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Archives pour la catégorie “Québec”


Considérations sur les migrations musulmanes en particulier,

et les migrations humaines en général

Les migrations musulmanes

Les migrations musulmanes constituent un phénomène humain qui concerne près d’un quart de l’humanité. Elles évoluent dans la longue durée en touchant des dizaines de pays différents, essentiellement occidentaux, qui représentent eux-mêmes plus d’un dixième de la population planétaire. Ramasser dans les quelques pages d’un article l’ensemble des causes et conséquences de ce phénomène présente une gageure pour celui qui se risque dans cette tentative.

On comprendra donc qu’un tel texte ne puisse privilégier que quelques-uns des aspects anthropologiques en cause dans cette profonde mutation historique, aspects répartis selon des axes d’analyse donnés, réducteurs par nature. Les axes choisis sont les suivants :

- considérations historiques,

- considérations démographiques et environnementales,

- considérations fonctionnelles sur les migrations,

- fonctionnement des migrations :

- cheminement politique et administratif,

- cheminement spontané et désordonné,

- considérations culturelles, et religieuses en particulier.

Considérations Historiques

Lorsque la Seconde Guerre mondiale fut terminée, les pays occidentaux qui en avaient subi les affres virent dans cette immigration une solution facile et peu coûteuse pour résoudre leurs problèmes nés de la guerre. Il fallait à la fois reconstruire les infra­structures et les bâtiments détruits, et remplacer les pertes humaines des hommes tués sur les champs de bataille, les deux problèmes se combinant en celui d’un déficit de main-d’œuvre.

Dans les armées alliées, se trouvaient un grand nombre de soldats venus des possessions coloniales de France et de Grande-Bretagne. Leurs origines étaient très variées : noirs d’Afrique occidentale et du sud, Arabes du Maghreb et du Moyen Orient, Indiens des Indes, etc. Pour la plupart, ils étaient de religion musulmane.

Pour la plupart d’entre eux, c’était la première fois qu’ils mettaient les pieds en Europe. Ils y constatèrent une différence considérable de richesse avec celle de leurs pays d’origine. Aussi, les premiers immigrants furent-ils souvent ces soldats d’outremer, une fois démobilisés. Les politiciens et les chefs d’entreprise européens crurent d’abord que cette main-d’œuvre ne resterait chez eux que le temps de la reconstruction. Grave erreur ! Se trouvant finalement très bien en Europe, dans des emplois qu’ils n’auraient pu trouver dans leurs propres pays, ils y firent venir leurs familles, souvent fort nombreuses.

Considérations démographiques et environnementales,

Tous les pays dont la religion est majoritairement l’Islam sont assez pauvres, à l’exception de ceux qui possèdent du pétrole, beaucoup de puits de pétrole !

Tous ont généralement un taux de croissance démographique élevé, par défaut de contraception, souvent par manque de connaissance ou de moyens, assez souvent pour avoir une main d’œuvre suffisante pour les travaux des champs, activité géné­ralement majoritaire dans ces pays. Enfin, parce que les taux de mortalité y étaient très importants, notamment à la naissance, avant que les avancées médicales et sanitaires de l’occident ne viennent les toucher. En dépit des améliorations spectaculaires de la santé de ces populations, les habitudes ancestrales furent pratiquées longtemps avant qu’elles ne commencent à s’aligner sur les pratiques occidentales.

Il en est résulté une pression démographique considérable s’exprimant par une part dans la population des jeunes de 0 à 14 ans comprise entre 45 et 50 % selon les pays, contre 15 à 20 % dans les pays occidentaux et entre les deux pour les pays dits “émergents “. Ces taux ont commencé à baisser, mais à une vitesse sensiblement plus lente que celle de la baisse des taux de mortalité infantile et adulte. L’évolution différentielle de la natalité et de la mortalité a accru dans des proportions importantes la pauvreté de ces populations, pauvreté se traduisant par une surcharge des terres, des villes et l’impossibilité de soutenir les actions formatrices nécessaires des jeunes, très largement encore sous scolarisés, et la création de sources d’emploi corres­pondantes.

En outre, la création rapide de cette pression démographique intervenue en quelques années après la guerre a entrainé une destruction environnementale sévère, sous le poids de migrations internes vers les villes, ne laissant pas le temps à celles-ci de se structurer, faute de moyens, et détruisant rapidement les terres arables de leur voisinage.

Il est ainsi possible de constater deux choses. D’une part qu’une action civilisatrice trop rapide, que celle-ci soit ou non motivée par de bons sentiments, peut déboucher sur des catastrophes humaines inattendues. D’autre part qu’en sens inverse, la politique de l’enfant unique introduite par Mao Tse Toung en Chine permit d’éviter, au cours de la rapide émergence du pays, les vicissitudes rencontrées par les pays directement développés sous la direction indirecte de l’occident, et ceci, en dépit d’une critique occidentale inconséquente de cette mesure. Il est d’ailleurs à souligner que cette disposition est en cours de disparition progressive, l’équilibre recherché ayant été atteint.

En dépit d’initiatives engagées par les institutions internationales telles que l’ONU, le FMI et la Banque mondiale, peu de progrès ont été réalisés en un demi-siècle, soit que l’ampleur des efforts auxquels il aurait fallu consentir dépassait les possibilités de l’occident ou même sa volonté de réussir. Ajoutons à cela une forte corruption des élites en place, associée à un manque assez coupable de contrôle dans les réalisations entreprises.

L’existence de régimes autoritaires, ou même totalitaires, dans les pays concernés, aggrave encore un état de choses économique qui incite les populations à trouver ailleurs emplois et avenir plus souriant, pour eux et pour leur famille.

Pour les plus pauvres de ces peuples, il en a résulté un désir irrépressible de quitter leur pays pour trouver ailleurs une vie meilleure. La vue de l’apparente richesse de l’occident qui se déploie sur les écrans de leurs téléviseurs constitue un facteur supplémentaire pour désirer quitter leur pays natal par tous les moyens possibles.

Considérations fonctionnelles sur les migrations

Les migrations musulmanes suivent deux cheminements sensiblement différents :

- cheminement politique et administratif

C’est le cheminement officiel, basé sur une structure administrative créée par les gouvernements des pays d’accueil, suivant une procédure généralement très lente, fondée sur des critères à la fois sociologiques et économiques. Ils ne concernent bien évidemment que les candidatures présentées aux consulats des pays de destination désirés, dans les pays d’origine.

