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Il est possible que la Grèce soit sauvée, de peine et de misère !
Elle va cependant devoir surfer sur un tsunami d’oppositions, de troubles et peut-être de violences, suscitées dans la population grecque par la perspective d’une baisse drastique de son niveau de vie, imposée par ses créanciers européens et le FMI.
Les manifestations qui ont traversé Athènes et Salonique pendant plusieurs jours, et la grève générale de mercredi dernier peuvent laisser craindre d’autres débordements par la population, car si la semaine dernière les mesures restrictives de tous ordres se dessinaient encore en filigranes. Aujourd’hui, elles sont bel et bien devenues définitives.
Pour la plupart des observateurs européens et étrangers, il ne fait pas de doute que la responsabilité de la situation actuelle de la Grèce est à placer sur les épaules des gouvernements précédant celui de Georges Papandréou.
Pour ma part, j’en suis moins sûr. Il est certain que ces anciens gouvernements ont commis des malversations, tant à l’égard de leur peuple qu’à celui de l’Union européenne à laquelle ils appartenaient.
Mais l’Union européenne, elle-même, ne les a-t-elle pas poussés au crime ?
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À douze années de distance, la quasi-faillite de la Grèce est venue confirmer mon opinion défavorable à la création de l’euro. Deux arguments fondaient la position que j’avais en 1997, cinq années avant le lancement de l’euro. J’avais même créé un dossier pour entasser les notes manuscrites que j’écrivais, dans des brasseries, chez moi, à mon bureau, et que j’ai conservées, tant ce sujet m’obsédait à cette époque.
Mon premier argument reposait sur le principe que, comme l’activité militaire, l’activité économique est une discipline qu’il est risqué de laisser à elle-même.
Or les fondateurs de l’Union Européenne, plus théoriciens en chambre que véritables hommes de gouvernement et de terrain, qu’à l’époque on appelait Eurocrates par dérision, se baladant de Bruxelles à Rome, à Maastricht, à Lisbonne et autres lieux, ont cru possible de fonder une économie européenne sans établir de structure politique pour un ensemble européen monétairement unifié, qui l’aurait encadré et contrôlé.
Pour éviter l’unité politique qui leur paraissait prématurée, sinon même inutile puisque l’idéologie du marché qui se régule lui-même faisait déjà partie de la doxa économique de l’époque, le système monétaire qui gérait l’euro, avec la Banque Centrale Européenne à sa tête, avait donc été bâti de manière étroite, avec des règles de fonctionnement enchâssées dans un traité définitif, rendant ainsi toute modification impossible sans la signature d’un nouveau traité. À partir de ce moment-là, la zone de l’euro devenait incapable de faire face à tout événement économique inattendu, pour lequel une grande souplesse et une grande rapidité d’action et d’adaptation auraient pu être requises. Selon ses créateurs, le système devait pouvoir fonctionner comme une montre ! Sans horloger !
Pour cette seule raison déjà, ils couraient à l’échec en cas de crise économique ayant une origine extérieure à l’UE. Ils se croyaient sur une ile ! Pourtant, une économie véritable sans autorité politique qui la coiffe, est comme un cheval fou sans cavalier. C’est ce que l’on vient de vivre avec la crise grecque, et ce n’est peut-être pas fini !
La raison pour laquelle les Eurocrates ont évité cette indispensable première étape politique était que l’unité européenne n’était pas encore faite dans leurs propres esprits, les hommes politiques étant loin d’être prêts à abandonner leurs pouvoirs nationaux à une unité politique centrale. Ils ont remplacé ce qui aurait été un vrai gouvernement, par une Commission européenne à tête de Minautaure, indépendante de tout gouvernement, qui animait une série de comités plus ou moins spécialisés où les décisions devaient nécessairement être consensuelles, entraînant de multiples renvois d’ascenseurs vers les pouvoirs centraux des différents pays membres. Décisions nécessairement tronquées, marchandées, exigeant des délais incroyables avant d’entrer en application.
L’UE était un cirque eurocratique à plusieurs pistes.
Les Eurocrates avaient éliminé d’emblée toute perspective de fédéralisme à terme. Ils préférèrent l’élargissement de l’Union à sa concentration, c’est-à-dire à son enracinement dans les peuples de l’Europe. Déjà le néolibéralisme avait fait son œuvre, la liberté tous azimuts n’avait pas besoin d’État, et l’ère des Nations était dépassée, refoulée dans une histoire à écrire. LE MARCHÉ se régulait tout seul. Ils ne savaient pas encore qu’ils n’étaient que des idéologues abstraits.
Ils créèrent une monnaie qu’ils confièrent à la Banque Centrale Européenne, mais en lui rognant préalablement les ailes. Par exemple, ils ne lui donnèrent comme mission que la défense contre l’inflation, alors que toute banque centrale reçoit également celle de lutter contre le chômage, et quelques autres caractéristiques utiles. Point majeur, il fut interdit à la BCE de venir au secours d’un membre de l’UE qui se trouverait en difficulté, dont on a constaté la marque pendant la crise grecque. On ne s’explique pas un tel aveuglement. Sinon par une solide incompétence technocratique.
Ce n’était d’ailleurs pas seulement une erreur, mais une horreur ! Lorsqu’on a assisté, depuis 2008, au rôle fondamental joué par Bernanke et la Federal Reserve (Fed) dans la crise des É-U, émettant des volumes de dollars considérables pour sauver le secteur financier du pays, et qu’en face, pendant la crise grecque, en retrait derrière les hommes politiques qui gigotaient dans tous les sens sans bien savoir comment réagir à la crise, Jean-Claude Trichet ne pouvait que prodiguer des conseils, on ne peut qu’en être frappé de stupeur.
Mais cette attitude n’était pas voulue par Jean-Claude Trichet. Il n’avait tout simplement pas le pouvoir d’entreprendre quoi que ce soit, car selon les traités qui définissaient ses pouvoirs, il n’avait pas celui d’agir dans un cas comme celui-là. Lorsqu’il fut question de l’intervention du FMI, il protesta cependant, estimant que le recours à une institution internationale manquait de dignité, et soulignait la faiblesse de l’Europe. Il est probable que c’était là une allusion indirecte au rôle que la BCE aurait pu jouer, à l’instar de la Fed aux É?U, si le Conseil européen (sommet des Chefs d’État et de Gouvernement des pays membres) lui avait demandé de faire intervenir la BCE, en tant que banque de réserve et de dernier recours.
Mais le Conseil ne pouvait pas non plus lui donner une telle instruction, puisque d’après les traités fondant la BCE, celle-ci avait été rendue totalement indépendante de tout pouvoir politique, et que son statut comme ses pouvoirs ne peut être modifié que par un autre traité, c’est-à-dire par au moins cinq ans de “salamalecs“, et peut-être quelques référendums pour les gouvernements qui préfèrent ne pas prendre leurs responsabilités.
Quel gachis ! Aux É-U, si Obama a besoin d’argent, il lui suffit de siffler Bernanke pour qu’il lui escompte les bons du Trésor nécessaires !
La fameuse “Union européenne” s’était mise en cage elle-même avec une minutie extrême. Or, ces conditions statutaires étant largement ignorées de l’opinion mondiale, les errements des politiciens européens sont apparus pour le monde entier comme des désarrois, des incompétences, des incapacités, et ont augmenté la panique sur les marchés, plus encore que les décisions erratiques des Agences de notation. Celles-ci n’auraient sans doute pas cèder d’elles-mêmes à la panique, mais l’agitation européenne n’a pu que les convaincre qu’une issue catastrophique était en vue. Comment pouvaient-elles comprendre qu’il fallait plusieurs semaines pour conforter la situation de la Grèce, au sein d’une “Union” !
Tout ce qui précède avait pour but de décrire le lamentable état institutionnel de l’Union européenne à la veille de la crise grecque, actuellement dotée d’un demi-président, Van Rompuy, lui-même flanqué d’une demie portion de ministre des Affaires étrangères, l’un et l’autre ayant tout au plus le droit de convoquer les Conseils et Comités dont ils sont les présidents, et d’en rédiger les ordres du jour.
Voilà pourquoi je n’approuvais pas le lancement de l’euro. Pas tellement sur le fond, car c’était une initiative formidable, mais sur la forme, c’est-à-dire l’absence d’un exécutif politique fort pour le maîtriser. Lorsqu’on entame une évolution de cette envergure, ou on la réalise complètement ou on s’en abstient !
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Mon second argument pour craindre la création de l’euro reposait sur la disparité des économies destinées à évoluer sous l’empire d’une même monnaie.
Sans entrer dans le détail de théories monétaires, je me contenterai de mettre en évidence qu’un système monétaire ne se limite pas seulement à fabriquer et distribuer des billets de banque. La partie essentielle du système est bien évidemment la gestion de la distribution de la monnaie en fonction des besoins de l’économie. Cela s’appelle faire de la “politique” monétaire, soit gouverner les différents taux d’intérêt qu’il convient d’appliquer aux activités des “acteurs du marché“, banques et établissements financiers, entreprises et particuliers, en fonction de leurs besoins propres, mais aussi de l’équilibre économique global du pays, à travers temps d’inflation ou de déflation, de crise ou de surchauffe.
On sait combien il est difficile pour une banque centrale de régler les curseurs de taux d’intérêt pour une économie complexe. Les besoins et les nécessités financières d’une entreprise agricole, manufacturière ou de services sont parfaitement contradictoires, en volume, taux et durée. C’est donc pour elle une activité acrobatique de tous les instants la conduisant sans arrêt à faire des choix et des arbitrages difficiles.
