisant en sorte que les consommateurs puissent à nouveau emprunter et consommer, le gouvernement des É-U agit de telle sorte que la crise reparte à ses débuts, sans doute avec une force et des dégâts bien plus considérables.

Cependant, en supposant que les consommateurs tombent à nouveau dans le panneau, qu’achèteraient-ils ? Sans doute en grande partie des produits importés, alors qu’avant la crise, c’est la croissance des importations qui avait mené à l’alourdissement progressif du déficit commercial du pays, lequel conduisit ainsi à son tour le dollar au déclin continu de sa valeur.

Mais heureusement pour le pays, les Étasuniens ont arrêté leur consommation échevelée. Depuis l’éclatement de la crise, ils épargnent et se sont mis à rembourser leurs dettes. En décembre 2007, ils dépensaient encore 3% de plus que le montant de leurs revenus. En juillet 2009, ils étaient parvenus à épargner 7% sur leurs revenus.

Des preuves ? En juillet 2009, le crédit à la consommation a diminué d’un montant record de 21,6 milliards de dollars (source : la Fed). D’autre part, l’encours de crédit à la consommation a reculé ce même mois de 10,4% en rythme annuel. En juin, la chute du crédit avait été annoncée à 10,3 milliards, mais elle vient d’être réévaluée à 15,5 milliards !

Sur un an, le crédit à la consommation a diminué de 11,7 % !

***

On peut donc dire, d’ores et déjà, que le gouvernement des É-U a manqué sa cible deux fois. D’un côté, il a dépensé plusieurs milliards de dollars pour rien, puisque la consommation n’est pas repartie. De l’autre, par un affolant endettement de l’État, il a créé les prémisses d’une crise monétaire sans précédent, qui débouchera sans doute à terme sur la perte de l’hégémonie du dollar.

On sait que la devise étasunienne fait déjà l’objet d’attaques incessantes de nombreux États dans le monde : le BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine), les pays d’Amérique latine qui projettent de créer une devise commune, les Monarchies pétrolières qui vont en faire autant en 2010, etc.

Mais depuis peu, un rapport émanant cette fois de l’ONU (Les Affaires - 19 sept. 2009), propose de réduire l’influence du dollar étasunien en confiant à l’ONU la mission de créer une monnaie supranationale, c’est-à-dire indépendante des États souverains.

Le FMI jouerait le rôle de Banque Centrale Internationale pour cette monnaie, qui serait basée sur un panier de monnaies nationales, celles-ci ne disparaissant pas, mais ne jouant plus de rôle dans le commerce international.

Cette conjonction parait beaucoup trop générale et suffisamment puissante pour ne pas être écartée du revers de la main par les Étasuniens. Encore faudrait-il que ceux-ci ne suscitent pas une résurgence de la crise en cours par des actions mal évaluées.

C’est pourtant ce qu’ils semblent faire…

© André Serra

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