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Considérations sur les migrations musulmanes en particulier,
et les migrations humaines en général
Les migrations musulmanes
Les migrations musulmanes constituent un phénomène humain qui concerne près d’un quart de l’humanité. Elles évoluent dans la longue durée en touchant des dizaines de pays différents, essentiellement occidentaux, qui représentent eux-mêmes plus d’un dixième de la population planétaire. Ramasser dans les quelques pages d’un article l’ensemble des causes et conséquences de ce phénomène présente une gageure pour celui qui se risque dans cette tentative.
On comprendra donc qu’un tel texte ne puisse privilégier que quelques-uns des aspects anthropologiques en cause dans cette profonde mutation historique, aspects répartis selon des axes d’analyse donnés, réducteurs par nature. Les axes choisis sont les suivants :
- considérations historiques,
- considérations démographiques et environnementales,
- considérations fonctionnelles sur les migrations,
- fonctionnement des migrations :
- cheminement politique et administratif,
- cheminement spontané et désordonné,
- considérations culturelles, et religieuses en particulier.
Considérations Historiques
Lorsque la Seconde Guerre mondiale fut terminée, les pays occidentaux qui en avaient subi les affres virent dans cette immigration une solution facile et peu coûteuse pour résoudre leurs problèmes nés de la guerre. Il fallait à la fois reconstruire les infrastructures et les bâtiments détruits, et remplacer les pertes humaines des hommes tués sur les champs de bataille, les deux problèmes se combinant en celui d’un déficit de main-d’œuvre.
Dans les armées alliées, se trouvaient un grand nombre de soldats venus des possessions coloniales de France et de Grande-Bretagne. Leurs origines étaient très variées : noirs d’Afrique occidentale et du sud, Arabes du Maghreb et du Moyen Orient, Indiens des Indes, etc. Pour la plupart, ils étaient de religion musulmane.
Pour la plupart d’entre eux, c’était la première fois qu’ils mettaient les pieds en Europe. Ils y constatèrent une différence considérable de richesse avec celle de leurs pays d’origine. Aussi, les premiers immigrants furent-ils souvent ces soldats d’outremer, une fois démobilisés. Les politiciens et les chefs d’entreprise européens crurent d’abord que cette main-d’œuvre ne resterait chez eux que le temps de la reconstruction. Grave erreur ! Se trouvant finalement très bien en Europe, dans des emplois qu’ils n’auraient pu trouver dans leurs propres pays, ils y firent venir leurs familles, souvent fort nombreuses.
Considérations démographiques et environnementales,
Tous les pays dont la religion est majoritairement l’Islam sont assez pauvres, à l’exception de ceux qui possèdent du pétrole, beaucoup de puits de pétrole !
Tous ont généralement un taux de croissance démographique élevé, par défaut de contraception, souvent par manque de connaissance ou de moyens, assez souvent pour avoir une main d’œuvre suffisante pour les travaux des champs, activité généralement majoritaire dans ces pays. Enfin, parce que les taux de mortalité y étaient très importants, notamment à la naissance, avant que les avancées médicales et sanitaires de l’occident ne viennent les toucher. En dépit des améliorations spectaculaires de la santé de ces populations, les habitudes ancestrales furent pratiquées longtemps avant qu’elles ne commencent à s’aligner sur les pratiques occidentales.
Il en est résulté une pression démographique considérable s’exprimant par une part dans la population des jeunes de 0 à 14 ans comprise entre 45 et 50 % selon les pays, contre 15 à 20 % dans les pays occidentaux et entre les deux pour les pays dits “émergents “. Ces taux ont commencé à baisser, mais à une vitesse sensiblement plus lente que celle de la baisse des taux de mortalité infantile et adulte. L’évolution différentielle de la natalité et de la mortalité a accru dans des proportions importantes la pauvreté de ces populations, pauvreté se traduisant par une surcharge des terres, des villes et l’impossibilité de soutenir les actions formatrices nécessaires des jeunes, très largement encore sous scolarisés, et la création de sources d’emploi correspondantes.
En outre, la création rapide de cette pression démographique intervenue en quelques années après la guerre a entrainé une destruction environnementale sévère, sous le poids de migrations internes vers les villes, ne laissant pas le temps à celles-ci de se structurer, faute de moyens, et détruisant rapidement les terres arables de leur voisinage.
Il est ainsi possible de constater deux choses. D’une part qu’une action civilisatrice trop rapide, que celle-ci soit ou non motivée par de bons sentiments, peut déboucher sur des catastrophes humaines inattendues. D’autre part qu’en sens inverse, la politique de l’enfant unique introduite par Mao Tse Toung en Chine permit d’éviter, au cours de la rapide émergence du pays, les vicissitudes rencontrées par les pays directement développés sous la direction indirecte de l’occident, et ceci, en dépit d’une critique occidentale inconséquente de cette mesure. Il est d’ailleurs à souligner que cette disposition est en cours de disparition progressive, l’équilibre recherché ayant été atteint.
En dépit d’initiatives engagées par les institutions internationales telles que l’ONU, le FMI et la Banque mondiale, peu de progrès ont été réalisés en un demi-siècle, soit que l’ampleur des efforts auxquels il aurait fallu consentir dépassait les possibilités de l’occident ou même sa volonté de réussir. Ajoutons à cela une forte corruption des élites en place, associée à un manque assez coupable de contrôle dans les réalisations entreprises.
L’existence de régimes autoritaires, ou même totalitaires, dans les pays concernés, aggrave encore un état de choses économique qui incite les populations à trouver ailleurs emplois et avenir plus souriant, pour eux et pour leur famille.
Pour les plus pauvres de ces peuples, il en a résulté un désir irrépressible de quitter leur pays pour trouver ailleurs une vie meilleure. La vue de l’apparente richesse de l’occident qui se déploie sur les écrans de leurs téléviseurs constitue un facteur supplémentaire pour désirer quitter leur pays natal par tous les moyens possibles.
Considérations fonctionnelles sur les migrations
Les migrations musulmanes suivent deux cheminements sensiblement différents :
- cheminement politique et administratif
C’est le cheminement officiel, basé sur une structure administrative créée par les gouvernements des pays d’accueil, suivant une procédure généralement très lente, fondée sur des critères à la fois sociologiques et économiques. Ils ne concernent bien évidemment que les candidatures présentées aux consulats des pays de destination désirés, dans les pays d’origine.
Les critères d‘admission comprennent souvent des quotas par pays d’origine, en fonction d’exigences géopolitiques, ou du désir d’équilibrer les entrées par rapport aux communautés de cette origine déjà présentes dans le pays de destination. Ces critères prennent surtout en compte les besoins en main d’œuvre de l’économie du pays d’accueil, en regard de la formation et de l’expérience des candidats susceptibles d’y répondre.
À partir du moment où une candidature a été approuvée, le candidat suit une procédure assez stricte et longue avant d’être autorisé à venir s’installer. Il peut s’écouler deux années entre le dépôt de la candidature et l’arrivée du migrant dans son pays d’adoption.
- cheminement spontané et désordonné
Il s’agit des migrations sauvages, pratiquées par les migrants vivants dans des pays disposant de frontières communes avec les pays d’accueil, ou séparés de ces derniers par un détroit maritime praticable avec des embarcations légères. C’est le cas des migrants africains, noirs ou maghrébins, à travers le détroit de Gibraltar, vers les pays européens de l’ouest, ou des Turcs en direction des pays de l’Europe centrale.
Cette forme d’immigration sauvage, caractérisée par un nombre effrayant d’accidents mortels, s’est accrue d’année en année sans que le reste du monde ne s’en émeuve autrement qu’à l’heure des informations sur ses téléviseurs.
Considérations culturelles, et en particulier religieuses
Toute immigration réussie de personnes issues d’un autre pays suppose que soient intégrées harmonieusement par les nouveaux venus les différences culturelles, linguistiques, éthiques, philosophiques et religieuses existant entre le pays d’origine et le pays d’accueil.
Plus ces différences sont nombreuses et qualitativement différentes, plus malaisée sera l’acceptation des immigrants par la population locale, et par conséquent plus susceptibles d’entraîner rejets et conflits, et par suite la ghettoïsation des nouveaux arrivants.
