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Lorsqu’une maison brûle, l’arroser d’essence n’est pas une bonne méthode pour éteindre l’incendie. Aussi, dans l’affaire du Caucase, faut-il y aller avec une bonne dose de rationalité si on veut bien comprendre les événements et les comportements des acteurs, en s’interdisant bien sûr les préjugés, les émotions et les affirmations expéditives, et en lisant le moins possible les médias.
Dressons d’abord un état des lieux sommaire.
Après l’effondrement de l’Union Soviétique, les anciennes Républiques Autonomes ont choisi d’être indépendantes de la Russie. Tout au plus ont-elles souvent accepté d’adhérer à la CEI (Communauté des États Indépendants), structure politique assez lâche qui constitue une sorte de structure de concertation.
Cela se passe plutôt bien avec les cinq républiques situées entre Chine et Caspienne : Kazakhstan, Kirghizstan, Ouzbékistan, Tadjikistan, Turkménistan.
*1*
Rappelons par contre le conflit qui a opposé l’Arménie et l’Azerbaïdjan entre 1988 et 1994, en raison de l’existence, à l’intérieur de l’Azerbaïdjan, d’une zone montagneuse, le Haut-Karabagh, essentiellement peuplée d’Arméniens. La population de cette enclave choisit à son tour de prendre son indépendance, et, après un référendum positif, proclama la République du Haut-Karabagh.
L’Azerbaïdjan protesta et voulut alors récupérer ce territoire qui lui avait été dévolu par la grâce de Staline aux alentours de 1920, malgré les protestations de ses habitants - est-ce que ça vous rappelle quelque chose de récent ? - une guerre s’ensuivit, et l’Arménie s’en mêla pour assister sa population sœur de l’enclave.
Un cessez-le-feu intervint en 1994. Le Haut-Karabagh se rattacha logiquement à l’Arménie, mais la communauté internationale ne reconnut pas l’indépendance du Haut-Karabagh et considère toujours aujourd’hui qu’il fait partie de l’Azerbaïdjan - est-ce que ça ne vous rappelle pas aussi quelque chose ? - mais heureusement, l’Arménie et l’Azerbaïdjan étaient peuplés de gens plus sages que ceux qui régissent aujourd’hui la «communauté internationale», et les choses s’arrêtèrent là.
Pour résoudre ce conflit, on s’appuya donc sur le principe selon lequel la terre appartient à celui qui l’habite, ce qui semble fort raisonnable, car par le jeu des migrations et de la démographie, il est tout à fait évident que les frontières démographiques évoluent et finissent par ne plus coïncider avec les frontières politiques, dont le tracé est surtout fonction des lignes de puissance qui fracturent le monde. Il semble donc normal que des réajustements de frontières doivent finir par s’imposer d’une façon ou d’une autre en fonction du désir des populations concernées, en tenant compte du fait que des populations ayant une unité culturelle forte [langue, religion, ethnie] trouvent très naturel de vivre ensemble sur un même territoire.
C’est d’ailleurs en raison de ces considérations que l’indépendance du Kosovo a été admise récemment par la «communauté internationale», en violation des principes de la charte des Nations Unies qui font de la fixité des frontières un précepte absolu.
*2*
La même chose vient de se produire un peu plus à l’ouest du Caucase entre la Géorgie et deux de ses enclaves, l’Abkhazie et l’Ossétie du sud, qui lui avaient été dévolues en 1922, à nouveau par Staline.
Mais cette fois, la «communauté internationale» glapit contre la Russie, qui avait agi de la même manière dans le conflit arménien, 14 ans auparavant, à la satisfaction de tous. Surprenant ! Pourquoi ?
J’ai eu beau chercher, je n’ai trouvé aucune raison objective à cette attitude. Finalement, je me suis rabattu sur une idée qui ne me satisfait guère : c’est que la Géorgie était devenue un satellite de l’orbite étasunienne, avec un président étasunien, des armes étasuniennes, et même deux mille « conseillers militaires étasuniens » qui ont dû se carapater très vite à travers la Turquie pour ne pas être capturés par l’armée russe et être montrés sur tous les écrans du monde comme preuves du complot de Bush.
Au passage, j’ai remarqué que la seule timide preuve de la non forfaiture des Étasuniens dans cette affaire tient à deux déclarations de l’ambassadeur des É-U à Tbilissi, et de la secrétaire d’État Rice, indiquant que les États-Unis avaient conseillé Saakachvili de ne pas entreprendre d’opération militaire contre les enclaves. Personne n’a réagi à la suite de ces déclarations. Elles sont pourtant lourdes de sens.
D’abord elles ont été faites huit à dix jours après le premier engagement, ce qui laisse à penser que les É-U voulaient attendre de savoir comment le vent allait tourner avant de se défausser. Curieux ! Mais surtout, elles constituent l’aveu que les É-U étaient au courant des intentions de Saakachvili, et qu’ils n’ont rien fait pour l’en dissuader, le fait de seulement le mettre en garde n’étant pas acceptable, puisque l’armée géorgienne a été constituée par les fameux « conseillers militaires étasuniens », entièrement équipée de matériel étasunien et entrainée par eux. Ils avaient donc le pouvoir d’imposer à Saakachvili de rester tranquille.
*3*
Autre chose curieuse : la plupart des gens ont parfaitement compris que la Géorgie était l’agresseur de premier niveau. Mais alors s’est déclenché une nouvelle guerre, médiatique cette fois, et l’assourdissant caquetage des associés de l’OTAN a réussi à faire croire aux médias que, tout bien pesé, c’était la Russie l’agresseur. Pourquoi ?
La seule explication que j’ai trouvée peut paraître un peu simpliste, mais je la donne quand même : l’armée géorgienne est une création des États-Unis. Bien qu’équipée de pied en cape par les États-Unis et entraînée par les redoutables « conseillers militaires étasuniens », elle n’a pas tenu 24 heures devant les Russes. Où était donc le problème ? Je pense que les Étasuniens en étaient restés au souvenir de la lourde et inefficace armée soviétique, alors qu’ils se sont heurtés à une armée moderne, parfaitement organisée et commandée. On est loin de la guerre de Tchétchénie où les Russes se battaient contre des bandes terroristes.
Il fallait donc impérativement masquer ce nouvel échec des États-Unis par un vacarme médiatique tonitruant et passer pour la victime plutôt que pour l’agresseur. Pure hypocrisie ! Pour cela, un bouc émissaire était nécessaire, et… comme l’écrivait notre bon La Fontaine :

Un loup quelque peu clerc prouva par sa harangue
Qu’il fallait dévouer ce maudit animal,
Ce pelé, ce galeux, d’où venait tout leur mal.
Sa peccadille fut jugée un cas pendable.
Manger l’herbe d’autrui ! Quel crime abominable !
Rien que la mort n’était capable
D’expier son forfait : on le lui fit bien voir.
Selon que vous serez puissant ou misérable,
Les jugements de Cour vous rendront blanc ou noir.

D’où, l’ostracisme dont la Russie est maintenant l’objet.
On voulait bien qu’elle soit intervenue pour protéger les Ossètes, mais envahir le chérubin étasunien, quel épouvantable crime ! Elle l’aurait fait, paraît-il, d’une manière excessive. Avons-nous déjà vu qu’une guerre ne soit pas violente ? Une guerre pacifique en somme, dont des exemples seraient peut-être celles d’Afghanistan et d’Irak.
Si les troupes russes restent un peu plus longtemps que prévu, quelle en est l’importance ? On peut comprendre que la Russie finisse de nettoyer ce qui reste de l’armée « américaine » de Saakachvili, pour qu’il ne soit pas tenté de recommencer. Logique aussi que les troupes russes repartent avec une prime de risque sous la forme du matériel offert par la Graaande Amérique et dont les secrets, s’il y en a, peuvent être très précieux à découvrir, dans les drones, le matériel de communication et bien d’autres objet militaires sophistiqués. Une telle récolte ne se fait pas du jour au lendemain. Mais, visiblement, cela met mal à l’aise l’oncle Sam, qui préfèrerait garder ses petits secrets.
Le journal « Le Monde » est même allé jusqu’à soupçonner la Russie de vouloir annexer la Géorgie. Quelle stupidité ! Il s’agissait simplement de neutraliser ce pays dont Saakachvili voulait faire le levier qui ferait tomber l’ours Russe. Trop petit, le mercenaire étasunien !
On n’en est pas resté là. Faute d’avoir réussi à faire trébucher l’ours russe, on allait donc le bannir de l’OTAN, du G8, de l’OMC, bref de toutes les précieuses innovations étasuniennes fabriquées pour domestiquer le monde et promener en laisse ses courtisans. Jusqu’ici, ça avait parfaitement marché. Mais à présent ?
L’OTAN ne comprend à peu près que l’armée des É-U, et vogue d’échec en échec. À part les É-U, les autres font tapisserie et ne savent qu’offrir leur territoire pour le truffer de bases militaires étasuniennes. Qu’y ferait la Russie ? Ça ne peut plus guère l’intéresser.
Le G8 est un club qui s’occupe des affaires du monde. Ah bon ! Et bien dans quel foutu état serait le monde si le G8 ne s’en occupait pas ! À part demander à la Chine à chaque réunion de réévaluer le yuan - ce qu’elle ne fait pas, ou peu - que fait-il ? S’ajouter la Russie ne ferait qu’admettre un bavard de plus, et Poutine a vraiment autre chose à faire que de se balader pour prendre l’apéritif avec les grands de ce monde.
L’OMC contrôle le commerce mondial. Ah oui ! La belle affaire ! Le monde n’a pas attendu l’OMC pour commercer sur toute la planète depuis des temps immémoriaux. Lorsqu’une plainte est déposée sur le bureau de l’OMC pour violation des accords, il faut un minimum de deux ans pour instruire l’affaire. S’y ajoutent deux autres années pour l’appel qu’interjette nécessairement le pays délinquant. Il faut ensuite à peu près doubler ce temps, car il est possible de faire traîner éternellement les procédures sous prétexte d’études d’expert et de contre étude d’experts de la partie adverse. Je dois en oublier. Consultez les dossiers de plaintes non traitées, comme celles du Canada contre les É-U par exemple. Vous serez surpris
L’OMC ne sert donc à rien. À preuve le récent échec du cycle de Doha au sujet des produits agricoles. Franchement, qu’irait faire dans cette galère la Russie, alors qu’il est si rapide et si efficace de revenir à la pratique des anciens accords bilatéraux, dont la mise en place était facile et qui donnaient satisfaction à tout le monde. La Russie n’a jamais souffert de ne pas appartenir à ce nouveau club étasunien.
Donc, toutes ces menaces envers la Russie ne servent à rien, sinon à souligner l’impuissance dans laquelle se trouvent ceux qui les profèrent.
Il est pourtant facile d’imaginer ce que devraient faire tous ces gorgés d’importance pour que la Russie sortent plus rapidement de la Géorgie.
Il faudrait tout simplement qu’ils cessent de japper en tournant autour d’elle comme des caniches autour d’un chien danois. Ce qui doit prodigieusement amuser Poutine et Medvedev.
@ André Serra http://andreserra.blogauteurs.net/blog/