Les critères d‘admission comprennent souvent des quotas par pays d’origine, en fonction d’exigences géopolitiques, ou du désir d’équilibrer les entrées par rapport aux communautés de cette origine déjà présentes dans le pays de destination. Ces critères prennent surtout en compte les besoins en main d’œuvre de l’économie du pays d’accueil, en regard de la formation et de l’expérience des candidats susceptibles d’y répondre.

À partir du moment où une candidature a été approuvée, le candidat suit une procédure assez stricte et longue avant d’être autorisé à venir s’installer. Il peut s’écouler deux années entre le dépôt de la candidature et l’arrivée du migrant dans son pays d’adoption.

- cheminement spontané et désordonné

Il s’agit des migrations sauvages, pratiquées par les migrants vivants dans des pays disposant de frontières communes avec les pays d’accueil, ou séparés de ces derniers par un détroit maritime praticable avec des embarcations légères. C’est le cas des migrants africains, noirs ou maghrébins, à travers le détroit de Gibraltar, vers les pays européens de l’ouest, ou des Turcs en direction des pays de l’Europe centrale.

Cette forme d’immigration sauvage, caractérisée par un nombre effrayant d’accidents mortels, s’est accrue d’année en année sans que le reste du monde ne s’en émeuve autrement qu’à l’heure des informations sur ses téléviseurs.

Considérations culturelles, et en particulier religieuses

Toute immigration réussie de personnes issues d’un autre pays suppose que soient intégrées harmonieusement par les nouveaux venus les différences culturelles, linguistiques, éthiques, philo­sophiques et religieuses existant entre le pays d’origine et le pays d’accueil.

Plus ces différences sont nombreuses et qualitativement différentes, plus malaisée sera l’acceptation des immigrants par la population locale, et par conséquent plus susceptibles d’entraîner rejets et conflits, et par suite la ghettoïsation des nouveaux arrivants.

Parmi les différences possibles, certaines sont plus ou moins superficielles, ou plus ou moins difficiles à réduire. Les pures conventions sociales s’adoptent assez rapidement par l’observation et l’imitation, si elles ne mettent pas en cause des convictions plus profondes. La langue du pays, si elle n’est pas connue, s’apprend vite si elle est désirée et que le courage est là, mais prend du temps. Les habitudes culturelles peuvent présenter quelques difficultés en fonction de l’âge de l’immigrant, mais une connaissance, même réduite, de l’histoire du pays d’accueil peut en faciliter la compréhension.

Les convictions religieuses sont plus délicates, car elles conditionnent le MOI profond, l’inconscient. À l’intérieur d’un même groupe de religions (christianisme, islamisme ou bouddhisme,…), tout est plutôt question de rites que de différences de conviction, et ne doit pas poser beaucoup de problèmes.

Par contre, l’appartenance de l’immigrant à un autre groupe religieux que celui de la majorité du pays d’accueil est problématique. Ainsi du musulman. Dans ce cas précis qui nous intéresse au Québec, la différence n’est pratiquement pas intégrable, et ceci pour une raison simple : alors que les différents rites et commandements du christianisme ont abandonné la prétention de couvrir des contenus politiques et éthiques exclusifs, depuis la fin des monarchies et l’avènement des démocraties représentatives, le sunnisme comme les différents chiismes musulmans subordonnent aux textes sacrés, et notamment au coran, le fonctionnement politique, culturel et éthique de la société. La structure civile définie par eux prend alors des valeurs religieuses irrévocables par la seule volonté de l’Homme.

Il est vrai que l’Islam est une jeune religion par rapport au christianisme (six siècles d’écart), et qu’elle évoluera nécessairement d’elle-même, à la condition toutefois qu’elle ne se trouve pas contrainte à le faire par des puissances extérieures à l’Umma (communauté des croyants), comme c’est actuellement le cas, ce qui aurait pour unique résultat d’accrocher davantage encore à leurs croyances les populations dont c’est la religion.

En effet, l’évolution d’une religion, dans ses pratiques comme dans ses convictions, ne peut s’effectuer que de l’intérieur, contrairement à ce qui peut se passer à propos d’une théorie politique ou scientifique. Ceci parce que nous ne nous trouvons pas ici dans un cadre rationnel de pensée, puisque le propre d’une religion est précisément d’évoluer dans l’irrationnel. Malheureusement, les puissances envahissantes ne se soucient guère de ce “détali“, puisqu’elles croient agir au nom de leur vérité propre, la seule, ce qui ne leur permet pas de comprendre la cause de leurs échecs.

De tous les problèmes posés par l’immigration de musulmans dans les pays occidentaux, ceux qui relèvent de la culture et des religions, sont donc de loin les plus marquants, et surtout les plus irréductibles. À travers l’immigration, des populations hétérogènes qui s’ignoraient à peu près totalement jusqu’ici, se rencontrent presque inopinément et de manière abrupte, sans préparation aucune, ni d’un côté, ni de l’autre.

Les populations d’accueil voudraient bien que les nouveaux arrivants adoptent leur culture, c’est-à-dire leurs valeurs, leur façon de penser le monde et le “vivre ” avec l’autre, et, pourquoi pas aussi, leur religion considérée seule légitime et vraie. En tous les cas, elles pensent que, étant la population accueillante, c’est aux arrivants qu’il convient de s’adapter à eux, et pas le contraire.

Quant à la population arrivante, elle croit qu’elle va pouvoir vivre de la même manière que dans le pays qu’elle a quitté, puisqu’on lui a dit que le Québec est un pays où règnent la liberté et l’égalité.

Et ce qui ajoute à l’incompréhension des uns et des autres, les nouveaux arrivants ont emmené avec eux leur propre culture, c’est-à-dire leurs propres valeurs, leur propre façon de penser le monde et de vivre avec l’autre, et, bien entendu aussi, leur propre religion, laquelle, par nature et acceptation volontaire, détermine les moindres moments de leur vie civile ! Mais c’est tout ce qui leur reste pour conserver une personnalité, un “chez eux ” ; c’est leur seul bien lorsqu’ils arrivent. Et on leur demande d’abandonner tout cela d’un seul coup !