Parmi les différences possibles, certaines sont plus ou moins superficielles, ou plus ou moins difficiles à réduire. Les pures conventions sociales s’adoptent assez rapidement par l’observation et l’imitation, si elles ne mettent pas en cause des convictions plus profondes. La langue du pays, si elle n’est pas connue, s’apprend vite si elle est désirée et que le courage est là, mais prend du temps. Les habitudes culturelles peuvent présenter quelques difficultés en fonction de l’âge de l’immigrant, mais une connaissance, même réduite, de l’histoire du pays d’accueil peut en faciliter la compréhension.
Les convictions religieuses sont plus délicates, car elles conditionnent le MOI profond, l’inconscient. À l’intérieur d’un même groupe de religions (christianisme, islamisme ou bouddhisme,…), tout est plutôt question de rites que de différences de conviction, et ne doit pas poser beaucoup de problèmes.
Par contre, l’appartenance de l’immigrant à un autre groupe religieux que celui de la majorité du pays d’accueil est problématique. Ainsi du musulman. Dans ce cas précis qui nous intéresse au Québec, la différence n’est pratiquement pas intégrable, et ceci pour une raison simple : alors que les différents rites et commandements du christianisme ont abandonné la prétention de couvrir des contenus politiques et éthiques exclusifs, depuis la fin des monarchies et l’avènement des démocraties représentatives, le sunnisme comme les différents chiismes musulmans subordonnent aux textes sacrés, et notamment au coran, le fonctionnement politique, culturel et éthique de la société. La structure civile définie par eux prend alors des valeurs religieuses irrévocables par la seule volonté de l’Homme.
Il est vrai que l’Islam est une jeune religion par rapport au christianisme (six siècles d’écart), et qu’elle évoluera nécessairement d’elle-même, à la condition toutefois qu’elle ne se trouve pas contrainte à le faire par des puissances extérieures à l’Umma (communauté des croyants), comme c’est actuellement le cas, ce qui aurait pour unique résultat d’accrocher davantage encore à leurs croyances les populations dont c’est la religion.
En effet, l’évolution d’une religion, dans ses pratiques comme dans ses convictions, ne peut s’effectuer que de l’intérieur, contrairement à ce qui peut se passer à propos d’une théorie politique ou scientifique. Ceci parce que nous ne nous trouvons pas ici dans un cadre rationnel de pensée, puisque le propre d’une religion est précisément d’évoluer dans l’irrationnel. Malheureusement, les puissances envahissantes ne se soucient guère de ce “détali“, puisqu’elles croient agir au nom de leur vérité propre, la seule, ce qui ne leur permet pas de comprendre la cause de leurs échecs.
De tous les problèmes posés par l’immigration de musulmans dans les pays occidentaux, ceux qui relèvent de la culture et des religions, sont donc de loin les plus marquants, et surtout les plus irréductibles. À travers l’immigration, des populations hétérogènes qui s’ignoraient à peu près totalement jusqu’ici, se rencontrent presque inopinément et de manière abrupte, sans préparation aucune, ni d’un côté, ni de l’autre.
Les populations d’accueil voudraient bien que les nouveaux arrivants adoptent leur culture, c’est-à-dire leurs valeurs, leur façon de penser le monde et le “vivre ” avec l’autre, et, pourquoi pas aussi, leur religion considérée seule légitime et vraie. En tous les cas, elles pensent que, étant la population accueillante, c’est aux arrivants qu’il convient de s’adapter à eux, et pas le contraire.
Quant à la population arrivante, elle croit qu’elle va pouvoir vivre de la même manière que dans le pays qu’elle a quitté, puisqu’on lui a dit que le Québec est un pays où règnent la liberté et l’égalité.
Et ce qui ajoute à l’incompréhension des uns et des autres, les nouveaux arrivants ont emmené avec eux leur propre culture, c’est-à-dire leurs propres valeurs, leur propre façon de penser le monde et de vivre avec l’autre, et, bien entendu aussi, leur propre religion, laquelle, par nature et acceptation volontaire, détermine les moindres moments de leur vie civile ! Mais c’est tout ce qui leur reste pour conserver une personnalité, un “chez eux ” ; c’est leur seul bien lorsqu’ils arrivent. Et on leur demande d’abandonner tout cela d’un seul coup !
Les kits de civilisation, ça n’existe pas, en solde, chez le quincailler du coin !
Cette exigence relève tout simplement de la plus pure naïveté! Elle est un signe de profonde ignorance. Des comportements acquis au sein de familles et de sociétés croyantes ne peuvent en effet s’effacer au cours de la première génération d’immigrants. Je pense même qu’une déculturation trop rapide peut être dangereuse pour le pays d’accueil, en suscitant des comportements marginaux, tels que le trafic de drogue ou d’autres activités prohibées ou criminelles. S’il est laissé à lui-même ou percevant une quelconque menace d’exclusion par la population d’accueil, un comportement de ghettoïsation avec ses compatriotes d’émigration est possible, sinon naturel, initiant une coupure sociale plus ou moins définitive avec la population locale, qui devient l’ennemi, et réciproquement.
L’émigration est un projet qui se prépare :
Lorsqu’une personne étrangère prend la décision d’émigrer au Québec ( par exemple ), sa connaissance de son nouveau pays est nécessairement lacunaire, et peut, à l’extrême, se vivre dans une sorte de rêve ou de fiction idéalisée. Les formalités administratives de départ prennent souvent le pas sur toute autre préoccupation de ce qui attend réellement l’émigrant.
Or, une préparation sérieuse et approfondie au pays d’accueil est pourtant indispensable et devrait être conduite et gérée par les autorités consulaires du pays d’accueil dans le pays de départ, et longtemps avant le départ. Aucun détail ne devrait être laissé de côté : langue, histoire, géographie, culture, mœurs, religion, traditions, etc. Les résultats à un examen éliminatoire devraient fixer la date possible du départ. Sans le respect de cette condition préalable, qui devrait impliquer tous les membres de la famille de l’émigrant, l’aventure de l’émigration est d’avance vouée à l’échec.
Enfin, la question de l’équivalence des diplômes doit être parfaitement clarifiée pour le postulant. Il est impératif de détecter et de gommer toute illusion particulière dans son attitude mentale à l’égard de ce qu’il attend de son futur pays.
Des degrés dans la foi :
Lorsque l’émigrant appartient à une autre religion que celle qui est majoritaire dans le pays d’accueil, des précautions particulières sont à prendre.
En particulier, il est important que la population d’accueil ne commette pas l’erreur de considérer qu’une attitude unique définit la totalité des croyants d’une religion donnée. Dans les faits, il existe un éventail très large d’attitudes mentales et intellectuelles possibles à l’égard de la foi, au sein de toute population croyante. Ce positionnement peut en effet varier de l’attachement exclusif aux seuls rites, symboles et traditions de la religion concernée ( aspects purement visibles de la foi ), à une intellectualisation de la foi menant à une conception spiritualisée du monde ( aspects immatériels et invisibles de la foi ).
Du positionnement sur ce très large éventail dépend très étroitement le succès ou l’échec de l’intégration sociale de tout individu dans une société nouvelle. Difficulté extrême pour les individus situés au début de cet éventail, aisance harmonieuse pour ceux qui se situent à l’autre extrémité. Aussi, traiter tous les immigrants de la même manière constitue une erreur irrattrapable.
Le positionnement d’un croyant donné sur cet éventail dépend de plusieurs facteurs sociaux : le positionnement moyen de sa famille, son niveau d’instruction et son âge.
Les jeunes d’abord, future élite du pays d’accueil :
Du côté du pays d’accueil, la politique d’immigration repose en général sur la nécessité d’accroitre la population du pays, soit pour des défauts de main-d’œuvre, soit pour compenser son vieillissement. Dans les deux cas, le besoin doit se porter évidemment sur une immigration jeune, plutôt que sur des familles déjà constituées. La thèse de Guillaume Marois, dont l’adresse se trouve en note de bas de page[i], montre que faire immigrer des familles dont les parents ont entre 30 et 40 ans ne concourent que très peu à lutter contre le vieillissement de la société. Cette immigration-là ne répond donc pas au rôle qu’on lui attribuait jusqu’ici.
