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Deux choses me frappent dans la situation économique actuelle :
La première est que trop peu de gens s’étonnent de la situation, aussi bien chez les analystes que chez les béotiens en économie. Elle leur paraît n’être qu’un simple avatar sans conséquences graves.
La seconde est que les réflexions tournent seulement autour d’une possibilité de récession aux Etats-Unis, alors que l’on se dirige vers une déstabilisation du monde d’une ampleur sans précédent.
Je ne retrouve finalement ma propre intuition que chez Jean-Claude Trichet, qui vient d’évoquer, selon Reuters (14 janvier 2008): "des menaces protectionnistes qui viennent de la possible correction brutale, turbulente, des grands déséquilibres que nous avons dans le monde" . C’est là, au moins, ce à quoi nous devons en effet nous attendre, en premier lieu. Mais Jean-Claude Trichet est le président de la BCE, et ne peut évidemment pas livrer facilement le fond de sa pensée. Sans doute pour ne pas affoler le monde, mais les mots qu’il emploie sont terribles. Sa position très ferme me semble dissimuler la crainte de se laisser aller à la panique, ce qui est actuellement le cas des responsables Étasuniens, alors que leurs propres concitoyens continuent de boursicoter tranquillement.
J’ajouterais personnellement aux risques économiques soulignés par Trichet, qui vont déjà par eux-mêmes amener de grandes transformations dans le monde, de probables risques géopolitiques qui changeront la donne politique et stratégique, plus profondément encore que les risques économiques. Mais si ces risques nécessiteront des adaptations douloureuses, en revanche je ne suis pas certain qu’elles seront négatives à terme pour l’humanité.
Faires-moi part de vos idées par commentaires SVP ! Il est difficile d’analyser seul toutes les conséquences à long terme de ce qui va se passer dans la civilisation humaine à partir du monstrueux crash des États-Unis. Comment imaginez-vous notre futur ?
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Publié par André Serra dans Géopolitique, Opinion, Politique, Réflexion, Économie, tags: crise, dollar, euro, Europe, Géopolitique, subprime, taux d’intérêt
Taux d’intérêt : Jean-Claude Trichet a raison
Les commentaires sur le maintien du taux de base de la BCE montre une détermination du public à considérer ce malheureux taux comme une sorte d’élixir de croissance négative ou positive. Comme on va le voir, c’est loin d’être le cas.
En tous les cas, il faut cesser de vouloir emboîter le pas des Étasuniens à tout propos. La déconfiture de leurs valeurs technologiques en 2000 et la récente débandade des subprimes sont pourtant des exemples probants que leur soi-disant compétence économique et financière est à relativiser prudemment. Leur petite croissance de 2007 de 2,2% qui vient d’être annoncée en première évaluation se trouve dans un mouchoir à coté de celle de l’Union européenne, en attendant qu’elle soit discrètement revue à la baisse dans quelques semaines, comme c’est dans la pratique de la FED de le faire lorsqu’elle a un mauvais chiffre à annoncer.
Il en est ainsi du regard porté par l’opinion publique sur la décision de Jean-Claude Trichet, patron de la BCE [Banque centrale européenne], de ne pas suivre Ben Bernanke, Président de la FED [Fédérale réserve des É-U], dans son plongeon vers les abysses de son taux d’intérêt de base, de 4,50 % à 3 % en moins de deux semaines, en le présentant comme un acte héroïque devant sauver les É-U de la récession.
Je voudrais simplement énumérer ici quelques données qui montrent au contraire la grande lucidité dont a fait preuve Jean-Claude Trichet dans cette affaire.
Baisser le taux d’intérêt n’est pas toujours utile,
et peut même être quelquefois dangereux
En premier lieu, l’histoire récente montre de nombreux exemples de taux d’intérêt bas coïncidant avec une très faible croissance, et de taux d’intérêt élevés coïncidant avec des phases de croissance rapide. Depuis 1990 environ, le Japon pratique des taux d’intérêt voisins de 0% compte tenu de l’inflation, et pourtant il connaît une croissance rampante qui ne parvient pas à sortir le pays de la déflation, en dépit de son idéologie des taux d’intérêt.
Pire, c’est son attitude laxiste qui a permis aux sociétés financières étasuniennes d’emprunter des sommes faramineuses sur le marché japonais à des conditions de coût dérisoire, puis de les replacer sur le marché des É-U à un taux plus élevé [carry trade ]. Or, c’est cette disponibilité de capitaux très abondants et peu chers, qui a entraîné l’invention des “subprimes “. Ce mécanisme subtil consistait à arnaquer de pauvres gens, en leur faisant croire que l’augmentation indéfinie de la valeur de leur maison leur permettrait de rembourser leur emprunt à taux variables. Il était parfaitement prévisible que cette innovation se termine par une crise de la construction et la saisie d’un nombre considérable de maisons dont les acheteurs n’ont plus les moyens de supporter les hausses de taux pratiqués tardivement par la FED, pour tenter d’arrêter cette croissance pathologique. Il était beaucoup trop tard, cette croissance exponentielle fictive est en train de déboucher sur une décroissance exponentielle, celle-là bien réelle, et sans solution crédible. Je reviendrai sur ce sujet dans un autre article.
Les É-U pour leur part, ont à leur tour pratiqué des taux très bas de 2001 à 2004, jusqu’à 1,5 %, inférieur à celui de l’inflation, pour relancer la croissance des É-U après la crise des valeurs technologiques. La réussite a été totale, mais elle se prolonge actuellement dans un chaos financier mondial indescriptible. À nouveau, la FED fait actuellement descendre les taux, comme si c’était une panacée. L’opinion inculte en est ravie, mais le principal effet de cette mesure sera une chute prononcée du dollar, et par conséquent une fuite des capitaux. Belle solution en effet ! Mais effet placebo tout de même, puisque les étasuniens, naïfs comme toujours, font remonter les cours de la bourse comme si cet expédient allait leur éviter la débandade économique !
Les situations des É-U et de l’Europe sont très différentes
En second lieu, si la baisse des taux pourra favoriser quelque peu les exportateurs étasuniens, encore faudrait-il qu’ils aient quelque chose à exporter, 40 % de l’industrie du pays ayant été délocalisée un peu partout. En revanche cette baisse entraînera parallèlement la hausse du coût des importations, et notamment celui des matières premières, et défavorisera par conséquent ceux des exportateurs dont les produits sont constitués de matières premières importées.
C’est donc ce qui se passerait en Europe si Jean-Claude Trichet suivait l’initiative de Bernanke. La hausse toucherait particulièrement chez elle les produits énergétiques, et notamment le pétrole, mais pas seulement, car l’Europe est relativement pauvre en matières premières.
On voit donc que les choses ne sont pas aussi simples que les chroniqueurs superficiels peuvent se l’imaginer, car il n’est absolument pas certain que le résultat global de l’opération serait positif.
Si la baisse des taux n’entraînerait pas nécessairement la croissance, plusieurs autres paramètres seraient plus efficaces pour l’améliorer si on y avait recours. Mais voilà, ce serait beaucoup plus compliqué, contraignant et lent que de changer un simple taux d’intérêt. J’en citerais celui qui, de loin, me semble le plus important : l’augmentation de la productivité, c’est-à-dire faire plus avec moins. Lutter contre les habitudes de pensée, amincir les procédures, réanalyser tous les processus, alléger les structures. Bien sûr ce serait plus fatigant ! Une œuvre de long terme évidemment, mais plus tôt on la commencera, plus tôt on inversera le déclin économique de l’Europe.
Baisser les taux entraîne une fuite des capitaux, comme on vient de le voir, parce qu’ils sont toujours à la recherche d’une rentabilité maximale. C’est d’ailleurs probablement la raison pour laquelle la FED a descendu son taux de base de 4,25% à 3 % en un peu plus d’une semaine. Je crois que Bernanke a administré cette potion brutalement dans l’espoir que la BCE le suivrait sous la pression de l’opinion publique européenne, et pas seulement pour relancer l’économie. Il faut toujours chercher la stratégie géopolitique sous les actes politiques apparemment les plus anodins. Heureusement, Trichet a tenu bon. Baisser les taux aurait eu pour effet d’entraîner rapidement des hausses de prix à la consommation en Europe, et alors une opinion publique irresponsable se serait plainte de ces hausses sans se souvenir de ses critiques passées.
