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Bien sûr, mon titre est abrupt. Je l’ai choisi pour prendre le contre-pied de formules du type ” la crise est derrière nous ” ou ” la reprise s’accélère ” ou bien encore ” le chômage baisse “, qui ne correspondent en aucune manière à la réalité.
Deux informations de ces derniers jours m’ont poussé à écrire cet article, dont le sujet tournait déjà dans ma tête depuis trois mois, depuis que ces formules ont commencé à troubler notre conscience des choses réelles, et à user ma propre patience.
La première de ces informations est la chute de 11,2% des ventes de maisons neuves aux États-Unis en janvier, chiffre le plus bas de cette statistique depuis son début en 1965, et sa troisième baisse mensuelle consécutive. La seconde est la faillite de l’agence de voyage en ligne Go Travel South pour raisons économiques, dont tous les départs du Canada ont été annulés.
Réfléchissons !
La reprise, ça serait du travail en plus, donc des emplois et des revenus en plus, et de la consommation en plus, peut-être…, à moins que les travailleurs veuillent simplement et rationnellement rembourser leurs dettes. Et pour qu’il y ait des revenus, il faudrait qu’il y ait de la consommation, et donc de la production, et donc de l’emploi. À condition toutefois que la consommation ne se porte sur l’importation que d’une manière mesurée, directement ou indirectement.
S’il se vend brusquement moins de maisons, même s’il en existe le besoin, et moins de voyages de plaisance, même s’il en existe le désir, c’est qu’il y a moins de revenus pour les acheter, soit que les salaires baissent parce que les entreprises sont en difficulté, ou qu’il y ait moins d’emploi parce qu’il y aurait moins de production à exécuter, parce qu’il y aurait moins de consommation, parce qu’il y a moins de revenus, parce qu’il y a moins de… et puis zut, je pense que c’est clair, non ? Je veux dire qu’apparemment rien ne va plus. En fait de reprise, je crois bien que nous allons rester encore un certain temps avec des trous à nos chaussettes… et au fond de nos poches.
Alors qu’est-ce qu’on fait ?
Les entreprises savent que le principal poste de leurs frais est maintenant celui des salaires et des charges sociales. Celui des matières premières a fondu, et quant à celui des investissements, il se finance habituellement par des emprunts, et s’amortit sur plusieurs années par déduction des impôts. Or on sait que les budgets d’investissement sont en ce moment comme une peau de chagrin et ne coûtent plus grand chose.
Les investissements n’ont donc pas repris après les énormes licenciements de 2008 et de 2009. Il n’y a d’ailleurs pas de raisons pour ça, sauf, et c’est important, les investissements destinés à robotiser encore plus les opérations de marketing, production, gestion et manipulation des objets fabriqués ou des services rendus.
Le souci des entreprises est donc actuellement d’éviter d’avoir à réembaucher même si, et seulement si, il y avait réellement reprise. Il faut ajouter à cela les effectifs perdus en raison des délocalisations, qui ne se sont guère arrêtées depuis deux ans… et qui continuent, bon temps, mauvais temps, dès qu’un concurrent commence à le faire.
***
Mais je viens de prendre connaissance à deux jours d’intervalle de deux autres nouvelles qui vont vous mettre le baume au cœur :
La première tient en deux pages complètes de l’hebdomadaire ” Les Affaires ” du Québec.
Enfin on va pouvoir faire nos opérations bancaires sans nous rendre à notre banque, ni rester chez nous pour nous y rendre par internet. Maintenant on va pouvoir les faire de notre cellulaire en déambulant, et de n’importe où.
Houa ! La CIBC, grosse banque du Québec, vient de créer pour ses clients une application pour le iPhone qui va faire ça pour vous, chômeurs compris. À l’exception des dépôts, bien sûr.
Mais il y a plus fort !
Dans le même hebdomadaire, on apprend qu’une banque, aux États-Unis cette fois, la USAA, a conçu une application sur iPhone ( les photos sont dans l’hebdo ) qui permet de photographier les chèques que l’on reçoit, et de les déposer ainsi à son compte. Encore une fois en marchant… si on est pressé. Elle est disponible depuis juillet 2009, et accessible par 60% de la clientèle de la banque, sur acceptation de la demande.
Il y a tout lieu de penser que ce type d’innovations va croître et prospérer, dans une foule d’applications, un peu partout dans l’économie.
