Le présent n’est pas éternel
Publié par André Serra dans Géopolitique, Québec, tags: avenir, Canada, Histoire, indépendance, QuébecDans un commentaire de Jérôme Guay paru dans le Devoir du 27 octobre, l’auteur écrit avec beaucoup de conviction :"Le Québec réel est un Québec qui s’est toujours défini par sa survie, à un point tel qu’il a toujours refusé de considérer l’hypothèse de sa disparition, pourtant inéluctable. " Suit ensuite un essai de démonstration de ce qu’il croit être inéluctable.
Si l’on s’arrêtait aux tendances actuelles de la démographie du Québec sur laquelle se fonde Jérôme Guay, sa démonstration serait acceptable, mais l’histoire de la démographie dans le monde est pleine de rebondissements inattendus, comme l’histoire en général, d’ailleurs.
Le présent n’est pas toujours garant de l’avenir. Qui aurait dit en 1988, à un moment où l’URSS était encore bien présente, que l’indépendance de l’Ukraine serait proclamée le 24 août 1991 ? Qui, en 1936, lorsque l’Union Nationale dirigée par Duplessis prit le pouvoir à Québec où il pratiqua une politique rétrograde, aurait pu penser que Lesage remplacerait Duplessis en 1960 et réussirait à lancer "La révolution tranquille", provoquant un formidable développement du pays et de la population, l’amenant à une quasi-égalité avec les provinces anglophones, et développant une appropriation progressive des principaux pouvoirs d’un État libre ?
Je pourrais continuer ainsi et écrire un énorme recueil de tous les renversements de situations de l’histoire, et ceci en tous pays et toutes époques. Ma conclusion est que tous ceux qui croient pouvoir prévoir l’avenir à partir du présent se trompent nécessairement.
Dans le cas précis du Québec, par exemple, on ne peut ignorer les fissures sous-jacentes à la partie anglaise de la fédération. Qui peut assurer que la Colombie britannique et l’Alberta accepteront de rester dans la fédération lorsque leur puissance économique aura dépassé celle de l’Ontario ? Comment ne pas tenir compte les nombreuses sécessions récentes : la Tchécoslovaquie, la Malaisie, le Pakistan etc.
Plus loin encore, qui pourrait affirmer que l’unité des États-Unis se tirera indemne de sa rétrogradation historique devant la Chine, dans quelques années ? Eux aussi présentent des fissures sous jacentes considérables et ne parviennent pas à les colmater.
Il est vrai que beaucoup de Québécois pense qu’il leur sera possible de parvenir à l’indépendance par leurs propres moyens. Personne ne semble avoir pensé que ce pourrait être des événements extérieurs, indépendants de leur volonté et de leur initiative, qui leur ouvrent la porte du large toute grande. Aujourd’hui, nous ne sommes pas capables de seulement imaginer ce que pourraient être de tels événements. Alors taisons-nous, laissons l’histoire se dérouler à son aise, mais ne manquons aucune des opportunités qu’elle nous présente pour affirmer notre unité et notre détermination.


































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