L’Euro, future monnaie internationale
Enfin, en troisième lieu, mais c‘est peut-être le point le plus important dans le tournant géopolitique actuel, il nous faut prendre conscience du fait que nous nous trouvons au début d’une phase de l’économie mondiale qui pourrait sous-tendre le plus grand bouleversement géopolitique du monde depuis la seconde guerre mondiale, mais dont l’opinion publique se désintéresse complètement. Je m’explique.
Le rôle du dollar en tant que monnaie internationale pour le règlement des transactions commerciales est sévèrement contesté par l’ensemble de la planète, du fait de son instabilité et de son imprévisibilité, car les É-U gèrent leur monnaie en fonction de leurs intérêts intérieurs et ne se préoccupent nullement des conséquences de leurs décisions sur le reste de la planète. Cette contestation est particulièrement forte chez les vendeurs de matières premières, notamment de gaz et de pétrole, car lorsque le dollar vacille, les revenus pétroliers diminuent, et lorsqu’il grimpe, ils ne savent plus quoi faire de leur argent et le prêtent aux É-U pour qu’ils puissent boucler leur budget. Actuellement ces pays réfléchissent avec beaucoup d’intensité à ce problème récurrent, et envisagent de remplacer le dollar par l’euro dans l’établissement de leurs factures. C’est notamment le cas de la Russie et de tous les pays exportateurs de pétrole.
L’Europe de l’euro tirerait de cette substitution des avantages économiques considérables, avantages que les É-U ont eux-mêmes tirés jusqu’ici de la position prééminente du dollar. Par exemple, Airbus n’aurait plus de problèmes financiers induits par les fluctuations du dollar, puisque ses commandes seraient établies en euros. Je m’étendrai plus longuement sur cet intérêt une autre fois, pour éviter un développement trop long, mais c’est un sujet d’importance.
Pour expliquer leur position anti-dollar, on souligne souvent le fait que l’Iran et le Vénézuéla sont des opposants déterminés à l’hégémonie étasunienne, mais il ne faut pas mélanger les problèmes. Les six Émirats du golfe sont également en train de se concerter sur le sujet. Ils étudient même la possibilité de créer une monnaie collective pour assurer le règlement des transactions pétrolières des États du golfe persique. De son côté, la Russie prépare un plan de remplacement du dollar par le rouble pour les paiements du gaz de Sibérie
Ce n’est donc pas au moment crucial où le dollar va encore une fois vaciller et que l’euro est en bonne position pour le remplacer, qu’il faut affaiblir sa valeur et donner ainsi du crédit aux solutions concurrentes qui sont étudiées ailleurs. L’une de ses forces majeures est précisément sa stabilité et la crédibilité politique de la BCE. Il serait irresponsable de les gâcher en suivant les errements de l’oncle Sam. Enfin, il ne faut pas perdre de vue que certains états européens ne se sont pas encore ralliés à l’euro et sont postés en observation : Grande Bretagne, Norvége, Suède, Danemark, Suisse, Lichtenstein. Si l’euro venait à prendre la place du dollar comme monnaie du monde, on peut parier sans grande chance de se tromper que tous ces pays-là voudront être de la fête, même la Grande Bretagne.
Bien entendu, Jean-Claude Trichet ne peut faire publiquement état de cet argument essentiel. Il faut le comprendre.
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Publié par André Serra dans Géopolitique, Opinion, Politique, Religion, Réflexion, tags: guerre, histoire, islamisme, moyen-orient, résistance, violence
[dernière partie d'un article qui en comprend trois ]
Une parabole ou la réalité ?
Alors, si l’on tient compte de ces conditions historiques, peut-on persister à affirmer que ces comportements violents sont ceux de terroristes, ou au contraire les attribuer plus logiquement à des résistants combattant une opiniâtre oppression séculaire ?
Je vais répondre à cette question de manière indirecte, mais analogique.
Pendant la guerre, de 1940 à 1945, je vivais en France avec mes parents. Après la défaite de 1940, et jusqu’à notre libération, nous avons donc vécu sous l’occupation de l’armée allemande. Bien qu’encore très jeune, de 10 à 15 ans, j’ai pu observer deux phénomènes. D’abord un retour de la population dans les églises, pourtant fort désertées avant la guerre. Sous la frustration que constituait l’occupation militaire, même si elle ne se manifestait que rarement de façon violente, une solidarité nationale s’était resserrée autour de ce qui nous restait d’identité : la religion. Même beaucoup de ceux qui bouffaient du curé avant la guerre, ne rataient plus la messe du dimanche. Et je me souviens de messes de minuit, à Noël, qui remplissaient les églises à craquer, malgré un froid intense et un chauffage absent faute de combustible. Pourtant, après que la France se soit vidée des troupes allemandes en 1945, les églises se vidèrent également, et retrouvèrent leur faible clientèle d’avant la guerre.
Le second phénomène, ce fut la formation de groupes de résistants, ça et là, qui se mirent à harceler l’ennemi de toutes les manières possibles. Ils faisaient sauter les voies ferrées, les trains, les ponts. Ils minaient aussi les routes, coupaient les poteaux électriques et les lignes qui desservaient les casernes et les installations allemandes.
Savez-vous comment les Allemands appelaient ces résistants français ? Et bien ils les appelaient des terroristes, et les fusillaient lorsqu’ils mettaient la main dessus.
Ce n’est pas là une parabole. C’est la stricte vérité. Mais beaucoup l’ont oublié… ou sont morts !
Ce que j’en conclus ? Et bien que les Arabes que l’on appelle terroristes sont tout simplement des résistants, et que, si on foutait définitivement la paix à ces nations-là, en les considérant comme on considère n’importe quelle autre nation sur la planète, et en en faisant surtout partir troupes et proconsuls, il n’y aurait probablement plus, très rapidement, de terroristes islamistes. Et l’Islam lui-même perdrait progressivement dans le même temps ses clients les plus intégristes, comme c’est arrivé à la chrétienté au cours du siècle dernier.
Finalement, quand on apprend l’histoire et qu’on sait en tirer des leçons, on devient plus sage et moins con.
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Publié par André Serra dans Géopolitique, Opinion, Politique, Religion, Réflexion, tags: guerre, histoire, islamisme, moyen-orient, résistance, violence
[seconde partie d'un article qui en comprend trois ]
Petite histoire des oppressions de l’Islam :
Le monde musulman, qui s’étend du Maroc à l’Indonésie a été, et est toujours, l’objet d’agressions de toute nature de la part de l’Occident chrétien. En voici quelques phases exemplaires :
— Croisades entreprises par la papauté catholique et les monarques chrétiens en terre d’Islam du XIe au XIIIe siècles pour libérer Jérusalem, ravie il est vrai par les Turcs en 1078 aux Arabes Fatimides. Un royaume chrétien y fut même implanté pendant quelque temps.
— La Reconquista progressive de l’Espagne sur les Arabes. Il est vrai aussi que ceux-ci avaient eux-mêmes conquis la majeure partie de la péninsule Ibérique en 711, conquise antérieurement par des peuples Wisigoths venus d’Europe. La Reconquista, commencée en 718 s’acheva en 1492 avec la conquête de l’Andalousie par les rois catholiques. Bien que ce reflux puisse être considéré comme légitime, il n’en est pas moins considéré par les Arabes comme l’annexion d’un territoire leur ayant appartenu. Ils s’en souviennent encore.
— De 1830 à 1871, conquête progressive de l’Algérie par la France, jalonnée de massacres qui auraient fait environ un million de morts, en grande partie civils. En 1945, massacres de Sétif et de Guelma , à la suite d’émeutes nationalistes. D’après le gouvernement algérien, cette répression aurait fait 45.000 victimes.
