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Archives pour la catégorie “Politique”


Un gigantesque tsunami agite la sphère financière du monde en ce moment. On n’a pas encore reçu son meilleur. Sa source a pris naissance aux États-Unis dès le début de la révolution conservatrice américaine du président Reagan, à partir de janvier 1981. Elle s’est élargie progressivement ensuite sous les trois périodes de la famille Bush, malgré la parenthèse Clinton, et a été portée à son paroxysme par les actes irresponsables du gouvernement et de l’administration du dernier Bush, appuyée sur la complicité active de la banque centrale dirigée par Greenspan, depuis 2001. Ce tsunami financier vient de s’abattre sur la société étasunienne avec une violence qui ne fait que débuter, et peut prolonger son action destructrice sur l’ensemble de l’économie mondiale, si les pays les plus concernés ne prennent pas à temps les mesures qui s’imposent. Le monde entier est concerné. Il est confronté à un virage structurel décisif.
Depuis 27 ans, cette lame de fonds est alimentée par un endettement continu des Etats-Unis coupé de brefs répits. Ce comportement dévastateur n’aurait pas été possible sans les accords de Bretton Woods de 1944. Je vais donc les rappeler brièvement.

***

Les accords monétaires de Bretton Woods furent signés après la seconde guerre mondiale, le 22 juillet 1944, par les 44 nations alliées. Celles-ci pensaient alors résoudre les problèmes financiers issus de la guerre et poser les bases d’un système monétaire mondial qui devrait durer longtemps, et qui permettrait de résoudre à l’avenir tous les problèmes de stabilité des changes et de crises monétaires.
Les situations des participants étaient très déséquilibrées. Les nations européennes sortaient de la guerre ruinées et très endettées. Au contraire, les É-U avaient doublé leur production industrielle pendant les cinq années de guerre et possédaient des créances importantes sur leurs alliés, auxquels ils avaient vendu à crédit des quantités faramineuses d’armes et de fournitures de toutes sortes pendant cette période, de laquelle leur pays était sorti indemne de son côté et en pleine possession de ses moyens économiques.
Le dollar apparut donc comme le pôle naturel d’une nouvelle organisation des échanges du monde libre. Il était en effet essentiel que soit assurée une grande stabilité des taux de change, pour ne pas retomber dans une ère de dévaluations compétitives et de protectionnismes douaniers exagérés, que l’on avait connue pendant l’entre-deux-guerres. On se rappelait que c’était cette instabilité et ces pratiques qui avaient entraîné la crise de 1929 d’abord, et la déflation puis le chômage ensuite, jusqu’à la seconde guerre mondiale.
[http://fr.wikipedia.org/wiki/Accords_de_Bretton_Woods]
Les principales décisions prises à Bretton Woods furent les suivantes :
— abandon de l’étalon or , en vigueur jusque-là en tant que référence monétaire commune. Jusque là, le prix de ce métal avait paru suffisamment indépendant des États pour pouvoir assurer une certaine stabilité des changes. On lui reprochait cependant son insuffisante élasticité, résultant d’une production à croissance lente, car elle maintenait la masse des liquidités monétaires entre des limites étroites qui ne permettaient pas de faire face aux périodes de récession, non plus qu’aux phases de croissance rapide. On lui attribuait d’ailleurs une part de la responsabilité de la crise de 1929.
— étant donné la place dominante qu’il occupait à cette époque dans le commerce international, le dollar devenait la référence de toutes les autres monnaies, lui-même étant rattaché à l’or , de manière à pouvoir introduire une certaine élasticité dans le système. En 1934, sa valeur avait été fixée par Roosevelt à 35$ l’once d’or. Elle pouvait cependant varier en fonction des nécessités. Mais, en 1961, Kennedy prit l’engagement solennel, tout à fait inconsidéré, de ne pas toucher à cette parité. Cette décision revenait à paralyser le nouveau système comme l’avait fait l’or lui-même, son prédécesseur, en entraînant le blocage des échanges internationaux dans le cas d’une inflation liée, par exemple, à la fluctuation naturelle du prix des matières premières. Mais au moins jusque-là, le rôle des É-U avait-il été véritablement international et leur responsabilité parfaitement assurée.
Mais, le fait d’assumer ce rôle donna aux É-U la possibilité d’émettre autant de quantité de dollars qu’ils le désiraient, puisque chaque dollar imprimé les enrichissait d’un trente-cinquième d’once d’or en toute quiétude, sans que la valeur de leur monnaie en souffre par rapport aux autres monnaies. Le rapport de celles-ci avec le dollar restait donc le même. Tant que les gouvernements des États-Unis respectèrent un minimum d’éthique à cet égard, tout allait bien, mais lorsqu’ils se mirent à outrepasser largement cette retenue, le système prit un biais dangereux qu’ils sont actuellement en train de payer.

Cette propriété du système de Bretton Woods leur permettait en effet deux choses :
- de financer leurs déficits budgétaires sans conséquences économiques internes,
- de baisser les taux d’intérêt du crédit, sans que la valeur de leur monnaie en soit affectée.

