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L’économie mondiale est atteinte de thrombose monétaire !
En termes financiers, cela signifie que le monde croule sous les liquidités issues des plans de relance de tous les pays atteints par la crise des subprimes.
Faisons une parabole de ce qui est en train de se passer : plantez une plante dans une plaque de béton, si vous pouvez. Ensuite arrosez la abondamment jusqu’à ce qu’elle se mette à pousser. Si elle pousse, vous avez de la chance, sinon votre plante va mourir. Manifestement, la méthode employée n’était pas la bonne.
Pourtant, il ne se passe pas autre chose dans les économies occidentales atteintes par la crise et qui n’en sont pas encore sorties, malgré la propagande qui prétend que la crise est derrière elles. Or, on ne pourra dire que la crise est passée que :
- lorsque le taux de croissance aura dépassé 1,5%, après que les aides directes, telles que primes à la casse et au logement auront été supprimées depuis au moins trois mois,
- lorsqu’une hausse légère du taux d’intérêt pourra être supporté par l’économie sans que la crise reprenne.
Avant cela, nous serons toujours en crise. Les États-Unis et l’Europe sont donc toujours en panne quelque soient les petits indices d’amélioration qui se manifestent ça et là, mais qui ne sont pas stables dans le temps. La Chine, ses amis du BRIC [Brésil, Russie, Inde, Chine] et quelques autres ont d’ores et déjà dépassé ce test. C’est ainsi que l’Australie a pu augmenter à deux reprises son taux d’intérêt en le portant à 3,75%. Mais il est vrai que c’était surtout pour calmer l’emballement de son économie, essentiellement basée sur le commerce des matières premières.
Voyons comment ça se passe aux É-U par une autre parabole :
Si vous versez du café à côté de la tasse destinée à le recevoir, celle-ci ne se remplira pas, mais la nappe qui la supporte en sera largement imbibée : le café, ce sont les dollars, la tasse est l’économie et la nappe, le secteur financier de l’économie. On en est là ! Après son sauvetage le secteur financier put emprunter à la Fed des sommes considérables à 0% ou presque, et les plaça dans des actifs extérieurs au pays, parce qu’ils y sont plus rentables qu’aux É-U. Mais surtout, ses opérateurs recommencèrent les activités de “carry trade” qu’ils avaient dû abandonner au début de la crise faute de capitaux. Pendant ce temps le reste de l’économie fut privé de crédit, à l’exception notable du secteur de l’automobile.
D’un autre côté, les classes les plus riches du pays n’ont jamais été aussi riches et continuent de s’enrichir, en particulier parce que depuis l’époque Bush leurs impôts ont été considérablement réduits, et que de ce fait, leur épargne est devenue colossale. Elles disposent donc de liquidités démesurées. Qu’en faire ?
Contrairement au secteur financier, ces classes n’ont pas besoin d’argent. Elles croulent sous leurs ors, mais ce n’est pas une raison pour les laisser dormir. Elles les utilisent pour acheter des actifs négociables. D’abord en bourse, actions et matières premières, mais aussi dans l’immobilier de luxe. Elles ont donc ainsi puissamment aidé à ce que la bourse se rétablisse, même si la plupart des valeurs y sont surévaluées. Mais elles ne peuvent guère aller plus loin. Compte tenu de la situation économique, cela commencerait à être dangereux. Par contre, l’immobilier de luxe est intéressant. Son marché est plus étroit et bien contrôlé. Il ne s’agit d’ailleurs pas pour eux de construire. C’est beaucoup trop long avant de rapporter. Elles préfèrent guetter les occasions, et les revendre rapidement. Il n’en manque pas et il suffit de bien choisir.
En résumé, malgré les sollicitations pressantes du gouvernement, les banques ne prêtent pas aux entreprises, et encore moins aux particuliers, tellement elles ont peur de courir des risques. Et puis elles gagnent tellement plus en échangeant des dollars presque gratuits contre des devises étrangères qui rapportent. Tant pis si elles fossilisent leur pays !
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Quant aux particuliers, la plupart de ceux qui ne sont pas encore chômeurs sont endettés jusqu’à l’os. Alors ils ont revu leur budget, et remboursent leurs dettes autant qu’ils le peuvent. C’est pour cela que leur taux d’épargne, négatif à -3% en décembre 2007, est passé à près de +7% en octobre 2009. Donc, pas question pour ceux-là de s’endetter à nouveau. Bien sûr ce taux est un taux moyen, d’autres épargnent beaucoup plus, mais bien plus encore ne sont même pas capables de faire face à leurs propres échéances. Sans parler de ceux qui doivent abandonner leur maison aux mains de leur banquier, car le rythme des saisies ne dérougit toujours pas. Il y a encore beaucoup de contrats “subprimes” à venir, ceux que les propriétaires ont réussi à honorer jusqu’ici, mais qu’ils doivent à présent abandonner parce qu’ils sont arrivés aux limites de leurs moyens.
Je ne parle évidemment pas des chômeurs. Leur taux dans la population est passé de 10,2 à 10,1% en un mois. Quelle victoire pour le gouvernement ! Mais celui-ci se garde bien de publier le nombre de ceux qui sont sortis de leur droit à être indemnisés, ni de ceux qui ont abandonné toute recherche d’emploi, ou qui travaillent seulement quelques heures par ci, par là. En les compilant, on arrive à un taux de sous emploi très proche de 20%.
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Pendant ce temps-là, les dollars généreusement imprimés par la Fed se répandent sur la planète grâce à l’astuce du “carry trade”. C’est autant de dollars qui sortent du circuit monétaire officiel. Ils vont gonfler les poches de tous ceux, États et particuliers, qui croient en la résurrection du dollar et de son économie. “Trop gros pour faillir“, dit la rumeur publique. Comme le WTC probablement.
Les É-U ont donc ainsi marchandisé leur monnaie. Celle-ci perd peu à peu son rôle de vecteur d’échange pour devenir simple objet de commerce. Mais qu’à cela ne tienne, c’est facile à fabriquer.
Cependant, à imprimer tant et tant de coupures du fameux dollar, celui-ci perdra nécessairement sa valeur à long terme. C’est une autre façon de créer de l’inflation sans que les prix augmentent. Malin n’est-ce pas ! On craignait que toutes ces vaines dépenses allaient créer de l’inflation ! Que nenni ! On file des dollars qui ne valent plus grand chose aux étrangers contre la meilleure monnaie de ceux-ci, lesquels viennent ensuite les échanger à leur tour sur les bourses de New York et de Chicago, faisant ainsi monter les cours des actions et de certaines matières premières. Vous voyez bien que les É-U sont sortis de la crise puisque le cours des actions monte, apportant ainsi un peu de gras au dollar. Malin, non, cette stratégie-là ?
Pas exactement. Déjà la bourse retombe, mais le dollar grimpe contre l’euro, affecté par les difficultés financières de la Grèce, de l’Espagne et du Portugal. Nous en sommes cependant sans doute à la dernière étape, avant qu’une véritable crise monétaire n’éclate au détriment du dollar.
Nouvelle du jour : Une mise en garde est à faire, pour terminer, en ce qui concerne la croissance du 4ème trimestre 2009 des É-U, annoncée provisoirement à +5,7% en rythme annuel par le département du commerce, ce vendredi.
L’analyse de sa structure montre que 3,39 de ce taux est dû à un surstockage des entreprises, qui sera très probablement corrigé à la baisse dans le résultat définitif publié fin mars.
En effet, si on se limite aux ventes finales, celles-ci ne progressent que de 2,2%, soit au même taux qu’au troisième trimestre, toujours en rythme annuel. La majorité des économistes et la banque centrale s’accordent cependant pour prévoir une croissance lente en 2010.
Ce serait déjà ça !
André Serra
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Ces quatre mots désignent les facettes clés de l’économe étasunienne en 2010. Comment s’articulent-elles entre elles en ce début d’année ?
CHÔMAGE
La croissance du chômage indemnisé décroit aux É-U. C’est bien, mais le nombre réel des sans emplois augmente malgré tout du fait de gros bataillons de chômeurs qui perdent tous les mois leur droit à des indemnités, car identifier la décroissance des licenciements mensuels comme une décroissance du chômage constitue une pure et simple manipulation de vocabulaire. Le chômage augmente donc moins vite, mais le nombre cumulé des chômeurs réels continue d’augmenter sans arrêt. Il n’y a donc pas encore de sortie de crise aux É-U, comme on n’a pas arrêté de nous le seriner depuis trois mois.
De cette importante “nuance” résulte le fait que lorsque l’on ajoute au chômage “officiel” les salariés à temps très partiel et les chômeurs non indemnisés, le réel chômage économique est passé de 17,2% en novembre à 17,3% en décembre, pendant que le chômage “officiel” descendait de 10,2% à 10%. Voilà comment le gouvernement parvient à faire chuter le taux de chômage lorsque le nombre de chômeurs augmente. De la pure magie ! Les pertes d’emplois “officielles” depuis le début de la crise sont passées de leur côté de 3,1 millions en 2008 à 4,2 millions en 2009, pour un total de 7,3 millions.
En effet, seul est officiel le nombre des chômeurs indemnisés, et le gouvernement hésite à augmenter la durée de l’indemnisation légale, car cela aurait pour effet de gonfler immédiatement la statistique du chômage “officiel”, avec un impact certain sur la confiance des citoyens, et par conséquent sur la consommation. Toutefois le gouvernement risque d’y être bientôt contraint s’il veut éviter que des manifestations publiques de mécontentement ne se déclenchent dans les prochains mois, d’autant que le nombre mensuel de saisies immobilières continue de jeter beaucoup de monde dans la rue. Il reste encore beaucoup de victimes des subprimes, même si on a tendance à les oublier. Le gouvernement tentera probablement de maintenir le statu quo jusqu’aux élections de mi-mandat, en novembre 2010. Mais cela lui sera certainement de plus en plus difficile d’éviter des déraillements après avoir beaucoup rassuré, car de nouveaux raisins de la colère sont en train de mûrir. Socialement, les É-U vont de plus en plus mal. L’espoir obamaniaque a perdu son effet magique.