Par conséquent, le pays d’accueil aura tout intérêt à former lui-même de jeunes célibataires qui se joindront à ceux du pays, et se marieront éventuellement avec des citoyens ou citoyennes du pays. D’où la recommandation que l’on peut faire aux gouvernements de pratiquer une politique la plus large possible de bourses d’études, dès avant l’entrée à l’Université, en amont de l’immigration telle qu’elle est actuellement pratiquée.
Cette politique aurait l’immense avantage d’intégrer des jeunes gens qui auraient obtenu des diplômes universitaires du pays d’accueil, et d’éviter par conséquent les problèmes posés par la non-équivalence de diplômes entre les deux pays. Elle éviterait ainsi le choc culturel produit par la nécessité pour beaucoup de diplômés étrangers de survivre en devenant chauffeurs de taxi ou de pratiquer tout autre métier inférieur à celui auquel ils auraient pu prétendre en restant dans leur pays natal. Cette solution suppose la mise en place d’actions proactives dès le niveau collégial dans tous les pays répondant aux critères de sélection souhaités par le gouvernement du pays d’accueil.
Elle rendrait également plus aisée l’intégration du reste de la famille d’un jeune diplômé, qui voudrait émigrer à son tour, car un lien aurait déjà été établi, premier lien qu’il n’y aurait plus alors qu’à élargir.
CONCLUSION : Les migrations humaines en général
Le phénomène migratoire est une caractéristique du vivant. Il touche aussi bien les végétaux que les animaux, dont les humains, mais aussi tous les micro-organismes, utiles ou nuisibles à l’Homme.
De ce fait, le phénomène migratoire devient une caractéristique fondamentale de la planète elle-même. Une grande partie des éléments structurels de la planète résultent eux-mêmes de l’activité migratoire du vivant : pétrole, charbon, phosphates, dépôts minéraux divers.
Deux exemples illustrent de manière frappante la complicité migratoire entre les éléments de vie et les éléments purement physiques de la planète. :
Les végétaux, immobilisés par nature à un endroit précis de la surface terrestre, migrent malgré tout avec l’aide des vents qui animent l’atmosphère gazeuse de la planète. Les graines des végétaux sont emportées au loin par eux, et s’implantent là où ils les déposent. Dans le cas des végétaux marins, leurs graines sont de leur côté emportées également au loin, mais cette fois, ce sont les courants marins qui en prennent la responsabilité.
À cet endroit, on peut remarquer que vents et courants sont le résultat de l’exposition au soleil de notre planète sous deux autres mouvements, rotation sur elle-même et déplacement le long de l’orbite solaire, qui est une ellipse. En passant, on pourra noter le fait qu’il n’existe aucune réalité strictement circulaire dans la nature. Le cercle est un pur produit de l’esprit humain.
Si on continue ce raisonnement, il semble clair que ces deux mouvements dépendent à leur tour de ceux qui animent l’ensemble de l’univers, dans lequel le soleil se meut lui aussi selon des règles décodées par la science. En définitive, aucun objet dans l’univers n’est immobile, depuis l’extrêmement petit jusqu’à l’extrêmement gigantesque.
À ce point de mon développement, il devient évident que le phénomène migratoire des humains est une résultante des lois de fonctionnement de l’univers. Une constante historique vient montrer qu’aucune action humaine pour le contrarier n’a réussi jusqu’ici à l’inhiber. C’est le cas des murs et des murailles que certaines sociétés ou empires ont érigés pour se protéger ou s’isoler des autres.
Citons pêle-mêle la Grande muraille de Chine, toutes les forteresses, les limes romaines, la ligne Maginot, le mur de l’Atlantique, etc. Elles ont toutes été tournées ou détruites. L’Humain ne peut durablement s’opposer aux mouvements, et donc pas davantage aux migrations, sinon très temporairement.
Le mur élevé par Israël pour se protéger des intrusions subit sans arrêt des destructions par les Palestiniens et il faut sans cesse le réparer. Un jour, on cessera purement et simplement de le faire, car il est impossible de continuer une même action de manière indéfinie. L’Histoire nous en est témoin, et il est peu probable que cela change. Il en sera de même du mur érigé par les États-Unis le long de sa frontière Ouest avec le Mexique, pour tenter d’empêcher les invasions des Mexicains.
Sur un plan plus général, les invasions n’ont jamais été arrêtées par la force. Il n’existe pas d’exemple contraire dans l’Histoire. Les limes n’ont pu protéger l’Empire romain des grandes invasions, ni le mur d’Adrien n’a empêché l’invasion de l’Angleterre par les Calédoniens. Les expéditions d’Alexandre le Grand ont remodelé le Moyen-Orient. Celles des peuples occidentaux ont remodelé les deux Amériques et l’Afrique. Et j’en oublie probablement.
Ce n’est pas jusqu’à la pensée qui ne soit sous l’empire du phénomène migratoire. Tout ce qui fait le présent, ce mince espace de temps fugitif, est sans cesse balayé par le surgissement du futur. Les théories, les doctrines et les religions ne cessent de migrer vers de nouvelles théories, doctrines et religions. Sans aucune interruption. Vouloir lutter contre cette vérité est illusoire.
[1] Guillaume Marois
Démystification de l’impact de l’immigration sur la démographie québécoise
www.bibliotheque.assnat.qc.ca/01/mono/2007/10/949645.pdf
© André Serra
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[i] Guillaume Marois
Démystification de l’impact de l’immigration sur la démographie québécoise
www.bibliotheque.assnat.qc.ca/01/mono/2007/10/949645.pdf
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Ce sont les migrations de la seconde partie du XXe siècle qui ont fait apparaître les contradictions culturelles existant entre les peuples, notamment dans le domaine religieux. Jusque-là, l’humanité se trouvait sous la domination de ce qu’on appelle encore malheureusement l’occident chrétien.
Les populations occidentales pratiquaient sans vergogne le “colonialisme”, dont la base reposait sur la conviction que les populations non occidentales étaient arriérées, et que par conséquent on devait, par l’éducation ou par la force, les amener à ressembler à elles-mêmes. Comme si cela était possible ! Les religions chrétiennes constituaient aux yeux des colonialistes une vérité indépassable. Ils ne s’étaient pas encore rendu compte que ces fictions chrétiennes étaient au moins aussi absurdes et primitives que celles qu’elles rencontraient dans les pays qu’ils envahissaient.
Pourtant, chemin faisant, le niveau d’éducation continuant à s’élever dans les populations occidentales elles-mêmes, de plus en plus d’universitaires, intellectuels ou scientifiques se guérissaient progressivement du virus de la religion, sans cependant oser encore manifester leur accès à cette salutaire libération, car leur part dans la population ne grandissait qu’assez lentement, leur liberté de penser étant toujours montrée du doigt par les grands troupeaux de ceux qui persistaient à croire que l’univers avait été créé par un ectoplasme.
Aux États-Unis, encore aujourd’hui, il ne fait toujours pas bon de se déclarer athée, si l’on veut pouvoir occuper certaines fonctions, ou même tout simplement trouver du travail, les “sans religion” passant encore pour des êtres immoraux. Ce résidu sociologique prouvant ainsi que la richesse ne connote pas toujours l’intelligence.
On sait que le virus religieux est transmis par l’éducation familiale et que l’éradication des religions sera par conséquent fort lente. En effet, Freud a bien décrit le processus d’infection en 1927 dans “L’avenir d’une illusion” :
À mon avis, il faudrait très longtemps à un enfant non influencé pour qu’il commence à se faire des idées sur Dieu et les choses au-delà de ce monde. Peut-être ces idées emprunteraient-elles alors les mêmes voies que celles qu’elles ont prises chez ses aïeux, mais on n’attend pas que ce développement ait lieu, on lui sert les doctrines religieuses à un moment où il n’a encore ni intérêt pour elles, ni la capacité d’en saisir la portée. Retarder le développement sexuel et hâter l’influence religieuse sont bien les deux points principaux du programme de la pédagogie d’aujourd’hui, n’est-ce pas ? Lorsqu’ensuite s’éveille la pensée de l’enfant, les doctrines religieuses sont devenues d’ores et déjà inattaquables.