C’est pourquoi d’un pays à un autre, d’une banque centrale à une autre, et au même instant, les décisions des banques centrales peuvent être totalement différentes, voire opposées. Sachant cela, projeter de remplacer 27 monnaies européennes par une seule d’un seul coup (par chance, seuls 16 pays ont pour le moment intégré la zone euro) est tout simplement une ineptie.
En effet, la BCE ayant pour tâche de mener une politique monétaire équilibrée de l’euro, elle doit satisfaire 16 fois plus de structures (ou variétés) d’activité qu’une banque centrale ordinaire. C’est un travail herculéen. En période de stabilité économique, cette difficulté est peu lisible, les outils habituels de la régulation monétaire pouvant suffire à maintenir plus ou moins cette stabilité, mais en période de tempête, une banque centrale comme la BCE peut être jetée sur la côte. On vient d’en voir un exemple avec la Grèce. Elle ne peut tout simplement pas gérer financièrement dans le même temps une telle gamme de besoins et d’intérêts contradictoires. Elle ne peut que mécontenter tout le monde en essayant de pratiquer une politique monétaire médiane.
Alors doit-on supprimer l’euro et liquider sa zone ? Certainement pas. L’euro était, et reste, une initiative superbe, mais il fallait simplement raisonner et agir autrement qu’on ne l’a fait.
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Lorsqu’en 1997, j’analysais le Traité de Maastricht, je me demandais comment on pouvait faire évoluer le projet en permettant à l’euro ( étant sous-entendu que lorsque l’on parle de l’euro, on parle en fait du système monétaire européen basé sur l’euro, avec ses multiples fonctions de régulation et de politique monétaire ) de répondre à la fois aux intérêts collectifs de la zone, et aux exigences nationales individuelles.
Pour être clair, ses objectifs mondiaux se ramènent à procurer à l’ensemble des pays membres une puissance globale susceptible de rivaliser avec des systèmes de sa taille, par exemple la zone dollar, celle du yen, celle de la livre sterling. Par exigences nationales, il faut entendre la diversité des spécificités nationales de chacun des pays membres de la zone euro, l’Union européenne ne constituant pas un État.
Assez vite, ces deux objectifs m’ont semblé incompatibles, et leur atteinte simultanée comme un problème analogue à celui de la quadrature du cercle. La recherche d’une solution à la crise financière grecque est venue à propos pour démontrer cette incompatibilité de façon tangible.
On a vu en effet que pour arriver à sa résolution, il avait fallu recourir à des “partenaires individuels“, les membres de la zone euro, et non aux institutions de la zone euro elle-même (le parlement européen n’a pas été impliqué dans la solution, non plus que la Commission européenne et la Banque Centrale Européenne), ainsi qu’à un “partenaire international“, le FMI, dont l’action efficace a davantage tenu à la nationalité de son directeur, qu’à son rôle de dirigeant d’une institution internationale. Cela n’aura échappé à personne.
Puisque le système monétaire recherché devait, par analogie, être affecté de strabisme, le système à mettre en place devait lui aussi être décomposé en deux sous-systèmes connectés entre eux par la BCE : l’un d’eux face au monde, l’autre face aux pays constituant la zone.
En d’autres termes, l’euro aurait dû être la monnaie “relationnelle”, de la zone, assurant les entrées et sorties de la zone prise dans son ensemble, et les anciennes monnaies restées en place dans leurs pays respectifs assurant l’intendance monétaire correspondant aux besoins internes des économies nationales, et constituant le sous-système intérieur de la zone.
Ces deux sous-systèmes auraient bien entendu été placés sous la suzeraineté de la BCE, pour assurer la cohérence de l’ensemble monétaire de la zone euro.
Sommairement, les points de détail de cette mise en place auraient pu être les suivants :
- L’euro flotterait, comme aujourd’hui, en compagnie des autres monnaies mondiales, bien que, personnellement, je sois plus favorable à la fixité des monnaies, dont j’ai donné les raisons dans un précédent article (Guerre des monnaies - Dollar contre Yuan - deuxie?me round).
- L’euro serait la seule devise de transaction internationale pour la zone, en même temps que monnaie de réserve de l’ensemble de cette zone.
- Les monnaies dites “nationales” seraient reliées uniquement à l’euro par des cours fixes, définis par les banques centrales nationales et la BCE, en fonction des besoins du pays, et dévaluées ou réévaluées, également selon les besoins. On pourrait prévoir des dates fixes pour effectuer les mises à niveau nécessaires.
- Les monnaies nationales n’auraient un cours forcé qu’à l’intérieur des frontières du pays considéré.
- La BCE serait l’institution de contrôle des banques centrales nationales.
- Les pays pourraient, en fonction de leur équilibre interne, choisir de conserver leur monnaie nationale tant qu’ils ne se sentiraient pas assez forts pour adopter eux-mêmes l’euro à l’intérieur de leurs frontières, ou adopter l’euro dans le cas contraire. Réciproquement, si ayant adopté l’euro comme monnaie nationale, ils traversaient des circonstances économiques les rendant provisoirement trop affaiblis pour supporter sa force, ils pourraient revenir à leur monnaie antérieure, sous des conditions transitoires à établir en accord avec la BCE (cas qui aurait pu être celui de la Grèce).
- Les citoyens des “nationalités” pourraient bien entendu posséder des euros par conversion de leur propre monnaie, de façon gratuite, pour leurs voyages ou autres achats à l’extérieur de la zone.
Il est évident que ces dispositions ne constituent qu’une ébauche des règles de fonctionnement qui devraient être étudiées et complétées pour que ce nouveau système ne bute pas sur des impasses auxquelles on n’aurait pas pensé. La complexité apparente du système que je propose pourrait être aisément maîtrisée par les techniques informatiques actuelles.
Dans mon esprit, si un tel système avait préexisté à la crise grecque, la Grèce aurait pu dévaluer sa monnaie nationale, la drachme, de manière à rétablir son équilibre économique sans nuire à celui de l’ensemble de la zone, sous réserve, évidemment, que sa dette ait été libellée en drachmes, ce qui n’était probablement pas le cas. Mais à cet égard, il faut souligner le grand danger que constitue le recours à des financements extérieurs à sa zone monétaire.
Cette dévaluation aurait évité les importantes mesures d’abaissement du niveau de vie de la population grecque, qui aurait eu lieu malgré tout, mais avec moins de brutalité, car cette baisse serait intervenue à mesure que son endettement s’accroissait, par dévaluations successives. La Grèce a trop longtemps bénéficié d’un euro trop fort pour son économie, ce qui a certainement suscité les fraudes statistiques des gouvernements précédents. C’est là sans doute une explication de ces déviations, mais absolument pas une justification acceptable.
Au fil des mois qui viennent, nous verrons bien si cette analyse vient à l’esprit de nos dirigeants. En tous les cas, l’union politique dont il est question au début de cet article, serait une condition essentielle préalable à l’application de la formule présentée.
Il est en effet toujours possible de faire évoluer l’Union européenne vers la solution que je propose. Cela nécessiterait un plan d’ensemble qu’un homme comme Jean-Claude Trichet serait tout à fait capable de mettre en place à partir du système monétaire actuel.
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Pour terminer ce tour d’horizon, je voudrais conclure sur une observation qui m’a posé problème :
Tout au long du mois où la Grèce était tournée et retournée sur le barbecue des politiciens européens, on vit très peu le président Sarkozy, sauf à de très brèves reprises. Attitude étonnante, inattendue de sa part, car on avait pris l’habitude de le trouver très actif lorsque des événements très chauds survenaient quelque part sur la planète. Mais il n’avait pas disparu, bien au contraire. On le retrouva à Beijing la veille de l’ouverture de l’exposition internationale de Changhai, au bras de la présidente, après s’être longuement congratulé avec Hu Jintao, à propos de sujets fort intéressants pour la planète. Sans doute qu’à son avis, il était plus important pour l’Europe et pour lui, qu’il se trouve à Beijing plutôt qu’à Paris.
Je vous reviendrai bientôt là-dessus.
© André Serra
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Depuis l’ère Bush, les gouvernements étasuniens ne cessent de titiller le gouvernement chinois au sujet du rapport de valeur entre leurs devises, prétextant le plus souvent que les autorités de Beijing manipulent leur propre monnaie. Les Étasuniens fondent leur demande sur le fait que les prix d’exportation chinois lèsent leur propre économie en tuant l’emploi aux É-U.
Ils mettent tellement de poids sur cette question, qu’à la lo ngue on finit par croire qu’ils ont la raison de leur côté.
J’ai fini par m’impatienter, et j’ai cherché comment il était possible d’affirmer qu’une monnaie est sous-estimée ou surestimée. J’ai trouvé quelques travaux qui proposent des méthodes, toutes aussi contestables les unes que les autres, et débouchant sur des résultats trop différents pour qu’on puisse les prendre en considération. J’ai fini par conclure que ce calcul était en fait impossible, car selon les paramètres économiques pris en considération pour réaliser cette estimation, on peut passer de la conclusion d’une sous-estimation à celle d’une surestimation pour une monnaie donnée par rapport à une autre.
En second lieu, ces paramètres entretenant entre eux des relations tellement différentes d’un pays à l’autre, je pense que toute comparaison est impossible entre deux monnaies, à moins que ces pays n’aient strictement le même système économique, et ce, dans les moindres détails. Ce n’est pas le cas ici, de toute évidence. On peut tout au plus considérer que les prix sont plus chers ou moins chers dans un pays que dans un autre, selon les produits comparés.
Voici un exemple très simple. Lorsque je suis venu m’installer au Québec, j’ai observé que les fromages étaient beaucoup plus chers ici qu’en France, mais qu’en revanche, c’était le contraire pour la viande. Aurais-je dû supprimer ma consommation de fromage et la remplacer par une consommation de viande ? Et depuis j’ai fait des constatations analogues pour de nombreux autres produits.
