Retourner au menu BLG Accédez à l'ensemble de la blogosphère de blogauteurs.net Accédez à notre revue de presse Visitez le Square littéraire de nos auteurs Accédez directement à notre boutique en ligne

Archives pour la catégorie “Politique”


Il est sans doute temps d’ouvrir largement nos yeux vers tous les signes montrant le cuisant échec de la mondialisation à l’américaine. Ces signes ne mettent nullement en question la nécessité de faire évoluer la planète humaine vers une solidarité de plus en plus affirmée, mais réduisent par contre à néant les résultats économiques obtenus depuis vingt ans par les élucubrations de l’OMC, voulue et dominée par les É-U.

Lorsque la crise des subprimes s’est déclarée aux É-U, on pouvait encore penser que cette crise était un accident de parcours du libéralisme selon l’oncle Sam. Près de deux ans après le doute n’est plus possible, et l’échec annoncé du sommet de Copenhague prévu en décembre pour décider des mesures à prendre en matière de protection climatique, avant même qu’il ne puisse être tenu, et confirmé par la dernière réunion du forum de l’APEC tenu à Singapour, renforce la réalité de l’illusion qu’a constitué jusqu’ici la propagande étasunienne pour la mondialisation.

Depuis l’installation de Barak Obama à la Maison Blanche, les choses vont de mal en pis aux États-Unis, et les tergiversations du G20 ont débouché sur un grand vide. L’affaire des bonus a perduré, traduisant l’impuissance des États, aussi bien aux É-U qu’en Europe. Ensuite, la spéculation est repartie à grande allure, grâce au merveilleux taux d’intérêt de la FED, ramené à 0%. Une aubaine pour le carry trade.

Rappelons que cette géniale “martingale” consiste à emprunter des capitaux en dollar, à 0%, et à les faire fructifier dans un autre pays à des taux plus rémunérateurs. Par exemple en Australie où le taux de la banque centrale vient d’être porté à 3,5%. L’Australie est en effet un pays qui n’a pratiquement pas souffert de la crise et jouit d’une importante croissance, due à l’abondance de ses matières premières, et au fait que le prix de celles-ci monte actuellement en flèche.

Le carry trade, pratiqué avant la crise à partir d’un yen japonais à 0%, est devenu le garde-manger des spéculateurs étasuniens, et notamment des traders, qui ont à présent récupéré le niveau de bonus un moment ébranlé par le G20. On n’en parle plus !

La sortie de crise des É-U, annoncée au clairon, se fait maintenant très mince. L’indice d’activité industrielle de la Fed de New York vient de rechuter de 34,6 à 23,5 le mois précédent et les ventes de détail de septembre sont fortement revues à la baisse à ?2,3% contre ?1,5% estimé initialement. Le chiffre de la consommation depuis le 1er janvier a enregistré un plongeon abyssal de 8,2%.

Le G20, qui avait également bénéficié des trompettes de la Renommée, a disparu dans la brume. Les paradis fiscaux ne figurent plus sur les écrans. Ils vont pouvoir se refaire progressivement une beauté, car aucune législation particulière, dans aucun État, n’est venue contrecarrer leur renaissance. On a amusé la galerie un moment avec eux, et tout a pu rentrer dans l’ordre, ou plutôt dans le désordre.

Interviewé par la revue l’Expansion il y a quelques jours à ce sujet, Jean-Charles Rocher, professeur à l’École d’économie de Toulouse, a déclaré: « Ces derniers (les paradis fiscaux) ont été des boucs émissaires. Ils ne sont pas responsables de la crise que nous traversons aujourd’hui. C’est plus facile de pointer du doigt les Îles Caïmans ou le Luxembourg que de faire le ménage chez soi ».

En matière de régulation, grand souci du G20, les propositions ont disparu des plannings. Pour une bonne raison. Monsieur Obama n’a pas le temps de s’en occuper, l’Afghanistan, l’Iran et quelques voyages pour resserrer “les alliances” étant des problèmes plus urgents pour “l’Amérique”. Mais en fait, le secteur financier étasunien ne veut tout simplement pas de régulation. On reprendra les projets de coopération internationale plus tard. Rien ne presse, puisqu’il paraît que nous sommes sortis de la crise…  ou presque !

Quant aux intentions de donner aux pays émergents une place plus grande dans les institutions internationales, également annoncées par roulements de tambour prolongés,… oubliées. “L’Amérique est de retour” ! Qui Obama pense-t-il tromper ? Tout le monde sait parfaitement que l’” Amérique ” ne tient plus qu’à un fil. Mais on a encore un peu peur de ses rugissements. On ne sait jamais !

Aujourd’hui, monsieur Obama tente de persuader les nations asiatiques que les É-U vont fortement s’engager en Asie, et il le dit avec beaucoup de force, comme il en a l’habitude avant de s’en dédire. Avec quoi dans les mains ? Il est à craindre que les Asiatiques appréhendent quelque peu ses cadeaux empoisonnés ; des batteries de missiles pour les protéger de l’Iran nucléaire, par exemple.

Dans les faits, seize nations de l’Asie-Pacifique viennent de s’engager dans un chantier d’unification économique et… politique, qui a des chances d’être beaucoup plus sérieux et solide que la mondialisation à l’américaine. Je ferai paraître un article détaillé sur cette importante question dans quelques jours. Il s’agit d’un événement considérable pour le monde.

En particulier, le Japon est en train de filer entre les doigts des É-U, et Obama le sait. Le nouveau parti au pouvoir à Tokyo a ordonné l’analyse des traités secrets conclus depuis un demi-siècle entre l’ancien parti conservateur, éliminé, et la Maison Blanche. Les Japonais ont enclenché leur décolonisation ! Leur nouveau premier ministre, Yukio Hatoyama, a été élu pour ça, et il a commencé par la base étasunienne d’Okinawa. Obama l’a mal pris ! Et pourtant ça tombe bien pour lui, il a besoin de chair à canon pour l’Afghanistan. Avec les 40000 militaires étasuniens stationnés depuis plus d’un demi-siècle dans l’archipel, il a une solution toute trouvée. À la cadence de 1300 soldats tués par an, il pourrait tenir 30 ans de plus dans ce pays !

La mondialisation sous bannière étoilée a décidément du plomb dans l’aile !

© André Serra

http://andreserra.blogauteurs.net/blog/

http://cybercanard.com

Cet article répond aux règles de la nouvelle orthographe

autres articles sur la crise et les É-U :

Pourquoi la crise de 2008 ne ressemble pas à celle de 1929 ?… Parce qu’elle est pire !

La bataille du dollar

Le stratagème des É-U pour sortir de la crise en évitant la débâcle monétaire

Partager et découvrir :
  • Agoravox
  • Blogasty
  • citoyen
  • La tribune
  • Le Monde
  • Scoopeo
  • Trader
  • Paperblog
  • Romanding
  • Naturavox
  • Gmiix
  • Voir
  • Zataz
  • Bulleimmo
  • Canoe
  • Courrier Int
  • Forumdesforums
  • Nonfiction
  • Quebecois libre
  • bruxello
  • MisterWong Fr
  • Notreactualite
  • Nuouz
  • BlogMemes Fr
  • Buzz solo
  • Publieca
  • Quebec Buzz
  • Facebook
  • TwitThis

Comments Pas de commentaire »

L’information sur la crise en cours, à laquelle nous devrions avoir droit, nous est souvent livrée à l’état brut, ou strictement interprétée à l’aune d’une réalité dépassée, seulement un peu bousculée par la crise ambiante. Or, toutes les dispositions prises par le pouvoir politique tendent à nous faire revenir à la situation qui prévalait avant l’explosion des subprimes, alors que les acteurs, consommateurs et entreprises, ont tiré de cette crise des enseignements tout à fait différents. Décrivons ces trois états :

- Pour le gouvernement des É-U et quelques autres, il n’est question que de revenir à la situation de surendettement des particuliers qui prévalait avant que la crise n’éclate en 2008, comme si les effets de celle-ci se limitaient à l’épisode des subprimes, et qu’une fois supprimés les effets de cet épisode, on pourrait faire repartir la croissance comme si rien ne s’était vraiment passé. C’est ignorer volontairement que ses causes s’étendaient, elles, à la situation de surendettement général de la totalité de l’économie de ce pays, État compris.

Pour le gouvernement des É-U, la seule façon de sortir de la crise consistait donc à recréer les conditions voulues pour que le système bancaire redistribue ses prêts aux particuliers, de manière à ce que ces derniers relancent la croissance, par une consommation aussi irresponsable que celle qui annonçait la crise, comme si rien d’autre n’avait changé entre temps. Or, s’il y avait eu crise, c’est qu’il y avait problème, et s’il y avait problème c’est qu’on n’en avait pas vraiment compris les origines, ni la nature profonde.

C’était là considérer les acteurs économiques, tant consommateurs qu’entreprises, pour des ignares, le gouvernement et son administration possédant seuls, a priori, la compétence voulue pour tirer d’affaire le pays. C’était faire preuve ainsi d’un effarant esprit simpliste, et d’une grande incompétence. Les politiciens qui règnent actuellement dans le monde ne sont vraiment plus à cet égard que des « faiseurs de crises » irresponsables.

Ils ont tout simplement oublié que toute crise, qu’elle soit économique, sociale ou simplement politique, débouche toujours sur un nouvel équilibre de la société, très différent de celui que, précisément, la crise a eu pour effet de détruire.

- Les consommateurs ont, semble-t-il, mieux compris l’esprit de la crise que leurs dirigeants. Le spectacle à leurs portes des saisies immondes, dont ont été victimes les familles qui crurent dans les artifices des vendeurs d’hypothèques, leur a davantage ouvert les yeux qu’à ceux des politiciens. Cette vision a agi sur eux à la manière d’un électrochoc salutaire, provoquant la prise de conscience de leur propre fragilité financière, créée par leur propre surendettement. Il devint clair en effet pour eux que la crise avait été déclenchée par l’insolvabilité d’une partie importante des consommateurs à subprimes. Et ils ne se sentaient eux-mêmes qu’à quelques encablures de la même  situation.

Bien sûr, le nœud gordien du déclenchement de la crise était-il lié à de téméraires créations financières, les contrats immobiliers à subprimes. Mais les consommateurs prirent également conscience du fait que ces initiatives avaient été consécutives à l’arrêt du boom immobilier solvable, et avaient eu pour but de prolonger ce boom au-delà de ce que l’économie pouvait décemment supporter. La crise ne pouvait donc s’arrêter à leur porte, car l’insolvabilité générale des É?U était déjà largement connue de tous. Le péril était fort proche.

Alors naquit assez rapidement la tendance des particuliers à se défaire le plus rapidement possible de leurs propres dettes, en épargnant le plus possible, donc en consommant moins. Fort naturellement, cette tendance s’étendit à l’ensemble des É-U en quelques mois. Plus réalistes que ceux qui les dirigeaient, les consommateurs ont donc choisi le chemin de la sagesse. C’est ainsi que le taux moyen d’épargne des Étasuniens est passé en près de deux ans, de -3% en décembre 2007, à très près de +8% en octobre 2009.

- Les entreprises suivirent un raisonnement parallèle à celui des consommateurs. Pour elles, l’analyse de cette crise, ramenée à une vision réaliste des mouvements économiques en cours, débouchait sur la constatation que sa caractéristique fondamentale était d’être une crise de surproduction immobilière, et non une crise financière, même si ses premiers effets ressentis étaient, de façon logique, d’ordre financier.

Il ne faut en effet jamais prendre les effets des phénomènes pour leurs causes, et inversement. Voilà une vérité dont les gouvernements occidentaux, G8 et compagnie, ont voulu faire l’économie, et qui va compromettre leur sortie de crise. Or, toute surproduction immobilière dissimule ou précède une surproduction plus générale, dans la mesure où l’une et l’autre se développent dans un même cadre financier, et ce phénomène n’a pas échappé à la plupart des entreprises.

On pourrait illustrer cette réalité en la comparant à une voiture dont le moteur ne devrait pas être poussé au-delà de 5500 tours, mais dont le conducteur, néanmoins, le pousse à 6000 tours pour augmenter sa jouissance personnelle. Dans ce cas, inutile d’être grand clerc pour comprendre qu’un tel moteur aura une longévité fort réduite. Cette métaphore représente pleinement la croissance étasunienne des dix dernières années, où l’écart entre les 5500 et les 6000 tours représenterait, dans l’économie de cette époque, ce qu’a été pour elle le surendettement provoqué par la surconsommation à crédit.

Malgré cela, les pouvoirs publics cherchent encore à inciter les entreprises à investir, croyant naïvement que l’investissement pourrait être l’ébauche d’une nouvelle croissance. Ils pensent que la reprise des investissement porterait sur des achats destinés à augmenter la production, ou à créer de nouveaux produits qui allècheraient les consommateurs.

