Le complexe de Babel

La récente décision du gouvernement Charest de fourguer de l’anglais à gogo dans l’ensemble de l’enseignement primaire et secondaire, au détriment des matières qui apportent de réelles connaissances, telles l’histoire, la géographie et les sciences, dénote un certain manque d’intelligence à propos de l’utilité  respectives des disciplines scolaires.

Une première erreur porte sur la nature même des langues. Elles ne constituent pas de réelles connaissances, sinon indirectement. Elles sont essentiellement des outils de communication, sont concurrentes les unes des autres et non complémentaires. Si au moins l’une d’elles est indispensable, soit la langue maternelle, l’utilité des autres est relative aux besoins professionnels de certains citoyens particuliers, essentiellement aux agents du commerce international, aux diplomates, aux politiciens de haut niveau ainsi qu’aux chercheurs scientifiques.

Pour le reste, s’il est utile de connaitre les différentes cultures du monde, on gagne beaucoup de temps en lisant les excellentes traductions d’ouvrages étrangers plutôt que de lire leurs originaux, faisant ainsi beaucoup moins d’erreurs qu’en tentant de les traduire soi-même.

Une seconde erreur commise par le gouvernement est une erreur géopolitique. Elle consiste à considérer l’anglais comme une langue internationale constituant un « must » ! Deux personnes pratiquant deux langues différentes autres que l’anglaise, et tentant de communiquer entre elles en anglais ont toutes les chances de ne pas se comprendre avec suffisamment de précision, si elles veulent aborder des sujets exigeant des connaissances approfondies dans des disciplines difficiles. Les exemples abondent, et ici encore, l’aide d’un interprète est souvent indispensable. Chacun son métier.

Enfin, c’est au moment où le monde anglophone décline et sent de plus en plus venir sa fin économique, que nos autorités québécoises tentent d’inculquer la langue anglaise à nos enfants de plus en plus jeunes. Et ici, il s’agit d’une très grosse erreur géopolitique, tout à fait impardonnable. Si l’on voulait véritablement faire face à l’avenir de la planète, mieux vaudrait faire porter l’effort sur la langue chinoise que sur l’anglaise.

L’idée que l’ensemble de la planète va parler anglais dans un futur proche a pris un coup de vieux depuis la crise. Les Étasuniens tentent bien de nous faire accroire que la crise qu’ils ont eux-mêmes déclenchée est finie depuis juin 2009, lorsqu’ils l’ont annoncé à qui voulait l’entendre, un peu comme George W. Bush qui, en 2003, sur le pont du croiseur qui l’avait amené dans le golfe persique, avait triomphalement annoncé que l’ ”Amérique” venait de gagner la guerre. On connait la suite. Or, les États-Unis croulent toujours sous des dettes croissantes qu’ils tentent de résorber par des dollars imprimés par la FED sans contrepartie valorisable, et falsifient leurs statistiques de chômage : 8,5% officiellement, mais entre 15 et 16% si on calcule ce taux comme les Européens, c’est-à-dire en comprenant les demandeurs d’emplois non indemnisés, ce que les Étasuniens ne font pas.

La langue anglaise commence d’ailleurs à prendre l’allure des anciennes langues mortes comme le latin. Elle commence par exemple à se corrompre sur les marges de son aire naturelle. Les peuples anglophones les plus éloignés les uns des autres ne se comprennent plus aussi facilement qu’il y a quelques décennies. C’est le cas des Australiens et des habitants de la Nouvelle-Angleterre par exemple. Les prononciations de la langue s’altèrent en s’éloignant progressivement de la langue-mère, et se régionalisent, etc.

Mais surtout, ce qui soutient la longévité d’une langue correspond à celle de son hégémonie sur le monde. Or, sous cet angle, celle des Anglo-saxons, Anglais d’Europe et d’Amérique réunis, semble avoir atteint son point le plus haut quelques années seulement après la chute du mur de Berlin. Depuis, l’emprise de son influence sur le monde n’arrête pas de baisser, tant sur le plan économique que sur le plan politique et stratégique. L’Amérique ne fait plus peur, et la Grande-Bretagne chancelle sous les problèmes écono­miques et sociaux.

Pendant ce temps, la langue chinoise prend lentement mais surement sa place dans le monde. D’abord grâce à l’implantation de colonies chinoises partout sur la planète, mais aussi par la création d’Instituts Confucius dans toutes les grandes villes du monde.

Chargés de promouvoir la laconfucius-institutengue et la culture chinoise sur la planète,  les Instituts Confucius connaissent une progression pour le moins impressionnante dans le monde entier. Entre 2004 et 2009, la Chine a inauguré 282 Instituts Confucius et 272 «classes» Confucius dans 88 pays. En 2020, elle compte en disposer de 1000, soit près de quatre fois plus !

À titre de comparaison, l’Allemagne, qui a ouvert son premier Institut Goethe en 1951, n’en compte aujourd’hui que 136. Le premier Institut Confucius des États-Unis a été ouvert en 2005. En 2010, soit en cinq ans, il en avait été créé 64 dans 37 États, généralement établis dans les universités américaines. Et évidemment, ils n’enseignent pas l’anglais, mais seulement la langue et la culture chinoise. Sur ce point, des intellectuels chinois ont critiqué le fait qu’en dépit de prétendre diffuser la langue et la culture chinoise, ces institutions se limitent le plus souvent à l’enseignement de la langue, mais il est bien évident qu’un élève qui choisit d’apprendre le chinois sera naturellement porté à rechercher par lui-même d’autres sources pour se familiariser avec la culture chinoise, qui est fort riche. Par exemple, pour les francophones, la vingtaine d’ouvrages sur la Chine publiés par François Jullien constitue une source précieuse d’informations sur la pensée chinoise.

Et l’engouement pour le chinois continue à vive allure, notamment par le canal de revues francophones, telle « CHINE PLUS », excellent média.

Il est donc patent que le gouvernement du Québec fait fausse route avec sa réforme. De plus en plus de cadres économiques de tout pays s’installent en Chine et désirent acquérir la capacité d’en parler la langue, faisant ainsi progressivement disparaitre l’usage de l’anglais dans le commerce local.

Les pays de l’Asie du Sud-est, délaissant progressivement l’anglais, se mettent tous les jours davantage au Chinois, en raison notamment du fait qu’ils commercent de manière de plus en plus intégrée avec la Chine au détriment des pays anglo-saxons, et des autres pays qui n’utilisent que l’anglais à l’international.

Fait troublant, il y a quelques mois, la Chine et le Japon ont signé un accord de payement dans leurs propres devises, les Chinois payant leurs importations japonaises en yuans et les Japonais payant leurs importations chinoises en yens. L’anglais a disparu de leurs échanges en même temps que le dollar. En a-t-on pris conscience à Québec ? Se souvient-on aussi que le Brésil et l’Argentine ont signé le même accord il y a plusieurs années, et n’utilisent plus entre eux que leurs propres monnaies nationales.

D’une manière générale, la volatilité de plus en plus forte du dollar accélère cette tendance sur l’ensemble de la planète. Au surplus, la perte de son statut de monnaie de réserve, attendue dans les deux ou trois années à venir, renforcera sans nul doute cette perspective.

L’initiative du gouvernement du Québec est donc non seulement malheureuse, mais contreproductive, voire nuisible, car les heures d’enseignement qui vont être consacrées à l’anglais manqueront à l’apprentissage de réelles connaissances, notamment à celles des sciences, qui constituent la vraie voie de développement de tout peuple, mais aussi à celle de l’histoire des Hommes. Notre présent est issu de notre passé. Comment le comprendre si on ne sait pas d’où il provient, comment il s’est construit ? Les États-Unis ont été battus au Moyen-Orient pour la seule et unique raison qu’ils n’en connaissaient ni la géographie ni l’histoire, ce qui les a poussés à cumuler erreur sur erreur.

Voulons-nous vraiment les imiter ? Que ferons-nous de l’anglais lorsque les États-Unis eux-mêmes parleront chinois ? Ne voit-on pas aujourd’hui leur langue être grugée par l’espagnol dans de nombreux États du sud de leur territoire, où l’anglais recule inexorablement ?

© André Serra

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La guerre de l’euro

royaume-uni2Le jeudi 8 décembre 2011 à Bruxelles, les pays européens ont gagné une bataille cruciale pour leur survie, mais n’ont pas encore gagné la guerre.

On verra dans quelques jours si les marchés ont stoppé leur avancée ou confirmé leurs menaces.

Ce jour-là, cependant, l’un des plus combattifs des chefs néolibéraux du monde a quitté la salle de réunion de Bruxelles la tête basse. Pour la première fois dans l’histoire de l’Europe, le front des Européens, enfin solidaires, a refusé à la « perfide Albion » les privilèges qu’ils lui concédaient aisément dans le passé. Si la Grande Bretagne désire un jour faire partie de la nouvelle Europe, il lui faudra désormais le faire dans le rang commun.

Heureusement, David Cameron n’a pas insisté. Sa défense d’une City néolibérale n’a pas marché. Cela constitue une première bataille gagnée dans la crise, et souligne fortement la responsabilité du néolibéralisme dans celle-ci. L’ombre de Thatcher commence à s’effacer !

La situation économique de la Grande Bretagne ne permet plus à celle-ci de faire la grande « chochotte », et il est même possible, sinon probable, que la sortie « côté cour » du Premier ministre anglais puisse provoquer dans un certain temps la fin de sa coalition avec Nick Clegg, soit de nouvelles élections assurées, dont il ne sera pas sûr de sortir cette fois vainqueur.

Reste à connaitre les réactions de son opinion publique. Isolée, la Grande Bretagne risque de ne plus peser très lourd, sans compter que son éternel compagnon de route, les É-U, ne brillent plus guère non plus sur le front économique.

Mais le fait sans doute le plus important que l’on retiendra, sera le lâchage de la Grande Bretagne par les neufs autres pays de l’Union européenne qui ne font pas partie de la zone euro. C’est-là une véritable claque !

* * *

Comment vont réagir les marchés ? et surtout les agences de notation ? Il est probable que celles-ci ne s’attendaient guère à une réaction aussi énergique à leurs menaces de la part de la zone euro. Sans doute vont-elles sursoir à leur offensive, dont le déclenchement tentait de couvrir le flanc d’un système dollar en perdition.

La seconde manche va se dérouler devant les Parlements des États européens, qui auront le dernier mot, assez rapidement semble-t-il. On peut parier qu’ils suivront leurs chefs d’État malgré quelques réticences.

Les populations de leurs pays connaissent en effet la frousse de leur vie depuis les ébranlements financiers traversés par la longue file des États grecs, irlandais, portugais, espagnol et italien. Elles ont sans doute compris que la solution à leurs désillusions est à trouver du côté de la solidarité, et qu’elles devront donc se serrer les coudes.

La guerre contre l’euro ne sera cependant pas définitivement gagnée pour autant. Beaucoup d’efforts restent à accomplir. Sans doute fallait-il que des dangers aussi profonds se manifestent pour qu’enfin la nécessité et l’urgence d’une intégration plus complète puissent être acceptée aussi largement. Il faut souligner, et c’est très important, que les dispositions présentées jeudi à Bruxelles, présentées sous un angle économique, constituent bel et bien aussi l’amorce d’une véritable intégration politique, dans la mesure où le rôle de contrôleur budgétaire dévolue désormais à la Commission de Bruxelles constitue à demi-mot une première atteinte à la souveraineté des États membres de la zone. Acrobatie qui n’a sans doute échappé à personne. C’est donc là un pas considérable accompli dans l’histoire de l’Europe, puisque ces dispositions devraient également s’appliquer aux neufs pays de l’Union qui ne font pas partie de la zone euro. Sans avoir été formellement dit, une adoption prochaine de l’euro par ces pays se trouve ainsi en quelque sorte sous entendue.

Les commentaires

De nombreux commentaires sur ces accords ont été faits à la hâte par les médias français et les milieux politiques de l’opposition française. Ils n’ont manifestement pas suffisamment fouillé les apports de la réunion de Bruxelles.

C’est ainsi que le reproche le plus courant a porté sur le fait qu’aucune réponse pratique n’ait été apportée aux menaces des agences de notation, et par conséquent des marchés, qui attendaient des décisions d’application immédiate de la part de l’Europe. Ses auteurs ont purement et simplement ignoré la mesure prise par la BCE consistant à investir dans l’immédiat une somme de 200 milliards d’euros dans le FMI, lequel à son tour pourra ainsi apporter les financements nécessaires aux États en difficulté, à des taux très inférieurs à ceux des marchés.

Alors que ceux-ci frisent actuellement les 7%, taux conduisant irrémédiablement à une faillite rapide, les taux du FMI pourraient tourner autour de 3 à 4%, coûts parfaitement soutenables pour les pays surendettés. Le mécanisme néolibéral du financement par les marchés se trouve ainsi contourné, tout en respectant l’interdiction faite à la BCE de prêter directement aux membres de la zone euro. Il est évident que ce processus pourra être renouvelé autant de fois que nécessaire. Pour l’Europe, c’est la fin du pouvoir des agences de notation. Par cette manœuvre intelligente, elle évite avec aisance les traquenards du néolibéralisme, « tout, pour et par les marchés », cause principale de la crise.

À vouloir réagir trop vite à l’événement, les commentateurs n’ont pas passé suffisamment de temps à la réflexion. C’est bien dommage ! Le flou qu’ils dénoncent en général se trouve plutôt dans leurs têtes.

Quelque soit ce qui en sera dit, il reste que ce qui m’est apparu le plus significatif, au-delà des précisions par lesquels ces accords devront être effectivement complétés, est la détermination et la fermeté qui s’en dégagent. Rarement les responsables politiques de l’Europe ont montré autant de préparation à une action résolue.

* * *

Une autre intéressante possibilité de réforme que les accords de Bruxelles apporteront, réside dans la mise en pratique de la taxation des transactions financières, à laquelle les Anglo-Saxons sont foncièrement opposés. Cette taxation, si elle n’était adoptée que par quelques pays seulement, se retournerait contre eux, car elle augmenterait fortement leur incapacité à se refinancer, les marchés les évitant désormais pour éviter des coûts qu’ils n’auraient pas à supporter ailleurs. Adoptée et appliquée par les vingt-six signataires du nouveau traité européen, cette disposition démantèlerait largement au contraire les fondements malsains du néolibéralisme, car l’Europe réunie est aussi puissante que les É-U.

Rappelons que cette taxation rendrait pratiquement impossible les spéculations automatiques. En effet, sans cette taxation il est actuellement possible de réaliser de nombreuses fois dans une même journée des allers et retours de transactions sur une même valeur sans le moindre coût, permettant ainsi des bénéfices faciles totalement inadmissibles, et des attaques boursières dénuées de tout véritable intérêt économique pour la société, contre des États, des devises ou d’importantes sociétés.