Ce qui est particulièrement dommageable est la perte continue des emplois industriels, car ce sont les seuls qui créent une réelle richesse dans le pays. Apparemment, l’augmentation des emplois dans les services compense largement leur destruction dans l’industrie, mais leur rôle économique est bien différent. En outre, l’augmentation des services en fin d’année est constituée pour une grande part d’emplois temporaires liés à celle de l’activité commerciale de fin d’année. Elle retombera rapidement en janvier. On vient d’ailleurs d’en voir le résultat pour décembre, avec l’annonce d’une destruction de 85000 emplois, après seulement 4000 en novembre, statistique qui avait été accueillie par des cris de triomphe prématurés. Non, l’économie des É-U n’est pas sauvée et n’est pas près de l’être. On a d’ailleurs simultanément annoncé que le nombre des destructions d’emplois d’octobre avait été rectifié à 127 000 après 111 000 annoncés. On a arrêté de se frotter les mains dans les chaumières des É-U.
Tout compte fait, le chômage continue donc de prospérer dans le pays, bien que le rythme de sa progression faiblit un peu. Il ne s’arrêtera probablement complètement que lorsque la production de biens sera descendu au niveau correspondant à la réelle consommation potentielle de la population, hors nouvel endettement de celle-ci. C’est là une vérité de La Palice, mais les Étasuniens l’avait oubliée depuis quelques années.
CONSOMMATION
Dire que les Étatsuniens sont toujours très endettés est un pur truisme. D’autre part, leurs revenus ont baissé en valeur constante. Beaucoup d’entreprises ont exigé de leur personnel des baisses de salaire souvent importantes pour empêcher leur dépôt de bilan. Ce fut notamment le cas des salariés de la construction automobile et de la presse, mais pas seulement.
Les citoyens ont pris toute la mesure de leur endettement avec la crise et les risques de licenciement. Depuis un an, ils tentent de se désendetter. C’est pourquoi leur taux d’épargne qui était encore négatif à -3% en décembre 2007 s’est mis à croitre rapidement, et s’établit actuellement entre 7 et 9% selon les mois. Il est donc logique que leur niveau de consommation ait baissé d’autant, du moins en valeur.
Si donc les citoyens consomment environ 10% de moins en valeur constante qu’en 2007, il est normal que le pays ait besoin de moins importer et de moins produire, et par conséquent d’avoir moins de monde au travail. Ce qui continuera de nourrir le chômage, jusqu’à ce que le niveau de production corresponde à celui des dépenses que les consommateurs s’accordent à présent. À partir de ce nouveau niveau de chômage, le nombre de gens sans emplois restera stable, à moins que des progrès de productivité réalisés par les entreprises ne l’affectent par de nouveaux licenciements ou baisses de salaires. Ce qui n’aurait rien d’impossible, les entreprises faisant des pieds et des mains pour retrouver les bénéfices de leurs années de splendeur, au détriment de leur personnel.
CROISSANCE
Ceci étant dit, pourquoi la croissance repartirait-elle dans ces conditions ? Tout semble concourir à ce que les É-U atteignent, courant 2010, un solide niveau de stagflation, c’est-à-dire une stagnation de la production dans un environnement inflationniste, compte tenu des excès connus et continus de la machine à fabriquer des dollars fictifs, machine fermement sollicitée par le gouvernement chaque jour qui passe pour boucher les énormes trous de son budget.
CRÉDIT
Ici, nous nous trouvons devant une contradiction, car le gouvernement n’arrête pas de reprocher aux banques de trop serrer les cordons de leur bourse et de ne plus prêter assez d’argent.
Cette attitude de sa part surprend, car si la consommation n’augmente pas en raison du fait que les consommateurs ont décidé eux-mêmes de consommer moins pour pouvoir réduire leur considérable endettement, on ne voit pas comment les banques pourraient les obliger à “bouffer” du crédit malgré eux.
D’autre part, compte tenu du chômage, et de l’importance des saisies immobilières qui perdurent sur fond de licenciement persistant, les risques que courent les banques en prêtant se sont considérablement accrus. Les reproches du gouvernement ne sont donc que de la poudre aux yeux pour culpabiliser les banques et s’éviter à lui-même les critiques de la population.
Enfin, sur le front de l’investissement la situation ne peut être meilleure pour les mêmes raisons. Si les besoins de la population ont diminué, alors les investissements de production n’ont pas lieu d’être. Seuls les investissements correspondant au lancement de nouveaux produits pour soutenir la concurrence, et ceux qui ont pour but d’améliorer productivité et coûts de production peuvent justifier de nouveaux emprunts.
Même ceux-ci ne représentent plus qu’une fraction des investissements passés, et surtout, les demandes de prêts des entreprises se heurtent à présent, comme pour les particuliers, aux réticences des banques, en raison des risques accrus courus du fait de l’affaiblissement d’une grande partie des entreprises, surtout des plus petites. De toutes les manières, les investissements de productivité ayant surtout pour but un allègement des coûts salariaux, ils exercent un biais positif sur le niveau du chômage, de telle sorte que, de quelque côté que l’on se tourne, l’économie des É-U a du mal à retrouver un équilibre durable.
***
Le système bancaire ne récoltant plus que de maigres intérêts de son activité de banque de détail, il essaye d’exploiter au mieux les facilités offertes par la FED. Pour le moment, c’est le taux nul des prêts interbancaires de celle-ci qui lui permet de survivre, et de rembourser les aides financières que l’État lui a consenties par le moyen du TARP. Les étonnants bénéfices que les banques ont annoncés récemment proviennent d’une utilisation exacerbée du “carry trade“, lequel consiste à emprunter des sommes importantes à la Fed au taux de 0% et de placer ensuite ces sommes dans des pays où les taux sont plantureux, comme ceux de l’Australie par exemple où ils sont de 3,75%, et où les risques sont encore peu importants.
C’est une “industrie” parasite qui caractérise bien une économie où le trucage et l’expédient sont devenus une règle courante. Gagner ainsi des sommes fort importantes par une activité dans laquelle l’opérateur n’engage, ni sa responsabilité, ni la sueur de son front, est totalement immorale et devrait être purement et simplement interdit. Cette pratique nuit en outre à l’économie étrangère dont elle parasite les circuits monétaires, en lui prenant des intérêts qui l’affaiblissent, et n’ajoute aucune vraie richesse dans l’économie de son propre pays.
Au moins ce système maintient-il l’église au milieu du village des É-U pour le moment, selon la circularité suivante : l’État crée immédiatement des dollars, qu’il n’a pas, pour les avancer aux banques afin de leur éviter de faire faillite. La FED leur prête de son côté des sommes illimitées à 0%. Les banques n’ayant plus de revenus normaux, puisqu’elles ne prêtent plus d’argent, utilisent celui de la FED pour spéculer selon le carry trade sur les devises des pays qui jouissent encore de taux élevés. Enfin, avec les bénéfices colossaux de ce carry trade, elles peuvent rembourser les avances de l’État, de telle manière qu’elles retrouvent l’indépendance d’action que le gouvernement avait fait semblant de vouloir leur ôter, et reprendre le cours ordinaire des opérations louches qui ont provoqué la crise, car elles n’ont rien appris de celle-ci. N’est-ce pas génial ?
CONCLUSION
La crise est passée par un creux depuis la rentrée de septembre. Mais ce creux est maintenant dépassé par la remonté du chômage et quelques autres indices désagréables. Deux directions devraient donc être suivies par l’État étasunien le plus rapidement possible.
La première consisterait à suspendre ou même supprimer les aides à l’économie, telles celles des “primes à la casse” pour l’automobile, et celles dont bénéficient les nouveaux propriétaires immobiliers. L’État est en effet parvenu au bout du rouleau, et les initiatives projetées par beaucoup de pays dans le but de se passer d’un dollar essoufflé, progressent à grandes enjambées.
Les É-U ne peuvent ignorer ce mouvement, lequel, s’il devait s’accélérer, lui enlèverait la force de frappe dont il a bénéficié depuis 65 ans, et qui explique largement pourquoi ce pays a pu atteindre le niveau de croissance qui était encore le sien il y a quelques années. Il est impératif pour eux de rétablir la confiance dans le dollar, car leur hégémonie ne tient que par lui ( et non par la force armée ), et de son côté, le dollar ne tient plus que par une hégémonie désormais branlante. Leur hégémonie et le dollar marchent en effet d’un même pas. Si l’un défaille, l’autre s’efface et réciproquement.
La seconde direction est le relèvement du taux interbancaire par la FED, qui est pratiquement à “0″ depuis plus d’un an. Sans ce relèvement, le risque, actuellement nul, de voir une solide inflation s’installer très vite dans le pays, deviendrait majeur, provoquant assurément la stagflation dont je parle plus haut.
Or, c’est là que les États-Unis vont probablement frapper un mur. S’ils agissent trop vite, leur économie sera incapable de supporter une hausse significative des taux. Soyons conscients du fait que les quelques indices positifs que leur économie présente depuis quelques mois reposent entièrement sur un taux d’intérêt nul, ainsi que sur les aides à la construction automobile et à l’immobilier. Mais s’ils tardent au contraire à agir dans ce sens, s’en sera sans doute terminé à la fois pour le dollar et leur hégémonie.