Ils comprirent très vite qu’ils avaient réussi à placer entre leurs mains une fort puissante méthode susceptible d’entraîner une croissance rapide de leur économie.
- D’une part , la possibilité de financer le budget de l’État par la création monétaire, au moins partiellement, leur permit de pratiquer une politique fiscale très légèr e , avantageant ainsi outrageusement leur industrie au détriment de celles des autres pays, qui ne bénéficiaient pas du même privilège. Les É-U jouirent donc, depuis 1944, d’une prééminence qui s’apparentait à celle d’un suzerain du Moyen Âge sur ses vassaux féodaux.
- D’autre part , la possibilité de pratiquer des taux d’intérêt très bas leur permettait des investissements industriels peu coûteux, tout en exportant indirectement dans les autres pays l’inflation qu’ils créaient ainsi chez eux sans risques. Au surplus, cette inflation avait l’avantage de dévaluer l’endettement qu’ils contractaient de façon continue tout au long de cette période avec les pays qui possédaient d’importants excédents commerciaux vis-à-vis d’eux, comme le Japon et l’Allemagne, les dépouillant ainsi du fruit de leur travail sans qu’ils n’aient rien à dire, et peut-être même sans qu’ils s’en aperçoivent.
Cette « astuce » fut cependant éventée par Jacques Rueff, le très compétent conseiller financier du général De Gaulle. Fort logiquement, ce dernier demanda alors aux É-U le paiement en or des excédents commerciaux que la France dégageait de ses échanges avec eux. La France y gagna beaucoup, car le dollar avait alors une valeur réelle considérablement plus faible [facteur de 2,2] que celle, toute théorique de 35$ l’once d’or, que Kennedy s’était imprudemment engagé à maintenir devant le Congrès contre vents et marée en 1961. Il avait été lui-même victime de l’illusion entretenue aux É-U depuis 1944, que le dollar s’identifiait à l’or, et dans ce pays où les croyances métaphysiques se créent facilement, cette illusion était devenue peu à peu l’un des facteurs de l’idéologie nationale. Leur hégémonie monétaire s’était peu à peu transformé en une réalité divine, éternelle. À cette époque déjà, les Étasuniens pensaient que leur « empire » était fait pour rester. Leur méconnaissance et leur désintérêt de l’histoire du monde allait bientôt leur jouer des tours.
On peut ainsi constater, dans ce domaine de la monnaie, l’un des nombreux effets négatifs pervers du sentiment pathologique de supériorité que le peuple étasunien entretient depuis la seconde guerre mondiale. Encore pourrait-on d’ailleurs faire remonter cette disposition d’esprit à celui des voyageurs du « Mayflower ». Rien ne se crée, tout se transforme !
Du fait de l’inflation monétaire irresponsable induite par la plupart des gouvernements des États-Unis, la situation devint vite intolérable pour eux, car elle avait entraîné une diminution considérable du stock d’or de Fort-Knox, et le 15 août 1971, le président Nixon prit une décision radicale en proclamant « Je déclare le dollar flottant » , détachant ainsi définitivement le dollar de l’or.
Alors que cet événement aurait dû remettre en question l’ensemble des dispositions arrêtées à Bretton Woods, l’habitude internationale acquise de considérer le dollar comme une valeur sûre lui permit de conserver son rôle dominant. Ayant usé et abusé jusque-là de ce rôle, le dollar était devenu progressivement de fait la monnaie des échanges internationaux, particulièrement sur le marché pétrolier et celui des matières premières. Sa domination de 27 ans avait en effet entraîné le déplacement de tous les marchés boursiers sur la terre américaine, confortant ainsi sa prééminence pour l’avenir, en dépit de tout changement qui pouvait survenir dans la nature même de sa monnaie, comme cette décision de Nixon qui la débarrassait définitivement de toute contrainte économique vis-à-vis du reste du monde .
Ce que l’on a oublié aujourd’hui, c’est que l’extraordinaire augmentation de richesse des É-U au cours du XXème siècle reposait sur une injustifiable inégalité du statut monétaire des nations, et non sur une filiation biblique dont il plaît toujours aux Étasuniens de se réclamer. Jusqu’à aujourd’hui, cette richesse était considérée comme le résultat de talents particuliers aux « Américains ». En réalité, ces « talents » relevaient d’une escroquerie financière géante, et la crise qui a débuté il y a deux mois va probablement avoir pour principal avantage de retirer aux É-U ce privilège inavouable de pouvoir produire de la richesse en imprimant du papier.
Cette crise devrait assez rapidement déboucher sur la tenue d’une nouvelle conférence de Bretton Woods, où le dollar sera contraint de renoncer à tous ses pouvoirs. Que les Etats-Unis jouent dans leur cour avec leur monnaie, cela les regarde. Mais que le reste du monde en reçoive les éclats négatifs est insupportable, et ne doit plus être toléré.
Déjà, dans le monde, on s’inquiète de la détérioration du dollar, puisqu’il s’avère ne plus pouvoir jouer son rôle de valeur de réserve. On sait que le Venezuela et l’Iran se trouvent en pointe dans cette démarche, de telle sorte que l’on néglige leur opinion, car on connaît leur opposition radicale aux Etats-Unis. Mais ce dont on parle moins, et qui est pourtant beaucoup plus sérieux, ce sont les conversations entre les Émirats Arabes Unis et le Qatar à propos d’un projet de création d’une monnaie du golfe persique, de manière à protéger leurs revenus, que la faiblesse récurrente du dollar menace. C’est aussi la Russie qui cherche à vendre désormais son gaz en roubles. C’est ensuite l’Europe et la BCE, qui pensent sérieusement à remplacer le dollar par l’euro, ce qui pourrait expliquer que Jean-Claude Trichet pratique une politique de taux d’intérêt rigoureuse, comme pour bien montrer que l’euro possède les qualités nécessaires pour prendre le relais du dollar. C’est enfin la Chine, dont le yuan devient de plus en plus la devise commerciale préférée dans les transactions inter-asiatiques. Et toujours la Chine, qui, avec plus de mille milliards de réserves monétaires en dollars a commencé l’achat d’actifs bancaires aux Etats-Unis sous prétexte de leur venir en aide, mais qui cherche de cette manière à protéger la valeur de ses réserves « dollar » en les convertissant en actifs, troquant ainsi une devise en déshérence contre des biens dont la valeur est indépendante de la monnaie qui l’exprime.
Qu’on ne s’y méprenne pas ! Les Etats-Unis ne traversent pas une crise ordinaire. L’immensité de leur dette internationale, la délocalisation de près de 40% de leur industrie dans les pays en développement, une épargne nulle, un territoire de plus en plus souvent ravagé par des tornades d’une violence croissante à mesure que l’effet de serre progresse, une population dont l’alphabétisation régresse et dont 25% est obèse, ne disposent plus ce pays à rester le maître du monde. Son heure est maintenant passée.
Il lui reste cependant une puissance matérielle, et notamment militaire, dont il pourrait vouloir user pour s’accrocher à sa splendeur passée, dans la paranoïa qui le traverse depuis le 11 septembre 2001. On peut donc s’attendre à des convulsions erratiques et aventureuses, avant que l’aigle n’avoue ses ailes brisées.
J’y reviendrai.