— Tout le long du XIXème siècle, la Grande Bretagne, la France, l’Allemagne, le Portugal, l’Espagne et l’Italie se sont disputés et partagés l’ensemble de l’Afrique, assez largement musulmane avant leurs conquêtes successives. Les nations libres qui en sont issues après la seconde guerre mondiale sont aujourd’hui encore largement dépendantes de l’occident.
— À partir de la conclusion du traité du Bardo, le 12 mai 1881, la France établit progressivement un protectorat sur la Tunisie.
— Les Britanniques ont été les maîtres de l’Égypte depuis 1882. Pour contrer l’Empire ottoman, dans le cadre de la Première Guerre mondiale, ils imposent leur protectorat au pays le 19 décembre 1914. Ce ne sera qu’à la suite du coup d’état des officiers libres du 23 juillet 1952, que la République pourra être proclamée en 1953. Nasser en sera le second président, mais depuis, les Étasuniens dominent indirectement la politique du pays à travers une république de type dictatorial.
— En 1912, par le traité de Fez la France obtient du sultan un protectorat sur le Maroc.
— À l’issue de la première guerre mondiale [1914-1918], dépeçage de l’empire Ottoman. La Syrie, le Koweit et l’Irak sont placés sous protectorat britannique, le Liban sous protectorat français, et des monarques favorables aux occidentaux sont imposés à la tête des autres pays confisqués à l’ex-empire [Jordanie et Arabie séoudite].
— De 1945 à 1948, invasion terroriste de la Palestine par les juifs [Haganah, Irgoun et groupe Stern], suivie par l’annexion d’une partie importante d’un pays habité depuis des siècles par une population arabe, annexion suivie à son tour par l’expulsion pure et simple de 800.000 de ses habitants. Tout cela avec l’approbation tacite et dans l’indifférence totale des pays occidentaux. Problème non réglé depuis 60 ans, et donnant lieu à des hostilités endémiques.
— Depuis 1947, date de la partition de l’Inde et de la création du Pakistan, celui-ci a recueilli une forte proportion de la population musulmane habitant la partie du sous-continent restée indienne. Pendant le transfert de cette population, de nombreux massacres de musulmans ont été perpétrés par les Indiens sur leur passage. Or l’Inde, ancienne possession britannique, a toujours été considérée par l’Islam comme favorable à l’occident, et hostile à l’Islam.
— En 1951, le Premier ministre d’Iran, Mossadegh , nationalise l’Anglo-Iranian Oil Company. Le Royaume-Uni et les Etats-Unis le renversent alors au moyen de l’opération secrète Ajax, exécutée par la CIA, pour mettre un terme à sa politique nationaliste, consolider le pouvoir du Chah Mohammed Reza Pahlavi, et préserver les intérêts occidentaux dans l’exploitation des gisements pétrolifères iraniens.
La destitution de Mossadegh permit ainsi l’arrivée des Américains dans le grand jeu pétrolier du pays. Ainsi, en 1954, un consortium international composé de compagnies française, hollandaise, britannique et américaine est créé pour gérer la production pétrolière de l’Iran.
En 2000, Madeleine Albright, secrétaire d’état des É-U, reconnut l’implication de son pays dans l’opération Ajax, confirmant ainsi cette nouvelle intrusion violente de l’occident dans le monde islamique.
Cette énumération rapide ne fait pas mention de toutes les spoliations, frustrations et violations que toutes ces populations ont subi depuis la seconde moitié du XIXème siécle jusqu’à ce jour. Si tous ces évènements se sont généralement effacés de la mémoire des occidentaux, ils conditionnent encore aujourd’hui largement le comportement, souvent violent, des populations encore soumises, directement ou indirectement, à l’occident. Et c’est précisément le cas des Afghans, des Irakiens, des Palestiniens, et, de manière solidaire d’un point de vue musulman, des Syriens, des Iraniens et des Pakistanais, même lorsque leurs gouvernements semblent apparemment dociles aux sollicitations occidentales.
Alors, ces comportements violents sont-ils l’œuvre de terroristes, ou plus simplement de résistants luttant contre une oppression pluri-séculaire ?
[fin de la seconde partie – suite et fin demain]
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Publié par André Serra dans Géopolitique, Opinion, Politique, Religion, Réflexion, tags: guerre, histoire, islamisme, moyen-orient, résistance, violence
[article composé de trois parties ]
Dans son article du Devoir paru le 29 décembre 2007, René Girard réinterprète Clausewitz. Il écrit : « Il y a une espèce de continuité dans l’ascension vers les extrêmes », et plus loin : « Nous sommes passés des guerres nationales au terrorisme. C’est la fin de toute ritualisation de la guerre, c’est la violence généralisée ». Il établit aussi une relation entre la violence du terrorisme et celle que l’on peut constater dans l’environnement : « l’augmentation de la population mondiale, le réchauffement planétaire… Tout ce qui menace l’humanité aujourd’hui peut être vu comme une conséquence de cette montée aux extrêmes. »
À une question qui lui est posée par Le Devoir, il répond que son sentiment est qu’il existe un rapport évident entre cette montée aux extrêmes et les textes apocalyptiques de la bible. Enfin, il explique : « Or les textes apocalyptiques nous paraissaient ridicules, farfelus, insignifiants, précisément parce qu’ils mélangent souvent la nature avec les activités humaines ».
En ce qui concerne les menaces qui pèsent sur l’humanité, il me semble tout à fait visible que les activités humaines s’accroissent en puissance à mesure que les connaissances scientifiques de l’Homme s’accroissent elles-mêmes, et qu’une violence peut naturellement s’en dégager si leur utilisation n’est pas contrôlée au niveau politique de la société, et dans un cadre mondial. Il n’est donc pas nécessaire pour autant de se référer à de vieux écrits dont la véracité est du niveau de ceux de Nostradamus.
D’autre part, l’idée de séparer ontologiquement les activités humaines d’avec la nature, sous-jacente à la dernière citation de René Girard, relève d’une position religieuse dérivée de l’influence d’Aristote, et est bien difficile à soutenir aujourd’hui. En effet, comment pouvoir apporter la moindre preuve de ce que les activités humaines ne se développeraient pas avec et à l’intérieur de la nature. Notre expérience concrète de chaque jour porte plutôt à croire le contraire, et raisonner ainsi sur une base purement théologique ne peut conduire l’humanité qu’à l’obscurcissement de la réalité, pour ne pas dire, plus nettement, à un obscurantisme réactionnaire.
Les dictionnaires nous disent de l’extrémisme: « Tendance à recourir à des moyens extrêmes, violents, dans la lutte politique » (Larousse). J’ajouterais à cette définition, pour ma part, que l’extrémisme consiste à poursuivre une action, de quelque ordre elle soit, d’une manière qui semble ne conduire à rien de constructif dans la sphère politique, y compris pour celui qui entreprend cette action. Encore avons-nous vécu quelques exceptions notables, dont un exemple fut le terrorisme juif en Palestine avant la création d’Israël. Il faut cependant noter que la situation politique en cet endroit du globe n’est toujours pas normalisée au moment où l’on parle.
Mais, revenons à l’extrémisme. Il convient d’abord de s’entendre sur ce que l’on doit entendre par extrême et extrémisme. Sans ce préalable, on est conduit à parler dans le vide, ou à travers son chapeau.
Comme rien ne peut laisser supposer qu’un extrémiste soit nécessairement un être dérangé, il faut éviter d’interpréter ses actions comme des gestes de fou. Pour accéder à une compréhension utile de son comportement, il convient alors d’aller chercher une voie indirecte pour y parvenir.
Si les actions extrémistes sont condamnées à l’inutilité, c’est donc qu’elles ne sont pas conçues pour être directement utiles. Que peuvent-elles alors viser d’autre qu’émettre ainsi des signaux de malaise, de mal-être ? De même qu’un enfant recommence parfois à inonder son lit lorsqu’un nouveau petit frère lui est né, dans l’espoir d’attirer par ce geste l’attention de ses parents sur son désarroi, l’extrémiste signale au monde sa difficulté d’être par la violence. Et la violence physique n’en constitue qu’un cas particulier : un homme trompé qui tue sa femme par jalousie, un enfant traqué ou frustré qui tire sur ses camarades pour se venger.