Les clients vont apprécier. Plus de visites à son agence bancaire. Que de temps gagné ! Les banques aussi vont apprécier. Plus de guichetier, ou en tous les cas beaucoup moins ! C’est épatant ! Mais ce n’est pas tout. Si les guichetiers disparaissent, plus besoin d’autant d’agences, donc moins de sous-chefs, de chefs, de directeurs d’agences, donc moins de frais de salaires et d’immobilier. Par contre les banques pourront en vendre les locaux, ce qui les enrichira… davantage. Ce sera toujours ça de gagné. Juste un peu plus de frais informatiques. Et on trouvera bien un jour le moyen de se passer de monnaie visible, le seul ver qui reste dans le fruit bancaire. Mais évidemment, ça fera aussi moins de consommateurs et plus de chômeurs, à moins qu’on ne trouve des bricoles à leur faire faire. De l’informatique par exemple…
En somme, le fin du fin de l’économie c’est d’avoir trouvé le moyen pour que le consommateur tue le consommateur, car qu’est-ce qu’un chômeur si ce n’est aussi un consommateur ? C’est parfaitement clair. Mais que se passera-t-il donc quand les consommateurs se seront tous entre-ruinés les uns les autres ? Je vous le demande, car moi, je n’en sais bougrement rien. Quoique, il me vient tout de même une petite idée : trouver un moyen pour que le chômeur tue à son tour le chômeur. Ça se fait déjà beaucoup par les guerres, surtout mondiales. Un uniforme, un casque, et hop, ” mort au champ d’honneur ” ! …
Si vous avez une meilleure idée, écrivez-moi !
Mais avant de me l’envoyer, lisez ou relisez donc ce bouquin que Jeremy Rifkin nous a écrit en 1997, à propos de cette fâcheuse tendance de l‘économie à éradiquer le travail des hommes et des femmes. Il est plein d’enseignements, et ça vous économisera peut-être un timbre !
© André Serra
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Ces quatre mots désignent les facettes clés de l’économe étasunienne en 2010. Comment s’articulent-elles entre elles en ce début d’année ?
CHÔMAGE
La croissance du chômage indemnisé décroit aux É-U. C’est bien, mais le nombre réel des sans emplois augmente malgré tout du fait de gros bataillons de chômeurs qui perdent tous les mois leur droit à des indemnités, car identifier la décroissance des licenciements mensuels comme une décroissance du chômage constitue une pure et simple manipulation de vocabulaire. Le chômage augmente donc moins vite, mais le nombre cumulé des chômeurs réels continue d’augmenter sans arrêt. Il n’y a donc pas encore de sortie de crise aux É-U, comme on n’a pas arrêté de nous le seriner depuis trois mois.
De cette importante “nuance” résulte le fait que lorsque l’on ajoute au chômage “officiel” les salariés à temps très partiel et les chômeurs non indemnisés, le réel chômage économique est passé de 17,2% en novembre à 17,3% en décembre, pendant que le chômage “officiel” descendait de 10,2% à 10%. Voilà comment le gouvernement parvient à faire chuter le taux de chômage lorsque le nombre de chômeurs augmente. De la pure magie ! Les pertes d’emplois “officielles” depuis le début de la crise sont passées de leur côté de 3,1 millions en 2008 à 4,2 millions en 2009, pour un total de 7,3 millions.
En effet, seul est officiel le nombre des chômeurs indemnisés, et le gouvernement hésite à augmenter la durée de l’indemnisation légale, car cela aurait pour effet de gonfler immédiatement la statistique du chômage “officiel”, avec un impact certain sur la confiance des citoyens, et par conséquent sur la consommation. Toutefois le gouvernement risque d’y être bientôt contraint s’il veut éviter que des manifestations publiques de mécontentement ne se déclenchent dans les prochains mois, d’autant que le nombre mensuel de saisies immobilières continue de jeter beaucoup de monde dans la rue. Il reste encore beaucoup de victimes des subprimes, même si on a tendance à les oublier. Le gouvernement tentera probablement de maintenir le statu quo jusqu’aux élections de mi-mandat, en novembre 2010. Mais cela lui sera certainement de plus en plus difficile d’éviter des déraillements après avoir beaucoup rassuré, car de nouveaux raisins de la colère sont en train de mûrir. Socialement, les É-U vont de plus en plus mal. L’espoir obamaniaque a perdu son effet magique.
