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Publié par André Serra dans Géopolitique, Québec, Réflexion, tags: concentration, cycle, histoire, indépendance, pouvoir, Québec, souveraineté, tendance
La perspective de l’indépendance du Québec fait l’objet d’opinions fort diverses. À la fois du charbonnier qui anime un gros tiers de la population du pays s’opposent ceux qui pensent que le pays ne pourrait subsister par ses propres moyens, ou que la population du Québec est appelée à se fondre lentement dans le monde « américain » anglophone.
Entre ces positions radicalement opposées se placent des opinions variées. Certaines personnes sont portées à croire qu’ils sont plus en sécurité dans un grand pays plutôt que dans un petit, et qui craignent de perdre le bénéfice de la péréquation, dont le résultat est de le faire vivre aux crochets du reste du Canada (le ROC). D’autres disent qu’ils savent ce qu’ils y perdraient, mais pas ce qu’ils y gagneraient. Beaucoup sont tout simplement plus peureux qu’autre chose et n’ont pas d’opinion. Enfin, de nombreux immigrants devenus citoyens ont cru venir s’installer au Canada et non dans un Québec francophone.
Ces opinions sont généralement fondées sur des raisonnements superficiels, plus proches d’ailleurs d’une subjectivité inquiète que d’une rationalité sourcilleuse. Cet état d’esprit résulte très souvent du fait que les médias du pays, à quelques exceptions près, sont la propriété de groupes anglophones ou non québécois dont la tendance est de minimiser les forces et les atouts du Québec, et de maximiser ses faiblesses pour construire une opinion défavorable à l’indépendance. C’est ce que les sociologues appellent « la fabrication de l’opinion », phénomène bien connu dans tous les pays du monde, et qui constitue une sorte de dictature déguisée, en clair, un déni de démocratie.
Bien entendu, tous ces penchants fluctuent selon le vent de l’économie, la brise des vacances et diverses peurs ou enthousiasmes spontanés suscités par les avatars de l’actualité, et dont il est bien difficile de prévoir la direction et la force.
Bref, le Québec est habité par des girouettes, à moins que ce ne soient par des poules qui caquettent plus ou moins, selon l’abondance ou la pénurie du grain qu’on leur jette.
Mais je voudrais examiner cette question d’une tout autre manière. En effet, tous les scénarios « pour ou contre l’indépendance » envisagés par la population tournent autour de l’idée d’une indépendance réalisée à partir d’un référendum ou au moyen d’une sédition courageuse et volontariste, pour les plus audacieux. Ils ont tous pour défaut le fait d’ignorer superbement que le Québec vit au milieu d’un grand nombre d’autres nations, dont il dépend autant que des fédéralistes d’Ottawa, ne serait-ce que par leurs liens commerciaux et les coopérations diverses qu’il a noués avec un grand nombre de pays, dans des domaines très variés. Mais que ces scénarios soient subjectifs ou non, dans tous les cas, ils ont le défaut de supposer que l’avenir est une continuation indéfinie du présent. Une telle croyance est commune, tout simplement parce que la plupart des gens sont incapables d’imaginer l’avenir. L’histoire est là pour nous le montrer, car les événements dont elle est composée ont presque toujours surpris les prévisions des plus informés des terriens, savants ou non.
Le présent n’est pas éternel
Le présent n’est en effet pas toujours garant de l’avenir, tant s’en faut. Du moins sommes-nous en général fort impuissants à discerner dans le présent les tendances souterraines qui détermineront notre avenir. Par nature, ces tendances ne sont pas apparentes, alors que celles auxquelles on croit finissent souvent dans la déchetterie de l’histoire. Même pour prévoir ce qui se passera le lendemain de chacun des jours que nous vivons, notre cécité naturelle nous trompe, là où nous plaçons nos certitudes les plus dénuées de doutes. Chacun peut le vérifier aisément pour lui-même. Alors, pour plus tard que le lendemain…
Quelques exemples?? Qui aurait dit en 1988, à un moment où l’URSS était encore bien présente sur la planète, que l’indépendance de l’Ukraine serait proclamée le 24 août 1991?? Qui, en 1936, lorsque l’Union Nationale dirigée par Duplessis prit le pouvoir à Québec, où il pratiqua une politique rétrograde, aurait pu penser que Lesage remplacerait Duplessis en 1960 et réussirait à lancer « La révolution tranquille », provoquant ainsi un formidable développement du pays et de la population, l’amenant très près de l’égalité économique avec les provinces anglophones. Et ceci, tout en réussissant progressivement à s’approprier les principaux leviers de pouvoir d’un État libre??