© André Serra

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Deux choses me frappent dans la situation économique actuelle :
La première est que trop peu de gens s’étonnent de la situation, aussi bien chez les analystes que chez les béotiens en économie. Elle leur paraît n’être qu’un simple avatar sans conséquences graves.
La seconde est que les réflexions tournent seulement autour d’une possibilité de récession aux Etats-Unis, alors que l’on se dirige vers une déstabilisation du monde d’une ampleur sans précédent.
Je ne retrouve finalement ma propre intuition que chez Jean-Claude Trichet, qui vient d’évoquer, selon Reuters (14 janvier 2008): "des menaces protectionnistes qui viennent de la possible correction brutale, turbulente, des grands déséquilibres que nous avons dans le monde" . C’est là, au moins, ce à quoi nous devons en effet nous attendre, en premier lieu. Mais Jean-Claude Trichet est le président de la BCE, et ne peut évidemment pas livrer facilement le fond de sa pensée. Sans doute pour ne pas affoler le monde, mais les mots qu’il emploie sont terribles. Sa position très ferme me semble dissimuler la crainte de se laisser aller à la panique, ce qui est actuellement le cas des responsables Étasuniens, alors que leurs propres concitoyens continuent de boursicoter tranquillement.
J’ajouterais personnellement aux risques économiques soulignés par Trichet, qui vont déjà par eux-mêmes amener de grandes transformations dans le monde, de probables risques géopolitiques qui changeront la donne politique et stratégique, plus profondément encore que les risques économiques. Mais si ces risques nécessiteront des adaptations douloureuses, en revanche je ne suis pas certain qu’elles seront négatives à terme pour l’humanité.
Faires-moi part de vos idées par commentaires SVP ! Il est difficile d’analyser seul toutes les conséquences à long terme de ce qui va se passer dans la civilisation humaine à partir du monstrueux crash des États-Unis. Comment imaginez-vous notre futur ?

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Taux d’intérêt : Jean-Claude Trichet a raison
Les commentaires sur le maintien du taux de base de la BCE montre une détermination du public à considérer ce malheureux taux comme une sorte d’élixir de croissance négative ou positive. Comme on va le voir, c’est loin d’être le cas.
En tous les cas, il faut cesser de vouloir emboîter le pas des Étasuniens à tout propos. La déconfiture de leurs valeurs technologiques en 2000 et la récente débandade des subprimes sont pourtant des exemples probants que leur soi-disant compétence économique et financière est à relativiser prudemment. Leur petite croissance de 2007 de 2,2% qui vient d’être annoncée en première évaluation se trouve dans un mouchoir à coté de celle de l’Union européenne, en attendant qu’elle soit discrètement revue à la baisse dans quelques semaines, comme c’est dans la pratique de la FED de le faire lorsqu’elle a un mauvais chiffre à annoncer.
Il en est ainsi du regard porté par l’opinion publique sur la décision de Jean-Claude Trichet, patron de la BCE [Banque centrale européenne], de ne pas suivre Ben Bernanke, Président de la FED [Fédérale réserve des É-U], dans son plongeon vers les abysses de son taux d’intérêt de base, de 4,50 % à 3 % en moins de deux semaines, en le présentant comme un acte héroïque devant sauver les É-U de la récession.
Je voudrais simplement énumérer ici quelques données qui montrent au contraire la grande lucidité dont a fait preuve Jean-Claude Trichet dans cette affaire.
Baisser le taux d’intérêt n’est pas toujours utile,