Ce qui est particulièrement dommageable est la perte continue des emplois industriels, car ce sont les seuls qui créent une réelle richesse dans le pays. Apparemment, l’augmentation des emplois dans les services compense largement leur destruction dans l’industrie, mais leur rôle économique est bien différent. En outre, l’augmentation des services en fin d’année est constituée pour une grande part d’emplois temporaires liés à celle de l’activité commerciale de fin d’année. Elle retombera rapidement en janvier. On vient d’ailleurs d’en voir le résultat pour décembre, avec l’annonce d’une destruction de 85000 emplois, après seulement 4000 en novembre, statistique qui avait été accueillie par des cris de triomphe prématurés. Non, l’économie des É-U n’est pas sauvée et n’est pas près de l’être. On a d’ailleurs simultanément annoncé que le nombre des destructions d’emplois d’octobre avait été rectifié à 127 000 après 111 000 annoncés. On a arrêté de se frotter les mains dans les chaumières des É-U.
Tout compte fait, le chômage continue donc de prospérer dans le pays, bien que le rythme de sa progression faiblit un peu. Il ne s’arrêtera probablement complètement que lorsque la production de biens sera descendu au niveau correspondant à la réelle consommation potentielle de la population, hors nouvel endettement de celle-ci. C’est là une vérité de La Palice, mais les Étasuniens l’avait oubliée depuis quelques années.
CONSOMMATION
Dire que les Étatsuniens sont toujours très endettés est un pur truisme. D’autre part, leurs revenus ont baissé en valeur constante. Beaucoup d’entreprises ont exigé de leur personnel des baisses de salaire souvent importantes pour empêcher leur dépôt de bilan. Ce fut notamment le cas des salariés de la construction automobile et de la presse, mais pas seulement.
Les citoyens ont pris toute la mesure de leur endettement avec la crise et les risques de licenciement. Depuis un an, ils tentent de se désendetter. C’est pourquoi leur taux d’épargne qui était encore négatif à -3% en décembre 2007 s’est mis à croitre rapidement, et s’établit actuellement entre 7 et 9% selon les mois. Il est donc logique que leur niveau de consommation ait baissé d’autant, du moins en valeur.
Si donc les citoyens consomment environ 10% de moins en valeur constante qu’en 2007, il est normal que le pays ait besoin de moins importer et de moins produire, et par conséquent d’avoir moins de monde au travail. Ce qui continuera de nourrir le chômage, jusqu’à ce que le niveau de production corresponde à celui des dépenses que les consommateurs s’accordent à présent. À partir de ce nouveau niveau de chômage, le nombre de gens sans emplois restera stable, à moins que des progrès de productivité réalisés par les entreprises ne l’affectent par de nouveaux licenciements ou baisses de salaires. Ce qui n’aurait rien d’impossible, les entreprises faisant des pieds et des mains pour retrouver les bénéfices de leurs années de splendeur, au détriment de leur personnel.
CROISSANCE
Ceci étant dit, pourquoi la croissance repartirait-elle dans ces conditions ? Tout semble concourir à ce que les É-U atteignent, courant 2010, un solide niveau de stagflation, c’est-à-dire une stagnation de la production dans un environnement inflationniste, compte tenu des excès connus et continus de la machine à fabriquer des dollars fictifs, machine fermement sollicitée par le gouvernement chaque jour qui passe pour boucher les énormes trous de son budget.
CRÉDIT
Ici, nous nous trouvons devant une contradiction, car le gouvernement n’arrête pas de reprocher aux banques de trop serrer les cordons de leur bourse et de ne plus prêter assez d’argent.
Cette attitude de sa part surprend, car si la consommation n’augmente pas en raison du fait que les consommateurs ont décidé eux-mêmes de consommer moins pour pouvoir réduire leur considérable endettement, on ne voit pas comment les banques pourraient les obliger à “bouffer” du crédit malgré eux.
D’autre part, compte tenu du chômage, et de l’importance des saisies immobilières qui perdurent sur fond de licenciement persistant, les risques que courent les banques en prêtant se sont considérablement accrus. Les reproches du gouvernement ne sont donc que de la poudre aux yeux pour culpabiliser les banques et s’éviter à lui-même les critiques de la population.