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Croire que l’histoire du monde va reprendre son cours après cette crise comme si de rien n’était, serait faire preuve d’une grande naïveté. La Russie a montré de belle manière qu’elle existe et que la période pendant laquelle on pouvait lui faire impunément des pieds de nez est bel et bien révolue. Après avoir consciencieusement aboyé comme à leur accoutumée, les É-U aux pieds nickelés vont rentrer sagement dans leur niche et chercher un autre moyen pour faire élire McCain en novembre. Après on verra.
La crise géorgienne va se terminer par l’indépendance de l’Abkhazie et celle de l’Ossétie du sud, laquelle fusionnera avec sa sœur du nord, dont Staline l’avait séparée en 1922. L’opposition géorgienne va sans doute éliminer l’américain Saakachvili d’une manière ou d’une autre (sa famille se trouve d’ailleurs déjà en Ukraine sous la protection du président Viktor Iouchtchenko, son allié), et retrouver une relation amicale avec la Russie. Enfin l’OTAN verra sa popularité baisser fortement après avoir révélé son incapacité à résoudre les problèmes du monde [une fois de plus], et par suite son inutilité, sinon sa nocivité.
Après cette crise, les quatre plaques tectoniques majeures de la planète, Europe, Russie, Chine et É-U pourraient évoluer de la manière suivante :

L’EUROPE [Union Européenne]
En suscitant des déclarations contradictoires de la part des Chefs des États qui composent l’Union Européenne, la crise a mis en évidence le profond défaut d’unité de cette dernière. L’absence de consensus que tous ont pu constater semble procéder de deux groupes de facteurs :

- l’hétérogénéité du passé historique des membres de l’Union
Il existe une hostilité résiduelle contre la Russie de la part des anciens satellites de l’U.R.S.S. Leurs populations n’ont pas encore réussi à tourner la page. Il leur faudra encore une génération pour y parvenir. À leur ostracisme envers la Russie correspond une mythification de l’ « Amérique », qu’ils ont créée et entretenue pendant les 45 ans de leur sujétion. Ils n’ont pas encore découvert et accepté la réalité objective de l’impérialisme égocentrique des États-Unis. Ce sont là deux aspects inséparables l’un de l’autre.
À l’inverse, les membres fondateurs de l’Union, et plus particulièrement leurs opinions publiques, sont parfaitement conscients de la malfaisance des É-U pour le monde. Leurs élites politiques ont cependant conservé une mentalité « atlantique » qui les empêche de rompre nettement leurs attaches avec Washington, par manque de confiance en leurs propres forces. Ce manque de confiance résulte lui-même du défaut d’unité et donc de solidité de l’ensemble politique qu’ils ont voulu construire, et pour l’édification duquel il faut reconnaître que des progrès considérables ont été accomplis.
Au contraire, les opinions publiques ont parfaitement intégré cette réalité et désapprouve le suivisme de leurs gouvernements vis-à-vis des États-Unis. Pour s’en convaincre, il suffit de lire les articles des bloggeurs et les commentaires de leurs lecteurs. Et ceci est aussi vrai des lecteurs de droite que des lecteurs de gauche. Voir sur ce point mon précédent article.

- les objectifs secondaires de l’Union
La construction de l’Union a essentiellement visé la normalisation du fonctionnement administratif des États de l’Union, en délaissant les fondements autrement plus solides que sont les Affaires étrangères et la Défense. La raison en est précisément aussi le manque d’unité historique, lequel a entrainé l’absence d’une unité de destin. C’est parce qu’instinctivement les politiciens comprenaient les difficultés de cette problématique qu’ils ont sciemment évité les vraies fondations de l’Union pour se consacrer à ses seuls aspects administratifs.
C’est pourquoi une analyse plus approfondie de leur part devrait pouvoir leur faire reconnaître l’erreur qu’a constituée la trop grande rapidité de l’extension de l’aire géographique de l’Union, notamment celle qui fut dirigée vers les anciens satellites soviétiques, sous la pression des Étasuniens pour des raisons multiples. C’est notamment pour cette raison qu’elle cale sur l’intégration de la Turquie [que les Étasuniens soutiennent aussi], car elle a maintenant conscience de cette erreur.
En ce sens, on peut supposer que les pressions étasuniennes avaient pour motif d’affaiblir l’Europe et d’empêcher son rapprochement de la Russie, conscients qu’ils étaient sans doute du fait que les États de l’est européen feraient tout pour s’opposer à un tel rapprochement.
Comment faire maintenant pour sortir de cette ornière?

Un nécessaire reconditionnement de l’Europe
Dans l’organisation de l’Europe actuelle existent plusieurs strates politiques, chacune associant un nombre variable de pays selon les objectifs poursuivis. Cela entraine une grande souplesse dans l’adhésion des partenaires, mais aussi une complexité de fonctionnement qui nuit à l’efficacité globale d’un tel système.
Ce que je suggère, malgré tout, est d’ajouter au-dessus de cette pyramide d’organismes disparates [qu’il faudra bien conserver pendant un certain temps], une strate plus spécifiquement politique et stratégique, dont l’unité de vue, de décision et d’action puisse lui procurer une détermination, une force, une vitesse de réaction et par suite une efficacité considérablement supérieures à celles de l’Union européenne telle qu’elle existe aujourd’hui.
Cette strate politique supplémentaire, fédéraliste et au-dessus des autres, que l’on pourrait dénommer les États Unis d’Europe (EUE) ne grouperait que les États fondateurs de la première étape de l’Europe, l’Allemagne, l’ex Benelux [Belgique, Luxembourg et Pays-Bas], la France et l’Italie. Pourraient se joindre à ce groupe quelques autres États de l’Europe de l’ouest susceptibles de partager la même volonté d’union, comme l’Espagne, le Portugal, l’Autriche, et peut-être la Hongrie, la Slovénie et la Croatie. Le critère d’entrée dans l’EUE serait l’acceptation d’abandonner leur souveraineté en matière d’Affaires étrangères, de Défense, de finances et de Commerce extérieur, à un gouvernement central sous l’autorité d’un Président élu pour quatre ou cinq ans, et contrôlé par deux assemblées : un Sénat représentant les nations et une assemblée représentant les populations.
Bien entendu, dans cette nouvelle structure il ne devrait plus y avoir ni concessions, ni exceptions, ni statuts particuliers, ce dont L’UE n’a que trop souffert jusqu’ici. Les États n’acceptant pas ces conditions seraient tout simplement priés de rester à l’extérieur du groupe, sans que celui-ci les attende pour commencer à agir. Bien entendu, les décisions du groupe seraient désormais prises à la majorité simple.
Alors l’Europe ne se trouverait plus dans un camp ou dans un autre. Elle serait enfin devenue elle-même, c’est-à-dire indépendante, car elle sortirait bien entendu de l’OTAN, qui n’a plus de sens depuis l’effondrement de l’U.R.S.S. Cette politique aurait immédiatement pour effet de supprimer la crispation récurrente de la Russie et la ramènerait progressivement dans le giron européen.
Concrètement, seraient écartés les anciens satellites de l’U.R.S.S., notamment la Pologne, empêcheur perpétuel de tourner en rond, et bien entendu la Grande Bretagne, qui s’exclurait d’elle-même car elle n’a pas encore compris que son destin a cessé d’être atlantique, à moins qu’entre temps une indépendance de l’Écosse ne la jette dans les bras de l’Europe dans un grand élan de lucidité. Au fil du temps, tôt ou tard et l’un après l’autre, je suis persuadé que tous les États laissés pour compte viendraient cogner à la porte du groupe fondateur en acceptant les règles communes.
Cependant, pour qu’une telle initiative ait des chances de succès, il serait indispensable qu’un homme suffisamment fort et décidé se lève pour l’initier et la défendre avec vigueur. Je pense qu’un homme comme Sarkozy pourrait faire l’affaire. J’ai observé son attitude pendant la crise géorgienne, et j’ai admiré sa réserve. Contrairement à Bush ou Merkel, il n’a pointé du doigt aucune responsabilité particulière. Il a su rester à l’écart et a œuvré seulement pour faire arrêter la violence. Il n’a pas aboyé pour que les troupes russes quittent la Géorgie plus vite qu’il n’était possible, en comprenant, sans le dire, que les Russes veuillent désarmer totalement le pays avant toute chose, pour éviter le retour du dictateur pro-américain qu’est Saakachvili. C’est là une qualité qui siérait parfaitement à un réel Président d’une Europe reconditionnée.