Une disposition dérivée de cette dernière et d’égal intérêt, pourrait aussi être adoptée. Elle consisterait à définir une période minimum d’écart de temps entre la date d’achat d’une valeur boursière et celle de sa revente. Elle complèterait efficacement la première mesure dans la lutte contre la spéculation, autre cause fort importante de la crise actuelle.

* * *

Une conséquence indirecte des accords concerne l’aide de la Chine et des pays émergents en général. Celle-ci avait été envisagée avant le G20 tenu en novembre, mais celui-ci s’est déroulé en pleine offensive des agences de notation, jetant un voile extra­ordinairement pessimiste sur la situation de l’Europe. Cela suffit à faire fuir les généreux donateurs. À partir du futur traité, il n’est pas impossible que ces pays, et notamment la Chine, reviennent sur leurs préventions du mois dernier. Ce serait une méthode de plus pour contourner les marchés financiers. Donc, à suivre !

* * *

Enfin, la mesure sans doute la plus importante d’un point de vue politique, est la suppression quasi totale de la règle de l’unanimité en matière de décision collective de l’Union européenne. Ramené dans un premier temps à 90 % des voix, cette règle permettra d’éviter qu’une seule ou deux voix manquantes à une décision de l’Union, ne paralyse celle-ci pendant de longues périodes, ce qui a été fréquemment le cas dans le passé. Ce taux pourrait être modifié à la baisse, à mesure que la solidarité s’accroitra au sein de l’Union.

Beaucoup de temps s’est écoulé depuis les traités de Maastricht et de Lisbonne. Les différents milieux politiques de l’époque ont cherché à introduire dans ces traités le maximum de protection possible pour leurs pays respectifs. Depuis, ils ont appris à se connaître, car ils ont travaillé ensemble pendant de longues années. Ils ont également compris que leur Union avaient d’importants ennemis dans le reste du monde. Notamment les pays passés au néolibéralisme. Une nouvelle confiance s’est donc établie entre eux. On peut donc penser aujourd’hui qu’une alliance informulée mais solide règne maintenant au sein de la classe politique européenne.

* * *

Il semble bien que la marche en avant de l’Europe vers son intégration politique, dont la forme reste cependant à définir, soit devenue maintenant le programme de tous, au terme d’un long cheminement.

Il était temps !

© André Serra

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J’aurais voté OUI, mais j’étais trop petit

Tel est le titre d’un livre paru début mai 2011 au Québec.

oui-globe2Douze auteurs y exposent avec force et passion leur désir de vivre dans un pays indépendant, en symbiose avec tous les autres pays du monde, y compris le Canada. Ils expriment leur souffrance d’habiter une région du monde conditionnée par une population étrangère dont ils n’ont pas délibérément choisi la patrie, ni surtout la langue.

Ils le font avec leurs mots, leurs émotions, leurs indignations, dans une langue colorée, vive, affective, douloureuse. Leurs esprits semblent plus proches des premières années de la Révolution tranquille que de la récente campagne électorale fédérale, dont les acteurs donnent l’impression d’avoir abandonné la phase de l’Histoire du Québec ouverte par leurs aînés en direction de l’indépendance.

En les lisant, en les écoutant, on se prend à éprouver de la fierté, celle de l’espoir, celle des générations de leurs parents et grands parents qui ont ouvert la route de la liberté.

* * *

Et ce livre possède une histoire, que je résume brièvement ci-dessous :

Le MSQ (Mouvement Souverainiste du Québec), fondé et présidé par François Saint-Louis, attribue chaque année le prix Pierre Bourgault, le dimanche précédent la fête du Québec (24 juin).

Mais en 2010, Guy Bouthillier, ancien président de la Société Saint-Jean-Baptiste, suggère à François Saint-Louis de remettre exceptionnellement ce prix le 10 septembre cette année-là, de manière à faire coïncider cette remise avec le 50e anniversaire de la création du RIN (Rassemblement pour l’Indépendance nationale).

C’est ce que fit François Saint-Louis. Pour appuyer l’évènement, il eut également l’idée de faire appel à plusieurs jeunes membres du MSQ pour prononcer des discours à cette occasion : Bruno Forest et Anthony Fortin, mais aussi à Catherine Dorion, que l’on retrouvera ensuite parmi les auteurs du livre.

Séduit par la qualité de ces discours et la passion avec laquelle ces jeunes orateurs les avaient prononcés, François Saint-Louis les réunit ensuite pour leur demander s’ils accepteraient de se produire en public dans un spectacle comportant un accompagnement musical, au cours duquel ils présenteraient une nouvelle fois leurs discours, sous réserve de trouver quelques autres jeunes susceptibles de compléter ce spectacle.

Cette proposition fut acceptée avec enthousiasme par ces jeunes patriotes, et le spectacle fut monté le 5 novembre 2010 au Théâtre Plaza, rue Saint-Hubert à Montréal, où il reçut un accueil chaleureux de la part du public.

* * *

À quelque temps de là, Claude-Émilie Marec et André Serra, animateurs de la maison d’édition EDITAS, assistaient à une réunion au siège de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal. À l’issue de cette réunion, une jeune femme se présenta à Claude-Émilie en tant qu’amie du groupe de François Saint-Louis et l’informa de ce que l’idée de faire publier les textes du spectacle du Plaza avait traversé l’esprit du groupe. Claude-Émilie vit là une superbe occasion de contribuer à l’action du Québec vers l’indépendance, et téléphona le jour même à  François Saint-Louis pour lui proposer la contribution de sa maison d’édition, EDITAS. Quelques jours après, nous recevions chez nous François Saint-Louis, accompagné de l’un de ses jeunes auteurs. Après avoir abondamment discuté du projet, nous nous sommes mis d’accord sur la manière de réaliser avec nos nouveaux amis ce projet d’Édition, et avons commencé à travailler ensemble.

Ce fut le début d’une belle aventure.

* * *

Il fallut d’abord réunir les textes, au nombre de douze.

Une difficulté est venue du fait qu’il s’agissait de textes devant être déclamés, vécus, joués sur scène, donc peu construits pour être lus dans un livre. Un multi logue s’engagea alors, via internet, entre Claude-Émilie et chacun des auteurs. Persuader chacun de transformer son discours en un texte destiné à la lecture ne fut pas facile, mais, la meilleure bonne volonté aidant, le but fut atteint et l’ensemble des manuscrits ordonné en 136 pages d’un format aisé à lire.

François Saint-Louis en signa l’avant-propos, et l’ouvrage fut préfacé par Gilles Laporte, professeur au collégial et à l’UQAM, membre fondateur de la Coalition pour l’Histoire. Gilles Laporte a reçu le titre de «  Patriote de l’année 2010-2011 », décerné par la SSJB de Montréal.

* * *

Ces douze textes soulignent le souci palpable de la chose publique d’une génération à cheval sur le Cegep et l’université, alors que les Québécois plus âgés soutiennent souvent, sans rien en savoir, que les jeunes ont perdu toute curiosité à l’égard de leur destinée politique.

Bien au  contraire, ces jeunes auteurs montrent qu’ils s’affirment avec force en faveur de la réalisation d’un pays québécois, au moment même où leurs aînés viennent de laisser tomber le flambeau de René Lévesque, en privilégiant un parti fédéraliste aux récentes élections fédérales.

Voici donc le premier acte de la suite. Voici la première expression de la relève, après un trou politique qui aura duré quinze longues années.

© André Serra

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Liu Xiaobo, un prix Nobel de la Pax americana

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L’attribution du prix Nobel de la paix de 2009 au président des États-Unis, Barack Obama, surpris beaucoup de monde. Cet homme était sans doute fort sympathique, mais il n’avait guère fait jusque là que des discours fort éloquents, et donné son aval à un plan de relance de l’économie étasunienne, lequel, jusqu’ici, n’a guère confirmé les talents de son administration.

Certes, ses discours annonçaient-ils des actions déterminantes de sa part pour faire cesser les hostilités au Moyen-Orient, c’est-à-dire en Irak et en Afghanistan, ainsi qu’entre Israël et les Palestiniens, ainsi que la fermeture de la prison de Guantanamo.

Mais en octobre 2009, lorsque le comité Nobel de la paix attribua son prix à Barack Obama, non seulement aucun de ces objectifs n’avait été atteint, mais les efforts entrepris par la Maison blanche pour progresser vers eux avaient tous échoués, deux ans après son élection. Plus encore, le Président décida, de nombreux mois après son arrivée à la maison Blanche d’envoyer plusieurs dizaines de milliers de soldats supplémentaires en Afghanistan pour renforcer les troupes étasuniennes qui s’y trouvaient en échec.

Loin d’être troublés par ce défaut de résultats pacifiques, le comité Nobel décida tout de même, à l’unanimité, d’attribuer son prix au Président des É-U. Un certain nombre de désapprobations feutrées à l’égard de cette décision circulèrent à l’époque à travers le monde. On pouvait se douter que si le comité Nobel, jusqu’ici fort respecté, commençait à attribuer son prix sur la base de simples intentions pacifiques, ce prix perdrait rapidement de son importance historique.

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Mais il ne semble pas que le Comité Nobel ait compris l’importance de son erreur, puisqu’il vient de récidiver en attribuant le Nobel de la paix 2010 à un homme qui agit davantage comme un trouble-fête international, qu’en intellectuel cherchant à améliorer les relations pacifiques dans le monde.

* * *

En effet, il suffit de lire l’article signé Alain sur le site “Reflets de Chine”, pour découvrir en la personne de Liu Xiaobo, un personnage assez trouble. Les informations qu’Alain nous communique sont certainement exactes. Je le connais suffisamment pour penser qu’il a sans aucun doute apporté à leur vérification toute l’attention nécessaire.

Il suffit de consulter son site ainsi que les deux articles de wikipedia indiqués ci-dessous pour comprendre l’indignation du gouvernement chinois et de l’opinion chinoise.

Bonne lecture !

SITES à CONSULTER :

http://www.refletsdechine.com/le-nobel-liu-xiaobo-un-prix-pour-services-rendus-mais-a-qui.html

http://fr.wikipedia.org/wiki/Prix_Nobel_de_la_paix

http://fr.wikipedia.org/wiki/Liu_Xiaobo

© André Serra

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L’arme secrète d’Obama pour remporter le Congrès en novembre

Si les élections de mi-mandat des États-Unis avaient lieu aujourd’hui, il n’y aucun doute sur leur issue : Barack Obama perdrait la majorité au Congrès, à la fois à la Chambre des représentants et au Sénat. Il se pourrait même que les Républicains puissent atteindre une majorité de 60% au Sénat, auquel cas toutes les initiatives du Président devront recueillir leur accord pour être prises en considération. Le pays serait donc voué à un certain immobilisme pendant les deux dernières années du mandat de Barack Obama, en pleine tourmente économique.

Les choses vont en effet assez mal pour les É-U en ce moment :

Après un PIB poussé à 3,2 % au premier trimestre 2010, cette montée inattendue étant entachée du fait qu’elle comprenait une reconstitution des stocks pour 1,6 %, les statistiques de toutes les principales données économiques n’ont pas arrêté de fluctuer dans les deux sens jusqu’à aujourd’hui, soulignant une fragilité préoccupante de l’économie.

Assurées dangereusement par la FED, les injections massives de liquidités n’ont pas réussi à faire décoller l’économie, mais ont, par contre, augmenté la dette extérieure du pays dans des proportions menaçantes pour son avenir.

Échaudés par la crise de l’endettement, les particuliers se sont sagement abstenus de consommer, préférant rembourser leurs dettes en portant leur épargne mensuelle de 0 % à 6,7 % depuis

l’éclatement de la crise. Le plan de relance de Geithner et de Bernanke reposait sur l’idée que la consommation repartirait si on arrosait la population de liquidités. C’était sans doute une mauvaise appréciation des choses, car les Étasuniens se sont montrés plus sages que leurs dirigeants.

Le NBER (Bureauemplois-perdus-crise-e-u américain des recherches en économie) vient d’annoncer que la crise est terminée depuis juin 2009, mais depuis, le nombre des chômeurs n’a pas cessé de progresser, et le Congrès a dû prolonger la durée officielle du chômage indemnisé pour des centaines de milliers de chômeurs, sans quoi ils auraient été obligés de faire appel à la charité publique, eux et leur famille.

D’ailleurs, le Bureau du recensement a annoncé le 16 septembre que 43,7 millions de personnes aux É-U, vivaient actuellement sous l’indice de pauvreté, soit presque 15 % de la population totale. Avant la crise, le pays se plaçait déjà au 17e rang sur 18 dans le classement des pays développés pour l’indice de pauvreté. Ils en occupent très certainement la dernière place aujourd’hui.

En août 2010, les saisies immobilières ont atteint le nombre record de 95 364, soit 25% de plus qu’en août 2009 et 3% de plus que le mois précédent, en dépit des facilités bancaires édictées par l’État au début de la crise.

Ne parlons même pas du déficit commercial qui perdure de mois en mois, ni de la baisse des prévisions économiques de l’OCDE pour les É-U en 2010 à 1,5 %, soit deux fois moins que la même prévision faite en mai.

Et pour finir, la confiance du consommateur américain s’est dégradée davantage qu’on ne l’anticipait en septembre. L’indice du Conference Board, paru le 27 septembre, ressort à 48,5 contre 53,2 en août, soit le plus mauvais chiffre depuis le début de la crise, ce qui laisse présager un vote assez négatif pour les Démocrates le 2 novembre. Depuis, l’augmentation du chômage de septembre avec 195 000 nouveaux inscrits ne peut qu’avoir creusé cet indice.

Les rats quittent le bateau qui prend l’eau

Sur un autre plan, le vide se fait actuellement autour du président Barack Obama. Le directeur du budget, Peter Orszag est parti en juin. Christina Romer, présidente du conseil économique de la Maison Blanche a rendu son tablier le 3 septembre. La démission de Herbert Allison, sous-secrétaire adjoint au Trésor, chargé de la stabilité financière, a été annoncée le 22. Enfin, la cerise sur le gâteau : Larry Summers, principal conseiller économique du Président, a démissionné le 21 septembre. On n’en connaît pas encore la raison exacte. Des rumeurs divergentes circulent à son sujet

larry-summersLarry Summers était un personnage important, jouissant d’une forte réputation, il passait pour un brillant économiste. Son départ sera probablement considéré comme un échec économique pour le Président et pour lui-même.