Enfin, sur le front de l’investissement la situation ne peut être meilleure pour les mêmes raisons. Si les besoins de la population ont diminué, alors les investissements de production n’ont pas lieu d’être. Seuls les investissements correspondant au lancement de nouveaux produits pour soutenir la concurrence, et ceux qui ont pour but d’améliorer productivité et coûts de production peuvent justifier de nouveaux emprunts.
Même ceux-ci ne représentent plus qu’une fraction des investissements passés, et surtout, les demandes de prêts des entreprises se heurtent à présent, comme pour les particuliers, aux réticences des banques, en raison des risques accrus courus du fait de l’affaiblissement d’une grande partie des entreprises, surtout des plus petites. De toutes les manières, les investissements de productivité ayant surtout pour but un allègement des coûts salariaux, ils exercent un biais positif sur le niveau du chômage, de telle sorte que, de quelque côté que l’on se tourne, l’économie des É-U a du mal à retrouver un équilibre durable.
***
Le système bancaire ne récoltant plus que de maigres intérêts de son activité de banque de détail, il essaye d’exploiter au mieux les facilités offertes par la FED. Pour le moment, c’est le taux nul des prêts interbancaires de celle-ci qui lui permet de survivre, et de rembourser les aides financières que l’État lui a consenties par le moyen du TARP. Les étonnants bénéfices que les banques ont annoncés récemment proviennent d’une utilisation exacerbée du “carry trade“, lequel consiste à emprunter des sommes importantes à la Fed au taux de 0% et de placer ensuite ces sommes dans des pays où les taux sont plantureux, comme ceux de l’Australie par exemple où ils sont de 3,75%, et où les risques sont encore peu importants.
C’est une “industrie” parasite qui caractérise bien une économie où le trucage et l’expédient sont devenus une règle courante. Gagner ainsi des sommes fort importantes par une activité dans laquelle l’opérateur n’engage, ni sa responsabilité, ni la sueur de son front, est totalement immorale et devrait être purement et simplement interdit. Cette pratique nuit en outre à l’économie étrangère dont elle parasite les circuits monétaires, en lui prenant des intérêts qui l’affaiblissent, et n’ajoute aucune vraie richesse dans l’économie de son propre pays.
Au moins ce système maintient-il l’église au milieu du village des É-U pour le moment, selon la circularité suivante : l’État crée immédiatement des dollars, qu’il n’a pas, pour les avancer aux banques afin de leur éviter de faire faillite. La FED leur prête de son côté des sommes illimitées à 0%. Les banques n’ayant plus de revenus normaux, puisqu’elles ne prêtent plus d’argent, utilisent celui de la FED pour spéculer selon le carry trade sur les devises des pays qui jouissent encore de taux élevés. Enfin, avec les bénéfices colossaux de ce carry trade, elles peuvent rembourser les avances de l’État, de telle manière qu’elles retrouvent l’indépendance d’action que le gouvernement avait fait semblant de vouloir leur ôter, et reprendre le cours ordinaire des opérations louches qui ont provoqué la crise, car elles n’ont rien appris de celle-ci. N’est-ce pas génial ?
CONCLUSION
La crise est passée par un creux depuis la rentrée de septembre. Mais ce creux est maintenant dépassé par la remonté du chômage et quelques autres indices désagréables. Deux directions devraient donc être suivies par l’État étasunien le plus rapidement possible.
La première consisterait à suspendre ou même supprimer les aides à l’économie, telles celles des “primes à la casse” pour l’automobile, et celles dont bénéficient les nouveaux propriétaires immobiliers. L’État est en effet parvenu au bout du rouleau, et les initiatives projetées par beaucoup de pays dans le but de se passer d’un dollar essoufflé, progressent à grandes enjambées.
Les É-U ne peuvent ignorer ce mouvement, lequel, s’il devait s’accélérer, lui enlèverait la force de frappe dont il a bénéficié depuis 65 ans, et qui explique largement pourquoi ce pays a pu atteindre le niveau de croissance qui était encore le sien il y a quelques années. Il est impératif pour eux de rétablir la confiance dans le dollar, car leur hégémonie ne tient que par lui ( et non par la force armée ), et de son côté, le dollar ne tient plus que par une hégémonie désormais branlante. Leur hégémonie et le dollar marchent en effet d’un même pas. Si l’un défaille, l’autre s’efface et réciproquement.
La seconde direction est le relèvement du taux interbancaire par la FED, qui est pratiquement à “0″ depuis plus d’un an. Sans ce relèvement, le risque, actuellement nul, de voir une solide inflation s’installer très vite dans le pays, deviendrait majeur, provoquant assurément la stagflation dont je parle plus haut.