Je pourrais continuer très longtemps cet inventaire des phases non prévues de l’histoire, ou en écrire un épais recueil, et ceci en tous pays et à toutes les époques. Mon sentiment est donc que tous ceux qui croient pouvoir prévoir l’avenir à partir des éléments connus du présent se trompent nécessairement.
Dans le cas précis du Québec, on ne peut ignorer les fissures sous-jacentes à la partie anglaise de la fédération. Celle-ci veut le maintenir séquestré, car le Canada n’existe que par l’existence du Québec en son sein, Sans lui, elle serait encore une mosaïque de colonies anglaises. C’est là une idée d’avenir qui ne fait pas encore partie de notre présent, mais qui pourrait le devenir. Il suffit de l’avoir entendu pour en découvrir la vérité. Encore un exemple?? Qui peut assurer que la Colombie britannique et l’Alberta accepteront de rester dans la fédération lorsque leur puissance économique aura dépassé celle de l’Ontario?? Et comment ne pas tenir compte des nombreuses sécessions récentes?: la Tchécoslovaquie, la Malaisie, le Pakistan, etc. Aucune n’avait été prévue longtemps à l’avance.
Plus loin encore, qui pourrait affirmer que l’unité des États-Unis se tirera indemne de sa rétrogradation historique devant la Chine, dans quelques années?? Eux aussi présentent des fissures sous jacentes considérables, dont ils ignorent ou méprisent la puissance dissolvante, tels de petits mouvements de terrain qui se transforment en volcan.
Actuellement, Thomas Naylor milite pour l’indépendance du Vermont, après avoir publié le « Manifeste des Montagnes vertes » en 2003. Il revendique maintenant 8 % de la population du Vermont derrière son initiative. Il y a quelques semaines, ses représentants sont allés rencontrer ceux de la ligue du sud à Chattanooga dans le Tennessee, pour étudier la manière dont ils pourraient se séparer ensemble des États-Unis.
Dans le reste du monde, faut-il rappeler que les indépendantistes sont majoritaires depuis peu au parlement de l’Écosse, qu’en Belgique Flamands et Wallons sont sur le point de se séparer, que la Catalogne n’est plus retenue à l’Espagne que par des liens politiques de plus en plus ténus, que le Pays Basque espagnol applique depuis trente ans des pressions importantes sur le pouvoir central de l’Espagne, et qu’il en a obtenu d’importantes concessions pour la réalisation d’une première étape d’autonomie,
Si l’on regarde un peu plus loin encore dans l’histoire, on peut remarquer que l’empire romain, après avoir initié un cycle de concentration politique considérable sur trois continents, a littéralement éclaté entre le IVème et le Ve siècle, en un nombre considérable de petites principautés, la plupart du temps sur des bases ethniques ou linguistiques, ressurgies du passé.
Depuis, un nouveau cycle de reconcentration politique s’est progressivement enclenché à travers guerres et conquêtes, du haut Moyen Âge jusqu’au début du XXe siècle. Il suffit de citer les principaux pays européens. La France d’abord, ensuite l’Allemagne, et enfin l’Italie, se sont progressivement constituées en regroupant marches, provinces et principautés nobiliaires issues du Moyen Âge. On peut considérer que ce cycle a culminé avec la formation de l’URSS, vers la fin de la guerre de 1914, avec ses quasi-annexions de l’est européen en 1945 et de ses cinq républiques autonomes du centre de l’Asie.
Après cela, retour au modèle de la chute de Rome, mais pour Moscou cette fois-ci, en 1989?: libération des pays baltes, Estonie, Lettonie et Lituanie, des pays de l’est européen, Pologne, Roumanie, Bulgarie, Hongrie, Tchécoslovaquie, des pays situés entre l’Oural et la Chine, Kazakhstan, Ouzbékistan, Kirghizistan, Tadjikistan et Turkménistan, des anciennes populations caucasiennes, Géorgie, Arménie, Azerbaïdjan.
Après le démembrement de l’URSS, explosion de la Yougoslavie dans ses composantes historiques, Slovénie, Bosnie Herzégovine, Croatie, Macédoine, et Serbie-Monténégro, également dissociés aujourd’hui.