Il fut le principal concepteur du plan de relance de 780 milliards de dollars que Barak Obama fit voter par le Congrès après sa prise de fonction à Washington. Il a également présidé à l’élaboration du plan de réforme des marchés financiers, souvent en opposition avec Tim Geithner, le Secrétaire au Trésor, et avec Paul Volcker, ancien Président estimé de la Fed, appelé à ses côtés par Barack Obama il y a quelques mois.

Il est enfin à noter que Larry Summer fut le Secrétaire au Trésor de Clinton de 1999 à 2001, et à ce titre, l’un des artisans de la dérégulation financière dont les excès furent à l’origine de la crise actuelle. À ce titre, on peut s’étonner que Barack Obama ait pensé à lui confier un poste aussi important dans son équipe.

Mais ça a continué. À son tour, Rahm Emanuel, le Secrétaire général de la Maison Blanche, part, et on annonce le départ de David Axelrod, le principal conseiller politique d’Obama, ainsi que celui de toutes les grosses têtes du Pentagone, à commencer par le ministre de la Défense, Robert Gates.

Enfin, à la veille de la publication du présent article, on annonce que l’une des plus grosses pièces de l’équipe d’Obama va également partir : Le Conseiller de Barack Obama pour la sécurité nationale, le général quatre étoiles du corps des Marines, James Jones.

Devant cette hémorragie, les questions se pressent dans les milieux politiques. Pourquoi tous les membres du premier cercle du Président partent-ils ? Trop certains de l’échec des élections du 2 novembre ? Désapprobation de la politique suivie par Obama ? Désir de ne plus être là si la crise reprend avec une vigueur nouvelle, comme elle semble effectivement pointer à l’horizon ?

Dans les milieux politiques de Washington, on soutient que ce sont des départs habituels, car les présidents renouvellent toujours plusieurs fois leur équipe au cours de leur mandat. C’est effectivement vrai, mais cette fois le contexte est fort différent. Les É-U sont à quelques semaines des élections de mi-mandat, alors qu’Obama est déjà en difficulté et les perdra très probablement, se trouvant alors pieds et mains liés aux Républicains.

De la part de l’équipe au pouvoir depuis près de deux ans, se sauver ainsi avant les élections n’est ni correct vis-à-vis de leur Président, ni naturel de la part de tous ses anciens collaborateurs. On dirait que tous ces politiciens veulent s’écarter d’Obama pour ne pas être pris dans la tourmente politique qui pourrait bien naître aux É-U après le 2 novembre. Ni être associé à son échec, à la fois économique et stratégique. Væ victis !

Il y a anguille sous roche. Jusqu’ici, rien n’a filtré des vraies causes de cette débandade. Je soupçonne qu’elles doivent être assez graves. On en saura sans doute davantage dans le courant du mois de novembre.

Jusqu’ici, tant les Étasuniens que les Européens pensaient que le monde traversait une crise bien ordinaire, comme il y en avait eu tant d’autres auparavant, et qui, en utilisant les vieilles recettes, allait se résoudre aisément en 18 mois avant que la croissance ne reprenne, cette “ fameuse croissance ” après laquelle tout le monde court, et qui s’entête à ne pas redémarrer malgré les grosses têtes qui s’empressent à son chevet !

Une nouvelle phase désagréable vient cependant de surgir, qui n’augure rien de bon :

La crise de l’or et la bataille des devises

Le dollar était réputé inoxydable, et voilà qu’il s’oxyde.

Depuis des années, le dollar dominait le monde et passait pour une valeur de refuge. Lorsque les choses allaient mal sur la planète, tout le monde achetait du dollar ou des bons du Trésor des É-U. Même pendant la crise actuelle, la valeur du dollar montait, même lorsque les mauvaises nouvelles s’accumulaient, emploi, consommation, balance commerciale, etc. Je ne parvenais pas à comprendre cette logique que je trouvais anormale. Je n’ai compris que très récemment, qu’au fil des années, depuis 65 ans, le dollar était devenu un mythe. Il ne reste plus aujourd’hui que très peu de personnes dans le monde qui se souviennent du dollar de 1942, avant Pearl Harbor. Il se trainait alors de peine et de misères depuis 1929, sans parvenir à se stabiliser. Mais entre temps, les É-U ont gagné la Seconde Guerre mondiale, et ont pu imposer leur volonté aux vaincus et à leurs propres partenaires à la limite de la faillite. De là vient la différence avec ce qui se passe aujourd’hui.

Avant cette époque, lorsque les monnaies vacillaient, les réflexes étaient immédiats : on achetait de l’or. C’était la valeur refuge de l’époque. On l’a oublié, tant la confiance dans l’Amérique et son pouvoir a sacralisé sa monnaie si particulière, sans que l’on se souvienne que les devises, comme les empires, sont mortelles.

Et voilà que les choses semblent avoir changé, lentement, sans bruit. Le dollar a été miné par la crise. Tout le monde sait aujourd’hui que l’Amérique fabrique des milliards de dollars virtuels qu’elle ne gagne pas, et qu’elle fait donc courir ainsi des des-billets-vers-lordangers immenses à toutes les valeurs portant le mot “dollar”. Alors, assez brusquement, l’or est sorti de son incognito. Après avoir grignoté très progressivement la pente de la hausse, passant d’environ 500 $ l’once il y a une quinzaine d’années, à seulement 1088 $ en clôture le 24 mars de cette année, l’or a touché le cours de 1380 $ le 13 octobre, soit une hausse de 27 % en six mois.

Confirmant ce phénomène de retour de l’or, redevenu valeur refuge, des personnalités du monde des finances qui snobaient l’or jusqu’ici, se jettent maintenant dessus pour mettre leurs capitaux à l’abri. Soros se déleste le plus silencieusement possible de ses actions pour les convertir en or et en actions de mines d’or. Même chose pour John Paulson, propriétaire du fonds Paulson, autre milliardaire, qui aurait investi le tiers de ses 35 milliards de dollars d’actifs dans l’or et les mines d’or.

Avec de tels parrains, qui ne sont probablement pas les seuls à avoir changé leur fusil d’épaule, la chute du dollar est désormais enclenchée. Depuis le 21 juin, le dollar a perdu près de 11,7% sur l’euro, plus de 9,9% sur le yen, plus de 4,6% sur la livre, pourtant en difficulté économique grave, 13,3% sur le franc suisse, et seulement 2% sur le yuan en à peine deux mois.

Dans ces conditions, on peut comprendre que les Républicains et l’opinion étasunienne en général soient agressivement hostiles à ce que la Fed continue à faire fonctionner la planche à billets du dollar, probablement la cause de tout ce remue-ménage, et provoque dans le monde des initiatives dont l’oncle Sam aura bien du mal à se féliciter.

Deux indices permettent de se rendre compte qu’il existe une intense activité de concertation dans toutes les chancelleries autour du monde et toutes les banques centrales pour trouver une solution à l’instabilité du dollar et à la volatilité des changes, ennemis jurés des entreprises exportatrices. Cette concertation se fait medio voce, car tous les gouvernants du monde craignent les réactions du lion blessé. On se parle encore par chuchotements.

Il faut se rappeler qu’en pleine crise grecque, le 24 avril de cette année, le président Sarkozy se trouvait chez Hu Jintao, le Président chinois. Il n’y eut pas de communiqué officiel après cette rencontre, mais des détails ont filtré. Les présidents parlèrent de la crise grecque, encore en cours et non résolue, mais aussi de la crise monétaire, de l’instabilité du dollar, de la dette étasunienne et bien entendu de coopération.

On était loin de la brouille que Sarkozy avait stupidement créée en se mêlant d’affaires intérieures à la Chine, notamment sur la question du Tibet. On sait que Hu Jintao et Wen Jiabao promirent à Sarkozy le soutien de la Chine dans la crise grecque et la crise financière européenne.

Cinq mois après, deux indices majeurs sont à considérer :

1) Le 2 octobre débarquait à l’aéroport d’Athènes une forte délégation chinoise conduite par le Premier ministre chinois, Wen Jiabao, qui fut accueillie par le président grec, Georgios A. Papandreou.

Elle était composée du gouverneur de la banque centrale chinoise, Zhou Xiaochuan, du président du groupe chinois Cosco (China Ocean Shipping Company), Wei Jiafu, et de quelques ministres et hommes d’affaires chinois.

greceWen Jiabao déclara : “La Chine va faire un grand effort pour soutenir les pays de la zone euro et la Grèce, afin de dépasser la crise économique internationale… La Chine participera à l’achat de nouvelles obligations grecques lorsqu’elle en aura besoin.

Dans la pratique, les échanges commerciaux entre les deux pays doubleront à 8 milliards de $. La Chine fera du port du Pirée le centre de transit commercial des importations chinoises à destination de l’Europe. Les investissements nécessaires seront fournis par la Chine. Le groupe Cosco augmentera progressivement le nombre de conteneurs nécessaires, créera un centre logistique de marchandises, ainsi qu’un centre de loisirs et de tourisme.

Onze autres accords commerciaux privés furent signés, et les armateurs grecs commandèrent six navires à la Chine.

Athènes et Pékin signèrent deux accords-cadres, l’un sur le développement des investissements chinois en Grèce, et l’autre sur leurs échanges culturels. Enfin, la Chine créera un fonds de 5 milliards de $ pour soutenir l’ensemble du projet. Détail significatif : seules les presses grecque et chinoise furent conviées aux manifestations.

Je laisse le lecteur apprécier.

2) Le Président français, Nicolas Sarkozy, prendra la Présidence du G20 le 12 novembre pour un an, assisté par la Chine (dix jours après les élections américaines de mi-mandat). Il prépare actuellement cet évènement avec beaucoup de soin. L’AFP vient de fournir quelques détails sur cette préparation, rapportés par les sites du Financial Times et du Wall Street Journal. Le Président français, en accord avec le président chinois

Le temps se couvre indiscutablement pour les É-U et en particulier pour son Président.

COMMENT VA-T-IL POUVOIR SE TIRER D’AFFAIRE ?

Que va donc faire Obama pour conserver solidement les mains sur le gouvernail des États-Unis, après les élections du 2 novembre, sans doute défavorables au Président et au parti démocrate ?

Qu’a fait Mussolini en 1935, lorsqu’il s’est trouvé à la tête d’une nation en faillite ? Il a envahi l’Abyssinie. Obama doit penser la même chose, mais vise plutôt l’Iran que l’Abyssinie. Voyons cela de plus près.

Pourquoi Obama déclencherait-il une agression contre l’Iran ? Les motifs ne manquent pas, mais il faut surtout se souvenir que de toute l’histoire des É-U, jamais au cours d’une guerre en cours les électeurs étasunturquie-chine-tres-longiens n’ont voté contre le président en exercice. Ils se regroupent tous derrière leur Président en bons patriotes qu’ils sont et lui apportent leur appui.

Dès l’attaque contre l’Iran, Barack Obama deviendra immédiatement inattaquable et remportera les élections si cette attaque intervient avant le 2 novembre.

L’hypothèse d’une agression prochaine de l’Iran par les É-U.

Plusieurs indices nourrissent cette hypothèse.

Depuis plusieurs mois déjà, la 5ème flotte étasunienne s’est déployée au large des côtes iraniennes, près du détroit d’Ormuz, en face des positions de l’armée des Gardiens de la Révolution iranienne, sous le prétexte de contrôler les porte-avionshelicoapprovisionnements militaires du pays. Elle comprend deux porte-avions avec leur accompagnement habituel de navires qui les protègent, ainsi que plusieurs unités de la marine israélienne.

Le plus important porte-avion nuclaire étasunien, le Truman, a rejoint la flotte du Golfe, à laquelle se sont ajoutés également le bâtiment d’assaut amphibie USS Nassau, les navires de débarquement USS Mesa Verde et USS Ashland. Tous ces navires possèdent chacun plusieurs navires d’escorte.

10 000 marines se trouvent à bord des porte-avions, qui abritent plusieurs centaines d’avions de combat de plusieurs catégories. Des commandos sont transportés dans les navires de débarquement (http://sos-crise.over-blog.com/article-deploiement-maritime-dans-le-golfe-persique-navires-us-prets-au-debarquement-53456471.html). Les sources de ces informations sont israéliennes (site Debka).

Il est évidemment impossible de savoir si cette armada a pour but d’effrayer le pouvoir iranien, afin de le faire obtempérer aux exigences des É-U et de ses alliés occidentaux en matière nucléaire, ou d’attaquer effectivement l’Iran de manière à en détruire les sites d’enrichissement de l’uranium, et accessoirement de mettre fin au régime des mollahs.

Compte tenu de la proximité des élections de mi-mandat des É-U, je penche personnellement plutôt vers l’hypothèse d’une agression effective.

Les sanctions votées le 9 juin 2010 par la résolution 1929 constituent une préparation à une telle intervention militaire. L’article 36 de la résolution prescrit au directeur de l’AIEA ( Agence Internationale de l’Énergie Atomique ) “de présenter dans les 90 jours au … Conseil de sécurité un rapport concernant la suspension complète et durable par l’Iran de toutes les activités mentionnées dans les résolutions… et dans la présente résolution”.

L’article 37 stipule… “Au cas où il ressortirait du rapport… que l’Iran n’a pas appliqué les dispositions des résolutions… et de la présente résolution, il adoptera, en vertu de l’article 41 du chapitre VII de la charte des Nations Unies, toutes autres mesures…”.

Or le titre de ce chapitre VII est Action en cas de menace contre la paix, de rupture de la paix et d’acte d’agression “. Ce sont précisément les articles de ce chapitre qui permettent notamment l’entrée en guerre, et qui ont été utilisés, par exemple, pour la guerre de Corée.

Le délai de 90 jours pour le dépôt du rapport demandé à l’AIEA expirait le 6 septembre. Aucune information au sujet de ce rapport ne semble avoir été diffusée. Or, on peut dans une certaine mesure parier qu’il a effectivement été déposé, du seul fait que l’Iran a rejeté la résolution 1929 et que la tâche de l’AIEA était forcément rapide. Il y a de quoi s’étonner du mutisme des chancelleries occidentales.

Mais les six membres permanents ayant voté la résolution 1929 étaient présents à Washington le 19 octobre aux réunions du G7 et du G20 pour tenter d’éviter une guerre des monnaies, ce dont on parle beaucoup depuis plusieurs jours. Je ne doute absolument pas qu’ils aient joué les prolongations, dans le secret, pour discuter du rapport de l’AIEA et en tirer les conséquences.

On tire à pile ou face ?

Pour ma part, je suppose qu’aucun de ces puissants messieurs n’a envie de ressusciter le pouvoir du parti Républicain aux É-U. Alors, ce sera la guerre.

La récente alerte adressée par les É-U et la Grande-Bretagne à leurs citoyens voyageant en Europe d’être extrêmement prudents dans leurs voyages en France et en Allemagne, car des menaces terroristes sont dans l’air, me semble l’équivalent des fameuses armes de destruction massive de Bush fils pour attaquer l’Irak.