L’extrémiste dissimule généralement sa violence sous une couverture idéologique à laquelle il ne croit pas vraiment, mais qui lui est nécessaire pour justifier son comportement, d’abord à lui-même, afin de rétablir en lui un équilibre socio psychologique perturbé par des causes dont la véritable réalité ne lui est pas toujours pleinement consciente.
Il s’agit donc du syndrome de ce que j’appellerais « la fuite en avant ». Pour le traiter, il faut en découvrir les causes, et cesser de lui opposer des méthodes inutilement répressives, inefficaces, voire nuisibles. Ces causes sont probablement multiples, et je ne prétendrais pas en avoir les clés. Je me contenterai donc d’explorer une seule direction d’analyse. Je crois que les causes d’une fuite en avant, qu’on l’affuble ou non du terme de terrorisme, sont principalement d’ordre émotionnel.
Une fuite en avant n’est pas seulement le fait d’individus. Des pays peuvent également en être les victimes… ou les « promoteurs », pour des raisons totalement analogues à celles que j’ai évoquées. Je citerais le cas de l’explosion du croiseur étasunien Maine dans la rade de La Havane le 15 février 1898. La presse étasunienne s’empara alors immédiatement de l’événement, entama une campagne de désinformation contre l’Espagne (Cuba en était alors une colonie), qu’elle accusa de barbarie et même d’anthropophagie. La population des Etats-Unis cria vengeance, et deux mois plus tard le président William McKinley déclarait la guerre à Madrid. Les Etats-Unis s’emparèrent alors de toutes les colonies espagnoles des Caraïbes, y ajoutant les Philippines, et raflant au passage les Iles Hawaï qui n’avaient rien à voir avec les Espagnols.
(http://www.herodote.net/histoire/evenement.php?jour=18980215)
Treize ans plus tard, en 1911, une commission d’enquête conclut que le croiseur avait coulé suite à une explosion accidentelle dans la salle des machines. Et il y a quelques années, on apprit que c’était le gouvernement étasunien qui avait organisé ce naufrage pour pouvoir entraîner le Congrès et sa population dans une guerre contre l’Espagne. Sans cette provocation, jamais le peuple des Etats-Unis en effet, n’aurait accepté d’entrer dans un tel conflit. Grâce à ce complot, les Etats-Unis avaient pu prendre la place de l’Espagne comme nation colonisatrice.
Quelle superbe fuite en avant !
L’affaire du 11 septembre 2001 serait-elle un remake de la provocation du Maine ? À en juger par l’invasion du Moyen-Orient par les Etats-Unis qui s’ensuivit, on serait porté à se poser la question. Dans quelques dizaines d’années, on sera sans doute fixé.
L’actualité récente nous a permis d’assister à la naissance d’une nouvelle sorte de fuite en avant. Celle de ceux que l’on appelle, selon les dispositions d’esprit de celui qui parle, des terroristes ou des islamistes, et qui répandent tant de violence par les temps qui courent.
Si je reste cohérent avec les prémisses des fuites en avant que j’avançais tout à l’heure, il me reste à découvrir les raisons émotionnelles de celle-ci. De quelles frustrations, terroristes ou islamistes cherchent-ils donc la compensation ?
Mon hypothèse de recherche est simple, mais me semble logique : on ne peut trouver les raisons émotionnelles de cette violence que dans l’histoire de ces gens-là. C’est pour moi une évidence. Et il n’est pas nécessaire de fouiller très loin pour les mettre à jour !
[fin de la première partie – seconde partie demain]
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On ne peut arrêter sur 10 mètres un train lancé à pleine vitesse.
C’est pourtant ce que tentent de faire Bush et ses économistes de salon. Ce qui est en jeu aux États-Unis va bien au-delà d’un débat sur la question de savoir s’ils se trouvent au début ou au milieu d’une récession, car c’est le système intellectuel du pays, lui-même (l’adjectif est un peu prétentieux), qui est en cause. C’est lui en effet qui a conduit le monde à éliminer les frontières économiques, et déterminé ainsi la fuite de l’industrie étasunienne dans les pays émergents, les baisses d’impôt de 2001, la guerre au Moyen-Orient, les baisses de taux d’intérêt de 2002 à 2005, l’endettement endémique du pays et des particuliers, finalement le stratagème financier des subprimes , et aujourd’hui ce salmigondis de mesures économiques dépourvues d’intelligence et d’efficacité.
Cette énumération n’est pas limitative, mais suffit à faire comprendre que sans un revirement politique fondamental dont, ni le parti républicain, ni le parti démocrate, n’est intellectuellement capable d’effectuer, l’évolution en cours conduira inévitablement les États-Unis vers un déclin accéléré impossible à stopper.
Que l’on songe au fait que le projet d’injecter 150 milliards de dollars dans l’économie étasunienne va essentiellement augmenter le déficit budgétaire de l’État grâce au fonctionnement de la planche à billet, et accélérer la chute du dollar sur le marché des changes sans pour autant arrêter l’hémorragie économique et sociale en cours, car les liquidités appropriées seraient plutôt de l’ordre de 500 milliards de dollars.
Que l’on songe également au fait qu’actuellement tous les porteurs de dollars, Chine, Arabie Saoudite, Émirats arabes unis, Singapour, Russie, ont le dollar dans leurs collimateurs et tremblent à l’idée de perdre la valeur de leurs réserves. Un pas de plus dans le galvaudage du dollar et tous ces riches propriétaires risqueraient de donner libre cours à leur angoisse en dépensant pêle-mêle leurs dollars dépréciés pour sauver ce qui peut l’être de leur fortune en devises des É-U.
Déjà le renflouement des sociétés financières étasuniennes, à la limite de la faillite depuis l’écrasement du marché hypothécaire, par les fonds souverains étrangers, est un pas dans ce sens. Tout le système financier étasunien ainsi que les plus grosses industries du pays risquent de passer en quelques mois entre des mains étrangères sans que l’État fédéral puisse s’y opposer. Bush a d’ailleurs préparé ce futur immobilisme en déclarant que c’était une bonne chose que les dollars des étrangers reviennent au pays.
Il n’est pas possible d’espérer, en l’État actuel des choses, que les étrangers se précipitent pour acheter des bons du Trésor américains, quel qu’en soit le taux, comme ils l’ont fait depuis cinq ans aux temps mythiques du roi dollar, car il n’est tout simplement plus possible d’accorder quelque confiance que ce soit à un État qui fait n’importe quoi. Son sort sera donc celui qu’a connu l’Argentine il y a peu, et dont elle ne se sort que fort lentement à présent.
Le relèvement des É-U n’est donc pas pour demain. La seule solution peut-être envisageable aurait été de laisser la crise se déclarer, comme une poussée de boutons, de manière à purger l’économie étasunienne. Or ce n’est visiblement pas dans cette direction que l’establishment étasunien se dirige. Son immodestie proverbiale l’en empêche. Elle le porte à croire encore qu’il lui est possible de gérer des évènements aussi profonds que ceux auquel son pays est confronté, comme s’il s’agissait d’une simple varicelle.
Ce pays est entré dans une spirale de déclin dont il ne possède aucun moyen de sortir. Il est allé beaucoup trop loin dans son impéritie, et va entraîner le monde occidental dans sa chute.
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Le système monétaire est maintenant entré dans une crise que la planète mondialisée ne peut plus supporter. Plus qu’à n’importe quel autre moment dans l’histoire, le monde a besoin d’une monnaie dont la valeur soit stable, et ne varie pas en fonction des errements économiques d’une seule nation, eusse-t-elle la première armée de la planète.
Cette impérieuse nécessité résulte du fait que le monde est à présent largement décloisonné. À présent, les frontières économiques entre nations se résument à peu de chose, et de X-round en X-round, les dernières auront disparu avant la fin de la décennie.