Les kits de civilisation, ça n’existe pas, en solde, chez le quincailler du coin !

Cette exigence relève tout simplement de la plus pure naïveté! Elle est un signe de profonde ignorance. Des comportements acquis au sein de familles et de sociétés croyantes ne peuvent en effet s’effacer au cours de la première génération d’immigrants. Je pense même qu’une déculturation trop rapide peut être dangereuse pour le pays d’accueil, en suscitant des comportements marginaux, tels que le trafic de drogue ou d’autres activités prohibées ou criminelles. S’il est laissé à lui-même ou percevant une quelconque menace d’exclusion par la population d’accueil, un comportement de ghettoïsation avec ses compatriotes d’émigration est possible, sinon naturel, initiant une coupure sociale plus ou moins définitive avec la population locale, qui devient l’ennemi, et réciproquement.

L’émigration est un projet qui se prépare :

Lorsqu’une personne étrangère prend la décision d’émigrer au Québec ( par exemple ), sa connaissance de son nouveau pays est nécessairement lacunaire, et peut, à l’extrême, se vivre dans une sorte de rêve ou de fiction idéalisée. Les formalités administratives de départ prennent souvent le pas sur toute autre préoccupation de ce qui attend réellement l’émigrant.

Or, une préparation sérieuse et approfondie au pays d’accueil est pourtant indis­pensable et devrait être conduite et gérée par les autorités consulaires du pays d’accueil dans le pays de départ, et longtemps avant le départ. Aucun détail ne devrait être laissé de côté : langue, histoire, géographie, culture, mœurs, religion, traditions, etc. Les résultats à un examen éliminatoire devraient fixer la date possible du départ. Sans le respect de cette condition préalable, qui devrait impliquer tous les membres de la famille de l’émigrant, l’aventure de l’émigration est d’avance vouée à l’échec.

Enfin, la question de l’équivalence des diplômes doit être parfaitement clarifiée pour le postulant. Il est impératif de détecter et de gommer toute illusion particulière dans son attitude mentale à l’égard de ce qu’il attend de son futur pays.

Des degrés dans la foi :

Lorsque l’émigrant appartient à une autre religion que celle qui est majoritaire dans le pays d’accueil, des précautions particulières sont à prendre.

En particulier, il est important que la population d’accueil ne commette pas l’erreur de considérer qu’une attitude unique définit la totalité des croyants d’une religion donnée. Dans les faits, il existe un éventail très large d’attitudes mentales et intellectuelles possibles à l’égard de la foi, au sein de toute population croyante. Ce positionnement peut en effet varier de l’attachement exclusif aux seuls rites, symboles et traditions de la religion concernée ( aspects purement visibles de la foi ), à une intellectualisation de la foi menant à une conception spiritualisée du monde ( aspects immatériels et invisibles de la foi ).

Du positionnement sur ce très large éventail dépend très étroitement le succès ou l’échec de l’intégration sociale de tout individu dans une société nouvelle. Difficulté extrême pour les individus situés au début de cet éventail, aisance harmonieuse pour ceux qui se situent à l’autre extrémité. Aussi, traiter tous les immigrants de la même manière constitue une erreur irrattrapable.

Le positionnement d’un croyant donné sur cet éventail dépend de plusieurs facteurs sociaux : le positionnement moyen de sa famille, son niveau d’instruction et son âge.

Les jeunes d’abord, future élite du pays d’accueil :

Du côté du pays d’accueil, la politique d’immigration repose en général sur la nécessité d’accroitre la population du pays, soit pour des défauts de main-d’œuvre, soit pour compenser son vieillissement. Dans les deux cas, le besoin doit se porter évidemment sur une immigration jeune, plutôt que sur des familles déjà constituées. La thèse de Guillaume Marois, dont l’adresse se trouve en note de bas de page[i], montre que faire immigrer des familles dont les parents ont entre 30 et 40 ans ne concourent que très peu à lutter contre le vieillissement de la société. Cette immigration-là ne répond donc pas au rôle qu’on lui attribuait jusqu’ici.

Par conséquent, le pays d’accueil aura tout intérêt à former lui-même de jeunes célibataires qui se joindront à ceux du pays, et se marieront éventuellement avec des citoyens ou citoyennes du pays. D’où la recommandation que l’on peut faire aux gouvernements de pratiquer une politique la plus large possible de bourses d’études, dès avant l’entrée à l’Université, en amont de l’immigration telle qu’elle est actuellement pratiquée.

Cette politique aurait l’immense avantage d’intégrer des jeunes gens qui auraient obtenu des diplômes universitaires du pays d’accueil, et d’éviter par conséquent les problèmes posés par la non-équivalence de diplômes entre les deux pays. Elle éviterait ainsi le choc culturel produit par la nécessité pour beaucoup de diplômés étrangers de survivre en devenant chauffeurs de taxi ou de pratiquer tout autre métier inférieur à celui auquel ils auraient pu prétendre en restant dans leur pays natal. Cette solution suppose la mise en place d’actions proactives dès le niveau collégial dans tous les pays répondant aux critères de sélection souhaités par le gouvernement du pays d’accueil.

Elle rendrait également plus aisée l’intégration du reste de la famille d’un jeune diplômé, qui voudrait émigrer à son tour, car un lien aurait déjà été établi, premier lien qu’il n’y aurait plus alors qu’à élargir.

CONCLUSION : Les migrations humaines en général

Le phénomène migratoire est une caractéristique du vivant. Il touche aussi bien les végétaux que les animaux, dont les humains, mais aussi tous les micro-organismes, utiles ou nuisibles à l’Homme.

De ce fait, le phénomène migratoire devient une caractéristique fondamentale de la planète elle-même. Une grande partie des éléments structurels de la planète résultent eux-mêmes de l’activité migratoire du vivant : pétrole, charbon, phosphates, dépôts minéraux divers.

Deux exemples illustrent de manière frappante la complicité migratoire entre les éléments de vie et les éléments purement physiques de la planète. :

Les végétaux, immobilisés par nature à un endroit précis de la surface terrestre, migrent malgré tout avec l’aide des vents qui animent l’atmosphère gazeuse de la planète. Les graines des végétaux sont emportées au loin par eux, et s’implantent là où ils les déposent. Dans le cas des végétaux marins, leurs graines sont de leur côté emportées également au loin, mais cette fois, ce sont les courants marins qui en prennent la responsabilité.