Bien sûr, on sait que la Chine n’a pas mis sa devise sur le marché des changes comme tous les pays occidentaux l’ont fait depuis plusieurs décennies sous la pression étasunienne. Ils ont préféré articuler leur devise sur la base d’un panier de monnaie dont ils modifient la composition selon l’évolution de la conjoncture. C’est une méthode bien plus pragmatique que celle d’une bourse qui fait varier les cotations comme une adjudication de tableaux de maîtres. Depuis deux à trois ans cependant, les Chinois maintiennent un taux presque constant du yuan par rapport au dollar. En fait depuis que les Étasuniens ont commencé à leur chercher des poux dans la tête. Je pense que c’était pour leur montrer qu’ils n’appréciaient pas les critiques malencontreuses. C’était sans doute une forme de sanction…
D’ailleurs, les Occidentaux ont-ils eu raison de créer des bourses de change, et de considérer ainsi les monnaies comme des marchandises ordinaires. Je n’en suis pas du tout sûr. Et même, je suis plutôt sûr du contraire, car marchandiser les monnaies, c’est ipso facto ouvrir un marché supplémentaire de spéculation au sein du secteur financier de l’économie. Or, spéculer sur les monnaies me parait être la plus mauvaise action économique qui soit pour conserver une stabilité financière mondiale.
Si l’euro n’avait pas été côté en bourse, le problème de la Grèce, du Portugal et de l’Espagne ne se serait pas posé. On aurait simplement dévalué l’euro, et puis c’est tout. L’affaire aurait été classée en une soirée de financiers européens, et tous les exportateurs européens de quelque pays qu’ils soient se seraient frotté les mains.
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Le problème du yuan n’est donc pas un problème économique, mais un problème politique. Pour les É-U, en faire un problème est une façon de faire semblant de ne pas entendre que la planète entière veut éliminer le dollar de sa position abusive de monnaie mondiale. Ils ne réussiront certainement pas de cette manière à sauver le statut de leur devise. Il est trop tard, mister Obama !
En fait, si les É-U ont des problèmes économiques, ils en sont les seuls responsables. Avec leur obsession de la mondialisation, destinée à leur assurer des prix d’importation favorables en délocalisant leurs usines à fort coefficient de main d’œuvre, ils se sont piégés eux-mêmes par pure prétention. Ayant été un moment en pointe dans l’avancée technologique de la planète, ils ont cru que cela ne tenait qu’à une plus grande intelligence de leur part, que celle des autres pays, et que ce serait un jeu d’enfant pour eux que de maintenir cette avance.
L’histoire récente a démontré le contraire, et ils se retrouvent aujourd’hui avec une industrie ayant perdu environ 40% de potentiel par délocalisation pure et simple. À partir de cette manne inattendue, les pays émergents ont parfaitement su développer leurs propres technologies sur le terreau d’usines toutes faites, et devenir plus inventifs encore que leur compétiteur. Les Étasuniens en ont profité pendant une dizaine d’années, par des importations bien moins chères que leurs propres productions antérieures, mais suscitant par là même de nouvelles délocalisations, nécessaires celles-ci, en raison de la concurrence étrangère qu’ils se sont créée à eux-mêmes, se jugeant forts d’une culture économique à toute épreuve. C’est souvent ce qui peut se passer lorsqu’on se croit plus malin que les autres.
Si les É-U veulent contrarier cette évolution, la seule solution serait qu’ils recommencent à construire des usines produisant les produits importés qu’ils trouvent actuellement ” trop bon marché “. Mais c’est un peu tard aujourd’hui. Il leur faudrait commencer par réduire très largement leur niveau de vie actuel, c’est-à-dire leurs salaires, pour que leurs prix puissent être abaissés au niveau de ceux des produits qu’ils importent aujourd’hui.
Difficile ! Certain ! Impossible ! Sûrement !
Les Étasuniens sont tout simplement en retard d’un coup dans la compétition internationale, et les Chinois en avance d’un coup. Avoir l’expérience du jeu de go est plus profitable pour l’esprit que celle du jeu d’échec. Les É-U n’ont peut-être pas compris, ou ont peut-être oublié, que ce qui avait fait leur réussite, spectaculaire il faut bien le reconnaître, avait été leur foudroyante immigration.
Ils importèrent en effet de la main-d’œuvre pas chère pendant deux siècles, dont les esclaves achetés en Afrique, ce qui leur permit de constituer de décennie en décennie, un marché de 300 millions de consommateurs, source d’un enrichissement rapide à partir d’un continent presque désert.
Deng Xiao Ping reprendra ce même modèle pour la Chine, mais sans immigration autre que les seules migrations internes, les paysans du sud envahissant la zone côtière du pays.
Mais aujourd’hui, c’est la Chine qui possède un marché de 1400 millions de consommateurs, presque cinq fois plus important que le leur, et elle s’empresse, grâce à la crise, de le remplir à toute allure de produits “made in China“. Personne n’est aujourd’hui en mesure de l’arrêter. Il reste à espérer qu’elle sache utiliser ses atouts pour un meilleur équilibre de la planète. J’ai bon espoir que l’avenir se construise dans ce sens-là, si j’en crois la sagesse de sa pensée plurimillénaire
À moins qu’un jour, les Chinois ne deviennent à leur tour aussi prétentieux…
© André Serra
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Ces quatre mots désignent les facettes clés de l’économe étasunienne en 2010. Comment s’articulent-elles entre elles en ce début d’année ?
CHÔMAGE
La croissance du chômage indemnisé décroit aux É-U. C’est bien, mais le nombre réel des sans emplois augmente malgré tout du fait de gros bataillons de chômeurs qui perdent tous les mois leur droit à des indemnités, car identifier la décroissance des licenciements mensuels comme une décroissance du chômage constitue une pure et simple manipulation de vocabulaire. Le chômage augmente donc moins vite, mais le nombre cumulé des chômeurs réels continue d’augmenter sans arrêt. Il n’y a donc pas encore de sortie de crise aux É-U, comme on n’a pas arrêté de nous le seriner depuis trois mois.
De cette importante “nuance” résulte le fait que lorsque l’on ajoute au chômage “officiel” les salariés à temps très partiel et les chômeurs non indemnisés, le réel chômage économique est passé de 17,2% en novembre à 17,3% en décembre, pendant que le chômage “officiel” descendait de 10,2% à 10%. Voilà comment le gouvernement parvient à faire chuter le taux de chômage lorsque le nombre de chômeurs augmente. De la pure magie ! Les pertes d’emplois “officielles” depuis le début de la crise sont passées de leur côté de 3,1 millions en 2008 à 4,2 millions en 2009, pour un total de 7,3 millions.
En effet, seul est officiel le nombre des chômeurs indemnisés, et le gouvernement hésite à augmenter la durée de l’indemnisation légale, car cela aurait pour effet de gonfler immédiatement la statistique du chômage “officiel”, avec un impact certain sur la confiance des citoyens, et par conséquent sur la consommation. Toutefois le gouvernement risque d’y être bientôt contraint s’il veut éviter que des manifestations publiques de mécontentement ne se déclenchent dans les prochains mois, d’autant que le nombre mensuel de saisies immobilières continue de jeter beaucoup de monde dans la rue. Il reste encore beaucoup de victimes des subprimes, même si on a tendance à les oublier. Le gouvernement tentera probablement de maintenir le statu quo jusqu’aux élections de mi-mandat, en novembre 2010. Mais cela lui sera certainement de plus en plus difficile d’éviter des déraillements après avoir beaucoup rassuré, car de nouveaux raisins de la colère sont en train de mûrir. Socialement, les É-U vont de plus en plus mal. L’espoir obamaniaque a perdu son effet magique.
Ce qui est particulièrement dommageable est la perte continue des emplois industriels, car ce sont les seuls qui créent une réelle richesse dans le pays. Apparemment, l’augmentation des emplois dans les services compense largement leur destruction dans l’industrie, mais leur rôle économique est bien différent. En outre, l’augmentation des services en fin d’année est constituée pour une grande part d’emplois temporaires liés à celle de l’activité commerciale de fin d’année. Elle retombera rapidement en janvier. On vient d’ailleurs d’en voir le résultat pour décembre, avec l’annonce d’une destruction de 85000 emplois, après seulement 4000 en novembre, statistique qui avait été accueillie par des cris de triomphe prématurés. Non, l’économie des É-U n’est pas sauvée et n’est pas près de l’être. On a d’ailleurs simultanément annoncé que le nombre des destructions d’emplois d’octobre avait été rectifié à 127 000 après 111 000 annoncés. On a arrêté de se frotter les mains dans les chaumières des É-U.
Tout compte fait, le chômage continue donc de prospérer dans le pays, bien que le rythme de sa progression faiblit un peu. Il ne s’arrêtera probablement complètement que lorsque la production de biens sera descendu au niveau correspondant à la réelle consommation potentielle de la population, hors nouvel endettement de celle-ci. C’est là une vérité de La Palice, mais les Étasuniens l’avait oubliée depuis quelques années.
CONSOMMATION
Dire que les Étatsuniens sont toujours très endettés est un pur truisme. D’autre part, leurs revenus ont baissé en valeur constante. Beaucoup d’entreprises ont exigé de leur personnel des baisses de salaire souvent importantes pour empêcher leur dépôt de bilan. Ce fut notamment le cas des salariés de la construction automobile et de la presse, mais pas seulement.
Les citoyens ont pris toute la mesure de leur endettement avec la crise et les risques de licenciement. Depuis un an, ils tentent de se désendetter. C’est pourquoi leur taux d’épargne qui était encore négatif à -3% en décembre 2007 s’est mis à croitre rapidement, et s’établit actuellement entre 7 et 9% selon les mois. Il est donc logique que leur niveau de consommation ait baissé d’autant, du moins en valeur.