La RUSSIE
À l’égard de la Russie comme de la Chine, l’attitude européenne a toujours été calquée avec soumission sur celle des É-U, sans que les Européens se rendent bien compte qu’ils ne faisaient en cela que se mettre au service d’un « souverain » hégémonique, égocentrique et prétentieux. Sous prétention de démocratie, argument central de la propagande étasunienne que toutes les attitudes de ce pays ont successivement travestie au cours des crises passées, l’Europe s’est toujours laissé enchainer par une politique hors de tout réalisme.
Pourtant, l’action des É-U en Russie, sous les règnes de Gorbatchev et de Eltsine, a clairement conduit ce pays à la faillite et au pillage pendant plusieurs années, sous prétexte de démocratie et de libre marché. Mais l’Europe ne l’a ni vu ni compris, et a laissé faire. Si la Russie se trouvait face à un désastre économique profond au moment où Poutine l’a reçue des mains de Eltsine, c’est bien parce que les É-U avaient entrepris de la détruire économiquement et socialement pour éliminer définitivement un rival potentiel. Le seul fait que la Chine, partant des mêmes prémisses, ait réussi son émergence en quelques années sans le secours des « conseillers américains » vient prouver les faits. Pendant les 10 années, de 1989 à 1999, pendant lesquelles les É-U ont « conseillé » Eltsine, la production industrielle a été divisée par trois, le PIB par deux, et le revenu par habitant a baissé de 75% (Susbielle – Les royaumes combattants – First - 2008). Le PIB russe n’a rattrapé celui de 1990 qu’en janvier 2007 et l’économie russe croît actuellement de 7% par an. Il a fallu à Poutine 8 années pour réussir la renaissance de son pays détruit par les États-Unis. Sachant cela, devons-nous vraiment nous étonner de l’antiaméricanisme de Poutine. Il serait préférable que nous imitions sa lucidité.
Poutine avait donc recueilli une nation exsangue. Il a sans doute eu recours à des méthodes que certains ont jugé intelligent de dénoncer, mais il a réussi. S’il est devenu un héros national pour la plupart de ses concitoyens, c’est à cause de cette réussite, en dépit des critiques de l’occident et de quelques groupuscules russes, naïvement troublés par un modèle occidental en voie de décalcification continue.
En réalité, Poutine est un patriote russe, qui se serait tourné vers l’Europe si les pays de l’ouest européen, inféodés à Washington, avaient eu l’intelligence de comprendre que leurs véritables adversaires étaient les É-U et non la Russie. Ce sont les É-U que l’Europe devrait donc à présent isoler, et non la Russie. Il est d’ailleurs particulièrement intéressant de constater que ce sont les politiciens et les médias qui sont subjugués par les É-U et non l’opinion publique, beaucoup plus clairvoyante [cf. Opinion publique contre opinion du pouvoir politique].
À plus long terme, une intégration de la Russie ne serait plus alors impossible à envisager, et l’Europe pourrait s’étendre de Brest à Vladivostok comme l’avait espéré le général de Gaulle, équilibrant ainsi la puissance de la Chine, laquelle ne serait d’ailleurs pas devenue pour autant une ennemie. Entre temps, après avoir rongé leurs freins, les États-Unis seraient peut-être devenus un peu plus fréquentables.

La CHINE
Après les JO de Pékin, le Tibet sera un peu mis de côté devant la réussite de cette manifestation et la ponctualité de son déroulement, bien que les médias occidentaux n’aient eu de cesse, la veille encore de l’ouverture des jeux, de faire naître toutes sortes d’inquiétudes sur le smog, la circulation, l’alimentation, que sais-je encore ? Comme pour la Russie, on va bien être obligés de se rendre compte qu’après la vieille Europe de Rumsfeld, on va bientôt pouvoir parler de la vieille Amérique de McCain. L’Europe va-t-elle enfin arrêter de se boucher la vue avec Manhattan, dont les gratte-ciels tombent les uns après les autres dans l’escarcelle des milliardaires arabo asiatiques ?
Mais on reviendra rapidement au business, en se rendant compte que la crise financière étasunienne aura assez peu marqué l’économie chinoise. L’enrichissement de la Chine, commencé au bord de la mer, se poursuit à une vitesse rapide vers l’intérieur du continent. Les médias nous parlent sans cesse des paysans chinois, nombreux et pauvres. Mais ils ne parlent jamais « chiffres ». Lorsque Deng Xiaoping a lancé la nouvelle économie chinoise et annoncé l’ouverture des deux premières zones économiques spéciales (ZES) qui a marqué le démarrage de l’industrialisation de la Chine, il n’y avait pas plus de 100.000 Chinois dans les villes et autour de 1 million dans les zones rurales. En 2008, il y a aux alentours de 600.000 Chinois dans les villes, jouissant d’une économie moderne, et approximativement 700.000 ruraux vivant de l’agriculture. Le sens de cette répartition s’accélère d’année en année et l’économie intègre de plus en plus vite des technologies de pointe qui rivalisent à présent avec celles de l’occident.
La Chine n’a pas à craindre de réduction sévère de ses exportations, car elle possède encore un arrière-pays important qui absorbe petit à petit tous les excédents de son industrie. Le revenu de ses paysans a été multiplié par quatre en quelques années, et ce mouvement se poursuit sans obstacle. La croissance de ce grand pays continuera donc à vive allure. Si ralentissement il y avait, il est peu vraisemblable que son taux de croissance annuel tombe en dessous de 8%.

Les ÉTATS-UNIS
Comme je l’ai souligné dans quelques autres articles, les Étasuniens seront bien obligés de continuer à acheter en Chine, ou ailleurs en Asie, les produits qu’eux ne produisent plus ou qui sont moins chers que ceux produits par eux. L’inégalité qui continue de croître aux É-U conduit en effet les plus pauvres à chercher les produits les moins chers. Si les É-U mettaient en pratique leurs rêves protectionnistes, ils provoqueraient chez eux une crise sociale majeure. Il leur est donc impossible d’enrayer leur descente aux enfers du déficit commercial, qui tend à faire de leur dollar une véritable peau de chagrin.
Vont-ils comprendre que c’est leur système économique, confortablement assis sur des doctrines dépassées, qui fonde leur propension au déclin ? C’est peu probable, parce que ce sont précisément ces doctrines qui leur ont permis, jusqu’à la fin du siècle dernier, de connaître l’incontestable développement qui a été le leur. Leur esprit, sensible au dogmatisme, ne leur permet pas une remise en question rapide de leurs façons de faire actuelles. Un peuple, dont 95% des habitants croient encore à l’existence d’un ectoplasme créateur, qui privilégie le phantasme du créationnisme (intelligent design) à la poursuite des travaux scientifiques issus du darwinisme, et dont un habitant sur trois ou quatre est obèse, ne peut s’attendre à rester la lumière du monde.
Nous allons donc assister à une décroissance continue de ce pays, à travers des hauts et des bas, bien entendu, car aucune tendance n’est strictement linéaire. Le moindre signe un peu positif fait ici monter la bourse en asperge, mais par contre, les signes négatifs ne sont pris en compte qu’avec lenteur. Les Étasuniens ne peuvent imaginer qu’ils se trouvent sur une pente descendante. Pourtant, l’accumulation incessante de leurs dettes devrait les alerter. Déjà, de nombreuses entreprises étrangères et banques centrales se débarrassent peu à peu de leurs dollars. Les Étasuniens pensent que les fonds souverains les financent parce qu’ils sont riches, alors que la vraie raison est leur désir de se débarrasser le plus vite possible de leurs réserves en dollars. Mieux vaut en effet un gratte-ciel à Manhattan, même s’il peut perdre de sa valeur, qu’un tas de dollar en papier monnaie dont la valeur peut chuter de manière imprévisible et pour une durée incertaine.
Cette tendance à l’appauvrissement, vraisemblablement inéluctable tant qu’elle n’est pas clairement perçue par les intéressés, réduira donc progressivement l’énergie que ce pays consacre bien inutilement à maintenir un interventionnisme hégémonique têtu.
Mais comme je l’ai écrit, il y aura des hauts et des bas. De courtes périodes meilleures pourront faire croire à un retour en grâce de la fortune. Ce ne seront pourtant que des sursis sans suite.
Pour conclure, il est important de souligner que les É-U sont victimes d’une mythologisation de l’Amérique et du dollar, à la fois par les étrangers et par eux-mêmes. Elle a parfaitement fonctionné jusqu’ici, mais tout mythe finit par s’étioler devant la réalité des faits, et celle-ci est en train de gagner. Il suffira d’attendre pour le constater.
@ André Serra http://andreserra.blogauteurs.net/blog/