Or, les chefs d’entreprises vivent à l’écart des grands concepts agités par les politiciens et les économistes théoriciens. Ils ont le nez sur le pare-brise du milieu dans lequel ils baignent, composé de clients, de fournisseurs et de concurrents. Sans avoir peut-être objectivé le concept de surproduction à l’échelle nationale ou mondiale, ils ont en tout cas compris que ce n’était pas le moment d’accroitre le volume de leur production, car, au contact de leur clientèle (certains diraient : « de leur marché »), il leur est possible de constater qu’entreprises et consommateurs doivent être en phase, bien loin des considérations des gouvernements idéologiques.

Si les consommateurs épargnent afin de pouvoir survivre à la crise, que font donc les entreprises dans ce même but ? Hé bien elles investissent, c’est-à-dire le contraire de leurs clients, mais certainement pas en vue de produire davantage.

Ce que les entreprises cherchent en effet à faire, ce sont deux choses. La première, déjà très avancée, a consisté à réduire leurs effectifs au strict nécessaire pour les besoins de leur marché, en brusque minimalisation du fait du chômage et de l’augmentation de l’épargne, dont l’effet immédiat est de diminuer la demande. L’économie se trouve donc à mille lieues de pouvoir repartir sous une incitation artificielle à revenir à l’endettement passé, ce que les supputations Obama/Geithner/Bernanke n’ont absolument pas pris en compte dans leurs plans. Plus fort, ils s’apprêtent à en remettre une couche… !

La seconde chose à laquelle les entreprises sont en train de travailler, c’est de diminuer leurs couts, pour se mettre en position favorable de compétitivité face à ce que j’appellerais “la concurrence de sortie de crise“, car la crise actuelle, nécessairement, s’achèvera par la mise hors course d’une quantité d’entreprises, petites ou grandes, par liquidation (ou faillite) pure et simple, ou bien rachat (ou fusion). Trop d’entreprises se partagent un marché de plus en plus en phase de réduction, au moins pour l’instant.

Or, la seule part des prix de revient sur laquelle les entreprises peuvent agir assez librement et avec efficacité est celle des couts de personnel, dans la mesure ou les couts sociaux qu’ils comprennent sont en hausse constante, notamment en raison du fait que les États, face à leurs propres déficits, tentent de s’en décharger de plus en plus sur leurs citoyens par l’augmentation des cotisations (assurance maladie et chômage …).

Le resserrement des couts de personnel commence évidemment par celui des effectifs, et celui-là ne peut être réalisé que par des progrès dans la productivité de l’entreprise, une fois réalisée l’élimination du personnel surnuméraire. À son tour, la productivité du travail, à égalité de production, ne peut être obtenue que par des investissements ciblés : allègement des procédures de travail et augmentation des automatismes de production et de livraison. Dans l’un et l’autre cas, les investissements correspondants font appel à des spécialistes de l’organisation du travail, conjointement avec des renouvellements de matériel permettant la fusion de deux ou plusieurs étapes des chaines de production et/ou l’accroissement de la fluidité de cette chaine (diminution du temps de permutation de produits sur un même ensemble de machines, particulièrement nette, par exemple, dans l’imprimerie). Or ces différentes dépenses d’investissement sont totalement passibles d’un financement bancaire, ce qui ne peut être le cas d’une embauche de personnel supplémentaire. Le choix de la meilleure solution est évident.

Cette tendance est actuellement centrale, bien que tout à fait invisible aux yeux de l’opinion publique. C’est elle qui permettra aux entreprises de rester dans le marché, et de survivre à toutes les nouvelles contraintes qui s’exercent sur elles. Les licenciements secs se poursuivront donc encore longtemps, et pas seulement au niveau des emplois précaires. Beaucoup de postes d’encadrement seront également concernés, car remplacés par des procédures informatisables.

On doit donc s’attendre à une sortie de crise construite sur l’accentuation du chômage, et une économie en stagflation combinant une inflation déterminée par le gonflement des liquidités créées par les plans inefficaces des États, avec une déflation générée par les effets des gains de productivité qui alimenteront des concurrences féroces dans les secteurs industriels et des services, en se traduisant par des baisses de prix en cascade.

Le monde occidental est donc entré dans une ère permanente de chômage, au moins pour de nombreuses années. J’en suis le premier désolé. Il est temps que les gouvernements en prennent conscience. Cela prendra cependant du temps. D’ici là de grands bouleversements risquent bien d’intervenir.

© André Serra

http://andreserra.blogauteurs.net/blog/

http://cybercanard.com

Bibliographie :

Jeremy Rifkin - La fin du travail - 1995 - 1997 chez Boréal pour la version française

Cet article répond aux règles de la nouvelle orthographe

Partager et découvrir :
  • Agoravox
  • Blogasty
  • citoyen
  • La tribune
  • Le Monde
  • Scoopeo
  • Trader
  • Paperblog
  • Romanding
  • Naturavox
  • Gmiix
  • Voir
  • Zataz
  • Bulleimmo
  • Canoe
  • Courrier Int
  • Forumdesforums
  • Nonfiction
  • Quebecois libre
  • bruxello
  • MisterWong Fr
  • Notreactualite
  • Nuouz
  • BlogMemes Fr
  • Buzz solo
  • Publieca
  • Quebec Buzz
  • Facebook
  • TwitThis

Comments 6 commentaires »

Timothy Geithner
Timothy Geithner

La crise mondiale se décompose en de nombreuses menaces distinctes, dont l’ensemble est extrêmement difficile à gérer. Il faut quelquefois choisir de se concentrer d’abord sur celles qui menacent directement le fondement même de l’économie.

Et de toutes ces menaces sectorielles, celle qui est la plus importante pour les É-U est, sans contestation possible, la pérennité du dollar, en tant que devise de référence mondiale de l’économie. La raison en est que ce statut privilégié leur permet de financer leur propre économie avec les taux les plus bas, qu’ils fixent eux-mêmes en fonction de leurs propres besoins, sans égard aux autres économies de la planète. Il leur a également permis d’ériger un véritable pôle pour les capitaux qui circulent à travers le système économique mondial. Le dollar constitue donc leur toute première priorité, avant la déflation qui les talonne et malgré le chômage grandissant. Mais ils se gardent bien de le proclamer haut et fort.

Or les programmes de relance des É-U ont compromis la stabilité de leur devise. Déjà de nombreux pays proclament la nécessité de remplacer le dollar, ou en tous les cas de lui adjoindre un partenaire plus solide. Aussi les É-U ont-ils choisi de sortir de la crise par le haut.

Depuis bientôt deux ans, les É-U s’enfoncent irrémédiablement dans la crise, bien qu’ils aient sauvé leur système financier moribond en l’arrosant de milliers de milliards de dollars qu’ils ne possédaient pas. Leur débâcle n’en finit pas de s’aggraver.

De plus, leur chômage se poursuit chaque jour, à mesure que leur système industriel se décompose peu à peu sous leurs yeux. Les Étasuniens diminuent leurs dépenses pour rembourser leurs dettes, et échapper ainsi au sort des millions de pauvres gens jetés à la rue parce qu’ils ne peuvent honorer leurs créances hypothécaires. Ils empêchent ainsi la consommation du pays de revenir à son niveau antérieur, et par conséquent de sortir de la crise.

L’administration a parfaitement compris que le surendettement de la population était la clé de la crise. Elle sait que celle-ci ne s’arrêtera que lorsque les craintes pour l’avenir seront jugulées, et qu’une nouvelle confiance conduira peut-être à nouveau les consommateurs vers des dépenses échevelées. C’est pourtant bien à celles-ci que les É-U avaient dû leur croissance continue pendant les dix dernières années !

Mais comment faire sans imprimer à nouveau des milliers de milliards de dollars qu’ils ne possèdent toujours pas, et les précipiter sur leur population repliée sur elle-même, depuis l’hélicoptère abstrait de Ben Bernanke ?

Eh bien ! Ils ont tout de même fini par trouver le stratagème idéal pour éviter à tout prix l’écrasement du dollar, tout en permettant une sortie de crise rapide. Du mois le pensaient-ils. Le voici.

***

C’est à la puissance de leur devise que les É-U devaient leur croissance presque discontinue depuis la fin de la seconde guerre mondiale, ainsi que leur hégémonie sur le monde. S’ils ne parvenaient pas à contrarier sa chute, elle deviendrait rapidement irréversible. En continuant à augmenter sans cesse le volume de leur monnaie par le biais de l’imprimerie, s’en serait fini de leur puissance. C’était une évidence. Ils ne pouvaient donc accepter de sacrifier leur devise sur l’autel de la relance, et perdre du même coup leur principal outil d’enrichissement sans effort, ainsi que leur domination sur le monde.

Barack Obama tenta d’abord la voie de l’emprunt. Seule dans le monde, la Chine aurait pu se permettre d’acheter encore quelques bons du trésor des É-U, comme elle l’avait fait si longtemps par le passé. Le nouveau président envoya donc sa Secrétaire d’État, madame Hillary Clinton, sonder la bourse des Chinois, qui disposaient toujours d’un bon millier de milliards de dollars, fruit de leur laborieuse activité de fourmis au cours des dix dernières années.

Mais, outre leurs propres difficultés, amères conséquences des turpitudes financières étasuniennes, les Chinois avaient mieux à faire avec leur magot. En effet, tant que le dollar possède encore quelque valeur, ils ont entrepris de l’utiliser pour racheter à bon compte de par le monde les entreprises en déshérence du fait de la crise. Notamment celles qui produisent des matières premières, par exemple en Australie (mais pas seulement). Leur premier ministre, Wen Jiabao, fit donc élégamment savoir à l’Américaine, par la voix de sa ministre des finances, que tant que le dollar ne serait pas remis de ses souffrances, son pays devrait se passer de ses obligations du Trésor.

Pourquoi en effet conserver autant de dollars à ne rien faire, alors qu’il leur sera si facile de fabriquer eux-mêmes leurs propres yuans le moment venu.

***

La tentative de taper les copains s’arrêta là. Il fallait trouver autre chose pour attirer les picaillons des moins grands de ce monde. Il ne fallait plus rien leur de

mander. C’était inutile. Il valait mieux les piéger en amenant les investisseurs étrangers, ceux qui étaient restés encore très riches, à venir apporter leur trèfle à la bourse de New York.

Dans l’état de la bourse étasunienne en février 2009, pas évident du tout ! Il fallait donc commencer par la retaper. Difficile ? Certainement pour qui ne possède pas l’agile imagination des financiers américains. Qui d’autres dans le monde aurait pu avoir l’idée d’inventer les contrats à subprimes ?… Leur nouvelle idée finira d’ailleurs probablement de la même façon.

Les États-Unis possèdent une espèces de rapaces qu’ils sont les seuls à abriter : « les investisseurs américains », cette sous-espèce particulière au bec crochu et aux griffes acérées que l’on ne rencontre que chez eux. En ce moment, ils sont sur leur faim car leur dernier gibier a déjà été plumé, Bernard Madoff l’ayant fait durablement disparaître. Mais ce diable de pays possède la particularité d’ignorer les états d’âme et de savoir capitaliser ses échecs. Du moins jusqu’ici. Ça pourrait changer.

À l’évidence, le gouvernement ne pouvait compter que sur ses « investisseurs américains » pour revitaliser la bourse. Il suffisait de leur prêter l’oseille qu’ils avaient perdue au cours de la crise, et ils sauraient très vite quoi en faire.

Sitôt pensé, sitôt fait.

Il se trouvait donc que la seule planche de salut de l’économie étasunienne résidait dans celle de la monnaie. Mais après la furie des plans successifs de relance, il y avait gros à parier qu’une nouvelle giclée de dollars poussée par un gros Caterpillar pourrait avoir raison de la célèbre devise. Il ne fallait donc pas laisser rouler comme ça de gros sacs de billets fraîchement imprimés sous les pieds des consommateurs en voie d’assagissement, mais d’en faire un moteur bien plus puissant (les américains adorent les effets de levier).

Il ne pouvait plus s’agir de relance par la consommation, mais par la bourse. Vous allez voir comment.

***

À ce moment-là, courant février 2009, le Secrétaire au Trésor devait régler le problème des subprimes, ces contrats hypothécaires à risque élevé. L’idée circulait

de faire lessiver plus blanc  que blanc par des banques ces actifs vérolés. Timothy Geithner, après nombre de réunions chaudes décida le plan suivant.

“Cinq banques seraient sélectionnées par le département du Trésor pour réaliser cette opération, dans les deux mois qui suivraient selon des critères à établir. Elles auraient accès à des fonds de la FED pour acheter et gérer les actifs malsains. Elles pourraient également utiliser ces fonds pour acheter des actifs sains en bourse si elles le désirent. Enfin, leurs pertes éventuelles seraient assurées par le Trésor.”