Entre la perte du statut international du dollar et la ruine de leur économie, les possibilités de solutions pour le gouvernement des É-U sont à peu près inexistantes, car le temps joue actuellement contre lui. Pour le moment, il se replie sur des expédients et sur la propagande.
L’année 2010 sera très dure pour lui, son chef et sa population.
Quant à la vraisemblance d’une relance économique rapide … !
© André Serra
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L’échec de la conférence de Copenhague sur le climat aurait, selon les journalistes, étonné beaucoup de monde, étant donné les immenses espoirs que l’humanité avait placé en elle. Pour ma part, je suis très étonné de cet étonnement. En effet, dans un article du 18 novembre, j’évoquais déjà la certitude de son échec (La mondialisation à l’américaine a bel et bien échoué - voir son lien en fin d’article) et je n’étais pas le seul à en être convaincu.
La citoyenneté terrienne n’existe pas, ou du moins pas encore. À Copenhague, le dernier jour de la conférence, les dirigeants des tribus non fédérées de la planète ont confirmé indirectement, mais très fermement, cette réalité aux habitants de la planète. Évidemment tout le monde le savait bien, mais n’en avait peut-être pas tiré toutes les conséquences.
Ce que ces tribus ont pratiqué jusqu’ici sous le nom usurpé de “mondialisation“, pour tromper le vrai monde, n’a jamais existé. On aurait dû plus simplement appeler ces pratiques, “libre échangisme“. De son côté, l’organisme désigné par les initiales OMC, également tribal, qui tente avec difficulté de discipliner ces échanges, on devrait plutôt l’appeler : Office des marchandises colportées. Cet “office” n’est en effet que cela, car il ignore totalement les cultures, les religions, les ethnies, bref, tout ce qui caractérise vraiment le Monde et tout ce qui rend chaque pays et sa population, différent des autres, et surtout : unique. C’est la raison même de son échec. Tout ramener à l’économie comme si elle constituait l’unique raison de vivre de l’humanité signe une intelligence de robot incapable de saisir la profondeur de la vie sociale, et réagissant exclusivement à des commandes numériques écrites machinalement par des automates universitaires. Difficile de croire que ce sont des économistes. Tout diplôme ne renvoie qu’à lui-même !
En effet, les seuls aspects de l’union du monde humain qui intéressent ceux qui prétendent savoir gouverner la planète, sont à présent les échanges commerciaux de marchandises et de monnaies, sous le doux nom de Phynance. Les autres sujets ne sont là que pour distraire l‘opinion publique des véritables objectifs des puissants. Nous sommes désormais gouvernés par des automates, qui croient être des humains pensants. Le sort de la planète et de ses habitants leur est totalement indifférent en dépit des discours brillants qu’ils nous administrent, simples dictons, aphorismes et mantras, appris par cœur et répétés à l’envie.
On peut assez facilement comparer les tares de leur essai d’unification du monde à celles de la construction de l’Union Européenne, modèle réduit de la planète, avant qu’elle ne se dote en novembre d’un président et d’une représentante aux Affaires Étrangères. Auparavant, cette Union était seulement économique, avec la monnaie unique depuis 2001, et souffrait précisément de l’absence de toute structure politique contraignante. C’est précisément cette absence qui a déterminé le lamentable échec de la conférence de Copenhague. On peut affirmer en toute lucidité que sans une telle structure, il sera impossible de mener une bataille réussie contre le changement climatique en cours.
Mais dans les salles animées de la rencontre, un autre grand absent semblait avoir été oublié : La crise mondiale, laquelle, malgré toutes les annonces mensongères de sa fin prochaine, continuait son processus de destruction parmi les hommes et les entreprises. Le sujet n’en semblait plus actuel. Personne n’en parlait. Mais c’était là une fausse quiétude.
Elle se trouvait tapie dans l’ombre de chacune des phrases prononcées par les intervenants. Chacun de leurs mots dissimulait le spectre de la croissance en panne, et de la tension vers une nouvelle économie plus forte encore, pour faire vivre des dizaines de millions de chômeurs sur la planète, et cela sans que tous ces discoureurs ne se rendent compte le moins du monde que c’était précisément cette croissance à marche forcée qui avait fabriqué la menace climatique, le sujet du jour. Quelle incohérence et quelle contradiction ! Tous ces pourcentages de réduction de CO2 n’étaient analysés que comme autant de pourcentages de chômeurs en plus pour leur pays. Dans ces conditions comment croire que tous ces beaux messieurs avaient franchi terres et mers pour discuter d’efforts qui ne pourraient que compromettre l’autre grand sujet qu’ils avaient en tête ? Pourquoi ne pas avoir reporté cette conférence à plus tard, une fois tous les chômeurs remis au travail ?
Il est donc regrettable que la crise n’ait pas été officiellement à l’affiche, au lieu de l’avoir laissé inavouée dans les replis cervicaux des grands de ce monde. On aurait évité une hypocrisie de plus. On aurait compris. On aurait pardonné l’échec.
Crise et climat, les deux “C“, sont en effet deux aspects indissolublement liés dans leur sort commun. Copenhague est un échec, mais le “G22“, également précédé du même espoir de voir les peuples de la planète se réunir et travailler ensemble pour résoudre une crise systémique qui perdure, débouche aujourd’hui sur le constat que rien n’a changé, faute de décisions réellement mondiales. Premier échec que l’on cherche à cacher, car il marque la persévérance du monde dans l’hypocrisie et l’incompétence, filles d’idéologies persistantes.
182 ou 183 chefs d’États réunis pour prendre une décision, quelle pitié ! Dans les assemblées de députés des pays démocratiques, la règle de la majorité, bonne ou mauvaise, permet de prendre des décisions applicables à toute la nation. Comment s’imaginer qu’il pourrait en être autrement dans une assemblée mondiale dont les participants se sentent observés par leurs peuples, auxquels, bientôt, ils demanderont de les réélire, et qui subissent au moment même les affres d’une crise mondiale qui n’en finit pas, malgré les apparences et les discours.
On est donc fort loin d’une réelle mondialisation, car elle ne pourrait vraiment commencer qu’à partir d’une unification politique concrète, et l’on peut être sûr que la question climatique ne sera résolue que sous la condition de la création d’une autorité mondiale. C’est peut-être une utopie, et je ne suis pas assez naïf pour ne pas voir toutes les implications et par conséquent toute les difficultés d’un tel projet, mais c‘est seulement à ce prix que l’humanité sera sauvée ou non. Il ne sert donc à rien de le nier pour se donner simplement à nouveau des raisons d’en reculer l’échéance.
On comprendra maintenant pourquoi la comparaison avec l’Union Européenne permettait de décoder la poutre dans l’œil de la conférence.
Pourtant, de la déception de Copenhague a jailli un nouveau cautère sur nos jambes de bois. On dit maintenant partout que, finalement, l’impasse de Copenhague n’était qu’un début, mais que les bonnes décisions seront prises à la prochaine conférence mondiale, l’année prochaine à un autre Marienbad, laquelle en programmera sans doute elle-même une autre à un autre Marienbad du monde, et ainsi de suite jusqu’au moment où la planète des Hommes partira à la dérive et que la pénultième conférence soit prévue sur un radeau de la Méduse.
Tout le monde aux chaloupes … !
article sur le même thème :
La mondialisation à l’américaine a bel et bien échoué
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Le PIB des É-U du troisième trimestre de 2009 vient d’être annoncé en hausse de 3,5% par le département du Commerce des É-U. Cette nouvelle serait bien venue si d’autres informations ne venaient mettre en doute cette performance, ou du moins son intérêt, d’autant plus que pour la Maison Blanche, elle prétend apporter la preuve que ce pays serait sorti de la crise dans le courant de l’été.
Je citerai deux exemples significatifs.
Tout d’abord, selon la Maison Blanche, le plan de relance du 17 février concocté par Geithner, le représentant au Trésor, serait responsable de 3 ou 4% dans ce taux de PIB (dépêche du 30-10-09 de l’AFP).
Trop parler peut cependant nuire, car si cette assertion était confirmée, cela voudrait dire que sans ce plan, l’économie étasunienne n’aurait présenté aucune croissance naturelle au cours de cette période, et que par conséquent son seul résultat aura été d’avoir creusé la dette publique de 340 milliards ( montant indiqué comme dépensé à la fin septembre, sur le montant de 787 milliards accordé par le Congrès ).
On serait donc loin d’une sortie de crise véritable, puisque le montant du PIB ” naturel ” aurait encore été inférieur au PIB d’avant crise. Dans ces conditions, on comprend que tous les niveaux politiques du pays puissent considérer qu’il faille continuer à maintenir l’économie sous respiration artificielle, notamment en conservant le taux de la Fed à 0%, autrement dit sous endettement continu ou impression continue de dollars sans contrepartie. Personnellement, je suis porté à considérer ce résultat plutôt comme une aggravation de la crise que son contraire.
D’autres résultats vont d’ailleurs dans le même sens. On apprend ainsi que sans la “prime à la casse” de 4 à 5000 $ sur les automobiles, la hausse du PIB se serait limitée à 1,9%. On peut comprendre que beaucoup de particuliers aient profité de l’aubaine tant qu’elle était valide, mais cette prime a disparu fin août. Il est peu probable que les amateurs renouvellent cette performance au trimestre suivant. Ceux qui le pouvaient se sont servis, et il est plus que probable que l’on retrouve rapidement les niveaux de vente du début d’année.
Dans l’immobilier, les petites améliorations que l’on a rencontrées, ont également été réalisée en grande partie grâce au crédit d’impôt de 8000$ dont pouvaient bénéficier les premiers acquéreurs. Mais cette facilité expirera fin novembre.