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VOX POPULI, VOX DEI !
Avec cette crise du Caucase, les opinions sont surchauffées et vont dans tous les sens. Tout un chacun ressent un immense besoin d’y voir clair. Pourquoi ?
Eh bien, sans doute parce qu’il s’agit d’un combat mondial. À ma gauche, Saakachvili, Président de la Géorgie, frauduleusement réélu en janvier 2008. À ma droite, Poutine, Premier ministre de Russie, nommé par son ancien Premier ministre, élu Président du pays entre temps. Donc, de prime abord, ce procès se déroule entre deux grands défenseurs de la démocratie.
Le premier est assisté par Bush et sa secte de cireurs de pompes étasuniennes. Le second assiste l’Ossétie du sud, sœur ethnique, linguistique et culturelle de l’Ossétie du nord, qui a été séparée d’elle en 1922 par le grand charcutier qu’était Staline. Ce dernier, environné d’une multitude de petites nationalités difficiles à domestiquer, décida d’appliquer la doctrine incontournable de tout pouvoir digne de ce nom : diviser pour régner. Il conserva l’Ossétie du nord dans l’U.R.S.S en tant que région autonome, et donna l’Ossétie du sud à la Géorgie, également en tant que région autonome de ce pays.
Il en rajoutera cependant un petit peu pour plus d’efficacité, en déportant les habitants de l’Ingouchie, musulmans d’un pays limitrophe de l’Ossétie du nord, puis en donnant aux Ossètes une partie de l’Ingouchie ainsi dépeuplée. Mélange absolument détonnant. Lorsqu’après 1989 les Ingouches reçurent l’autorisation de rentrer chez eux, ils y trouvèrent des Ossètes installés dans leurs maisons et sur leurs terres. Vous comprendrez que les embrassades furent assez sanglantes. Bref.
Par un référendum de novembre 2007, le peuple de l’Ossétie du sud vota à 99% l’affirmation de son désir d’être indépendant. Par ailleurs, on sait qu’il désire passionnément fusionner à nouveau avec le peuple d’Ossétie du nord, où il pourrait retrouver cousins, proches ou lointains, neveux et nièces, dans une langue et une culture bien distinctes de la langue géorgienne.
On comprendra que cela ne faisait pas l’affaire de Saakachvili, car il ne faut pas perdre de vue qu’il se dit démocrate. Lui préférait de beaucoup conserver le cadeau fait par Staline à son pays. C’aurait été porter un coup bas à sa mémoire, le cher homme !
Il en a donc parlé à son protecteur Bush, démocrate lui aussi. Il fallait faire cesser ce scandale. Depuis quand le peuple peut-il éprouver des désirs qui ne soient pas conformes à la démocratie ?
Bush comprit qu’il tenait là une bonne solution pour remonter dans les faveurs de son opinion publique, et peut-être même donner un coup de main à ce pauvre McCain qui peine dans les sondages des présidentielles étasuniennes. Il fournit donc moult armes de toutes natures, missiles, avions, drones à Saakachvili, en utilisant les bons soins d’Israël, qui ne pouvait évidemment pas lui refuser ce service. Ah ! Si Israël n’était pas là… il faudrait l’inventer.
Et pour faire marcher toute cette quincaillerie, il lui envoya aussi un bon millier de « conseillers militaires » afin d’apprendre à sa plantureuse armée comment s’en servir.
Bien entendu, les Russes qui, comme on le sait, ne sont pas démocrates, et par conséquent sont aveugles, sourds et muets, ne se sont absolument pas doutés de ce qui se préparait dans un silence absolument parfait, puisque les Étasuniens sont équipés de chaussures comportant des semelles de caoutchouc fabriquées par Nyke.
Alors, le jour même où les joutes olympiques commençaient à Beijing [tiens ! tiens !], l’armée américanisée de Saakachvili se présenta à la frontière de l’Ossétie du sud, après une bonne préparation d’artillerie sur Tskhinvali, la capitale, pour tenir les Ossètes bien éveillés. Mais, passons sur ce que toute armée digne de ce nom fait subir à une population civile innocente.
À ce moment là, les Géorgiens, armés de pied en cap, eurent la grande surprise de voir débouler à leur rencontre une armée Russe caparaçonnée de chars de fort tonnage, qui n’étaient nullement romains. L’idée que ces nouveaux venus venaient les saluer ne leur traversa que très rapidement l’esprit, et ils prirent leurs jambes à leur cou pour rentrer prestement chez eux, à l’exception de quelques uns qui décidèrent de rester en Ossétie pour l’éternité.
On comprend le courroux qui s’empara de Bush, alerté par un Saakachvili angoissé. Une telle action de la part des Russes n’était pas du tout prévue dans leur plan, et on sait pertinemment que des plans dûment établis par le Pentagone ne peuvent absolument pas ne pas fonctionner.
Alors, le futur ancien Président des É-U EXIGEA ( !) des Russes qu’ils retournent dans leurs casernes. Lorsqu’il reçut ce message, Poutine sourit pour la première fois depuis de nombreuses années.
La plupart des grands chefs d’État du monde dénoncèrent alors l’attaque des Russes, car, par magie sans doute, l’agression de Saakachvili était devenue celle de Poutine dans la même soirée.
Bon ! La suite reste à venir. Mais j’ai tout de même été surpris sur le coup, et j’ai même failli changer d’avis sur la question. Alors j’ai voulu savoir si beaucoup de monde avait compris comme moi que c’étaient les Géorgiens qui avaient ouvert le bal, ou si d’autres pensaient au contraire que c’étaient les Russes, comme l’affirmaient toutes les cliques politiques ou presque.
Je suis donc allé consulter les blogs d’une bonne dizaine de sites de journaux et de nouvelles sur le web. Au total, j’ai donc lu entre 300 et 400 commentaires sur cette malheureuse affaire.
Quelle ne fut pas ma surprise de me rendre compte que, dans une proportion de 4 sur 5, soit 80%, ces commentaires désignaient Saakachvili comme agresseur et provocateur, mais plus encore Bush et ses courtisans, dont ils dénonçaient l’agressivité et l’impérialisme. Quand à ceux qui désignaient Poutine et la Russie d’un doigt vengeur, ils étaient immédiatement taxés de naïveté et de suivisme par le commentaire qui suivait le leur.
C’est troublant, et montre que les finasseries politiques conduisent trop souvent à des impasses dangereuses, alors que le peuple, qui détient la souveraineté, paraît-il, mais que l’on ne consulte qu‘une fois tous les quatre à cinq ans, est souvent plus réaliste que ceux qui prétendent les diriger, et même aussi que les médias qui se contentent assez souvent d’adopter la pose du perroquet.
Plus troublant encore, alors que les problématiques du Kosovo et de l’Ossétie sont strictement les mêmes, les grands de ce monde insistent bruyamment pour qu’elles soient résolues différemment. On a fait du Kosovo un État indépendant en le prenant à la Serbie qui le possédait juridiquement depuis des lustres, mais on veut empêcher l’Ossétie du sud de l’être pour ne pas modifier les frontières de la Géorgie. Dans les deux cas, il s’agit pourtant de populations fort différentes de celles qui les oppriment. Il s’agit strictement du même problème dans les deux cas.
Mais, il y a cependant une toute petite différence. Ici, Saakachvili est américain, et il s’agit des « INTÉRÊTS de l’Amérique ».
@ André Serra http://andreserra.blogauteurs.net/blog/