Mais avant même l’explosion de l’URSS, ce mouvement de désintégration politique avait commencé ça et là, après la guerre de 1939-1945, sans que l’on comprenne qu’il s’agissait du début d’un nouveau cycle de déconcentration politique et démographique. Rappelons donc la séparation de Singapour de la Malaisie, du Pakistan oriental [aujourd’hui Bangladesh] du Pakistan occidental [redevenu Pakistan], sans parler de tous les États africains qui se sont formés après la dissolution de l’empire colonial français, et partout dans le monde après celle de l’empire colonial anglais.
Aujourd’hui même se préparent d’autres scissions, chez les Kurdes du Moyen-Orient, les Arabes sunnites et chiites en Irak, les Kabyles en Algérie, autant de fruits murs pour des indépendances prochaines. Et d’autres que l’on ignore encore, car elles ne sont encore que dans l’œuf.
Certes, les nations européennes semblent s’être groupées en une organisation unique qui semble démentir le modèle que l’on vient de définir. Mais tout n’est pas encore joué, et son unité politique tarde à se concrétiser. Seule la maintient pour le moment en place la rivalité informelle que l’Europe entretient avec les États-Unis, mais d’importantes divergences culturelles couvent, avec la Pologne, la Grande-Bretagne, etc. Elle pourrait bien sauter à son tour lorsque la Chine aura terminé d’asphyxier le colosse américain, dont le déclin est en accélération continue. Pourtant, peu de personnes encore sont disposées à l’admettre, au nom du mythe de l’éternel présent. Et surtout pas aux États-Unis, les moins bien placés pour le comprendre, toujours accrochés qu’ils sont au mythe du rêve américain et sous l’empire des médias.
Tous ces mouvements géopolitiques dessinent un orbe continu de déconcentration du pouvoir politique autour de la planète. Il est difficile de le nier, mais il est probable qu’à son terme, dans un avenir indéfini, un nouveau cycle de reconcentration interviendra à nouveau, peut-être bien sous la férule doucereuse de la Chine. Mais ce sera seulement pour après-demain, et beaucoup d’entre nous ne le connaîtrons sans doute pas.
***
En dépit de l’ampleur prise par ce mouvement, beaucoup de Québécois sont persuadés qu’il leur sera possible de parvenir à l’indépendance de leur pays par leurs propres moyens. C’est ça, le Québec réel aujourd’hui. En effet, personne ne semble encore avoir pensé que ce pourrait être des évènements extérieurs au pays, indépendants de leur volonté et de leurs initiatives, qui leur ouvriraient toute grande la porte du large.
Aujourd’hui, nous ne sommes pas capables de seulement imaginer ce que pourraient être de tels événements, car s’ils existent, c’est sous forme de racines profondes, blotties au sein des sillons anglophones. Alors taisons-nous et laissons l’histoire se dérouler à son aise. Elle est en marche, et aucun homme jusqu’ici, aucun monarque, dictateur ou prophète, n’a réussi à la faire dévier de ses tendances souterraines. Celles-ci émergent là où elles veulent et quand leurs forces sont suffisantes, pour sauter à la face des humains sidérés.
Nous taire ne veut pas dire pour autant que nous ne devons pas agir en attendant que la nature nous apporte sur un plat d’argent l’objet de tous nos désirs. Le sage chinois recommande : «agir sans agir». Cela signifie que nous devons être à l’affut des propensions de l’histoire avant toute initiative qui pourrait être en contradiction avec elles, et ne pas affirmer n’importe quoi sans assoir vigoureusement notre pensée. L’exemple des référendums manqués est un exemple typique d’initiatives prises en contradiction avec les propensions du moment. Il faut savoir attendre, et en attendant, se renforcer pour saisir l’opportunité qui se présentera nécessairement un jour dans notre environnement géopolitique. Il y a là un sujet important sur lequel je reviendrai plus tard, car il exige un développement qui sort du cadre limité de cet article.
Pour ma part, je soupçonne que l’indépendance du Québec est bel et bien inscrite dans cette tendance historique, comme elle l’était pour tous les peuples qui y sont parvenus au cours de chaque cycle de déconcentration politique de l’histoire humaine.
La mondialisation politique n’aura donc pas lieu, et Je ne le regrette pas.
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À propos de l’effet de serre, un de mes commentateurs m’écrit : « Personnellement, je pense qu’il est déjà trop tard. Nous avons ouvert une boîte de Pandore qu’il est impossible de refermer. Notre pollution a lancé la machine, mais maintenant elle s’alimente elle-même ».