Enfin, sur le front du chômage, tout le monde est à peu près d’accord, politiciens et économistes réunis, pour affirmer qu’il continuera à progresser pendant un an, quoiqu’en ralentissant progressivement, entrainant par conséquent une diminution continue des revenus disponibles pour la consommation. Sur ce plan, on sait également que le gouvernement a été obligé de porter la durée d’indemnisation des chômeurs de 26 semaines ( durée légale ) à 53 dans un premier temps, pour limiter les sorties d’indemnisation, puis à 79 semaines dans certains États fédéraux particulièrement mal en point d’un point de vue budgétaire. Or le nombre d’États fédéraux en situation précaire, actuellement autour de 15, va probablement avoisiner les 25 dès le début de l’année prochaine. À ce rythme, ce qui reste des 787 milliards du plan Geithner initial va disparaître rapidement. Des PIB négatifs vont donc réapparaître dès le premier trimestre de 2010.
Le second exemple qui montre la vraisemblance d’une poursuite de la crise aux É-U, sinon même son approfondissement, est apporté par l’analyse de l’utilisation du plan de relance Obama/Geithner du 17 février.
On part donc du montant du plan de 787 milliards de dollars, dont 340 (43,2%) seulement auraient été dépensés à la fin du troisième trimestre de 2009. Sur cette somme, 195 correspondent aux restitutions fiscales consenties aux particuliers et aux PME, 145 ont été distribués à travers les extensions des durées d’indemnisation du chômage dont nous venons de parler, et enfin 40 à 44 (selon les sources) sont allés à certains États fédérés pour éviter des licenciements trop importants dans les effectifs des enseignants, menacés par des coupures budgétaires.
Reste alors 105 milliards (101 si on retient le montant de 44 pour les subventions scolaires).
Cette somme est réputée avoir servi à créer des emplois et/ou éviter des licenciements dans certaines entreprises. Le montant des effectifs concerné varie selon les sources. Le plus couramment indiqué est celui de un million de postes de travail. À ce niveau l’imagination de l’administration Obama a largement montré sa créativité. La plus “romantique” me paraît être celle de Christina Romer, conseillère économique du Président Obama (Le Monde - 29-10-09 - Sylvain Cypel). D’après elle, cette somme aurait “permis d’en créer (des emplois) entre 600 000 et 1,2 millions”. Sans commentaire !
Si on s’arrête à un million d’emplois sauvés ou créés, pour faire bonne mesure, cela signifie que l’on a dépensé 105 milliards pour atteindre cet objectif. Ou encore 105000 dollars ( 70 000 euros ) par emploi créé ou protégé, ce qui représente entre deux et trois fois le salaire annuel moyen selon la catégorie de personnel.
Je crois qu’on peut se demander si une telle dépense était justifiée. Du seul point de vue de l’endettement de l’État fédéral, il est évident qu’il aurait été plus économique de perdre ces emplois.
Au terme de cet article, les spéculations sur l’avenir de l’économie des États-Unis pourront varier d’un lecteur à un autre. Tout peut être dit à ce propos.
Pour ma part, je pense qu’après une étape qui a conduit la bourse étasunienne au rebondissement auquel j’ai consacré récemment un autre article ( voir lien ci-dessous ), nous allons assister à une nouvelle poussée de crise aux É-U, probablement plus difficile encore à réduire, mais surtout, assister à une chute sans égale du dollar sous le poids d’un endettement faramineux, celui-ci impossible à éviter, qui mènera nécessairement à la création d’une monnaie mondiale de réserve, cette fois complètement distincte de toute monnaie nationale existante.
Sinon…
Article cité : Le stratagème des É-U pour sortir de la crise en évitant la débâcle monétaire
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Nous avons beaucoup apprécié ce troublant article de Pierre Baqué, parce qu’il montre avec une grande lucidité comment l’acte de suicide d’un travailleur peut résulter de la distorsion identitaire imposée à celui-ci par la mutation des entreprises, sous la pression d’objectifs organisationnels visant la seule efficacité, faisant des hommes de simples rouages d’organigrammes productifs.
Bâtie au départ autour de structures composées d’hommes, l’entreprise a muté au fil du temps vers des structures composées uniquement de processus opérationnels.
La démarche de Pierre Baqué fait froid dans le dos. Mais elle est juste.
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Les mutations dans le management expliquent perte d’identité et suicide
La ” mode ” n’est pas au suicide. Le suicide, drame personnel, atteint les plus désemparés. En France la statistique parle de 2 pour 10 000. Si les salariés de France Télécom sont 100 000 en France, c’est 20 suicides (mortels) par an auxquels il faut hélas s’attendre. Ce qui est nouveau, c’est se suicider en rapport explicite avec son entreprise, sur son lieu de travail, ou en laissant des traces claires de ce lien, ou précisément de cette absence de lien, comme pour donner sens à ce dernier acte. Durkheim avait analysé le lien social comme essentiel à la vie. Or le lien social au sein de l’entreprise se dissout dans la ” mode ” de la création de valeur. Explicitons. L’entreprise est un corps social. De quel corps s’agit-il ?
Corps organique, avec ses métaphores : branches, organes, fonctions, métabolisme… Corps identitaire. ” Vous travaillez à l’usine ? “, dit-on dans ces petites villes qui n’ont souvent qu’une usine. Vous êtes de chez IBM ? Cela se voit sur vous, vos habits, façons de parler, de penser, d’exposer. Vous partagez un horizon, que la boite ait 10 ou 100 000 employés. On parle d’esprit d’entreprise. Le discours du boss a quelque chose de la prédication avant croisade, de la rédaction d’un ordre monastique, du discours au pont d’Arcole. On en sourit souvent, mais c’est le tissu conjonctif d’une entreprise, qui unifie, tonifie, oriente, irrigue, quelque chose qui met en résonance, évite les dissonances, baigne les circuits de l’entreprise dans une sorte d’humeur, de liquide spécifique, son milieu intérieur.
Corps plongé dans un milieu extérieur aussi, bain du marché, concurrents, clients, lois, opinion. Le milieu bouge, nourrit, corrode, menace…
Corps avec dessein enfin. Le but de l’entreprise ? ” Gagner de l’argent “, disent les uns. C’est faux. L’argent est le carburant. Les ratios financiers sont un thermomètre. Ne pas gagner d’argent c’est mourir. Ne pas en gagner assez est mauvais signe. Le but est ailleurs, et multiple, comme la vie : persévérer dans l’être, se développer, construire des avions, faire des films, fabriquer des médicaments, donner du travail à un bassin d’emploi. La motivation d’un chef d’entreprise est forcément tout cela à la fois.
L’entreprise est donc un corps ; et en ce corps un malaise s’installe, qui révèle une mutation. L’entreprise perd sa peau, et son milieu intérieur s’écoule. Tel est mon propos. La mutation s’est produite, en un peu plus de vingt ans, avec deux ingrédients : une chimie particulière des consultants et un nouveau rapport avec l’actionnaire. Les consultants d’abord.
Dans les années 1990 nait la mode du ré engineering. Champy et Hammer en sont les prophètes. A priori rien de bien nouveau. Ré engineering veut dire réorganisation, à visée productive, bref, la routine. Mais trois aspérités méritent d’être notées. On ne parle plus le langage du vivant ; l’entreprise est un objet artificiel, que l’on dessine, avec cahier des charges et table à dessin (plus qu’à dessein) ; le projet de Taylor en plus ambitieux. Insidieusement, par le langage, on dé biologise l’entreprise, certains disent qu’on la déshumanise. On désigne comme variable opératoire du changement, l’informatique : un squelette logiciel tient lieu de charpente rectrice des évolutions ; on en attend des gains notables. On introduit un mot nouveau, le mot ” processus “, qui prolonge dans ses schémas fléchés la logique de l’informatique ; les dessins d’avant comportaient aussi des flux reliant les organes de l’entreprise ; les regrouper en faisceaux de processus ne parait pas relever d’une innovation. Erreur ! Le fait de poser des organes et de les relier par des flèches n’est pas la même chose que dessiner des processus, puis leur accrocher des organes. Les organes résistent. Le rein veut continuer son rôle de rein. Les hommes qui s’occupent de la fonction ” rein ” ne voient pas pourquoi faire appel à une dialyse externe. Mais en décrivant l’entreprise comme un bouquet de processus traversant des organes, nos deux prophètes inversent le regard. La notion de sous-traitance change ; d’ailleurs on ne dit plus ” sous-traiter “, on dit ” externaliser “. Externaliser un rein, c’est une dialyse. Comment théoriser une dialyse généralisée ?
C’est la réorganisation permanente. Quand apparaissent des résistances, on hypostasie le processus, en lui assignant la finalité ultime, indiscutable, incontournable, ” le client “. Sans mots, alors, les résistances cèdent. Les organes se dissolvent, certains se recomposent, les autres tâches sont assumées par l’externe. L’actionnaire maintenant.
À la même époque nait une autre mode, venue d’ailleurs, mais étrangement congruente, celle de la corporate governance (” gouvernance d’entreprise “). L’actionnaire, il est vrai, était divisé, faible ; la démocratie actionnariale peu prise au sérieux. Advient une instance nouvelle, regroupant les actionnaires, le fonds de pension. Coalisant des pouvoirs, organisé, il exige des dividendes et des plus-values ; peu critiquable (car il gère les économies des ménages), il théorise son exigence, et la quantifie ; il faut créer de la valeur, c’est-à-dire faire croitre… la valeur des actions. On ne plaisante plus avec le but : c’est bien gagner de l’argent. Et le dispositif se met en place, alignant les dirigeants sur les intérêts de ceux qui les désignent. Une part de l’idée initiale est excellente ; en rapportant les gains aux ressources mobilisées, on introduit un principe de frugalité bénéfique. Mais le système déraille. Ce qui eût été un indicateur parmi d’autres monopolise les forces. Le polythéisme fait place au monothéisme de l’actionnaire.