En ce qui concerne le retard du développement sexuel, les mouvements survenus dans la jeunesse en 1968 y ont mis bon ordre. Pour le virus religieux, il faudra sans doute attendre plus longtemps.
Pour le moment, on en est encore à considérer que les religions font toujours partie du décor, et notamment de la culture. Et c’est au nom des cultures nationales que l’on exige que les immigrants venus d’une autre planète en adoptent les valeurs séance tenante, dès qu’ils ont passé la frontière de l’occident. Ce faisant on commet deux erreurs tragiques.
La première consiste à ne pas comprendre que la difficulté de ces gens-là à “s’assimiler ou s’intégrer” (quels vilains mots !) n’est pas l’œuvre d’une mauvaise volonté de leur part, mais de la même infection religieuse dont souffrent comme eux les Occidentaux, celle de ce virus intellectuel qui les porte à croire à l’existence de l’ectoplasme dont je parlais au début de cet article.
La seconde est de s’imaginer qu’il est possible aux populations immigrantes de se débarrasser de leur virus et des conséquences sociologiques qui en résultent, alors que les Occidentaux n’y sont pas eux-mêmes parvenus en ce qui concerne le leur ! Ce n’est qu’au fil des générations que cette transformation serait possible, à condition cependant que l’éducation de leurs enfants soit aussi ouverte que l’est généralement à présent celle des nôtres.
Que toutes les religions soient éradiquées, et toutes leurs conséquences culturelles ( je préfèrerais dire : sociologiques ) disparaitraient comme par enchantement. Plus de burka, plus d’exclusion des femmes, plus de prêtres ni d’imams manipulateurs, plus de dogmes creux et… plus de minarets !
On n’en est pas là !
Alors pourquoi nous sommes-nous donné cette difficulté en acceptant cette “colonisation inverse” que constitue l’immigration ? On sait que les raisons en sont bassement économiques. Il était tellement intéressant de se pourvoir d’une main d’œuvre aux salaires misérables ! Vision de myope !
On a ainsi contrarié le mouvement naturel de l’évolution humaine. Restés chez eux, les immigrants dont on ne sait plus que faire à présent avec la progression fulgurante de la productivité induite par l’électronique, leurs sociétés auraient bien entendu évolué comme les nôtres, et l’on aurait pu contribuer à cette transition.
C’est ce qu’ont fait les Chinois, dont l’émigration a été relativement légère, si on l’apprécie par rapport à l’ampleur de leur population. Non seulement ils nous ont presque rattrapé dans beaucoup de domaines, mais ils vont bientôt nous précéder dans la marche vers une société mieux gérée. Il est vrai qu’ils n’ont pas à lutter, eux, contre un virus religieux, et qu’ils maintiennent fermement sous contrôle les tentatives d’infection des religions occidentales, notamment évangéliques.
Alors que faire à présent que ces populations migrantes sont parmi nous ? Pas grand chose, à mon avis. Il faut bien entendu commencer par cesser d’en accepter les aspects dominateurs ! Cela ne fait que les encourager à rester ce qu’ils sont.
Ils sont aussi des humains, et donc dotés des mêmes capacités de développement que nous. Ils nous le montrent souvent. Pourquoi ne les consacrent-ils pas à leurs pays d’origine ?
Ensuite, sans doute, arrêter d’en accepter davantage chez nous. Évidemment pas dans un esprit d’exclusion, mais pour les laisser évoluer au sein de leur propre culture actuelle, tout en multipliant les échanges humains entre tous les pays de la terre, dans le respect mutuel des uns et des autres, de manière à ce qu’un jour tous les peuples du monde aient chassé ces vilains virus qui nous infectent tous, de manière à se retrouver unis et forts contre tous les autres dangers qui menacent notre planète.
On n’en a qu’une !
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Cet article répond aux règles de la nouvelle orthographe
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(Montréal, le 18-09-2009) Les banques centrales et les gouvernements sont inféodés au dollar car ils ont peur de ce qui se passerait s’il disparaissait. Ils ne l’ont jamais envisagé, et pour eux, ce serait le trou noir. Tout serait à réinventer. En somme, pour eux, c’est comme si le dollar avait toujours existé.
Mais heureusement, les entreprises sont plus puissantes à elles toutes que les institutions politiques et financières, et n’éprouvent pas cette même peur.
Celles qui exportent, elles, craignent par dessus tout les variations de change qui mettent leurs tarifs en péril ainsi que leur trésorerie, et finalement leurs résultats, surtout lorsqu’elles contractent des commandes à long terme. C’est aussi vrai pour celles qui vendent que pour celles qui achètent. Et il en existe même de nombreuses qui contractent des emprunts en devises étrangères pour se couvrir des effets de change à la date des règlements. Elles sont généralement obligées de conclure des contrats d’approvisionnement à long terme pour stabiliser leurs coûts. C’est notamment le cas des compagnies d’aviation pour leurs approvisionnements en carburant, mais aussi celui des fabricants d’avions dont les programmes de fabrication peuvent s’étendre sur plusieurs années.
Or, il est tellement facile de s’entendre avec son client ou son fournisseur pour transiger dans une devise stable plutôt que de le faire, par habitude, en dollars. L’un come l’autre peut y trouver avantage. Mais cela ne suffit pas toujours, car la stabilité des autres devises dépend aussi des fantaisies du dollar dans une certaine mesure, car les États eux-mêmes souffrent des variations de la politique monétaire des É-U. Le dollar étant la devise nationale des É-U, il est géré en fonction de leurs seuls intérêts en toute impunité.
Adopter une devise différente dans les transactions entre entreprises ne constitue donc pas une solution totalement satisfaisante. Néanmoins, de plus en plus d’entreprises l’appliquent cependant déjà, et je crois que, de bouche à oreille, elle va progressivement se généraliser, en l’absence de l’adoption d’un nouveau système monétaire à l’échelle de la planète. Je connais en effet quelques entreprises chinoises et européennes qui s’en sont parlé et l’appliquent. C’est beaucoup plus facile qu’entre deux gouvernements, car elles n’ont pas besoin de palabrer très longtemps ensemble pour en décider.
Au niveau des gouvernements et des banques centrales, il faut également souligner la composante politique de leur inaction. Le dollar va rester encore longtemps la devise de l’occident étasunien. Il est en quelque sorte un peu la devise de l’OTAN, et tant que l’on fera subsister ce parapluie parsemé de trous qui ne sert qu’à conforter la domination militaire des É-U, les pays de l’OTAN le garderont et les É-U s’y sentiront en sécurité.
Cependant la terre tourne, et l’occident rétrécit de plus en plus vite par rapport au reste du monde.
Les pays du BRIC (Brésil, Inde, Chine et Russie) occupent à présent une place croissante dans le commerce international, et l’émergence d’une devise nouvelle dépend de plus en plus largement de l’ampleur relative des échanges internationaux de ces pays. Il est par conséquent tout à fait concevable qu’en leur sein une initiative émerge.
La bourse de Shanghai
Parmi ces pays émergents, la Chine est en train de se révéler un bon entraineur. Elle a déjà groupé autour d’elle une bonne partie des États du sud-ouest asiatique, et commerce avec eux en yuan, sa propre devise, qu’elle maintient, pour le moment du moins, à parité avec le dollar.
La Chine vient de faire un nouveau pas en direction d’un yuan dominant. Elle vient d’autoriser la bourse de Shanghai à ouvrir ses portes aux sociétés étrangères à partir du début de 2010. Bien qu’il faudra du temps avant que Shanghai ne devienne une bourse de classe mondiale, c’est la stratégie déterminée du gouvernement chinois que d’y parvenir.
Ce dernier sait que certaines conditions devront être remplies avant que cette bourse puisse tenter les gros canons de la planète : une monnaie librement convertible, ce qui n’est pas encore le cas, une libre circulation des capitaux et un système juridique qui protège la propriété efficacement. Mais tout cela est en route. D’importants progrès ont déjà été faits en ce sens depuis 10 ans et témoignent de la rapidité avec laquelle le gouvernement va probablement œuvrer dans ce sens. L’ouverture de la bourse de Shanghai marquera probablement le début d’un nouveau grand pas de cet immense pays vers une économie plus moderne encore.