cf. les nombreux commentaires sur AgoraVox

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Inutile sans doute de raconter dans les moindres détails la triste histoire de ces deux sociétés jumelles, qui possèdent officiellement 5000 Mds de $ d’actifs [un tiers du PIB des É-U]. Freddie vient cependant de déclarer un quatrième trimestre consécutif de pertes, soit 821 millions de dollars pour le seul deuxième trimestre 2008, après avoir doublé ses provisions pour créances douteuses. De son côté, Fannie avoue une perte de 2,3 Mds pour la même période. Dans ces conditions, on peut légitimement se demander ce qui restera des actifs de ces sociétés lorsqu’elles auront totalement digéré la crise des subprimes. On sait parfaitement que, pendant les périodes de difficultés, les entreprises n’hésitent pas à différer dans une certaine mesure le provisionnement de leurs mauvaises créances pour ne pas trop entamer leur crédibilité.
Résumons simplement l’essentiel.
Freddie Mac et Fannie Mae sont deux entreprises financières qui occupent le dernier étage de la pyramide du marché immobilier des É-U. Créées respectivement en 1933 et 1954 à l’initiative du gouvernement, elles sont cependant des entreprises privées, avec actionnaires et cotations en bourse.
Leur mission consiste à refinancer les banques et établissements financiers qui proposent des emprunts hypothécaires pour l’achat de maisons ou d’appartements. Lorsque ces prêteurs de premier niveau ont épuisé leurs fonds, ils peuvent s’en procurer de nouveaux auprès de Freddie Mac et Fannie Mae en leur cédant une partie des hypothèques qu’ils détiennent, de manière à poursuivre leur activité. C’est ce qu’on appelle « se refinancer ». Les deux entreprises jumelles, prêteuses de dernier ressort, se financent de leur côté en émettant de nouvelles actions en bourse, ou en vendant des obligations à travers le réseau des banques commerciales. Elles jouissent de la garantie implicite de l’État, ce qui leur permet de bénéficier de taux d’intérêt très bas , mais elles n’ont pas accès au guichet d’escompte de la FED comme les banques commerciales et certains établissements financiers sélectionnés, recevant des dépôts du public.
On comprend donc que si Freddie Mac et Fannie Mae voient leur trésorerie s’épuiser en raison de la défaillance des emprunteurs, sans pouvoir se refinancer, le marché de la construction se trouve paralysé. Sans finance, pas de construction, et sans construction, on provoque le ralentissement ou l’arrêt de toutes les autres activités liées de près ou de loin à celle-ci, comme la construction électrique, l’ameublement, la peinture et ainsi de proche en proche celui de l’ensemble de l’économie. Le fragile équilibre économique actuel des États-Unis repose donc presque entièrement sur celui de ces deux sociétés majeures.
Aussi, lorsque Lehman Brothers émit des doutes (8 juillet) sur l’équilibre financier de Freddie Mac et de Fannie Mae, en annonçant qu’elles devaient se recapitaliser de 75 milliards de dollars pour faire face à la crise des subprimes, le choc de la nouvelle sur le marché boursier a été terrible. On comprend ça ! 75 milliards de dollars, ça ne se trouve pas sous les sabots d’un cheval ! Tout cela au moment même où Bridgewater déclarait dans un mémo confidentiel que les pertes dues à la crise des « subprimes » pourraient s’élever à 1600 milliards de dollars (9 juillet), soit près de quatre fois l’évaluation qu’en avait faite le FMI peu de temps auparavant !
Repassons donc le film de ce qui s’est passé à partir de ce moment-là.
***
Freddie et Fanny n’avaient pas attendu l’information de Lehman Brothers pour agir, et s’étaient déjà mis en quête de capitaux. Mais les deux jumelles avaient vite compris qu’elles n’en trouveraient pas en les recherchant en bourse, après avoir évoqué l’intention de lever 10 Mds de $ (18 juillet). Les émissions d’actions peinent en effet à se placer en ce moment, car les investisseurs, souvent désargentés par la crise, ont développé une méfiance maladive depuis quelque temps. On les comprend !
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Elles ne pouvaient pas non plus espérer une aide du côté des fonds souverains, pourtant riches de 3000 milliards de dollars, comme avaient pu en bénéficier peu avant Merrill Lynch et Citigroup, car il était évident que l’État n’accepterait pas aussi aisément que des acteurs étrangers mettent leur nez dans des entreprises aussi stratégiques pour l’économie du pays. D’ailleurs, Henry Paulson, le secrétaire au Trésor, avait affirmé qu’il n’était pas question que le statut particulier de ces entreprises soit modifié, et qu’elles devaient pouvoir fonctionner comme auparavant.
Il ne restait donc plus que l’État lui-même qui puisse sauver ces malheureuses entreprises. Or, après le sauvetage de Bear Stearns réalisé par l’intermédiation de la FED sous la forme de son absorption par JP Morgan, de nombreuses voix s’étaient élevées contre les interventions de l’État dans la crise, et ceci pour deux raisons. D’abord pour des raisons idéologiques, le marché étant réputé pouvoir se soigner tout seul et venir à bout de toutes les difficultés par son seul fonctionnement libéré des entraves de l’État. Ensuite pour des raisons éthiques, car la manière indécente, voire malhonnête, dont le secteur financier avait agi, ne portait pas l’opinion publique à accepter qu’on aide les établissements financiers en difficulté avec les impôts des citoyens, qui n’étaient pour rien dans cette crise.
On ne devait donc, sous aucun prétexte, pratiquer une nationalisation des deux compagnies, directement ou indirectement, ainsi que le gouvernement britannique l’avait fait précédemment, pour solubiliser rapidement la faillite de Northern Rock. Néolibéralisme oblige !
***
Mais d’autres défis, collatéraux et imbriqués, confrontaient dans le même temps les pouvoirs publics des É-U, tous aussi importants les uns que les autres :
- une inflation frisant les 6%,
- un équilibre social sur lequel pèse le désarroi des expulsés de la crise immobilière [2 millions fin juin, inclues les procédures en cours]. Au seul second trimestre, 739714 logements ont fait l’objet d’une nouvelle notification de l’une des étapes de la procédure de saisie,
- des procédures de saisie de logements en hausse de 14% au second trimestre par rapport au premier, et de 121% sur un an, soit plus du double, avec la perspective de les voir se poursuivre jusqu’à la fin de 2009,
- effondrement de nombreuses banques régionales : Indymac (13 juillet), plus grande faillite bancaire depuis 1984 (32 Mds d’actifs, licenciement de 53% des effectifs), est placée sous la tutelle de la FDIC (Agence fédérale d’assurance des dépôts bancaires) - absorption à rabais de Countrywide Financial par la Bank of America pour éviter sa faillite. Plus récemment, la First Heritage Bank de Californie et la First National Bank of Nevada, le 26 juillet. Depuis le début de 2008, sept banques ont fait faillite. Mais on commence à parler de National City, Sun Trust Bank, M & T Bank Corp, First Horizon National, Carlyle comme d’éventuels candidats au dépôt de bilan.
En outre, selon des estimations d’origine étasunienne, 100 à 150 banques du pays, notamment régionales, pourraient disparaître d’ici la fin de 2009.
- augmentation du déficit budgétaire de l’État pour 2009 [exercice s'étendant de septembre 2008 à août 2009], dont le montant prévu s’élève maintenant à 482 Mds de $ [3,3% du PIB], interdisant de ce fait toute nouvelle intervention financière directe de l’État, comme celle de la distribution d’un retour d’impôt de 150 millions de $ aux particuliers au cours des mois de mai et juin.
En février, la première prévision du déficit pour 2009 portait sur 410 milliards de $. La dernière version sera-t-elle la bonne ? Rien n’est moins sûr !
- chute continue du dollar depuis deux ans sur le marché des changes, et fuite progressive des entreprises devant les contrats libellés en dollar, ainsi que de la part des banques centrales étrangères pour la composition de leurs réserves de change.
***
Ces multiples défis dépendant assez largement les uns des autres, il était devenu progressivement impensable, aux yeux du gouvernement, de trouver des solutions séparées pour chacun d’entre eux.
C’est sans doute la raison pour laquelle le président Bush confia à son secrétaire au Trésor, Henry Paulson, la mission de mettre sur pied un plan d’ensemble susceptible de répondre globalement à la crise, en étroite coopération avec le Congrès, car les solutions entrevues impliqueraient légalement sa participation et son accord massifs.
La rapidité exemplaire avec laquelle la loi établissant ce plan fut voté par 72 voix contre 13 au Sénat le 26 juillet, un samedi, jour de la semaine au cours duquel n’ont généralement lieu, ni débat, ni scrutin, montre bien le degré d’urgence attaché par le gouvernement des É-U à la mise en œuvre de ce plan.
***
En quoi consiste le plan voté par le Congrès le 26 juillet 2008 ?
- 300 milliards de dollars d’emprunts immobiliers vont être garantis par l’État,
- 3,9 milliards seront versés aux collectivités locales pour racheter et réhabiliter une partie des maisons saisies, de manière à favoriser leur revente,
- un nouvel organisme de contrôle coiffera Freddie Mac et Fannie Mae, et sera doté de pouvoirs d’intervention importants,
- la FED est autorisée à acheter en bourse les actions des deux entreprises, ce qui lui permettra d’en régulariser le cours,
- Freddie Mac et Fannie Mae auront désormais accès au guichet d’escompte de la FED au même titre que les banques de dépôts. Le plafond de cette facilité est fixé provisoirement à 300 Mds de $. Et le plus important, à ce guichet, la Fed pourra escompter les titres structurés comportant des contrats à subprimes.
À mon sens c’est ce dernier point qui pourrait permettre de régulariser l’économie bien au-delà des problèmes du secteur financier. En effet, en donnant aux deux entreprises la possibilité d’avoir directement accès aux capitaux de la FED [par pure création de monnaie, comprenons-le bien !], elles pourront en irriguer tout le réseau bancaire en réescomptant plus largement que jamais leurs actifs immobilisés [et notamment les titres structurés adossés partiellement à des contrats subprimes, causes de la crise]. Par voie de conséquence, les banques pourront recommencer à distribuer en aval tous les crédits dont l’économie a besoin, et pas seulement ceux qui concernent la construction.
Les particuliers pourront alors reprendre le cours de leur ahurissante consommation, stoppant momentanément la stagflation dans laquelle le pays est entré depuis le début de l’année. Ainsi seront donc provisoirement colmatées toutes les avenues menant actuellement à la paralysie de l’économie étasunienne. On est maintenant très loin de l’alternative que je présentais en mai dans un autre article intitulé : Entre le ba?ton et la vaseline, les E?-U he?sitent.
***
Par-delà ces futurs évènements, il est essentiel de souligner le fait que les crises qui se sont succédé aux États-Unis depuis quelques années ont toutes été causées par des interventions ou des abstentions étatiques. La bulle technologique de 2001 a été causée par un refus de l’État d’intervenir dans le contrôle des opérations de bourse. Les titres de compagnies venant à peine d’être créées ont fait l’objet d’un volume de transactions délirantes, alors même qu’aucun document financier renseignant les futurs actionnaires n’avait pu être encore établi. Pure spéculation sur un futur imprévisible.
Cette crise aurait dû entraîner naturellement une remise en ordre sévère de l’économie, mais l’État voulait empêcher un ralentissement de la croissance, aussi, pour pallier les conséquences naturelles de ce gros incident boursier, la FED baissa les taux d’intérêt de manière radicale pour relancer la machine par l’endettement des particuliers. Le taux interbancaire descendit donc jusqu’à 1% aux alentours de 2002/2003, soit en dessous du taux d’inflation réel, de l’ordre de 3%. Le résultat conduisait donc la FED à accepter de perdre de l’argent par rapport à la valeur réelle du dollar.
Il était évident que les consommateurs allaient s’en donner à cœur joie, d’où une extraordinaire demande de nouvelles constructions entraînant une inflation des prix de l’immobilier de même importance. L’habitude de consommer à crédit se développa parallèlement. Le développement immobilier s’amortissant de lui-même par l’épuisement de la demande solvable, il fallut donc trouver un moyen de prolonger cette prospérité artificielle à laquelle on s’était habitué. Ce moyen fut la mise au point de crédits particuliers pour les foyers n’ayant pas les moyens de faire face à des échéances mensuelles importantes. Ce furent les contrats de subprimes.
On ne se trouvait plus alors dans la bulle créée par l’action de l’État entre 2002 et 2005, mais dans son extension volontaire par des moyens irrationnels sur lesquels l’État ferma pudiquement les yeux. Puis survint la hausse du taux d’intérêt décidé par la FED en raison du fait que celui de 1% devenait insoutenable, et début immédiat des défauts de paiement par les titulaires de ce type de contrat. Je passe évidemment sur les détails.
Et enfin aujourd’hui, l’État, toujours lui, intervenant directement sur le cours naturel de l’économie, et plus particulièrement sur celui de la monnaie, vient de mettre en place tous les éléments d’une nouvelle bulle, celle du dollar, croyant ainsi résoudre les problèmes entraînés par la précédente.
MAIS ! Mais il y aura un prix à payer. Ce prix sera une accélération de l’affaiblissement du dollar. Derrière la bulle immobilière, apaisée, une nouvelle bulle se formera en effet assez vite, celle de la monnaie des États-Unis cette fois, qui résultera de l’abondance des liquidités fabriquées par la FED, aspirées et distribuées par le canal de Freddie Mac et Fannie Mae, regonflés à bloc, qui acheminera en sens inverse dans les oubliettes de la FED toutes les mauvaises créances qu’elles pourront désormais accepter de racheter au réseau financier. Les chiffres avancés dans cet article permettent de se faire une idée des dimensions hollywoodiennes de cette nouvelle bulle. La crise actuelle n’aura en effet été résolue que par la création continue d’une fausse monnaie ne reposant sur aucune vraie création de richesse. L’assainissement du secteur financier aura donc comme contrepartie la noyade du dollar. Cette façon de procéder aura l’avantage d’éviter la publication de statistiques, puisque les transactions seront assimilées à des transactions commerciales ordinaires.
Personne ne pourra donc plus faire de différence entre un bon dollar et un dollar frelaté. Mais il me semble qu’au plan international, le dollar sera désormais regardé avec davantage encore de suspicion qu’il ne l’est aujourd’hui, accélérant ainsi la fuite déjà commencée devant lui.
En dépit des apparences et des discours, les États-Unis seront donc devenus résolument interventionnistes en quelques années, leur gouvernement conduisant de crise en crise le pays à toute une série d’impasses cumulées atteignant progressivement toutes les structures économiques du pays.
Le néolibéralisme aura donc abouti à éliminer le libéralisme, pourtant célébré sur toutes les tribunes, faute d’avoir accepté de laisser chacune des crises traversées aller jusqu’à leur terme naturel, nettoyant au passage toutes les entreprises qui n’ont survécu jusque-là que dans l’ombre de l’État.
Les États-Unis vont donc être amenés bientôt à revenir aux pratiques de l’ère rooseveltienne, dont les effets négatifs n’ont été évités de justesse que par l’entrée en guerre du pays, en décembre 1941, après Pearl Harbor. Ils devront alors faire face à un inextricable destin.
@ André Serra http://andreserra.blogauteurs.net/blog/