C’est un mouvement climatique de masse, que l’on constate, comme Musil dans son premier chapitre de L’Homme sans qualités, voyant s’accumuler les nuages dans le ciel européen d’avant 1914. Le phénomène se déroule, hors d’atteinte de toute action régulatrice : les politiques, agents territoriaux, sont impuissants devant l’agilité de l’internationalisation, les coalitions sociales impuissantes devant l’immensité des bassins d’emploi en réserve dans le monde…
La conjugaison de ces deux effets, poids du capitalisme nouveau et nouveau paradigme de l’entreprise, donne au petit cheval une allure de cheval mécanique. Soulevez la peau, vous ne voyez plus des organes mais des tiges, des nœuds, un réseau complexe et linéaire, une tringlerie. Plus besoin de peau, elle tombe. On voit ce qui fonctionne dedans, faisceaux de processus qui vibrionnent, tiges flexibles comme des valences libres en quête de sites où se fixer momentanément, moins couteux ou plus efficaces. Telle tâche à Bangalore, telle autre en Chine centrale, un centre d’appels à La Réunion, les dividendes en Californie. L’externalisation générale n’est plus une externalisation ; il n’y a plus d’interne et d’externe. L’entreprise n’a plus de peau. Comment un chef d’entreprise ou un DRH peuvent-ils motiver leur personnel ? Comment peuvent-ils dire ” nous ” ? ” Nous ” qui ? Ceux dont le département va être fermé, ou vendu ? Ceux dont le départ est accéléré ? Ceux qui arrivent ? Le projet de l’entreprise ne peut plus être énoncé, touché, senti, il n’est plus crédible pour les salariés.
Le monothéisme pour l’actionnaire n’est pas assimilable, et la désagrégation du corps par les processus ne sait plus rassembler les humains ; le lien est dissous, le liquide conjonctif s’écoule. Comment penser cette nouvelle entreprise, sans corps, sans humeur, sans milieu intérieur ? Comment y vivre ? Les artistes la préfigurent, Pollock en peinture, Kafka en littérature, Beckett au théâtre. Les hommes de l’entreprise seront-ils comme Estragon ou Vladimir, attendant Godot, posés là par hasard sur un routeur désaffecté ou débranché à la croisée des chemins, cherchant à survivre malgré tout, et peut-être, s’ils en ont le temps, à trouver un sens à cela ?
L’homme se tient où ? Devient-il un pur objet contractuel ? Comment peut-il se sentir en ces nœuds fragiles, oscillants, éphémères, prêts à bondir vers un autre méridien ? Peut-il donner autre chose qu’un travail de second choix ? Va-t-il être stimulé ou déprimé ? Un homme nouveau sera-t-il plus adapté à ce monde-là ? Nos enfants sont à l’aise avec le zapping, préfèrent les encadrés au flot ordonné d’un grand texte, sont à l’aise avec les tâtonnements brefs et efficaces du butinage sur le Net ; les mariages durent moins longtemps, la vie rallonge, les CDD fleurissent, les utérus se louent, autre externalisation… Cet homme nouveau, saltimbanque sautillant de site en site, sera sans doute mieux préparé à cette entreprise-là.
Peut-être aussi la perte de peau est-elle simplement une mue ? Le paysage économique se fragmentera-t-il en PME où il fera bon vivre ? En attendant, beaucoup souffrent d’une grave perte de lien. C’est sans doute ce que désignent ces suicides pointés vers l’entreprise. Il y a à faire tout de suite.
Pierre Baqué Conseiller d’entreprise
© Le Monde - publié le 9 octobre 2009
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À un moment clé de la crise économique internationale, où la survie du dollar étasunien en tant que devise de référence du commerce international est en question, il est bon de rappeler les avantages extravagants que cette position exceptionnelle a rapporté aux USA au cours des 65 dernières années [soit depuis le traité de Bretton Wood en 1944].
Ces privilèges n’ont pas été pour rien dans l’extraordinaire essor de ce pays, qui en a profité au maximum pour atteindre sa position hégémonique actuelle. La contestation de ces privilèges, même si on n’en parle peu, s’ajoute au reproches d’instabilité sur laquelle l’ensemble de la planète s’appuie actuellement pour chercher à remplacer le dollar le plus rapidement possible, par une nouvelle devise mondiale indépendante de tout pays en particulier.
C’est pourquoi nous publions aujourd’hui le texte suivant, extrait d’un livre édité par l’institut Aspen de France en 2008, aux éditions “ Autrement ”, de la page 152 à la page 156.
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MULTIPOLAIRES
Wang Xiangsui
Le dollar procure aux États-Unis d’énormes bénéfices en tant que monnaie principale de règlement et de réserve dans le système monétaire international. Alors que presque tous les pays du monde doivent proportionner leurs dépenses à leurs recettes, les États-Unis n’y sont pas tenus. Ils demeurent le plus grand pays consommateur en dépit d’un double déficit commercial et budgétaire.
Bien sûr, l’économie mondiale n’est pas un jeu à somme nulle où les gains de l’un entraînent les pertes de l’autre. Le système économique dominé par le dollar, tout en bénéficiant aux États-Unis, rend possible le maintien de la prospérité et de la stabilité dans beaucoup d’autres pays, y compris ceux de l’Europe et le Japon. Il convient d’ailleurs d’ajouter la Chine et l’Inde à la liste des bénéficiaires au cours des vingt dernières années.
Ce fait ne peut néanmoins dissimuler l’injustice du système: tout fonctionne en effet autour des intérêts d’un seul pays. Si l’économie américaine connaissait un problème, les États-Unis pourraient transmettre la crise aux autres économies par des moyens financiers. Ainsi de l’accord du Plazza, signé par le Japon dans les années 1980 à l’incitation et sous la contrainte des États-Unis, qui englua l’économie japonaise dans dix ans de stagnation. En outre, des spéculateurs financiers américains amassent des profits en attaquant le marché par des outils dérivés financiers de leur conception, ce qui conduit nombre de pays à la crise économique. Clairement, le système monétaire du dollar, chaise à un pied, n’est pas en mesure de maintenir à long terme l’équilibre nécessaire à un développement stable du monde.
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L’information sur la crise en cours, à laquelle nous devrions avoir droit, nous est souvent livrée à l’état brut, ou strictement interprétée à l’aune d’une réalité dépassée, seulement un peu bousculée par la crise ambiante. Or, toutes les dispositions prises par le pouvoir politique tendent à nous faire revenir à la situation qui prévalait avant l’explosion des subprimes, alors que les acteurs, consommateurs et entreprises, ont tiré de cette crise des enseignements tout à fait différents. Décrivons ces trois états :
- Pour le gouvernement des É-U et quelques autres, il n’est question que de revenir à la situation de surendettement des particuliers qui prévalait avant que la crise n’éclate en 2008, comme si les effets de celle-ci se limitaient à l’épisode des subprimes, et qu’une fois supprimés les effets de cet épisode, on pourrait faire repartir la croissance comme si rien ne s’était vraiment passé. C’est ignorer volontairement que ses causes s’étendaient, elles, à la situation de surendettement général de la totalité de l’économie de ce pays, État compris.
Pour le gouvernement des É-U, la seule façon de sortir de la crise consistait donc à recréer les conditions voulues pour que le système bancaire redistribue ses prêts aux particuliers, de manière à ce que ces derniers relancent la croissance, par une consommation aussi irresponsable que celle qui annonçait la crise, comme si rien d’autre n’avait changé entre temps. Or, s’il y avait eu crise, c’est qu’il y avait problème, et s’il y avait problème c’est qu’on n’en avait pas vraiment compris les origines, ni la nature profonde.
C’était là considérer les acteurs économiques, tant consommateurs qu’entreprises, pour des ignares, le gouvernement et son administration possédant seuls, a priori, la compétence voulue pour tirer d’affaire le pays. C’était faire preuve ainsi d’un effarant esprit simpliste, et d’une grande incompétence. Les politiciens qui règnent actuellement dans le monde ne sont vraiment plus à cet égard que des « faiseurs de crises » irresponsables.
Ils ont tout simplement oublié que toute crise, qu’elle soit économique, sociale ou simplement politique, débouche toujours sur un nouvel équilibre de la société, très différent de celui que, précisément, la crise a eu pour effet de détruire.
- Les consommateurs ont, semble-t-il, mieux compris l’esprit de la crise que leurs dirigeants. Le spectacle à leurs portes des saisies immondes, dont ont été victimes les familles qui crurent dans les artifices des vendeurs d’hypothèques, leur a davantage ouvert les yeux qu’à ceux des politiciens. Cette vision a agi sur eux à la manière d’un électrochoc salutaire, provoquant la prise de conscience de leur propre fragilité financière, créée par leur propre surendettement. Il devint clair en effet pour eux que la crise avait été déclenchée par l’insolvabilité d’une partie importante des consommateurs à subprimes. Et ils ne se sentaient eux-mêmes qu’à quelques encablures de la même situation.
Bien sûr, le nœud gordien du déclenchement de la crise était-il lié à de téméraires créations financières, les contrats immobiliers à subprimes. Mais les consommateurs prirent également conscience du fait que ces initiatives avaient été consécutives à l’arrêt du boom immobilier solvable, et avaient eu pour but de prolonger ce boom au-delà de ce que l’économie pouvait décemment supporter. La crise ne pouvait donc s’arrêter à leur porte, car l’insolvabilité générale des É?U était déjà largement connue de tous. Le péril était fort proche.