Ce serait en quelque sorte une phase de préparation psychologique de l’opinion au passage aux actes, et l’occasion pour sortir le fameux rapport en l’associant à ces menaces, même si l’Iran n’a jamais commis d’actes terroristes en Europe. Pour la majorité des Occidentaux, un Iranien, un musulman, un arabe, un chiite, c’est du pareil au même. Nul besoin de craindre les journalistes curieux. Et quelques arrestations bien choisies, ou même de véritables attentats de type hollywoodien, pourraient servir de détonateur à l’agression.

Bien entendu, je rappelle que tout cela n’est qu’une pure hypothèse. On sera bientôt fixé.

Bibliographie :

Matthieu Anquez La Stratégie de l’Iran Tempora 2008

Robert Baer - Iran L’irrésistible ascension J-C Lattès 2008

Olivier Hubac/Matthieu Anquez L’enjeu afghan Versaille 2009

(La défaite interdite)

Laurence Louër Chiisme et politique au Moyen-Orient Autrement 2008

Iran, Irak, Liban, monarchies du Golfe )

François Thual Géopolitique du chiisme arléa 2002

© André Serra

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Deux sorties de crise en lice, et le yuan comme arbitre

Nous sommes sans doute à la veille d’évènements économiques considérables.

Le changement brutal de la politique de change monétaire de la Chine le laisse présager. En effet, jusqu’ici le gouvernement chinois refusait énergiquement de modifier sa politique de change qui, depuis 2008, consistait à maintenir une stricte constance du taux de conversion entre le renminbi (ou yuan) et le dollar. Il estimait que ce taux correspondait à une valeur correcte des deux monnaies, l’une par rappport à l’autre.

Personne, économiste ou institution, n’a d’ailleurs pu prouver le contraire. Je pense en effet que cela est strictement impossible d’un point de vue économique, et le déficit commercial abyssal que présentent les É-U à l’égard de la Chine ne constitue pas une preuve en soi de ce déséquilibre. On pourrait tout aussi bien prétendre que ce déficit résulte de la politique d’un dollar fort, entretenu artificiellement fort par les autorités étasuniennes, et que sa valeur ne reflète plus le poids réel de l’économie du pays, très largement exagérée par une opinion un peu trop traditionnelle.

Je me contenterai d’observer que les cambistes étasuniens ont la main haute sur la fixation des taux de change monétaires, et qu’ils sont fortement inspirés par les instances monétaires du pays. Ce phénomène emphatique est d’ailleurs analogue à celui des agences de notation, exclusivement étasuniennes, dont on a remarqué l’influence abusive tout au long de la récente crise financière grecque.

Mais avant de supputer les résultats de ce nouvel affrontement monétaire, considérons d’abord les stratégies de sortie de crise des deux blocs occidentaux, celle des É-U puis celle de l’UE. Elles sont diamétralement opposées.

***

La stratégie étasunienne

dollar-symboleLes É-U ont opté pour un retour forcé à la situation économique prévalant avant la crise, c’est-à-dire pour une accélération de la consommation appuyée sur des taux d’intérêt pratiquement nuls, et une injection continue de liquidité dans le système bancaire, ces deux éléments devant, dans leur esprit, inciter les consommateurs étasuniens à revenir à l’endettement “as usual”. Tous les économistes soulignent l’ampleur du risque que présente cette stratégie, notamment en terme d’inflation.

Cette politique aurait des chances de réussite si elle pouvait effectivement susciter  un dynamisme consommateur au sein de la population. Mais ce raisonnement est erroné.

Comme l’a montré avec aisance J. K. Galbraith dans son petit ouvrage sur “ Les mensonges de l’économie ” publié en 2004 chez Grasset, il n’y a pas de relation directe entre les variations du taux d’intérêt et celle de la consommation, contrairement à une théorie convaincante, mais sans réalité rationnelle. Elle n’est en fait qu’une croyance simpliste. Lorsqu’une entreprise emprunte, c’est parce qu’elle juge que l’argent emprunté va lui permettre de gagner de l’argent, et non parce que les taux d’intérêt sont bas. Il en est bien sûr de même pour les particuliers, lesquels peuvent aussi bien emprunter parce qu’ils craignent que les taux vont monter, que s’en abstenir parce qu’ils pensent que les taux vont encore baisser.

Ce type d’erreur est courant en économie, car cette discipline s’est muée depuis quelques dizaines d’années en une discipline mathématisée et rationalisée, alors que la matière économique est beaucoup plus riche d’éléments psychologiques et sociologiques que d’éléments rationnels. Depuis cette stupide évolution, l’économie a perdu sa fiabilité.

La politique de  ” retour à la case départ ” a donc toutes les chances d’échouer. D’ailleurs les dernières informations du terrain nous indique la proximité imminente de l’échec. Dans les derniers mois de 2007, les consommateurs dépensaient en moyenne 2,5% de plus que leur revenu. Dès 2008, ils ont commencé à épargner pour payer leurs dettes, totalement paniqués à la pensée de connaître le sort des acheteurs de maisons à subprimes : saisies et expulsions.

Depuis un an, les consommateurs étasuniens se sont mis à épargner en moyenne 6 à 7% de leur revenu, bien que celui-ci se soit rétréci au fil des mois. Et pourtant les taux d’intérêt ne peuvent descendre davantage.

Cette politique d’abondance de liquidités ne va donc pas permettre aux É-U de sortir de la crise. Il va leur falloir trouver autre chose. “ On ne peut faire boire un âne qui n’a pas soif ”. C’est bien connu.

***

Dans le fatras d’indicateurs que nous a amené la fin de la semaine passée, il en est un qui ne semble pas avoir retenu l’attention des économistes, et qui pourrait pourtant éclairer la suite des évènements de manière plus précise encore que les indicateurs sur l’emploi, la consommation, la construction immobilière et la balance commerciale des É-U.

Il s’agit de la hausse des investissements. Au second trimestre 2010, L’investissement des entreprises étasuniennes dans les biens d’équipements a augmenté de 21,9%, un record de 14 ans.

Or la consommation est en baisse aux É-U, et la production stagnante. Il est donc difficile de croire que les entreprises anticipent une augmentation future de leur production par des investissements productifs. Alors ?

Alors, ces investissements massifs ne peuvent se justifier que par le désir d’accroitre, non la production, mais la productivité. En effet, lorsque la consommation et donc la production décroit, le marché voit ses dimensions se réduire et attise une concurrence qui s’applique notamment sur les prix. Et qui dit baisse de prix dit également baisse de coût, et notamment baisse des frais de personnel, soit par une baisse des salaires, soit par une baisse des effectifs.

Déjà les entreprises ont, depuis deux ans, obtenu des sacrifices notables de la part de leur personnel. Mais mon sentiment est que ces investissements cachent une stratégie des entreprises dirigée vers des diminutions encore plus importantes de leurs effectifs dans les quelques mois qui viennent, le temps de mettre en place les matériels acquis. Disons à partir de septembre.

Nous allons sans doute assister à une nouvelle grande vague de licenciements d’ici la fin de l’année, suite à la mise en place d’une robotisation importante. Si mon pronostic se matérialise, nous allonc donc assister à la reprise de la progression du chômage. Si c’est le cas, on peut s’attendre à une nouvelle plongée de la consommation et un retour de la récession.

Nous sommes donc assez loin d’une sortie de crise par la consommation.

***

La stratégie européenne

euro-symbolePendant ce temps-là, les pays européens testent une autre solution pour sortir de la crise.

Moins dynamiquement, mais sans doute plus pragmatiquement, les pays de l’Union européenne ont entrepris sagement de payer leurs dettes. Pour le moment, ils réduisent drastiquement leurs dépenses budgétaires, derrière la Grèce, qui a bien failli trépasser sous un dette monstrueuse.

Suivant en cela la détermination allemande, mais fort loin des illusions cultivées de l’autre côté de l’Atlantique, l’Europe choisit donc de mordre sur sa chique plutôt que de poursuivre une politique d’expansion monétaire qui la conduirait tout droit vers une situation financière analogue à celle de l’Allemagne de Weimar en 1923.

C’est une politique fort courageuse, mais elle entrainera mécaniquement beaucoup de sacrifices dans la population. Les revenus diminuant, la consommation diminuera également, car des restrictions de crédit interviendront. Il en résultera des pertes d’emplois dans les entreprises, s’ajoutant à la réduction des emplois de fonctionnaires.

Si cette situation n’est pas contrôlée avec rigueur, il est possible que la chute de l’économie européenne dans une dangereuse déflation, en réaction à la diminution du pouvoir d’achat des familles, pourrait se produire et perdurer longtemps. Le comportement de la population jouera un très grand rôle. Si dans son ensemble elle se résout à l’effort, tout devrait bien se passer. Si c’est le contraire, l’éclatement d’importantes crises sociales est vraisemblable dans certains pays.

Il est en effet à craindre qu’une telle conjoncture puisse dériver vers une sévère crise de l’emploi. Or, il faudrait à tout prix pouvoir sauvegarder ce dernier afin de préserver la possibilité de retrouver la croissance, après la période qui s’écoulera nécessairement avant qu’une situation financière saine puisse être rétablie.

Cet effort devant  être soutenu par la plupart des pays composant l’Union européenne, il risque de déboucher sur des difficultés de cohésion des actions. Le renforcement des pouvoirs et de l’autorité du président de l’Union ( Van Rompuy ) ainsi que de la BCE devrait être envisagé.

Ce qui me fait craindre des difficultés sur ce dernier point est la réaction négative de Londres, Paris et Berlin, à la récente proposition du Commissaire européen au Budget, le Polonais Janusz Lewandowski, d’envisager la création d’un impôt européen. Le produit de cet impôt ( à prélever sur des produits à définir, essence,  transactions financières, etc… ) serait à déduire des contributions nationales directes au budget de la Commission de Bruxelles, et n’augmenterait donc pas les prélèvements fiscaux globaux. Ce premier impôt européen s’appliquerait à l’ensemble de la communauté sous l’autorité de l’Assemblée européenne de Strasbourg, pour financer le budget de la Commission de Bruxelles.

Le rejet de ce projet par les trois principales capitales de l’Union s’explique par leur refus de transférer à L’UE la moindre parcelle de la souveraineté des États composant l’Union. On est donc fort loin du consensus nécessaire pour sortir de la crise.

Au moment de la crise grecque, on avait d’ailleurs déjà pu percevoir la mauvaise volonté des membres de l’Union à pratiquer une politique de solidarité.

Le “ chacun pour soi ” va-t-il encore prévaloir cette fois-ci ?

On dirait qu’on est fort loin d’une véritable Europe, puissante et solidaire. Quel lamentable manque de discernement !

***

La problématique du yuan

yuan-symboleLes autorités chinoises, après plusieurs journées de pression de la part des É-U et d’autres pays occidentaux pour que leur gouvernement relève le taux de change yuan / dollar, annoncèrent le 21 juin 2010 que ce taux serait progressivement assoupli, en fonction cependant de l’évolution de l’économie chinoise. Cette annonce a été faite à la veille du G20, de telle sorte que les membres de cette réunion se gardèrent bien de soulever la question.

Or, entre le 21 juin et le 16 août, soit près de deux mois après cd100817-le-dollar-en-5-semainesette annonce, le $ n’avait perdu que 0,05% par rapport au YUAN, soit une revalorisation parfaitement négligeable. Cette perte était montée au maximum à 0,63$ le 9 août, à peine plus que le 16. Le tableau ci-contre montre cependant une diminution sensible de la valeur du dollar par rapport aux autres principales devises.

Pour juin, de mauvais indicateurs du commerce extérieur des É-U annoncèrent un déficit commercial de 49,90 milliards de $ contre 41,98 en mai, soit une augmentation de 18,9% d’un mois sur l’autre. Le problème du taux de change du yuan en $ va donc inévitablement se reposer, mais en des termes quelque peu différents qu’à fin juin.

En effet, le surplus de la balance des paiements courants de la Chine est passé de 11% du PIB en 2007 à 6,1% en 2009, en raison notamment de fortes réévaluations des salaires  au cours des dernières années,  augmentant ainsi régulièrement les coûts des produits qu’elle exporte. Il en résulte que si le yuan pouvait sembler faible il y a encore quelques années, c’est de moins en moins le cas. Et, comme il est dans l’intention du gouvernement de continuer à relever progressivement les salaires chinois compte tenu de l’augmentation spectaculaire de ses exportations, il devient de moins en moins nécessaire pour lui de modifier le taux de change de sa devise.

En effet, l’excédent commercial chinois de juillet a été le plus élevé depuis 18 mois. C’est dire que la Chine a dépassé la crise depuis longtemps, la croissance de son PIB semblant parti pour retrouver cette année son taux de 12 à 13 % d’avant la crise. Ses exportations ont progressé de 38,1% par rapport à 2009, avec une forte augmentation vers les É-U et l’UE.

Par contre ses importations ont ralenti à une croissance de 22,7% en juillet, contre 34,1% en juin. C’est déjà très beau ! Il faut rappeler que des mesures bancaires ont été prises au cours de ces derniers mois pour éviter le surstockage, étant donné un emballement injustifié des prix. Cette diminution correspond donc sans doute à un début de déstockage. Pendant les trois mois de crise traversés par la Chine, les achats de matières premières s’étaient en effet accélérés pour profiter du fléchissement des prix intervenu pendant cette période.

De tout cela il résulte que l’opinion des économistes occidentaux et notamment de ceux du département du Commmerce des É-U devraient évoluer vers des prétentions moins excessives qu’au mois de juin.

Il semble maintenant que la balle soit dans le camp des É-U, en ce sens que s’ils désirent que les prix chinois augmentent, la solution ne se trouve plus dans la hausse du yuan par rapport au dollar, mais dans la baisse du dollar par rapport au yuan, ainsi d’ailleurs qu’à toutes les autres devises occidentales, car l’abondance des liquidités “ fabriquées ” par la FED depuis 18 mois, sans contrepartie d’une véritable richesse économique, ne justifie plus les taux actuels du dollar. Même si cela échappe encore à beaucoup d’observateurs, il n’est plus désormais possible de considérer le dollar comme une valeur-refuge.

Cette opinion est d’autant plus réaliste que les récents indicateurs économiques des É-U, très préoccupants, poussent la FED et le gouvernement à poursuivre les aides à la relance par l’injection de nouvelles liquidités. On attend d’ailleurs toujours que la FED présente un plan d’épongement de ces excès applicable après la sortie de la crise, dont le terme échappe encore à notre vision aujourd’hui.