et peut même être quelquefois dangereux
En premier lieu, l’histoire récente montre de nombreux exemples de taux d’intérêt bas coïncidant avec une très faible croissance, et de taux d’intérêt élevés coïncidant avec des phases de croissance rapide. Depuis 1990 environ, le Japon pratique des taux d’intérêt voisins de 0% compte tenu de l’inflation, et pourtant il connaît une croissance rampante qui ne parvient pas à sortir le pays de la déflation, en dépit de son idéologie des taux d’intérêt.
Pire, c’est son attitude laxiste qui a permis aux sociétés financières étasuniennes d’emprunter des sommes faramineuses sur le marché japonais à des conditions de coût dérisoire, puis de les replacer sur le marché des É-U à un taux plus élevé [carry trade ]. Or, c’est cette disponibilité de capitaux très abondants et peu chers, qui a entraîné l’invention des “subprimes “. Ce mécanisme subtil consistait à arnaquer de pauvres gens, en leur faisant croire que l’augmentation indéfinie de la valeur de leur maison leur permettrait de rembourser leur emprunt à taux variables. Il était parfaitement prévisible que cette innovation se termine par une crise de la construction et la saisie d’un nombre considérable de maisons dont les acheteurs n’ont plus les moyens de supporter les hausses de taux pratiqués tardivement par la FED, pour tenter d’arrêter cette croissance pathologique. Il était beaucoup trop tard, cette croissance exponentielle fictive est en train de déboucher sur une décroissance exponentielle, celle-là bien réelle, et sans solution crédible. Je reviendrai sur ce sujet dans un autre article.
Les É-U pour leur part, ont à leur tour pratiqué des taux très bas de 2001 à 2004, jusqu’à 1,5 %, inférieur à celui de l’inflation, pour relancer la croissance des É-U après la crise des valeurs technologiques. La réussite a été totale, mais elle se prolonge actuellement dans un chaos financier mondial indescriptible. À nouveau, la FED fait actuellement descendre les taux, comme si c’était une panacée. L’opinion inculte en est ravie, mais le principal effet de cette mesure sera une chute prononcée du dollar, et par conséquent une fuite des capitaux. Belle solution en effet ! Mais effet placebo tout de même, puisque les étasuniens, naïfs comme toujours, font remonter les cours de la bourse comme si cet expédient allait leur éviter la débandade économique !
Les situations des É-U et de l’Europe sont très différentes
En second lieu, si la baisse des taux pourra favoriser quelque peu les exportateurs étasuniens, encore faudrait-il qu’ils aient quelque chose à exporter, 40 % de l’industrie du pays ayant été délocalisée un peu partout. En revanche cette baisse entraînera parallèlement la hausse du coût des importations, et notamment celui des matières premières, et défavorisera par conséquent ceux des exportateurs dont les produits sont constitués de matières premières importées.
C’est donc ce qui se passerait en Europe si Jean-Claude Trichet suivait l’initiative de Bernanke. La hausse toucherait particulièrement chez elle les produits énergétiques, et notamment le pétrole, mais pas seulement, car l’Europe est relativement pauvre en matières premières.
On voit donc que les choses ne sont pas aussi simples que les chroniqueurs superficiels peuvent se l’imaginer, car il n’est absolument pas certain que le résultat global de l’opération serait positif.
Si la baisse des taux n’entraînerait pas nécessairement la croissance, plusieurs autres paramètres seraient plus efficaces pour l’améliorer si on y avait recours. Mais voilà, ce serait beaucoup plus compliqué, contraignant et lent que de changer un simple taux d’intérêt. J’en citerais celui qui, de loin, me semble le plus important : l’augmentation de la productivité, c’est-à-dire faire plus avec moins. Lutter contre les habitudes de pensée, amincir les procédures, réanalyser tous les processus, alléger les structures. Bien sûr ce serait plus fatigant ! Une œuvre de long terme évidemment, mais plus tôt on la commencera, plus tôt on inversera le déclin économique de l’Europe.
Baisser les taux entraîne une fuite des capitaux, comme on vient de le voir, parce qu’ils sont toujours à la recherche d’une rentabilité maximale. C’est d’ailleurs probablement la raison pour laquelle la FED a descendu son taux de base de 4,25% à 3 % en un peu plus d’une semaine. Je crois que Bernanke a administré cette potion brutalement dans l’espoir que la BCE le suivrait sous la pression de l’opinion publique européenne, et pas seulement pour relancer l’économie. Il faut toujours chercher la stratégie géopolitique sous les actes politiques apparemment les plus anodins. Heureusement, Trichet a tenu bon. Baisser les taux aurait eu pour effet d’entraîner rapidement des hausses de prix à la consommation en Europe, et alors une opinion publique irresponsable se serait plainte de ces hausses sans se souvenir de ses critiques passées.
L’Euro, future monnaie internationale
Enfin, en troisième lieu, mais c‘est peut-être le point le plus important dans le tournant géopolitique actuel, il nous faut prendre conscience du fait que nous nous trouvons au début d’une phase de l’économie mondiale qui pourrait sous-tendre le plus grand bouleversement géopolitique du monde depuis la seconde guerre mondiale, mais dont l’opinion publique se désintéresse complètement. Je m’explique.
Le rôle du dollar en tant que monnaie internationale pour le règlement des transactions commerciales est sévèrement contesté par l’ensemble de la planète, du fait de son instabilité et de son imprévisibilité, car les É-U gèrent leur monnaie en fonction de leurs intérêts intérieurs et ne se préoccupent nullement des conséquences de leurs décisions sur le reste de la planète. Cette contestation est particulièrement forte chez les vendeurs de matières premières, notamment de gaz et de pétrole, car lorsque le dollar vacille, les revenus pétroliers diminuent, et lorsqu’il grimpe, ils ne savent plus quoi faire de leur argent et le prêtent aux É-U pour qu’ils puissent boucler leur budget. Actuellement ces pays réfléchissent avec beaucoup d’intensité à ce problème récurrent, et envisagent de remplacer le dollar par l’euro dans l’établissement de leurs factures. C’est notamment le cas de la Russie et de tous les pays exportateurs de pétrole.
L’Europe de l’euro tirerait de cette substitution des avantages économiques considérables, avantages que les É-U ont eux-mêmes tirés jusqu’ici de la position prééminente du dollar. Par exemple, Airbus n’aurait plus de problèmes financiers induits par les fluctuations du dollar, puisque ses commandes seraient établies en euros. Je m’étendrai plus longuement sur cet intérêt une autre fois, pour éviter un développement trop long, mais c’est un sujet d’importance.
Pour expliquer leur position anti-dollar, on souligne souvent le fait que l’Iran et le Vénézuéla sont des opposants déterminés à l’hégémonie étasunienne, mais il ne faut pas mélanger les problèmes. Les six Émirats du golfe sont également en train de se concerter sur le sujet. Ils étudient même la possibilité de créer une monnaie collective pour assurer le règlement des transactions pétrolières des États du golfe persique. De son côté, la Russie prépare un plan de remplacement du dollar par le rouble pour les paiements du gaz de Sibérie
Ce n’est donc pas au moment crucial où le dollar va encore une fois vaciller et que l’euro est en bonne position pour le remplacer, qu’il faut affaiblir sa valeur et donner ainsi du crédit aux solutions concurrentes qui sont étudiées ailleurs. L’une de ses forces majeures est précisément sa stabilité et la crédibilité politique de la BCE. Il serait irresponsable de les gâcher en suivant les errements de l’oncle Sam. Enfin, il ne faut pas perdre de vue que certains états européens ne se sont pas encore ralliés à l’euro et sont postés en observation : Grande Bretagne, Norvége, Suède, Danemark, Suisse, Lichtenstein. Si l’euro venait à prendre la place du dollar comme monnaie du monde, on peut parier sans grande chance de se tromper que tous ces pays-là voudront être de la fête, même la Grande Bretagne.
Bien entendu, Jean-Claude Trichet ne peut faire publiquement état de cet argument essentiel. Il faut le comprendre.