À partir de ce texte assez ambivalent, l’affaire des subprimes fut considérée comme réglée et plus personne n’en parla plus. Je ne me souviens pas avoir vu de commentaires sur ce plan à sa parution, et je n’ai pas vu passer non plus la liste des banques sélectionnées. Mais après tout, j’ai peut-être tout simplement manqué les uns et l’autre.

Mais j’avais déjà formulé une interprétation personnelle de ce plan :

***

Je commencerai par la fin. Pourquoi autoriser cinq institutions financières sélectionnées par le Trésor américain à utiliser le crédit de la FED, c’est-à-dire des citoyens, pour acheter des actifs sains en bourse, alors que leur mission est normalement limitée à la “virginisation” des contrats de type “subprimes” sous garantie de la FED ?

À moins qu’il ne s’agisse purement et simplement d’un cadeau - ce que je ne crois pas - la raison en était nécessairement opérationnelle, dans l’axe de la mission présentée comme principale. Mon interprétation est la suivante :

On a vu au début de cet article que de toutes les menaces sectorielles, celle qui était la plus importante pour les É-U était sans contestation possible la pérennité du dollar. Or si le dollar dépend de multiples facteurs, le principal d’entre eux est certainement la confiance et l’état psychologique des investisseurs. Et quel est l’élément économique qui soutend ces deux paramètres ? La hausse de la bourse, considérée par l’opinion publique, à tort à mon avis, comme le baromètre de l’économie. À tort, car le niveau de la bourse n’a qu’indirectement à voir avec la situation économique mais plutôt avec les spéculations, plus ou moins justifiées, des investisseurs.

Il fallait donc, coûte que coûte, retoiletter la bourse. D’où l’idée, subtile, de procurer des fonds à des intervenants de confiance, qui achètent des volumes d’actions importants, selon un rythme et sur une liste calculée de valeurs pouvant jouer le rôle de “bélier” afin d’entraîner le reste du troupeau, qui suivrait la hausse ainsi créée, précisément comme des moutons bêlant. C’est pourquoi il fallait limiter l’action à un petit groupe complice, discret et discipliné capable de jouer un tel jeu, ce qui répond au second volet de la question : Pourquoi seulement cinq institutions, et pourquoi les sélectionner ?

L’opération a bel et bien réussi, et de belle manière, dès le 6 mars, sans tambours ni trompettes, à la grande surprise de la totalité du monde de la bou

rse, car à l’époque, l’économie étasunienne se trouvait encore dans un blackout total : licenciements, faillites et saisies constituaient  en effet le lot habituel du quotidien.

La bourse se mit cependant à monter régulièrement sans que les volumes croissent significativement. Mais on n’avait aucune idée de l’origine des achats, car pour des volumes importants, le règlement de la bourse n’autorise pas l’identification des intervenants. La Chronique Agora, habituellement très bien informée, avouait son ignorance de l’identité de ceux-ci, ce qui l’intriguait beaucoup.

Le reste va de soi. Assez vite, les boursicoteurs habituels revinrent à une position d’achat. Dans l’absence de causes évidentes à ce mouvement, elles

pensèrent que des investisseurs, sans doute argentés, et surtout bien informés, étaient à son origine, et ne voulurent point manquer ce nouveau train inattendu de hausse. Tant pis s’ils ne comprenaient rien à l’affaire. Il fallait bêler avec les moutons.

Ce n’était cependant là que le premier objectif du Secrétaire au Trésor. Le second, mais tout aussi important, consistait à appâter les investisseurs étrangers pour qu’ils se portent à nouveau aussi à l’achat, car leurs bourses s’étaient mises à suivre le mouvement de la bourse de New York. L’idée consistait à capter les devises étrangères, de manière à ce qu’elles se transforment en dollars, permettant ainsi à l’État étasunien d’alléger l’endettement de ses plans de relance, l’étranger y contribuant lui-même sans le savoir.

Fin juillet, Geithner avait donc atteint ses deux buts : augmenter le taux de confiance de la population étasunienne pour l’inciter à consommer à nouveau, et faire financer partiellement la relance du pays par l’apport de ressources extérieures.

Bien joué ! Reste à voir si cela sera suffisant pour assurer le décollage des É-U.

Personnellement, j’en doute, mais ceci est une autre histoire.

© André Serra http://andreserra.blogauteurs.net/blog/ http://cybercanard.com

autre article sur le même thème :

Qu’attendre de la bourse, d’aujourd’hui aux élections présidentielles des États-Unis ?

Partager et découvrir :
  • Agoravox
  • Blogasty
  • citoyen
  • La tribune
  • Le Monde
  • Scoopeo
  • Trader
  • Paperblog
  • Romanding
  • Naturavox
  • Gmiix
  • Voir
  • Zataz
  • Bulleimmo
  • Canoe
  • Courrier Int
  • Forumdesforums
  • Nonfiction
  • Quebecois libre
  • bruxello
  • MisterWong Fr
  • Notreactualite
  • Nuouz
  • BlogMemes Fr
  • Buzz solo
  • Publieca
  • Quebec Buzz
  • Facebook
  • TwitThis

Comments 2 commentaires »

Dans un article du Monde du 22 juillet, François Jullien conteste l’utilisation du mot “CRISE” pour désigner l’ensemble des événements que l’humanité traverse en ce moment. Il suggère plutôt d’utiliser son concept de “transformations silencieuses“, dont il a développé si brillamment la thèse dans son dernier ouvrage : “Les transformations silencieuses - Grasset - 2009“, que je suggère à tous et à chacun de lire.
Dans cet ouvrage, François Jullien oppose l’idée de transformation continue du monde, caractéristique de la pensée  et de la langue chinoises, à celle de l’identification prédicative d’un sujet, concept d’origine grecque sous lequel le monde occidental continue aujourd’hui de voir le monde.
L’occidental cherche toujours à définir a posteriori les caractéristiques de tout sujet qui lui apparaît nouveau, comme celui qu’il nomme aujourd’hui “la crise”, ce phénomène émergent sans identité véritable, dont il ne soupçonnait pas le processus sous-jacent. Cette “nécessité” héritée des Grecs le conduit à rechercher des “causes immédiates” à toute crise, alors que les racines effectives de celle-ci peuvent plonger en réalité dans un passé fort lointain, et qu’une transition lente mais non perceptible (silencieuse) portait le changement qu’il découvre comme un événement subit, seulement au moment où il éclate à sa perception.
De là ce concept ou ce mot de “crise”, qui nous pousse à reconstruire tel quelle la situation que nous connaissions avant son apparition, alors que nous nous trouvons tout au contraire face à un changement définitif résultant d’une transformation silencieuse que nous avons été incapables de détecter à mesure qu’elle se produisait. Cette manière toute occidentale de penser conduit à une progression de l’histoire par sauts successifs que nous appellons des “crises”, faute d’avoir perçu à temps les processus qui nous y ont conduits, lentement et silencieusement.
C’est ce qui se passe en ce moment. Lorsque la crise financière est apparue, l’occident l’a considérée comme un accident dont il fallait réparer les outrages, par rapport à une situation antérieure qu’il fallait rétablir. D’où la méthode choisie, consistant à alimenter les banques de liquidités artificielles, de manière à leur donner les moyens de distribuer largement un crédit qui faisait brusquement défaut aux consommateurs, et à rétablir “la croissance” antérieure. D’où également la surprise de voir que cette méthode ne fonctionne pas puisque les ex-consommateurs étasuniens se sont mis à épargner tout aussi brusquement, leur taux d’épargne passant en 18 mois, de décembre 2007 à juin 2009, de  3% à 7%. Significatif pourtant !
Que s’est-il donc passé pour que nous nous révélions incapables d’effectuer cette “sortie de crise” par un retour à “l’éternel présent”, car c’est bien de cela dont il s’agit ?
La réponse à cette question est pourtant simple. Un changement progressif s’est produit depuis la fin de la guerre mondiale (dite “seconde” selon l’approche occidentale) jusqu’à nos jours. En 1945 apparaissait un premier changement, produit lui aussi par une transformation silencieuse (de 1918 à 1945), qui plaçait les États-Unis dans une position impériale par rapport à la planète, même si la “guerre froide” ait pu nous faire penser le contraire jusqu’en 1989.
Mais une position impériale, c’est l’espace d’un instant à l’échelle historique. Ça n’existe tout simplement pas, sauf de façon fugitive. Or l’esprit occidental rejette la mort. Il lutte pour l’occulter et ne l’accepte pas. Pour lui, qui croit au paradis dans une si large mesure, le présent DOIT être éternel. D’ailleurs, c’est là sans doute que se trouve l’origine des religions monothéistes - toutes perpétuant le présent dans un temps ultérieur où l’on retrouvera tous les morts du passé dans un espace transcendant. RIEN ne doit changer. Commode !
Comme nous le montre tout au long de son œuvre François Jullien, la pensée chinoise est toute autre. Nulle possibilité de religion n’y ait présente. Le monde constitue une matrice de changements continus qui s’imposent à l’Homme, et dont il lui appartient de déceler les processus souterrains (silencieux) de manière à pouvoir y faire face autant que de possible.
Dans la perspective occidentale, les seuls changements visibles résultent des décisions prises par les autorités dans le but de conserver la situation apparente du présent, avec les privilèges, les situations acquises, la propriété, les hiérarchies, etc . Aveuglé par la certitude d’avoir choisi la bonne décision, l’occidental se trouve alors incapable de percevoir les innombrables fissures qui naissent silencieusement au sein de ce fameux “présent éternel” et qui le fragilisent lentement jusqu’à l’émergence de la “crise” suivante. N’ayant pas été  complètement résolue, elle se reproduist ensuite par spasmes successifs de plus en plus rapprochés, et cette enchaînement de crises conduit irrémédiablement à une révolution qui révèle dans la violence la transformation sous-jacente, devenue désormais parfaitement perceptible.
Donc, en 1945, par les hasards de l’histoire, les États-Unis se trouvent en position impériale, laquelle commencera immédiatement à se fissurer. Pour un observateur attentif à l’histoire, il serait assez facile de poser le doigt sur chacune de ces fissures, lesquelles ont conduit progressivement ce grand pays à une position qui n’est absolument plus impériale aujourd’hui.
Mais, tous les efforts étasuniens sont tendus vers une renaissance de leur passé. Tranquillisons-nous, ce passé est mort et bien mort. Nous gagnerions du temps en le reconnaissant avec humilité et en adaptant nos attitudes à la nature du changement produit par l’histoire en une transition qui aura duré 60 ans.
Revenons à aujourd’hui.
En dépit des apparences, les É-U ont repris potentiellement la place d’une nation ordinaire :
- une puissance militaire qui ressemble à s’y méprendre à celle de l’armée romaine des derniers siècles, censée assurer l’imperium sur la romanité, mais incapable de dominer le terrain,
- une doctrine politique organisée autour de valeurs démocratiques, mais en constante contradiction avec la réalité,
- un catéchisme plaidant la liberté partout dans le monde, mais acceptant chez elle une inégalité croissante,
- une réputation d’invincibilité économique, mais impuissante à faire face à la destruction des emplois, avec un chômage officiel à 9,5%, mais à 15% selon les normes européennes,
- un tiers des États fédéraux potentiellement en faillite, avec la Californie en tête, qui survit en créant de la fausse monnaie qui ne dit pas son nom.
L’état de faillite des É-U est l’illustration d’une transformation intervenue en silence, et pour laquelle aucune adaptation n’a été envisagée.
Enfin, le président, par delà ses discours brillants, poursuit l’ancienne politique extérieure de grande puissance, en Afghanistan et au Pakistan, parade encore dans les assemblées internationales, conserve Guantanamo et s’agenouille devant Israël, sauf en paroles.
Sans doute ne peut-il faire davantage, car son opinion publique a été maintenue par les médias dans une mentalité et une illusion de grandeur périmée aujourd’hui. Cette opinion publique attend patiemment que l’ancien “éternel présent américain”, composé du “rêve américain” et de la “destinée manifeste“, émerge à nouveau de l’actuel présent.
Alors que dans le monde entier des manifestations des peuples se déroulent sans discontinuer pour réclamer le changement, souvent dans des violences extrêmes, le “peuple américain” fait sagement la queue devant les bureaux de placement, et va  à la pêche.
“Il y a  quelque chose de pourri dans le royaume de Danemark !” (Hamlet)

© André Serra http://andreserra.blogauteurs.net/blog/

Partager et découvrir :
  • Agoravox
  • Blogasty
  • citoyen
  • La tribune
  • Le Monde
  • Scoopeo
  • Trader
  • Paperblog
  • Romanding
  • Naturavox
  • Gmiix
  • Voir
  • Zataz
  • Bulleimmo
  • Canoe
  • Courrier Int
  • Forumdesforums
  • Nonfiction
  • Quebecois libre
  • bruxello
  • MisterWong Fr
  • Notreactualite
  • Nuouz
  • BlogMemes Fr
  • Buzz solo
  • Publieca
  • Quebec Buzz
  • Facebook
  • TwitThis