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Dans « Le choc des civilisations », Samuel Huntington a cru pouvoir démontrer en 1996, que l’opposition entre l’occident chrétien et l’islam était irréductible, et qu’il fallait donc s’attendre à une nouvelle guerre froide entre ces deux camps, guerre qu’il faudrait peut-être anticiper un jour. Sous-jacente à cette thèse perçait l’idée de la nécessité d’une hégémonie permanente des États-Unis pour garantir la sécurité du monde occidental.
Pendant quelque temps, cette thèse a réussi à bouleverser les milieux intellectuels et politiques des pays occidentaux, en pleine crise de l’immigration musulmane en Europe. Il n’y a rien d’étonnant à cela, lorsqu’on sait que Zbigniew Brzezinski a dit de ce livre : « Un tour de force intellectuel : une œuvre fondatrice qui va révolutionner notre vision des affaires internationales. », et puisque ce dernier a lui-même écrit en-tête de la conclusion de son propre livre paru en 2004, « Le vrai choix » : « L’hégémonie mondiale américaine est désormais une réalité établie. Nul ne peut la nier,… ». Il concède cependant quelques lignes plus bas que cette hégémonie ne sera pas éternelle.
Pourtant l’analyse de Huntington était superficielle et partiale. Dans ce court article, il est impossible de le citer longuement. Je me contenterai de rappeler une seule phrase, située à la page 310 de son édition de poche : « Tant que l’islam restera l’islam (ce qui est certain) et que l’Occident restera l’Occident (ce qui l’est moins), ce conflit fondamental entre deux grandes civilisations et deux modes de vie continuera à influencer leurs relations à venir, tout comme il les a définies depuis quatorze siècles. ».
L’opposition entre les textes des parenthèses de ce passage montre l’absence d’un réel esprit scientifique chez Huntington. Il sous-entend clairement que seul l’occident est susceptible d’évolution, alors que l’Islam ne l’est pas. Il ne tente même pas de démontrer ces deux assertions, et de nombreuses affirmations non argumentées de ce genre jalonnent son essai. En définitive, tout concourt dans ce livre à faire penser que cette prétendue étude n’avait pour but que de convaincre le lecteur de préjugés présents dans l’esprit de son auteur, et que ce dernier se préoccupait seulement de les emballer de manière convaincante. L’œuvre ne montre en effet aucun souci d’une quelconque objectivité historique, qui aurait pu se fonder sur une analyse comparée des religions au cours de l’histoire et sur celle de l’évolution géopolitique du monde.
En 2008, la déconfiture économique et militaire des É-U est cependant patente. Ce pays devra sans doute laisser bientôt la place du dollar à l’euro en tant que principale monnaie d’échange dans le monde, et a échoué dans sa tentative militaire de régner sur le Moyen-Orient. Quelle confiance peut-on accorder à un auteur qui se prétend expert en géostratégie, et qui s’est si lourdement trompé sur la situation de son propre pays ?
***
Emmanuel Todd et Youssef Courbage s’inscrivent en faux contre les thèses de Huntington, dans « Le rendez-vous des civilisations (Seuil - 2007) », en qualifiant « Le choc des civilisations » d’« exégèse faussement savante des textes sacrés ».
Mais leur livre ne vise pas principalement à démentir Huntington. Ils préfèrent présenter une étude, particulièrement élaborée celle-là, des évolutions anthropologiques de l’ensemble des sociétés dites occidentales et musulmanes, reposant sur des statistiques parfaitement établies de trois critères principaux qui sont : l’évolution des taux d’alphabétisation masculin et féminin des groupes étudiés, celle des taux de fécondité et celle de la pratique des religions. Ils montrent enfin de façon tout à fait indubitable l’existence d’une corrélation entre la baisse de la pratique religieuse dans le monde avec celle de la fécondité, et celle de la baisse de la fécondité avec l’augmentation de l’alphabétisation des femmes après que celle-ci ait atteint le taux de 50% de la population étudiée.
Les variations de ces lois de corrélation sont soigneusement étudiées et expliquées. L’ensemble de l’étude permet d’affirmer que les sociétés musulmanes ont entamé depuis plusieurs décennies un mouvement de déconfessionnalisation, et que c’est précisément ce mouvement qui entraîne une résurgence des pratiques religieuses dans une certaine partie de la population, celle qui se trouve en mal d’identité, avant d’en retrouver une autre.
Todd et Courbage rappellent à ce propos que la même résurgence s’est manifestée dans le monde chrétien au moment de la réforme protestante, à l’époque des Lumières et à celle de la révolution scientifique. « L’intégrisme n’est qu’un aspect transitoire de l’ébranlement de la croyance religieuse, dont la fragilité nouvelle induit des comportements de réaffirmation. »
À titre personnel, j’ajouterai à cette brillante étude le commentaire suivant : actuellement l’Occident, mais plus spécifiquement les É-U, administre aux pays musulmans une pression indue qui tente de troubler la vitesse naturelle du cours de l’histoire pour accélérer l’évolution des mentalités de leurs populations. C’est une tentative illusoire et inefficace dont le résultat a pour seul résultat de prolonger dangereusement la période de transition historique de ces pays. Or les travaux de Todd et Courbage montrent que cette période est toujours caractérisée par des troubles et des violences provoqués par une grande tension entre la naissance de nouvelles mentalités et la résistance des anciennes. Sous l’agression, leur tendance naturelle est de surcompenser leur stress par un retour à la pratique religieuse. C’est ce que je montre moi-même dans un article récent en trois parties : Extrémisme : terrorisme ou résistance.
Mieux vaudrait au contraire laisser cette tendance historique naturelle se dérouler d’elle-même, sans pressions extérieures. Elle est déjà engagée dans beaucoup de pays, nous assurent Todd et Courbage en nous mettant sous les yeux les preuves de la déritualisation de la chrétienté. Après tout, celle-ci s’est effectuée naturellement sans pression extérieure. Elle n’est même pas encore achevée aujourd’hui.
D’ailleurs, en ce qui concerne les États-Unis eux-mêmes, ce reflux de la croyance religieuse est à peine commencé. C’est sans doute pour cela qu’ils montrent une hargne beaucoup plus impatiente que les autres pays occidentaux, largement plus en avance dans cette évolution que ce prétendu empire déjà en voie de disparition.

@ André Serra http://andreserra.blogauteurs.net/blog/

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Un de mes amis lecteurs m’a demandé ce que je pensais de l’évolution des marchés boursiers d’ici l’été et les élections présidentielles des Etats-Unis. Quelle responsabilité ! Je lui ai répondu ceci, avec précaution :
Que voilà une question embarrassante, mais si excitante dans cette période incertaine !
Les marchés boursiers se trouvent au croisement de plusieurs problématiques : la campagne présidentielle, les taux d’intérêt, l’inflation, la crise des subprimes, les autres banques centrales, la psychologie et la stratégie des investisseurs, le chômage et les possibilités de crédit. Chacune de ces problématiques étant elle-même fonction de chacune des autres.
Pour arriver à formuler des pronostics sur l’étroite période de l’été, il faudrait pouvoir réaliser une sorte d’intégration mathématique, qui déboucherait probablement, non sur une ou deux solutions « raisonnables », mais sur une zone de probabilités que l’on pourrait représenter par une surface à l’intérieur de laquelle se trouveraient toutes les solutions possibles de probabilité supérieure à, disons 25%
Je me contenterai donc d’énumérer les paramètres qui me paraissent moteurs dans cette dynamique.
Tout d’abord l’impossibilité pour la FED d’augmenter son taux interbancaire, car cette augmentation aurait trop de répercussions négatives sur l’investissement et le chômage, et donc aussi sur la consommation. Je pense que Bernanke et l’administration vont donc se contenter de maintenir un discours haussier sur le dollar pour maintenir une psychologie résiliente dans la population. Si cette hypothèse se réalise, il est possible que Trichet maintienne son 4%. Mais il y aurait cependant place pour une hausse purement indicative de 0,25 portant ce taux à 4,25%, tout à fait insuffisante pour contrer une inflation qui n’est pas simplement conjoncturelle, mais surtout structurelle.
Je note au passage que la tension sur les matières premières [dont pétrole], devrait se maintenir. En effet, pour le moment la crise financière n’implique pas encore les pays du BRIC, si j’en crois les chiffres chinois, ce qui donne du poids à la théorie du découplage entre économies occidentales et économies en émergence, contrairement à l’opinion exprimée par Strauss-Kahn. La production industrielle de la Chine a en effet augmenté de 16,3% pendant les cinq premiers mois de l’année, par rapport à la même période de 2007. Cette évolution tendancielle confirme l’involution de l’économie chinoise que je pronostique depuis deux ans. J’entends par là une lente décrue de son activité exportatrice, qui serait partiellement réorientée vers des développements intérieurs d’infrastructures et d’équipements. Ce que permet la structure monodémocratique du pays.
Les importations des É-U à partir de la Chine ne devraient cependant pas décroître très vite, car le niveau de leurs coûts est toujours fort attractif pour les consommateurs étasuniens. Il est cependant à noter que les prix chinois ont augmenté de l’ordre de 8% d’une année sur l’autre, à la fois en valeur nominale et en valeur de change. Les modifications intervenues en un an dans la structure du taux de change du yuan [rappelons que le taux de change du yuan n'est pas librement négociable] au détriment du dollar, associées à la baisse continue de la valeur de ce dernier ont débouché sur une perte de 9,75% de la valeur du dollar en yuan de juin 07 à juin 08.
Pour rester dans le domaine du commerce extérieur, soyons conscients du fait que l’administration étasunienne n’a fait « mousser » la petite augmentation des exportations des É-U en mai que pour montrer l’intérêt de la baisse du dollar. Elle a cependant négligé d’évaluer son montant en valeur constante. Si elle l’avait fait, elle aurait dévoilé le fait que les exportations avaient en fait diminué d’une année sur l’autre en valeur réelle. De toute façon le commerce extérieur des É-U reste monstrueusement négatif.
Parallèlement, le flux des capitaux entrés mensuellement depuis 2007 aux É-U a décru de 50%, et ne compense plus le double déficit du pays [commerce extérieur et budget de l'État]. La FED est donc contrainte d’émettre des dollars en continu, notamment pour dégager les secours qu’elle accorde aux banques étasuniennes affaiblies par la crise des hypothèques subprimes depuis le milieu de 2007. Les récentes pertes de Lehman Brothers et Morgan Stanley constituent autant de confirmations de l’augmentation considérable des liquidités en dollars sur le marché. La baisse du dollar va donc continuer, car l’illusion de la politique d’un dollar fort va nécessairement s’écrouler rapidement devant les faits. Je ne pense pas qu’elle puisse conserver son effet jusqu’aux élections présidentielles. Le temps qui reste à courir d’ici là me paraît trop long pour que la crédulité de l’opinion publique étasunienne ne défaille pas avant.
Alors, et les marchés boursiers dans tout ça ? Pour en évaluer avec sécurité la tendance à court terme, il reste à supputer la psychologie des acteurs. Pour moi, c’est l’inconnue la plus difficile à soupeser. La raison en est que l’opinion publique n’a pas encore intégré la réalité du déclin foudroyant des Etats-Unis. Ce pays est proche de la ruine, mais c’est une vérité à laquelle très peu de gens adhèrent. Lorsque j’en parle autour de moi, pourtant avec des arguments en béton, la réaction est toujours la même : « Mais, ce n’est pas possible ! ». Cette conjoncture sociologique peut durer encore longtemps, en vertu d’un important phénomène d’hystérésis social.
Je ne suis d’ailleurs pas convaincu que les alliés des É-U, au niveau politique, se rendent eux-mêmes bien compte de ce qui est en train de se passer. Je crains qu’ils ne veuillent soutenir ce pays au-delà du possible, parce qu’ils croient que le monde a besoin d’un mentor, et qu’ils se demandent ce qui se passerait si son hégémonie disparaissait. Une intervention groupée des banques centrales occidentales n’est donc pas à écarter. Elle pourrait modifier la tendance actuellement forte de la déroute du dollar. Reste à savoir si une action de cette nature pourrait avoir un effet de longue durée. En effet, si de telles actions ont pu recueillir quelque succès dans le passé, la force de frappe des banques centrales a fortement décru depuis dix ou vingt ans, par rapport à celle que les marchés financiers ont eux-mêmes développées depuis.
En conclusion provisoire, je m’écarterais personnellement par prudence des marchés boursiers actuellement, et me porterais plutôt vers des achats d’or, en attendant de voir venir. L’or s’est mis à stagner sous les 900 $ l’once depuis quelques temps, mais c’était en raison de la liquidation progressive d’environ 400 tonnes d’or par le FMI, pour faire face à ses besoins de liquidités ( ll perd de l’argent en ce moment ). Lorsque ce paquet aura été liquidé, il est fort probable que l’or reprendra sa montée vers les 1000 $, et sans doute au-delà.
Bonne chance à tous.
André Serra http://andreserra.blogauteurs.net/blog/

