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L’échec de la conférence de Copenhague sur le climat aurait, selon les journalistes, étonné beaucoup de monde, étant donné les immenses espoirs que l’humanité avait placé en elle. Pour ma part, je suis très étonné de cet étonnement. En effet, dans un article du 18 novembre, j’évoquais déjà la certitude de son échec (La mondialisation à l’américaine a bel et bien échoué - voir son lien en fin d’article) et je n’étais pas le seul à en être convaincu.
La citoyenneté terrienne n’existe pas, ou du moins pas encore. À Copenhague, le dernier jour de la conférence, les dirigeants des tribus non fédérées de la planète ont confirmé indirectement, mais très fermement, cette réalité aux habitants de la planète. Évidemment tout le monde le savait bien, mais n’en avait peut-être pas tiré toutes les conséquences.
Ce que ces tribus ont pratiqué jusqu’ici sous le nom usurpé de “mondialisation“, pour tromper le vrai monde, n’a jamais existé. On aurait dû plus simplement appeler ces pratiques, “libre échangisme“. De son côté, l’organisme désigné par les initiales OMC, également tribal, qui tente avec difficulté de discipliner ces échanges, on devrait plutôt l’appeler : Office des marchandises colportées. Cet “office” n’est en effet que cela, car il ignore totalement les cultures, les religions, les ethnies, bref, tout ce qui caractérise vraiment le Monde et tout ce qui rend chaque pays et sa population, différent des autres, et surtout : unique. C’est la raison même de son échec. Tout ramener à l’économie comme si elle constituait l’unique raison de vivre de l’humanité signe une intelligence de robot incapable de saisir la profondeur de la vie sociale, et réagissant exclusivement à des commandes numériques écrites machinalement par des automates universitaires. Difficile de croire que ce sont des économistes. Tout diplôme ne renvoie qu’à lui-même !
En effet, les seuls aspects de l’union du monde humain qui intéressent ceux qui prétendent savoir gouverner la planète, sont à présent les échanges commerciaux de marchandises et de monnaies, sous le doux nom de Phynance. Les autres sujets ne sont là que pour distraire l‘opinion publique des véritables objectifs des puissants. Nous sommes désormais gouvernés par des automates, qui croient être des humains pensants. Le sort de la planète et de ses habitants leur est totalement indifférent en dépit des discours brillants qu’ils nous administrent, simples dictons, aphorismes et mantras, appris par cœur et répétés à l’envie.
On peut assez facilement comparer les tares de leur essai d’unification du monde à celles de la construction de l’Union Européenne, modèle réduit de la planète, avant qu’elle ne se dote en novembre d’un président et d’une représentante aux Affaires Étrangères. Auparavant, cette Union était seulement économique, avec la monnaie unique depuis 2001, et souffrait précisément de l’absence de toute structure politique contraignante. C’est précisément cette absence qui a déterminé le lamentable échec de la conférence de Copenhague. On peut affirmer en toute lucidité que sans une telle structure, il sera impossible de mener une bataille réussie contre le changement climatique en cours.
Mais dans les salles animées de la rencontre, un autre grand absent semblait avoir été oublié : La crise mondiale, laquelle, malgré toutes les annonces mensongères de sa fin prochaine, continuait son processus de destruction parmi les hommes et les entreprises. Le sujet n’en semblait plus actuel. Personne n’en parlait. Mais c’était là une fausse quiétude.
Elle se trouvait tapie dans l’ombre de chacune des phrases prononcées par les intervenants. Chacun de leurs mots dissimulait le spectre de la croissance en panne, et de la tension vers une nouvelle économie plus forte encore, pour faire vivre des dizaines de millions de chômeurs sur la planète, et cela sans que tous ces discoureurs ne se rendent compte le moins du monde que c’était précisément cette croissance à marche forcée qui avait fabriqué la menace climatique, le sujet du jour. Quelle incohérence et quelle contradiction ! Tous ces pourcentages de réduction de CO2 n’étaient analysés que comme autant de pourcentages de chômeurs en plus pour leur pays. Dans ces conditions comment croire que tous ces beaux messieurs avaient franchi terres et mers pour discuter d’efforts qui ne pourraient que compromettre l’autre grand sujet qu’ils avaient en tête ? Pourquoi ne pas avoir reporté cette conférence à plus tard, une fois tous les chômeurs remis au travail ?