Comments Un commentaire »

Le dollar est sans doute entré dans une transition qui, du statut de devise internationale toute puissante le ramènera à celui d’une devise nationale ordinaire. Il n’y aura rien eu là de déshonorant, mais simplement le résultat d’une transition économique logique construite par des politiques impériales insoutenables à long terme.
La série de crises économiques initiée en 1999 par le krach des valeurs techno¬logiques a été le résultat d’une fuite en avant continue des É-U pour dépasser ses déséquilibres internes au moyen d’un endettement croissant de tous les étages de leur économie : particuliers, entreprises, États fédéraux, État fédéral. Les deux dernières images sympto¬matiques de cette longue transition sont celles des faillites de la Général Motors dans l’industrie et de la Californie en politique. Celles des particuliers sont devenues endémiques et celle de l’État fédéral elle-même approche chaque jour à grande allure.
La propagande politique et médiatique des É-U exercée pour faire croire à une sortie de crise prochaine, reprise d’une façon assez lamentable par les médias des pays de l’OTAN n’est que poudre aux yeux. Nous approchons en ce moment du krach monétaire final. Son symptôme principal est le fait que, des plans de relance définis par l’administration Obama, très peu de dollars ont été réellement distribués dans l’économie, sans doute retenus par l’évidence que l’impression de billets sans valeur déclencherait ce krach à coup sur.
Les pays qui possèdent d’importantes réserves monétaires libellées en dollars étasuniens, sont donc amenés à craindre l’effondrement d’une devise dont la valeur ne tient plus que par la mythification qui en a été faite depuis 1944, mais dont les É-U sont devenus incapables de maintenir la stabilité.
Ces pays-là ne sont nullement dupes, comme les Européens semblent l’être encore, d’une soi-disant valeur refuge du dollar, car eux n’ont jamais fondé leurs avenirs de développement sur une quelconque mythification de « l’Amérique », dans laquelle les Européens sont tombés depuis la victoire des É-U sur l’Allemagne nazie, lesquels en ont fait ensuite des États supplétifs de leur propre puissance.
Après un temps d’observation après l’arrivée d’Obama à la tête des É-U dans une aura de rédemption étasunienne qui reste à venir, les faits ont déterminé l’action de ces pays riches en dollars à engager des opérations visant l’éviction du dollar comme monnaie du monde, avant que celui-ci ait réussi à ruiner totalement la planète pour sauver les É-U du désastre.
Cette action est maintenant engagée. La Russie a tiré les premiers boulets, et la Chine a suivi rapidement. Toutes les personnalités chinoises appellent l’une après l’autre les pays émergents à se joindre à une alliance tactique qui ne dit pas son nom. Elle est composée des pays de l’OCS [Russie, Chine, Kazakhstan, Kirghizistan, Tadjikistan et Ouzbékistan] et de ses quatre pays observateurs, l’Inde, l’Iran, la Mongolie et le Pakistan.
[ Il est à noter au passage que les récents événements politiques d'Iran pourraient trouver une explication dans des considérations géopolitiques, le candidat Moussavi étant suspecté de vouloir rejoindre l'OTAN une fois élu - on y reviendra ]
S’ajoutent à l’OCS le Brésil, amenant avec lui les pays du Mercosur, et l’Afrique, tirée par la Chine, mais aussi les États pétroliers du Moyen-Orient. Six des monarchies pétrolières groupées dans « Le Conseil de Coopération du Golfe (CCG) = Arabie saoudite, Bahreïn, Koweït, Oman, Qatar » ont décidé de créer une «  devise du Golfe » au sein d’une union monétaire destinée à leurs transactions pétrolières, jusqu’ici traitées en dollars étasuniens, afin de protéger leurs revenus et leurs réserves. Cette nouvelle monnaie devrait naître le 1er janvier 2010, sa banque centrale installant son siège à Ryad.
Toutefois Oman s’est rapidement retiré du projet monétaire et plus récemment, le Koweït en a fait autant, en choisissant de baser sa monnaie sur un panier de devises étrangères, ce qu’envisage pourtant le CCG pour les débuts de sa devise dans le monde financier. Tout n’est cependant pas encore joué. Il reste du temps d’ici le 1er janvier 2010, et d’ici là les autres initiatives monétaires dans le monde feront probablement évoluer les choses.
Il est en effet vraisemblable que ce groupement d’États du Moyen-Orient rejoindrait une initiative plus globale si elle débouchait assez vite, car le temps presse. Les pays qui disposent de réserves importantes en dollars ont en effet besoin d’une solution rapide pour les protéger de la chute de la monnaie étasunienne, inévitable dans un avenir proche.
Malgré les déplacements successifs en Chine d’Hillary Clinton (21-02-09), Secrétaire d’État, de Timothy Geithner (01-06-09), Secrétaire au trésor et de Lawrence Summers, chef des conseillers économiques de la Maison Blanche, pour tenter de convaincre ce pays que la gestion du dollar rentrerait dans l’ordre une fois la crise passée, il est clair, à la lumière des récentes déclarations de plusieurs autorités chinoises exigeant la création d’une unité monétaire réellement internationale, que le blabla étasunien n’a pas rencontré un niveau de réponse dépassant la simple courtoisie de la part des Chinois, et a suscité au contraire beaucoup de scepticisme lorsque ces ministres promirent de réduire le déficit de leur pays et de payer ses dettes.
Les É-U ont tort de prendre les autres pour des imbéciles. Le temps n’est plus où le monde entier marquait une grande déférence envers ce pays. Qu’il prenne bien garde au coup de pied de l’âne ! Il pourrait payer très cher la suffisance qu’il affichait au temps de son hégémonie passée.
Seuls les Européens s’entêtent encore à rester aux côtés des Étasuniens. L’euro aurait pu constituer un candidat valable pour remplacer le dollar comme devise de référence mondiale, et j’ai pensé longtemps moi-même que c’était la stratégie de Jean-Claude Trichet que de lustrer l’euro afin de le rendre présentable. Mais il faut bien se rendre à l’évidence. Après les dernières élections à l’assemblée européenne de Strasbourg, qui ont affiché un score d’abstentionnisme de 60%, il est devenu tristement apparent que l’Europe politique n’existerait pas avant longtemps. Or, il est impossible que l’euro puisse se présenter comme un candidat possible à devenir une monnaie de référence internationale, s’il n’est pas soutenu par un ensemble politique uni et stable. Ce n’est pas le cas. Les Européens n’ont pas le sens de la géopolitique et ne l’auront pas avant longtemps. Finalement, ils sont aussi conservateurs que les Étasuniens. Ils attendent le déclin.
Demain 8 juillet, le G8 se réunit en Italie. On n’en attend pas grand chose, comme d’habitude. Toutefois, un point majeur pourrait y être atteint sur le plan monétaire : la Chine a demandé que le G8 débatte de sa proposition de créer une nouvelle monnaie de réserve mondiale lors de cette réunion (Reuters).
Enfin, précisons qu’en même temps que le G8 se tiendra le G5, composé du Brésil, de l’Inde, de la Chine, du Mexique et de l’Afrique du sud, le tout complété par l’Égypte, soit un G14 au total, et le 9 juillet devrait être publié un communiqué commun du G14 pour la première fois.
Si le communiqué final de ce G14 ne fait pas état de la proposition de la Chine, ou si ce qui en sera dit va dans le sens de son évitement, il sera clair que la guerre monétaire mondiale aura commencé, car trop d’états dans le monde attendent la fin de l’hégémonie monétaire des É U, qui a fait tant de mal dans le monde depuis un demi-siècle.
Par là, les camps seront également désignés. Autour du dollar, les É-U bien sûr, et tous les États occidentaux de l’OTAN. Autour de l’idée d’une éviction du dollar, tous ou presque tous les pays émergents, essentiellement les pays de l’OCS et leurs associés, le Brésil et les pays du Mercosur, qui ont d’ailleurs aussi un projet d’union monétaire sur leurs tablettes, les pays composant le BRIC et probablement la CCG ainsi que la plupart des monarchies pétrolières, après qu’ils aient pu observer les premières escarmouches, et vérifier de quel côté tombaient le plus grand nombre d’obus efficaces. Il est trop tôt pour faire des pronostics, mais cette bataille sera passionnante.
Toutefois, quelques informations pour terminer cet article permettront une première approche des forces en présence?:
- la Chine accentuera le bloc du yuan en Asie, et mettra en difficulté le Japon sur ce point, maintenant qu’elle est devenue le premier acheteur de ce dernier.
- en second lieu la Chine diminuera probablement le montant de ses achats de bons du trésor des É-U. Elle a d’ailleurs commencé à restructurer ses réserves en remplaçant progressivement ses bons à long terme par des bons à très court terme, moins rémunérateurs mais plus liquides que les autres, lui procurant ainsi un champ de manœuvre financier plus fluide. Et elle en a également réduit le volume, en achetant de fortes quantités de matières premières, et en consacrant une partie de ses réserves à acquérir des actifs industriels à l’étranger, bradés bon marché du fait de la récession. La perte d’exportations vers ce pays qui pourrait résulter de la fonte des bons du trésor des É U sera beaucoup moins problématique que l’ont cru jusqu’ici beaucoup d’analystes, et ceci pour deux raisons :
- D’abord, une grande part des produits exportés le seront encore, car les moyens de les fabriquer n’existent tout simplement plus aux É-U, en raison de la politique de délocalisation qu’ils mènent depuis bientôt trente ans, et il faudra beaucoup de temps à ce pays pour reconstituer une base industrielle concurrentielle crédible. Ils ne disposent plus, ni des machines, ni des techniciens nécessaires, pour fabriquer ces produits.
- Ensuite, les Chinois ont mis à profit la première année de crise pour retourner le marché des produits les plus fragiles à l’export, vers leur propre marché intérieur, par la mise en place de nombreuses dispositions de tous ordres, afin que leur marché soit en  mesure de les absorber, notamment par les 800.000 paysans au niveau de vie très faible.
Un exemple de ces mesures fut la hausse du prix des produits agricoles, dégageant ainsi immédiatement d’importants revenus supplémentaires. Je suis persuadé qu’un tel plan avait été préparé bien avant le déclenchement de la crise, et que les prix agricoles avaient été maintenus fort bas en vue de ce plan. J’ai d’ailleurs évoqué ce point dans un article de 2008, ce que personne n’avait perçu, les analystes se contentant de critiquer la misère dans laquelle les paysans étaient maintenus, sans voir plus loin que le bout de leur nez.
La Chine est donc prête au combat, et se trouve désormais en position de force.
- il se pourrait que la Russie adopte le yuan, car cela a été suggéré en juin par le ministre des finances russe, Alexeï Koudrine. Il est peu probable qu’il ait fait cette déclaration de sa propre initiative.
- Comme la Chine, le Japon, la Russie et le Brésil ont restructuré le volume de leurs réserves. Toutes ces opérations se sont déroules dans le plus grand silence médiatique,
- Joseph Stiglitz, prix Nobel d’économie et ancien vice-président de la Banque mondiale a déclaré en marge d’une conférence des Nations Unis sur la crise financière : « Je pense que ce que la Chine fait constitue une déclaration claire concernant le fait que le dollar ne sera plus la seule base de la monnaie de réserve (…) Le monde se débarrasse du système de réserve en dollars (…) Et ce dont nous avons besoin dans une économie mondiale est un système de réserve mondial. Se débarrasser donc du dollar en constitue la première étape. »
- Au dernier sommet de l’OCS à Iekaterinbourg à laquelle l’Inde et le Brésil ont assisté, on a déclaré qu’il n’y avait pas d’autre choix que de rechercher une alternative au dollar. Cette déclaration montre l’étroite connexion actuelle entre la Russie, la Chine, l’Inde et le Brésil, donc avec l’Amérique du sud et la région indo-pacifique. Observation importante : les É-U avaient demandé à assister en tant qu’observateur à ce sommet. Cela leur a été refusé.
- Une tribune publiée le 14 octobre 2008 en première page du Quotidien du peuple, journal officiel du gouvernement chinois, affirmait déjà que les É-U pillait la richesse mondiale en utilisant la position dominante du dollar, et Pour corriger cette situation inacceptable, l’auteur appelait les pays d’Asie et d’Europe à bannir le dollar de leur relations commerciales directes, en utilisant uniquement leurs propres monnaies. L’auteur poursuivait en disant que cette action ne serait qu’un simple point de départ pour renverser la domination du dollar.
- La Chine a passé des accords bilatéraux avec l’Argentine et le Brésil en avril 2009 pour effectuer leurs échanges commerciaux en renminbi (yuan).
- les six pays de l’OCS et les pays du BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine) ont l’intention de commercer dans leurs propres monnaies, de manière à profiter eux-mêmes du crédit que les É-U mobilisaient jusqu’ici à leur profit grâce à l’usage du dollar.