À cet endroit, on peut remarquer que vents et courants sont le résultat de l’exposition au soleil de notre planète sous deux autres mouvements, rotation sur elle-même et déplacement le long de l’orbite solaire, qui est une ellipse. En passant, on pourra noter le fait qu’il n’existe aucune réalité strictement circulaire dans la nature. Le cercle est un pur produit de l’esprit humain.

Si on continue ce raisonnement, il semble clair que ces deux mouvements dépendent à leur tour de ceux qui animent l’ensemble de l’univers, dans lequel le soleil se meut lui aussi selon des règles décodées par la science. En définitive, aucun objet dans l’univers n’est immobile, depuis l’extrêmement petit jusqu’à l’extrêmement gigantesque.

À ce point de mon développement, il devient évident que le phénomène migratoire des humains est une résultante des lois de fonctionnement de l’univers. Une constante historique vient montrer qu’aucune action humaine pour le contrarier n’a réussi jusqu’ici à l’inhiber. C’est le cas des murs et des murailles que certaines sociétés ou empires ont érigés pour se protéger ou s’isoler des autres.

Citons pêle-mêle la Grande muraille de Chine, toutes les forteresses, les limes romaines, la ligne Maginot, le mur de l’Atlantique, etc. Elles ont toutes été tournées ou détruites. L’Humain ne peut durablement s’opposer aux mouvements, et donc pas davantage aux migrations, sinon très temporairement.

Le mur élevé par Israël pour se protéger des intrusions subit sans arrêt des destructions par les Palestiniens et il faut sans cesse le réparer. Un jour, on cessera purement et simplement de le faire, car il est impossible de continuer une même action de manière indéfinie. L’Histoire nous en est témoin, et il est peu probable que cela change. Il en sera de même du mur érigé par les États-Unis le long de sa frontière Ouest avec le Mexique, pour tenter d’empêcher les invasions des Mexicains.

Sur un plan plus général, les invasions n’ont jamais été arrêtées par la force. Il n’existe pas d’exemple contraire dans l’Histoire. Les limes n’ont pu protéger l’Empire romain des grandes invasions, ni le mur d’Adrien n’a empêché l’invasion de l’Angleterre par les Calédoniens. Les expéditions d’Alexandre le Grand ont remodelé le Moyen-Orient. Celles des peuples occidentaux ont remodelé les deux Amériques et l’Afrique. Et j’en oublie probablement.

Ce n’est pas jusqu’à la pensée qui ne soit sous l’empire du phénomène migratoire. Tout ce qui fait le présent, ce mince espace de temps fugitif, est sans cesse balayé par le surgissement du futur. Les théories, les doctrines et les religions ne cessent de migrer vers de nouvelles théories, doctrines et religions. Sans aucune interruption. Vouloir lutter contre cette vérité est illusoire.


[1] Guillaume Marois

Démystification de l’impact de l’immigration sur la démographie québécoise

www.bibliotheque.assnat.qc.ca/01/mono/2007/10/949645.pdf

© André Serra

http://andreserra.blogauteurs.net/blog


[i] Guillaume Marois

Démystification de l’impact de l’immigration sur la démographie québécoise

www.bibliotheque.assnat.qc.ca/01/mono/2007/10/949645.pdf

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(Montréal, le 18-09-2009) Les banques centrales et les gouvernements sont inféodés au dollar car ils ont peur de ce qui se passerait s’il disparaissait. Ils ne l’ont jamais envisagé, et pour eux, ce serait le trou noir. Tout serait à réinventer. En somme, pour eux, c’est comme si le dollar avait toujours existé.

Mais heureusement, les entreprises sont plus puissantes à elles toutes que les institutions politiques et financières, et n’éprouvent pas cette même peur.

Celles qui exportent, elles, craignent par dessus tout les variations de change qui mettent leurs tarifs en péril ainsi que leur trésorerie, et finalement leurs résultats, surtout lorsqu’elles contractent des commandes à long terme. C’est aussi vrai pour celles qui vendent que pour celles qui achètent. Et il en existe même de nombreuses qui contractent des emprunts en devises étrangères pour se couvrir des effets de change à la date des règlements. Elles sont généralement obligées de conclure des contrats d’approvisionnement à long terme pour stabiliser leurs coûts. C’est notamment le cas des compagnies d’aviation pour leurs approvisionnements en carburant, mais aussi celui des fabricants d’avions dont les programmes de fabrication peuvent s’étendre sur plusieurs années.

Or, il est tellement facile de s’entendre avec son client ou son fournisseur pour transiger dans une devise stable plutôt que de le faire, par habitude, en dollars. L’un come l’autre peut y trouver avantage. Mais cela ne suffit pas toujours, car la stabilité des autres devises dépend aussi des fantaisies du dollar dans une certaine mesure, car les États eux-mêmes souffrent des variations de la politique monétaire des É-U. Le dollar étant la devise nationale des É-U, il est géré en fonction de leurs seuls intérêts en toute impunité.

Adopter une devise différente dans les transactions entre entreprises ne constitue donc pas une solution totalement satisfaisante. Néanmoins, de plus en plus d’entreprises l’appliquent cependant déjà, et je crois que, de bouche à oreille, elle va progressivement se généraliser, en l’absence de l’adoption d’un nouveau système monétaire à l’échelle de la planète. Je connais en effet quelques entreprises chinoises et européennes qui s’en sont parlé et l’appliquent. C’est beaucoup plus facile qu’entre deux gouvernements, car elles n’ont pas besoin de palabrer très longtemps ensemble pour en décider.

Au niveau des gouvernements et des banques centrales, il faut également souligner la composante politique de leur inaction. Le dollar va rester encore longtemps la devise de l’occident étasunien. Il est en quelque sorte un peu la devise de l’OTAN, et tant que l’on fera subsister ce parapluie parsemé de trous qui ne sert qu’à conforter la domination militaire des É-U, les pays de l’OTAN le garderont et les É-U s’y sentiront en sécurité.

Cependant la terre tourne, et l’occident rétrécit de plus en plus vite par rapport au reste du monde.