Alors naquit assez rapidement la tendance des particuliers à se défaire le plus rapidement possible de leurs propres dettes, en épargnant le plus possible, donc en consommant moins. Fort naturellement, cette tendance s’étendit à l’ensemble des É-U en quelques mois. Plus réalistes que ceux qui les dirigeaient, les consommateurs ont donc choisi le chemin de la sagesse. C’est ainsi que le taux moyen d’épargne des Étasuniens est passé en près de deux ans, de -3% en décembre 2007, à très près de +8% en octobre 2009.
- Les entreprises suivirent un raisonnement parallèle à celui des consommateurs. Pour elles, l’analyse de cette crise, ramenée à une vision réaliste des mouvements économiques en cours, débouchait sur la constatation que sa caractéristique fondamentale était d’être une crise de surproduction immobilière, et non une crise financière, même si ses premiers effets ressentis étaient, de façon logique, d’ordre financier.
Il ne faut en effet jamais prendre les effets des phénomènes pour leurs causes, et inversement. Voilà une vérité dont les gouvernements occidentaux, G8 et compagnie, ont voulu faire l’économie, et qui va compromettre leur sortie de crise. Or, toute surproduction immobilière dissimule ou précède une surproduction plus générale, dans la mesure où l’une et l’autre se développent dans un même cadre financier, et ce phénomène n’a pas échappé à la plupart des entreprises.
On pourrait illustrer cette réalité en la comparant à une voiture dont le moteur ne devrait pas être poussé au-delà de 5500 tours, mais dont le conducteur, néanmoins, le pousse à 6000 tours pour augmenter sa jouissance personnelle. Dans ce cas, inutile d’être grand clerc pour comprendre qu’un tel moteur aura une longévité fort réduite. Cette métaphore représente pleinement la croissance étasunienne des dix dernières années, où l’écart entre les 5500 et les 6000 tours représenterait, dans l’économie de cette époque, ce qu’a été pour elle le surendettement provoqué par la surconsommation à crédit.
Malgré cela, les pouvoirs publics cherchent encore à inciter les entreprises à investir, croyant naïvement que l’investissement pourrait être l’ébauche d’une nouvelle croissance. Ils pensent que la reprise des investissement porterait sur des achats destinés à augmenter la production, ou à créer de nouveaux produits qui allècheraient les consommateurs.
Or, les chefs d’entreprises vivent à l’écart des grands concepts agités par les politiciens et les économistes théoriciens. Ils ont le nez sur le pare-brise du milieu dans lequel ils baignent, composé de clients, de fournisseurs et de concurrents. Sans avoir peut-être objectivé le concept de surproduction à l’échelle nationale ou mondiale, ils ont en tout cas compris que ce n’était pas le moment d’accroitre le volume de leur production, car, au contact de leur clientèle (certains diraient : « de leur marché »), il leur est possible de constater qu’entreprises et consommateurs doivent être en phase, bien loin des considérations des gouvernements idéologiques.
Si les consommateurs épargnent afin de pouvoir survivre à la crise, que font donc les entreprises dans ce même but ? Hé bien elles investissent, c’est-à-dire le contraire de leurs clients, mais certainement pas en vue de produire davantage.
Ce que les entreprises cherchent en effet à faire, ce sont deux choses. La première, déjà très avancée, a consisté à réduire leurs effectifs au strict nécessaire pour les besoins de leur marché, en brusque minimalisation du fait du chômage et de l’augmentation de l’épargne, dont l’effet immédiat est de diminuer la demande. L’économie se trouve donc à mille lieues de pouvoir repartir sous une incitation artificielle à revenir à l’endettement passé, ce que les supputations Obama/Geithner/Bernanke n’ont absolument pas pris en compte dans leurs plans. Plus fort, ils s’apprêtent à en remettre une couche… !
La seconde chose à laquelle les entreprises sont en train de travailler, c’est de diminuer leurs couts, pour se mettre en position favorable de compétitivité face à ce que j’appellerais “la concurrence de sortie de crise“, car la crise actuelle, nécessairement, s’achèvera par la mise hors course d’une quantité d’entreprises, petites ou grandes, par liquidation (ou faillite) pure et simple, ou bien rachat (ou fusion). Trop d’entreprises se partagent un marché de plus en plus en phase de réduction, au moins pour l’instant.
Or, la seule part des prix de revient sur laquelle les entreprises peuvent agir assez librement et avec efficacité est celle des couts de personnel, dans la mesure ou les couts sociaux qu’ils comprennent sont en hausse constante, notamment en raison du fait que les États, face à leurs propres déficits, tentent de s’en décharger de plus en plus sur leurs citoyens par l’augmentation des cotisations (assurance maladie et chômage …).
Le resserrement des couts de personnel commence évidemment par celui des effectifs, et celui-là ne peut être réalisé que par des progrès dans la productivité de l’entreprise, une fois réalisée l’élimination du personnel surnuméraire. À son tour, la productivité du travail, à égalité de production, ne peut être obtenue que par des investissements ciblés : allègement des procédures de travail et augmentation des automatismes de production et de livraison. Dans l’un et l’autre cas, les investissements correspondants font appel à des spécialistes de l’organisation du travail, conjointement avec des renouvellements de matériel permettant la fusion de deux ou plusieurs étapes des chaines de production et/ou l’accroissement de la fluidité de cette chaine (diminution du temps de permutation de produits sur un même ensemble de machines, particulièrement nette, par exemple, dans l’imprimerie). Or ces différentes dépenses d’investissement sont totalement passibles d’un financement bancaire, ce qui ne peut être le cas d’une embauche de personnel supplémentaire. Le choix de la meilleure solution est évident.
Cette tendance est actuellement centrale, bien que tout à fait invisible aux yeux de l’opinion publique. C’est elle qui permettra aux entreprises de rester dans le marché, et de survivre à toutes les nouvelles contraintes qui s’exercent sur elles. Les licenciements secs se poursuivront donc encore longtemps, et pas seulement au niveau des emplois précaires. Beaucoup de postes d’encadrement seront également concernés, car remplacés par des procédures informatisables.
On doit donc s’attendre à une sortie de crise construite sur l’accentuation du chômage, et une économie en stagflation combinant une inflation déterminée par le gonflement des liquidités créées par les plans inefficaces des États, avec une déflation générée par les effets des gains de productivité qui alimenteront des concurrences féroces dans les secteurs industriels et des services, en se traduisant par des baisses de prix en cascade.
Le monde occidental est donc entré dans une ère permanente de chômage, au moins pour de nombreuses années. J’en suis le premier désolé. Il est temps que les gouvernements en prennent conscience. Cela prendra cependant du temps. D’ici là de grands bouleversements risquent bien d’intervenir.
© André Serra
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Bibliographie :
Jeremy Rifkin - La fin du travail - 1995 - 1997 chez Boréal pour la version française
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Pour « La Revue », Richard Milne a interrogé Jean-Yves Le Gall, le PDG d’Arianespace.
Il lui a posé cette question : selon vous, est-ce un problème que les Asiatiques se tournent de préférence vers les États-Unis quand ils veulent s’expatrier ?
Jean-Yves Le Gall répondit :
Oui, c’en est un. J’ai passé une partie de mon doctorat, il y a presque trente ans, à l’université de Berkeley et j’y reviens chaque année. À l’époque, il n’y avait que des Américains. Aujourd’hui, ce sont pour moitié des Chinois et pour moitié des Indiens ; il n’y a plus d’Américains ou de scientifiques venant d’autres parties du monde. Ce sont tous ces gens qui ensuite produisent les innovations et stimulent l’économie mondiale.
© La Revue/Financial Times
Dans la question de Jean-Yves Le Gall figurait l’idée d’une expatriation. Effectivement, il y a une dizaine d’années, les Asiatiques traversaient les océans, non seulement pour faire des études qu’ils ne pouvaient faire chez eux, mais aussi pour rester ensuite aux États-Unis, où des ponts d’or leur étaient proposés. Mais ce n’est plus tout à fait le cas aujourd’hui.
Depuis, l’Inde et la Chine se sont considérablement développées, et offrent à leurs étudiants des situations assez comparables à celles qui leur sont offertes aux États-Unis. D’autre part, si les É-U restent encore en pointe par rapport au reste du monde dans beaucoup de secteurs technologiques, environ 40% de leurs usines de production ont été délocalisées, précisément le plus souvent en Asie.
Il en est résulté le fait que les gouvernements asiatiques cherchent logiquement à créer, en amont de leur industrie, les unités de recherche qui leur font défaut pour accroitre leur compétitivité en aval. La majeure partie des étudiants asiatiques de Berkeley retourne donc dans leurs pays, études faites, ou après avoir passé deux ou trois années de pratique dans de grands groupes étasuniens.
Cette évolution ne devrait pas surprendre les Étasuniens, car la même chose s’est produite avec le Japon après la Seconde Guerre mondiale. Les Japonais ont commencé à produire des objets assez frustes au début de leur renaissance après 1945, puis ont envoyé leurs étudiants se former aux É-U, et ont ensuite damé le pion aux États-Unis dans beaucoup de secteurs technologiques.
C’est ainsi que des groupes très puissants, tels que Canon, Toyota, Mitsubishi, Sony et bien d’autres, se sont créés, ont produit des matériels plus compétitifs que ceux des entreprises étasuniennes, les ont d’abord exportés aux É-U, puis ont fini par installer leurs propres usines dans ce pays. Il n’y a guère d’autre explication à la quasi-disparition des industries automobiles, photographiques et autres aux États-Unis. Et c’est maintenant à l’Inde et surtout à la Chine d’en faire autant.