Lorsque toute ces mesures seront entrées en application, il est vraisemblable que les É-U feront une triste mine, et ils n’ont plus guère de pouvoir pour s’y opposer, autre que la propagande et les médias.
À suivre.

© André Serra http://andreserra.blogauteurs.net/blog/

Partager et découvrir :
  • Agoravox
  • Blogasty
  • citoyen
  • La tribune
  • Le Monde
  • Scoopeo
  • Trader
  • Paperblog
  • Romanding
  • Naturavox
  • Gmiix
  • Voir
  • Zataz
  • Bulleimmo
  • Canoe
  • Courrier Int
  • Forumdesforums
  • Nonfiction
  • Quebecois libre
  • bruxello
  • MisterWong Fr
  • Notreactualite
  • Nuouz
  • BlogMemes Fr
  • Buzz solo
  • Publieca
  • Quebec Buzz
  • Facebook
  • TwitThis

Comments 4 commentaires »

Depuis le milieu de l’année 2008, les économistes patentés passent une partie de leur temps à se demander si la crise actuelle ressemble ou non à celle de 1929. En restant sur le terrain strictement financier, ils ne risquent pas de trouver la bonne réponse. Depuis l’explosion des subprimes, toute analyse s’exprime en dollars, et d’une manière générale en monnaie, comme si toute chose se mesurait nécessairement avec cette unité parfaitement artificielle.
Les économistes restent donc sur la touche, car la société se mesure avec bien d’autres unités que celle-là, dont la valeur change à tout instant selon la spéculation du moment.
Deux aspects particuliers de ces deux époques, parmi beaucoup d’autres, suffisent cependant à montrer leurs différences, et à montrer que leur comparaison exclusivement financière ne peut mener à aucune prospective intelligente, et surtout ne peut servir à concevoir une stratégie permettant de mettre fin au maelström économique que la planète traverse actuellement.
-  En premier lieu, la composition de la population de 1929 était foncièrement différente de celle de 2008. Plus de la moitié des populations vivait de l’agriculture dans de petites communautés rurales ou de villes de faible importance, et se trouvait ainsi moins affectée par la crise. Or de nos jours, cette population rurale ne constitue plus guère que 3 à 5% de la population totale, suffisant à produire la plus grande partie des produits alimentaires nécessaires à la population totale.
Le chômage ne pouvait donc toucher en 1929 qu’une fraction de la population totale. S’il a entrainé une grande misère, ce n’est pas tant que le nombre des sans emplois était considérable, que parce qu’il n’existait pas de protection sociale à l’époque, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui.
En revanche, de nos jours la part de la population exposée au chômage est beaucoup plus importante, non parce que les effectifs salariés sont plus importants, mais parce que l’imbrication des activités industrielles et de service a transformé l’économie en un immense puzzle où tout se tient, et qu’ainsi la fermeture de la moindre entreprise peut provoquer un effet domino considérable de chômage susceptible de toucher la totalité d’un grand pays à travers un immense réseau d’entreprises qui dépendent les unes des autres.
En 1929, cette imbrication étant moins avancée, seules certaines régions industriellement très concentrées subirent la crise. À l’inverse, la crise actuelle se répand sans limite géographique.
-  En second lieu, la structure des revenus de 1929, et par conséquent des dépenses, n’avait rien à voir avec celle qui est la nôtre en 2009. En 1929, entre 70 et 90% des revenus étaient consacrés à l’alimentation, au logement et à l’épargne, soit des dépenses incontournables.
Aujourd’hui, l’alimentation et le logement prennent moins de 50% des revenus totaux, auxquels il convient d’ajouter l’endettement, la plus grande partie du reste étant constituée de dépenses évitables ou reportables : renouvellement de la voiture, vacances et loisirs,  voyages, remboursement des dettes, etc. Toutes choses dont il est possible de se passer ou d’en différer la dépense. Par exemple, les Étasuniens avaient pris l’habitude de remplacer leur véhicule tous les deux ou trois ans. Or, quoi de plus facile que de porter ce délai à 5 ou 6 ans, lorsque l’on sait que son emploi peut être à tout moment supprimé.
C’est ce qui explique que l’épargne moyenne des citoyens des É-U soit passée de -3% en décembre 2007 à +6,9% en mai 2009, comme par miracle. Ce n’aurait pas été possible en 1929. Quelle a été la contrepartie de ces 9,9% (3+6,9) de revenus économisés ? Et bien l’augmentation du chômage par la baisse de la consommation, tout simplement, et la baisse des importations.
Je n’ai pas pris la peine de fournir dans cet article une grande quantité de statistiques précises. L’ordre de grandeur des données utilisées me semble suffisant pour comprendre que les deux crises que nos économistes veulent obstinément comparer, n’ont rien à voir l’une avec l’autre, et que, tant que l’endettement des Étasuniens ne sera pas revenu à un niveau où ils considèreront que tout risque est écarté pour eux, cette crise perdurera et conduira le pays à sa perte. C’est être très naïf que de croire proche la sortie de crise, alors que cette annonce n’est que pure propagande politique.
Or, si j’ai bien compris ce que le gouvernement des É-U a trouvé comme solution à la crise, c’est de pousser les consommateurs à s’endetter de nouveau, en fournissant aux banques des monceaux de billets de dollars fraîchement imprimés, en attendant la crise suivante qui ne manquera pas de se produire pour les mêmes raisons, mais avec un dollar qui aura entre-temps perdu son pouvoir hégémonique.
Les politiciens et les consommateurs étasuniens ne parlent sans doute plus la même langue.

© André Serra http://andreserra.blogauteurs.net/blog/

Partager et découvrir :
  • Agoravox
  • Blogasty
  • citoyen
  • La tribune
  • Le Monde
  • Scoopeo
  • Trader
  • Paperblog
  • Romanding
  • Naturavox
  • Gmiix
  • Voir
  • Zataz
  • Bulleimmo
  • Canoe
  • Courrier Int
  • Forumdesforums
  • Nonfiction
  • Quebecois libre
  • bruxello
  • MisterWong Fr
  • Notreactualite
  • Nuouz
  • BlogMemes Fr
  • Buzz solo
  • Publieca
  • Quebec Buzz
  • Facebook
  • TwitThis

Comments 2 commentaires »

Ceux des États européens qui n’ont pas voulu entrer dans la zone euro  le regrettent amèrement en ces jours de crise. Ils se pressent actuellement à Bruxelles pour accélérer leur adhésion. Leurs monnaies nationales ont beaucoup souffert de la crise en cours, et ont perdu de 15 à 30% selon les pays. Le zloty hongrois en particulier. La fière Irlande qui triomphait il y a peu avec un taux de croissance insolent, se compose actuellement un profil bas. Quelques autres n’en mènent pas large non plus. Le président polonais fait moins parler de lui aujourd’hui, et la Slovaquie, euroïsée, nargue à présent la Tchéquie, son ancienne suzeraine, qui frayait il y a encore peu de temps avec les É-U à propos de leur fameux plan de bouclier antimissile, prudemment oublié depuis par Obama.
La question de l’élargissement de la zone euro se discute en ce moment même à Bruxelles. L’envie y est forte de passer par dessus les critères de Maastricht, auxquels la plupart de ces anciennes monnaies ne correspondent guère.
Ce serait là une bonne occasion pour imposer à ces postulants la signature du traité de Lisbonne en échange de ce passe-droit doré. Bizarre que personne n’en parle. Je soupçonne très fort Nicolas Sarkozy d’avoir en gestation dans son esprit une action pour emporter le morceau tout seul à la faveur de la réunion du G20 à Londres, en avril, et redorer du même coup son blason, tellement terni chez ses concitoyens. Tout au contraire, ses succès diplomatiques de 2008 lui ont donné une stature internationale et sa côte est au plus haut dans les autres États de l’Europe. Il se trouve donc en bonne position pour parler haut, d’autant que la position de son pays face à la crise est l’une des moins catastrophiques de l’Europe et du monde, en dépit des jérémiades des Français.
Pourtant, on parle beaucoup d’une possible sortie de l’euro par certains États. Pure spéculation ! L’euro a protégé les pays qui l’ont adopté, et qui lui en sont reconnaissants malgré les critiques venus généralement de leurs partis d’opposition. Les pauvres ! Ces derniers n’ont rien à proposer pour sortir leurs pays de la crise. Alors il leur faut bien cracher dans la soupe, histoire de montrer qu’ils existent !

***
Un élément important qui peut être associé à cette hypothèse géopolitique est la future élection en juin de Rachida Dati au parlement européen. Écartée du poste de ministre de la justice en France en raison des positions réactionnaires des fonctionnaires du ministère et de l’ensemble des professions juridiques, mais bien loin d’être éloignée pour autant du pouvoir par le président Sarkozy,  ce départ lui permet de se mettre à l’abri pour le moment, mais sans doute plus encore de rebondir politiquement au niveau européen.
Ce Sarkozy en jupon est une valeur sûre pour le président français qui, à l’évidence, vise lui aussi une carrière européenne. Les qualités de pugnacité et d’efficacité de cette femme, connues et appréciées en Europe, pourraient en faire rapidement une présidente du parlement européen.
À ce poste, telle Lucien Bonaparte, président du Conseil des Cinq-Cents, propulsant le 18 brumaire An VIII (9 novembre 1799) son frère Napoléon à la tête du Consulat et bientôt sur les premières marches du Premier Empire, elle aurait toute latitude et tout pouvoir de glisser sous les pieds de son patron le tapis menant à la première présidence des États Unis d’Europe.
Je ne doute pas que la réussite d’une telle épopée, menée tambour battant à la vitesse du déroulement de la crise mondiale, calmerait efficacement les récriminations actuelles du peuple français, subjugué.
Attendons pour voir.

© André Serra http://andreserra.blogauteurs.net/blog/

Partager et découvrir :
  • Agoravox
  • Blogasty
  • citoyen
  • La tribune
  • Le Monde
  • Scoopeo
  • Trader
  • Paperblog
  • Romanding
  • Naturavox
  • Gmiix
  • Voir
  • Zataz
  • Bulleimmo
  • Canoe
  • Courrier Int
  • Forumdesforums
  • Nonfiction
  • Quebecois libre
  • bruxello
  • MisterWong Fr
  • Notreactualite
  • Nuouz
  • BlogMemes Fr
  • Buzz solo
  • Publieca
  • Quebec Buzz
  • Facebook
  • TwitThis

Comments Un commentaire »

En pleine crise financière, le président Sarkozy proposa le mercredi 15 octobre au 27 membres de l’Union Européenne réunis à Bruxelles, de créer « un nouveau Bretton woods » et pour cela, de réunir « un sommet international avant la fin de l’année, à New York, là ou tout a commencé », après avoir déclaré : « L’Europe ne laissera pas cette crise sans conséquence » .
Au nom de l’UE, accompagné de M. Barroso, Président de la Commission européenne, soutenu par la chancelière allemande Angela Merkel et le Premier ministre britannique Gordon Brown, et au nom des 27 chefs d’État de l’Union, le président Sarkozy rencontre demain 18 octobre le président Bush pour le convaincre d’accepter un sommet mondial réunissant les membres du G20, comprenant, outre ceux du G7, les principaux pays émergents, l’UE, l’Argentine, l’Australie, le Brésil, la Chine, l’Inde, l’Indonésie, le Mexique, la Russie, l’Arabie Saoudite, l’Afrique du Sud, la Corée du Sud et la Turquie, ainsi que le nouveau Président des É-U, fraîchement élu. Cette rencontre aura lieu le 15 novembre à Washington.

L’objet de ce sommet est de dégager un consensus mondial sur une nouvelle organisation du monde financier, destinée à remplacer celle des accords de Bretton woods de 1944, car son obsolescence est devenue manifeste dès l’origine de l’énorme crise dans laquelle nous ont plongés l’impéritie des marchés financiers étasuniens et les tribulations du dollar.