Si donc les citoyens consomment environ 10% de moins en valeur constante qu’en 2007, il est normal que le pays ait besoin de moins importer et de moins produire, et par conséquent d’avoir moins de monde au travail. Ce qui continuera de nourrir le chômage, jusqu’à ce que le niveau de production corresponde à celui des dépenses que les consommateurs s’accordent à présent. À partir de ce nouveau niveau de chômage, le nombre de gens sans emplois restera stable, à moins que des progrès de productivité réalisés par les entreprises ne l’affectent par de nouveaux licenciements ou baisses de salaires. Ce qui n’aurait rien d’impossible, les entreprises faisant des pieds et des mains pour retrouver les bénéfices de leurs années de splendeur, au détriment de leur personnel.
CROISSANCE
Ceci étant dit, pourquoi la croissance repartirait-elle dans ces conditions ? Tout semble concourir à ce que les É-U atteignent, courant 2010, un solide niveau de stagflation, c’est-à-dire une stagnation de la production dans un environnement inflationniste, compte tenu des excès connus et continus de la machine à fabriquer des dollars fictifs, machine fermement sollicitée par le gouvernement chaque jour qui passe pour boucher les énormes trous de son budget.
CRÉDIT
Ici, nous nous trouvons devant une contradiction, car le gouvernement n’arrête pas de reprocher aux banques de trop serrer les cordons de leur bourse et de ne plus prêter assez d’argent.
Cette attitude de sa part surprend, car si la consommation n’augmente pas en raison du fait que les consommateurs ont décidé eux-mêmes de consommer moins pour pouvoir réduire leur considérable endettement, on ne voit pas comment les banques pourraient les obliger à “bouffer” du crédit malgré eux.
D’autre part, compte tenu du chômage, et de l’importance des saisies immobilières qui perdurent sur fond de licenciement persistant, les risques que courent les banques en prêtant se sont considérablement accrus. Les reproches du gouvernement ne sont donc que de la poudre aux yeux pour culpabiliser les banques et s’éviter à lui-même les critiques de la population.
Enfin, sur le front de l’investissement la situation ne peut être meilleure pour les mêmes raisons. Si les besoins de la population ont diminué, alors les investissements de production n’ont pas lieu d’être. Seuls les investissements correspondant au lancement de nouveaux produits pour soutenir la concurrence, et ceux qui ont pour but d’améliorer productivité et coûts de production peuvent justifier de nouveaux emprunts.
Même ceux-ci ne représentent plus qu’une fraction des investissements passés, et surtout, les demandes de prêts des entreprises se heurtent à présent, comme pour les particuliers, aux réticences des banques, en raison des risques accrus courus du fait de l’affaiblissement d’une grande partie des entreprises, surtout des plus petites. De toutes les manières, les investissements de productivité ayant surtout pour but un allègement des coûts salariaux, ils exercent un biais positif sur le niveau du chômage, de telle sorte que, de quelque côté que l’on se tourne, l’économie des É-U a du mal à retrouver un équilibre durable.
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Le système bancaire ne récoltant plus que de maigres intérêts de son activité de banque de détail, il essaye d’exploiter au mieux les facilités offertes par la FED. Pour le moment, c’est le taux nul des prêts interbancaires de celle-ci qui lui permet de survivre, et de rembourser les aides financières que l’État lui a consenties par le moyen du TARP. Les étonnants bénéfices que les banques ont annoncés récemment proviennent d’une utilisation exacerbée du “carry trade“, lequel consiste à emprunter des sommes importantes à la Fed au taux de 0% et de placer ensuite ces sommes dans des pays où les taux sont plantureux, comme ceux de l’Australie par exemple où ils sont de 3,75%, et où les risques sont encore peu importants.
C’est une “industrie” parasite qui caractérise bien une économie où le trucage et l’expédient sont devenus une règle courante. Gagner ainsi des sommes fort importantes par une activité dans laquelle l’opérateur n’engage, ni sa responsabilité, ni la sueur de son front, est totalement immorale et devrait être purement et simplement interdit. Cette pratique nuit en outre à l’économie étrangère dont elle parasite les circuits monétaires, en lui prenant des intérêts qui l’affaiblissent, et n’ajoute aucune vraie richesse dans l’économie de son propre pays.
Au moins ce système maintient-il l’église au milieu du village des É-U pour le moment, selon la circularité suivante : l’État crée immédiatement des dollars, qu’il n’a pas, pour les avancer aux banques afin de leur éviter de faire faillite. La FED leur prête de son côté des sommes illimitées à 0%. Les banques n’ayant plus de revenus normaux, puisqu’elles ne prêtent plus d’argent, utilisent celui de la FED pour spéculer selon le carry trade sur les devises des pays qui jouissent encore de taux élevés. Enfin, avec les bénéfices colossaux de ce carry trade, elles peuvent rembourser les avances de l’État, de telle manière qu’elles retrouvent l’indépendance d’action que le gouvernement avait fait semblant de vouloir leur ôter, et reprendre le cours ordinaire des opérations louches qui ont provoqué la crise, car elles n’ont rien appris de celle-ci. N’est-ce pas génial ?
CONCLUSION
La crise est passée par un creux depuis la rentrée de septembre. Mais ce creux est maintenant dépassé par la remonté du chômage et quelques autres indices désagréables. Deux directions devraient donc être suivies par l’État étasunien le plus rapidement possible.
La première consisterait à suspendre ou même supprimer les aides à l’économie, telles celles des “primes à la casse” pour l’automobile, et celles dont bénéficient les nouveaux propriétaires immobiliers. L’État est en effet parvenu au bout du rouleau, et les initiatives projetées par beaucoup de pays dans le but de se passer d’un dollar essoufflé, progressent à grandes enjambées.
Les É-U ne peuvent ignorer ce mouvement, lequel, s’il devait s’accélérer, lui enlèverait la force de frappe dont il a bénéficié depuis 65 ans, et qui explique largement pourquoi ce pays a pu atteindre le niveau de croissance qui était encore le sien il y a quelques années. Il est impératif pour eux de rétablir la confiance dans le dollar, car leur hégémonie ne tient que par lui ( et non par la force armée ), et de son côté, le dollar ne tient plus que par une hégémonie désormais branlante. Leur hégémonie et le dollar marchent en effet d’un même pas. Si l’un défaille, l’autre s’efface et réciproquement.
La seconde direction est le relèvement du taux interbancaire par la FED, qui est pratiquement à “0″ depuis plus d’un an. Sans ce relèvement, le risque, actuellement nul, de voir une solide inflation s’installer très vite dans le pays, deviendrait majeur, provoquant assurément la stagflation dont je parle plus haut.
Or, c’est là que les États-Unis vont probablement frapper un mur. S’ils agissent trop vite, leur économie sera incapable de supporter une hausse significative des taux. Soyons conscients du fait que les quelques indices positifs que leur économie présente depuis quelques mois reposent entièrement sur un taux d’intérêt nul, ainsi que sur les aides à la construction automobile et à l’immobilier. Mais s’ils tardent au contraire à agir dans ce sens, s’en sera sans doute terminé à la fois pour le dollar et leur hégémonie.
Entre la perte du statut international du dollar et la ruine de leur économie, les possibilités de solutions pour le gouvernement des É-U sont à peu près inexistantes, car le temps joue actuellement contre lui. Pour le moment, il se replie sur des expédients et sur la propagande.
L’année 2010 sera très dure pour lui, son chef et sa population.
Quant à la vraisemblance d’une relance économique rapide … !
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Ce sont les migrations de la seconde partie du XXe siècle qui ont fait apparaître les contradictions culturelles existant entre les peuples, notamment dans le domaine religieux. Jusque-là, l’humanité se trouvait sous la domination de ce qu’on appelle encore malheureusement l’occident chrétien.
Les populations occidentales pratiquaient sans vergogne le “colonialisme”, dont la base reposait sur la conviction que les populations non occidentales étaient arriérées, et que par conséquent on devait, par l’éducation ou par la force, les amener à ressembler à elles-mêmes. Comme si cela était possible ! Les religions chrétiennes constituaient aux yeux des colonialistes une vérité indépassable. Ils ne s’étaient pas encore rendu compte que ces fictions chrétiennes étaient au moins aussi absurdes et primitives que celles qu’elles rencontraient dans les pays qu’ils envahissaient.
Pourtant, chemin faisant, le niveau d’éducation continuant à s’élever dans les populations occidentales elles-mêmes, de plus en plus d’universitaires, intellectuels ou scientifiques se guérissaient progressivement du virus de la religion, sans cependant oser encore manifester leur accès à cette salutaire libération, car leur part dans la population ne grandissait qu’assez lentement, leur liberté de penser étant toujours montrée du doigt par les grands troupeaux de ceux qui persistaient à croire que l’univers avait été créé par un ectoplasme.
Aux États-Unis, encore aujourd’hui, il ne fait toujours pas bon de se déclarer athée, si l’on veut pouvoir occuper certaines fonctions, ou même tout simplement trouver du travail, les “sans religion” passant encore pour des êtres immoraux. Ce résidu sociologique prouvant ainsi que la richesse ne connote pas toujours l’intelligence.