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[dernière partie d'un article qui en comprend trois ]

Une parabole ou la réalité ?
Alors, si l’on tient compte de ces conditions historiques, peut-on persister à affirmer que ces comportements violents sont ceux de terroristes, ou au contraire les attribuer plus logiquement à des résistants combattant une opiniâtre oppression séculaire ?
Je vais répondre à cette question de manière indirecte, mais analogique.
Pendant la guerre, de 1940 à 1945, je vivais en France avec mes parents. Après la défaite de 1940, et jusqu’à notre libération, nous avons donc vécu sous l’occupation de l’armée allemande. Bien qu’encore très jeune, de 10 à 15 ans, j’ai pu observer deux phénomènes. D’abord un retour de la population dans les églises, pourtant fort désertées avant la guerre. Sous la frustration que constituait l’occupation militaire, même si elle ne se manifestait que rarement de façon violente, une solidarité nationale s’était resserrée autour de ce qui nous restait d’identité : la religion. Même beaucoup de ceux qui bouffaient du curé avant la guerre, ne rataient plus la messe du dimanche. Et je me souviens de messes de minuit, à Noël, qui remplissaient les églises à craquer, malgré un froid intense et un chauffage absent faute de combustible. Pourtant, après que la France se soit vidée des troupes allemandes en 1945, les églises se vidèrent également, et retrouvèrent leur faible clientèle d’avant la guerre.
Le second phénomène, ce fut la formation de groupes de résistants, ça et là, qui se mirent à harceler l’ennemi de toutes les manières possibles. Ils faisaient sauter les voies ferrées, les trains, les ponts. Ils minaient aussi les routes, coupaient les poteaux électriques et les lignes qui desservaient les casernes et les installations allemandes.
Savez-vous comment les Allemands appelaient ces résistants français ? Et bien ils les appelaient des terroristes, et les fusillaient lorsqu’ils mettaient la main dessus.
Ce n’est pas là une parabole. C’est la stricte vérité. Mais beaucoup l’ont oublié… ou sont morts !terrorisme2
Ce que j’en conclus ? Et bien que les Arabes que l’on appelle terroristes sont tout simplement des résistants, et que, si on foutait définitivement la paix à ces nations-là, en les considérant comme on considère n’importe quelle autre nation sur la planète, et en en faisant surtout partir troupes et proconsuls, il n’y aurait probablement plus, très rapidement, de terroristes islamistes. Et l’Islam lui-même perdrait progressivement dans le même temps ses clients les plus intégristes, comme c’est arrivé à la chrétienté au cours du siècle dernier.
Finalement, quand on apprend l’histoire et qu’on sait en tirer des leçons, on devient plus sage et moins con.

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[seconde partie d'un article qui en comprend trois ]