La Chine possède beaucoup de capitaux, et par conséquent de nombreuses entreprises de taille moyenne dont le potentiel de production se trouve essentiellement en Chine, pourraient être tentées d’adhérer à cette bourse, dans l’intention d’émettre des actions leur permettant une expansion rapide, sur place et dans ce quartier du monde futur.
C’est en Asie que se trouve la possibilité d’étendre le marché mondial. On le constatera de plus en plus au cours des années qui viennent. La sortie de crise remarquée de la Chine en est le gage. Toutes les prévisions pessimistes que les économistes nous ont prodiguées depuis des années au sujet de l’improbabilité de la pérennité de sa croissance ont été déjouées jusqu’ici par la réalité. Je suis à peu près sûr que ça va continuer encore longtemps.
© André Serra
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(ce texte est rédigé en nouvelle orthographe française)
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Publié par André Serra dans Histoire, Religion, Réflexion, tags: Abraham, Babylone, bible, Canaan, dieu, Ismaël, Palestine, patriarche, Sarah
Avec QUIPROQUO sur DIEU, Bernard Lamborelle nous livre une étude inattendue de la relation biblique d’Abraham avec son Seigneur, personnage promu un peu à la légère au statut de divinité par les traditions religieuses monothéistes. Pour ces traditions, et pour la Bible, ce Seigneur était, et est donc toujours aujourd’hui pour elles, “Dieu lui-même”.
En bon scientifique, Bernard Lamborelle a longuement questionné ce dogme à travers toutes les caractéristiques du temps d’Abraham : calendrier, mœurs, géopolitique, géographie, géologie, et j’en passe probablement.
Avec une rigueur d’analyse inflexible, sa recherche minutieuse l’a conduit à formuler une hypothèse qu’il sera probablement très difficile de contester, et qui changera très probablement les convictions d’un grand nombre d’adeptes encore attachés aux trois religions “du livre”, au cours des années qui viennent.
Je ne pourrais guère mieux comparer ce chercheur qu’à Darwin, dévoilant “L’origine des espèces”, ou bien encore à Galilée, inversant les rôles du soleil et de la terre. L’un et l’autre longtemps contestés, en raison d’idées qui paraissaient délirantes à leurs contemporains, ont fait franchir à la société humaine des étapes inouïes sur la voie de la connaissance.
Mais je lui laisse la parole. Voici le texte de l’exposé qu’il a adressé le soir du lancement de son livre aux personnes venues lui faire signer son œuvre :
André Serra
QUIPROQUO SUR DIEU, Bernard Lamborelle, EDITAS, 2009
Reconnu comme leur père par les trois grandes religions monothéistes, Abraham est l’ancêtre de Moïse, de Jésus-Christ et de Mahomet. Dans la Bible, le récit d’Abraham débute quand Dieu lui demande de quitter sa ville natale d’Ur en Chaldée (Irak actuel) pour aller s’installer en Canaan (Israël). Dieu lui offre alors la « terre promise » en échange d’une foi exclusive, absolue et inébranlable. Aujourd’hui, on dénombre environ un juif pour 90 musulmans et 140 chrétiens. Ensemble, ces croyants sont plus de trois milliards.
Abraham est donc un personnage très important qui a eu une influence majeure sur tous les prophètes et les hommes qui l’ont suivi. Il a vécu près de 2 000 ans avant Jésus-Christ, à une période qu’on appelle le Bronze moyen. Depuis les années 1950, et même avant, beaucoup de chercheurs ont essayé de retrouver ses traces dans le but de prouver la véracité de la Bible. Leurs efforts n’ont jamais abouti.
Voilà pourquoi, depuis une bonne trentaine d’années, la communauté scientifique en est venue à accepter l’idée que les Patriarches n’ont probablement jamais existé et que leur histoire a été inventée de toutes pièces au 6e siècle avant Jésus-Christ dans le but de raffermir le sentiment d’appartenance des juifs en exil à Babylone.
Quiproquo sur Dieu vient remettre en question, non seulement la nature divine du seigneur d’Abraham, mais aussi l’origine du récit.
La démarche de Bernard Lamborelle nous fait comprendre que si les spécialistes n’ont jamais trouvé la moindre trace des Patriarches, ce n’est pas parce qu’ils n’ont pas existé, mais tout simplement parce qu’ils n’ont jamais été à l’origine de la révolution religieuse qu’on leur attribue, parce que le « seigneur » d’Abraham n’était pas un être divin, mais un roi de l’Antiquité! Quel pavé dans la mare des exégètes!
Trois types de preuves complémentaires se recoupent pour former une démonstration solide et cohérente : elles sont d’ordre logique, chronologique et dendrochronologique.
La preuve logique est sans doute la plus importante. C’est elle qui permet de comprendre la logique de l’histoire et l’origine du malentendu. Elle consiste à se transposer au Bronze moyen et à aborder la lecture de la Bible avec un regard neuf. À cette époque, beaucoup de rois mégalomanes ont cherché à se déifier. Il suffit de penser aux pharaons égyptiens, ces véritables dieux vivants. Dès que l’on examine la nature de la relation qu’Abraham entretenait avec son seigneur, il est surprenant de voir combien son histoire prend un sens beaucoup plus logique et réaliste. On peut alors se représenter un roi puissant, faisant d’Abraham son gouverneur pour la région de Canaan.
Évidemment, la stabilité dans la région exige une descendance. Il faut donc un héritier à Abraham. Mais comme il est aussi le demi-frère de son femme, Sarah, et qu’ils semblent incapables d’avoir des enfants, Sarah lui offre alors de coucher avec Hagar, son esclave égyptienne. Voilà comment Ismaël vint au monde. Mais il est hors de question que le fils d’une esclave hérite d’un territoire aussi important que celui de Canaan. C’est donc le seigneur d’Abraham, lui-même, qui rendra Sarah enceinte. Ainsi s’expliquerait la naissance d’Isaac.
Dans la Bible, Dieu demande à Abraham de sacrifier Isaac. Mais si Isaac est vraiment le fils de ce seigneur, ce dernier ne peut demander à Abraham de le sacrifier. Pourquoi le ferait-il ? Isaac est l’héritier ! Mais comme Ismaël est né avant Isaac, il pourrait très bien prétendre à ce titre. En toute logique, c’est donc lui que le seigneur aurait dû demander en sacrifice.
Quelqu’un aurait-il déjà suggéré qu’Ismaël est le fils à sacrifier, plutôt qu’Isaac ? Oui. Pour les musulmans, c’est Ismaël, et non Isaac, que Dieu demande en sacrifice ! Voilà le point de départ de l’aventure et de l’intrigue qui va se dénouer sous nos yeux ébahis. De plus, en parcourant le livre, on se rendra compte que la relecture contextuelle proposée par l’auteur permet de résoudre beaucoup d’autres incohérences relevées dans les Écrits.
La deuxième preuve avancée est d’ordre chronologique. Elle part d’un simple questionnement : pourquoi Adam et Noé seraient-ils morts à plus de neuf cents ans ? Et comment Sarah aurait-elle pu enfanter à 90 ans?
L’âge « fantastique » de ces personnages s’explique généralement par le côté légendaire de la Bible. Pourtant, si le récit des Patriarches repose sur des faits historiques, il est certain que les données sont bonnes, mais qu’elles ont été mal interprétées.
N’oublions pas qu’à l’origine, les années n’étaient pas de 365 jours. L’homme se fiait à la lune pour mesurer le temps. Si on divise l’âge d’Adam par 12,4 - le nombre de cycles lunaires dans une année -, il aurait vécu 75 ans au lieu de 930 selon la genèse. C’est beaucoup plus réaliste ainsi !
Malheureusement, le calcul ne peut s’appliquer à Sarah, car si on divise 90 ans par 12,4, elle aurait enfanté à sept ans et demi. Par contre, il faut se rappeler que les Babyloniens ont inventé le calcul en base 60. Ce système sert toujours aujourd’hui à compter les heures et à mesurer les angles.
