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Le papier et le changement climatique
Publié par André Serra dans Environnement, Réflexion, tags: climat, environnement, Environnement, papierToutes les entreprises qui impriment du papier se flattent d’utiliser du papier recyclé. Ont-elles vraiment raison de le faire et de dire qu’elles sont écologistes ? Personnellement, j’en doute.
En effet, d’abord il faut bien utiliser du papier non recyclé pour pouvoir le recycler, et si on le recycle continuellement, je me demande bien quel résultat on obtiendra au bout de 25 recyclages, par exemple.
Mais ce n’est pas là le principal défaut de ce discours. Le plus important est que l’opération de recyclage exige une quantité considérable de produits chimiques, notamment pour solubiliser les encres, ainsi que beaucoup d’eau et d’énergie. Or les produits dissolvants sont tirés du pétrole ainsi que l’énergie, et l’eau devient de plus en plus rare et coûteuse. Elle aussi doit être continuellement retraitée avant d’être remise en service, et exige à son tour une consommation de produits chimiques non négligeable.
Dans ces conditions, comment peut-on avoir le culot de dire que cette opération est écologique, alors qu’en réalité elle ne fait qu’aggraver l’effet de serre et le changement climatique. En somme, elle fait surtout l’affaire des pétroliers !
Le prétexte donné par ces entreprises est de sauvegarder les arbres. Balivernes ! Les arbres, ça se replante et ça pousse. Le faire, et surtout le contrôler, nécessite une simple volonté politique. C’est là que se situe la véritable clé de la surconsommation du papier et de l’écologie de la planète en général.



































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Merci André d’attirer ainsi l’attention sur cette face cachée du recyclage.
J’avais des préjugés un peu différents, comme celui où il faut au moins 20 ans pour faire pousser un arbre, et pour la surconsommation de papier, j’ai toujours pensé que les plus grands responsables du gaspillage sont les hypermarchés.
Je pense aussi que le comparatif écologique entre papier et recyclé mériterait de se baser sur des chiffres solides, en particulier sur les origines des pâtes à papier, qui ont suivi le chemin de la mondialisation, où les critères écologiques sont simplement ignorés (comme en Inde par exemple)
Enfin, ne faut-il pas remettre en perspective cette pollution dans un cadre plus global : La France contribue à moins de 1% de la pollution mondiale toute pollution confondue, et notre capacité d’efforts à réduire les gaz à effets de serre ne peut dépasser 40% y compris en y payant le prix fort.
Cette équation est une telle contrainte qu’elle en revient à dire que le recyclage est un détail très coûteux, et qu’en comparaison, la Chine, pour couvrir ses besoins énergétiques, ouvre une centrale à charbon par semaine. Une seule centrale à charbon correspond à 8 fois le rejet de CO2 de la France.
En vérité, il faut une telle dépense d’énergie pour enrichir l’uranium, pour couvrir les irrégularités des éoliennes par des centrales thermiques, etc… etc… que le problème évoqué ici me semble ne tenir qu’à un fil.
Ce « papier » sur « Papier et effet de serre » ne porte en effet que sur un détail de l’adaptation au changement climatique. J’en suis tout à fait conscient. Il s’explique uniquement par le fait que je suis éditeur et que ce point est important pour notre profession.
Les problèmes posés par le changement climatique sont en nombre infini, et d’une complexité incroyable. Par exemple, le problème de la survie des forêts se pose en raison du fait que chaque espèce possède des caractéristiques d’existence en rapport avec la biosphère dans laquelle elle vit, et que son cycle de vie étant long par rapport à la vitesse du changement, sa migration naturelle vers des latitudes plus accueillantes peut se révéler impossible, contrairement aux végétations à cycle court, et bien évidemment aux espèces vivantes, mobiles par nature. Ce qui n’exclut d’ailleurs pas, pour ces dernières, des problèmes d’un ordre différent. Ceux qui vont se poser aux habitants du Bangladesh par exemple…
Pour en rester au problème des arbres, leur exploitation (avec reboisement) pour la fabrication du papier offre une alternative durable au déboisement sauvage, tel qu’il se pratique en Indonésie ou au Brésil. Le Canada fait beaucoup d’effort pour reboiser ses propres forêts en voie de disparition. Il a légiféré en ce sens.