J’abonde dans son sens. Comme il le précise, il faut continuer à lutter malgré tout, pour essayer de sauver ce qui peut l’être, mais en sachant le combat perdu d’avance.
Pourquoi ?
La réponse est malheureusement très simple :
La production des gaz à effet de serre qui provoque le changement climatique est fonction de deux paramètres :
— la production moyenne de ces gaz par humain vivant sur la planète,
— le nombre d’humains habitant la planète.
Ces paramètres se multiplient, naturellement, pour alimenter la croissance de l’effet de serre. Or leurs valeurs se sont considérablement accrues depuis 1947 :
— la consommation de produits par humain a augmenté d’un facteur moyen de 25 depuis cette date [estimation personnelle, mais si je me trompe d’un facteur 2, ce qui serait déjà beaucoup, cela n’affecterait que très peu la conclusion de mon raisonnement],
— de son côté, le nombre des humains est passé de 2 milliards en 1947 à 6,6 milliards aujourd’hui.
Je vous laisse le soin de faire la multiplication tranquillement. Restez calme.
À ce stade, il me semble particulièrement évident qu’il faudrait agir sur ces deux axes pour avoir des chances d’éviter l’effroyable catastrophe qui se profile à notre horizon, mais pas seulement sur le premier [la production de gaz]. C’est pourtant ce que nous faisons… ou du moins ce que nous essayons de faire… très, très lentement.
Pourtant, nous devrions avoir pris conscience de ce phénomène depuis longtemps. Au début du XIXème siècle déjà, entre 1820 et 1830, un savant français dont j’ai oublié le nom avait mis en garde contre les dangers de l’industrialisation au charbon [on ne parlait même pas encore de pétrole à cette époque]. Mais sans rechercher aussi loin, un livre au titre significatif : « Halte à la croissance » inventoriait déjà les prémisses du drame sur lequel nous surfons actuellement en toute satisfaction. Il s’agissait de la publication d’un rapport commandé par le Club de Rome, fondé par Aurélio Peccei en avril 1968 avec quelques dizaines de savants de grande renommée répartis à travers le monde.
Son objectif n’était d’ailleurs pas typiquement centré sur les conséquences de l’effet de serre, mais d’une manière générale sur l’ensemble des dangers créés par une croissance galopante, dont ces chercheurs se rendaient bien compte qu’elle avait nécessairement une limite.
Construit avec les techniques de simulation mises au point par le MIT, et rédigé par Dennis et Donella Meadows au sein d’une équipe de savants exceptionnels, à Cambridge, au Connecticut, ce rapport, parut donc en 1972 sous le nom de « Halte à la croissance ». Il eut un très grand retentissement pendant quelques temps. Sur la planète, un grand nombre de personnes se sensibilisa aux problèmes soulignés par cette importante étude. Et puis plus rien !
Nous sommes impardonnables, car nous étions prévenus ! 36 années pratiquement inactives !
Déjà, sur la consommation moyenne nos efforts ont été ridicules. Depuis les années quatre-vingt, au cours desquels la réalité du changement climatique a été amplement démontrée, on n’a fait que très peu de progrès : trop tard et trop peu. On a surtout produit beaucoup de bavardages débouchant sur l’ignominie de la reconnaissance d’un « droit de polluer ». On croit rêver !
D’ailleurs, nos tentatives se limitent à une recherche éperdue d’énergies de remplacement, en laissant complètement de côté l’utilisation des matières fossiles [pétrole, gaz et charbon] dans l’industrie chimique et pharmaceutique, qui absorbent une part croissante de ces matières.
Toutes les échéances fixées pour la réduction des gaz à effet de serre depuis Kyoto ont été régulièrement dépassées dans des proportions criminelles. On se croirait sur une scène de théâtre où des chanteurs habillés en soldats battraient la semelle sur place en chantant «Marchons! marchons!». Mais pendant tout ce temps, la nature, elle, ne nous attend pas et tient, elle, ses échéances.