Or, c’est là que les États-Unis vont probablement frapper un mur. S’ils agissent trop vite, leur économie sera incapable de supporter une hausse significative des taux. Soyons conscients du fait que les quelques indices positifs que leur économie présente depuis quelques mois reposent entièrement sur un taux d’intérêt nul, ainsi que sur les aides à la construction automobile et à l’immobilier. Mais s’ils tardent au contraire à agir dans ce sens, s’en sera sans doute terminé à la fois pour le dollar et leur hégémonie.
Entre la perte du statut international du dollar et la ruine de leur économie, les possibilités de solutions pour le gouvernement des É-U sont à peu près inexistantes, car le temps joue actuellement contre lui. Pour le moment, il se replie sur des expédients et sur la propagande.
L’année 2010 sera très dure pour lui, son chef et sa population.
Quant à la vraisemblance d’une relance économique rapide … !
© André Serra
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Le PIB des É-U du troisième trimestre de 2009 vient d’être annoncé en hausse de 3,5% par le département du Commerce des É-U. Cette nouvelle serait bien venue si d’autres informations ne venaient mettre en doute cette performance, ou du moins son intérêt, d’autant plus que pour la Maison Blanche, elle prétend apporter la preuve que ce pays serait sorti de la crise dans le courant de l’été.
Je citerai deux exemples significatifs.
Tout d’abord, selon la Maison Blanche, le plan de relance du 17 février concocté par Geithner, le représentant au Trésor, serait responsable de 3 ou 4% dans ce taux de PIB (dépêche du 30-10-09 de l’AFP).
Trop parler peut cependant nuire, car si cette assertion était confirmée, cela voudrait dire que sans ce plan, l’économie étasunienne n’aurait présenté aucune croissance naturelle au cours de cette période, et que par conséquent son seul résultat aura été d’avoir creusé la dette publique de 340 milliards ( montant indiqué comme dépensé à la fin septembre, sur le montant de 787 milliards accordé par le Congrès ).
On serait donc loin d’une sortie de crise véritable, puisque le montant du PIB ” naturel ” aurait encore été inférieur au PIB d’avant crise. Dans ces conditions, on comprend que tous les niveaux politiques du pays puissent considérer qu’il faille continuer à maintenir l’économie sous respiration artificielle, notamment en conservant le taux de la Fed à 0%, autrement dit sous endettement continu ou impression continue de dollars sans contrepartie. Personnellement, je suis porté à considérer ce résultat plutôt comme une aggravation de la crise que son contraire.
D’autres résultats vont d’ailleurs dans le même sens. On apprend ainsi que sans la “prime à la casse” de 4 à 5000 $ sur les automobiles, la hausse du PIB se serait limitée à 1,9%. On peut comprendre que beaucoup de particuliers aient profité de l’aubaine tant qu’elle était valide, mais cette prime a disparu fin août. Il est peu probable que les amateurs renouvellent cette performance au trimestre suivant. Ceux qui le pouvaient se sont servis, et il est plus que probable que l’on retrouve rapidement les niveaux de vente du début d’année.
Dans l’immobilier, les petites améliorations que l’on a rencontrées, ont également été réalisée en grande partie grâce au crédit d’impôt de 8000$ dont pouvaient bénéficier les premiers acquéreurs. Mais cette facilité expirera fin novembre.
Enfin, sur le front du chômage, tout le monde est à peu près d’accord, politiciens et économistes réunis, pour affirmer qu’il continuera à progresser pendant un an, quoiqu’en ralentissant progressivement, entrainant par conséquent une diminution continue des revenus disponibles pour la consommation. Sur ce plan, on sait également que le gouvernement a été obligé de porter la durée d’indemnisation des chômeurs de 26 semaines ( durée légale ) à 53 dans un premier temps, pour limiter les sorties d’indemnisation, puis à 79 semaines dans certains États fédéraux particulièrement mal en point d’un point de vue budgétaire. Or le nombre d’États fédéraux en situation précaire, actuellement autour de 15, va probablement avoisiner les 25 dès le début de l’année prochaine. À ce rythme, ce qui reste des 787 milliards du plan Geithner initial va disparaître rapidement. Des PIB négatifs vont donc réapparaître dès le premier trimestre de 2010.