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Depuis mon dernier article « Ben Bernanke et Jean-Claude Trichet abattent leurs cartes », une sorte de poker menteur verbal se déroule entre Bernanke et Trichet. L’enjeu est l’augmentation des taux d’intérêt interbancaire que l’un et l’autre menacent d’augmenter pour maîtriser l’inflation qui monte de jour en jour pour diverses raisons, mais surtout en raison de l’augmentation du prix des matières premières, et plus spécifiquement du pétrole.
Pour Trichet, c’est indiscutablement la stabilité de l’euro qu’il veut défendre par un relèvement du taux d’intérêt, car cette stabilité conditionne dans une large mesure le niveau des prix intérieurs. Déjà, le taux actuel de 4 % a-t-il permis de limiter la hausse du pétrole en euro. Aux Etats-Unis, l’essence se sert actuellement à plus de 1 $ le litre contre 0,50 il y a à peine deux ans. En pourcentage il s’agit d’une augmentation bien plus considérable que celle que les Européens subissent, bien que les taxes sur l’essence soient insignifiantes aux É-U.
Depuis le 3 juin, le cirque médiatique ne cesse pas de l’autre côté de l’Atlantique. Tous les jours Bernanke se rend à une nouvelle conférence et dans un nouveau lieu pour asséner sa nouvelle doxa : « Il faut augmenter le taux d’intérêt pour sauver le dollar à tout prix ! », et il a bougrement raison. Bush en parle également à tout instant, Paulson, le Secrétaire au Trésor le fait aussi de son côté et les gouverneurs de la Fed, chacun dans son siège respectif, ne s’en privent pas non plus. Les Étasuniens sont soumis à un matraquage médiatique étonnamment soutenu. Mais pourquoi à ce point-là ?
La réponse coule de source. Il suffit de regarder les cours du dollar, de l’or et du pétrole depuis vendredi pour le comprendre, depuis que la « Parole » est lâchée. Ces trois valeurs ont repris du poil de la bête, car les Étasuniens sont persuadés que le dollar va bientôt remonter face à l’euro, que l’or va reprendre gentiment sa nature ésotérique, et que le pétrole va baisser. Ouf ! Il était temps ! ils vont pouvoir partir en vacances avec leurs 4×4 sans perdre trop d’argent ; peut-être même pouvoir partir en Europe, ce à quoi ils avaient dû renoncer jusqu’ici, et exhiber à nouveau fièrement leur dollar retapé. Finalement, pour eux, cette chute n’aura été qu’un entracte sans importance. Sacrés Américains ! Impayables !
Et prodigieux !
Alors Bernanke va-t-il tout de même hausser son taux d’intérêt ? Pas du tout ! Sa parole a soulevé des vagues d’espoir chez ses compatriotes, faisant remonter le dollar et baisser l’or et le pétrole. Tout va bien pour le moment, grâce au mystérieux pouvoir de la parole, sans même avoir eu besoin d’agir. Qui a dit que la finance était un problème mathématique ? La parole est d’or, voyons !
Alors tous les problèmes des É-U sont-ils résolus pour autant ? Pas du tout ! Bernanke a simplement gagné un mois ou deux, le temps que ce renouveau de confiance s’épuise, au retour des vacances, devant les relevés des cartes de crédit.
À la prochaine réunion du comité monétaire des gouverneurs de la FED, fin juin ou début juillet, je ne sais plus trop, Bernanke aura beau jeu de dire que les choses se sont améliorées, que les exportations frétillent, et que l’on peut attendre encore un peu, mais pas trop, avant de véritablement porter le couteau dans la plaie. Il pourra aussi lâcher 0,25 %, histoire de montrer que ça pourrait monter doucement. Le temps est tellement facile à acheter quand on sait s’y prendre !
Mais les conditions profondes de la situation économique des Etats-Unis resteront les mêmes, et le resteront encore longtemps : prodigieux endettement, déficits insondables, et j’en passe. Mais pour le moment, il s’agit simplement de tenir jusqu’aux élections, en utilisant tous les subterfuges possibles, y compris la falsification des statistiques si c’est nécessaire. Ne pas oublier que les Républicains sont en campagne ! Une chose à la fois bon sang !
En tous les cas, je ne renonce à aucun des termes de mon précédent article, dont j’ai rappelé le lien en tête de celui-ci.
© André Serra