Il y a toutefois une différence de taille entre ces deux mutations, celle du couple Inde/Chine d’une part, et celle du Japon d’autre part. C’est que, si le Japon a réussi cette transformation remarquable avec une population inférieure à celle des É-U [en 1945 : 120 millions de Japonais contre 135 millions d'Étasuniens], l’Inde et la Chine opposent de leur côté près de deux-milliards-cinq-cents-millions d’habitants (2 500 000 000) à trois-cents-dix-millions d’Étasuniens (310 000 000) aujourd’hui ! Soit huit fois plus !
Pour réussir, le Japon a dû donner la primauté de son développement à l’exportation, son marché intérieur étant de dimension réduite, et ayant été rapidement saturé. Par contre, l’Inde et la Chine, après avoir assis leur « émergence » économique sur l’exportation comme l’avait fait le Japon, disposent encore à présent de marchés intérieurs immenses, et à peu près sous-développés.
L’une et l’autre peuvent à présent retourner leur dispositif économique stratégique vers leur propre population, ce qui explique leur sortie de crise beaucoup plus précoce que celle des pays développés, comme je l’avais d’ailleurs annoncé dans un article antérieur du 7 juillet 2009 [La bataille du dollar].
Je suis même persuadé que, tout au moins en ce qui concerne la Chine, cette situation résulte d’un plan stratégique parfaitement coordonné, conçu et arrêté depuis Deng Xiao Ping. Elle image tout à fait la puissance de la pensée chinoise, notamment celle qui s’appuie sur « L’art de la guerre de Sun Tsu », qui peut tout aussi bien s’appliquer à la stratégie économique qu’à celle des champs de bataille.
[Sur la pensée chinoise, lire les ouvrages de François Jullien]
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Notes :
L’université de Californie, Berkeley est reconnue comme l’une des cinq meilleures universités dans le monde aux côtés de Harvard, l’université de Cambridge, l’université d’Oxford et l’université Stanford. En 2007 et 2008, elle est classée au 3e rang des meilleures universités dans le monde par l’université de Shanghai.
Au milieu du XXe siècle, le campus de Berkeley vécut son âge d’or, en physique, chimie et biologie, si bien qu’on la surnomma « l’Athènes de l’Ouest ». À cette époque l’utilisation du cyclotron, inventé par Ernest Orlando Lawrence permit aux physiciens travaillant sur le campus de découvrir la plupart des éléments chimiques plus lourds que l’uranium, occasion d’engranger de nombreux prix Nobel. Deux de ces éléments, le berkélium et le californium furent ainsi nommés en l’honneur de cette université. Deux autres, le lawrencium et le seaborgium rendent hommage à deux professeurs Ernest Orlando Lawrence et Glenn T. Seaborg.
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Au centre d’un maelström d’informations économiques souvent contradictoires, je ne suis pas certain que beaucoup de monde s’y retrouve. Pourtant, la crise continue, superbement indifférente à ce qu’on dit d’elle. On dit qu’elle est terminée. On dit qu’elle ne cessera que lorsque l’économie recommencera à embaucher. On dit, on dit, on dit !!!
Mais en tous les cas, il est certain que cette foutue crise est toujours là et que, en dépit d’une inflation, bien réelle celle-là, des discours, des réunions, des forums ici ou là, des G2, 8, 20, une seule chose est démontrée tous les jours : les politiciens comme les économistes sont plantés. Leur salive coule abondamment mais leurs neurones sont plats.
Il y a cependant bien des choses contradictoires dans toute cette affaire. Prenez le secteur financier aux É-U. On a accusé leur gouvernement d’avoir renfloué les institutions financières au lieu de refinancer les malheureux emprunteurs de subprimes que l’on continue de jeter à la rue par milliers. A-t-on bien compris pourquoi ? On s’est généralement contenté de dire que l’on privilégiait ainsi les riches. Bien sûr ! Bien sûr !
Mais pas seulement. On nous l’a pourtant expliqué sans arrêt depuis plus d’un an : on avait voulu donner de l’argent aux banques, passablement ruinées, les moyens de prêter à nouveau aux gens pour qu’ils recommencent à consommer en s’endettant, et fassent ainsi repartir la locomotive de la croissance.
Fort bien ! Mais le gouvernement des É-U avait-t-il oublié que la principale cause de la crise avait précisément été l’endettement des particuliers, si élevé que ceux-ci ne pouvaient plus faire face à leurs échéances. En effet, on a toujours parlé des emprunteurs de subprimes, mais on ignora royalement les autres consommateurs, endettés souvent par de multiples cartes de crédit à des taux de 18 à 24%, et dont les difficultés de paiement émergèrent dans le même temps où la Fed commença à ré augmenter ses taux, provoquant ainsi l’éclosion de la crise des subprimes.
En somme, en faisant en sorte que les consommateurs puissent à nouveau emprunter et consommer, le gouvernement des É-U agit de telle sorte que la crise reparte à ses débuts, sans doute avec une force et des dégâts bien plus considérables.
Cependant, en supposant que les consommateurs tombent à nouveau dans le panneau, qu’achèteraient-ils ? Sans doute en grande partie des produits importés, alors qu’avant la crise, c’est la croissance des importations qui avait mené à l’alourdissement progressif du déficit commercial du pays, lequel conduisit ainsi à son tour le dollar au déclin continu de sa valeur.
Mais heureusement pour le pays, les Étasuniens ont arrêté leur consommation échevelée. Depuis l’éclatement de la crise, ils épargnent et se sont mis à rembourser leurs dettes. En décembre 2007, ils dépensaient encore 3% de plus que le montant de leurs revenus. En juillet 2009, ils étaient parvenus à épargner 7% sur leurs revenus.
Des preuves ? En juillet 2009, le crédit à la consommation a diminué d’un montant record de 21,6 milliards de dollars (source : la Fed). D’autre part, l’encours de crédit à la consommation a reculé ce même mois de 10,4% en rythme annuel. En juin, la chute du crédit avait été annoncée à 10,3 milliards, mais elle vient d’être réévaluée à 15,5 milliards !
Sur un an, le crédit à la consommation a diminué de 11,7 % !
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On peut donc dire, d’ores et déjà, que le gouvernement des É-U a manqué sa cible deux fois. D’un côté, il a dépensé plusieurs milliards de dollars pour rien, puisque la consommation n’est pas repartie. De l’autre, par un affolant endettement de l’État, il a créé les prémisses d’une crise monétaire sans précédent, qui débouchera sans doute à terme sur la perte de l’hégémonie du dollar.
On sait que la devise étasunienne fait déjà l’objet d’attaques incessantes de nombreux États dans le monde : le BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine), les pays d’Amérique latine qui projettent de créer une devise commune, les Monarchies pétrolières qui vont en faire autant en 2010, etc.
Mais depuis peu, un rapport émanant cette fois de l’ONU (Les Affaires - 19 sept. 2009), propose de réduire l’influence du dollar étasunien en confiant à l’ONU la mission de créer une monnaie supranationale, c’est-à-dire indépendante des États souverains.
Le FMI jouerait le rôle de Banque Centrale Internationale pour cette monnaie, qui serait basée sur un panier de monnaies nationales, celles-ci ne disparaissant pas, mais ne jouant plus de rôle dans le commerce international.
Cette conjonction parait beaucoup trop générale et suffisamment puissante pour ne pas être écartée du revers de la main par les Étasuniens. Encore faudrait-il que ceux-ci ne suscitent pas une résurgence de la crise en cours par des actions mal évaluées.
C’est pourtant ce qu’ils semblent faire…
© André Serra
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Cet article répond aux règles de la nouvelle orthographe
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- Timothy Geithner
La crise mondiale se décompose en de nombreuses menaces distinctes, dont l’ensemble est extrêmement difficile à gérer. Il faut quelquefois choisir de se concentrer d’abord sur celles qui menacent directement le fondement même de l’économie.
Et de toutes ces menaces sectorielles, celle qui est la plus importante pour les É-U est, sans contestation possible, la pérennité du dollar, en tant que devise de référence mondiale de l’économie. La raison en est que ce statut privilégié leur permet de financer leur propre économie avec les taux les plus bas, qu’ils fixent eux-mêmes en fonction de leurs propres besoins, sans égard aux autres économies de la planète. Il leur a également permis d’ériger un véritable pôle pour les capitaux qui circulent à travers le système économique mondial. Le dollar constitue donc leur toute première priorité, avant la déflation qui les talonne et malgré le chômage grandissant. Mais ils se gardent bien de le proclamer haut et fort.
Or les programmes de relance des É-U ont compromis la stabilité de leur devise. Déjà de nombreux pays proclament la nécessité de remplacer le dollar, ou en tous les cas de lui adjoindre un partenaire plus solide. Aussi les É-U ont-ils choisi de sortir de la crise par le haut.
Depuis bientôt deux ans, les É-U s’enfoncent irrémédiablement dans la crise, bien qu’ils aient sauvé leur système financier moribond en l’arrosant de milliers de milliards de dollars qu’ils ne possédaient pas. Leur débâcle n’en finit pas de s’aggraver.
De plus, leur chômage se poursuit chaque jour, à mesure que leur système industriel se décompose peu à peu sous leurs yeux. Les Étasuniens diminuent leurs dépenses pour rembourser leurs dettes, et échapper ainsi au sort des millions de pauvres gens jetés à la rue parce qu’ils ne peuvent honorer leurs créances hypothécaires. Ils empêchent ainsi la consommation du pays de revenir à son niveau antérieur, et par conséquent de sortir de la crise.
L’administration a parfaitement compris que le surendettement de la population était la clé de la crise. Elle sait que celle-ci ne s’arrêtera que lorsque les craintes pour l’avenir seront jugulées, et qu’une nouvelle confiance conduira peut-être à nouveau les consommateurs vers des dépenses échevelées. C’est pourtant bien à celles-ci que les É-U avaient dû leur croissance continue pendant les dix dernières années !