L’auteur démontre que si l’on convertit toutes les dates de la Bible à partir du système sexagésimal, il devient possible de dresser un parallèle extrêmement précis entre les évènements bibliques et historiques. En fait, la précision est tellement grande qu’elle lui permet de mettre un nom sur le seigneur d’Abraham, avec une quasi-certitude.
La troisième preuve présentée provient des données dendrochronologiques recueillies par les scientifiques de l’université Cornell sur des échantillons de vieilles poutres trouvées dans la région. Comme les arbres poussent moins vite par temps chaud et sec, leurs anneaux de croissance sont plus petits ces années-là. L’analyse des taux de croissance des arbres qui ont fourni ces poutres permet donc de connaître le climat de la région sur plusieurs milliers d’années.
Or, on sait que la Bible rapporte deux famines importantes. La première lorsqu’Abraham arrive en Canaan et l’autre, deux générations plus tard, quand Joseph se trouve en Égypte. Les résultats de l’analyse de ces données dendrochronologiques confirment ces deux famines et correspondent parfaitement à la chronologie historique des évènements.
Ainsi, cette relecture apporte de nombreuses réponses aux incohérences relevées dans le récit. La correspondance est parfaite : la chronologie de l’histoire de la région rétablie selon la correction de l’auteur¬ est donc confirmée à deux reprises par les données dendro¬chronologiques des poutres.
Aux spécialistes à présent de vérifier ces hypothèses et de confirmer - ou de contredire - la véritable identité du seigneur d’Abraham. Une chose est sûre toutefois : il y a bel et bien eu un quiproquo sur la vraie nature de ce Dieu. Lire Quiproquo sur Dieu permet de s’en assurer.
Bernard Lamborelle
http://bernardlamborelle.blogauteurs.net/blog/
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Dans « Le choc des civilisations », Samuel Huntington a cru pouvoir démontrer en 1996, que l’opposition entre l’occident chrétien et l’islam était irréductible, et qu’il fallait donc s’attendre à une nouvelle guerre froide entre ces deux camps, guerre qu’il faudrait peut-être anticiper un jour. Sous-jacente à cette thèse perçait l’idée de la nécessité d’une hégémonie permanente des États-Unis pour garantir la sécurité du monde occidental.
Pendant quelque temps, cette thèse a réussi à bouleverser les milieux intellectuels et politiques des pays occidentaux, en pleine crise de l’immigration musulmane en Europe. Il n’y a rien d’étonnant à cela, lorsqu’on sait que Zbigniew Brzezinski a dit de ce livre : « Un tour de force intellectuel : une œuvre fondatrice qui va révolutionner notre vision des affaires internationales. », et puisque ce dernier a lui-même écrit en-tête de la conclusion de son propre livre paru en 2004, « Le vrai choix » : « L’hégémonie mondiale américaine est désormais une réalité établie. Nul ne peut la nier,… ». Il concède cependant quelques lignes plus bas que cette hégémonie ne sera pas éternelle.
Pourtant l’analyse de Huntington était superficielle et partiale. Dans ce court article, il est impossible de le citer longuement. Je me contenterai de rappeler une seule phrase, située à la page 310 de son édition de poche : « Tant que l’islam restera l’islam (ce qui est certain) et que l’Occident restera l’Occident (ce qui l’est moins), ce conflit fondamental entre deux grandes civilisations et deux modes de vie continuera à influencer leurs relations à venir, tout comme il les a définies depuis quatorze siècles. ».
L’opposition entre les textes des parenthèses de ce passage montre l’absence d’un réel esprit scientifique chez Huntington. Il sous-entend clairement que seul l’occident est susceptible d’évolution, alors que l’Islam ne l’est pas. Il ne tente même pas de démontrer ces deux assertions, et de nombreuses affirmations non argumentées de ce genre jalonnent son essai. En définitive, tout concourt dans ce livre à faire penser que cette prétendue étude n’avait pour but que de convaincre le lecteur de préjugés présents dans l’esprit de son auteur, et que ce dernier se préoccupait seulement de les emballer de manière convaincante. L’œuvre ne montre en effet aucun souci d’une quelconque objectivité historique, qui aurait pu se fonder sur une analyse comparée des religions au cours de l’histoire et sur celle de l’évolution géopolitique du monde.
En 2008, la déconfiture économique et militaire des É-U est cependant patente. Ce pays devra sans doute laisser bientôt la place du dollar à l’euro en tant que principale monnaie d’échange dans le monde, et a échoué dans sa tentative militaire de régner sur le Moyen-Orient. Quelle confiance peut-on accorder à un auteur qui se prétend expert en géostratégie, et qui s’est si lourdement trompé sur la situation de son propre pays ?
***
Emmanuel Todd et Youssef Courbage s’inscrivent en faux contre les thèses de Huntington, dans « Le rendez-vous des civilisations (Seuil - 2007) », en qualifiant « Le choc des civilisations » d’« exégèse faussement savante des textes sacrés ».
Mais leur livre ne vise pas principalement à démentir Huntington. Ils préfèrent présenter une étude, particulièrement élaborée celle-là, des évolutions anthropologiques de l’ensemble des sociétés dites occidentales et musulmanes, reposant sur des statistiques parfaitement établies de trois critères principaux qui sont : l’évolution des taux d’alphabétisation masculin et féminin des groupes étudiés, celle des taux de fécondité et celle de la pratique des religions. Ils montrent enfin de façon tout à fait indubitable l’existence d’une corrélation entre la baisse de la pratique religieuse dans le monde avec celle de la fécondité, et celle de la baisse de la fécondité avec l’augmentation de l’alphabétisation des femmes après que celle-ci ait atteint le taux de 50% de la population étudiée.
Les variations de ces lois de corrélation sont soigneusement étudiées et expliquées. L’ensemble de l’étude permet d’affirmer que les sociétés musulmanes ont entamé depuis plusieurs décennies un mouvement de déconfessionnalisation, et que c’est précisément ce mouvement qui entraîne une résurgence des pratiques religieuses dans une certaine partie de la population, celle qui se trouve en mal d’identité, avant d’en retrouver une autre.
Todd et Courbage rappellent à ce propos que la même résurgence s’est manifestée dans le monde chrétien au moment de la réforme protestante, à l’époque des Lumières et à celle de la révolution scientifique. « L’intégrisme n’est qu’un aspect transitoire de l’ébranlement de la croyance religieuse, dont la fragilité nouvelle induit des comportements de réaffirmation. »
À titre personnel, j’ajouterai à cette brillante étude le commentaire suivant : actuellement l’Occident, mais plus spécifiquement les É-U, administre aux pays musulmans une pression indue qui tente de troubler la vitesse naturelle du cours de l’histoire pour accélérer l’évolution des mentalités de leurs populations. C’est une tentative illusoire et inefficace dont le résultat a pour seul résultat de prolonger dangereusement la période de transition historique de ces pays. Or les travaux de Todd et Courbage montrent que cette période est toujours caractérisée par des troubles et des violences provoqués par une grande tension entre la naissance de nouvelles mentalités et la résistance des anciennes. Sous l’agression, leur tendance naturelle est de surcompenser leur stress par un retour à la pratique religieuse. C’est ce que je montre moi-même dans un article récent en trois parties : Extrémisme : terrorisme ou résistance.
Mieux vaudrait au contraire laisser cette tendance historique naturelle se dérouler d’elle-même, sans pressions extérieures. Elle est déjà engagée dans beaucoup de pays, nous assurent Todd et Courbage en nous mettant sous les yeux les preuves de la déritualisation de la chrétienté. Après tout, celle-ci s’est effectuée naturellement sans pression extérieure. Elle n’est même pas encore achevée aujourd’hui.
D’ailleurs, en ce qui concerne les États-Unis eux-mêmes, ce reflux de la croyance religieuse est à peine commencé. C’est sans doute pour cela qu’ils montrent une hargne beaucoup plus impatiente que les autres pays occidentaux, largement plus en avance dans cette évolution que ce prétendu empire déjà en voie de disparition.