On sait que le virus religieux est transmis par l’éducation familiale et que l’éradication des religions sera par conséquent fort lente. En effet, Freud a bien décrit le processus d’infection en 1927 dans “L’avenir d’une illusion” :
À mon avis, il faudrait très longtemps à un enfant non influencé pour qu’il commence à se faire des idées sur Dieu et les choses au-delà de ce monde. Peut-être ces idées emprunteraient-elles alors les mêmes voies que celles qu’elles ont prises chez ses aïeux, mais on n’attend pas que ce développement ait lieu, on lui sert les doctrines religieuses à un moment où il n’a encore ni intérêt pour elles, ni la capacité d’en saisir la portée. Retarder le développement sexuel et hâter l’influence religieuse sont bien les deux points principaux du programme de la pédagogie d’aujourd’hui, n’est-ce pas ? Lorsqu’ensuite s’éveille la pensée de l’enfant, les doctrines religieuses sont devenues d’ores et déjà inattaquables.
En ce qui concerne le retard du développement sexuel, les mouvements survenus dans la jeunesse en 1968 y ont mis bon ordre. Pour le virus religieux, il faudra sans doute attendre plus longtemps.
Pour le moment, on en est encore à considérer que les religions font toujours partie du décor, et notamment de la culture. Et c’est au nom des cultures nationales que l’on exige que les immigrants venus d’une autre planète en adoptent les valeurs séance tenante, dès qu’ils ont passé la frontière de l’occident. Ce faisant on commet deux erreurs tragiques.
La première consiste à ne pas comprendre que la difficulté de ces gens-là à “s’assimiler ou s’intégrer” (quels vilains mots !) n’est pas l’œuvre d’une mauvaise volonté de leur part, mais de la même infection religieuse dont souffrent comme eux les Occidentaux, celle de ce virus intellectuel qui les porte à croire à l’existence de l’ectoplasme dont je parlais au début de cet article.
La seconde est de s’imaginer qu’il est possible aux populations immigrantes de se débarrasser de leur virus et des conséquences sociologiques qui en résultent, alors que les Occidentaux n’y sont pas eux-mêmes parvenus en ce qui concerne le leur ! Ce n’est qu’au fil des générations que cette transformation serait possible, à condition cependant que l’éducation de leurs enfants soit aussi ouverte que l’est généralement à présent celle des nôtres.
Que toutes les religions soient éradiquées, et toutes leurs conséquences culturelles ( je préfèrerais dire : sociologiques ) disparaitraient comme par enchantement. Plus de burka, plus d’exclusion des femmes, plus de prêtres ni d’imams manipulateurs, plus de dogmes creux et… plus de minarets !
On n’en est pas là !
Alors pourquoi nous sommes-nous donné cette difficulté en acceptant cette “colonisation inverse” que constitue l’immigration ? On sait que les raisons en sont bassement économiques. Il était tellement intéressant de se pourvoir d’une main d’œuvre aux salaires misérables ! Vision de myope !
On a ainsi contrarié le mouvement naturel de l’évolution humaine. Restés chez eux, les immigrants dont on ne sait plus que faire à présent avec la progression fulgurante de la productivité induite par l’électronique, leurs sociétés auraient bien entendu évolué comme les nôtres, et l’on aurait pu contribuer à cette transition.
C’est ce qu’ont fait les Chinois, dont l’émigration a été relativement légère, si on l’apprécie par rapport à l’ampleur de leur population. Non seulement ils nous ont presque rattrapé dans beaucoup de domaines, mais ils vont bientôt nous précéder dans la marche vers une société mieux gérée. Il est vrai qu’ils n’ont pas à lutter, eux, contre un virus religieux, et qu’ils maintiennent fermement sous contrôle les tentatives d’infection des religions occidentales, notamment évangéliques.
Alors que faire à présent que ces populations migrantes sont parmi nous ? Pas grand chose, à mon avis. Il faut bien entendu commencer par cesser d’en accepter les aspects dominateurs ! Cela ne fait que les encourager à rester ce qu’ils sont.
Ils sont aussi des humains, et donc dotés des mêmes capacités de développement que nous. Ils nous le montrent souvent. Pourquoi ne les consacrent-ils pas à leurs pays d’origine ?
Ensuite, sans doute, arrêter d’en accepter davantage chez nous. Évidemment pas dans un esprit d’exclusion, mais pour les laisser évoluer au sein de leur propre culture actuelle, tout en multipliant les échanges humains entre tous les pays de la terre, dans le respect mutuel des uns et des autres, de manière à ce qu’un jour tous les peuples du monde aient chassé ces vilains virus qui nous infectent tous, de manière à se retrouver unis et forts contre tous les autres dangers qui menacent notre planète.
On n’en a qu’une !
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Nous avons beaucoup apprécié ce troublant article de Pierre Baqué, parce qu’il montre avec une grande lucidité comment l’acte de suicide d’un travailleur peut résulter de la distorsion identitaire imposée à celui-ci par la mutation des entreprises, sous la pression d’objectifs organisationnels visant la seule efficacité, faisant des hommes de simples rouages d’organigrammes productifs.
Bâtie au départ autour de structures composées d’hommes, l’entreprise a muté au fil du temps vers des structures composées uniquement de processus opérationnels.
La démarche de Pierre Baqué fait froid dans le dos. Mais elle est juste.
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Les mutations dans le management expliquent perte d’identité et suicide
La ” mode ” n’est pas au suicide. Le suicide, drame personnel, atteint les plus désemparés. En France la statistique parle de 2 pour 10 000. Si les salariés de France Télécom sont 100 000 en France, c’est 20 suicides (mortels) par an auxquels il faut hélas s’attendre. Ce qui est nouveau, c’est se suicider en rapport explicite avec son entreprise, sur son lieu de travail, ou en laissant des traces claires de ce lien, ou précisément de cette absence de lien, comme pour donner sens à ce dernier acte. Durkheim avait analysé le lien social comme essentiel à la vie. Or le lien social au sein de l’entreprise se dissout dans la ” mode ” de la création de valeur. Explicitons. L’entreprise est un corps social. De quel corps s’agit-il ?
Corps organique, avec ses métaphores : branches, organes, fonctions, métabolisme… Corps identitaire. ” Vous travaillez à l’usine ? “, dit-on dans ces petites villes qui n’ont souvent qu’une usine. Vous êtes de chez IBM ? Cela se voit sur vous, vos habits, façons de parler, de penser, d’exposer. Vous partagez un horizon, que la boite ait 10 ou 100 000 employés. On parle d’esprit d’entreprise. Le discours du boss a quelque chose de la prédication avant croisade, de la rédaction d’un ordre monastique, du discours au pont d’Arcole. On en sourit souvent, mais c’est le tissu conjonctif d’une entreprise, qui unifie, tonifie, oriente, irrigue, quelque chose qui met en résonance, évite les dissonances, baigne les circuits de l’entreprise dans une sorte d’humeur, de liquide spécifique, son milieu intérieur.
Corps plongé dans un milieu extérieur aussi, bain du marché, concurrents, clients, lois, opinion. Le milieu bouge, nourrit, corrode, menace…
Corps avec dessein enfin. Le but de l’entreprise ? ” Gagner de l’argent “, disent les uns. C’est faux. L’argent est le carburant. Les ratios financiers sont un thermomètre. Ne pas gagner d’argent c’est mourir. Ne pas en gagner assez est mauvais signe. Le but est ailleurs, et multiple, comme la vie : persévérer dans l’être, se développer, construire des avions, faire des films, fabriquer des médicaments, donner du travail à un bassin d’emploi. La motivation d’un chef d’entreprise est forcément tout cela à la fois.
L’entreprise est donc un corps ; et en ce corps un malaise s’installe, qui révèle une mutation. L’entreprise perd sa peau, et son milieu intérieur s’écoule. Tel est mon propos. La mutation s’est produite, en un peu plus de vingt ans, avec deux ingrédients : une chimie particulière des consultants et un nouveau rapport avec l’actionnaire. Les consultants d’abord.
Dans les années 1990 nait la mode du ré engineering. Champy et Hammer en sont les prophètes. A priori rien de bien nouveau. Ré engineering veut dire réorganisation, à visée productive, bref, la routine. Mais trois aspérités méritent d’être notées. On ne parle plus le langage du vivant ; l’entreprise est un objet artificiel, que l’on dessine, avec cahier des charges et table à dessin (plus qu’à dessein) ; le projet de Taylor en plus ambitieux. Insidieusement, par le langage, on dé biologise l’entreprise, certains disent qu’on la déshumanise. On désigne comme variable opératoire du changement, l’informatique : un squelette logiciel tient lieu de charpente rectrice des évolutions ; on en attend des gains notables. On introduit un mot nouveau, le mot ” processus “, qui prolonge dans ses schémas fléchés la logique de l’informatique ; les dessins d’avant comportaient aussi des flux reliant les organes de l’entreprise ; les regrouper en faisceaux de processus ne parait pas relever d’une innovation. Erreur ! Le fait de poser des organes et de les relier par des flèches n’est pas la même chose que dessiner des processus, puis leur accrocher des organes. Les organes résistent. Le rein veut continuer son rôle de rein. Les hommes qui s’occupent de la fonction ” rein ” ne voient pas pourquoi faire appel à une dialyse externe. Mais en décrivant l’entreprise comme un bouquet de processus traversant des organes, nos deux prophètes inversent le regard. La notion de sous-traitance change ; d’ailleurs on ne dit plus ” sous-traiter “, on dit ” externaliser “. Externaliser un rein, c’est une dialyse. Comment théoriser une dialyse généralisée ?
C’est la réorganisation permanente. Quand apparaissent des résistances, on hypostasie le processus, en lui assignant la finalité ultime, indiscutable, incontournable, ” le client “. Sans mots, alors, les résistances cèdent. Les organes se dissolvent, certains se recomposent, les autres tâches sont assumées par l’externe. L’actionnaire maintenant.