© André Serra

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Considérations sur les migrations

Considérations sur les migrations musulmanes en particulier,

et les migrations humaines en général

Les migrations musulmanes

Les migrations musulmanes constituent un phénomène humain qui concerne près d’un quart de l’humanité. Elles évoluent dans la longue durée en touchant des dizaines de pays différents, essentiellement occidentaux, qui représentent eux-mêmes plus d’un dixième de la population planétaire. Ramasser dans les quelques pages d’un article l’ensemble des causes et conséquences de ce phénomène présente une gageure pour celui qui se risque dans cette tentative.

On comprendra donc qu’un tel texte ne puisse privilégier que quelques-uns des aspects anthropologiques en cause dans cette profonde mutation historique, aspects répartis selon des axes d’analyse donnés, réducteurs par nature. Les axes choisis sont les suivants :

- considérations historiques,

- considérations démographiques et environnementales,

- considérations fonctionnelles sur les migrations,

- fonctionnement des migrations :

- cheminement politique et administratif,

- cheminement spontané et désordonné,

- considérations culturelles, et religieuses en particulier.

Considérations Historiques

Lorsque la Seconde Guerre mondiale fut terminée, les pays occidentaux qui en avaient subi les affres virent dans cette immigration une solution facile et peu coûteuse pour résoudre leurs problèmes nés de la guerre. Il fallait à la fois reconstruire les infra­structures et les bâtiments détruits, et remplacer les pertes humaines des hommes tués sur les champs de bataille, les deux problèmes se combinant en celui d’un déficit de main-d’œuvre.

Dans les armées alliées, se trouvaient un grand nombre de soldats venus des possessions coloniales de France et de Grande-Bretagne. Leurs origines étaient très variées : noirs d’Afrique occidentale et du sud, Arabes du Maghreb et du Moyen Orient, Indiens des Indes, etc. Pour la plupart, ils étaient de religion musulmane.

Pour la plupart d’entre eux, c’était la première fois qu’ils mettaient les pieds en Europe. Ils y constatèrent une différence considérable de richesse avec celle de leurs pays d’origine. Aussi, les premiers immigrants furent-ils souvent ces soldats d’outremer, une fois démobilisés. Les politiciens et les chefs d’entreprise européens crurent d’abord que cette main-d’œuvre ne resterait chez eux que le temps de la reconstruction. Grave erreur ! Se trouvant finalement très bien en Europe, dans des emplois qu’ils n’auraient pu trouver dans leurs propres pays, ils y firent venir leurs familles, souvent fort nombreuses.

Considérations démographiques et environnementales,

Tous les pays dont la religion est majoritairement l’Islam sont assez pauvres, à l’exception de ceux qui possèdent du pétrole, beaucoup de puits de pétrole !

Tous ont généralement un taux de croissance démographique élevé, par défaut de contraception, souvent par manque de connaissance ou de moyens, assez souvent pour avoir une main d’œuvre suffisante pour les travaux des champs, activité géné­ralement majoritaire dans ces pays. Enfin, parce que les taux de mortalité y étaient très importants, notamment à la naissance, avant que les avancées médicales et sanitaires de l’occident ne viennent les toucher. En dépit des améliorations spectaculaires de la santé de ces populations, les habitudes ancestrales furent pratiquées longtemps avant qu’elles ne commencent à s’aligner sur les pratiques occidentales.

Il en est résulté une pression démographique considérable s’exprimant par une part dans la population des jeunes de 0 à 14 ans comprise entre 45 et 50 % selon les pays, contre 15 à 20 % dans les pays occidentaux et entre les deux pour les pays dits “émergents “. Ces taux ont commencé à baisser, mais à une vitesse sensiblement plus lente que celle de la baisse des taux de mortalité infantile et adulte. L’évolution différentielle de la natalité et de la mortalité a accru dans des proportions importantes la pauvreté de ces populations, pauvreté se traduisant par une surcharge des terres, des villes et l’impossibilité de soutenir les actions formatrices nécessaires des jeunes, très largement encore sous scolarisés, et la création de sources d’emploi corres­pondantes.

En outre, la création rapide de cette pression démographique intervenue en quelques années après la guerre a entrainé une destruction environnementale sévère, sous le poids de migrations internes vers les villes, ne laissant pas le temps à celles-ci de se structurer, faute de moyens, et détruisant rapidement les terres arables de leur voisinage.

Il est ainsi possible de constater deux choses. D’une part qu’une action civilisatrice trop rapide, que celle-ci soit ou non motivée par de bons sentiments, peut déboucher sur des catastrophes humaines inattendues. D’autre part qu’en sens inverse, la politique de l’enfant unique introduite par Mao Tse Toung en Chine permit d’éviter, au cours de la rapide émergence du pays, les vicissitudes rencontrées par les pays directement développés sous la direction indirecte de l’occident, et ceci, en dépit d’une critique occidentale inconséquente de cette mesure. Il est d’ailleurs à souligner que cette disposition est en cours de disparition progressive, l’équilibre recherché ayant été atteint.

En dépit d’initiatives engagées par les institutions internationales telles que l’ONU, le FMI et la Banque mondiale, peu de progrès ont été réalisés en un demi-siècle, soit que l’ampleur des efforts auxquels il aurait fallu consentir dépassait les possibilités de l’occident ou même sa volonté de réussir. Ajoutons à cela une forte corruption des élites en place, associée à un manque assez coupable de contrôle dans les réalisations entreprises.

L’existence de régimes autoritaires, ou même totalitaires, dans les pays concernés, aggrave encore un état de choses économique qui incite les populations à trouver ailleurs emplois et avenir plus souriant, pour eux et pour leur famille.

Pour les plus pauvres de ces peuples, il en a résulté un désir irrépressible de quitter leur pays pour trouver ailleurs une vie meilleure. La vue de l’apparente richesse de l’occident qui se déploie sur les écrans de leurs téléviseurs constitue un facteur supplémentaire pour désirer quitter leur pays natal par tous les moyens possibles.

Considérations fonctionnelles sur les migrations

Les migrations musulmanes suivent deux cheminements sensiblement différents :

- cheminement politique et administratif

C’est le cheminement officiel, basé sur une structure administrative créée par les gouvernements des pays d’accueil, suivant une procédure généralement très lente, fondée sur des critères à la fois sociologiques et économiques. Ils ne concernent bien évidemment que les candidatures présentées aux consulats des pays de destination désirés, dans les pays d’origine.

Les critères d‘admission comprennent souvent des quotas par pays d’origine, en fonction d’exigences géopolitiques, ou du désir d’équilibrer les entrées par rapport aux communautés de cette origine déjà présentes dans le pays de destination. Ces critères prennent surtout en compte les besoins en main d’œuvre de l’économie du pays d’accueil, en regard de la formation et de l’expérience des candidats susceptibles d’y répondre.

À partir du moment où une candidature a été approuvée, le candidat suit une procédure assez stricte et longue avant d’être autorisé à venir s’installer. Il peut s’écouler deux années entre le dépôt de la candidature et l’arrivée du migrant dans son pays d’adoption.

- cheminement spontané et désordonné

Il s’agit des migrations sauvages, pratiquées par les migrants vivants dans des pays disposant de frontières communes avec les pays d’accueil, ou séparés de ces derniers par un détroit maritime praticable avec des embarcations légères. C’est le cas des migrants africains, noirs ou maghrébins, à travers le détroit de Gibraltar, vers les pays européens de l’ouest, ou des Turcs en direction des pays de l’Europe centrale.

Cette forme d’immigration sauvage, caractérisée par un nombre effrayant d’accidents mortels, s’est accrue d’année en année sans que le reste du monde ne s’en émeuve autrement qu’à l’heure des informations sur ses téléviseurs.

Considérations culturelles, et en particulier religieuses

Toute immigration réussie de personnes issues d’un autre pays suppose que soient intégrées harmonieusement par les nouveaux venus les différences culturelles, linguistiques, éthiques, philo­sophiques et religieuses existant entre le pays d’origine et le pays d’accueil.

Plus ces différences sont nombreuses et qualitativement différentes, plus malaisée sera l’acceptation des immigrants par la population locale, et par conséquent plus susceptibles d’entraîner rejets et conflits, et par suite la ghettoïsation des nouveaux arrivants.

Parmi les différences possibles, certaines sont plus ou moins superficielles, ou plus ou moins difficiles à réduire. Les pures conventions sociales s’adoptent assez rapidement par l’observation et l’imitation, si elles ne mettent pas en cause des convictions plus profondes. La langue du pays, si elle n’est pas connue, s’apprend vite si elle est désirée et que le courage est là, mais prend du temps. Les habitudes culturelles peuvent présenter quelques difficultés en fonction de l’âge de l’immigrant, mais une connaissance, même réduite, de l’histoire du pays d’accueil peut en faciliter la compréhension.

Les convictions religieuses sont plus délicates, car elles conditionnent le MOI profond, l’inconscient. À l’intérieur d’un même groupe de religions (christianisme, islamisme ou bouddhisme,…), tout est plutôt question de rites que de différences de conviction, et ne doit pas poser beaucoup de problèmes.

Par contre, l’appartenance de l’immigrant à un autre groupe religieux que celui de la majorité du pays d’accueil est problématique. Ainsi du musulman. Dans ce cas précis qui nous intéresse au Québec, la différence n’est pratiquement pas intégrable, et ceci pour une raison simple : alors que les différents rites et commandements du christianisme ont abandonné la prétention de couvrir des contenus politiques et éthiques exclusifs, depuis la fin des monarchies et l’avènement des démocraties représentatives, le sunnisme comme les différents chiismes musulmans subordonnent aux textes sacrés, et notamment au coran, le fonctionnement politique, culturel et éthique de la société. La structure civile définie par eux prend alors des valeurs religieuses irrévocables par la seule volonté de l’Homme.

Il est vrai que l’Islam est une jeune religion par rapport au christianisme (six siècles d’écart), et qu’elle évoluera nécessairement d’elle-même, à la condition toutefois qu’elle ne se trouve pas contrainte à le faire par des puissances extérieures à l’Umma (communauté des croyants), comme c’est actuellement le cas, ce qui aurait pour unique résultat d’accrocher davantage encore à leurs croyances les populations dont c’est la religion.

En effet, l’évolution d’une religion, dans ses pratiques comme dans ses convictions, ne peut s’effectuer que de l’intérieur, contrairement à ce qui peut se passer à propos d’une théorie politique ou scientifique. Ceci parce que nous ne nous trouvons pas ici dans un cadre rationnel de pensée, puisque le propre d’une religion est précisément d’évoluer dans l’irrationnel. Malheureusement, les puissances envahissantes ne se soucient guère de ce “détali“, puisqu’elles croient agir au nom de leur vérité propre, la seule, ce qui ne leur permet pas de comprendre la cause de leurs échecs.

De tous les problèmes posés par l’immigration de musulmans dans les pays occidentaux, ceux qui relèvent de la culture et des religions, sont donc de loin les plus marquants, et surtout les plus irréductibles. À travers l’immigration, des populations hétérogènes qui s’ignoraient à peu près totalement jusqu’ici, se rencontrent presque inopinément et de manière abrupte, sans préparation aucune, ni d’un côté, ni de l’autre.

Les populations d’accueil voudraient bien que les nouveaux arrivants adoptent leur culture, c’est-à-dire leurs valeurs, leur façon de penser le monde et le “vivre ” avec l’autre, et, pourquoi pas aussi, leur religion considérée seule légitime et vraie. En tous les cas, elles pensent que, étant la population accueillante, c’est aux arrivants qu’il convient de s’adapter à eux, et pas le contraire.

Quant à la population arrivante, elle croit qu’elle va pouvoir vivre de la même manière que dans le pays qu’elle a quitté, puisqu’on lui a dit que le Québec est un pays où règnent la liberté et l’égalité.

Et ce qui ajoute à l’incompréhension des uns et des autres, les nouveaux arrivants ont emmené avec eux leur propre culture, c’est-à-dire leurs propres valeurs, leur propre façon de penser le monde et de vivre avec l’autre, et, bien entendu aussi, leur propre religion, laquelle, par nature et acceptation volontaire, détermine les moindres moments de leur vie civile ! Mais c’est tout ce qui leur reste pour conserver une personnalité, un “chez eux ” ; c’est leur seul bien lorsqu’ils arrivent. Et on leur demande d’abandonner tout cela d’un seul coup !

Les kits de civilisation, ça n’existe pas, en solde, chez le quincailler du coin !

Cette exigence relève tout simplement de la plus pure naïveté! Elle est un signe de profonde ignorance. Des comportements acquis au sein de familles et de sociétés croyantes ne peuvent en effet s’effacer au cours de la première génération d’immigrants. Je pense même qu’une déculturation trop rapide peut être dangereuse pour le pays d’accueil, en suscitant des comportements marginaux, tels que le trafic de drogue ou d’autres activités prohibées ou criminelles. S’il est laissé à lui-même ou percevant une quelconque menace d’exclusion par la population d’accueil, un comportement de ghettoïsation avec ses compatriotes d’émigration est possible, sinon naturel, initiant une coupure sociale plus ou moins définitive avec la population locale, qui devient l’ennemi, et réciproquement.

L’émigration est un projet qui se prépare :

Lorsqu’une personne étrangère prend la décision d’émigrer au Québec ( par exemple ), sa connaissance de son nouveau pays est nécessairement lacunaire, et peut, à l’extrême, se vivre dans une sorte de rêve ou de fiction idéalisée. Les formalités administratives de départ prennent souvent le pas sur toute autre préoccupation de ce qui attend réellement l’émigrant.

Or, une préparation sérieuse et approfondie au pays d’accueil est pourtant indis­pensable et devrait être conduite et gérée par les autorités consulaires du pays d’accueil dans le pays de départ, et longtemps avant le départ. Aucun détail ne devrait être laissé de côté : langue, histoire, géographie, culture, mœurs, religion, traditions, etc. Les résultats à un examen éliminatoire devraient fixer la date possible du départ. Sans le respect de cette condition préalable, qui devrait impliquer tous les membres de la famille de l’émigrant, l’aventure de l’émigration est d’avance vouée à l’échec.

Enfin, la question de l’équivalence des diplômes doit être parfaitement clarifiée pour le postulant. Il est impératif de détecter et de gommer toute illusion particulière dans son attitude mentale à l’égard de ce qu’il attend de son futur pays.

Des degrés dans la foi :

Lorsque l’émigrant appartient à une autre religion que celle qui est majoritaire dans le pays d’accueil, des précautions particulières sont à prendre.