Les pays du BRIC (Brésil, Inde, Chine et Russie) occupent à présent une place croissante dans le commerce international, et l’émergence d’une devise nouvelle dépend de plus en plus largement de l’ampleur relative des échanges internationaux de ces pays. Il est par conséquent tout à fait concevable qu’en leur sein une initiative émerge.

La bourse de Shanghai

Parmi ces pays émergents, la Chine est en train de se révéler un bon entraineur. Elle a déjà groupé autour d’elle une bonne partie des États du sud-ouest asiatique, et commerce avec eux en yuan, sa propre devise, qu’elle maintient, pour le moment du moins, à parité avec le dollar.

La Chine vient de faire un nouveau pas en direction d’un yuan dominant. Elle vient d’autoriser la bourse de Shanghai à ouvrir ses portes aux sociétés étrangères à partir du début de 2010. Bien qu’il faudra du temps avant que Shanghai ne devienne une bourse de classe mondiale, c’est la stratégie déterminée du gouvernement chinois que d’y parvenir.

Ce dernier sait que certaines conditions devront être remplies avant que cette bourse puisse tenter les gros canons de la planète : une monnaie librement convertible, ce qui n’est pas encore le cas, une libre circulation des capitaux et un système juridique qui protège la propriété efficacement. Mais tout cela est en route. D’importants progrès ont déjà été faits en ce sens depuis 10 ans et témoignent de la rapidité avec laquelle le gouvernement va probablement œuvrer dans ce sens. L’ouverture de la bourse de Shanghai marquera probablement le début d’un nouveau grand pas de cet immense pays vers une économie plus moderne encore.

La Chine possède beaucoup de capitaux, et par conséquent de nombreuses entreprises de taille moyenne dont le potentiel de production se trouve essentiellement en Chine, pourraient être tentées d’adhérer à cette bourse, dans l’intention d’émettre des actions leur permettant une expansion rapide, sur place et dans ce quartier du monde futur.

C’est en Asie que se trouve la possibilité d’étendre le marché mondial. On le constatera de plus en plus au cours des années qui viennent. La sortie de crise remarquée de la Chine en est le gage. Toutes les prévisions pessimistes que les économistes nous ont prodiguées depuis des années au sujet de l’improbabilité de la pérennité de sa croissance ont été déjouées jusqu’ici par la réalité. Je suis à peu près sûr que ça va continuer encore longtemps.

© André Serra

http://andreserra.blogauteurs.net/blog/

http://cybercanard.com

(ce texte est rédigé en nouvelle orthographe française)

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La phrase suivante :

Taisons-nous et laissons l’histoire se dérouler à son aise

se trouvait dans mon récent article, paru dans Le Devoir du 19 novembre, et intitulé : De l’inconvénient de vivre au présent, article remanié ensuite par moi sous le titre :
L’indépendance du Québec est inscrite dans les tendances de l’histoire .

Cette phrase a fait l’objet de commentaires de Jean Lapointe et de Jacques Nadeau, qui l’ont interprétée comme un appel à l’abandon de toute action en faveur de l’indépendance du Québec, l’histoire devant, dans sa grande bonté, nous l’apporter sur un plat d’argent.
Je reconnais volontiers que cette phrase pouvait laisser à penser que tel était mon état d’esprit. Pourtant il n’en est rien. Mon article était un commentaire critique d’un texte de Jérôme Guay paru dans le Devoir du 27 octobre, où l’auteur écrivait avec beaucoup de conviction :”Le Québec réel est un Québec qui s’est toujours défini par sa survie, à un point tel qu’il a toujours refusé de considérer l’hypothèse de sa disparition, pourtant inéluctable”.
C’est contre cette affirmation sans fondement que je m’élevais, et c’est contre elle que j’écrivais en conclusion : «taisons-nous…» . Ma phrase manquait donc de précision. Elle ne disait pourtant rien d’autre. Elle visait une parole vide, sans contenu. Se taire, ou ne pas parler, ce qui est équivalent, ne veut en aucune manière dire «ne pas agir» , et ce serait faire une erreur sémantique qu’assimiler ces deux verbes employés négativement : «ne pas parler» et «ne pas agir» . Parler n’est pas agir, mais on peut agir sans parler.
Cette précision étant apportée, je suis heureux que ces deux commentaires m’offrent l’opportunité de développer ma pensée sur la stratégie à suivre dans notre quête de l’indépendance du Québec.
Comme je le démontrais tout au long de l’article, l’histoire se déroule souvent sans que les pauvres hommes que nous sommes y puissent grand-chose, et des évènements importants surviennent fréquemment sans que nous les ayons prévus, tant le déroulement de l’histoire répond à des tendances souterraines difficiles à détecter. Ce n’est souvent que longtemps après qu’un évènement se soit produit, qu’il est possible à des historiens patentés de faire émerger la chaîne causale qui a conduit à cet évènement, quelquefois même en laissant des ambiguïtés insolubles de côté.
C’est pourquoi, suivant en cela la pensée chinoise, nous devons être à l’affût des propensions de l’histoire, et s’interdire toute initiative qui pourrait se trouver en contradiction avec elles. Cela ne veut certes pas dire que nous ne devons pas agir en attendant que la nature nous apporte l’objet de tous nos désirs. Le sage chinois recommande : «agir sans agir» . Formule ambiguë qu’il me faut décoder.
Un exemple d’action en contradiction avec les propensions du moment nous a été donné par le référendum de 1995 relatif à l’indépendance du Québec. Même pour un observateur peu entraîné, il pouvait apparaître à l’époque qu’il n’existait aucun potentiel de situation en faveur de l‘indépendance à ce moment-là. Cet échec a donc assez gravement compromis l’avènement d’une situation plus favorable. Il a éloigné nettement la possibilité de l’indépendance.
Il est donc fondamental d’écarter toute possibilité d’échec sur la route de la libération du pays. Si une seule possibilité d’échec existe, il faut s’interdire de poser tout geste susceptible de la faire apparaître (ne pas agir).
Aussi, lorsqu’aucune propension de la sphère géopolitique n’existe en faveur de cette option, il faut suivre les recommandations de Sun Tzu, c’est-à-dire agir de biais, et non de front. D’une part il faut rassurer l’adversaire pour se ménager ses bonnes grâces, lui faire croire qu’il n’a pas lieu de nous craindre, lui laisser croire que nous avons abandonné nos projets (ne pas agir de front ). Par contre, il convient de profiter de ce temps d’apaisement pour se renforcer (agir de biais ). Ce ne sont pas les raisons de le faire qui manquent au Québec !
Il faut d’abord faire en sorte que le peuple du Québec élève la qualité de sa propre langue, sans quoi l’adversaire ne le respectera pas. Cela signifie qu’il faut des résultats rapides, soutenus, et s’en donner les moyens. Il faut aussi rejoindre le niveau économique des autres provinces, et ci possible le dépasser. Là aussi il faut s’en donner les moyens efficaces, sans tomber dans des «projets de société » qui n’engendrent que des bavardages inefficaces, et font songer à un peuple qui rêve en couleur.