En effet, bien que le 8 janvier 1976, les Accords de Kingston (Jamaïque) aient officiellement confirmé l’abandon du rôle légal international de l’or, la position hégémonique du dollar a perduré par habitude, ce dernier restant la référence obligée des transactions internationales et des statistiques mondiales. Il n’y avait pourtant plus de système monétaire international organisé depuis cette date. Aucun accord international n’exige donc plus depuis longtemps que le dollar soit utilisé à tout bout de champs. On peut parfaitement s’en passer. C’est d’ailleurs ce que font des entreprises de plus en plus nombreuses, en convenant entre elles de commercer sur la base de telle ou telle autre devise, ce qui présente l’avantage d’échapper à l’instabilité constante du dollar.
Dans un éblouissant discours prononcé la veille, le vendredi 17, à la tribune de l’Assemblée Nationale du Québec, dans la capitale de cette province francophone du Canada, Nicolas Sarkozy a énoncé avec force et conviction la volonté de l’Europe de changer les choses, et de réformer la structure financière de la planète, pour que plus jamais celle-ci ne soit confrontée au tsunami qui la balaie depuis plusieurs semaines.
En l’écoutant, on pouvait aisément se faire une idée de la force avec laquelle il affirmera la conviction de l’Europe devant le président sortant des É-U. En choisissant de proposer un tel sommet peu de temps avant le départ de Bush, et peu de temps après l’élection de son successeur, il place à l’avance ses futurs interlocuteurs dans une position de faiblesse, dans la mesure où ils ne pourraient qu’entrer en contradiction l’un avec l’autre, ou alors, pour éviter une telle situation, se neutraliser l’un l’autre.
Avant d’examiner les grandes lignes de ce qui pourrait résulter de ce sommet mondial, je crois intéressant de présenter un court extrait d’un article que j’ai publié le 5 décembre 2007, qui rappelait ce qu’étaient les accords de Bretton Woods, et les conséquences géopolitiques qui en étaient résulté, et préfiguraient déjà l’issue à laquelle la conjoncture de l’époque conduirait :
« …, depuis les accords de Bretton woods signés en juillet 1944 au lendemain de la seconde guerre mondiale, par 44 États réunis dans le cadre de la conférence monétaire et financière des Nations Unies, pour résoudre les problèmes monétaires stagnant depuis 1929, mais considérablement aggravés par les destructions de la guerre, le dollar a régné continûment pendant les 63 années qui se sont écoulées depuis lors, sur les paiements internationaux. »
« Cette solution se justifiait pleinement en 1944, étant donné le complet dénuement économique des belligérants, à l’exception des États-Unis. Mais ces accords n’avaient pas été prévus pour une période aussi longue et aucune clause de révision n’y avait été insérée. »
« Le dollar était ainsi devenu la monnaie du monde, puisque toutes les autres reçurent une valeur en référence exclusive à lui, et que les ajustements entre elles et le dollar se firent alors par des dévalorisations et des revalorisations par rapport à lui également, et non plus par rapport à l’or comme c’était le cas avant la guerre. Par contre, de son côté, le dollar tenait sa propre valeur de l’or, puisque l’once de celui-ci avait reçu la valeur fixe de 35 $. »
« À partir de là, les États-Unis pouvaient émettre autant de dollars qu’il leur plaisait, sans en éprouver aucune gène économique. Leurs déficits pouvaient alors être comblés librement, sans pour autant recourir à l’impôt, ce qui était cependant la seule méthode pour tous les autres pays. On peut dire que le monde a donc été mis en coupe réglée par les États-Unis pendant toute cette longue période. Incroyable exploitation ! »
« Le statut de ce grand pays et la reconnaissance que l’Europe lui portait pour la libération du fascisme hitlérien qu’il avait réussi, lui autorisait des débordements que personne n’osait pointer du doigt. À l’exception cependant notable du général de Gaulle, qui décida de se faire rembourser systématiquement en or les dollars gagnés par la France, ce que permettaient les accords de Bretton Woods. »
« Mais si les abus financiers des É-U étaient passivement subis par le monde entier, ils finirent par avoir des conséquences néga¬tives sur leur propre pays. Dotés de poches aux dimensions indéfinies, ils se lancèrent dans toutes sortes de programmes sociaux, scientifiques et militaires, comme «aller dans la Lune» ou «guerroyer au Vietnam», l’un sans autre intérêt immédiat que celui de se pavaner sur les écrans de télévision, et l’autre en croyant qu’une armée de bourgeois bien nourris pourrait avoir raison d’un peuple qui se contentait d’une boule de riz par jour. Ce qui ne les a d’ailleurs pas empêchés de chercher à se faire botter le train une seconde fois en Irak. »
« Toujours est-il que le dollar s’usait sous ces épreuves. Les banques centrales du reste du monde commençaient à troquer leurs dollars contre l’or de Fort Knox, et la valeur réelle de cette malheureuse monnaie correspondait de moins en moins à une once d’or pour 35 $. Peu à peu Fort Knox se vidait, et, pour éviter une banqueroute, Nixon libéra le dollar de son assujettissement à l’or en août 1971, et lui permit de flotter sur les marchés des changes comme une vulgaire matière première. »
« Le dollar avait perdu sa référence hégémonique, mais la force de l’habitude prise par les autres nations de le considérer comme l’arbitre de l’économie mondiale, fit qu’il continua d’être considéré comme la référence monétaire pour toutes les transactions inter¬nationales, et notamment pour les matières premières et bien sûr pour le pétrole, et que l’endettement des É-U continua de prospérer sans retenue. »
« Mais, tant va la cruche à l’eau qu’à la longue elle se casse. Et c’est ce qui est en train de se passer. Jamais plus le dollar ne remon¬tera à sa valeur passée, et continuera au contraire à chuter d’année en année. Son chemin est en effet bordé de deux insondables précipices, et c’est son taux d’intérêt qui va précipiter sa chute dans l’un ou dans l’autre. Si la FED [Federal reserve : banque centrale des É-U] baisse son taux d’intérêt, le pays entrera dans une période d’inflation galopante qui lui garantira une crise sociale peut-être supérieure à celle de 1929, et s’il l’augmente, c’est dans une période de déflation qu’il entrera, associée à un tout autre type de crise sociale, à base de chômage généralisé.
»
http://andreserra.blogauteurs.net/blog/2007/12/05/dollar-et-euro-quand-le-second-remplacera-t-il-le-premier/
***
Ce sommet ne pourra, me semble-t-il, que faire apparaître en pleine lumière l’absolue nécessité d’enlever au dollar, c’est-à-dire aux États-Unis, le rôle de référence unique dans le traitement des échanges internationaux, comme d’ailleurs dans l’établissement des statistiques mondiales, les uns et les autres étant rendus erratiques par les fluctuations de cette devise, devenue incontrôlable.
Ce qui pouvait sembler relativement pragmatique à l’issue de la seconde guerre mondiale, puis difficilement acceptable une fois rétablies les économies des anciens belligérants, hors de propos à partir de 1972 quand le président Nixon détacha le dollar de l’or, et enfin irrationnel lorsque l’économie des É-U se mit à tanguer de façon aléatoire, notamment à partir de la crise de 1987, est devenu complètement incohérent et particulièrement dangereux dès lors que l’on mit en place une mondialisation des échanges, avec l’établissement de l’OMC en remplacement du GATT, le 1er janvier 1995. Ce qui vient de se passer dans le monde financier planétaire était donc prévisible dès cette date, mais personne n’a eu le courage de dire que le roi dollar était brusquement devenu impuissant (ou nu).
Faut-il utiliser une devise existante pour remplacer le dollar ? On parle souvent de l’euro, et j’ai moi-même pensé pendant un moment (et je l’ai même écrit), que la stratégie suivie par Jean-Claude Trichet pourrait trahir une ambition de cette sorte. Mais il m’est vite apparu depuis, qu’aucune devise rattachée à un État particulier ne pourrait jouer le rôle dans lequel le dollar a échoué, pour des raisons évidentes, car comme lui, elle conduirait un jour ou l’autre aux mêmes difficultés planétaires.
Dans ces conditions, seule une devise artificielle, déterminée selon une formule associant un nombre significatif de devises réelles et des paramètres liés au volume et à la structure du commerce international, serait susceptible de faire l’affaire. La gestion d’une telle devise ne pourrait qu’être assumée par une Banque Centrale Mondiale, contrôlée par un Conseil aussi représentatif que possible des intérêts de l’ensemble des Nations composant la planète.
Mais cela, c’est une autre histoire …
En guise de conclusion, je me contenterai de rappeler celle qui terminait mon texte prémonitoire du 5 décembre 2007 :
« Alors, mon avis est que l’idée va bientôt naître de revenir à Bretton Woods pour une nouvelle «conférence monétaire et financière des Nations Unies», où les É-U se présenteront cette fois la queue entre les jambes. Mais, en dépit du titre que j’ai donné à mon article, je ne pense pas qu’une autre devise remplacera le dollar. Je crois plutôt que, pour un monde devenu multipolaire, on créera une devise neutre, sous la forme d’un panier des principales devises du monde que l’on réajustera, disons tous les quatre ans. »

@ André Serra http://andreserra.blogauteurs.net/blog/

Partager et découvrir :
  • Agoravox
  • Blogasty
  • citoyen
  • La tribune
  • Le Monde
  • Scoopeo
  • Trader
  • Paperblog
  • Romanding
  • Naturavox
  • Gmiix
  • Voir
  • Zataz
  • Bulleimmo
  • Canoe
  • Courrier Int
  • Forumdesforums
  • Nonfiction
  • Quebecois libre
  • bruxello
  • MisterWong Fr
  • Notreactualite
  • Nuouz
  • BlogMemes Fr
  • Buzz solo
  • Publieca
  • Quebec Buzz
  • Facebook
  • TwitThis

Comments Pas de commentaire »

Lorsqu’une maison brûle, l’arroser d’essence n’est pas une bonne méthode pour éteindre l’incendie. Aussi, dans l’affaire du Caucase, faut-il y aller avec une bonne dose de rationalité si on veut bien comprendre les événements et les comportements des acteurs, en s’interdisant bien sûr les préjugés, les émotions et les affirmations expéditives, et en lisant le moins possible les médias.
Dressons d’abord un état des lieux sommaire.
Après l’effondrement de l’Union Soviétique, les anciennes Républiques Autonomes ont choisi d’être indépendantes de la Russie. Tout au plus ont-elles souvent accepté d’adhérer à la CEI (Communauté des États Indépendants), structure politique assez lâche qui constitue une sorte de structure de concertation.
Cela se passe plutôt bien avec les cinq républiques situées entre Chine et Caspienne : Kazakhstan, Kirghizstan, Ouzbékistan, Tadjikistan, Turkménistan.
*1*
Rappelons par contre le conflit qui a opposé l’Arménie et l’Azerbaïdjan entre 1988 et 1994, en raison de l’existence, à l’intérieur de l’Azerbaïdjan, d’une zone montagneuse, le Haut-Karabagh, essentiellement peuplée d’Arméniens. La population de cette enclave choisit à son tour de prendre son indépendance, et, après un référendum positif, proclama la République du Haut-Karabagh.
L’Azerbaïdjan protesta et voulut alors récupérer ce territoire qui lui avait été dévolu par la grâce de Staline aux alentours de 1920, malgré les protestations de ses habitants - est-ce que ça vous rappelle quelque chose de récent ? - une guerre s’ensuivit, et l’Arménie s’en mêla pour assister sa population sœur de l’enclave.
Un cessez-le-feu intervint en 1994. Le Haut-Karabagh se rattacha logiquement à l’Arménie, mais la communauté internationale ne reconnut pas l’indépendance du Haut-Karabagh et considère toujours aujourd’hui qu’il fait partie de l’Azerbaïdjan - est-ce que ça ne vous rappelle pas aussi quelque chose ? - mais heureusement, l’Arménie et l’Azerbaïdjan étaient peuplés de gens plus sages que ceux qui régissent aujourd’hui la «communauté internationale», et les choses s’arrêtèrent là.
Pour résoudre ce conflit, on s’appuya donc sur le principe selon lequel la terre appartient à celui qui l’habite, ce qui semble fort raisonnable, car par le jeu des migrations et de la démographie, il est tout à fait évident que les frontières démographiques évoluent et finissent par ne plus coïncider avec les frontières politiques, dont le tracé est surtout fonction des lignes de puissance qui fracturent le monde. Il semble donc normal que des réajustements de frontières doivent finir par s’imposer d’une façon ou d’une autre en fonction du désir des populations concernées, en tenant compte du fait que des populations ayant une unité culturelle forte [langue, religion, ethnie] trouvent très naturel de vivre ensemble sur un même territoire.
C’est d’ailleurs en raison de ces considérations que l’indépendance du Kosovo a été admise récemment par la «communauté internationale», en violation des principes de la charte des Nations Unies qui font de la fixité des frontières un précepte absolu.
*2*
La même chose vient de se produire un peu plus à l’ouest du Caucase entre la Géorgie et deux de ses enclaves, l’Abkhazie et l’Ossétie du sud, qui lui avaient été dévolues en 1922, à nouveau par Staline.
Mais cette fois, la «communauté internationale» glapit contre la Russie, qui avait agi de la même manière dans le conflit arménien, 14 ans auparavant, à la satisfaction de tous. Surprenant ! Pourquoi ?
J’ai eu beau chercher, je n’ai trouvé aucune raison objective à cette attitude. Finalement, je me suis rabattu sur une idée qui ne me satisfait guère : c’est que la Géorgie était devenue un satellite de l’orbite étasunienne, avec un président étasunien, des armes étasuniennes, et même deux mille « conseillers militaires étasuniens » qui ont dû se carapater très vite à travers la Turquie pour ne pas être capturés par l’armée russe et être montrés sur tous les écrans du monde comme preuves du complot de Bush.
Au passage, j’ai remarqué que la seule timide preuve de la non forfaiture des Étasuniens dans cette affaire tient à deux déclarations de l’ambassadeur des É-U à Tbilissi, et de la secrétaire d’État Rice, indiquant que les États-Unis avaient conseillé Saakachvili de ne pas entreprendre d’opération militaire contre les enclaves. Personne n’a réagi à la suite de ces déclarations. Elles sont pourtant lourdes de sens.
D’abord elles ont été faites huit à dix jours après le premier engagement, ce qui laisse à penser que les É-U voulaient attendre de savoir comment le vent allait tourner avant de se défausser. Curieux ! Mais surtout, elles constituent l’aveu que les É-U étaient au courant des intentions de Saakachvili, et qu’ils n’ont rien fait pour l’en dissuader, le fait de seulement le mettre en garde n’étant pas acceptable, puisque l’armée géorgienne a été constituée par les fameux « conseillers militaires étasuniens », entièrement équipée de matériel étasunien et entrainée par eux. Ils avaient donc le pouvoir d’imposer à Saakachvili de rester tranquille.
*3*
Autre chose curieuse : la plupart des gens ont parfaitement compris que la Géorgie était l’agresseur de premier niveau. Mais alors s’est déclenché une nouvelle guerre, médiatique cette fois, et l’assourdissant caquetage des associés de l’OTAN a réussi à faire croire aux médias que, tout bien pesé, c’était la Russie l’agresseur. Pourquoi ?
La seule explication que j’ai trouvée peut paraître un peu simpliste, mais je la donne quand même : l’armée géorgienne est une création des États-Unis. Bien qu’équipée de pied en cape par les États-Unis et entraînée par les redoutables « conseillers militaires étasuniens », elle n’a pas tenu 24 heures devant les Russes. Où était donc le problème ? Je pense que les Étasuniens en étaient restés au souvenir de la lourde et inefficace armée soviétique, alors qu’ils se sont heurtés à une armée moderne, parfaitement organisée et commandée. On est loin de la guerre de Tchétchénie où les Russes se battaient contre des bandes terroristes.
Il fallait donc impérativement masquer ce nouvel échec des États-Unis par un vacarme médiatique tonitruant et passer pour la victime plutôt que pour l’agresseur. Pure hypocrisie ! Pour cela, un bouc émissaire était nécessaire, et… comme l’écrivait notre bon La Fontaine :