Il est donc regrettable que la crise n’ait pas été officiellement à l’affiche, au lieu de l’avoir laissé inavouée dans les replis cervicaux des grands de ce monde. On aurait évité une hypocrisie de plus. On aurait compris. On aurait pardonné l’échec.
Crise et climat, les deux “C“, sont en effet deux aspects indissolublement liés dans leur sort commun. Copenhague est un échec, mais le “G22“, également précédé du même espoir de voir les peuples de la planète se réunir et travailler ensemble pour résoudre une crise systémique qui perdure, débouche aujourd’hui sur le constat que rien n’a changé, faute de décisions réellement mondiales. Premier échec que l’on cherche à cacher, car il marque la persévérance du monde dans l’hypocrisie et l’incompétence, filles d’idéologies persistantes.
182 ou 183 chefs d’États réunis pour prendre une décision, quelle pitié ! Dans les assemblées de députés des pays démocratiques, la règle de la majorité, bonne ou mauvaise, permet de prendre des décisions applicables à toute la nation. Comment s’imaginer qu’il pourrait en être autrement dans une assemblée mondiale dont les participants se sentent observés par leurs peuples, auxquels, bientôt, ils demanderont de les réélire, et qui subissent au moment même les affres d’une crise mondiale qui n’en finit pas, malgré les apparences et les discours.
On est donc fort loin d’une réelle mondialisation, car elle ne pourrait vraiment commencer qu’à partir d’une unification politique concrète, et l’on peut être sûr que la question climatique ne sera résolue que sous la condition de la création d’une autorité mondiale. C’est peut-être une utopie, et je ne suis pas assez naïf pour ne pas voir toutes les implications et par conséquent toute les difficultés d’un tel projet, mais c‘est seulement à ce prix que l’humanité sera sauvée ou non. Il ne sert donc à rien de le nier pour se donner simplement à nouveau des raisons d’en reculer l’échéance.
On comprendra maintenant pourquoi la comparaison avec l’Union Européenne permettait de décoder la poutre dans l’œil de la conférence.
Pourtant, de la déception de Copenhague a jailli un nouveau cautère sur nos jambes de bois. On dit maintenant partout que, finalement, l’impasse de Copenhague n’était qu’un début, mais que les bonnes décisions seront prises à la prochaine conférence mondiale, l’année prochaine à un autre Marienbad, laquelle en programmera sans doute elle-même une autre à un autre Marienbad du monde, et ainsi de suite jusqu’au moment où la planète des Hommes partira à la dérive et que la pénultième conférence soit prévue sur un radeau de la Méduse.
Tout le monde aux chaloupes … !
article sur le même thème :
La mondialisation à l’américaine a bel et bien échoué
© André Serra
http://andreserra.blogauteurs.net/blog/
http://cybercanard.com
Cet article répond aux règles de la nouvelle orthographe
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À propos de l’effet de serre, un de mes commentateurs m’écrit : « Personnellement, je pense qu’il est déjà trop tard. Nous avons ouvert une boîte de Pandore qu’il est impossible de refermer. Notre pollution a lancé la machine, mais maintenant elle s’alimente elle-même ».
J’abonde dans son sens. Comme il le précise, il faut continuer à lutter malgré tout, pour essayer de sauver ce qui peut l’être, mais en sachant le combat perdu d’avance.
Pourquoi ?
La réponse est malheureusement très simple :
La production des gaz à effet de serre qui provoque le changement climatique est fonction de deux paramètres :
— la production moyenne de ces gaz par humain vivant sur la planète,
— le nombre d’humains habitant la planète.