Il faut cesser de philosopher, retrousser les manches et ne pas s’empêcher d’emprunter les méthodes de ses adversaires si elles sont efficaces. Comment penser que le Québec pourrait fonctionner avec des politiques en contradiction absolues avec celles de ses voisins. Quelle utopie ! Il n’y a qu’une fois arrivé en position d’être respecté que l’on peut commencer à donner des leçons aux autres. Avant cela, on ne peut passer que pour des bavards sans cervelle.
Voyez les Chinois ! Ce serait une erreur de croire qu’ils deviennent progressivement des occidentaux, en ne se basant que sur les manières qu’ils semblent adopter extérieurement. Il y a une autre façon d’interpréter leur fulgurante progression. Ils appliquent tout simplement la stratégie de Sun Tzu, font semblant d’entrer dans les bonnes grâces des Étasuniens, adoptent celles de leurs méthodes qui réussissent en rejetant les autres, et asphyxient gentiment leur système économique en protestant de leurs bonnes intentions. Mais ils ne cèdent sur rien d’essentiel de leurs objectifs : Taïwan, le Tibet, la protection de leur domaine maritime, l’édification d’une marine de guerre qui sera bientôt la seconde du monde, la valeur de leur monnaie, le Yuan, leur système politique enfin, qui cesserait d’être efficace s’ils devaient céder aux prêcheurs prônant la démocratie depuis des pays qui ne le sont pourtant plus guère.
Et surtout, ils poursuivent une politique d’instruction systématique qui élève très rapidement le niveau d’une population déjà très scolarisée, pour laquelle ils construisent une université par mois. Un exemple à suivre.
Une stratégie inverse de celle de Sun Tzu est celle que préconisait l’allemand Clausewitz. Pour lui, une guerre ne pouvait être remportée que par une concentration de forces considérables, très visibles par conséquent, suivi d’un assaut brutal, rapide et généralisé qui devait renverser l’adversaire et le détruire. Cette méthode-là est celle des occidentaux. Elle n’a débouché jusqu’ici que sur la Bérézina, Waterloo, le Vietnam et l’Irak.
En ce moment, c’est pourtant cette méthode que continue d’utiliser le parti québécois. On en a vu les résultats : des Waterloo, et on continuera à recueillir les mêmes tant que l’on parlera sans agir, et tant que l’on montrera les crocs à nos adversaires, des crocs pleins de caries.