Quant au second paramètre, celui du niveau de la population, on ne fait rien du tout. Que pourrait-on faire d’ailleurs ? Par contre, on se soucie, sans y remédier beaucoup, aux problèmes posés par le vieillissement de la population. Car on ne cherche qu’à prolonger la vie, ce qui ne peut qu’accélérer la venue du krach climatique. Quelqu’un s’est insurgé contre moi à la lecture de cette phrase, l’interprétant comme une incitation au génocide des personnes âgées. Bien entendu il n’en est rien. Je voulais simplement souligner le fait que nous continuons à tout faire pour nous enterrer plus vite. D’autres actions de notre société sont de même nature : nous ne cherchons pas vraiment à diminuer la consommation d’énergie, mais surtout à remplacer celle-ci par celle d’autres vecteurs que les matières fossiles.
On ne fait rien contre l’énorme vague qui menace l’humanité, et même on fait tout pour la grossir. Le mot « sacrifice » ne se rencontre jamais nulle part, ni dans les échanges relatifs aux accords de Kyoto, pas plus que dans la presse, car nous cherchons surtout à vivre et à fonctionner comme si l’effet de serre n’existait pas, et même à augmenter notre train de vie.
Beaucoup font des efforts, se déplacent en bicyclette, suppriment leurs vacances à quelques milliers de kilomètres de chez eux, cultivent leur terrain au lieu de le couvrir d’un gazon inutile, et d’y faire fonctionner un barbecue polluant. Mais ils sont si peu nombreux !
Nous rêvons debout en continuant de parler croissance, augmentation du niveau de vie, droits humains. Les manifestations en ce sens vont en s’amplifiant sans arrêt, et les hommes politiques tiennent le même discours, pour être élus. Si vous saviez combien elle s’en fiche des droits humains, la nature !
Alors oui, à mon tour, je ne crois plus que la catastrophe du climat puisse être évitée. Il est trop tard, et d’ici un siècle l’humanité sera sans doute réduite à un petit demi-milliard d’exemplaires, comme aux temps des pestes qu’elle a connues dans le passé.
Vous souvenez-vous qu’à un certain moment du Moyen Âge, la population du monde connu avait fondu de moitié en quelques décennies, non par génocide ou par guerre, mais par maladie et famine ? C’est ce qui nous attend.
La nature va y veiller, et tous nos beaux traités de civilisés ergotant sur le droit de polluer (on n’est pas très loin des discussions sur le sexe des anges !) seront peut-être redécouverts par les descendants de quelques humains rescapés du carnage, dans quelques milliers d’années, sous les pierres de villes en ruine, recouvertes de végétation comme le temple d’Angkor avant sa restauration.
Ne haussez pas les épaules, c’est pour demain !
André Serra
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Publié par André Serra dans Géopolitique, Politique, Réflexion, Économie, tags: chine, devise, dollar, Etats-Unis, hégémonie, monnaie, Politique
9 novembre 2007
Il aura suffi que le vice-président de l’Assemblée populaire de Chine, Cheng Siwei suggère que son pays rééquilibre la structure de ses réserves en devises étrangères en donnant plus de poids aux monnaies fortes, pour faire trembler la planète, et notoirement les porteurs de dollars.
Sur une réserve en devises de 1.430 milliards d’équivalents dollars, 70 % sont de vrais dollars étasuniens, soit 1.000 milliards. C’est là une somme considérable qui représente six fois le déficit budgétaire des États-Unis de leur dernière année fiscale. Si la Chine devait déverser sur le marché cette masse colossale pour la transformer en euros, francs suisses et livres sterling [mieux vaut ne pas parler du yen, plombé par les spéculations de carry trade des financiers étasuniens, qui achètent du yen à 1 % d’intérêt et le replacent sur les marchés à intérêt plus confortable, comme la bourse de Londres par exemple ], elle pourrait déclencher une crise financière d’une puissance considérablement plus importante que le monde ait jamais connue.
Donc elle ne le fera pas.
Pourtant, Cheng Siwei n’a pas parlé à travers son chapeau. Il a fait cette déclaration en public, et un officiel chinois ne parle jamais en public sans y être autorisé par une autorité supérieure. Il a donc dit quelque chose d’important, mais laissé entendre que la vente de la réserve en dollars serait partielle et progressive. Si cette déclaration avait été faite par Hu Jintao en personne, ou le ministre des finances, ou même seulement par le Président de la banque centrale, cela aurait été entendu par les États-Unis comme précédant une application immédiate de cette conversion des dollars de la réserve en d’autres devises plus sûres.
Cette déclaration est à rapprocher de la création, il y a environ deux mois, de China Investment Corporate Ltd (CIC), première société chinoise d’investissements en devises étrangères. Attendue depuis longtemps, cette société d’État a reçu pour mission de mieux utiliser les énormes réserves en devises étrangères du pays. Son état-major a été nommé et est à présent opérationnel.