Or, depuis les accords de Bretton woods signés en juillet 1944 au lendemain de la seconde guerre mondiale, par 44 États réunis dans le cadre de la conférence monétaire et financière des Nations Unies, pour résoudre les problèmes monétaires stagnants depuis 1929, mais considérablement aggravés par les destructions de la guerre, le dollar a régné continûment pendant les 63 années qui se sont écoulées depuis lors, sur les paiements internationaux.
Cette solution se justifiait pleinement en 1944, étant donné le complet dénuement économique des belligérants, à l’exception des États-Unis. Mais ces accords n’avaient pas été prévus pour une période aussi longue et aucune clause de révision n’y avait été insérée.
Le dollar était ainsi devenu la monnaie du monde, puisque toutes les autres reçurent une valeur en référence exclusive à lui, et que les ajustements entre elles et le dollar se firent alors par des dévalorisations et des revalorisations par rapport à lui également, et non plus par rapport à l’or comme c’était le cas avant la guerre. Par contre, de son côté le dollar tenait sa propre valeur de l’or, puisque l’once de celui-ci avait reçu la valeur fixe de 35 $.
À partir de là, les États-Unis pouvaient émettre autant de dollars en papier qu’il leur plaisait, sans en éprouver aucune gène économique. Leurs déficits pouvaient alors être comblés librement, sans pour autant recourir à l’impôt, ce qui était cependant la seule méthode pour tous les autres pays. On peut dire que le monde a donc été mis en coupe réglée par les États-Unis pendant toute cette longue période. Incroyable exploitation !
Le statut de ce grand pays et la reconnaissance que l’Europe lui portait pour la libération du fascisme hitlérien, qu’il avait réussi, lui autorisait des débordements que personne n’osait pointer du doigt. À l’exception cependant notable du général de Gaulle, qui décida de se faire rembourser systématiquement en or les dollars gagnés par la France, ce que permettaient les accords de Bretton Woods.
Mais si les abus financiers des É-U étaient passivement subis par le monde entier, ils finirent par avoir des conséquences négatives sur leur propre pays. Dotés de poches aux dimensions indéfinies, Ils se lancèrent dans toutes sortes de programmes sociaux, scientifiques et militaires, comme «aller dans la Lune » ou «guerroyer au Vietnam », l’un sans autre intérêt immédiat que celui de se pavaner sur les écrans de télévision, et l’autre en croyant qu’une armée de bourgeois bien nourris pourrait avoir raison d’un peuple qui se contentait d’une boule de riz par jour. Ce qui ne les a d’ailleurs pas empêchés de chercher à se faire botter le train une seconde fois en Irak.
Toujours est-il que le dollar s’usait sous ces épreuves. Les banques centrales du reste du monde commençaient à troquer leurs dollars contre l’or de Fort Knox, et la valeur réelle de cette malheureuse monnaie correspondait de moins en moins à une once d’or pour 35 $. Peu à peu Fort Knox se vidait, et, pour éviter une banqueroute, Nixon libéra le dollar de son assujettissement à l’or en août 1971, et lui permit de flotter sur les marchés des changes comme une vulgaire matière première.
Le dollar avait perdu sa référence hégémonique, mais la force de l’habitude prise par les autres nations de le considérer comme l’arbitre de l’économie mondiale, fit qu’il continua d’être considéré comme la référence monétaire pour toutes les transactions internationales, et notamment pour les matières premières et bien sûr pour le pétrole, et que l’endettement des É-U continua de prospérer sans retenue.
Mais, tant va la cruche à l’eau qu’à la longue elle se casse. Et c’est ce qui est en train de se passer. Jamais plus le dollar ne remontera à sa valeur passée, et continuera au contraire à chuter d’année en année. Son chemin est en effet bordé de deux insondables précipices, et c’est son taux d’intérêt qui va précipiter sa chute dans l’un ou dans l’autre. Si la FED [Federal reserve : banque centrale des É-U] baisse son taux d’intérêt, le pays entrera dans une période d’inflation galopante qui lui garantira une crise sociale peut-être supérieure à celle de 1929, et s’il l’augmente, c’est dans une période de déflation qu’il entrera, associée à un tout autre type de crise sociale, à base de chômage généralisé.
Certains analystes parlent d’une baisse de la valeur du $ de l’ordre de 90 % en deux ou trois ans. Je serais moins féroce. À dire vrai cette baisse ne peut être prévue avec précision, mais je ne serais pas étonné que la devise étasunienne perde la moitié de sa valeur en aussi peu de temps.
Les créanciers des É-U sont nombreux : les Chinois, les Japonais, les Européens et les pétroliers arabes possèdent suffisamment de dollars à eux tous pour pouvoir acheter la moitié des É-U. S’ils lâchent trop brutalement le dollar, ils savent qu’ils peuvent perdre des fortunes, mais ils savent aussi que s’ils attendent trop longtemps pour le faire, leur perte pourrait être plus importante encore. Enfin, tout le monde sait que le premier qui se lancera dans la liquidation de ses réserves en dollars, lancera également une curée générale, dont l’humanité pourrait mettre longtemps à se remettre.
Alors, mon avis est que l’idée va bientôt naître de revenir à Bretton Woods pour une nouvelle «Conférence monétaire et financière des Nations Unies », où les É-U se présenteront cette fois la queue entre les jambes. Mais, en dépit du titre que j’ai donné à mon article, je ne pense pas qu’une autre devise remplacera le dollar. Je crois plutôt que, pour un monde devenu multipolaire, on créera une devise neutre, sous la forme d’un panier des principales devises du monde que l’on réajustera, disons tous les quatre ans.
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La phrase suivante :
Taisons-nous et laissons l’histoire se dérouler à son aise
se trouvait dans mon récent article, paru dans Le Devoir du 19 novembre, et intitulé : De l’inconvénient de vivre au présent, article remanié ensuite par moi sous le titre :
L’indépendance du Québec est inscrite dans les tendances de l’histoire .
Cette phrase a fait l’objet de commentaires de Jean Lapointe et de Jacques Nadeau, qui l’ont interprétée comme un appel à l’abandon de toute action en faveur de l’indépendance du Québec, l’histoire devant, dans sa grande bonté, nous l’apporter sur un plat d’argent.
Je reconnais volontiers que cette phrase pouvait laisser à penser que tel était mon état d’esprit. Pourtant il n’en est rien. Mon article était un commentaire critique d’un texte de Jérôme Guay paru dans le Devoir du 27 octobre, où l’auteur écrivait avec beaucoup de conviction :”Le Québec réel est un Québec qui s’est toujours défini par sa survie, à un point tel qu’il a toujours refusé de considérer l’hypothèse de sa disparition, pourtant inéluctable”.
C’est contre cette affirmation sans fondement que je m’élevais, et c’est contre elle que j’écrivais en conclusion : «taisons-nous…» . Ma phrase manquait donc de précision. Elle ne disait pourtant rien d’autre. Elle visait une parole vide, sans contenu. Se taire, ou ne pas parler, ce qui est équivalent, ne veut en aucune manière dire «ne pas agir» , et ce serait faire une erreur sémantique qu’assimiler ces deux verbes employés négativement : «ne pas parler» et «ne pas agir» . Parler n’est pas agir, mais on peut agir sans parler.
Cette précision étant apportée, je suis heureux que ces deux commentaires m’offrent l’opportunité de développer ma pensée sur la stratégie à suivre dans notre quête de l’indépendance du Québec.
Comme je le démontrais tout au long de l’article, l’histoire se déroule souvent sans que les pauvres hommes que nous sommes y puissent grand-chose, et des évènements importants surviennent fréquemment sans que nous les ayons prévus, tant le déroulement de l’histoire répond à des tendances souterraines difficiles à détecter. Ce n’est souvent que longtemps après qu’un évènement se soit produit, qu’il est possible à des historiens patentés de faire émerger la chaîne causale qui a conduit à cet évènement, quelquefois même en laissant des ambiguïtés insolubles de côté.