Petite histoire des oppressions de l’Islam :
Le monde musulman, qui s’étend du Maroc à l’Indonésie a été, et est toujours, l’objet d’agressions de toute nature de la part de l’Occident chrétien. En voici quelques phases exemplaires :
— Croisades entreprises par la papauté catholique et les monarques chrétiens en terre d’Islam du XIe au XIIIe siècles pour libérer Jérusalem, ravie il est vrai par les Turcs en 1078 aux Arabes Fatimides. Un royaume chrétien y fut même implanté pendant quelque temps.
— La Reconquista progressive de l’Espagne sur les Arabes. Il est vrai aussi que ceux-ci avaient eux-mêmes conquis la majeure partie de la péninsule Ibérique en 711, conquise antérieurement par des peuples Wisigoths venus d’Europe. La Reconquista, commencée en 718 s’acheva en 1492 avec la conquête de l’Andalousie par les rois catholiques. Bien que ce reflux puisse être considéré comme légitime, il n’en est pas moins considéré par les Arabes comme l’annexion d’un territoire leur ayant appartenu. Ils s’en souviennent encore.
— De 1830 à 1871, conquête progressive de l’Algérie par la France, jalonnée de massacres qui auraient fait environ un million de morts, en grande partie civils. En 1945, massacres de Sétif et de Guelma , à la suite d’émeutes nationalistes. D’après le gouvernement algérien, cette répression aurait fait 45.000 victimes.
— Tout le long du XIXème siècle, la Grande Bretagne, la France, l’Allemagne, le Portugal, l’Espagne et l’Italie se sont disputés et partagés l’ensemble de l’Afrique, assez largement musulmane avant leurs conquêtes successives. Les nations libres qui en sont issues après la seconde guerre mondiale sont aujourd’hui encore largement dépendantes de l’occident.
— À partir de la conclusion du traité du Bardo, le 12 mai 1881, la France établit progressivement un protectorat sur la Tunisie.
— Les Britanniques ont été les maîtres de l’Égypte depuis 1882. Pour contrer l’Empire ottoman, dans le cadre de la Première Guerre mondiale, ils imposent leur protectorat au pays le 19 décembre 1914. Ce ne sera qu’à la suite du coup d’état des officiers libres du 23 juillet 1952, que la République pourra être proclamée en 1953. Nasser en sera le second président, mais depuis, les Étasuniens dominent indirectement la politique du pays à travers une république de type dictatorial.
— En 1912, par le traité de Fez la France obtient du sultan un protectorat sur le Maroc.
— À l’issue de la première guerre mondiale [1914-1918], dépeçage de l’empire Ottoman. La Syrie, le Koweit et l’Irak sont placés sous protectorat britannique, le Liban sous protectorat français, et des monarques favorables aux occidentaux sont imposés à la tête des autres pays confisqués à l’ex-empire [Jordanie et Arabie séoudite].
— De 1945 à 1948, invasion terroriste de la Palestine par les juifs [Haganah, Irgoun et groupe Stern], suivie par l’annexion d’une partie importante d’un pays habité depuis des siècles par une population arabe, annexion suivie à son tour par l’expulsion pure et simple de 800.000 de ses habitants. Tout cela avec l’approbation tacite et dans l’indifférence totale des pays occidentaux. Problème non réglé depuis 60 ans, et donnant lieu à des hostilités endémiques.
— Depuis 1947, date de la partition de l’Inde et de la création du Pakistan, celui-ci a recueilli une forte proportion de la population musulmane habitant la partie du sous-continent restée indienne. Pendant le transfert de cette population, de nombreux massacres de musulmans ont été perpétrés par les Indiens sur leur passage. Or l’Inde, ancienne possession britannique, a toujours été considérée par l’Islam comme favorable à l’occident, et hostile à l’Islam.
— En 1951, le Premier ministre d’Iran, Mossadegh , nationalise l’Anglo-Iranian Oil Company. Le Royaume-Uni et les Etats-Unis le renversent alors au moyen de l’opération secrète Ajax, exécutée par la CIA, pour mettre un terme à sa politique nationaliste, consolider le pouvoir du Chah Mohammed Reza Pahlavi, et préserver les intérêts occidentaux dans l’exploitation des gisements pétrolifères iraniens.
La destitution de Mossadegh permit ainsi l’arrivée des Américains dans le grand jeu pétrolier du pays. Ainsi, en 1954, un consortium international composé de compagnies française, hollandaise, britannique et américaine est créé pour gérer la production pétrolière de l’Iran.
En 2000, Madeleine Albright, secrétaire d’état des É-U, reconnut l’implication de son pays dans l’opération Ajax, confirmant ainsi cette nouvelle intrusion violente de l’occident dans le monde islamique.
Cette énumération rapide ne fait pas mention de toutes les spoliations, frustrations et violations que toutes ces populations ont subi depuis la seconde moitié du XIXème siécle jusqu’à ce jour. Si tous ces évènements se sont généralement effacés de la mémoire des occidentaux, ils conditionnent encore aujourd’hui largement le comportement, souvent violent, des populations encore soumises, directement ou indirectement, à l’occident. Et c’est précisément le cas des Afghans, des Irakiens, des Palestiniens, et, de manière solidaire d’un point de vue musulman, des Syriens, des Iraniens et des Pakistanais, même lorsque leurs gouvernements semblent apparemment dociles aux sollicitations occidentales.
Alors, ces comportements violents sont-ils l’œuvre de terroristes, ou plus simplement de résistants luttant contre une oppression pluri-séculaire ?
[fin de la seconde partie – suite et fin demain]

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[article composé de trois parties ]