@ André Serra http://andreserra.blogauteurs.net/blog/
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Publié par André Serra dans Géopolitique, Opinion, Politique, Religion, Réflexion, tags: guerre, Histoire, islamisme, moyen-orient, résistance, violence
[dernière partie d'un article qui en comprend trois ]
Une parabole ou la réalité ?
Alors, si l’on tient compte de ces conditions historiques, peut-on persister à affirmer que ces comportements violents sont ceux de terroristes, ou au contraire les attribuer plus logiquement à des résistants combattant une opiniâtre oppression séculaire ?
Je vais répondre à cette question de manière indirecte, mais analogique.
Pendant la guerre, de 1940 à 1945, je vivais en France avec mes parents. Après la défaite de 1940, et jusqu’à notre libération, nous avons donc vécu sous l’occupation de l’armée allemande. Bien qu’encore très jeune, de 10 à 15 ans, j’ai pu observer deux phénomènes. D’abord un retour de la population dans les églises, pourtant fort désertées avant la guerre. Sous la frustration que constituait l’occupation militaire, même si elle ne se manifestait que rarement de façon violente, une solidarité nationale s’était resserrée autour de ce qui nous restait d’identité : la religion. Même beaucoup de ceux qui bouffaient du curé avant la guerre, ne rataient plus la messe du dimanche. Et je me souviens de messes de minuit, à Noël, qui remplissaient les églises à craquer, malgré un froid intense et un chauffage absent faute de combustible. Pourtant, après que la France se soit vidée des troupes allemandes en 1945, les églises se vidèrent également, et retrouvèrent leur faible clientèle d’avant la guerre.
Le second phénomène, ce fut la formation de groupes de résistants, ça et là, qui se mirent à harceler l’ennemi de toutes les manières possibles. Ils faisaient sauter les voies ferrées, les trains, les ponts. Ils minaient aussi les routes, coupaient les poteaux électriques et les lignes qui desservaient les casernes et les installations allemandes.
Savez-vous comment les Allemands appelaient ces résistants français ? Et bien ils les appelaient des terroristes, et les fusillaient lorsqu’ils mettaient la main dessus.
Ce n’est pas là une parabole. C’est la stricte vérité. Mais beaucoup l’ont oublié… ou sont morts !
Ce que j’en conclus ? Et bien que les Arabes que l’on appelle terroristes sont tout simplement des résistants, et que, si on foutait définitivement la paix à ces nations-là, en les considérant comme on considère n’importe quelle autre nation sur la planète, et en en faisant surtout partir troupes et proconsuls, il n’y aurait probablement plus, très rapidement, de terroristes islamistes. Et l’Islam lui-même perdrait progressivement dans le même temps ses clients les plus intégristes, comme c’est arrivé à la chrétienté au cours du siècle dernier.
Finalement, quand on apprend l’histoire et qu’on sait en tirer des leçons, on devient plus sage et moins con.
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Publié par André Serra dans Géopolitique, Opinion, Politique, Religion, Réflexion, tags: guerre, Histoire, islamisme, moyen-orient, résistance, violence
[seconde partie d'un article qui en comprend trois ]
Petite histoire des oppressions de l’Islam :
Le monde musulman, qui s’étend du Maroc à l’Indonésie a été, et est toujours, l’objet d’agressions de toute nature de la part de l’Occident chrétien. En voici quelques phases exemplaires :
— Croisades entreprises par la papauté catholique et les monarques chrétiens en terre d’Islam du XIe au XIIIe siècles pour libérer Jérusalem, ravie il est vrai par les Turcs en 1078 aux Arabes Fatimides. Un royaume chrétien y fut même implanté pendant quelque temps.
— La Reconquista progressive de l’Espagne sur les Arabes. Il est vrai aussi que ceux-ci avaient eux-mêmes conquis la majeure partie de la péninsule Ibérique en 711, conquise antérieurement par des peuples Wisigoths venus d’Europe. La Reconquista, commencée en 718 s’acheva en 1492 avec la conquête de l’Andalousie par les rois catholiques. Bien que ce reflux puisse être considéré comme légitime, il n’en est pas moins considéré par les Arabes comme l’annexion d’un territoire leur ayant appartenu. Ils s’en souviennent encore.
— De 1830 à 1871, conquête progressive de l’Algérie par la France, jalonnée de massacres qui auraient fait environ un million de morts, en grande partie civils. En 1945, massacres de Sétif et de Guelma , à la suite d’émeutes nationalistes. D’après le gouvernement algérien, cette répression aurait fait 45.000 victimes.
— Tout le long du XIXème siècle, la Grande Bretagne, la France, l’Allemagne, le Portugal, l’Espagne et l’Italie se sont disputés et partagés l’ensemble de l’Afrique, assez largement musulmane avant leurs conquêtes successives. Les nations libres qui en sont issues après la seconde guerre mondiale sont aujourd’hui encore largement dépendantes de l’occident.
— À partir de la conclusion du traité du Bardo, le 12 mai 1881, la France établit progressivement un protectorat sur la Tunisie.
— Les Britanniques ont été les maîtres de l’Égypte depuis 1882. Pour contrer l’Empire ottoman, dans le cadre de la Première Guerre mondiale, ils imposent leur protectorat au pays le 19 décembre 1914. Ce ne sera qu’à la suite du coup d’état des officiers libres du 23 juillet 1952, que la République pourra être proclamée en 1953. Nasser en sera le second président, mais depuis, les Étasuniens dominent indirectement la politique du pays à travers une république de type dictatorial.
— En 1912, par le traité de Fez la France obtient du sultan un protectorat sur le Maroc.
— À l’issue de la première guerre mondiale [1914-1918], dépeçage de l’empire Ottoman. La Syrie, le Koweit et l’Irak sont placés sous protectorat britannique, le Liban sous protectorat français, et des monarques favorables aux occidentaux sont imposés à la tête des autres pays confisqués à l’ex-empire [Jordanie et Arabie séoudite].
— De 1945 à 1948, invasion terroriste de la Palestine par les juifs [Haganah, Irgoun et groupe Stern], suivie par l’annexion d’une partie importante d’un pays habité depuis des siècles par une population arabe, annexion suivie à son tour par l’expulsion pure et simple de 800.000 de ses habitants. Tout cela avec l’approbation tacite et dans l’indifférence totale des pays occidentaux. Problème non réglé depuis 60 ans, et donnant lieu à des hostilités endémiques.
— Depuis 1947, date de la partition de l’Inde et de la création du Pakistan, celui-ci a recueilli une forte proportion de la population musulmane habitant la partie du sous-continent restée indienne. Pendant le transfert de cette population, de nombreux massacres de musulmans ont été perpétrés par les Indiens sur leur passage. Or l’Inde, ancienne possession britannique, a toujours été considérée par l’Islam comme favorable à l’occident, et hostile à l’Islam.
— En 1951, le Premier ministre d’Iran, Mossadegh , nationalise l’Anglo-Iranian Oil Company. Le Royaume-Uni et les Etats-Unis le renversent alors au moyen de l’opération secrète Ajax, exécutée par la CIA, pour mettre un terme à sa politique nationaliste, consolider le pouvoir du Chah Mohammed Reza Pahlavi, et préserver les intérêts occidentaux dans l’exploitation des gisements pétrolifères iraniens.
La destitution de Mossadegh permit ainsi l’arrivée des Américains dans le grand jeu pétrolier du pays. Ainsi, en 1954, un consortium international composé de compagnies française, hollandaise, britannique et américaine est créé pour gérer la production pétrolière de l’Iran.
En 2000, Madeleine Albright, secrétaire d’état des É-U, reconnut l’implication de son pays dans l’opération Ajax, confirmant ainsi cette nouvelle intrusion violente de l’occident dans le monde islamique.
Cette énumération rapide ne fait pas mention de toutes les spoliations, frustrations et violations que toutes ces populations ont subi depuis la seconde moitié du XIXème siécle jusqu’à ce jour. Si tous ces évènements se sont généralement effacés de la mémoire des occidentaux, ils conditionnent encore aujourd’hui largement le comportement, souvent violent, des populations encore soumises, directement ou indirectement, à l’occident. Et c’est précisément le cas des Afghans, des Irakiens, des Palestiniens, et, de manière solidaire d’un point de vue musulman, des Syriens, des Iraniens et des Pakistanais, même lorsque leurs gouvernements semblent apparemment dociles aux sollicitations occidentales.