En particulier, il est important que la population d’accueil ne commette pas l’erreur de considérer qu’une attitude unique définit la totalité des croyants d’une religion donnée. Dans les faits, il existe un éventail très large d’attitudes mentales et intellectuelles possibles à l’égard de la foi, au sein de toute population croyante. Ce positionnement peut en effet varier de l’attachement exclusif aux seuls rites, symboles et traditions de la religion concernée ( aspects purement visibles de la foi ), à une intellectualisation de la foi menant à une conception spiritualisée du monde ( aspects immatériels et invisibles de la foi ).

Du positionnement sur ce très large éventail dépend très étroitement le succès ou l’échec de l’intégration sociale de tout individu dans une société nouvelle. Difficulté extrême pour les individus situés au début de cet éventail, aisance harmonieuse pour ceux qui se situent à l’autre extrémité. Aussi, traiter tous les immigrants de la même manière constitue une erreur irrattrapable.

Le positionnement d’un croyant donné sur cet éventail dépend de plusieurs facteurs sociaux : le positionnement moyen de sa famille, son niveau d’instruction et son âge.

Les jeunes d’abord, future élite du pays d’accueil :

Du côté du pays d’accueil, la politique d’immigration repose en général sur la nécessité d’accroitre la population du pays, soit pour des défauts de main-d’œuvre, soit pour compenser son vieillissement. Dans les deux cas, le besoin doit se porter évidemment sur une immigration jeune, plutôt que sur des familles déjà constituées. La thèse de Guillaume Marois, dont l’adresse se trouve en note de bas de page[i], montre que faire immigrer des familles dont les parents ont entre 30 et 40 ans ne concourent que très peu à lutter contre le vieillissement de la société. Cette immigration-là ne répond donc pas au rôle qu’on lui attribuait jusqu’ici.

Par conséquent, le pays d’accueil aura tout intérêt à former lui-même de jeunes célibataires qui se joindront à ceux du pays, et se marieront éventuellement avec des citoyens ou citoyennes du pays. D’où la recommandation que l’on peut faire aux gouvernements de pratiquer une politique la plus large possible de bourses d’études, dès avant l’entrée à l’Université, en amont de l’immigration telle qu’elle est actuellement pratiquée.

Cette politique aurait l’immense avantage d’intégrer des jeunes gens qui auraient obtenu des diplômes universitaires du pays d’accueil, et d’éviter par conséquent les problèmes posés par la non-équivalence de diplômes entre les deux pays. Elle éviterait ainsi le choc culturel produit par la nécessité pour beaucoup de diplômés étrangers de survivre en devenant chauffeurs de taxi ou de pratiquer tout autre métier inférieur à celui auquel ils auraient pu prétendre en restant dans leur pays natal. Cette solution suppose la mise en place d’actions proactives dès le niveau collégial dans tous les pays répondant aux critères de sélection souhaités par le gouvernement du pays d’accueil.

Elle rendrait également plus aisée l’intégration du reste de la famille d’un jeune diplômé, qui voudrait émigrer à son tour, car un lien aurait déjà été établi, premier lien qu’il n’y aurait plus alors qu’à élargir.

CONCLUSION : Les migrations humaines en général

Le phénomène migratoire est une caractéristique du vivant. Il touche aussi bien les végétaux que les animaux, dont les humains, mais aussi tous les micro-organismes, utiles ou nuisibles à l’Homme.

De ce fait, le phénomène migratoire devient une caractéristique fondamentale de la planète elle-même. Une grande partie des éléments structurels de la planète résultent eux-mêmes de l’activité migratoire du vivant : pétrole, charbon, phosphates, dépôts minéraux divers.

Deux exemples illustrent de manière frappante la complicité migratoire entre les éléments de vie et les éléments purement physiques de la planète. :

Les végétaux, immobilisés par nature à un endroit précis de la surface terrestre, migrent malgré tout avec l’aide des vents qui animent l’atmosphère gazeuse de la planète. Les graines des végétaux sont emportées au loin par eux, et s’implantent là où ils les déposent. Dans le cas des végétaux marins, leurs graines sont de leur côté emportées également au loin, mais cette fois, ce sont les courants marins qui en prennent la responsabilité.

À cet endroit, on peut remarquer que vents et courants sont le résultat de l’exposition au soleil de notre planète sous deux autres mouvements, rotation sur elle-même et déplacement le long de l’orbite solaire, qui est une ellipse. En passant, on pourra noter le fait qu’il n’existe aucune réalité strictement circulaire dans la nature. Le cercle est un pur produit de l’esprit humain.

Si on continue ce raisonnement, il semble clair que ces deux mouvements dépendent à leur tour de ceux qui animent l’ensemble de l’univers, dans lequel le soleil se meut lui aussi selon des règles décodées par la science. En définitive, aucun objet dans l’univers n’est immobile, depuis l’extrêmement petit jusqu’à l’extrêmement gigantesque.

À ce point de mon développement, il devient évident que le phénomène migratoire des humains est une résultante des lois de fonctionnement de l’univers. Une constante historique vient montrer qu’aucune action humaine pour le contrarier n’a réussi jusqu’ici à l’inhiber. C’est le cas des murs et des murailles que certaines sociétés ou empires ont érigés pour se protéger ou s’isoler des autres.

Citons pêle-mêle la Grande muraille de Chine, toutes les forteresses, les limes romaines, la ligne Maginot, le mur de l’Atlantique, etc. Elles ont toutes été tournées ou détruites. L’Humain ne peut durablement s’opposer aux mouvements, et donc pas davantage aux migrations, sinon très temporairement.

Le mur élevé par Israël pour se protéger des intrusions subit sans arrêt des destructions par les Palestiniens et il faut sans cesse le réparer. Un jour, on cessera purement et simplement de le faire, car il est impossible de continuer une même action de manière indéfinie. L’Histoire nous en est témoin, et il est peu probable que cela change. Il en sera de même du mur érigé par les États-Unis le long de sa frontière Ouest avec le Mexique, pour tenter d’empêcher les invasions des Mexicains.

Sur un plan plus général, les invasions n’ont jamais été arrêtées par la force. Il n’existe pas d’exemple contraire dans l’Histoire. Les limes n’ont pu protéger l’Empire romain des grandes invasions, ni le mur d’Adrien n’a empêché l’invasion de l’Angleterre par les Calédoniens. Les expéditions d’Alexandre le Grand ont remodelé le Moyen-Orient. Celles des peuples occidentaux ont remodelé les deux Amériques et l’Afrique. Et j’en oublie probablement.

Ce n’est pas jusqu’à la pensée qui ne soit sous l’empire du phénomène migratoire. Tout ce qui fait le présent, ce mince espace de temps fugitif, est sans cesse balayé par le surgissement du futur. Les théories, les doctrines et les religions ne cessent de migrer vers de nouvelles théories, doctrines et religions. Sans aucune interruption. Vouloir lutter contre cette vérité est illusoire.


[1] Guillaume Marois

Démystification de l’impact de l’immigration sur la démographie québécoise

www.bibliotheque.assnat.qc.ca/01/mono/2007/10/949645.pdf

© André Serra

http://andreserra.blogauteurs.net/blog


[i] Guillaume Marois

Démystification de l’impact de l’immigration sur la démographie québécoise

www.bibliotheque.assnat.qc.ca/01/mono/2007/10/949645.pdf

Un nouveau système monétaire pour l’Europe

À douze années de distance, la quasi-faillite de la Grèce est venue confirmer mon opinion défavorable à la création de l’euro. Deux arguments fondaient la position que j’avais en 1997, cinq années avant le lancement de l’euro. J’avais même créé un dossier pour entasser les notes manuscrites que j’écrivais, dans des brasseries, chez moi, à mon bureau, et que j’ai conservées, tant ce sujet m’obsédait à cette époque.

Mon premier argument reposait sur le principe que, comme l’activité militaire, l’activité économique est une discipline qu’il est risqué de laisser à elle-même.

Or les fondateurs de l’Union Européenne, plus théoriciens en chambre que véritables hommes de gouvernement et de terrain, qu’à l’époque on appelait Eurocrates par dérision, se baladant de Bruxelles à Rome, à Maastricht, à Lisbonne et autres lieux, ont cru possible de fonder une économie européenne sans établir de structure politique pour un ensemble européen monétairement unifié, qui l’aurait encadré et contrôlé.

Pour éviter l’unité politique qui leur paraissait prématurée, sinon même inutile puisque l’idéologie du marché qui se régule lui-même faisait déjà partie de la doxa économique de l’époque, le système monétaire qui gérait l’euro, avec la Banque Centrale Européenne à sa tête, avait donc été bâti de manière étroite, avec des règles de fonctionnement enchâssées dans un traité définitif, rendant ainsi toute modification impossible sans la signature d’un nouveau traité. À partir de ce moment-là, la zone de l’euro devenait incapable de faire face à tout événement économique inattendu, pour lequel une grande souplesse et une grande rapidité d’action et d’adaptation auraient pu être requises. Selon ses créateurs, le système devait pouvoir fonctionner comme une montre ! Sans horloger !

Pour cette seule raison déjà, ils couraient à l’échec en cas de crise économique ayant une origine extérieure à l’UE. Ils se croyaient sur une ile ! Pourtant, une économie véritable sans autorité politique qui la coiffe, est comme un cheval fou sans cavalier. C’est ce que l’on vient de vivre avec la crise grecque, et ce n’est peut-être pas fini !

La raison pour laquelle les Eurocrates ont évité cette indispensable première étape politique était que l’unité européenne n’était pas encore faite dans leurs propres esprits, les hommes politiques étant loin d’être prêts à abandonner leurs pouvoirs nationaux à une unité politique centrale. Ils ont remplacé ce qui aurait été un vrai gouvernement, par une Commission européenne à tête de Minotaure, indépendante de tout gouvernement, qui animait une série de comités plus ou moins spécialisés où les décisions devaient nécessairement être consensuelles, entraînant de multiples renvois d’ascenseurs vers les pouvoirs centraux des différents pays membres. Décisions nécessairement tronquées, marchandées, exigeant des délais incroyables avant d’entrer en application.

L’UE était un cirque eurocratique à plusieurs pistes.

Les Eurocrates avaient éliminé d’emblée toute perspective de fédéralisme à terme. Ils préférèrent l’élargissement de l’Union à sa concentration, c’est-à-dire à son enracinement dans les peuples de l’Europe. Déjà le néolibéralisme avait fait son œuvre, la liberté tous azimuts n’avait pas besoin d’État, et l’ère des Nations était dépassée, refoulée dans une histoire à écrire. LE MARCHÉ se régulait tout seul. Ils ne savaient pas encore qu’ils n’étaient que des idéologues abstraits.

Ils créèrent une monnaie qu’ils confièrent à la Banque Centrale Européenne, mais en lui rognant préalablement les ailes. Par exemple, ils ne lui donnèrent comme mission que la défense contre l’inflation, alors que toute banque centrale reçoit également celle de lutter contre le chômage, et quelques autres caractéristiques utiles. Point majeur, il fut interdit à la BCE de venir au secours d’un membre de l’UE qui se trouverait en difficulté, dont on a constaté la marque pendant la crise grecque. On ne s’explique pas un tel aveuglement. Sinon par une solide incompétence technocratique.

Ce n’était d’ailleurs pas seulement une erreur, mais une horreur ! Lorsqu’on a assisté, depuis 2008, au rôle fondamental joué par Bernanke et la Federal Reserve (Fed) dans la crise des É-U, émettant des volumes de dollars considérables pour sauver le secteur financier du pays, et qu’en face, pendant la crise grecque, en retrait derrière les hommes politiques qui gigotaient dans tous les sens sans bien savoir comment réagir à la crise, Jean-Claude Trichet ne pouvait que prodiguer des conseils, on ne peut qu’en être frappé de stupeur.

Mais cette attitude n’était pas voulue par Jean-Claude Trichet. Il n’avait tout simplement pas le pouvoir d’entreprendre quoi que ce soit, car selon les traités qui définissaient ses pouvoirs, il n’avait pas celui d’agir dans un cas comme celui-là. Lorsqu’il fut question de l’intervention du FMI, il protesta cependant, estimant que le recours à une institution internationale manquait de dignité, et soulignait la faiblesse de l’Europe. Il est probable que c’était là une allusion indirecte au rôle que la BCE aurait pu jouer, à l’instar de la Fed aux É-U, si le Conseil européen (sommet des Chefs d’État et de Gouvernement des pays membres) lui avait demandé de faire intervenir la BCE, en tant que banque de réserve et de dernier recours.

Mais le Conseil ne pouvait pas non plus lui donner une telle instruction, puisque d’après les traités fondant la BCE, celle-ci avait été rendue totalement indépendante de tout pouvoir politique, et que son statut comme ses pouvoirs ne peut être modifié que par un autre traité, c’est-à-dire par au moins cinq ans de “salamalecs“, et peut-être quelques référendums pour les gouvernements qui préfèrent ne pas prendre leurs responsabilités.

Quel gâchis ! Aux É-U, si Obama a besoin d’argent, il lui suffit de siffler Bernanke pour qu’il lui escompte les bons du Trésor nécessaires !

La fameuse “Union européenne” s’était mise en cage elle-même avec une minutie extrême. Or, ces conditions statutaires étant largement ignorées de l’opinion mondiale, les errements des politiciens européens sont apparus pour le monde entier comme des désarrois, des incompétences, des incapacités, et ont augmenté la panique sur les marchés, plus encore que les décisions erratiques des Agences de notation. Celles-ci n’auraient sans doute pas céder d’elles-mêmes à la panique, mais l’agitation européenne n’a pu que les convaincre qu’une issue catastrophique était en vue. Comment pouvaient-elles comprendre qu’il fallait plusieurs semaines pour conforter la situation de la Grèce, au sein d’une “Union” !

Tout ce qui précède avait pour but de décrire le lamentable état institutionnel de l’Union européenne à la veille de la crise grecque, actuellement dotée d’un demi président, Van Rompuy, lui-même flanqué d’une demie portion de ministre des Affaires étrangères, l’un et l’autre ayant tout au plus le droit de convoquer les Conseils et Comités dont ils sont les présidents, et d’en rédiger les ordres du jour.

Voilà pourquoi je n’approuvais pas le lancement de l’euro. Pas tellement sur le fond, car c’était une initiative formidable, mais sur la forme, c’est-à-dire l’absence d’un exécutif politique fort pour le maîtriser. Lorsqu’on entame une évolution de cette envergure, ou on la réalise complètement ou on s’en abstient !

***

Mon second argument pour craindre la création de l’euro reposait sur la disparité des économies destinées à évoluer sous l’empire d’une même monnaie.