Dans son article du Devoir paru le 29 décembre 2007, René Girard réinterprète Clausewitz. Il écrit : « Il y a une espèce de continuité dans l’ascension vers les extrêmes », et plus loin : « Nous sommes passés des guerres nationales au terrorisme. C’est la fin de toute ritualisation de la guerre, c’est la violence généralisée ». Il établit aussi une relation entre la violence du terrorisme et celle que l’on peut constater dans l’environnement : « l’augmentation de la population mondiale, le réchauffement planétaire… Tout ce qui menace l’humanité aujourd’hui peut être vu comme une conséquence de cette montée aux extrêmes. »
À une question qui lui est posée par Le Devoir, il répond que son sentiment est qu’il existe un rapport évident entre cette montée aux extrêmes et les textes apocalyptiques de la bible. Enfin, il explique : « Or les textes apocalyptiques nous paraissaient ridicules, farfelus, insignifiants, précisément parce qu’ils mélangent souvent la nature avec les activités humaines ».
En ce qui concerne les menaces qui pèsent sur l’humanité, il me semble tout à fait visible que les activités humaines s’accroissent en puissance à mesure que les connaissances scientifiques de l’Homme s’accroissent elles-mêmes, et qu’une violence peut naturellement s’en dégager si leur utilisation n’est pas contrôlée au niveau politique de la société, et dans un cadre mondial. Il n’est donc pas nécessaire pour autant de se référer à de vieux écrits dont la véracité est du niveau de ceux de Nostradamus.
D’autre part, l’idée de séparer ontologiquement les activités humaines d’avec la nature, sous-jacente à la dernière citation de René Girard, relève d’une position religieuse dérivée de l’influence d’Aristote, et est bien difficile à soutenir aujourd’hui. En effet, comment pouvoir apporter la moindre preuve de ce que les activités humaines ne se développeraient pas avec et à l’intérieur de la nature. Notre expérience concrète de chaque jour porte plutôt à croire le contraire, et raisonner ainsi sur une base purement théologique ne peut conduire l’humanité qu’à l’obscurcissement de la réalité, pour ne pas dire, plus nettement, à un obscurantisme réactionnaire.
Les dictionnaires nous disent de l’extrémisme: « Tendance à recourir à des moyens extrêmes, violents, dans la lutte politique » (Larousse). J’ajouterais à cette définition, pour ma part, que l’extrémisme consiste à poursuivre une action, de quelque ordre elle soit, d’une manière qui semble ne conduire à rien de constructif dans la sphère politique, y compris pour celui qui entreprend cette action. Encore avons-nous vécu quelques exceptions notables, dont un exemple fut le terrorisme juif en Palestine avant la création d’Israël. Il faut cependant noter que la situation politique en cet endroit du globe n’est toujours pas normalisée au moment où l’on parle.
Mais, revenons à l’extrémisme. Il convient d’abord de s’entendre sur ce que l’on doit entendre par extrême et extrémisme. Sans ce préalable, on est conduit à parler dans le vide, ou à travers son chapeau.
Comme rien ne peut laisser supposer qu’un extrémiste soit nécessairement un être dérangé, il faut éviter d’interpréter ses actions comme des gestes de fou. Pour accéder à une compréhension utile de son comportement, il convient alors d’aller chercher une voie indirecte pour y parvenir.
Si les actions extrémistes sont condamnées à l’inutilité, c’est donc qu’elles ne sont pas conçues pour être directement utiles. Que peuvent-elles alors viser d’autre qu’émettre ainsi des signaux de malaise, de mal-être ? De même qu’un enfant recommence parfois à inonder son lit lorsqu’un nouveau petit frère lui est né, dans l’espoir d’attirer par ce geste l’attention de ses parents sur son désarroi, l’extrémiste signale au monde sa difficulté d’être par la violence. Et la violence physique n’en constitue qu’un cas particulier : un homme trompé qui tue sa femme par jalousie, un enfant traqué ou frustré qui tire sur ses camarades pour se venger.
L’extrémiste dissimule généralement sa violence sous une couverture idéologique à laquelle il ne croit pas vraiment, mais qui lui est nécessaire pour justifier son comportement, d’abord à lui-même, afin de rétablir en lui un équilibre socio psychologique perturbé par des causes dont la véritable réalité ne lui est pas toujours pleinement consciente.
terrorisme Il s’agit donc du syndrome de ce que j’appellerais « la fuite en avant ». Pour le traiter, il faut en découvrir les causes, et cesser de lui opposer des méthodes inutilement répressives, inefficaces, voire nuisibles. Ces causes sont probablement multiples, et je ne prétendrais pas en avoir les clés. Je me contenterai donc d’explorer une seule direction d’analyse. Je crois que les causes d’une fuite en avant, qu’on l’affuble ou non du terme de terrorisme, sont principalement d’ordre émotionnel.
Une fuite en avant n’est pas seulement le fait d’individus. Des pays peuvent également en être les victimes… ou les « promoteurs », pour des raisons totalement analogues à celles que j’ai évoquées. Je citerais le cas de l’explosion du croiseur étasunien Maine dans la rade de La Havane le 15 février 1898. La presse étasunienne s’empara alors immédiatement de l’événement, entama une campagne de désinformation contre l’Espagne (Cuba en était alors une colonie), qu’elle accusa de barbarie et même d’anthropophagie. La population des Etats-Unis cria vengeance, et deux mois plus tard le président William McKinley déclarait la guerre à Madrid. Les Etats-Unis s’emparèrent alors de toutes les colonies espagnoles des Caraïbes, y ajoutant les Philippines, et raflant au passage les Iles Hawaï qui n’avaient rien à voir avec les Espagnols.
(http://www.herodote.net/histoire/evenement.php?jour=18980215)
Treize ans plus tard, en 1911, une commission d’enquête conclut que le croiseur avait coulé suite à une explosion accidentelle dans la salle des machines. Et il y a quelques années, on apprit que c’était le gouvernement étasunien qui avait organisé ce naufrage pour pouvoir entraîner le Congrès et sa population dans une guerre contre l’Espagne. Sans cette provocation, jamais le peuple des Etats-Unis en effet, n’aurait accepté d’entrer dans un tel conflit. Grâce à ce complot, les Etats-Unis avaient pu prendre la place de l’Espagne comme nation colonisatrice.
Quelle superbe fuite en avant !
L’affaire du 11 septembre 2001 serait-elle un remake de la provocation du Maine ? À en juger par l’invasion du Moyen-Orient par les Etats-Unis qui s’ensuivit, on serait porté à se poser la question. Dans quelques dizaines d’années, on sera sans doute fixé.
L’actualité récente nous a permis d’assister à la naissance d’une nouvelle sorte de fuite en avant. Celle de ceux que l’on appelle, selon les dispositions d’esprit de celui qui parle, des terroristes ou des islamistes, et qui répandent tant de violence par les temps qui courent.
Si je reste cohérent avec les prémisses des fuites en avant que j’avançais tout à l’heure, il me reste à découvrir les raisons émotionnelles de celle-ci. De quelles frustrations, terroristes ou islamistes cherchent-ils donc la compensation ?
Mon hypothèse de recherche est simple, mais me semble logique : on ne peut trouver les raisons émotionnelles de cette violence que dans l’histoire de ces gens-là. C’est pour moi une évidence. Et il n’est pas nécessaire de fouiller très loin pour les mettre à jour !
[fin de la première partie – seconde partie demain]