Alors, ces comportements violents sont-ils l’œuvre de terroristes, ou plus simplement de résistants luttant contre une oppression pluri-séculaire ?
[fin de la seconde partie – suite et fin demain]
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Publié par André Serra dans Blogosphère BLG, Géopolitique, Opinion, Politique, Religion, Réflexion, tags: guerre, Histoire, islamisme, moyen-orient, résistance, violence
[article composé de trois parties ]
Dans son article du Devoir paru le 29 décembre 2007, René Girard réinterprète Clausewitz. Il écrit : « Il y a une espèce de continuité dans l’ascension vers les extrêmes », et plus loin : « Nous sommes passés des guerres nationales au terrorisme. C’est la fin de toute ritualisation de la guerre, c’est la violence généralisée ». Il établit aussi une relation entre la violence du terrorisme et celle que l’on peut constater dans l’environnement : « l’augmentation de la population mondiale, le réchauffement planétaire… Tout ce qui menace l’humanité aujourd’hui peut être vu comme une conséquence de cette montée aux extrêmes. »
À une question qui lui est posée par Le Devoir, il répond que son sentiment est qu’il existe un rapport évident entre cette montée aux extrêmes et les textes apocalyptiques de la bible. Enfin, il explique : « Or les textes apocalyptiques nous paraissaient ridicules, farfelus, insignifiants, précisément parce qu’ils mélangent souvent la nature avec les activités humaines ».
En ce qui concerne les menaces qui pèsent sur l’humanité, il me semble tout à fait visible que les activités humaines s’accroissent en puissance à mesure que les connaissances scientifiques de l’Homme s’accroissent elles-mêmes, et qu’une violence peut naturellement s’en dégager si leur utilisation n’est pas contrôlée au niveau politique de la société, et dans un cadre mondial. Il n’est donc pas nécessaire pour autant de se référer à de vieux écrits dont la véracité est du niveau de ceux de Nostradamus.
D’autre part, l’idée de séparer ontologiquement les activités humaines d’avec la nature, sous-jacente à la dernière citation de René Girard, relève d’une position religieuse dérivée de l’influence d’Aristote, et est bien difficile à soutenir aujourd’hui. En effet, comment pouvoir apporter la moindre preuve de ce que les activités humaines ne se développeraient pas avec et à l’intérieur de la nature. Notre expérience concrète de chaque jour porte plutôt à croire le contraire, et raisonner ainsi sur une base purement théologique ne peut conduire l’humanité qu’à l’obscurcissement de la réalité, pour ne pas dire, plus nettement, à un obscurantisme réactionnaire.
Les dictionnaires nous disent de l’extrémisme: « Tendance à recourir à des moyens extrêmes, violents, dans la lutte politique » (Larousse). J’ajouterais à cette définition, pour ma part, que l’extrémisme consiste à poursuivre une action, de quelque ordre elle soit, d’une manière qui semble ne conduire à rien de constructif dans la sphère politique, y compris pour celui qui entreprend cette action. Encore avons-nous vécu quelques exceptions notables, dont un exemple fut le terrorisme juif en Palestine avant la création d’Israël. Il faut cependant noter que la situation politique en cet endroit du globe n’est toujours pas normalisée au moment où l’on parle.
Mais, revenons à l’extrémisme. Il convient d’abord de s’entendre sur ce que l’on doit entendre par extrême et extrémisme. Sans ce préalable, on est conduit à parler dans le vide, ou à travers son chapeau.
Comme rien ne peut laisser supposer qu’un extrémiste soit nécessairement un être dérangé, il faut éviter d’interpréter ses actions comme des gestes de fou. Pour accéder à une compréhension utile de son comportement, il convient alors d’aller chercher une voie indirecte pour y parvenir.
Si les actions extrémistes sont condamnées à l’inutilité, c’est donc qu’elles ne sont pas conçues pour être directement utiles. Que peuvent-elles alors viser d’autre qu’émettre ainsi des signaux de malaise, de mal-être ? De même qu’un enfant recommence parfois à inonder son lit lorsqu’un nouveau petit frère lui est né, dans l’espoir d’attirer par ce geste l’attention de ses parents sur son désarroi, l’extrémiste signale au monde sa difficulté d’être par la violence. Et la violence physique n’en constitue qu’un cas particulier : un homme trompé qui tue sa femme par jalousie, un enfant traqué ou frustré qui tire sur ses camarades pour se venger.
L’extrémiste dissimule généralement sa violence sous une couverture idéologique à laquelle il ne croit pas vraiment, mais qui lui est nécessaire pour justifier son comportement, d’abord à lui-même, afin de rétablir en lui un équilibre socio psychologique perturbé par des causes dont la véritable réalité ne lui est pas toujours pleinement consciente.
Il s’agit donc du syndrome de ce que j’appellerais « la fuite en avant ». Pour le traiter, il faut en découvrir les causes, et cesser de lui opposer des méthodes inutilement répressives, inefficaces, voire nuisibles. Ces causes sont probablement multiples, et je ne prétendrais pas en avoir les clés. Je me contenterai donc d’explorer une seule direction d’analyse. Je crois que les causes d’une fuite en avant, qu’on l’affuble ou non du terme de terrorisme, sont principalement d’ordre émotionnel.
Une fuite en avant n’est pas seulement le fait d’individus. Des pays peuvent également en être les victimes… ou les « promoteurs », pour des raisons totalement analogues à celles que j’ai évoquées. Je citerais le cas de l’explosion du croiseur étasunien Maine dans la rade de La Havane le 15 février 1898. La presse étasunienne s’empara alors immédiatement de l’événement, entama une campagne de désinformation contre l’Espagne (Cuba en était alors une colonie), qu’elle accusa de barbarie et même d’anthropophagie. La population des Etats-Unis cria vengeance, et deux mois plus tard le président William McKinley déclarait la guerre à Madrid. Les Etats-Unis s’emparèrent alors de toutes les colonies espagnoles des Caraïbes, y ajoutant les Philippines, et raflant au passage les Iles Hawaï qui n’avaient rien à voir avec les Espagnols.
(http://www.herodote.net/histoire/evenement.php?jour=18980215)
Treize ans plus tard, en 1911, une commission d’enquête conclut que le croiseur avait coulé suite à une explosion accidentelle dans la salle des machines. Et il y a quelques années, on apprit que c’était le gouvernement étasunien qui avait organisé ce naufrage pour pouvoir entraîner le Congrès et sa population dans une guerre contre l’Espagne. Sans cette provocation, jamais le peuple des Etats-Unis en effet, n’aurait accepté d’entrer dans un tel conflit. Grâce à ce complot, les Etats-Unis avaient pu prendre la place de l’Espagne comme nation colonisatrice.
Quelle superbe fuite en avant !
L’affaire du 11 septembre 2001 serait-elle un remake de la provocation du Maine ? À en juger par l’invasion du Moyen-Orient par les Etats-Unis qui s’ensuivit, on serait porté à se poser la question. Dans quelques dizaines d’années, on sera sans doute fixé.
L’actualité récente nous a permis d’assister à la naissance d’une nouvelle sorte de fuite en avant. Celle de ceux que l’on appelle, selon les dispositions d’esprit de celui qui parle, des terroristes ou des islamistes, et qui répandent tant de violence par les temps qui courent.
Si je reste cohérent avec les prémisses des fuites en avant que j’avançais tout à l’heure, il me reste à découvrir les raisons émotionnelles de celle-ci. De quelles frustrations, terroristes ou islamistes cherchent-ils donc la compensation ?
Mon hypothèse de recherche est simple, mais me semble logique : on ne peut trouver les raisons émotionnelles de cette violence que dans l’histoire de ces gens-là. C’est pour moi une évidence. Et il n’est pas nécessaire de fouiller très loin pour les mettre à jour !
[fin de la première partie – seconde partie demain]
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