À la même époque nait une autre mode, venue d’ailleurs, mais étrangement congruente, celle de la corporate governance (” gouvernance d’entreprise “). L’actionnaire, il est vrai, était divisé, faible ; la démocratie actionnariale peu prise au sérieux. Advient une instance nouvelle, regroupant les actionnaires, le fonds de pension. Coalisant des pouvoirs, organisé, il exige des dividendes et des plus-values ; peu critiquable (car il gère les économies des ménages), il théorise son exigence, et la quantifie ; il faut créer de la valeur, c’est-à-dire faire croitre… la valeur des actions. On ne plaisante plus avec le but : c’est bien gagner de l’argent. Et le dispositif se met en place, alignant les dirigeants sur les intérêts de ceux qui les désignent. Une part de l’idée initiale est excellente ; en rapportant les gains aux ressources mobilisées, on introduit un principe de frugalité bénéfique. Mais le système déraille. Ce qui eût été un indicateur parmi d’autres monopolise les forces. Le polythéisme fait place au monothéisme de l’actionnaire.
C’est un mouvement climatique de masse, que l’on constate, comme Musil dans son premier chapitre de L’Homme sans qualités, voyant s’accumuler les nuages dans le ciel européen d’avant 1914. Le phénomène se déroule, hors d’atteinte de toute action régulatrice : les politiques, agents territoriaux, sont impuissants devant l’agilité de l’internationalisation, les coalitions sociales impuissantes devant l’immensité des bassins d’emploi en réserve dans le monde…
La conjugaison de ces deux effets, poids du capitalisme nouveau et nouveau paradigme de l’entreprise, donne au petit cheval une allure de cheval mécanique. Soulevez la peau, vous ne voyez plus des organes mais des tiges, des nœuds, un réseau complexe et linéaire, une tringlerie. Plus besoin de peau, elle tombe. On voit ce qui fonctionne dedans, faisceaux de processus qui vibrionnent, tiges flexibles comme des valences libres en quête de sites où se fixer momentanément, moins couteux ou plus efficaces. Telle tâche à Bangalore, telle autre en Chine centrale, un centre d’appels à La Réunion, les dividendes en Californie. L’externalisation générale n’est plus une externalisation ; il n’y a plus d’interne et d’externe. L’entreprise n’a plus de peau. Comment un chef d’entreprise ou un DRH peuvent-ils motiver leur personnel ? Comment peuvent-ils dire ” nous ” ? ” Nous ” qui ? Ceux dont le département va être fermé, ou vendu ? Ceux dont le départ est accéléré ? Ceux qui arrivent ? Le projet de l’entreprise ne peut plus être énoncé, touché, senti, il n’est plus crédible pour les salariés.
Le monothéisme pour l’actionnaire n’est pas assimilable, et la désagrégation du corps par les processus ne sait plus rassembler les humains ; le lien est dissous, le liquide conjonctif s’écoule. Comment penser cette nouvelle entreprise, sans corps, sans humeur, sans milieu intérieur ? Comment y vivre ? Les artistes la préfigurent, Pollock en peinture, Kafka en littérature, Beckett au théâtre. Les hommes de l’entreprise seront-ils comme Estragon ou Vladimir, attendant Godot, posés là par hasard sur un routeur désaffecté ou débranché à la croisée des chemins, cherchant à survivre malgré tout, et peut-être, s’ils en ont le temps, à trouver un sens à cela ?
L’homme se tient où ? Devient-il un pur objet contractuel ? Comment peut-il se sentir en ces nœuds fragiles, oscillants, éphémères, prêts à bondir vers un autre méridien ? Peut-il donner autre chose qu’un travail de second choix ? Va-t-il être stimulé ou déprimé ? Un homme nouveau sera-t-il plus adapté à ce monde-là ? Nos enfants sont à l’aise avec le zapping, préfèrent les encadrés au flot ordonné d’un grand texte, sont à l’aise avec les tâtonnements brefs et efficaces du butinage sur le Net ; les mariages durent moins longtemps, la vie rallonge, les CDD fleurissent, les utérus se louent, autre externalisation… Cet homme nouveau, saltimbanque sautillant de site en site, sera sans doute mieux préparé à cette entreprise-là.
Peut-être aussi la perte de peau est-elle simplement une mue ? Le paysage économique se fragmentera-t-il en PME où il fera bon vivre ? En attendant, beaucoup souffrent d’une grave perte de lien. C’est sans doute ce que désignent ces suicides pointés vers l’entreprise. Il y a à faire tout de suite.
Pierre Baqué Conseiller d’entreprise
© Le Monde - publié le 9 octobre 2009
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(Montréal, le 18-09-2009) Les banques centrales et les gouvernements sont inféodés au dollar car ils ont peur de ce qui se passerait s’il disparaissait. Ils ne l’ont jamais envisagé, et pour eux, ce serait le trou noir. Tout serait à réinventer. En somme, pour eux, c’est comme si le dollar avait toujours existé.
Mais heureusement, les entreprises sont plus puissantes à elles toutes que les institutions politiques et financières, et n’éprouvent pas cette même peur.
Celles qui exportent, elles, craignent par dessus tout les variations de change qui mettent leurs tarifs en péril ainsi que leur trésorerie, et finalement leurs résultats, surtout lorsqu’elles contractent des commandes à long terme. C’est aussi vrai pour celles qui vendent que pour celles qui achètent. Et il en existe même de nombreuses qui contractent des emprunts en devises étrangères pour se couvrir des effets de change à la date des règlements. Elles sont généralement obligées de conclure des contrats d’approvisionnement à long terme pour stabiliser leurs coûts. C’est notamment le cas des compagnies d’aviation pour leurs approvisionnements en carburant, mais aussi celui des fabricants d’avions dont les programmes de fabrication peuvent s’étendre sur plusieurs années.
Or, il est tellement facile de s’entendre avec son client ou son fournisseur pour transiger dans une devise stable plutôt que de le faire, par habitude, en dollars. L’un come l’autre peut y trouver avantage. Mais cela ne suffit pas toujours, car la stabilité des autres devises dépend aussi des fantaisies du dollar dans une certaine mesure, car les États eux-mêmes souffrent des variations de la politique monétaire des É-U. Le dollar étant la devise nationale des É-U, il est géré en fonction de leurs seuls intérêts en toute impunité.
Adopter une devise différente dans les transactions entre entreprises ne constitue donc pas une solution totalement satisfaisante. Néanmoins, de plus en plus d’entreprises l’appliquent cependant déjà, et je crois que, de bouche à oreille, elle va progressivement se généraliser, en l’absence de l’adoption d’un nouveau système monétaire à l’échelle de la planète. Je connais en effet quelques entreprises chinoises et européennes qui s’en sont parlé et l’appliquent. C’est beaucoup plus facile qu’entre deux gouvernements, car elles n’ont pas besoin de palabrer très longtemps ensemble pour en décider.
Au niveau des gouvernements et des banques centrales, il faut également souligner la composante politique de leur inaction. Le dollar va rester encore longtemps la devise de l’occident étasunien. Il est en quelque sorte un peu la devise de l’OTAN, et tant que l’on fera subsister ce parapluie parsemé de trous qui ne sert qu’à conforter la domination militaire des É-U, les pays de l’OTAN le garderont et les É-U s’y sentiront en sécurité.
Cependant la terre tourne, et l’occident rétrécit de plus en plus vite par rapport au reste du monde.
Les pays du BRIC (Brésil, Inde, Chine et Russie) occupent à présent une place croissante dans le commerce international, et l’émergence d’une devise nouvelle dépend de plus en plus largement de l’ampleur relative des échanges internationaux de ces pays. Il est par conséquent tout à fait concevable qu’en leur sein une initiative émerge.
La bourse de Shanghai
Parmi ces pays émergents, la Chine est en train de se révéler un bon entraineur. Elle a déjà groupé autour d’elle une bonne partie des États du sud-ouest asiatique, et commerce avec eux en yuan, sa propre devise, qu’elle maintient, pour le moment du moins, à parité avec le dollar.
La Chine vient de faire un nouveau pas en direction d’un yuan dominant. Elle vient d’autoriser la bourse de Shanghai à ouvrir ses portes aux sociétés étrangères à partir du début de 2010. Bien qu’il faudra du temps avant que Shanghai ne devienne une bourse de classe mondiale, c’est la stratégie déterminée du gouvernement chinois que d’y parvenir.
Ce dernier sait que certaines conditions devront être remplies avant que cette bourse puisse tenter les gros canons de la planète : une monnaie librement convertible, ce qui n’est pas encore le cas, une libre circulation des capitaux et un système juridique qui protège la propriété efficacement. Mais tout cela est en route. D’importants progrès ont déjà été faits en ce sens depuis 10 ans et témoignent de la rapidité avec laquelle le gouvernement va probablement œuvrer dans ce sens. L’ouverture de la bourse de Shanghai marquera probablement le début d’un nouveau grand pas de cet immense pays vers une économie plus moderne encore.
La Chine possède beaucoup de capitaux, et par conséquent de nombreuses entreprises de taille moyenne dont le potentiel de production se trouve essentiellement en Chine, pourraient être tentées d’adhérer à cette bourse, dans l’intention d’émettre des actions leur permettant une expansion rapide, sur place et dans ce quartier du monde futur.
C’est en Asie que se trouve la possibilité d’étendre le marché mondial. On le constatera de plus en plus au cours des années qui viennent. La sortie de crise remarquée de la Chine en est le gage. Toutes les prévisions pessimistes que les économistes nous ont prodiguées depuis des années au sujet de l’improbabilité de la pérennité de sa croissance ont été déjouées jusqu’ici par la réalité. Je suis à peu près sûr que ça va continuer encore longtemps.