C’est pourquoi, suivant en cela la pensée chinoise, nous devons être à l’affût des propensions de l’histoire, et s’interdire toute initiative qui pourrait se trouver en contradiction avec elles. Cela ne veut certes pas dire que nous ne devons pas agir en attendant que la nature nous apporte l’objet de tous nos désirs. Le sage chinois recommande : «agir sans agir» . Formule ambiguë qu’il me faut décoder.
Un exemple d’action en contradiction avec les propensions du moment nous a été donné par le référendum de 1995 relatif à l’indépendance du Québec. Même pour un observateur peu entraîné, il pouvait apparaître à l’époque qu’il n’existait aucun potentiel de situation en faveur de l‘indépendance à ce moment-là. Cet échec a donc assez gravement compromis l’avènement d’une situation plus favorable. Il a éloigné nettement la possibilité de l’indépendance.
Il est donc fondamental d’écarter toute possibilité d’échec sur la route de la libération du pays. Si une seule possibilité d’échec existe, il faut s’interdire de poser tout geste susceptible de la faire apparaître (ne pas agir).
Aussi, lorsqu’aucune propension de la sphère géopolitique n’existe en faveur de cette option, il faut suivre les recommandations de Sun Tzu, c’est-à-dire agir de biais, et non de front. D’une part il faut rassurer l’adversaire pour se ménager ses bonnes grâces, lui faire croire qu’il n’a pas lieu de nous craindre, lui laisser croire que nous avons abandonné nos projets (ne pas agir de front ). Par contre, il convient de profiter de ce temps d’apaisement pour se renforcer (agir de biais ). Ce ne sont pas les raisons de le faire qui manquent au Québec !
Il faut d’abord faire en sorte que le peuple du Québec élève la qualité de sa propre langue, sans quoi l’adversaire ne le respectera pas. Cela signifie qu’il faut des résultats rapides, soutenus, et s’en donner les moyens. Il faut aussi rejoindre le niveau économique des autres provinces, et ci possible le dépasser. Là aussi il faut s’en donner les moyens efficaces, sans tomber dans des «projets de société » qui n’engendrent que des bavardages inefficaces, et font songer à un peuple qui rêve en couleur.
Il faut cesser de philosopher, retrousser les manches et ne pas s’empêcher d’emprunter les méthodes de ses adversaires si elles sont efficaces. Comment penser que le Québec pourrait fonctionner avec des politiques en contradiction absolues avec celles de ses voisins. Quelle utopie ! Il n’y a qu’une fois arrivé en position d’être respecté que l’on peut commencer à donner des leçons aux autres. Avant cela, on ne peut passer que pour des bavards sans cervelle.
Voyez les Chinois ! Ce serait une erreur de croire qu’ils deviennent progressivement des occidentaux, en ne se basant que sur les manières qu’ils semblent adopter extérieurement. Il y a une autre façon d’interpréter leur fulgurante progression. Ils appliquent tout simplement la stratégie de Sun Tzu, font semblant d’entrer dans les bonnes grâces des Étasuniens, adoptent celles de leurs méthodes qui réussissent en rejetant les autres, et asphyxient gentiment leur système économique en protestant de leurs bonnes intentions. Mais ils ne cèdent sur rien d’essentiel de leurs objectifs : Taïwan, le Tibet, la protection de leur domaine maritime, l’édification d’une marine de guerre qui sera bientôt la seconde du monde, la valeur de leur monnaie, le Yuan, leur système politique enfin, qui cesserait d’être efficace s’ils devaient céder aux prêcheurs prônant la démocratie depuis des pays qui ne le sont pourtant plus guère.
Et surtout, ils poursuivent une politique d’instruction systématique qui élève très rapidement le niveau d’une population déjà très scolarisée, pour laquelle ils construisent une université par mois. Un exemple à suivre.
Une stratégie inverse de celle de Sun Tzu est celle que préconisait l’allemand Clausewitz. Pour lui, une guerre ne pouvait être remportée que par une concentration de forces considérables, très visibles par conséquent, suivi d’un assaut brutal, rapide et généralisé qui devait renverser l’adversaire et le détruire. Cette méthode-là est celle des occidentaux. Elle n’a débouché jusqu’ici que sur la Bérézina, Waterloo, le Vietnam et l’Irak.
En ce moment, c’est pourtant cette méthode que continue d’utiliser le parti québécois. On en a vu les résultats : des Waterloo, et on continuera à recueillir les mêmes tant que l’on parlera sans agir, et tant que l’on montrera les crocs à nos adversaires, des crocs pleins de caries.
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Publié par André Serra dans Géopolitique, Québec, Réflexion, tags: concentration, cycle, histoire, indépendance, pouvoir, Québec, souveraineté, tendance
La perspective de l’indépendance du Québec fait l’objet d’opinions fort diverses. À la fois du charbonnier qui anime un gros tiers de la population du pays s’opposent ceux qui pensent que le pays ne pourrait subsister par ses propres moyens, ou que la population du Québec est appelée à se fondre lentement dans le monde « américain » anglophone.
Entre ces positions radicalement opposées se placent des opinions variées. Certaines personnes sont portées à croire qu’ils sont plus en sécurité dans un grand pays plutôt que dans un petit, et qui craignent de perdre le bénéfice de la péréquation, dont le résultat est de le faire vivre aux crochets du reste du Canada (le ROC). D’autres disent qu’ils savent ce qu’ils y perdraient, mais pas ce qu’ils y gagneraient. Beaucoup sont tout simplement plus peureux qu’autre chose et n’ont pas d’opinion. Enfin, de nombreux immigrants devenus citoyens ont cru venir s’installer au Canada et non dans un Québec francophone.
Ces opinions sont généralement fondées sur des raisonnements superficiels, plus proches d’ailleurs d’une subjectivité inquiète que d’une rationalité sourcilleuse. Cet état d’esprit résulte très souvent du fait que les médias du pays, à quelques exceptions près, sont la propriété de groupes anglophones ou non québécois dont la tendance est de minimiser les forces et les atouts du Québec, et de maximiser ses faiblesses pour construire une opinion défavorable à l’indépendance. C’est ce que les sociologues appellent « la fabrication de l’opinion », phénomène bien connu dans tous les pays du monde, et qui constitue une sorte de dictature déguisée, en clair, un déni de démocratie.
Bien entendu, tous ces penchants fluctuent selon le vent de l’économie, la brise des vacances et diverses peurs ou enthousiasmes spontanés suscités par les avatars de l’actualité, et dont il est bien difficile de prévoir la direction et la force.
Bref, le Québec est habité par des girouettes, à moins que ce ne soient par des poules qui caquettent plus ou moins, selon l’abondance ou la pénurie du grain qu’on leur jette.
Mais je voudrais examiner cette question d’une tout autre manière. En effet, tous les scénarios « pour ou contre l’indépendance » envisagés par la population tournent autour de l’idée d’une indépendance réalisée à partir d’un référendum ou au moyen d’une sédition courageuse et volontariste, pour les plus audacieux. Ils ont tous pour défaut le fait d’ignorer superbement que le Québec vit au milieu d’un grand nombre d’autres nations, dont il dépend autant que des fédéralistes d’Ottawa, ne serait-ce que par leurs liens commerciaux et les coopérations diverses qu’il a noués avec un grand nombre de pays, dans des domaines très variés. Mais que ces scénarios soient subjectifs ou non, dans tous les cas, ils ont le défaut de supposer que l’avenir est une continuation indéfinie du présent. Une telle croyance est commune, tout simplement parce que la plupart des gens sont incapables d’imaginer l’avenir. L’histoire est là pour nous le montrer, car les événements dont elle est composée ont presque toujours surpris les prévisions des plus informés des terriens, savants ou non.