Mais comment faire sans imprimer à nouveau des milliers de milliards de dollars qu’ils ne possèdent toujours pas, et les précipiter sur leur population repliée sur elle-même, depuis l’hélicoptère abstrait de Ben Bernanke ?
Eh bien ! Ils ont tout de même fini par trouver le stratagème idéal pour éviter à tout prix l’écrasement du dollar, tout en permettant une sortie de crise rapide. Du mois le pensaient-ils. Le voici.
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C’est à la puissance de leur devise que les É-U devaient leur croissance presque discontinue depuis la fin de la seconde guerre mondiale, ainsi que leur hégémonie sur le monde. S’ils ne parvenaient pas à contrarier sa chute, elle deviendrait rapidement irréversible. En continuant à augmenter sans cesse le volume de leur monnaie par le biais de l’imprimerie, s’en serait fini de leur puissance. C’était une évidence. Ils ne pouvaient donc accepter de sacrifier leur devise sur l’autel de la relance, et perdre du même coup leur principal outil d’enrichissement sans effort, ainsi que leur domination sur le monde.
Barack Obama tenta d’abord la voie de l’emprunt. Seule dans le monde, la Chine aurait pu se permettre d’acheter encore quelques bons du trésor des É-U, comme elle l’avait fait si longtemps par le passé. Le nouveau président envoya donc sa Secrétaire d’État, madame Hillary Clinton, sonder la bourse des Chinois, qui disposaient toujours d’un bon millier de milliards de dollars, fruit de leur laborieuse activité de fourmis au cours des dix dernières années.
Mais, outre leurs propres difficultés, amères conséquences des turpitudes financières étasuniennes, les Chinois avaient mieux à faire avec leur magot. En effet, tant que le dollar possède encore quelque valeur, ils ont entrepris de l’utiliser pour racheter à bon compte de par le monde les entreprises en déshérence du fait de la crise. Notamment celles qui produisent des matières premières, par exemple en Australie (mais pas seulement). Leur premier ministre, Wen Jiabao, fit donc élégamment savoir à l’Américaine, par la voix de sa ministre des finances, que tant que le dollar ne serait pas remis de ses souffrances, son pays devrait se passer de ses obligations du Trésor.
Pourquoi en effet conserver autant de dollars à ne rien faire, alors qu’il leur sera si facile de fabriquer eux-mêmes leurs propres yuans le moment venu.
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La tentative de taper les copains s’arrêta là. Il fallait trouver autre chose pour attirer les picaillons des moins grands de ce monde. Il ne fallait plus rien leur de
mander. C’était inutile. Il valait mieux les piéger en amenant les investisseurs étrangers, ceux qui étaient restés encore très riches, à venir apporter leur trèfle à la bourse de New York.
Dans l’état de la bourse étasunienne en février 2009, pas évident du tout ! Il fallait donc commencer par la retaper. Difficile ? Certainement pour qui ne possède pas l’agile imagination des financiers américains. Qui d’autres dans le monde aurait pu avoir l’idée d’inventer les contrats à subprimes ?… Leur nouvelle idée finira d’ailleurs probablement de la même façon.
Les États-Unis possèdent une espèces de rapaces qu’ils sont les seuls à abriter : « les investisseurs américains », cette sous-espèce particulière au bec crochu et aux griffes acérées que l’on ne rencontre que chez eux. En ce moment, ils sont sur leur faim car leur dernier gibier a déjà été plumé, Bernard Madoff l’ayant fait durablement disparaître. Mais ce diable de pays possède la particularité d’ignorer les états d’âme et de savoir capitaliser ses échecs. Du moins jusqu’ici. Ça pourrait changer.
À l’évidence, le gouvernement ne pouvait compter que sur ses « investisseurs américains » pour revitaliser la bourse. Il suffisait de leur prêter l’oseille qu’ils avaient perdue au cours de la crise, et ils sauraient très vite quoi en faire.
Sitôt pensé, sitôt fait.
Il se trouvait donc que la seule planche de salut de l’économie étasunienne résidait dans celle de la monnaie. Mais après la furie des plans successifs de relance, il y avait gros à parier qu’une nouvelle giclée de dollars poussée par un gros Caterpillar pourrait avoir raison de la célèbre devise. Il ne fallait donc pas laisser rouler comme ça de gros sacs de billets fraîchement imprimés sous les pieds des consommateurs en voie d’assagissement, mais d’en faire un moteur bien plus puissant (les américains adorent les effets de levier).
Il ne pouvait plus s’agir de relance par la consommation, mais par la bourse. Vous allez voir comment.
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À ce moment-là, courant février 2009, le Secrétaire au Trésor devait régler le problème des subprimes, ces contrats hypothécaires à risque élevé. L’idée circulait
de faire lessiver plus blanc que blanc par des banques ces actifs vérolés. Timothy Geithner, après nombre de réunions chaudes décida le plan suivant.
“Cinq banques seraient sélectionnées par le département du Trésor pour réaliser cette opération, dans les deux mois qui suivraient selon des critères à établir. Elles auraient accès à des fonds de la FED pour acheter et gérer les actifs malsains. Elles pourraient également utiliser ces fonds pour acheter des actifs sains en bourse si elles le désirent. Enfin, leurs pertes éventuelles seraient assurées par le Trésor.”
À partir de ce texte assez ambivalent, l’affaire des subprimes fut considérée comme réglée et plus personne n’en parla plus. Je ne me souviens pas avoir vu de commentaires sur ce plan à sa parution, et je n’ai pas vu passer non plus la liste des banques sélectionnées. Mais après tout, j’ai peut-être tout simplement manqué les uns et l’autre.
Mais j’avais déjà formulé une interprétation personnelle de ce plan :
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Je commencerai par la fin. Pourquoi autoriser cinq institutions financières sélectionnées par le Trésor américain à utiliser le crédit de la FED, c’est-à-dire des citoyens, pour acheter des actifs sains en bourse, alors que leur mission est normalement limitée à la “virginisation” des contrats de type “subprimes” sous garantie de la FED ?
À moins qu’il ne s’agisse purement et simplement d’un cadeau - ce que je ne crois pas - la raison en était nécessairement opérationnelle, dans l’axe de la mission présentée comme principale. Mon interprétation est la suivante :
On a vu au début de cet article que de toutes les menaces sectorielles, celle qui était la plus importante pour les É-U était sans contestation possible la pérennité du dollar. Or si le dollar dépend de multiples facteurs, le principal d’entre eux est certainement la confiance et l’état psychologique des investisseurs. Et quel est l’élément économique qui soutend ces deux paramètres ? La hausse de la bourse, considérée par l’opinion publique, à tort à mon avis, comme le baromètre de l’économie. À tort, car le niveau de la bourse n’a qu’indirectement à voir avec la situation économique mais plutôt avec les spéculations, plus ou moins justifiées, des investisseurs.
Il fallait donc, coûte que coûte, retoiletter la bourse. D’où l’idée, subtile, de procurer des fonds à des intervenants de confiance, qui achètent des volumes d’actions importants, selon un rythme et sur une liste calculée de valeurs pouvant jouer le rôle de “bélier” afin d’entraîner le reste du troupeau, qui suivrait la hausse ainsi créée, précisément comme des moutons bêlant. C’est pourquoi il fallait limiter l’action à un petit groupe complice, discret et discipliné capable de jouer un tel jeu, ce qui répond au second volet de la question : Pourquoi seulement cinq institutions, et pourquoi les sélectionner ?
L’opération a bel et bien réussi, et de belle manière, dès le 6 mars, sans tambours ni trompettes, à la grande surprise de la totalité du monde de la bou
rse, car à l’époque, l’économie étasunienne se trouvait encore dans un blackout total : licenciements, faillites et saisies constituaient en effet le lot habituel du quotidien.
La bourse se mit cependant à monter régulièrement sans que les volumes croissent significativement. Mais on n’avait aucune idée de l’origine des achats, car pour des volumes importants, le règlement de la bourse n’autorise pas l’identification des intervenants. La Chronique Agora, habituellement très bien informée, avouait son ignorance de l’identité de ceux-ci, ce qui l’intriguait beaucoup.
Le reste va de soi. Assez vite, les boursicoteurs habituels revinrent à une position d’achat. Dans l’absence de causes évidentes à ce mouvement, elles
pensèrent que des investisseurs, sans doute argentés, et surtout bien informés, étaient à son origine, et ne voulurent point manquer ce nouveau train inattendu de hausse. Tant pis s’ils ne comprenaient rien à l’affaire. Il fallait bêler avec les moutons.
Ce n’était cependant là que le premier objectif du Secrétaire au Trésor. Le second, mais tout aussi important, consistait à appâter les investisseurs étrangers pour qu’ils se portent à nouveau aussi à l’achat, car leurs bourses s’étaient mises à suivre le mouvement de la bourse de New York. L’idée consistait à capter les devises étrangères, de manière à ce qu’elles se transforment en dollars, permettant ainsi à l’État étasunien d’alléger l’endettement de ses plans de relance, l’étranger y contribuant lui-même sans le savoir.
Fin juillet, Geithner avait donc atteint ses deux buts : augmenter le taux de confiance de la population étasunienne pour l’inciter à consommer à nouveau, et faire financer partiellement la relance du pays par l’apport de ressources extérieures.
Bien joué ! Reste à voir si cela sera suffisant pour assurer le décollage des É-U.
Personnellement, j’en doute, mais ceci est une autre histoire.
© André Serra http://andreserra.blogauteurs.net/blog/ http://cybercanard.com
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