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(ce texte est rédigé en nouvelle orthographe française)
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Dans un article du Monde du 22 juillet, François Jullien conteste l’utilisation du mot “CRISE” pour désigner l’ensemble des événements que l’humanité traverse en ce moment. Il suggère plutôt d’utiliser son concept de “transformations silencieuses“, dont il a développé si brillamment la thèse dans son dernier ouvrage : “Les transformations silencieuses - Grasset - 2009“, que je suggère à tous et à chacun de lire.
Dans cet ouvrage, François Jullien oppose l’idée de transformation continue du monde, caractéristique de la pensée et de la langue chinoises, à celle de l’identification prédicative d’un sujet, concept d’origine grecque sous lequel le monde occidental continue aujourd’hui de voir le monde.
L’occidental cherche toujours à définir a posteriori les caractéristiques de tout sujet qui lui apparaît nouveau, comme celui qu’il nomme aujourd’hui “la crise”, ce phénomène émergent sans identité véritable, dont il ne soupçonnait pas le processus sous-jacent. Cette “nécessité” héritée des Grecs le conduit à rechercher des “causes immédiates” à toute crise, alors que les racines effectives de celle-ci peuvent plonger en réalité dans un passé fort lointain, et qu’une transition lente mais non perceptible (silencieuse) portait le changement qu’il découvre comme un événement subit, seulement au moment où il éclate à sa perception.
De là ce concept ou ce mot de “crise”, qui nous pousse à reconstruire tel quelle la situation que nous connaissions avant son apparition, alors que nous nous trouvons tout au contraire face à un changement définitif résultant d’une transformation silencieuse que nous avons été incapables de détecter à mesure qu’elle se produisait. Cette manière toute occidentale de penser conduit à une progression de l’histoire par sauts successifs que nous appellons des “crises”, faute d’avoir perçu à temps les processus qui nous y ont conduits, lentement et silencieusement.
C’est ce qui se passe en ce moment. Lorsque la crise financière est apparue, l’occident l’a considérée comme un accident dont il fallait réparer les outrages, par rapport à une situation antérieure qu’il fallait rétablir. D’où la méthode choisie, consistant à alimenter les banques de liquidités artificielles, de manière à leur donner les moyens de distribuer largement un crédit qui faisait brusquement défaut aux consommateurs, et à rétablir “la croissance” antérieure. D’où également la surprise de voir que cette méthode ne fonctionne pas puisque les ex-consommateurs étasuniens se sont mis à épargner tout aussi brusquement, leur taux d’épargne passant en 18 mois, de décembre 2007 à juin 2009, de 3% à 7%. Significatif pourtant !
Que s’est-il donc passé pour que nous nous révélions incapables d’effectuer cette “sortie de crise” par un retour à “l’éternel présent”, car c’est bien de cela dont il s’agit ?
La réponse à cette question est pourtant simple. Un changement progressif s’est produit depuis la fin de la guerre mondiale (dite “seconde” selon l’approche occidentale) jusqu’à nos jours. En 1945 apparaissait un premier changement, produit lui aussi par une transformation silencieuse (de 1918 à 1945), qui plaçait les États-Unis dans une position impériale par rapport à la planète, même si la “guerre froide” ait pu nous faire penser le contraire jusqu’en 1989.
Mais une position impériale, c’est l’espace d’un instant à l’échelle historique. Ça n’existe tout simplement pas, sauf de façon fugitive. Or l’esprit occidental rejette la mort. Il lutte pour l’occulter et ne l’accepte pas. Pour lui, qui croit au paradis dans une si large mesure, le présent DOIT être éternel. D’ailleurs, c’est là sans doute que se trouve l’origine des religions monothéistes - toutes perpétuant le présent dans un temps ultérieur où l’on retrouvera tous les morts du passé dans un espace transcendant. RIEN ne doit changer. Commode !
Comme nous le montre tout au long de son œuvre François Jullien, la pensée chinoise est toute autre. Nulle possibilité de religion n’y ait présente. Le monde constitue une matrice de changements continus qui s’imposent à l’Homme, et dont il lui appartient de déceler les processus souterrains (silencieux) de manière à pouvoir y faire face autant que de possible.
Dans la perspective occidentale, les seuls changements visibles résultent des décisions prises par les autorités dans le but de conserver la situation apparente du présent, avec les privilèges, les situations acquises, la propriété, les hiérarchies, etc . Aveuglé par la certitude d’avoir choisi la bonne décision, l’occidental se trouve alors incapable de percevoir les innombrables fissures qui naissent silencieusement au sein de ce fameux “présent éternel” et qui le fragilisent lentement jusqu’à l’émergence de la “crise” suivante. N’ayant pas été complètement résolue, elle se reproduist ensuite par spasmes successifs de plus en plus rapprochés, et cette enchaînement de crises conduit irrémédiablement à une révolution qui révèle dans la violence la transformation sous-jacente, devenue désormais parfaitement perceptible.
Donc, en 1945, par les hasards de l’histoire, les États-Unis se trouvent en position impériale, laquelle commencera immédiatement à se fissurer. Pour un observateur attentif à l’histoire, il serait assez facile de poser le doigt sur chacune de ces fissures, lesquelles ont conduit progressivement ce grand pays à une position qui n’est absolument plus impériale aujourd’hui.
Mais, tous les efforts étasuniens sont tendus vers une renaissance de leur passé. Tranquillisons-nous, ce passé est mort et bien mort. Nous gagnerions du temps en le reconnaissant avec humilité et en adaptant nos attitudes à la nature du changement produit par l’histoire en une transition qui aura duré 60 ans.
Revenons à aujourd’hui.
En dépit des apparences, les É-U ont repris potentiellement la place d’une nation ordinaire :
- une puissance militaire qui ressemble à s’y méprendre à celle de l’armée romaine des derniers siècles, censée assurer l’imperium sur la romanité, mais incapable de dominer le terrain,
- une doctrine politique organisée autour de valeurs démocratiques, mais en constante contradiction avec la réalité,
- un catéchisme plaidant la liberté partout dans le monde, mais acceptant chez elle une inégalité croissante,
- une réputation d’invincibilité économique, mais impuissante à faire face à la destruction des emplois, avec un chômage officiel à 9,5%, mais à 15% selon les normes européennes,
- un tiers des États fédéraux potentiellement en faillite, avec la Californie en tête, qui survit en créant de la fausse monnaie qui ne dit pas son nom.
L’état de faillite des É-U est l’illustration d’une transformation intervenue en silence, et pour laquelle aucune adaptation n’a été envisagée.
Enfin, le président, par delà ses discours brillants, poursuit l’ancienne politique extérieure de grande puissance, en Afghanistan et au Pakistan, parade encore dans les assemblées internationales, conserve Guantanamo et s’agenouille devant Israël, sauf en paroles.
Sans doute ne peut-il faire davantage, car son opinion publique a été maintenue par les médias dans une mentalité et une illusion de grandeur périmée aujourd’hui. Cette opinion publique attend patiemment que l’ancien “éternel présent américain”, composé du “rêve américain” et de la “destinée manifeste“, émerge à nouveau de l’actuel présent.
Alors que dans le monde entier des manifestations des peuples se déroulent sans discontinuer pour réclamer le changement, souvent dans des violences extrêmes, le “peuple américain” fait sagement la queue devant les bureaux de placement, et va à la pêche.
“Il y a quelque chose de pourri dans le royaume de Danemark !” (Hamlet)
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Depuis le milieu de l’année 2008, les économistes patentés passent une partie de leur temps à se demander si la crise actuelle ressemble ou non à celle de 1929. En restant sur le terrain strictement financier, ils ne risquent pas de trouver la bonne réponse. Depuis l’explosion des subprimes, toute analyse s’exprime en dollars, et d’une manière générale en monnaie, comme si toute chose se mesurait nécessairement avec cette unité parfaitement artificielle.
Les économistes restent donc sur la touche, car la société se mesure avec bien d’autres unités que celle-là, dont la valeur change à tout instant selon la spéculation du moment.
Deux aspects particuliers de ces deux époques, parmi beaucoup d’autres, suffisent cependant à montrer leurs différences, et à montrer que leur comparaison exclusivement financière ne peut mener à aucune prospective intelligente, et surtout ne peut servir à concevoir une stratégie permettant de mettre fin au maelström économique que la planète traverse actuellement.
- En premier lieu, la composition de la population de 1929 était foncièrement différente de celle de 2008. Plus de la moitié des populations vivait de l’agriculture dans de petites communautés rurales ou de villes de faible importance, et se trouvait ainsi moins affectée par la crise. Or de nos jours, cette population rurale ne constitue plus guère que 3 à 5% de la population totale, suffisant à produire la plus grande partie des produits alimentaires nécessaires à la population totale.
Le chômage ne pouvait donc toucher en 1929 qu’une fraction de la population totale. S’il a entrainé une grande misère, ce n’est pas tant que le nombre des sans emplois était considérable, que parce qu’il n’existait pas de protection sociale à l’époque, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui.
En revanche, de nos jours la part de la population exposée au chômage est beaucoup plus importante, non parce que les effectifs salariés sont plus importants, mais parce que l’imbrication des activités industrielles et de service a transformé l’économie en un immense puzzle où tout se tient, et qu’ainsi la fermeture de la moindre entreprise peut provoquer un effet domino considérable de chômage susceptible de toucher la totalité d’un grand pays à travers un immense réseau d’entreprises qui dépendent les unes des autres.
En 1929, cette imbrication étant moins avancée, seules certaines régions industriellement très concentrées subirent la crise. À l’inverse, la crise actuelle se répand sans limite géographique.
- En second lieu, la structure des revenus de 1929, et par conséquent des dépenses, n’avait rien à voir avec celle qui est la nôtre en 2009. En 1929, entre 70 et 90% des revenus étaient consacrés à l’alimentation, au logement et à l’épargne, soit des dépenses incontournables.