D’une certaine manière, la suggestion de Cheng Siwei était donc déjà entrée en vigueur lorsqu’il l’a faite. Sans doute Beijing a-t-il considéré que l’annonce de la China Investment Corporate ne semblait pas avoir été suffisamment entendue par ses débiteurs en dollars, c’est-à-dire par le Trésor américain et par la Fed.
En effet, cette société d’investissement d’État ne va pas faire simplement de la conversion de devises. Elle va faire mieux. Elle va acheter des actifs partout où cela servira les intérêts chinois. Et des actifs, ce sont essentiellement des entreprises étrangères, dont elle pourra un jour contrôler la gestion. En achetant des titres en bourse, progressivement, sans trop attirer l’attention, elle va pouvoir ainsi étendre sur le monde occidental un filet de participations qui pourront peser jusqu’aux 1?000 milliards de dollars qui constituent actuellement les réserves de la Chine en cette devise, soit, au prix moyen actuel des fusions acquisitions, de l’ordre de 25 grosses multinationales. Ce n’est là qu’un exemple pour se rendre compte du gigantisme de l’opération en cours.
Cela signifie que, plutôt que de troquer une devise peu sûre contre une devise assez sûre qui ne lui rapporterait guère davantage, la Chine cherche à troquer une devise peu sûre [tant qu’elle a encore un peu de valeur avant sa chute programmée en cours] contre du pouvoir économique, donc politique, sur les territoires qui l’intéressent dans le cadre de sa stratégie mondiale. D’autant que les devises paraissant actuellement posséder une sécurité supérieure au dollar, pourraient bien subir le même sort, si le tassement de l’économie étasunienne s’étendait par osmose aux autres économies occidentales, compte tenu de leur étroite imbrication résultant d’une mondialisation croissante.
Quant à l’annonce d’une vente partielle des dollars de la Chine, elle a probablement un autre but, celui de masquer ses exactes intentions, tout en faisant craindre aux É-U qu’elle passe aux actes, ce qui n’est nullement dans son intérêt, puisque vendre ses dollars serait faire chuter encore plus vite leur valeur, et ainsi diminuer parallèlement celle de ses réserves. Elle s’en gardera donc bien, et ira probablement même jusqu’à agir de manière à soutenir les cours de la devise étasunienne.
Et accessoirement, la Chine montrant ainsi qu’elle a le doigt sur la gâchette du dollar, l’effet de cette annonce sera en plus de nature à écarter les propos critiques de Washington sur sa gestion, la crainte rendant prudent. Et ce n’est pas la conjoncture actuelle de l’économie étasunienne qui pourrait inciter la Maison Blanche à courir des risques supplémentaires, en essayant de se mêler des affaires intérieures de la Chine.
La pensée de la Chine est décidément fort complexe. On aurait intérêt à s’en méfier davantage.
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Toutes les entreprises qui impriment du papier se flattent d’utiliser du papier recyclé. Ont-elles vraiment raison de le faire et de dire qu’elles sont écologistes ? Personnellement, j’en doute.
En effet, d’abord il faut bien utiliser du papier non recyclé pour pouvoir le recycler, et si on le recycle continuellement, je me demande bien quel résultat on obtiendra au bout de 25 recyclages, par exemple.
Mais ce n’est pas là le principal défaut de ce discours. Le plus important est que l’opération de recyclage exige une quantité considérable de produits chimiques, notamment pour solubiliser les encres, ainsi que beaucoup d’eau et d’énergie. Or les produits dissolvants sont tirés du pétrole ainsi que l’énergie, et l’eau devient de plus en plus rare et coûteuse. Elle aussi doit être continuellement retraitée avant d’être remise en service, et exige à son tour une consommation de produits chimiques non négligeable.
Dans ces conditions, comment peut-on avoir le culot de dire que cette opération est écologique, alors qu’en réalité elle ne fait qu’aggraver l’effet de serre et le changement climatique. En somme, elle fait surtout l’affaire des pétroliers !
Le prétexte donné par ces entreprises est de sauvegarder les arbres. Balivernes ! Les arbres, ça se replante et ça pousse. Le faire, et surtout le contrôler, nécessite une simple volonté politique. C’est là que se situe la véritable clé de la surconsommation du papier et de l’écologie de la planète en général.
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