Mais je vous rejoins tout à fait pour penser que la problématique que je soulève mériterait une mise en équation minutieuse des entrants et sortants de ce secteur économique.
Je profite de votre message pour élargir quelque peu votre observation sur la surconsommation de papier, surconsommation qui existe d’ailleurs pour une foule d’autres matériaux qui sont « gaspillés » dans les activités d’emballage. Je suis absolument abasourdi (et indigné), en circulant dans un supermarché, de constater que désormais tout est emballé, même le plus infime des objets, et de penser que tous ces emballages vont être détruits. À mon avis, le recyclage n’est une solution pour aucun gaspillage [y compris le papier], car il entraine des surconsommations de produits chimiques, d’énergie et donc de pétrole, en lui ajoutant le transport d’énormes volumes de produits sur des distances souvent considérables.
J’ai connu une époque où une bonne partie des produits était vendue en vrac, y compris les produits alimentaires. Donc c’était possible. En fait, il y a eu déplacement des coûts vers l’aval de l’économie. En amont les usines ont compressé les coûts de main-d’œuvre dans des proportions imposantes, tout en créant ainsi des coûts sociaux de même ampleur. Mais elles ont simultanément déterminé pour parvenir à leurs fins, l’émergence d’activités nouvelles, emballages et augmentation du transport, dont les coûts nouveaux ont très probablement compensé, et au-delà , ceux qui avaient été économisés en amont. Le résultat de l’opération, ce n’est pas une création de richesse, puisqu’on a dû mettre les femmes au travail pour arriver à produire selon les « nouveaux besoins », mais un changement climatique de plus en plus préoccupant.
La clarté de vos propos rend la main de l’homme encore plus coupable de la modification de son environnement au profit de ses consommations.
C’est devenu une évidence - et hélas une banalité - de citer la fonte des glaces comme un des effets les plus visibles des pollutions humaines.
Pourtant, j’ai lu aussi que le dégel du permafrost produisait un effet de serre 25 fois supérieur au CO2 en libérant son méthane, et que la fonte des glaces accentuait ce dégel en offrant une surface océanique ou terrestre qui absorbe beaucoup mieux les rayonnements du soleil.
Il est certain que des phénomènes naturels participent davantage au réchauffement de notre planète, avec plus d’ampleur sur une échelle plus grande. Je crois savoir qu’un livre a été écrit sur ce sujet, en postulant au départ que si l’homme disparaissait, toute trace de son existence actuelle serait effacée en moins d’un millénaire.
Moi ce qui me frappe dans les gaspillages et les suremballages de nos consommables, c’est qu’ils ne profitent qu’à une minorité chanceuse dont nous faisons partie, en oubliant cet impact social sur une grande majorité qui n’y aura jamais accès.
Bien que l’émergence de la Chine me ferait mentir, mais peut-être pas pour très longtemps. Car pour bâtir un empire industriel, il faut une énergie bon marché comme le pétrole, ce qui semble avoir disparu. Alors bien sûr, l’âge de pierre ne s’est pas terminé parce qu’il n’y avait plus de pierre, mais à ce jour l’énergie future n’est pas encore née. Ces «besoins de demain» seront immanquablement respectueux de l’écologie et d’une économie maîtrisée.
Allez regarder le tableau “Plastic Bottles, 2007″ sur la page suivante
http://www.chrisjordan.com/current_set2.php?id=7
Le tableau de l’artiste parle de lui même.
Certes, il faut continuer à éduquer les populations sur l’écologie, débusquer ces fausses économies, mais concrètement, pour éviter une catastrophe, il vaut mieux chercher un moyen d’inverser la tendance plutôt que d’espérer un potentiel ralentissement.
Personnellement, je pense qu’il est déjà trop tard.
Nous avons ouvert une boîte de Pandore qu’il est impossible de refermer. Notre pollution a lancé la machine, mais maintenant elle s’alimente elle-même (l’exemple du permafrost est excellent, sans parler des océans qui ne peuvent plus absorber de CO2, des insectes comme les abeilles ou les bordons ce qui entraînera un jour ou l’autre un problème de pollinisation, etc etc etc).
Au moins, il y aura beaucoup de changements à tous les niveaux et pour toutes les populations dans les prochaines années.
Ca promet d’être très intéressant…
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