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La perspective de l’indépendance du Québec fait l’objet d’opinions fort diverses. À la fois du charbonnier qui anime un gros tiers de la population du pays s’opposent ceux qui pensent que le pays ne pourrait subsister par ses propres moyens, ou que la population du Québec est appelée à se fondre lentement dans le monde « américain » anglophone.
Entre ces positions radicalement opposées se placent des opinions variées. Certaines personnes sont portées à croire qu’ils sont plus en sécurité dans un grand pays plutôt que dans un petit, et qui craignent de perdre le bénéfice de la péréquation, dont le résultat est de le faire vivre aux crochets du reste du Canada (le ROC). D’autres disent qu’ils savent ce qu’ils y perdraient, mais pas ce qu’ils y gagneraient. Beaucoup sont tout simplement plus peureux qu’autre chose et n’ont pas d’opinion. Enfin, de nombreux immigrants devenus citoyens ont cru venir s’installer au Canada et non dans un Québec francophone.
Ces opinions sont généralement fondées sur des raisonnements superficiels, plus proches d’ailleurs d’une subjectivité inquiète que d’une rationalité sourcilleuse. Cet état d’esprit résulte très souvent du fait que les médias du pays, à quelques exceptions près, sont la propriété de groupes anglophones ou non québécois dont la tendance est de minimiser les forces et les atouts du Québec, et de maximiser ses faiblesses pour construire une opinion défavorable à l’indépendance. C’est ce que les sociologues appellent « la fabrication de l’opinion », phénomène bien connu dans tous les pays du monde, et qui constitue une sorte de dictature déguisée, en clair, un déni de démocratie.
Bien entendu, tous ces penchants fluctuent selon le vent de l’économie, la brise des vacances et diverses peurs ou enthousiasmes spontanés suscités par les avatars de l’actualité, et dont il est bien difficile de prévoir la direction et la force.
Bref, le Québec est habité par des girouettes, à moins que ce ne soient par des poules qui caquettent plus ou moins, selon l’abondance ou la pénurie du grain qu’on leur jette.
Mais je voudrais examiner cette question d’une tout autre manière. En effet, tous les scénarios « pour ou contre l’indépendance » envisagés par la population tournent autour de l’idée d’une indépendance réalisée à partir d’un référendum ou au moyen d’une sédition courageuse et volontariste, pour les plus audacieux. Ils ont tous pour défaut le fait d’ignorer superbement que le Québec vit au milieu d’un grand nombre d’autres nations, dont il dépend autant que des fédéralistes d’Ottawa, ne serait-ce que par leurs liens commerciaux et les coopérations diverses qu’il a noués avec un grand nombre de pays, dans des domaines très variés. Mais que ces scénarios soient subjectifs ou non, dans tous les cas, ils ont le défaut de supposer que l’avenir est une continuation indéfinie du présent. Une telle croyance est commune, tout simplement parce que la plupart des gens sont incapables d’imaginer l’avenir. L’histoire est là pour nous le montrer, car les événements dont elle est composée ont presque toujours surpris les prévisions des plus informés des terriens, savants ou non.
Le présent n’est pas éternel
Le présent n’est en effet pas toujours garant de l’avenir, tant s’en faut. Du moins sommes-nous en général fort impuissants à discerner dans le présent les tendances souterraines qui détermineront notre avenir. Par nature, ces tendances ne sont pas apparentes, alors que celles auxquelles on croit finissent souvent dans la déchetterie de l’histoire. Même pour prévoir ce qui se passera le lendemain de chacun des jours que nous vivons, notre cécité naturelle nous trompe, là où nous plaçons nos certitudes les plus dénuées de doutes. Chacun peut le vérifier aisément pour lui-même. Alors, pour plus tard que le lendemain…
Quelques exemples?? Qui aurait dit en 1988, à un moment où l’URSS était encore bien présente sur la planète, que l’indépendance de l’Ukraine serait proclamée le 24 août 1991?? Qui, en 1936, lorsque l’Union Nationale dirigée par Duplessis prit le pouvoir à Québec, où il pratiqua une politique rétrograde, aurait pu penser que Lesage remplacerait Duplessis en 1960 et réussirait à lancer « La révolution tranquille », provoquant ainsi un formidable développement du pays et de la population, l’amenant très près de l’égalité économique avec les provinces anglophones. Et ceci, tout en réussissant progressivement à s’approprier les principaux leviers de pouvoir d’un État libre??
Je pourrais continuer très longtemps cet inventaire des phases non prévues de l’histoire, ou en écrire un épais recueil, et ceci en tous pays et à toutes les époques. Mon sentiment est donc que tous ceux qui croient pouvoir prévoir l’avenir à partir des éléments connus du présent se trompent nécessairement.
Dans le cas précis du Québec, on ne peut ignorer les fissures sous-jacentes à la partie anglaise de la fédération. Celle-ci veut le maintenir séquestré, car le Canada n’existe que par l’existence du Québec en son sein, Sans lui, elle serait encore une mosaïque de colonies anglaises. C’est là une idée d’avenir qui ne fait pas encore partie de notre présent, mais qui pourrait le devenir. Il suffit de l’avoir entendu pour en découvrir la vérité. Encore un exemple?? Qui peut assurer que la Colombie britannique et l’Alberta accepteront de rester dans la fédération lorsque leur puissance économique aura dépassé celle de l’Ontario?? Et comment ne pas tenir compte des nombreuses sécessions récentes?: la Tchécoslovaquie, la Malaisie, le Pakistan, etc. Aucune n’avait été prévue longtemps à l’avance.
Plus loin encore, qui pourrait affirmer que l’unité des États-Unis se tirera indemne de sa rétrogradation historique devant la Chine, dans quelques années?? Eux aussi présentent des fissures sous jacentes considérables, dont ils ignorent ou méprisent la puissance dissolvante, tels de petits mouvements de terrain qui se transforment en volcan.
Actuellement, Thomas Naylor milite pour l’indépendance du Vermont, après avoir publié le « Manifeste des Montagnes vertes » en 2003. Il revendique maintenant 8 % de la population du Vermont derrière son initiative. Il y a quelques semaines, ses représentants sont allés rencontrer ceux de la ligue du sud à Chattanooga dans le Tennessee, pour étudier la manière dont ils pourraient se séparer ensemble des États-Unis.
Dans le reste du monde, faut-il rappeler que les indépendantistes sont majoritaires depuis peu au parlement de l’Écosse, qu’en Belgique Flamands et Wallons sont sur le point de se séparer, que la Catalogne n’est plus retenue à l’Espagne que par des liens politiques de plus en plus ténus, que le Pays Basque espagnol applique depuis trente ans des pressions importantes sur le pouvoir central de l’Espagne, et qu’il en a obtenu d’importantes concessions pour la réalisation d’une première étape d’autonomie,
Si l’on regarde un peu plus loin encore dans l’histoire, on peut remarquer que l’empire romain, après avoir initié un cycle de concentration politique considérable sur trois continents, a littéralement éclaté entre le IVème et le Ve siècle, en un nombre considérable de petites principautés, la plupart du temps sur des bases ethniques ou linguistiques, ressurgies du passé.
Depuis, un nouveau cycle de reconcentration politique s’est progressivement enclenché à travers guerres et conquêtes, du haut Moyen Âge jusqu’au début du XXe siècle. Il suffit de citer les principaux pays européens. La France d’abord, ensuite l’Allemagne, et enfin l’Italie, se sont progressivement constituées en regroupant marches, provinces et principautés nobiliaires issues du Moyen Âge. On peut considérer que ce cycle a culminé avec la formation de l’URSS, vers la fin de la guerre de 1914, avec ses quasi-annexions de l’est européen en 1945 et de ses cinq républiques autonomes du centre de l’Asie.
Après cela, retour au modèle de la chute de Rome, mais pour Moscou cette fois-ci, en 1989?: libération des pays baltes, Estonie, Lettonie et Lituanie, des pays de l’est européen, Pologne, Roumanie, Bulgarie, Hongrie, Tchécoslovaquie, des pays situés entre l’Oural et la Chine, Kazakhstan, Ouzbékistan, Kirghizistan, Tadjikistan et Turkménistan, des anciennes populations caucasiennes, Géorgie, Arménie, Azerbaïdjan.
Après le démembrement de l’URSS, explosion de la Yougoslavie dans ses composantes historiques, Slovénie, Bosnie Herzégovine, Croatie, Macédoine, et Serbie-Monténégro, également dissociés aujourd’hui.
Mais avant même l’explosion de l’URSS, ce mouvement de désintégration politique avait commencé ça et là, après la guerre de 1939-1945, sans que l’on comprenne qu’il s’agissait du début d’un nouveau cycle de déconcentration politique et démographique. Rappelons donc la séparation de Singapour de la Malaisie, du Pakistan oriental [aujourd’hui Bangladesh] du Pakistan occidental [redevenu Pakistan], sans parler de tous les États africains qui se sont formés après la dissolution de l’empire colonial français, et partout dans le monde après celle de l’empire colonial anglais.
Aujourd’hui même se préparent d’autres scissions, chez les Kurdes du Moyen-Orient, les Arabes sunnites et chiites en Irak, les Kabyles en Algérie, autant de fruits murs pour des indépendances prochaines. Et d’autres que l’on ignore encore, car elles ne sont encore que dans l’œuf.
Certes, les nations européennes semblent s’être groupées en une organisation unique qui semble démentir le modèle que l’on vient de définir. Mais tout n’est pas encore joué, et son unité politique tarde à se concrétiser. Seule la maintient pour le moment en place la rivalité informelle que l’Europe entretient avec les États-Unis, mais d’importantes divergences culturelles couvent, avec la Pologne, la Grande-Bretagne, etc. Elle pourrait bien sauter à son tour lorsque la Chine aura terminé d’asphyxier le colosse américain, dont le déclin est en accélération continue. Pourtant, peu de personnes encore sont disposées à l’admettre, au nom du mythe de l’éternel présent. Et surtout pas aux États-Unis, les moins bien placés pour le comprendre, toujours accrochés qu’ils sont au mythe du rêve américain et sous l’empire des médias.
Tous ces mouvements géopolitiques dessinent un orbe continu de déconcentration du pouvoir politique autour de la planète. Il est difficile de le nier, mais il est probable qu’à son terme, dans un avenir indéfini, un nouveau cycle de reconcentration interviendra à nouveau, peut-être bien sous la férule doucereuse de la Chine. Mais ce sera seulement pour après-demain, et beaucoup d’entre nous ne le connaîtrons sans doute pas.