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La semaine dernière, on a assisté à un double événement qui deviendra assurément historique.
Décrivons d’abord ce double événement, et nous verrons ensuite ce qui pourrait en résulter.
Tout d’abord, le mardi 3 juin, le président de la FED, Ben Bernanke, prononçait un discours dans un forum financier rassemblant un certain nombre de grands noms de la finance internationale. Par ce discours, il reconnaissait le rôle joué par la baisse du dollar dans l’inflation des prix à l’intérieur de son pays, et annonçait indirectement ainsi que la baisse du taux d’intérêt directeur de la FED était parvenu à un plancher. Et comme il exprima ensuite son intention de mener une politique monétaire appropriée contre l’inflation, tout le monde en déduisit qu’il était disposé à remonter le taux d’intérêt de la FED, actuellement de 2%, de manière à stabiliser le dollar dans un avenir proche.
Entre le bâton et la vaseline, Ben Bernanke a donc choisi le bâton, avec toutes les conséquences qui s’y rattachent pour l’économie étasunienne.
Je ferai deux commentaires sur cette décision, avant de parler du second événement qui lui fait contrepoint.
Le premier est sur le fait qu’un président de la FED ne parle jamais de l’état de la monnaie étasunienne, mais uniquement de sa politique monétaire, laissant ainsi le Secrétaire au Trésor, en ce moment Henri Paulson, le soin de dire haut et fort partout qu’il veut un dollar fort. Entre les deux fonctions, ce partage des tâches est tacite depuis fort longtemps. Le fait que Bernanke ait transgressé cette tradition n’est donc pas innocent. C’est à mon avis le signe que les choses vont très mal pour le dollar, et que le gouvernement a jugé le président de la FED plus crédible que le secrétaire au trésor pour faire passer cette décision dans le monde de la finance, en lui donnant plus de poids.
La baisse du taux directeur à 2% intervenue il y a quelques mois était destinée à relancer la machine économique, tout comme la distribution, décidée par Bush, de 150 milliards à plusieurs millions d’Étasuniens pour la même raison.
Mais au lieu des résultats espérés, la consommation se traîne, les investissements sont en panne et l’inflation grimpe à la cadence de 6%, pendant que le taux de base de la FED reste à 2%. Tout emprunt reçoit alors, comme en 2004, un cadeau de 4% en capital. Les exportations, qu’un dollar faible devait dynamiser, ne bougent pas lorsqu’on en ramène la valeur au niveau du cours de la monnaie d’il y a un an. Les bons du trésor de l’État ne sont plus souscrits désormais qu’à hauteur de 50% des adjudications par les investisseurs étrangers, obligeant ainsi la FED à faire rougir la planche à billets pour résorber un déficit budgétaire annuel de 700 milliards de dollars. À ce déficit s’ajoute la distribution des 150 milliards « donnés » par le Président à 140 millions de contribuables, pompeusement appelée « retour d’impôt », mais en fait tout simplement imprimés puisque ce montant ne figure pas dans le budget voté par le congrès. Soit un réel déficit de 850 milliards pour l’exercice en cours.
Enfin, le taux de chômage vient de passer en un seul mois de 5% à 5,5%. Il est tout à fait probable que Bernanke connaissait ce chiffre lorsqu’il a prononcé son discours. Cette nouvelle désillusion sur la reprise économique attendue, ajoutée à la mauvaise nouvelle constituée par la nécessaire recapitalisation de Lehman Brothers à hauteur de 10 milliards de dollars, qui met à bas tous les espoirs de voir prochainement la crise des subprimes se terminer, a vraisemblablement précipité l’initiative de l’administration étasunienne. Une action insuffisamment mûrie.
Le second commentaire a pour objet de souligner que, si le prix du pétrole est en hausse constante, c’est parce que le dollar baisse, et ceci pour deux raisons :
La première est que le prix du pétrole étant côté en dollar, et celui-ci baissant d’une manière continue, les producteurs de pétrole augmentent tout simplement leurs prix pour conserver leurs revenus en dollars constants. C’est donc parfaitement logique.
La seconde raison, souvent invoquée parce qu’elle fait plaisir aux détracteurs du « capitalisme et des riches », est la spéculation. Mais la véritable cause de cette spéculation est par contre passée sous silence. Elle résulte du fait que, la valeur du dollar baissant inexorablement, les investisseurs ont le souci de conserver la valeur de leurs capitaux disponibles pour ne pas la voir drastiquement réduite comme une peau de chagrin sous l’effet de cette baisse continue. Un bon moyen pour cela consiste à acheter à terme [6 mois, 9 mois, un an, voire davantage] des matières premières et notamment du pétrole, à la valeur actuelle du dollar, pour les revendre beaucoup plus tard quand le dollar aura cessé de baisser. Cette spéculation consiste donc surtout en une prise d’assurance contre la détérioration de la monnaie des É-U. Si Bernanke parvenait à stabiliser celle-ci, cette spéculation conjoncturelle cesserait immédiatement. Une stabilisation est cependant assez improbable à court et moyen terme, compte tenu de l’incessante croissance du double déficit du pays [budget de l'État et balance commerciale].
Mais ce que Bernanke s’est bien gardé de dire, c’est que le monde des affaires à l’extérieur des Etats-Unis fuit à présent le dollar. Depuis plusieurs mois, sitôt gagnés les dollars sont maintenant troqués contre des devises plus stables, et notamment contre des euros. La preuve de ce mouvement est fournie par l’évolution de la structure des réserves mondiales de change des banques centrales. La part du dollar dans ces réserves est passée de 72,6 % en 2001 à 63,9 % fin 2007, soit une régression de 12 %. Pendant la même période, la part de l’euro est passée de 17 % à 26,5 %, soit une progression de 55,6 %. Le rapport de leurs parts est donc passé de 1/4,27 à 1/2,41 en sept ans. On est donc encore loin de l’égalité, mais la rapidité de cette convergence s’est accélérée depuis deux ans.
L’allusion à une prétendue lutte contre l’inflation n’est donc probablement qu’un faux-nez destiné à dissimuler la vraie stratégie de l’administration des É-U, qui est de redorer le blason du dollar aux yeux des autres banques centrales du monde, et des grandes multinationales comme les pétroliers. Pour le moment, cette rapide disparition de la position hégémonique du dollar constitue en effet une bien plus grande préoccupation que celle de l’inflation. Ce qui ne veut pas dire que celle-ci n’est pas belle et bien en train de ronger le pouvoir de consommation de la classe moyenne étasunienne.
Pour les É-U, il est devenu de la plus haute importance d’arrêter à tout prix l’hémorragie qui érode inexorablement le privilège qu’ils possèdent depuis le traité de Bretton Woods de 1944, et qui consiste à pouvoir émettre continuellement de la monnaie papier en toute impunité. C’est cette arme prodigieuse qui permit aux É-U, tout au long de la seconde moitié du XXe siècle, de mener la croissance économique qu’ils connurent, notamment en leur permettant d’offrir à leur industrie des taux d’intérêt beaucoup plus bas que tous les autres pays du monde. Là se trouve en effet l’explication du développement qui fit l’admiration du monde, et non un mythique savoir faire, aujourd’hui pris en défaut.
Toujours est-il que les conséquences du discours de Bernanke ne se sont pas fait attendre. Le dollar remontait de 0,6439 € le 2 juin à 0,6482 € le 4, l’or chutait de 880 $ le 2 juin à 863 $ le 5, et le pétrole de 127 $ le 2 juin à 122 $ le 4. L’opinion étasunienne exultait et Bernanke prenait figure de héros national, à l’égal de son génial prédécesseur, Allan Greenspan.
***
Mais le second événement, survenu deux jours plus tard, le jeudi 5 juin, devait faire déchanter l’Amérique, comme un coup de tonnerre nullement attendu, dans un ciel d’azur: Jean-Claude Trichet venait de boucler le piège du dollar.
À l’issue de la réunion du Conseil des gouverneurs de la BCE qui venait de laisser intact le taux directeur de 4 %, le Président laissait négligemment entendre à la presse attentive : « Il n’est pas exclu que nous décidions de bouger sur nos taux à la prochaine réunion pour assurer l’ancrage solide des anticipations d’inflation ». Et il ajoutait, comme pour retenir son propos : « Une légère hausse de taux est possible, mais pas certaine. »
À première vue, sa position sur l’inflation semble donc identique à celle de Bernanke. Mais elle diffère d’elle cependant sur un point majeur : les É-U sont dans le trou et l’Europe ne l’est pas. L’inflation est incontestablement aux portes de l’Europe, mais cette dernière n’a qu’un endettement très faible par rapport à celui des É-U, et son activité économique est stable alors que celle des É-U vacille.
Par conséquent, remonter le taux d’intérêt de la BCE, ne serait-ce que de 0,25, soit à 4,25 %, c’est contraindre Bernanke à un effort beaucoup plus important que celui qu’il comptait faire. Pour être tout à fait méchant, les paroles de Trichet peuvent se traduire de la façon suivante, parlant à Bernanke : « Reste à 2 %, sinon je monte à 4,25 %…. en attendant mieux ». C’est en quelque sorte l’empêcher de se sortir d’affaires sans faire de sacrifices, qui ne sont pas à sa portée.
Après cette petite phrase malicieuse, le dollar tombait de 0,6482 € le 4 juin à 0,6338 € le 6, l’or remontait de 881 $ le 5 juin à 903 € le 6, et le pétrole de 122 $ le 4 juin à 138 $ le 6, dans le sillage de la baisse du dollar. Les points marqués initialement par Bernanke les 4 et 5 juin étaient ainsi reperdus, et au-delà.
L’effet de la petite phrase de Trichet avait donc été largement plus important que celui de Bernanke deux jours avant, mais de sens contraire.
Il est possible d’interpréter la position de la BCE de la façon suivante : la FED a empoisonné le marché financier de la planète depuis presque une décennie en inondant le marché monétaire de liquidités dans des proportions scandaleuses, pour pouvoir plastronner avec une économie apparemment luxuriante. Qu’elle commence donc à payer ses dettes avant de recommencer son manège ! Remonter le taux de la FED, éventuellement au niveau de la BCE en quelques mois, ce serait en effet faire à nouveau du dollar un aspirateur à capitaux pour boucher les trous du budget des É-U, et/ou continuer de rembourser des impôts aux plus riches entreprises de la planète. Ce serait un peu trop facile ! Mais la BCE vient de montrer qu’elle n’était pas dupe du stratagème de Bernanke. Actuellement, c’est en Europe que les capitaux affluent, et il convient que les choses restent ainsi pour que la planète ne soit plus menacée de faillite.
En se positionnant ainsi, comme une sorte de gendarme des marchés financiers mondiaux, la BCE protège la planète d’une future crise nettement plus importante encore que celle qu’elle est en train de traverser en raison de l’irresponsabilité égocentrique des É-U.
Comme je n’ai cessé de l’écrire depuis plusieurs mois, l’euro se trouve donc naturellement sur la voie de remplacer le dollar comme principale monnaie de réserve internationale, et Jean-Claude Trichet joue un rôle actif dans cette évolution macroéconomique mondiale. Pour le bien de l’économie de la planète.
***
Toute cette information ne serait pas complète, si je ne rappelais les propos du président russe Dmitri Medvedev du samedi 7 juin au Forum économique annuel de Saint-Pétersbourg. Après avoir imputé la crise financière mondiale aux Etats-Unis : « Quelle que soit l’importance du marché américain, quelle que soit la force du système financier américain, ils ne peuvent pas se substituer au marché financier mondial ni au marché des matières premières », il ajouta :
« Je propose d’organiser une conférence internationale représentative avec les patrons des plus importantes sociétés financières et des analystes réputés (…) dès cette année. Cette tribune pourrait devenir permanente. »
C’est dire à quel point les problèmes économiques actuels se situent maintenant à l’échelle de la planète, et qu’il est urgent de mettre fin à l’hégémonie financière américaine en la remplaçant par une concertation institutionnelle planétaire.
© André Serra

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Je valide l’inscription de ce blog au service Paperblog sous le pseudo mercure

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Le bitier est un arbre fruitier.

On en trouve sous presque toutes les latitudes, mais assez rarement aux environs des pôles.

Il ne porte qu’un seul fruit à la fois, qui s’épanouit généralement vers le milieu de son tronc. Ce fruit, dénommé la bite, mûrit indépendamment des saisons selon des cycles très variables, de plusieurs fois par jour à une fois tous les deux ans. Ce cycle est généralement fonction de son âge, mais pas de manière absolue.

Certains bitiers de 20 à 30 ans peuvent en effet rester sans fruits pendant plusieurs semaines ou même plusieurs mois, alors que des bitiers de plus de 80 ans en ont quelquefois plusieurs par semaine. Il est donc conseillé de goûter leurs fruits avant d’arrêter son choix si l’on désire en acquérir un. Toutefois, il n’est pas toujours nécessaire d’en posséder un pour profiter de ses fruits.

Comme les fraises et les framboises, les fruits du bitier sont particulièrement appréciés des femmes. Toutefois certains hommes ne répugnent pas à les consommer de manière régulière. Leur pulpe n’est pas consommable, et seul leur jus présente des qualités gustatives. Après consommation du jus, quelquefois appelé “sirop de bite”, la pulpe se résorbe d’ailleurs progressivement, jusqu’à se dissimuler entièrement sous l’écorce du tronc jusqu’à la prochaine floraison.

Il n’est pas possible de cueillir ces fruits sans en faire disparaître les saveurs uniques. On doit donc les consommer sur l’arbre. S’ils ne sont pas consommés au moment de leur pleine maturité, leur jus peut s’écouler naturellement sur le sol. Ils perdent alors tout intérêt. Il est donc conseillé aux amateurs de surveiller l’évolution de leur maturation pour saisir le moment le plus propice à la consommation de leur jus. Il est cependant possible d’accélérer leur fructification en leur portant des soins attentifs. Leur saveur peut être très différente selon que leur consommation intervient trop tôt ou trop tard. Un minimum d’expérience est donc nécessaire pour en tirer la quinte essence.

Comme pour toutes les autres espèces d’arbres, la reproduction du bitier s’opère par développement des graines contenues dans ses fruits. Mais, par une curieuse disposition de la nature, ces graines ne peuvent germer que dans les organismes de leurs consommateurs.

Cette germination est cependant limitée aux organismes féminins. En dépit d’essais répétés, les consommateurs masculins sont jusqu’ici restés stériles.

Après la germination, le nouvel arbre se développe jusqu’au moment où il s’extrait de lui-même de son support humain. Il peut alors être replanté. Mais il ne réalise généralement son plein développement que s’il reste confiné dans l’appartement qui l’a vu naître. Le plus souvent cependant, il prend lui-même l’initiative de se replanter ailleurs, lorsque son plein développement est atteint. Dans certains cas, il peut s’avérer nécessaire de le faire à sa place.

Comme il a l’instinct grégaire et qu’il reste souvent assez proche de son lieu natal, il est préférable de déménager dans les cas extrêmes, si l’on ne veut pas subir la promiscuité des consommateurs qu’il est alors en mesure d’attirer de manière quelquefois surabondante s’il est très productif.

Ensuite le cycle se répète…

 

D’après une étude d’André Serra sur le terrain.

© André Serra - 2005

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