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9 novembre 2007

Il aura suffi que le vice-président de l’Assemblée populaire de Chine, Cheng Siwei suggère que son pays rééquilibre la structure de ses réserves en devises étrangères en donnant plus de poids aux monnaies fortes, pour faire trembler la planète, et notoirement les porteurs de dollars.
Sur une réserve en devises de 1.430 milliards d’équivalents dollars, 70 % sont de vrais dollars étasuniens, soit 1.000 milliards. C’est là une somme considérable qui représente six fois le déficit budgétaire des États-Unis de leur dernière année fiscale. Si la Chine devait déverser sur le marché cette masse colossale pour la transformer en euros, francs suisses et livres sterling [mieux vaut ne pas parler du yen, plombé par les spéculations de carry trade des financiers étasuniens, qui achètent du yen à 1 % d’intérêt et le replacent sur les marchés à intérêt plus confortable, comme la bourse de Londres par exemple ], elle pourrait déclencher une crise financière d’une puissance considérablement plus importante que le monde ait jamais connue.
Donc elle ne le fera pas.
Pourtant, Cheng Siwei n’a pas parlé à travers son chapeau. Il a fait cette déclaration en public, et un officiel chinois ne parle jamais en public sans y être autorisé par une autorité supérieure. Il a donc dit quelque chose d’important, mais laissé entendre que la vente de la réserve en dollars serait partielle et progressive. Si cette déclaration avait été faite par Hu Jintao en personne, ou le ministre des finances, ou même seulement par le Président de la banque centrale, cela aurait été entendu par les États-Unis comme précédant une application immédiate de cette conversion des dollars de la réserve en d’autres devises plus sûres.
Cette déclaration est à rapprocher de la création, il y a environ deux mois, de China Investment Corporate Ltd (CIC), première société chinoise d’investissements en devises étrangères. Attendue depuis longtemps, cette société d’État a reçu pour mission de mieux utiliser les énormes réserves en devises étrangères du pays. Son état-major a été nommé et est à présent opérationnel.
D’une certaine manière, la suggestion de Cheng Siwei était donc déjà entrée en vigueur lorsqu’il l’a faite. Sans doute Beijing a-t-il considéré que l’annonce de la China Investment Corporate ne semblait pas avoir été suffisamment entendue par ses débiteurs en dollars, c’est-à-dire par le Trésor américain et par la Fed.
En effet, cette société d’investissement d’État ne va pas faire simplement de la conversion de devises. Elle va faire mieux. Elle va acheter des actifs partout où cela servira les intérêts chinois. Et des actifs, ce sont essentiellement des entreprises étrangères, dont elle pourra un jour contrôler la gestion. En achetant des titres en bourse, progressivement, sans trop attirer l’attention, elle va pouvoir ainsi étendre sur le monde occidental un filet de participations qui pourront peser jusqu’aux 1?000 milliards de dollars qui constituent actuellement les réserves de la Chine en cette devise, soit, au prix moyen actuel des fusions acquisitions, de l’ordre de 25 grosses multinationales. Ce n’est là qu’un exemple pour se rendre compte du gigantisme de l’opération en cours.
Cela signifie que, plutôt que de troquer une devise peu sûre contre une devise assez sûre qui ne lui rapporterait guère davantage, la Chine cherche à troquer une devise peu sûre [tant qu’elle a encore un peu de valeur avant sa chute programmée en cours] contre du pouvoir économique, donc politique, sur les territoires qui l’intéressent dans le cadre de sa stratégie mondiale. D’autant que les devises paraissant actuellement posséder une sécurité supérieure au dollar, pourraient bien subir le même sort, si le tassement de l’économie étasunienne s’étendait par osmose aux autres économies occidentales, compte tenu de leur étroite imbrication résultant d’une mondialisation croissante.
Quant à l’annonce d’une vente partielle des dollars de la Chine, elle a probablement un autre but, celui de masquer ses exactes intentions, tout en faisant craindre aux É-U qu’elle passe aux actes, ce qui n’est nullement dans son intérêt, puisque vendre ses dollars serait faire chuter encore plus vite leur valeur, et ainsi diminuer parallèlement celle de ses réserves. Elle s’en gardera donc bien, et ira probablement même jusqu’à agir de manière à soutenir les cours de la devise étasunienne.
Et accessoirement, la Chine montrant ainsi qu’elle a le doigt sur la gâchette du dollar, l’effet de cette annonce sera en plus de nature à écarter les propos critiques de Washington sur sa gestion, la crainte rendant prudent. Et ce n’est pas la conjoncture actuelle de l’économie étasunienne qui pourrait inciter la Maison Blanche à courir des risques supplémentaires, en essayant de se mêler des affaires intérieures de la Chine.
La pensée de la Chine est décidément fort complexe. On aurait intérêt à s’en méfier davantage.

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