Le présent n’est pas éternel
Le présent n’est en effet pas toujours garant de l’avenir, tant s’en faut. Du moins sommes-nous en général fort impuissants à discerner dans le présent les tendances souterraines qui détermineront notre avenir. Par nature, ces tendances ne sont pas apparentes, alors que celles auxquelles on croit finissent souvent dans la déchetterie de l’histoire. Même pour prévoir ce qui se passera le lendemain de chacun des jours que nous vivons, notre cécité naturelle nous trompe, là où nous plaçons nos certitudes les plus dénuées de doutes. Chacun peut le vérifier aisément pour lui-même. Alors, pour plus tard que le lendemain…
Quelques exemples?? Qui aurait dit en 1988, à un moment où l’URSS était encore bien présente sur la planète, que l’indépendance de l’Ukraine serait proclamée le 24 août 1991?? Qui, en 1936, lorsque l’Union Nationale dirigée par Duplessis prit le pouvoir à Québec, où il pratiqua une politique rétrograde, aurait pu penser que Lesage remplacerait Duplessis en 1960 et réussirait à lancer « La révolution tranquille », provoquant ainsi un formidable développement du pays et de la population, l’amenant très près de l’égalité économique avec les provinces anglophones. Et ceci, tout en réussissant progressivement à s’approprier les principaux leviers de pouvoir d’un État libre??
Je pourrais continuer très longtemps cet inventaire des phases non prévues de l’histoire, ou en écrire un épais recueil, et ceci en tous pays et à toutes les époques. Mon sentiment est donc que tous ceux qui croient pouvoir prévoir l’avenir à partir des éléments connus du présent se trompent nécessairement.
Dans le cas précis du Québec, on ne peut ignorer les fissures sous-jacentes à la partie anglaise de la fédération. Celle-ci veut le maintenir séquestré, car le Canada n’existe que par l’existence du Québec en son sein, Sans lui, elle serait encore une mosaïque de colonies anglaises. C’est là une idée d’avenir qui ne fait pas encore partie de notre présent, mais qui pourrait le devenir. Il suffit de l’avoir entendu pour en découvrir la vérité. Encore un exemple?? Qui peut assurer que la Colombie britannique et l’Alberta accepteront de rester dans la fédération lorsque leur puissance économique aura dépassé celle de l’Ontario?? Et comment ne pas tenir compte des nombreuses sécessions récentes?: la Tchécoslovaquie, la Malaisie, le Pakistan, etc. Aucune n’avait été prévue longtemps à l’avance.
Plus loin encore, qui pourrait affirmer que l’unité des États-Unis se tirera indemne de sa rétrogradation historique devant la Chine, dans quelques années?? Eux aussi présentent des fissures sous jacentes considérables, dont ils ignorent ou méprisent la puissance dissolvante, tels de petits mouvements de terrain qui se transforment en volcan.
Actuellement, Thomas Naylor milite pour l’indépendance du Vermont, après avoir publié le « Manifeste des Montagnes vertes » en 2003. Il revendique maintenant 8 % de la population du Vermont derrière son initiative. Il y a quelques semaines, ses représentants sont allés rencontrer ceux de la ligue du sud à Chattanooga dans le Tennessee, pour étudier la manière dont ils pourraient se séparer ensemble des États-Unis.
Dans le reste du monde, faut-il rappeler que les indépendantistes sont majoritaires depuis peu au parlement de l’Écosse, qu’en Belgique Flamands et Wallons sont sur le point de se séparer, que la Catalogne n’est plus retenue à l’Espagne que par des liens politiques de plus en plus ténus, que le Pays Basque espagnol applique depuis trente ans des pressions importantes sur le pouvoir central de l’Espagne, et qu’il en a obtenu d’importantes concessions pour la réalisation d’une première étape d’autonomie,
Si l’on regarde un peu plus loin encore dans l’histoire, on peut remarquer que l’empire romain, après avoir initié un cycle de concentration politique considérable sur trois continents, a littéralement éclaté entre le IVème et le Ve siècle, en un nombre considérable de petites principautés, la plupart du temps sur des bases ethniques ou linguistiques, ressurgies du passé.
Depuis, un nouveau cycle de reconcentration politique s’est progressivement enclenché à travers guerres et conquêtes, du haut Moyen Âge jusqu’au début du XXe siècle. Il suffit de citer les principaux pays européens. La France d’abord, ensuite l’Allemagne, et enfin l’Italie, se sont progressivement constituées en regroupant marches, provinces et principautés nobiliaires issues du Moyen Âge. On peut considérer que ce cycle a culminé avec la formation de l’URSS, vers la fin de la guerre de 1914, avec ses quasi-annexions de l’est européen en 1945 et de ses cinq républiques autonomes du centre de l’Asie.
Après cela, retour au modèle de la chute de Rome, mais pour Moscou cette fois-ci, en 1989?: libération des pays baltes, Estonie, Lettonie et Lituanie, des pays de l’est européen, Pologne, Roumanie, Bulgarie, Hongrie, Tchécoslovaquie, des pays situés entre l’Oural et la Chine, Kazakhstan, Ouzbékistan, Kirghizistan, Tadjikistan et Turkménistan, des anciennes populations caucasiennes, Géorgie, Arménie, Azerbaïdjan.
Après le démembrement de l’URSS, explosion de la Yougoslavie dans ses composantes historiques, Slovénie, Bosnie Herzégovine, Croatie, Macédoine, et Serbie-Monténégro, également dissociés aujourd’hui.
Mais avant même l’explosion de l’URSS, ce mouvement de désintégration politique avait commencé ça et là, après la guerre de 1939-1945, sans que l’on comprenne qu’il s’agissait du début d’un nouveau cycle de déconcentration politique et démographique. Rappelons donc la séparation de Singapour de la Malaisie, du Pakistan oriental [aujourd’hui Bangladesh] du Pakistan occidental [redevenu Pakistan], sans parler de tous les États africains qui se sont formés après la dissolution de l’empire colonial français, et partout dans le monde après celle de l’empire colonial anglais.
Aujourd’hui même se préparent d’autres scissions, chez les Kurdes du Moyen-Orient, les Arabes sunnites et chiites en Irak, les Kabyles en Algérie, autant de fruits murs pour des indépendances prochaines. Et d’autres que l’on ignore encore, car elles ne sont encore que dans l’œuf.
Certes, les nations européennes semblent s’être groupées en une organisation unique qui semble démentir le modèle que l’on vient de définir. Mais tout n’est pas encore joué, et son unité politique tarde à se concrétiser. Seule la maintient pour le moment en place la rivalité informelle que l’Europe entretient avec les États-Unis, mais d’importantes divergences culturelles couvent, avec la Pologne, la Grande-Bretagne, etc. Elle pourrait bien sauter à son tour lorsque la Chine aura terminé d’asphyxier le colosse américain, dont le déclin est en accélération continue. Pourtant, peu de personnes encore sont disposées à l’admettre, au nom du mythe de l’éternel présent. Et surtout pas aux États-Unis, les moins bien placés pour le comprendre, toujours accrochés qu’ils sont au mythe du rêve américain et sous l’empire des médias.
Tous ces mouvements géopolitiques dessinent un orbe continu de déconcentration du pouvoir politique autour de la planète. Il est difficile de le nier, mais il est probable qu’à son terme, dans un avenir indéfini, un nouveau cycle de reconcentration interviendra à nouveau, peut-être bien sous la férule doucereuse de la Chine. Mais ce sera seulement pour après-demain, et beaucoup d’entre nous ne le connaîtrons sans doute pas.
***
En dépit de l’ampleur prise par ce mouvement, beaucoup de Québécois sont persuadés qu’il leur sera possible de parvenir à l’indépendance de leur pays par leurs propres moyens. C’est ça, le Québec réel aujourd’hui. En effet, personne ne semble encore avoir pensé que ce pourrait être des évènements extérieurs au pays, indépendants de leur volonté et de leurs initiatives, qui leur ouvriraient toute grande la porte du large.
Aujourd’hui, nous ne sommes pas capables de seulement imaginer ce que pourraient être de tels événements, car s’ils existent, c’est sous forme de racines profondes, blotties au sein des sillons anglophones. Alors taisons-nous et laissons l’histoire se dérouler à son aise. Elle est en marche, et aucun homme jusqu’ici, aucun monarque, dictateur ou prophète, n’a réussi à la faire dévier de ses tendances souterraines. Celles-ci émergent là où elles veulent et quand leurs forces sont suffisantes, pour sauter à la face des humains sidérés.