Le second exemple qui montre la vraisemblance d’une poursuite de la crise aux É-U, sinon même son approfondissement, est apporté par l’analyse de l’utilisation du plan de relance Obama/Geithner du 17 février.
On part donc du montant du plan de 787 milliards de dollars, dont 340 (43,2%) seulement auraient été dépensés à la fin du troisième trimestre de 2009. Sur cette somme, 195 correspondent aux restitutions fiscales consenties aux particuliers et aux PME, 145 ont été distribués à travers les extensions des durées d’indemnisation du chômage dont nous venons de parler, et enfin 40 à 44 (selon les sources) sont allés à certains États fédérés pour éviter des licenciements trop importants dans les effectifs des enseignants, menacés par des coupures budgétaires.
Reste alors 105 milliards (101 si on retient le montant de 44 pour les subventions scolaires).
Cette somme est réputée avoir servi à créer des emplois et/ou éviter des licenciements dans certaines entreprises. Le montant des effectifs concerné varie selon les sources. Le plus couramment indiqué est celui de un million de postes de travail. À ce niveau l’imagination de l’administration Obama a largement montré sa créativité. La plus “romantique” me paraît être celle de Christina Romer, conseillère économique du Président Obama (Le Monde - 29-10-09 - Sylvain Cypel). D’après elle, cette somme aurait “permis d’en créer (des emplois) entre 600 000 et 1,2 millions”. Sans commentaire !
Si on s’arrête à un million d’emplois sauvés ou créés, pour faire bonne mesure, cela signifie que l’on a dépensé 105 milliards pour atteindre cet objectif. Ou encore 105000 dollars ( 70 000 euros ) par emploi créé ou protégé, ce qui représente entre deux et trois fois le salaire annuel moyen selon la catégorie de personnel.
Je crois qu’on peut se demander si une telle dépense était justifiée. Du seul point de vue de l’endettement de l’État fédéral, il est évident qu’il aurait été plus économique de perdre ces emplois.
Au terme de cet article, les spéculations sur l’avenir de l’économie des États-Unis pourront varier d’un lecteur à un autre. Tout peut être dit à ce propos.
Pour ma part, je pense qu’après une étape qui a conduit la bourse étasunienne au rebondissement auquel j’ai consacré récemment un autre article ( voir lien ci-dessous ), nous allons assister à une nouvelle poussée de crise aux É-U, probablement plus difficile encore à réduire, mais surtout, assister à une chute sans égale du dollar sous le poids d’un endettement faramineux, celui-ci impossible à éviter, qui mènera nécessairement à la création d’une monnaie mondiale de réserve, cette fois complètement distincte de toute monnaie nationale existante.
Sinon…
Article cité : Le stratagème des É-U pour sortir de la crise en évitant la débâcle monétaire
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L’information sur la crise en cours, à laquelle nous devrions avoir droit, nous est souvent livrée à l’état brut, ou strictement interprétée à l’aune d’une réalité dépassée, seulement un peu bousculée par la crise ambiante. Or, toutes les dispositions prises par le pouvoir politique tendent à nous faire revenir à la situation qui prévalait avant l’explosion des subprimes, alors que les acteurs, consommateurs et entreprises, ont tiré de cette crise des enseignements tout à fait différents. Décrivons ces trois états :
- Pour le gouvernement des É-U et quelques autres, il n’est question que de revenir à la situation de surendettement des particuliers qui prévalait avant que la crise n’éclate en 2008, comme si les effets de celle-ci se limitaient à l’épisode des subprimes, et qu’une fois supprimés les effets de cet épisode, on pourrait faire repartir la croissance comme si rien ne s’était vraiment passé. C’est ignorer volontairement que ses causes s’étendaient, elles, à la situation de surendettement général de la totalité de l’économie de ce pays, État compris.
Pour le gouvernement des É-U, la seule façon de sortir de la crise consistait donc à recréer les conditions voulues pour que le système bancaire redistribue ses prêts aux particuliers, de manière à ce que ces derniers relancent la croissance, par une consommation aussi irresponsable que celle qui annonçait la crise, comme si rien d’autre n’avait changé entre temps. Or, s’il y avait eu crise, c’est qu’il y avait problème, et s’il y avait problème c’est qu’on n’en avait pas vraiment compris les origines, ni la nature profonde.