Ces paramètres se multiplient, naturellement, pour alimenter la croissance de l’effet de serre. Or leurs valeurs se sont considérablement accrues depuis 1947 :
— la consommation de produits par humain a augmenté d’un facteur moyen de 25 depuis cette date [estimation personnelle, mais si je me trompe d’un facteur 2, ce qui serait déjà beaucoup, cela n’affecterait que très peu la conclusion de mon raisonnement],
— de son côté, le nombre des humains est passé de 2 milliards en 1947 à 6,6 milliards aujourd’hui.
Je vous laisse le soin de faire la multiplication tranquillement. Restez calme.
À ce stade, il me semble particulièrement évident qu’il faudrait agir sur ces deux axes pour avoir des chances d’éviter l’effroyable catastrophe qui se profile à notre horizon, mais pas seulement sur le premier [la production de gaz]. C’est pourtant ce que nous faisons… ou du moins ce que nous essayons de faire… très, très lentement.
Pourtant, nous devrions avoir pris conscience de ce phénomène depuis longtemps. Au début du XIXème siècle déjà, entre 1820 et 1830, un savant français dont j’ai oublié le nom avait mis en garde contre les dangers de l’industrialisation au charbon [on ne parlait même pas encore de pétrole à cette époque]. Mais sans rechercher aussi loin, un livre au titre significatif : « Halte à la croissance » inventoriait déjà les prémisses du drame sur lequel nous surfons actuellement en toute satisfaction. Il s’agissait de la publication d’un rapport commandé par le Club de Rome, fondé par Aurélio Peccei en avril 1968 avec quelques dizaines de savants de grande renommée répartis à travers le monde.
Son objectif n’était d’ailleurs pas typiquement centré sur les conséquences de l’effet de serre, mais d’une manière générale sur l’ensemble des dangers créés par une croissance galopante, dont ces chercheurs se rendaient bien compte qu’elle avait nécessairement une limite.
Construit avec les techniques de simulation mises au point par le MIT, et rédigé par Dennis et Donella Meadows au sein d’une équipe de savants exceptionnels, à Cambridge, au Connecticut, ce rapport, parut donc en 1972 sous le nom de « Halte à la croissance ». Il eut un très grand retentissement pendant quelques temps. Sur la planète, un grand nombre de personnes se sensibilisa aux problèmes soulignés par cette importante étude. Et puis plus rien !
Nous sommes impardonnables, car nous étions prévenus ! 36 années pratiquement inactives !
Déjà, sur la consommation moyenne nos efforts ont été ridicules. Depuis les années quatre-vingt, au cours desquels la réalité du changement climatique a été amplement démontrée, on n’a fait que très peu de progrès : trop tard et trop peu. On a surtout produit beaucoup de bavardages débouchant sur l’ignominie de la reconnaissance d’un « droit de polluer ». On croit rêver !
D’ailleurs, nos tentatives se limitent à une recherche éperdue d’énergies de remplacement, en laissant complètement de côté l’utilisation des matières fossiles [pétrole, gaz et charbon] dans l’industrie chimique et pharmaceutique, qui absorbent une part croissante de ces matières.
Toutes les échéances fixées pour la réduction des gaz à effet de serre depuis Kyoto ont été régulièrement dépassées dans des proportions criminelles. On se croirait sur une scène de théâtre où des chanteurs habillés en soldats battraient la semelle sur place en chantant «Marchons! marchons!». Mais pendant tout ce temps, la nature, elle, ne nous attend pas et tient, elle, ses échéances.