Sans entrer dans le détail de théories monétaires, je me contenterai de mettre en évidence qu’un système monétaire ne se limite pas seulement à fabriquer et distribuer des billets de banque. La partie essentielle du système est bien évidemment la gestion de la distribution de la monnaie en fonction des besoins de l’économie. Cela s’appelle faire de la “politique” monétaire, soit gouverner les différents taux d’intérêt qu’il convient d’appliquer aux activités des “acteurs du marché“, banques et établissements financiers, entreprises et particuliers, en fonction de leurs besoins propres, mais aussi de l’équilibre économique global du pays, à travers temps d’inflation ou de déflation, de crise ou de surchauffe.

On sait combien il est difficile pour une banque centrale de régler les curseurs de taux d’intérêt pour une économie complexe. Les besoins et les nécessités financières d’une entreprise agricole, manufacturière ou de services sont parfaitement contradictoires, en volume, taux et durée. C’est donc pour elle une activité acrobatique de tous les instants la conduisant sans arrêt à faire des choix et des arbitrages difficiles.

C’est pourquoi d’un pays à un autre, d’une banque centrale à une autre, et au même instant, les décisions des banques centrales peuvent être totalement différentes, voire opposées. Sachant cela, projeter de remplacer 27 monnaies européennes par une seule d’un seul coup (par chance, seuls 16 pays ont pour le moment intégré la zone euro) est tout simplement une ineptie.

En effet, la BCE ayant pour tâche de mener une politique monétaire équilibrée de l’euro, elle doit satisfaire 16 fois plus de structures (ou variétés) d’activité qu’une banque centrale ordinaire. C’est un travail herculéen. En période de stabilité économique, cette difficulté est peu lisible, les outils habituels de la régulation monétaire pouvant suffire à maintenir plus ou moins cette stabilité, mais en période de tempête, une banque centrale comme la BCE peut être jetée sur la côte. On vient d’en voir un exemple avec la Grèce. Elle ne peut tout simplement pas gérer financièrement dans le même temps une telle gamme de besoins et d’intérêts contradictoires. Elle ne peut que mécontenter tout le monde en essayant de pratiquer une politique monétaire médiane.

Alors doit-on supprimer l’euro et liquider sa zone ? Certainement pas. L’euro était, et reste, une initiative superbe, mais il fallait simplement raisonner et agir autrement qu’on ne l’a fait.

***

Lorsqu’en 1997, j’analysais le Traité de Maastricht, je me demandais comment on pouvait faire évoluer le projet en permettant à l’euro ( étant sous-entendu que lorsque l’on parle de l’euro, on parle en fait du système monétaire européen basé sur l’euro, avec ses multiples fonctions de régulation et de politique monétaire ) de répondre à la fois aux intérêts collectifs de la zone, et aux exigences nationales individuelles.

Pour être clair, ses objectifs mondiaux se ramènent à procurer à l’ensemble des pays membres une puissance globale susceptible de rivaliser avec des systèmes de sa taille, par exemple la zone dollar, celle du yen, celle de la livre sterling. Par exigences nationales, il faut entendre la diversité des spécificités nationales de chacun des pays membres de la zone euro, l’Union européenne ne constituant pas un État.

Assez vite, ces deux objectifs m’ont semblé incompatibles, et leur atteinte simultanée comme un problème analogue à celui de la quadrature du cercle. La recherche d’une solution à la crise financière grecque est venue à propos pour démontrer cette incompatibilité de façon tangible.

On a vu en effet que pour arriver à sa résolution, il avait fallu recourir à des “partenaires individuels“, les membres de la zone euro, et non aux institutions de la zone euro elle-même (le parlement européen n’a pas été impliqué dans la solution, non plus que la Commission européenne et la Banque Centrale Européenne), ainsi qu’à un “partenaire international“, le FMI, dont l’action efficace a davantage tenu à la nationalité de son directeur, qu’à son rôle de dirigeant d’une institution internationale. Cela n’aura échappé à personne.

Puisque le système monétaire recherché devait, par analogie, être affecté de strabisme, le système à mettre en place devait lui aussi être décomposé en deux sous-systèmes connectés entre eux par la BCE : l’un d’eux face au monde, l’autre face aux pays constituant la zone.

En d’autres termes, l’euro aurait dû être la monnaie “relationnelle”, de la zone, assurant les entrées et sorties de la zone prise dans son ensemble, et les anciennes monnaies restées en place dans leurs pays respectifs assurant l’intendance monétaire correspondant aux besoins internes des économies nationales, et constituant le sous-système intérieur de la zone.

Ces deux sous-systèmes auraient bien entendu été placés sous la suzeraineté de la BCE, pour assurer la cohérence de l’ensemble monétaire de la zone euro.

Sommairement, les points de détail de cette mise en place auraient pu être les suivants :

- L’euro flotterait, comme aujourd’hui, en compagnie des autres monnaies mondiales, bien que, personnellement, je sois plus favorable à la fixité des monnaies, dont j’ai donné les raisons dans un précédent article (Guerre des monnaies - Dollar contre Yuan - deuxième round).

- L’euro serait la seule devise de transaction internationale pour la zone, en même temps que monnaie de réserve de l’ensemble de cette zone.

- Les monnaies dites “nationales” seraient reliées uniquement à l’euro par des cours fixes, définis par les banques centrales nationales et la BCE, en fonction des besoins du pays, et dévaluées ou réévaluées, également selon les besoins. On pourrait prévoir des dates fixes pour effectuer les mises à niveau nécessaires.

- Les monnaies nationales n’auraient un cours forcé qu’à l’intérieur des frontières du pays considéré.

- La BCE serait l’institution de contrôle des banques centrales nationales.

- Les pays pourraient, en fonction de leur équilibre interne, choisir de conserver leur monnaie nationale tant qu’ils ne se sentiraient pas assez forts pour adopter eux-mêmes l’euro à l’intérieur de leurs frontières, ou adopter l’euro dans le cas contraire. Réciproquement, si ayant adopté l’euro comme monnaie nationale, ils traversaient des circonstances économiques les rendant provisoirement trop affaiblis pour supporter sa force, ils pourraient revenir à leur monnaie antérieure, sous des conditions transitoires à établir en accord avec la BCE (cas qui aurait pu être celui de la Grèce).

- Les citoyens des “nationalités” pourraient bien entendu posséder des euros par conversion de leur propre monnaie, de façon gratuite, pour leurs voyages ou autres achats à l’extérieur de la zone.

Il est évident que ces dispositions ne constituent qu’une ébauche des règles de fonctionnement qui devraient être étudiées et complétées pour que ce nouveau système ne bute pas sur des impasses auxquelles on n’aurait pas pensé. La complexité apparente du système que je propose pourrait être aisément maîtrisée par les techniques informatiques actuelles.

Dans mon esprit, si un tel système avait préexisté à la crise grecque, la Grèce aurait pu dévaluer sa monnaie nationale, la drachme, de manière à rétablir son équilibre économique sans nuire à celui de l’ensemble de la zone, sous réserve, évidemment, que sa dette ait été libellée en drachmes, ce qui n’était probablement pas le cas. Mais à cet égard, il faut souligner le grand danger que constitue le recours à des financements extérieurs à sa zone monétaire.

Cette dévaluation aurait évité les importantes mesures d’abaissement du niveau de vie de la population grecque, qui aurait eu lieu malgré tout, mais avec moins de brutalité, car cette baisse serait intervenue à mesure que son endettement s’accroissait, par dévaluations successives. La Grèce a trop longtemps bénéficié d’un euro trop fort pour son économie, ce qui a certainement suscité les fraudes statistiques des gouvernements précédents. C’est là sans doute une explication de ces déviations, mais absolument pas une justification acceptable.

Au fil des mois qui viennent, nous verrons bien si cette analyse vient à l’esprit de nos dirigeants. En tous les cas, l’union politique dont il est question au début de cet article, serait une condition essentielle préalable à l’application de la formule présentée.

Il est en effet toujours possible de faire évoluer l’Union européenne vers la solution que je propose. Cela nécessiterait un plan d’ensemble qu’un homme comme Jean-Claude Trichet serait tout à fait capable de mettre en place à partir du système monétaire actuel.

À Montréal, le 7 mai 2010,

© André Serra

http://andreserra.blogauteurs.net/blog/

Cet article répond aux règles de la nouvelle orthographe

“ S’endetter pour payer ses dettes ” ne marche pas pour tout le monde

On a voulu jouer au plus malin en consommant par avance les revenus de l’avenir. Et ceci, pendant trop longtemps.

Difficile de comprendre que des générations de politiciens aient pu considérer cette trouvaille économique comme un trait de génie des économistes libéraux et mondia­lisateurs.

Les États-Unis, et dernièrement l’Europe, ont décidé d’imprimer des billets de banque pour payer leurs dettes, immenses.

C’était assurément de la fausse monnaie, donc une action stupide qu’ils devront payer un jour ou l’autre par une inflation qui dépréciera toutes les monnaies, et ruinera beaucoup de monde. Mais ce sera demain, ou bien après. L’Homme a pris l’habitude de jouir en avance et de payer plus tard. À force d’inciter leurs citoyens à payer plus tard, les gouvernements ont fini par adopter cette manière de faire. Donc maintenant tout le monde est endetté et personne ne peut plus payer.

Mais la vraie question est : pourquoi crie-t-on à présent ” Harro sur le baudet ” contre l’Europe, et qu’on ne l’a pas fait contre les États?Unis depuis deux ans, alors qu’ils ont fait exactement la même chose ?

La réponse, que l’on serine pourtant fermement depuis des lustres partout autour du monde, est pourtant tout simplement que le dollar étant “LA monnaie mondiale de réserve” depuis un demi-siècle, ce pays peut impunément imprimer des billets verts, en étant absolument certain que la planète entière entassera sans mot dire dans leurs réserves ces billets qui ne servent à rien d’autre qu’aux États-Unis, à payer des biens et des services étrangers qu’ils n’ont pas les moyens de payer avec de vrais revenus.

Cela s’appelle du “pillage“, et tout le monde paraît content d’être pillé !

Le jour où les autres États de la planète décideront enfin de ne plus être des victimes de cette traite des blancs, je ne donnerai pas cher de la peau des Étasuniens.

Le FMI tout de même, par la voix de Dominique Strauss-Kahn son directeur, ne s’est pas gêné pour conseiller à ces pays-moutons fraîchement tondus, de réduire leur dépendance au dollar :

Un certain nombre de mesures peuvent être prises pour renforcer les systèmes monétaires internationaux, notamment une meilleure surveillance des flux de capitaux, des filets de sécurité financière plus importants et une plus grande utilisation des droits de tirages spéciaux ” a-t-il déclaré, en ajoutant que ces mesures pourraient inclure notamment ” un usage plus large d’actifs alternatifs de réserve, par exemple en euro ou yen ou yuan “, pouvant produire l’effet ” d’une soupape de sécurité “.

Il semble pourtant bien que ses recommandations soient tombées dans des oreilles sourdes, puisqu’on assiste depuis plus d’une semaine à la hausse continue du cours du dollar.

Il me plaît d’être battue ! ” fait répondre Molière par Martine à monsieur Robert dans ” Le médecin malgré lui “. Bernanke et Trichet ont dû lire Molière, assurément.

Non seulement les propos de Dominique Strauss-Kahn mettaient ainsi en garde les banquiers centraux réunis à Zurich contre un emploi exclusif d’une seule monnaie de réserve, mais il suggérait d’une manière on ne peut plus nette que le dollar n’était plus une valeur très sure. Mais, il n’est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre. Il n’est même pas certain que ces propos aient été rapportés à Barack Obama.

Le dollar pas sûr ? Ben voyons, je dis n’importe quoi ! Eh bien, on est au moins deux à le penser.

Vous pouvez toujours lire sur le site suivant, l’article complet de l’Agence France Presse (AFP) qui rapporte les propos de Dominique Strauss-Kahn :

http://www.google.com/hostednews/afp/article/ALeqM5hIPa43i90jIftp6EDrMz6yslpSJQ

© André Serra

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Cet article répond aux règles de la nouvelle orthographe

L’euro après la Grèce, une solution pour sortir du merdier…

Il est possible que la Grèce soit sauvée, de peine et de misère !

Elle va cependant devoir surfer sur un tsunami d’oppositions, de troubles et peut-être de violences, suscitées dans la population grecque par la perspective d’une baisse drastique de son niveau de vie, imposée par ses créanciers européens et le FMI.

Les manifestations qui ont traversé Athènes et Salonique pendant plusieurs jours, et la grève générale de mercredi dernier peuvent laisser craindre d’autres débordements par la population, car si la semaine dernière les mesures restrictives de tous ordres se dessinaient encore en filigranes. Aujourd’hui, elles sont bel et bien devenues définitives.

Pour la plupart des observateurs européens et étrangers, il ne fait pas de doute que la responsabilité de la situation actuelle de la Grèce est à placer sur les épaules des gouvernements précédant celui de Georges Papandréou.

Pour ma part, j’en suis moins sûr. Il est certain que ces anciens gouvernements ont commis des malversations, tant à l’égard de leur peuple qu’à celui de l’Union européenne à laquelle ils appartenaient.

Mais l’Union européenne, elle-même, ne les a-t-elle pas poussés au crime ?

***

À douze années de distance, la quasi-faillite de la Grèce est venue confirmer mon opinion défavorable à la création de l’euro. Deux arguments fondaient la position que j’avais en 1997, cinq années avant le lancement de l’euro. J’avais même créé un dossier pour entasser les notes manuscrites que j’écrivais, dans des brasseries, chez moi, à mon bureau, et que j’ai conservées, tant ce sujet m’obsédait à cette époque.

Mon premier argument reposait sur le principe que, comme l’activité militaire, l’activité économique est une discipline qu’il est risqué de laisser à elle-même.

Or les fondateurs de l’Union Européenne, plus théoriciens en chambre que véritables hommes de gouvernement et de terrain, qu’à l’époque on appelait Eurocrates par dérision, se baladant de Bruxelles à Rome, à Maastricht, à Lisbonne et autres lieux, ont cru possible de fonder une économie européenne sans établir de structure politique pour un ensemble européen monétairement unifié, qui l’aurait encadré et contrôlé.

Pour éviter l’unité politique qui leur paraissait prématurée, sinon même inutile puisque l’idéologie du marché qui se régule lui-même faisait déjà partie de la doxa économique de l’époque, le système monétaire qui gérait l’euro, avec la Banque Centrale Européenne à sa tête, avait donc été bâti de manière étroite, avec des règles de fonctionnement enchâssées dans un traité définitif, rendant ainsi toute modification impossible sans la signature d’un nouveau traité. À partir de ce moment-là, la zone de l’euro devenait incapable de faire face à tout événement économique inattendu, pour lequel une grande souplesse et une grande rapidité d’action et d’adaptation auraient pu être requises. Selon ses créateurs, le système devait pouvoir fonctionner comme une montre ! Sans horloger !