Un loup quelque peu clerc prouva par sa harangue
Qu’il fallait dévouer ce maudit animal,
Ce pelé, ce galeux, d’où venait tout leur mal.
Sa peccadille fut jugée un cas pendable.
Manger l’herbe d’autrui ! Quel crime abominable !
Rien que la mort n’était capable
D’expier son forfait : on le lui fit bien voir.
Selon que vous serez puissant ou misérable,
Les jugements de Cour vous rendront blanc ou noir.

D’où, l’ostracisme dont la Russie est maintenant l’objet.
On voulait bien qu’elle soit intervenue pour protéger les Ossètes, mais envahir le chérubin étasunien, quel épouvantable crime ! Elle l’aurait fait, paraît-il, d’une manière excessive. Avons-nous déjà vu qu’une guerre ne soit pas violente ? Une guerre pacifique en somme, dont des exemples seraient peut-être celles d’Afghanistan et d’Irak.
Si les troupes russes restent un peu plus longtemps que prévu, quelle en est l’importance ? On peut comprendre que la Russie finisse de nettoyer ce qui reste de l’armée « américaine » de Saakachvili, pour qu’il ne soit pas tenté de recommencer. Logique aussi que les troupes russes repartent avec une prime de risque sous la forme du matériel offert par la Graaande Amérique et dont les secrets, s’il y en a, peuvent être très précieux à découvrir, dans les drones, le matériel de communication et bien d’autres objet militaires sophistiqués. Une telle récolte ne se fait pas du jour au lendemain. Mais, visiblement, cela met mal à l’aise l’oncle Sam, qui préfèrerait garder ses petits secrets.
Le journal « Le Monde » est même allé jusqu’à soupçonner la Russie de vouloir annexer la Géorgie. Quelle stupidité ! Il s’agissait simplement de neutraliser ce pays dont Saakachvili voulait faire le levier qui ferait tomber l’ours Russe. Trop petit, le mercenaire étasunien !
On n’en est pas resté là. Faute d’avoir réussi à faire trébucher l’ours russe, on allait donc le bannir de l’OTAN, du G8, de l’OMC, bref de toutes les précieuses innovations étasuniennes fabriquées pour domestiquer le monde et promener en laisse ses courtisans. Jusqu’ici, ça avait parfaitement marché. Mais à présent ?
L’OTAN ne comprend à peu près que l’armée des É-U, et vogue d’échec en échec. À part les É-U, les autres font tapisserie et ne savent qu’offrir leur territoire pour le truffer de bases militaires étasuniennes. Qu’y ferait la Russie ? Ça ne peut plus guère l’intéresser.
Le G8 est un club qui s’occupe des affaires du monde. Ah bon ! Et bien dans quel foutu état serait le monde si le G8 ne s’en occupait pas ! À part demander à la Chine à chaque réunion de réévaluer le yuan - ce qu’elle ne fait pas, ou peu - que fait-il ? S’ajouter la Russie ne ferait qu’admettre un bavard de plus, et Poutine a vraiment autre chose à faire que de se balader pour prendre l’apéritif avec les grands de ce monde.
L’OMC contrôle le commerce mondial. Ah oui ! La belle affaire ! Le monde n’a pas attendu l’OMC pour commercer sur toute la planète depuis des temps immémoriaux. Lorsqu’une plainte est déposée sur le bureau de l’OMC pour violation des accords, il faut un minimum de deux ans pour instruire l’affaire. S’y ajoutent deux autres années pour l’appel qu’interjette nécessairement le pays délinquant. Il faut ensuite à peu près doubler ce temps, car il est possible de faire traîner éternellement les procédures sous prétexte d’études d’expert et de contre étude d’experts de la partie adverse. Je dois en oublier. Consultez les dossiers de plaintes non traitées, comme celles du Canada contre les É-U par exemple. Vous serez surpris
L’OMC ne sert donc à rien. À preuve le récent échec du cycle de Doha au sujet des produits agricoles. Franchement, qu’irait faire dans cette galère la Russie, alors qu’il est si rapide et si efficace de revenir à la pratique des anciens accords bilatéraux, dont la mise en place était facile et qui donnaient satisfaction à tout le monde. La Russie n’a jamais souffert de ne pas appartenir à ce nouveau club étasunien.
Donc, toutes ces menaces envers la Russie ne servent à rien, sinon à souligner l’impuissance dans laquelle se trouvent ceux qui les profèrent.
Il est pourtant facile d’imaginer ce que devraient faire tous ces gorgés d’importance pour que la Russie sortent plus rapidement de la Géorgie.
Il faudrait tout simplement qu’ils cessent de japper en tournant autour d’elle comme des caniches autour d’un chien danois. Ce qui doit prodigieusement amuser Poutine et Medvedev.
@ André Serra http://andreserra.blogauteurs.net/blog/

Partager et découvrir :
  • Agoravox
  • Blogasty
  • citoyen
  • La tribune
  • Le Monde
  • Scoopeo
  • Trader
  • Paperblog
  • Romanding
  • Naturavox
  • Gmiix
  • Voir
  • Zataz
  • Bulleimmo
  • Canoe
  • Courrier Int
  • Forumdesforums
  • Nonfiction
  • Quebecois libre
  • bruxello
  • MisterWong Fr
  • Notreactualite
  • Nuouz
  • BlogMemes Fr
  • Buzz solo
  • Publieca
  • Quebec Buzz
  • Facebook
  • TwitThis

Comments 2 commentaires »

Croire que l’histoire du monde va reprendre son cours après cette crise comme si de rien n’était, serait faire preuve d’une grande naïveté. La Russie a montré de belle manière qu’elle existe et que la période pendant laquelle on pouvait lui faire impunément des pieds de nez est bel et bien révolue. Après avoir consciencieusement aboyé comme à leur accoutumée, les É-U aux pieds nickelés vont rentrer sagement dans leur niche et chercher un autre moyen pour faire élire McCain en novembre. Après on verra.
La crise géorgienne va se terminer par l’indépendance de l’Abkhazie et celle de l’Ossétie du sud, laquelle fusionnera avec sa sœur du nord, dont Staline l’avait séparée en 1922. L’opposition géorgienne va sans doute éliminer l’américain Saakachvili d’une manière ou d’une autre (sa famille se trouve d’ailleurs déjà en Ukraine sous la protection du président Viktor Iouchtchenko, son allié), et retrouver une relation amicale avec la Russie. Enfin l’OTAN verra sa popularité baisser fortement après avoir révélé son incapacité à résoudre les problèmes du monde [une fois de plus], et par suite son inutilité, sinon sa nocivité.
Après cette crise, les quatre plaques tectoniques majeures de la planète, Europe, Russie, Chine et É-U pourraient évoluer de la manière suivante :

L’EUROPE [Union Européenne]
En suscitant des déclarations contradictoires de la part des Chefs des États qui composent l’Union Européenne, la crise a mis en évidence le profond défaut d’unité de cette dernière. L’absence de consensus que tous ont pu constater semble procéder de deux groupes de facteurs :

- l’hétérogénéité du passé historique des membres de l’Union
Il existe une hostilité résiduelle contre la Russie de la part des anciens satellites de l’U.R.S.S. Leurs populations n’ont pas encore réussi à tourner la page. Il leur faudra encore une génération pour y parvenir. À leur ostracisme envers la Russie correspond une mythification de l’ « Amérique », qu’ils ont créée et entretenue pendant les 45 ans de leur sujétion. Ils n’ont pas encore découvert et accepté la réalité objective de l’impérialisme égocentrique des États-Unis. Ce sont là deux aspects inséparables l’un de l’autre.
À l’inverse, les membres fondateurs de l’Union, et plus particulièrement leurs opinions publiques, sont parfaitement conscients de la malfaisance des É-U pour le monde. Leurs élites politiques ont cependant conservé une mentalité « atlantique » qui les empêche de rompre nettement leurs attaches avec Washington, par manque de confiance en leurs propres forces. Ce manque de confiance résulte lui-même du défaut d’unité et donc de solidité de l’ensemble politique qu’ils ont voulu construire, et pour l’édification duquel il faut reconnaître que des progrès considérables ont été accomplis.
Au contraire, les opinions publiques ont parfaitement intégré cette réalité et désapprouve le suivisme de leurs gouvernements vis-à-vis des États-Unis. Pour s’en convaincre, il suffit de lire les articles des bloggeurs et les commentaires de leurs lecteurs. Et ceci est aussi vrai des lecteurs de droite que des lecteurs de gauche. Voir sur ce point mon précédent article.

- les objectifs secondaires de l’Union
La construction de l’Union a essentiellement visé la normalisation du fonctionnement administratif des États de l’Union, en délaissant les fondements autrement plus solides que sont les Affaires étrangères et la Défense. La raison en est précisément aussi le manque d’unité historique, lequel a entrainé l’absence d’une unité de destin. C’est parce qu’instinctivement les politiciens comprenaient les difficultés de cette problématique qu’ils ont sciemment évité les vraies fondations de l’Union pour se consacrer à ses seuls aspects administratifs.
C’est pourquoi une analyse plus approfondie de leur part devrait pouvoir leur faire reconnaître l’erreur qu’a constituée la trop grande rapidité de l’extension de l’aire géographique de l’Union, notamment celle qui fut dirigée vers les anciens satellites soviétiques, sous la pression des Étasuniens pour des raisons multiples. C’est notamment pour cette raison qu’elle cale sur l’intégration de la Turquie [que les Étasuniens soutiennent aussi], car elle a maintenant conscience de cette erreur.
En ce sens, on peut supposer que les pressions étasuniennes avaient pour motif d’affaiblir l’Europe et d’empêcher son rapprochement de la Russie, conscients qu’ils étaient sans doute du fait que les États de l’est européen feraient tout pour s’opposer à un tel rapprochement.
Comment faire maintenant pour sortir de cette ornière?