C’était là considérer les acteurs économiques, tant consommateurs qu’entreprises, pour des ignares, le gouvernement et son administration possédant seuls, a priori, la compétence voulue pour tirer d’affaire le pays. C’était faire preuve ainsi d’un effarant esprit simpliste, et d’une grande incompétence. Les politiciens qui règnent actuellement dans le monde ne sont vraiment plus à cet égard que des « faiseurs de crises » irresponsables.
Ils ont tout simplement oublié que toute crise, qu’elle soit économique, sociale ou simplement politique, débouche toujours sur un nouvel équilibre de la société, très différent de celui que, précisément, la crise a eu pour effet de détruire.
- Les consommateurs ont, semble-t-il, mieux compris l’esprit de la crise que leurs dirigeants. Le spectacle à leurs portes des saisies immondes, dont ont été victimes les familles qui crurent dans les artifices des vendeurs d’hypothèques, leur a davantage ouvert les yeux qu’à ceux des politiciens. Cette vision a agi sur eux à la manière d’un électrochoc salutaire, provoquant la prise de conscience de leur propre fragilité financière, créée par leur propre surendettement. Il devint clair en effet pour eux que la crise avait été déclenchée par l’insolvabilité d’une partie importante des consommateurs à subprimes. Et ils ne se sentaient eux-mêmes qu’à quelques encablures de la même situation.
Bien sûr, le nœud gordien du déclenchement de la crise était-il lié à de téméraires créations financières, les contrats immobiliers à subprimes. Mais les consommateurs prirent également conscience du fait que ces initiatives avaient été consécutives à l’arrêt du boom immobilier solvable, et avaient eu pour but de prolonger ce boom au-delà de ce que l’économie pouvait décemment supporter. La crise ne pouvait donc s’arrêter à leur porte, car l’insolvabilité générale des É?U était déjà largement connue de tous. Le péril était fort proche.
Alors naquit assez rapidement la tendance des particuliers à se défaire le plus rapidement possible de leurs propres dettes, en épargnant le plus possible, donc en consommant moins. Fort naturellement, cette tendance s’étendit à l’ensemble des É-U en quelques mois. Plus réalistes que ceux qui les dirigeaient, les consommateurs ont donc choisi le chemin de la sagesse. C’est ainsi que le taux moyen d’épargne des Étasuniens est passé en près de deux ans, de -3% en décembre 2007, à très près de +8% en octobre 2009.
- Les entreprises suivirent un raisonnement parallèle à celui des consommateurs. Pour elles, l’analyse de cette crise, ramenée à une vision réaliste des mouvements économiques en cours, débouchait sur la constatation que sa caractéristique fondamentale était d’être une crise de surproduction immobilière, et non une crise financière, même si ses premiers effets ressentis étaient, de façon logique, d’ordre financier.
Il ne faut en effet jamais prendre les effets des phénomènes pour leurs causes, et inversement. Voilà une vérité dont les gouvernements occidentaux, G8 et compagnie, ont voulu faire l’économie, et qui va compromettre leur sortie de crise. Or, toute surproduction immobilière dissimule ou précède une surproduction plus générale, dans la mesure où l’une et l’autre se développent dans un même cadre financier, et ce phénomène n’a pas échappé à la plupart des entreprises.
On pourrait illustrer cette réalité en la comparant à une voiture dont le moteur ne devrait pas être poussé au-delà de 5500 tours, mais dont le conducteur, néanmoins, le pousse à 6000 tours pour augmenter sa jouissance personnelle. Dans ce cas, inutile d’être grand clerc pour comprendre qu’un tel moteur aura une longévité fort réduite. Cette métaphore représente pleinement la croissance étasunienne des dix dernières années, où l’écart entre les 5500 et les 6000 tours représenterait, dans l’économie de cette époque, ce qu’a été pour elle le surendettement provoqué par la surconsommation à crédit.
Malgré cela, les pouvoirs publics cherchent encore à inciter les entreprises à investir, croyant naïvement que l’investissement pourrait être l’ébauche d’une nouvelle croissance. Ils pensent que la reprise des investissement porterait sur des achats destinés à augmenter la production, ou à créer de nouveaux produits qui allècheraient les consommateurs.