Aujourd’hui, l’alimentation et le logement prennent moins de 50% des revenus totaux, auxquels il convient d’ajouter l’endettement, la plus grande partie du reste étant constituée de dépenses évitables ou reportables : renouvellement de la voiture, vacances et loisirs, voyages, remboursement des dettes, etc. Toutes choses dont il est possible de se passer ou d’en différer la dépense. Par exemple, les Étasuniens avaient pris l’habitude de remplacer leur véhicule tous les deux ou trois ans. Or, quoi de plus facile que de porter ce délai à 5 ou 6 ans, lorsque l’on sait que son emploi peut être à tout moment supprimé.
C’est ce qui explique que l’épargne moyenne des citoyens des É-U soit passée de -3% en décembre 2007 à +6,9% en mai 2009, comme par miracle. Ce n’aurait pas été possible en 1929. Quelle a été la contrepartie de ces 9,9% (3+6,9) de revenus économisés ? Et bien l’augmentation du chômage par la baisse de la consommation, tout simplement, et la baisse des importations.
Je n’ai pas pris la peine de fournir dans cet article une grande quantité de statistiques précises. L’ordre de grandeur des données utilisées me semble suffisant pour comprendre que les deux crises que nos économistes veulent obstinément comparer, n’ont rien à voir l’une avec l’autre, et que, tant que l’endettement des Étasuniens ne sera pas revenu à un niveau où ils considèreront que tout risque est écarté pour eux, cette crise perdurera et conduira le pays à sa perte. C’est être très naïf que de croire proche la sortie de crise, alors que cette annonce n’est que pure propagande politique.
Or, si j’ai bien compris ce que le gouvernement des É-U a trouvé comme solution à la crise, c’est de pousser les consommateurs à s’endetter de nouveau, en fournissant aux banques des monceaux de billets de dollars fraîchement imprimés, en attendant la crise suivante qui ne manquera pas de se produire pour les mêmes raisons, mais avec un dollar qui aura entre-temps perdu son pouvoir hégémonique.
Les politiciens et les consommateurs étasuniens ne parlent sans doute plus la même langue.
© André Serra http://andreserra.blogauteurs.net/blog/
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Ceux des États européens qui n’ont pas voulu entrer dans la zone euro le regrettent amèrement en ces jours de crise. Ils se pressent actuellement à Bruxelles pour accélérer leur adhésion. Leurs monnaies nationales ont beaucoup souffert de la crise en cours, et ont perdu de 15 à 30% selon les pays. Le zloty hongrois en particulier. La fière Irlande qui triomphait il y a peu avec un taux de croissance insolent, se compose actuellement un profil bas. Quelques autres n’en mènent pas large non plus. Le président polonais fait moins parler de lui aujourd’hui, et la Slovaquie, euroïsée, nargue à présent la Tchéquie, son ancienne suzeraine, qui frayait il y a encore peu de temps avec les É-U à propos de leur fameux plan de bouclier antimissile, prudemment oublié depuis par Obama.
La question de l’élargissement de la zone euro se discute en ce moment même à Bruxelles. L’envie y est forte de passer par dessus les critères de Maastricht, auxquels la plupart de ces anciennes monnaies ne correspondent guère.
Ce serait là une bonne occasion pour imposer à ces postulants la signature du traité de Lisbonne en échange de ce passe-droit doré. Bizarre que personne n’en parle. Je soupçonne très fort Nicolas Sarkozy d’avoir en gestation dans son esprit une action pour emporter le morceau tout seul à la faveur de la réunion du G20 à Londres, en avril, et redorer du même coup son blason, tellement terni chez ses concitoyens. Tout au contraire, ses succès diplomatiques de 2008 lui ont donné une stature internationale et sa côte est au plus haut dans les autres États de l’Europe. Il se trouve donc en bonne position pour parler haut, d’autant que la position de son pays face à la crise est l’une des moins catastrophiques de l’Europe et du monde, en dépit des jérémiades des Français.
Pourtant, on parle beaucoup d’une possible sortie de l’euro par certains États. Pure spéculation ! L’euro a protégé les pays qui l’ont adopté, et qui lui en sont reconnaissants malgré les critiques venus généralement de leurs partis d’opposition. Les pauvres ! Ces derniers n’ont rien à proposer pour sortir leurs pays de la crise. Alors il leur faut bien cracher dans la soupe, histoire de montrer qu’ils existent !
Un élément important qui peut être associé à cette hypothèse géopolitique est la future élection en juin de Rachida Dati au parlement européen. Écartée du poste de ministre de la justice en France en raison des positions réactionnaires des fonctionnaires du ministère et de l’ensemble des professions juridiques, mais bien loin d’être éloignée pour autant du pouvoir par le président Sarkozy, ce départ lui permet de se mettre à l’abri pour le moment, mais sans doute plus encore de rebondir politiquement au niveau européen.
Ce Sarkozy en jupon est une valeur sûre pour le président français qui, à l’évidence, vise lui aussi une carrière européenne. Les qualités de pugnacité et d’efficacité de cette femme, connues et appréciées en Europe, pourraient en faire rapidement une présidente du parlement européen.
À ce poste, telle Lucien Bonaparte, président du Conseil des Cinq-Cents, propulsant le 18 brumaire An VIII (9 novembre 1799) son frère Napoléon à la tête du Consulat et bientôt sur les premières marches du Premier Empire, elle aurait toute latitude et tout pouvoir de glisser sous les pieds de son patron le tapis menant à la première présidence des États Unis d’Europe.
Je ne doute pas que la réussite d’une telle épopée, menée tambour battant à la vitesse du déroulement de la crise mondiale, calmerait efficacement les récriminations actuelles du peuple français, subjugué.
Attendons pour voir.
© André Serra http://andreserra.blogauteurs.net/blog/
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Depuis près d’une semaine, le $ grignote progressivement l’€ . En revanche, il est lui-même grignoté par le yen et le yuan. Quelques analystes en ont profité pour expliquer qu’une tendance à considérer le $ comme une valeur de refuge serait de retour en ce temps de détraquage de l’économie mondiale.
Ces analystes me semblent quelque peu perturbés par la valse étourdissante des commentaires et des nouvelles économiques qui parcourent les ondes hertziennes dans tous les sens en ce moment.
Comment le $ pourrait-il encore être considéré comme une valeur de refuge aujourd’hui, alors que la dette des É-U est actuellement de 10.000 milliards de dollars ? Leur déficit budgétaire représente actuellement 5% de leur PIB, sans y inclure les 700 milliards du plan de sauvetage des banques, dont l’existence matérielle est problématique. La quasi faillite de l’industrie automobile vient d’être annoncée, après la montée du chômage à 6.5%, suite à la perte de 320.000 emplois au cours des deux derniers mois ! Les Étasuniens croiraient-ils au père Noël ?
Il semble que la vraie raison de cette apparente bonne tenue du $ puisse être trouvée dans le retour au bercail d’importants avoirs étrangers d’entreprises et de citoyens étasuniens soucieux de régler des dettes aux échéances impératives. Mais cet effet est difficile à chiffrer, car une part importante de ces retours peut avoir suivi des circuits non officiels.
Voir : Il est grand temps que le $ cesse d’être la monnaie du monde.
***
En revanche, alors que les conditions difficiles que traversent actuellement les monnaies mondiales justifieraient une envolée de l’or, les cours du métal précieux restent collés depuis une dizaine de jours à l’intérieur d’une fourchette allant de 720 à 740$.
Deux explications sont possibles :
- d’une part, les institutions financières et les particuliers se départissent de quantités importantes d’or pour satisfaire leurs besoins de liquidités, la grande soif actuelle de l’économie,
- d’autre part, le FMI, détenteur de 4.000 tonnes d’or, a annoncé en début d’année son intention de se défaire d’une partie de ce stock pour couvrir ses frais d’opération. En effet, les ressources de cette institution internationale sont à peu près inexistantes aujourd’hui, en raison du fait qu’elle ne prête pratiquement plus rien depuis plusieurs années. Sa réputation de mettre à genoux les pays emprunteurs en raison des conditions draconiennes qu’elle leur imposait, a suscité des initiatives locales pour se passer de ses services, telles qu’on les observe en Amérique du Sud.
Rappelons-nous les émeutes de la fin du mois de décembre 2001 en Argentine, qui ont chassé le Président de la République, Fernando De la Rúa et le ministre des finances, Domingo Cavallo. Entre autres conditions, on avait imposé à l’Argentine de lier le peso au dollar par une parité fixe !!!
Les recettes du FMI ont donc progressivement disparu.
Or, le FMI a reçu au cours du mois dernier de nouvelles demandes de prêts pour répondre à la crise financière. Il a donc accepté de prêter un montant total de 30 milliards de dollars à l’Islande, l’Ukraine et la Hongrie. Une somme dont il n’a pas le premier sou. Il lui faut donc bien trouver rapidement des liquidités importantes pour pouvoir honorer ce nouvel engagement, qui n’est peut-être qu’un début. C’est donc là une bonne raison pour lui d’accélérer la vente de son stock d’or.
Nul doute cependant que d’ici quelques mois, peut-être avant, lorsque ces conditions particulières auront peu à peu disparu, la valeur de l’or remontera rapidement au delà des 800, 900 et sans doute 1000 $ l’once, et qu’en sens inverse le $ reprendra sa propension à chuter. C’est sans doute le moment d’en acheter, car il pourrait ne pas descendre plus bas que son cours actuel.
Selon les résultats de la réunion du G20 à Washington, le 15 novembre, cette inversion de conjoncture pourrait déjà commencer à apparaître.
@ André Serra http://andreserra.blogauteurs.net/blog/
Autre article à consulter : Dollar et Euro - quand le second remplacera-t-il le premier ?
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