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En dépit de l’ampleur prise par ce mouvement, beaucoup de Québécois sont persuadés qu’il leur sera possible de parvenir à l’indépendance de leur pays par leurs propres moyens. C’est ça, le Québec réel aujourd’hui. En effet, personne ne semble encore avoir pensé que ce pourrait être des évènements extérieurs au pays, indépendants de leur volonté et de leurs initiatives, qui leur ouvriraient toute grande la porte du large.
Aujourd’hui, nous ne sommes pas capables de seulement imaginer ce que pourraient être de tels événements, car s’ils existent, c’est sous forme de racines profondes, blotties au sein des sillons anglophones. Alors taisons-nous et laissons l’histoire se dérouler à son aise. Elle est en marche, et aucun homme jusqu’ici, aucun monarque, dictateur ou prophète, n’a réussi à la faire dévier de ses tendances souterraines. Celles-ci émergent là où elles veulent et quand leurs forces sont suffisantes, pour sauter à la face des humains sidérés.
Nous taire ne veut pas dire pour autant que nous ne devons pas agir en attendant que la nature nous apporte sur un plat d’argent l’objet de tous nos désirs. Le sage chinois recommande : «agir sans agir». Cela signifie que nous devons être à l’affut des propensions de l’histoire avant toute initiative qui pourrait être en contradiction avec elles, et ne pas affirmer n’importe quoi sans assoir vigoureusement notre pensée. L’exemple des référendums manqués est un exemple typique d’initiatives prises en contradiction avec les propensions du moment. Il faut savoir attendre, et en attendant, se renforcer pour saisir l’opportunité qui se présentera nécessairement un jour dans notre environnement géopolitique. Il y a là un sujet important sur lequel je reviendrai plus tard, car il exige un développement qui sort du cadre limité de cet article.
Pour ma part, je soupçonne que l’indépendance du Québec est bel et bien inscrite dans cette tendance historique, comme elle l’était pour tous les peuples qui y sont parvenus au cours de chaque cycle de déconcentration politique de l’histoire humaine.
La mondialisation politique n’aura donc pas lieu, et Je ne le regrette pas.

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Dans un commentaire de Jérôme Guay paru dans le Devoir du 27 octobre, l’auteur écrit avec beaucoup de conviction :”Le Québec réel est un Québec qui s’est toujours défini par sa survie, à un point tel qu’il a toujours refusé de considérer l’hypothèse de sa disparition, pourtant inéluctable. ” Suit ensuite un essai de démonstration de ce qu’il croit être inéluctable.

Si l’on s’arrêtait aux tendances actuelles de la démographie du Québec sur laquelle se fonde Jérôme Guay, sa démonstration serait acceptable, mais l’histoire de la démographie dans le monde est pleine de rebondissements inattendus, comme l’histoire en général, d’ailleurs.

Le présent n’est pas toujours garant de l’avenir. Qui aurait dit en 1988, à un moment où l’URSS était encore bien présente, que l’indépendance de l’Ukraine serait proclamée le 24 août 1991 ? Qui, en 1936, lorsque l’Union Nationale dirigée par Duplessis prit le pouvoir à Québec où il pratiqua une politique rétrograde, aurait pu penser que Lesage remplacerait Duplessis en 1960 et réussirait à lancer “La révolution tranquille”, provoquant le formidable développement du pays et de la population, l’amenant à une quasi-égalité avec les provinces anglophones, et développant une appropriation progressive des principaux pouvoirs d’un État libre ?

Je pourrais continuer ainsi et écrire un énorme recueil de tous les renversements de situations de l’histoire, et ceci en tous pays et toutes époques. La leçon a en tirer est que tous ceux qui croient pouvoir prévoir l’avenir à partir du présent se trompent nécessairement.

Dans le cas précis du Québec, par exemple, on ne peut ignorer les fissures sous-jacentes à la partie anglaise de la fédération. Qui peut assurer que la Colombie britannique et l’Alberta accepteront de rester dans la fédération lorsque leur puissance économique aura dépassé celle de l’Ontario ? Comment ne pas tenir compte des nombreuses sécessions récentes : la Tchécoslovaquie, la Malaisie, le Pakistan etc.

Plus loin encore, qui pourrait affirmer que l’unité des États-Unis se tirera indemne de sa rétrogradation historique devant la Chine, dans quelques années ? Eux aussi présentent des fissures sous jacentes considérables et ne parviennent pas à les colmater.

Il est vrai que beaucoup de Québécois pensent qu’il leur sera possible de parvenir à l’indépendance par leurs propres moyens, mais personne ne semble avoir pensé que ce pourrait être des événements extérieurs, indépendants de leur volonté et de leur initiative, qui leur ouvrent la porte du large toute grande. Aujourd’hui, nous ne sommes pas capables de seulement imaginer ce que pourraient être de tels événements. Alors taisons-nous, laissons l’histoire se dérouler à son aise, mais ne manquons aucune des opportunités qu’elle nous présente pour affirmer notre unité et notre détermination.

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