Or, les chefs d’entreprises vivent à l’écart des grands concepts agités par les politiciens et les économistes théoriciens. Ils ont le nez sur le pare-brise du milieu dans lequel ils baignent, composé de clients, de fournisseurs et de concurrents. Sans avoir peut-être objectivé le concept de surproduction à l’échelle nationale ou mondiale, ils ont en tout cas compris que ce n’était pas le moment d’accroitre le volume de leur production, car, au contact de leur clientèle (certains diraient : « de leur marché »), il leur est possible de constater qu’entreprises et consommateurs doivent être en phase, bien loin des considérations des gouvernements idéologiques.
Si les consommateurs épargnent afin de pouvoir survivre à la crise, que font donc les entreprises dans ce même but ? Hé bien elles investissent, c’est-à-dire le contraire de leurs clients, mais certainement pas en vue de produire davantage.
Ce que les entreprises cherchent en effet à faire, ce sont deux choses. La première, déjà très avancée, a consisté à réduire leurs effectifs au strict nécessaire pour les besoins de leur marché, en brusque minimalisation du fait du chômage et de l’augmentation de l’épargne, dont l’effet immédiat est de diminuer la demande. L’économie se trouve donc à mille lieues de pouvoir repartir sous une incitation artificielle à revenir à l’endettement passé, ce que les supputations Obama/Geithner/Bernanke n’ont absolument pas pris en compte dans leurs plans. Plus fort, ils s’apprêtent à en remettre une couche… !
La seconde chose à laquelle les entreprises sont en train de travailler, c’est de diminuer leurs couts, pour se mettre en position favorable de compétitivité face à ce que j’appellerais “la concurrence de sortie de crise“, car la crise actuelle, nécessairement, s’achèvera par la mise hors course d’une quantité d’entreprises, petites ou grandes, par liquidation (ou faillite) pure et simple, ou bien rachat (ou fusion). Trop d’entreprises se partagent un marché de plus en plus en phase de réduction, au moins pour l’instant.
Or, la seule part des prix de revient sur laquelle les entreprises peuvent agir assez librement et avec efficacité est celle des couts de personnel, dans la mesure ou les couts sociaux qu’ils comprennent sont en hausse constante, notamment en raison du fait que les États, face à leurs propres déficits, tentent de s’en décharger de plus en plus sur leurs citoyens par l’augmentation des cotisations (assurance maladie et chômage …).
Le resserrement des couts de personnel commence évidemment par celui des effectifs, et celui-là ne peut être réalisé que par des progrès dans la productivité de l’entreprise, une fois réalisée l’élimination du personnel surnuméraire. À son tour, la productivité du travail, à égalité de production, ne peut être obtenue que par des investissements ciblés : allègement des procédures de travail et augmentation des automatismes de production et de livraison. Dans l’un et l’autre cas, les investissements correspondants font appel à des spécialistes de l’organisation du travail, conjointement avec des renouvellements de matériel permettant la fusion de deux ou plusieurs étapes des chaines de production et/ou l’accroissement de la fluidité de cette chaine (diminution du temps de permutation de produits sur un même ensemble de machines, particulièrement nette, par exemple, dans l’imprimerie). Or ces différentes dépenses d’investissement sont totalement passibles d’un financement bancaire, ce qui ne peut être le cas d’une embauche de personnel supplémentaire. Le choix de la meilleure solution est évident.
Cette tendance est actuellement centrale, bien que tout à fait invisible aux yeux de l’opinion publique. C’est elle qui permettra aux entreprises de rester dans le marché, et de survivre à toutes les nouvelles contraintes qui s’exercent sur elles. Les licenciements secs se poursuivront donc encore longtemps, et pas seulement au niveau des emplois précaires. Beaucoup de postes d’encadrement seront également concernés, car remplacés par des procédures informatisables.
On doit donc s’attendre à une sortie de crise construite sur l’accentuation du chômage, et une économie en stagflation combinant une inflation déterminée par le gonflement des liquidités créées par les plans inefficaces des États, avec une déflation générée par les effets des gains de productivité qui alimenteront des concurrences féroces dans les secteurs industriels et des services, en se traduisant par des baisses de prix en cascade.
Le monde occidental est donc entré dans une ère permanente de chômage, au moins pour de nombreuses années. J’en suis le premier désolé. Il est temps que les gouvernements en prennent conscience. Cela prendra cependant du temps. D’ici là de grands bouleversements risquent bien d’intervenir.
© André Serra
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Bibliographie :
Jeremy Rifkin - La fin du travail - 1995 - 1997 chez Boréal pour la version française
Cet article répond aux règles de la nouvelle orthographe
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