Un nécessaire reconditionnement de l’Europe
Dans l’organisation de l’Europe actuelle existent plusieurs strates politiques, chacune associant un nombre variable de pays selon les objectifs poursuivis. Cela entraine une grande souplesse dans l’adhésion des partenaires, mais aussi une complexité de fonctionnement qui nuit à l’efficacité globale d’un tel système.
Ce que je suggère, malgré tout, est d’ajouter au-dessus de cette pyramide d’organismes disparates [qu’il faudra bien conserver pendant un certain temps], une strate plus spécifiquement politique et stratégique, dont l’unité de vue, de décision et d’action puisse lui procurer une détermination, une force, une vitesse de réaction et par suite une efficacité considérablement supérieures à celles de l’Union européenne telle qu’elle existe aujourd’hui.
Cette strate politique supplémentaire, fédéraliste et au-dessus des autres, que l’on pourrait dénommer les États Unis d’Europe (EUE) ne grouperait que les États fondateurs de la première étape de l’Europe, l’Allemagne, l’ex Benelux [Belgique, Luxembourg et Pays-Bas], la France et l’Italie. Pourraient se joindre à ce groupe quelques autres États de l’Europe de l’ouest susceptibles de partager la même volonté d’union, comme l’Espagne, le Portugal, l’Autriche, et peut-être la Hongrie, la Slovénie et la Croatie. Le critère d’entrée dans l’EUE serait l’acceptation d’abandonner leur souveraineté en matière d’Affaires étrangères, de Défense, de finances et de Commerce extérieur, à un gouvernement central sous l’autorité d’un Président élu pour quatre ou cinq ans, et contrôlé par deux assemblées : un Sénat représentant les nations et une assemblée représentant les populations.
Bien entendu, dans cette nouvelle structure il ne devrait plus y avoir ni concessions, ni exceptions, ni statuts particuliers, ce dont L’UE n’a que trop souffert jusqu’ici. Les États n’acceptant pas ces conditions seraient tout simplement priés de rester à l’extérieur du groupe, sans que celui-ci les attende pour commencer à agir. Bien entendu, les décisions du groupe seraient désormais prises à la majorité simple.
Alors l’Europe ne se trouverait plus dans un camp ou dans un autre. Elle serait enfin devenue elle-même, c’est-à-dire indépendante, car elle sortirait bien entendu de l’OTAN, qui n’a plus de sens depuis l’effondrement de l’U.R.S.S. Cette politique aurait immédiatement pour effet de supprimer la crispation récurrente de la Russie et la ramènerait progressivement dans le giron européen.
Concrètement, seraient écartés les anciens satellites de l’U.R.S.S., notamment la Pologne, empêcheur perpétuel de tourner en rond, et bien entendu la Grande Bretagne, qui s’exclurait d’elle-même car elle n’a pas encore compris que son destin a cessé d’être atlantique, à moins qu’entre temps une indépendance de l’Écosse ne la jette dans les bras de l’Europe dans un grand élan de lucidité. Au fil du temps, tôt ou tard et l’un après l’autre, je suis persuadé que tous les États laissés pour compte viendraient cogner à la porte du groupe fondateur en acceptant les règles communes.
Cependant, pour qu’une telle initiative ait des chances de succès, il serait indispensable qu’un homme suffisamment fort et décidé se lève pour l’initier et la défendre avec vigueur. Je pense qu’un homme comme Sarkozy pourrait faire l’affaire. J’ai observé son attitude pendant la crise géorgienne, et j’ai admiré sa réserve. Contrairement à Bush ou Merkel, il n’a pointé du doigt aucune responsabilité particulière. Il a su rester à l’écart et a œuvré seulement pour faire arrêter la violence. Il n’a pas aboyé pour que les troupes russes quittent la Géorgie plus vite qu’il n’était possible, en comprenant, sans le dire, que les Russes veuillent désarmer totalement le pays avant toute chose, pour éviter le retour du dictateur pro-américain qu’est Saakachvili. C’est là une qualité qui siérait parfaitement à un réel Président d’une Europe reconditionnée.

La RUSSIE
À l’égard de la Russie comme de la Chine, l’attitude européenne a toujours été calquée avec soumission sur celle des É-U, sans que les Européens se rendent bien compte qu’ils ne faisaient en cela que se mettre au service d’un « souverain » hégémonique, égocentrique et prétentieux. Sous prétention de démocratie, argument central de la propagande étasunienne que toutes les attitudes de ce pays ont successivement travestie au cours des crises passées, l’Europe s’est toujours laissé enchainer par une politique hors de tout réalisme.
Pourtant, l’action des É-U en Russie, sous les règnes de Gorbatchev et de Eltsine, a clairement conduit ce pays à la faillite et au pillage pendant plusieurs années, sous prétexte de démocratie et de libre marché. Mais l’Europe ne l’a ni vu ni compris, et a laissé faire. Si la Russie se trouvait face à un désastre économique profond au moment où Poutine l’a reçue des mains de Eltsine, c’est bien parce que les É-U avaient entrepris de la détruire économiquement et socialement pour éliminer définitivement un rival potentiel. Le seul fait que la Chine, partant des mêmes prémisses, ait réussi son émergence en quelques années sans le secours des « conseillers américains » vient prouver les faits. Pendant les 10 années, de 1989 à 1999, pendant lesquelles les É-U ont « conseillé » Eltsine, la production industrielle a été divisée par trois, le PIB par deux, et le revenu par habitant a baissé de 75% (Susbielle – Les royaumes combattants – First - 2008). Le PIB russe n’a rattrapé celui de 1990 qu’en janvier 2007 et l’économie russe croît actuellement de 7% par an. Il a fallu à Poutine 8 années pour réussir la renaissance de son pays détruit par les États-Unis. Sachant cela, devons-nous vraiment nous étonner de l’antiaméricanisme de Poutine. Il serait préférable que nous imitions sa lucidité.
Poutine avait donc recueilli une nation exsangue. Il a sans doute eu recours à des méthodes que certains ont jugé intelligent de dénoncer, mais il a réussi. S’il est devenu un héros national pour la plupart de ses concitoyens, c’est à cause de cette réussite, en dépit des critiques de l’occident et de quelques groupuscules russes, naïvement troublés par un modèle occidental en voie de décalcification continue.
En réalité, Poutine est un patriote russe, qui se serait tourné vers l’Europe si les pays de l’ouest européen, inféodés à Washington, avaient eu l’intelligence de comprendre que leurs véritables adversaires étaient les É-U et non la Russie. Ce sont les É-U que l’Europe devrait donc à présent isoler, et non la Russie. Il est d’ailleurs particulièrement intéressant de constater que ce sont les politiciens et les médias qui sont subjugués par les É-U et non l’opinion publique, beaucoup plus clairvoyante [cf. Opinion publique contre opinion du pouvoir politique].
À plus long terme, une intégration de la Russie ne serait plus alors impossible à envisager, et l’Europe pourrait s’étendre de Brest à Vladivostok comme l’avait espéré le général de Gaulle, équilibrant ainsi la puissance de la Chine, laquelle ne serait d’ailleurs pas devenue pour autant une ennemie. Entre temps, après avoir rongé leurs freins, les États-Unis seraient peut-être devenus un peu plus fréquentables.

La CHINE
Après les JO de Pékin, le Tibet sera un peu mis de côté devant la réussite de cette manifestation et la ponctualité de son déroulement, bien que les médias occidentaux n’aient eu de cesse, la veille encore de l’ouverture des jeux, de faire naître toutes sortes d’inquiétudes sur le smog, la circulation, l’alimentation, que sais-je encore ? Comme pour la Russie, on va bien être obligés de se rendre compte qu’après la vieille Europe de Rumsfeld, on va bientôt pouvoir parler de la vieille Amérique de McCain. L’Europe va-t-elle enfin arrêter de se boucher la vue avec Manhattan, dont les gratte-ciels tombent les uns après les autres dans l’escarcelle des milliardaires arabo asiatiques ?
Mais on reviendra rapidement au business, en se rendant compte que la crise financière étasunienne aura assez peu marqué l’économie chinoise. L’enrichissement de la Chine, commencé au bord de la mer, se poursuit à une vitesse rapide vers l’intérieur du continent. Les médias nous parlent sans cesse des paysans chinois, nombreux et pauvres. Mais ils ne parlent jamais « chiffres ». Lorsque Deng Xiaoping a lancé la nouvelle économie chinoise et annoncé l’ouverture des deux premières zones économiques spéciales (ZES) qui a marqué le démarrage de l’industrialisation de la Chine, il n’y avait pas plus de 100.000 Chinois dans les villes et autour de 1 million dans les zones rurales. En 2008, il y a aux alentours de 600.000 Chinois dans les villes, jouissant d’une économie moderne, et approximativement 700.000 ruraux vivant de l’agriculture. Le sens de cette répartition s’accélère d’année en année et l’économie intègre de plus en plus vite des technologies de pointe qui rivalisent à présent avec celles de l’occident.
La Chine n’a pas à craindre de réduction sévère de ses exportations, car elle possède encore un arrière-pays important qui absorbe petit à petit tous les excédents de son industrie. Le revenu de ses paysans a été multiplié par quatre en quelques années, et ce mouvement se poursuit sans obstacle. La croissance de ce grand pays continuera donc à vive allure. Si ralentissement il y avait, il est peu vraisemblable que son taux de croissance annuel tombe en dessous de 8%.

Les ÉTATS-UNIS
Comme je l’ai souligné dans quelques autres articles, les Étasuniens seront bien obligés de continuer à acheter en Chine, ou ailleurs en Asie, les produits qu’eux ne produisent plus ou qui sont moins chers que ceux produits par eux. L’inégalité qui continue de croître aux É-U conduit en effet les plus pauvres à chercher les produits les moins chers. Si les É-U mettaient en pratique leurs rêves protectionnistes, ils provoqueraient chez eux une crise sociale majeure. Il leur est donc impossible d’enrayer leur descente aux enfers du déficit commercial, qui tend à faire de leur dollar une véritable peau de chagrin.
Vont-ils comprendre que c’est leur système économique, confortablement assis sur des doctrines dépassées, qui fonde leur propension au déclin ? C’est peu probable, parce que ce sont précisément ces doctrines qui leur ont permis, jusqu’à la fin du siècle dernier, de connaître l’incontestable développement qui a été le leur. Leur esprit, sensible au dogmatisme, ne leur permet pas une remise en question rapide de leurs façons de faire actuelles. Un peuple, dont 95% des habitants croient encore à l’existence d’un ectoplasme créateur, qui privilégie le phantasme du créationnisme (intelligent design) à la poursuite des travaux scientifiques issus du darwinisme, et dont un habitant sur trois ou quatre est obèse, ne peut s’attendre à rester la lumière du monde.
Nous allons donc assister à une décroissance continue de ce pays, à travers des hauts et des bas, bien entendu, car aucune tendance n’est strictement linéaire. Le moindre signe un peu positif fait ici monter la bourse en asperge, mais par contre, les signes négatifs ne sont pris en compte qu’avec lenteur. Les Étasuniens ne peuvent imaginer qu’ils se trouvent sur une pente descendante. Pourtant, l’accumulation incessante de leurs dettes devrait les alerter. Déjà, de nombreuses entreprises étrangères et banques centrales se débarrassent peu à peu de leurs dollars. Les Étasuniens pensent que les fonds souverains les financent parce qu’ils sont riches, alors que la vraie raison est leur désir de se débarrasser le plus vite possible de leurs réserves en dollars. Mieux vaut en effet un gratte-ciel à Manhattan, même s’il peut perdre de sa valeur, qu’un tas de dollar en papier monnaie dont la valeur peut chuter de manière imprévisible et pour une durée incertaine.
Cette tendance à l’appauvrissement, vraisemblablement inéluctable tant qu’elle n’est pas clairement perçue par les intéressés, réduira donc progressivement l’énergie que ce pays consacre bien inutilement à maintenir un interventionnisme hégémonique têtu.
Mais comme je l’ai écrit, il y aura des hauts et des bas. De courtes périodes meilleures pourront faire croire à un retour en grâce de la fortune. Ce ne seront pourtant que des sursis sans suite.
Pour conclure, il est important de souligner que les É-U sont victimes d’une mythologisation de l’Amérique et du dollar, à la fois par les étrangers et par eux-mêmes. Elle a parfaitement fonctionné jusqu’ici, mais tout mythe finit par s’étioler devant la réalité des faits, et celle-ci est en train de gagner. Il suffira d’attendre pour le constater.
@ André Serra http://andreserra.blogauteurs.net/blog/

Partager et découvrir :
  • Agoravox
  • Blogasty
  • citoyen
  • La tribune
  • Le Monde
  • Scoopeo
  • Trader
  • Paperblog
  • Romanding
  • Naturavox
  • Gmiix
  • Voir
  • Zataz
  • Bulleimmo
  • Canoe
  • Courrier Int
  • Forumdesforums
  • Nonfiction
  • Quebecois libre
  • bruxello
  • MisterWong Fr
  • Notreactualite
  • Nuouz
  • BlogMemes Fr
  • Buzz solo
  • Publieca
  • Quebec Buzz
  • Facebook
  • TwitThis

Comments Un commentaire »

Paperblog