Quant au second paramètre, celui du niveau de la population, on ne fait rien du tout. Que pourrait-on faire d’ailleurs ? Par contre, on se soucie, sans y remédier beaucoup, aux problèmes posés par le vieillissement de la population. Car on ne cherche qu’à prolonger la vie, ce qui ne peut qu’accélérer la venue du krach climatique. Quelqu’un s’est insurgé contre moi à la lecture de cette phrase, l’interprétant comme une incitation au génocide des personnes âgées. Bien entendu il n’en est rien. Je voulais simplement souligner le fait que nous continuons à tout faire pour nous enterrer plus vite. D’autres actions de notre société sont de même nature : nous ne cherchons pas vraiment à diminuer la consommation d’énergie, mais surtout à remplacer celle-ci par celle d’autres vecteurs que les matières fossiles.
On ne fait rien contre l’énorme vague qui menace l’humanité, et même on fait tout pour la grossir. Le mot « sacrifice » ne se rencontre jamais nulle part, ni dans les échanges relatifs aux accords de Kyoto, pas plus que dans la presse, car nous cherchons surtout à vivre et à fonctionner comme si l’effet de serre n’existait pas, et même à augmenter notre train de vie.
Beaucoup font des efforts, se déplacent en bicyclette, suppriment leurs vacances à quelques milliers de kilomètres de chez eux, cultivent leur terrain au lieu de le couvrir d’un gazon inutile, et d’y faire fonctionner un barbecue polluant. Mais ils sont si peu nombreux !
Nous rêvons debout en continuant de parler croissance, augmentation du niveau de vie, droits humains. Les manifestations en ce sens vont en s’amplifiant sans arrêt, et les hommes politiques tiennent le même discours, pour être élus. Si vous saviez combien elle s’en fiche des droits humains, la nature !
Alors oui, à mon tour, je ne crois plus que la catastrophe du climat puisse être évitée. Il est trop tard, et d’ici un siècle l’humanité sera sans doute réduite à un petit demi-milliard d’exemplaires, comme aux temps des pestes qu’elle a connues dans le passé.
Vous souvenez-vous qu’à un certain moment du Moyen Âge, la population du monde connu avait fondu de moitié en quelques décennies, non par génocide ou par guerre, mais par maladie et famine ? C’est ce qui nous attend.
La nature va y veiller, et tous nos beaux traités de civilisés ergotant sur le droit de polluer (on n’est pas très loin des discussions sur le sexe des anges !) seront peut-être redécouverts par les descendants de quelques humains rescapés du carnage, dans quelques milliers d’années, sous les pierres de villes en ruine, recouvertes de végétation comme le temple d’Angkor avant sa restauration.
Ne haussez pas les épaules, c’est pour demain !
André Serra
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Toutes les entreprises qui impriment du papier se flattent d’utiliser du papier recyclé. Ont-elles vraiment raison de le faire et de dire qu’elles sont écologistes ? Personnellement, j’en doute.
En effet, d’abord il faut bien utiliser du papier non recyclé pour pouvoir le recycler, et si on le recycle continuellement, je me demande bien quel résultat on obtiendra au bout de 25 recyclages, par exemple.
Mais ce n’est pas là le principal défaut de ce discours. Le plus important est que l’opération de recyclage exige une quantité considérable de produits chimiques, notamment pour solubiliser les encres, ainsi que beaucoup d’eau et d’énergie. Or les produits dissolvants sont tirés du pétrole ainsi que l’énergie, et l’eau devient de plus en plus rare et coûteuse. Elle aussi doit être continuellement retraitée avant d’être remise en service, et exige à son tour une consommation de produits chimiques non négligeable.
Dans ces conditions, comment peut-on avoir le culot de dire que cette opération est écologique, alors qu’en réalité elle ne fait qu’aggraver l’effet de serre et le changement climatique. En somme, elle fait surtout l’affaire des pétroliers !
Le prétexte donné par ces entreprises est de sauvegarder les arbres. Balivernes ! Les arbres, ça se replante et ça pousse. Le faire, et surtout le contrôler, nécessite une simple volonté politique. C’est là que se situe la véritable clé de la surconsommation du papier et de l’écologie de la planète en général.
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