Nous taire ne veut pas dire pour autant que nous ne devons pas agir en attendant que la nature nous apporte sur un plat d’argent l’objet de tous nos désirs. Le sage chinois recommande : «agir sans agir». Cela signifie que nous devons être à l’affut des propensions de l’histoire avant toute initiative qui pourrait être en contradiction avec elles, et ne pas affirmer n’importe quoi sans assoir vigoureusement notre pensée. L’exemple des référendums manqués est un exemple typique d’initiatives prises en contradiction avec les propensions du moment. Il faut savoir attendre, et en attendant, se renforcer pour saisir l’opportunité qui se présentera nécessairement un jour dans notre environnement géopolitique. Il y a là un sujet important sur lequel je reviendrai plus tard, car il exige un développement qui sort du cadre limité de cet article.
Pour ma part, je soupçonne que l’indépendance du Québec est bel et bien inscrite dans cette tendance historique, comme elle l’était pour tous les peuples qui y sont parvenus au cours de chaque cycle de déconcentration politique de l’histoire humaine.
La mondialisation politique n’aura donc pas lieu, et Je ne le regrette pas.
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À propos de l’effet de serre, un de mes commentateurs m’écrit : « Personnellement, je pense qu’il est déjà trop tard. Nous avons ouvert une boîte de Pandore qu’il est impossible de refermer. Notre pollution a lancé la machine, mais maintenant elle s’alimente elle-même ».
J’abonde dans son sens. Comme il le précise, il faut continuer à lutter malgré tout, pour essayer de sauver ce qui peut l’être, mais en sachant le combat perdu d’avance.
Pourquoi ?
La réponse est malheureusement très simple :
La production des gaz à effet de serre qui provoque le changement climatique est fonction de deux paramètres :
— la production moyenne de ces gaz par humain vivant sur la planète,
— le nombre d’humains habitant la planète.
Ces paramètres se multiplient, naturellement, pour alimenter la croissance de l’effet de serre. Or leurs valeurs se sont considérablement accrues depuis 1947 :
— la consommation de produits par humain a augmenté d’un facteur moyen de 25 depuis cette date [estimation personnelle, mais si je me trompe d’un facteur 2, ce qui serait déjà beaucoup, cela n’affecterait que très peu la conclusion de mon raisonnement],
— de son côté, le nombre des humains est passé de 2 milliards en 1947 à 6,6 milliards aujourd’hui.
Je vous laisse le soin de faire la multiplication tranquillement. Restez calme.
À ce stade, il me semble particulièrement évident qu’il faudrait agir sur ces deux axes pour avoir des chances d’éviter l’effroyable catastrophe qui se profile à notre horizon, mais pas seulement sur le premier [la production de gaz]. C’est pourtant ce que nous faisons… ou du moins ce que nous essayons de faire… très, très lentement.
Pourtant, nous devrions avoir pris conscience de ce phénomène depuis longtemps. Au début du XIXème siècle déjà, entre 1820 et 1830, un savant français dont j’ai oublié le nom avait mis en garde contre les dangers de l’industrialisation au charbon [on ne parlait même pas encore de pétrole à cette époque]. Mais sans rechercher aussi loin, un livre au titre significatif : « Halte à la croissance » inventoriait déjà les prémisses du drame sur lequel nous surfons actuellement en toute satisfaction. Il s’agissait de la publication d’un rapport commandé par le Club de Rome, fondé par Aurélio Peccei en avril 1968 avec quelques dizaines de savants de grande renommée répartis à travers le monde.
Son objectif n’était d’ailleurs pas typiquement centré sur les conséquences de l’effet de serre, mais d’une manière générale sur l’ensemble des dangers créés par une croissance galopante, dont ces chercheurs se rendaient bien compte qu’elle avait nécessairement une limite.
Construit avec les techniques de simulation mises au point par le MIT, et rédigé par Dennis et Donella Meadows au sein d’une équipe de savants exceptionnels, à Cambridge, au Connecticut, ce rapport, parut donc en 1972 sous le nom de « Halte à la croissance ». Il eut un très grand retentissement pendant quelques temps. Sur la planète, un grand nombre de personnes se sensibilisa aux problèmes soulignés par cette importante étude. Et puis plus rien !
Nous sommes impardonnables, car nous étions prévenus ! 36 années pratiquement inactives !
Déjà, sur la consommation moyenne nos efforts ont été ridicules. Depuis les années quatre-vingt, au cours desquels la réalité du changement climatique a été amplement démontrée, on n’a fait que très peu de progrès : trop tard et trop peu. On a surtout produit beaucoup de bavardages débouchant sur l’ignominie de la reconnaissance d’un « droit de polluer ». On croit rêver !
D’ailleurs, nos tentatives se limitent à une recherche éperdue d’énergies de remplacement, en laissant complètement de côté l’utilisation des matières fossiles [pétrole, gaz et charbon] dans l’industrie chimique et pharmaceutique, qui absorbent une part croissante de ces matières.
Toutes les échéances fixées pour la réduction des gaz à effet de serre depuis Kyoto ont été régulièrement dépassées dans des proportions criminelles. On se croirait sur une scène de théâtre où des chanteurs habillés en soldats battraient la semelle sur place en chantant «Marchons! marchons!». Mais pendant tout ce temps, la nature, elle, ne nous attend pas et tient, elle, ses échéances.
Quant au second paramètre, celui du niveau de la population, on ne fait rien du tout. Que pourrait-on faire d’ailleurs ? Par contre, on se soucie, sans y remédier beaucoup, aux problèmes posés par le vieillissement de la population. Car on ne cherche qu’à prolonger la vie, ce qui ne peut qu’accélérer la venue du krach climatique. Quelqu’un s’est insurgé contre moi à la lecture de cette phrase, l’interprétant comme une incitation au génocide des personnes âgées. Bien entendu il n’en est rien. Je voulais simplement souligner le fait que nous continuons à tout faire pour nous enterrer plus vite. D’autres actions de notre société sont de même nature : nous ne cherchons pas vraiment à diminuer la consommation d’énergie, mais surtout à remplacer celle-ci par celle d’autres vecteurs que les matières fossiles.
On ne fait rien contre l’énorme vague qui menace l’humanité, et même on fait tout pour la grossir. Le mot « sacrifice » ne se rencontre jamais nulle part, ni dans les échanges relatifs aux accords de Kyoto, pas plus que dans la presse, car nous cherchons surtout à vivre et à fonctionner comme si l’effet de serre n’existait pas, et même à augmenter notre train de vie.
Beaucoup font des efforts, se déplacent en bicyclette, suppriment leurs vacances à quelques milliers de kilomètres de chez eux, cultivent leur terrain au lieu de le couvrir d’un gazon inutile, et d’y faire fonctionner un barbecue polluant. Mais ils sont si peu nombreux !
Nous rêvons debout en continuant de parler croissance, augmentation du niveau de vie, droits humains. Les manifestations en ce sens vont en s’amplifiant sans arrêt, et les hommes politiques tiennent le même discours, pour être élus. Si vous saviez combien elle s’en fiche des droits humains, la nature !
Alors oui, à mon tour, je ne crois plus que la catastrophe du climat puisse être évitée. Il est trop tard, et d’ici un siècle l’humanité sera sans doute réduite à un petit demi-milliard d’exemplaires, comme aux temps des pestes qu’elle a connues dans le passé.
Vous souvenez-vous qu’à un certain moment du Moyen Âge, la population du monde connu avait fondu de moitié en quelques décennies, non par génocide ou par guerre, mais par maladie et famine ? C’est ce qui nous attend.
La nature va y veiller, et tous nos beaux traités de civilisés ergotant sur le droit de polluer (on n’est pas très loin des discussions sur le sexe des anges !) seront peut-être redécouverts par les descendants de quelques humains rescapés du carnage, dans quelques milliers d’années, sous les pierres de villes en ruine, recouvertes de végétation comme le temple d’Angkor avant sa restauration.
Ne haussez pas les épaules, c’est pour demain !
André Serra
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