Pour cette seule raison déjà, ils couraient à l’échec en cas de crise économique ayant une origine extérieure à l’UE. Ils se croyaient sur une ile ! Pourtant, une économie véritable sans autorité politique qui la coiffe, est comme un cheval fou sans cavalier. C’est ce que l’on vient de vivre avec la crise grecque, et ce n’est peut-être pas fini !

La raison pour laquelle les Eurocrates ont évité cette indispensable première étape politique était que l’unité européenne n’était pas encore faite dans leurs propres esprits, les hommes politiques étant loin d’être prêts à abandonner leurs pouvoirs nationaux à une unité politique centrale. Ils ont remplacé ce qui aurait été un vrai gouvernement, par une Commission européenne à tête de Minautaure, indépendante de tout gouvernement, qui animait une série de comités plus ou moins spécialisés où les décisions devaient nécessairement être consensuelles, entraînant de multiples renvois d’ascenseurs vers les pouvoirs centraux des différents pays membres. Décisions nécessairement tronquées, marchandées, exigeant des délais incroyables avant d’entrer en application.

L’UE était un cirque eurocratique à plusieurs pistes.

Les Eurocrates avaient éliminé d’emblée toute perspective de fédéralisme à terme. Ils préférèrent l’élargissement de l’Union à sa concentration, c’est-à-dire à son enracinement dans les peuples de l’Europe. Déjà le néolibéralisme avait fait son œuvre, la liberté tous azimuts n’avait pas besoin d’État, et l’ère des Nations était dépassée, refoulée dans une histoire à écrire. LE MARCHÉ se régulait tout seul. Ils ne savaient pas encore qu’ils n’étaient que des idéologues abstraits.

Ils créèrent une monnaie qu’ils confièrent à la Banque Centrale Européenne, mais en lui rognant préalablement les ailes. Par exemple, ils ne lui donnèrent comme mission que la défense contre l’inflation, alors que toute banque centrale reçoit également celle de lutter contre le chômage, et quelques autres caractéristiques utiles. Point majeur, il fut interdit à la BCE de venir au secours d’un membre de l’UE qui se trouverait en difficulté, dont on a constaté la marque pendant la crise grecque. On ne s’explique pas un tel aveuglement. Sinon par une solide incompétence technocratique.

Ce n’était d’ailleurs pas seulement une erreur, mais une horreur ! Lorsqu’on a assisté, depuis 2008, au rôle fondamental joué par Bernanke et la Federal Reserve (Fed) dans la crise des É-U, émettant des volumes de dollars considérables pour sauver le secteur financier du pays, et qu’en face, pendant la crise grecque, en retrait derrière les hommes politiques qui gigotaient dans tous les sens sans bien savoir comment réagir à la crise, Jean-Claude Trichet ne pouvait que prodiguer des conseils, on ne peut qu’en être frappé de stupeur.

Mais cette attitude n’était pas voulue par Jean-Claude Trichet. Il n’avait tout simplement pas le pouvoir d’entreprendre quoi que ce soit, car selon les traités qui définissaient ses pouvoirs, il n’avait pas celui d’agir dans un cas comme celui-là. Lorsqu’il fut question de l’intervention du FMI, il protesta cependant, estimant que le recours à une institution internationale manquait de dignité, et soulignait la faiblesse de l’Europe. Il est probable que c’était là une allusion indirecte au rôle que la BCE aurait pu jouer, à l’instar de la Fed aux É?U, si le Conseil européen (sommet des Chefs d’État et de Gouvernement des pays membres) lui avait demandé de faire intervenir la BCE, en tant que banque de réserve et de dernier recours.

Mais le Conseil ne pouvait pas non plus lui donner une telle instruction, puisque d’après les traités fondant la BCE, celle-ci avait été rendue totalement indépendante de tout pouvoir politique, et que son statut comme ses pouvoirs ne peut être modifié que par un autre traité, c’est-à-dire par au moins cinq ans de “salamalecs“, et peut-être quelques référendums pour les gouvernements qui préfèrent ne pas prendre leurs responsabilités.

Quel gachis ! Aux É-U, si Obama a besoin d’argent, il lui suffit de siffler Bernanke pour qu’il lui escompte les bons du Trésor nécessaires !

La fameuse “Union européenne” s’était mise en cage elle-même avec une minutie extrême. Or, ces conditions statutaires étant largement ignorées de l’opinion mondiale, les errements des politiciens européens sont apparus pour le monde entier comme des désarrois, des incompétences, des incapacités, et ont augmenté la panique sur les marchés, plus encore que les décisions erratiques des Agences de notation. Celles-ci n’auraient sans doute pas cèder d’elles-mêmes à la panique, mais l’agitation européenne n’a pu que les convaincre qu’une issue catastrophique était en vue. Comment pouvaient-elles comprendre qu’il fallait plusieurs semaines pour conforter la situation de la Grèce, au sein d’une “Union” !

Tout ce qui précède avait pour but de décrire le lamentable état institutionnel de l’Union européenne à la veille de la crise grecque, actuellement dotée d’un demi-président, Van Rompuy, lui-même flanqué d’une demie portion de ministre des Affaires étrangères, l’un et l’autre ayant tout au plus le droit de convoquer les Conseils et Comités dont ils sont les présidents, et d’en rédiger les ordres du jour.

Voilà pourquoi je n’approuvais pas le lancement de l’euro. Pas tellement sur le fond, car c’était une initiative formidable, mais sur la forme, c’est-à-dire l’absence d’un exécutif politique fort pour le maîtriser. Lorsqu’on entame une évolution de cette envergure, ou on la réalise complètement ou on s’en abstient !

***

Mon second argument pour craindre la création de l’euro reposait sur la disparité des économies destinées à évoluer sous l’empire d’une même monnaie.

Sans entrer dans le détail de théories monétaires, je me contenterai de mettre en évidence qu’un système monétaire ne se limite pas seulement à fabriquer et distribuer des billets de banque. La partie essentielle du système est bien évidemment la gestion de la distribution de la monnaie en fonction des besoins de l’économie. Cela s’appelle faire de la “politique” monétaire, soit gouverner les différents taux d’intérêt qu’il convient d’appliquer aux activités des “acteurs du marché“, banques et établissements financiers, entreprises et particuliers, en fonction de leurs besoins propres, mais aussi de l’équilibre économique global du pays, à travers temps d’inflation ou de déflation, de crise ou de surchauffe.

On sait combien il est difficile pour une banque centrale de régler les curseurs de taux d’intérêt pour une économie complexe. Les besoins et les nécessités financières d’une entreprise agricole, manufacturière ou de services sont parfaitement contradictoires, en volume, taux et durée. C’est donc pour elle une activité acrobatique de tous les instants la conduisant sans arrêt à faire des choix et des arbitrages difficiles.

C’est pourquoi d’un pays à un autre, d’une banque centrale à une autre, et au même instant, les décisions des banques centrales peuvent être totalement différentes, voire opposées. Sachant cela, projeter de remplacer 27 monnaies européennes par une seule d’un seul coup (par chance, seuls 16 pays ont pour le moment intégré la zone euro) est tout simplement une ineptie.

En effet, la BCE ayant pour tâche de mener une politique monétaire équilibrée de l’euro, elle doit satisfaire 16 fois plus de structures (ou variétés) d’activité qu’une banque centrale ordinaire. C’est un travail herculéen. En période de stabilité économique, cette difficulté est peu lisible, les outils habituels de la régulation monétaire pouvant suffire à maintenir plus ou moins cette stabilité, mais en période de tempête, une banque centrale comme la BCE peut être jetée sur la côte. On vient d’en voir un exemple avec la Grèce. Elle ne peut tout simplement pas gérer financièrement dans le même temps une telle gamme de besoins et d’intérêts contradictoires. Elle ne peut que mécontenter tout le monde en essayant de pratiquer une politique monétaire médiane.

Alors doit-on supprimer l’euro et liquider sa zone ? Certainement pas. L’euro était, et reste, une initiative superbe, mais il fallait simplement raisonner et agir autrement qu’on ne l’a fait.

***

Lorsqu’en 1997, j’analysais le Traité de Maastricht, je me demandais comment on pouvait faire évoluer le projet en permettant à l’euro ( étant sous-entendu que lorsque l’on parle de l’euro, on parle en fait du système monétaire européen basé sur l’euro, avec ses multiples fonctions de régulation et de politique monétaire ) de répondre à la fois aux intérêts collectifs de la zone, et aux exigences nationales individuelles.

Pour être clair, ses objectifs mondiaux se ramènent à procurer à l’ensemble des pays membres une puissance globale susceptible de rivaliser avec des systèmes de sa taille, par exemple la zone dollar, celle du yen, celle de la livre sterling. Par exigences nationales, il faut entendre la diversité des spécificités nationales de chacun des pays membres de la zone euro, l’Union européenne ne constituant pas un État.

Assez vite, ces deux objectifs m’ont semblé incompatibles, et leur atteinte simultanée comme un problème analogue à celui de la quadrature du cercle. La recherche d’une solution à la crise financière grecque est venue à propos pour démontrer cette incompatibilité de façon tangible.

On a vu en effet que pour arriver à sa résolution, il avait fallu recourir à des “partenaires individuels“, les membres de la zone euro, et non aux institutions de la zone euro elle-même (le parlement européen n’a pas été impliqué dans la solution, non plus que la Commission européenne et la Banque Centrale Européenne), ainsi qu’à un “partenaire international“, le FMI, dont l’action efficace a davantage tenu à la nationalité de son directeur, qu’à son rôle de dirigeant d’une institution internationale. Cela n’aura échappé à personne.

Puisque le système monétaire recherché devait, par analogie, être affecté de strabisme, le système à mettre en place devait lui aussi être décomposé en deux sous-systèmes connectés entre eux par la BCE : l’un d’eux face au monde, l’autre face aux pays constituant la zone.

En d’autres termes, l’euro aurait dû être la monnaie “relationnelle”, de la zone, assurant les entrées et sorties de la zone prise dans son ensemble, et les anciennes monnaies restées en place dans leurs pays respectifs assurant l’intendance monétaire correspondant aux besoins internes des économies nationales, et constituant le sous-système intérieur de la zone.

Ces deux sous-systèmes auraient bien entendu été placés sous la suzeraineté de la BCE, pour assurer la cohérence de l’ensemble monétaire de la zone euro.

Sommairement, les points de détail de cette mise en place auraient pu être les suivants :

- L’euro flotterait, comme aujourd’hui, en compagnie des autres monnaies mondiales, bien que, personnellement, je sois plus favorable à la fixité des monnaies, dont j’ai donné les raisons dans un précédent article (Guerre des monnaies - Dollar contre Yuan - deuxie?me round).

- L’euro serait la seule devise de transaction internationale pour la zone, en même temps que monnaie de réserve de l’ensemble de cette zone.

- Les monnaies dites “nationales” seraient reliées uniquement à l’euro par des cours fixes, définis par les banques centrales nationales et la BCE, en fonction des besoins du pays, et dévaluées ou réévaluées, également selon les besoins. On pourrait prévoir des dates fixes pour effectuer les mises à niveau nécessaires.

- Les monnaies nationales n’auraient un cours forcé qu’à l’intérieur des frontières du pays considéré.

- La BCE serait l’institution de contrôle des banques centrales nationales.

- Les pays pourraient, en fonction de leur équilibre interne, choisir de conserver leur monnaie nationale tant qu’ils ne se sentiraient pas assez forts pour adopter eux-mêmes l’euro à l’intérieur de leurs frontières, ou adopter l’euro dans le cas contraire. Réciproquement, si ayant adopté l’euro comme monnaie nationale, ils traversaient des circonstances économiques les rendant provisoirement trop affaiblis pour supporter sa force, ils pourraient revenir à leur monnaie antérieure, sous des conditions transitoires à établir en accord avec la BCE (cas qui aurait pu être celui de la Grèce).

- Les citoyens des “nationalités” pourraient bien entendu posséder des euros par conversion de leur propre monnaie, de façon gratuite, pour leurs voyages ou autres achats à l’extérieur de la zone.

Il est évident que ces dispositions ne constituent qu’une ébauche des règles de fonctionnement qui devraient être étudiées et complétées pour que ce nouveau système ne bute pas sur des impasses auxquelles on n’aurait pas pensé. La complexité apparente du système que je propose pourrait être aisément maîtrisée par les techniques informatiques actuelles.

Dans mon esprit, si un tel système avait préexisté à la crise grecque, la Grèce aurait pu dévaluer sa monnaie nationale, la drachme, de manière à rétablir son équilibre économique sans nuire à celui de l’ensemble de la zone, sous réserve, évidemment, que sa dette ait été libellée en drachmes, ce qui n’était probablement pas le cas. Mais à cet égard, il faut souligner le grand danger que constitue le recours à des financements extérieurs à sa zone monétaire.

Cette dévaluation aurait évité les importantes mesures d’abaissement du niveau de vie de la population grecque, qui aurait eu lieu malgré tout, mais avec moins de brutalité, car cette baisse serait intervenue à mesure que son endettement s’accroissait, par dévaluations successives. La Grèce a trop longtemps bénéficié d’un euro trop fort pour son économie, ce qui a certainement suscité les fraudes statistiques des gouvernements précédents. C’est là sans doute une explication de ces déviations, mais absolument pas une justification acceptable.

Au fil des mois qui viennent, nous verrons bien si cette analyse vient à l’esprit de nos dirigeants. En tous les cas, l’union politique dont il est question au début de cet article, serait une condition essentielle préalable à l’application de la formule présentée.

Il est en effet toujours possible de faire évoluer l’Union européenne vers la solution que je propose. Cela nécessiterait un plan d’ensemble qu’un homme comme Jean-Claude Trichet serait tout à fait capable de mettre en place à partir du système monétaire actuel.

***

Pour terminer ce tour d’horizon, je voudrais conclure sur une observation qui m’a posé problème :

Tout au long du mois où la Grèce était tournée et retournée sur le barbecue des politiciens européens, on vit très peu le président Sarkozy, sauf à de très brèves reprises. Attitude étonnante, inattendue de sa part, car on avait pris l’habitude de le trouver très actif lorsque des événements très chauds survenaient quelque part sur la planète. Mais il n’avait pas disparu, bien au contraire. On le retrouva à Beijing la veille de l’ouverture de l’exposition internationale de Changhai, au bras de la présidente, après s’être longuement congratulé avec Hu Jintao, à propos de sujets fort intéressants pour la planète. Sans doute qu’à son avis, il était plus important pour l’Europe et pour lui, qu’il se trouve à Beijing plutôt qu’à Paris.

Je vous reviendrai bientôt là-dessus.

© André Serra

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